Chapitre 2 : Surface
Je ne parcourus guère quelques kilomètres avant de me rendre compte que je n'avais nulle part où aller. Je n'avais pas parlé à mes amis depuis des mois, et celui que je serais allée voir en temps normal m'avait abandonnée en emportant ceux qui, pour moi, représentait ma famille. C'est alors que la douleur se fit intenable. Mon cœur se brisât et les morceaux commencèrent à s'éparpiller, inertes.
A ce moment précis, quelqu'un frappa à la vitre côté passager, je tressaillis, ma respiration toujours coupée. La personne n'attendit pas de réponse, ouvra la portière et grimpa près de moi.
- Oh Bella...
Je reconnus cette voix, mais ne voulant pas qu'on ne me voit ainsi, je me renfonçais dans mon siège, tête baissée, mes bras entourant ma poitrine pour retenir les morceaux de mon cœur.
Jacob Black me prit alors dans ses bras, ne parlant pas, ce qui m'évita de mentir en tentant de me justifier. Il avait chaud, et son contact m'apaisa quelque peu. Je me redressais et lui lançais un regard interrogatif.
- Charlie a appelé Billy, il était inquiet. Il ne savait pas où tu étais et avait peur qu'il ne t'arrive quelque chose, vu ton état...
Sa voix se fît dure sur ses derniers mots. Ils laissaient percer une sorte d'inquiétude mêlée à un autre sentiment que je n'identifiais pas. Je le remerciais dans un regard. C'est, dans ses bras que je me demandais où j'étais. Ne voulant pas briser cet instant où pour la première fois, depuis plusieurs mois, je me sentais bien et en sécurité, je regardais par la vitre. Bien qu'il fît noir, je m'aperçus que j'étais à la Push.
- Comment m'as-tu retrouvée?
Il sourit puis fixa son regard dans le mien.
-
Tu es dans ma réserve non? Il
rit.
Et à vrai dire, je reconnaitrais le bruit de cette bagnole à des
kilomètres à la ronde.
- Merci, dis-je.
Mon ton laissait entendre quelque chose de plus profond et il le remarqua. Mais à sa grande habitude, Jacob rit et me dit :
- Ravi de pouvoir me rendre utile en sauvant la veuve et l'orphelin.
"La veuve" s'était exactement ce que j'étais. Mon cœur se fendit, et je suffoquais, l'air n'arrivait plus à mes poumons. Jake s'inquiéta, me fit sortir de la voiture, son bras toujours entourant ma poitrine, de l'autre, il me frottait lentement le dos.
-
Désolée, réussi-je
à articuler difficilement.
-
Ne
t'inquiète pas de ça, je suis là. Viens, on va se mettre au chaud.
Ses bras, d'une tiédeur agréable m'avait fait oublier la pluie et le vent, qui était le lot quotidien à Forks. Je me rendis alors compte que le temps était plutôt frisquet. Je me laissais guider vers la maison des Black. En entrant, je fus surprise de voir Billy qui nous attendait. Aussitôt que nous fûmes entré, il se précipita vers moi, aussi vite que le permettait son fauteuil. Il me serra dans ses bras et me fît un sourire plein de compassion. Puis il alla au téléphone, composa un numéro que je reconnu. Jacob me tira vers le canapé. De là, la conversation de Billy nous parvenait.
- Ne t'inquiète pas, ta fille est là, on prend soin d'elle. Mais elle n'a pas l'air en forme pour reprendre la voiture.
- Non, reste chez toi. Elle va dormir ici cette nuit. On te la renverra demain.
- De rien, tu en ferais autant pour moi. Et Jacob est heureux de pouvoir aider Bella. Bonne nuit, et ne te fais pas de mourons, on veille sur elle.
Le correspondant répondit une dernière fois, puis Billy raccrocha. Il s'approcha de moi et me sourit.
-
Bon, Jake tu prends le canapé. Dit
Billy à son fil.
-
Non, me
récriais-je,
je ne veux pas vous déranger, garde ta chambre. Je vais rentrer chez
moi.
Jacob qui paraissait ravit changeât d'attitude et devint soudain autoritaire.
- C'est hors de question, de toute façon je t'ai piqué tes clés, tu n'es pas en état de rentrer chez toi. Et Charlie te pense en sécurité ici, alors tu reste!
Me revint en mémoire la décision de mon père de me renvoyer chez ma mère, et je décidais de rester le plus longtemps possible ici. Espérant ainsi, contrecarrer les plans que mes parents avaient faits pour moi. Je ne pouvais m'éloigner de cette ville, ça m'était impossible. S'éloigner était synonyme d'oublier, et je ne voulais pas l'oublier. Ma vie était ici, bien que je n'ai l'ai pas toujours su. Je ne pouvais plus partir. Le mince espoir qu'un jour il revienne me serra le cœur.
Je laissais donc Jake m'emmener vers sa chambre, où il tenta de me trouver un change pour dormir. J'observais cette petite chambre, le lit prenait quasiment toute la place, je m'asseyais donc dessus, attendant que Jacob finisse ses recherches. Au bout d'un moment, il se tourna vers moi, un petit tas de tissus à la main, puis il vint s'asseoir près de moi. Je remarquais alors que, bien que le lit m'ait parut très grand, il ne devrait pas rester beaucoup de place une fois qu'il était couché. Mon ami me tendit les vêtements, je le remerciais mais je n'avais pas envie de me changer. Je voulais juste profiter de cet instant où mon cœur me laissait un peu de répits.
- Tu es sûr que je ne vous dérange pas? Demandais-je faussement gênée.
- Si, d'ailleurs nous sommes prêts à te mettre dehors dès que cela sera possible, rit-il.
Je fus prise de cour par ma réaction. Je souriais... Je ne comprenais pas pourquoi, je n'avais pas sourit en six mois, et un peu de temps auprès de Jacob me faisait du bien. Si seulement mon père avait pu être présent... Il aurait était soulagé. Peut être même rassurée. Mon déménagement aurait-il était remis à plus tard, voir oublié??
Je secouais la tête, essayant de revenir sur terre. C'est alors que je remarquais que Jacob m'observait, un air interrogateur sur le visage.
- Je ne suis plus habituée à sourire, avouais-je honteuse.
- Hey bien rassure-toi, tes sourires sont magnifiques, me dit-il tout sourire.
Je ne su pourquoi, mais je sentais quelque chose en trop sous ses propos, et je me sentis quelque peu gênée. Jake le remarqua.
- Alors, pourquoi t'es-tu enfuie de chez Charlie?
- Il voulait me renvoyer en Arizona, c'était plus fort que moi. Je ne peux pas, non, je ne veux pas repartir!
La raison de mon refus refit surface, écrasant une fois de plus mon cœur. Je gémis, d'une manière à peine audible, mais la douleur me transperçât. Je me retrouvais subitement entourée des bras de Jacob qui me berçait doucement, tentant d'arrêter les sanglots qui me secouaient. Il ne me demanda pas d'explication et j'en fus soulagée. Peu à peu, les forces m'abandonnèrent, et je m'endormis.
Ma nuit fût assez calme pour une fois, je n'y trouvais pas vraiment d'explication, encore plongée dans un demi-sommeil. Je fus surprise de constater que mes habituels cauchemars ne m'avaient pas poursuivi cette nuit.
Je fis alors surface, me rappelant des évènements survenus la journée précédente. J'étais toujours dans les bras sécurisants de mon ami si fidèle. Dehors, le soleil semblait déjà haut dans le ciel. Quelle heure pouvait-il bien être? Je n'en avais aucune idée, et, à vrai dire, je m'en moquais.
Soudain, j'entendis une voiture approcher de la maison en ralentissant, puis s'arrêter. Le conducteur coupa le contact et j'entendis une portière claquer. La personne se dirigeât vers la maison. Je perçus le bruit du fauteuil de Billy, qui allait ouvrir la porte.
-
Salut, où est-elle? fit
une voix tendue.
-
Tout va bien, elle est dans la chambre de Jacob. Ils se reposent.
J'entendis clairement mon père soufflé puis se précipité vers la chambre où nous étions.
Je ne sais pourquoi, je décidais de jouer la comédie et refermais les yeux. Toujours enlacée par Jacob qui dormait vraiment, lui, avec un léger ronflement. Surement dû à la position assise peu confortable, appuyé contre la tête de lit. Mon père ouvrit la porte doucement, mais fermement. Avoir les yeux fermés ne me permit pas de voir son expression, mais il restât là un moment, ne disant rien, ne bougeant pas. Il devait surement nous observer.
J'étais calme, et détendue. J'espérais timidement que ces sensations perdureraient, lorsque j'entendis que l'on refermait la porte précautionneusement. Je me sentais bien, et ce sentiment qui m'avait quitté en même temps que lui me convainquit de rester là.
Je perçus alors les voix de Billy et de Charlie qui me venaient du salon.
- A-t-elle bien
dormi? demanda
mon père.
-
Je ne les ai pas entendus longtemps, répondit
Billy.
Elle semblait épuisée, Jacob l'a accompagné pour lui prêter des
vêtements, et ils ont dû s'assoupirent peu de temps après.
-
Hum...
fit mon père qui paraissait pensif. J'ai
vraiment peur tu sais? Je ne veux pas la perdre. Je ne tiens plus à
la voir autant souffrir. Je ne comprends plus rien. Je suis pommé,
dit-il
la voix cassée par les sentiments qu'il refoulait.
Les roues du fauteuil de Billy crissèrent sur le parquet. Billy était surement allé se placer près de mon père pour le soutenir.
- Je te comprends mon ami, mais il faut du temps apparemment.
La compassion de Billy me surpris, lui qui les avait toujours haïs... Soudain mon père s'emporta.
- Mais ça fait déjà six mois! Ce n'est pas normal à son âge! Je ne sais plus quoi faire. J'en ai parlé avec Renée, elle est très inquiète elle aussi, et elle veut que Bella retourne à Phoenix. Et si c'est pour son bien, je suis prêt à l'accepter.
Sa voix se brisa, il était assaillit par ses sentiments. Mais Billy reprit :
- Je ne suis pas sûre que ce soit la meilleure solution, Bella a semblée apaisé hier soir.
Je me sentis alors redevable envers Billy, s'il me soutenait, j'arriverais peut-être à convaincre mon père que rester à Forks était ce que j'avais de mieux à faire.
Pourtant, je ne bougeais pas, cette chambre et ses bras qui m'entouraient été bien trop sécurisants. Je n'avais pas le courage de m'en éloigner, je craignais trop que cette plaie béante ne scinde à nouveau mon cœur en deux. Doucement, je me rebloti au creux des bras réconfortants d'un Jacob endormi, le seul auprès de qui j'arrivais à vivre.
Je
dû me réasoupir, -ce qui ne m'étais pas arrivé depuis plusieurs
bien longtemps- car plus tard, en rouvrant les yeux, j'étais
seule...
J'eus soudain beaucoup de mal à respirer, cherchant
partout mon ami des yeux. Mon cœur recommençait à être douloureux
quand Jake ouvrit lentement la porte, un sourire sincère s'étirait
sur son visage.
- Bonjour, Bella au bois dormant.
J'eus un pincement au cœur, et les larmes me montèrent aux yeux en me rappelant qui m'avait appelé ainsi pendant la période la plus heureuse de ma vie, mais je l'ignorais, ne voulant pas affoler Jacob.
- Salut toi, désolée de t'avoir piqué ton lit, répondis-je un peu gênée.
Il haussa les épaules.
- Ne t'inquiète pas de ça. Je suis heureux qu'on l'ai partagé. Tu en avais besoin.
Il marqua une pause, l'air d'hésiter à continuer. Puis il se lança, un rictus étrange aux lèvres.
- A propos, savais-tu que tu es la première fille à dormir dans mon lit et dans mes bras?
Bien qu'il affichait un air taquin, je sentis que ses paroles n'étaient pas à prendre à la légère.
- Ah oui? Et bien j'aurais peut-être dû rester sur le canapé, ça aurait évité les quiproquos fâcheux... lançais-je, faignant la bêtise.
A ce moment, je sentis le fumet délicieux des spaghettis ancestraux de la famille Black. Je n'entendis personne excepté Billy qui s'activait derrière ses fourneaux, les commentaires d'un match des Mariners en arrière-fond.
-
Où est Charlie?
- Il est passé toute à l'heure, mais il a dû
repartir, pour le boulot. Il a déposé ça pour toi.
Jacob me tendit un sac qui contenait des affaires de rechanges. Je fus touchée par ce geste si attentionné de mon père. Il avait pensé à tout: brosse à dents, à cheveux, dentifrice et même le déodorant. Apparemment, il n'était pas pressé que je rentre, ce qui me fit sourire au rappel de ce qui était arrivé un peu plus tôt, lorsqu'il nous avait observé pendant que Jacob dormait -et que je feignais d'en faire autant.
-
Quelle heure est-il? M'enquis-je.
- Pas loin d'une heure de
l'aprèm. Tu as faim?
- Quand il s'agit des spaghettis maison des
Black, j'ai toujours une place. Plaisantais-je en me tapotant le
ventre.
Je n'en revenais pas d'arriver à rire, ça ne m'était pas arrivé depuis tellement longtemps…Je me mis alors debout -en m'extirpant difficilement de ce lit moelleux- et suivis Jacob dans le salon où la table était dressée. En y entrant, Billy me fit un signe de la main, un air ravi incrusté dans son visage d'ordinaire impassible. Nous passâmes alors au déjeuner, savourant le repas. Ils ne me demandèrent pas les raisons de ma venue de la veille, et je leur en fus redevable. Une fois la table débarrassée, et la vaisselle faite, Jacob m'entraîna dans son garage qui paraissait être un havre de paix où reposait la dépouille, de ce que j'identifiais comme étant une très vieille Golf.
- Waouh que fait-elle là? Demandais-je en tapotant le coffre.
Jacob parut gêné, ce qui me surprit, je ne l'avais jamais vu comme ça auparavant.
- Eh bien, c'est ça que mon père m'a offert en échange de mon action de porte-parole l'année dernière au bal de ton lycée.
Ce souvenir me revint alors en mémoire, mais je ne me permettais pas d'y repenser, pas auprès de Jacob, ni après d'ailleurs. Je m'empressais donc de le refouler dans un coin sombre de ma mémoire et de l'y boucler.
Je ne m'étais pas rendu compte que ma respiration était saccadée et que j'avais noués mes bras autour de ma poitrine. Ce n'est que lorsque Jake vint s'asseoir près de moi que je m'en aperçu. Il passa un bras autour de mes épaules et me serra contre lui. Ce contact, une fois de plus, me fit du bien. Son corps si chaud était vraiment un réconfort, une sorte de refuge, hors de tout ce qui nous entourait, une protection.
-
Désolé... Me chuchota-t-il au creux de l'oreille.
- Tu n'y est
pour rien, c'est moi, je n'arrive pas à me contrôle. Je ne suis
qu'une idiote!
Je m'en voulais, je le faisais culpabiliser, lui, le seul ami que j'avais! Si j'en avais eu la force, je me serrais mise des baffes. Cependant, je relevais la tête, un regard sincèrement navré et fixais Jacob. Il avait dû comprendre car il me caressa la joue.
- Ce n'est rien, et tu es loin d'être une idiote. Il te faut seulement du temps.
Puis il resserra son étreinte. Un long silence s'ensuivit, mais je n'éprouvais nullement le besoin de le combler, Jake non plus d'ailleurs. Nous restâmes là un long moment. Puis Jacob prit ma main et commença à la caresser doucement. Subitement, il s'arrêta à un endroit précis: là où James m'avait mordu quelques mois plus tôt. Ce souvenir remonta à la surface, l'horreur, le dégoût, tout ce mélangeait et je frissonnais. Il le remarqua.
-
Que t'est-il arrivé? Me demanda-t-il en tapotant doucement ma
cicatrice. Ta peau est froide à cet endroit.
- Oh, je ne me
rappel pas, j'oublie d'où me viennent toutes mes blessures de
guerre. Tentais-je de plaisanter pour le détourner.
Je n'étais qu'une piètre menteuse et j'étais sûre qu'il avait deviné que je ne lui disais pas la vérité, mais il n'insista pas. J'en fus soulagée, car, même si je me rappelais précisément d'où me venait cette cicatrice en forme de lune, je n'avais pas totalement menti: c'était une blessure de guerre... Une guerre que j'avais remportée, mais à quel prix?... Mon cœur se remit à saigner, j'arrachais ma main de celles de Jacob et m'enserrais la poitrine, tentant de ne pas me déliter, de rester entière, au moins devant lui...
Quand je parvint à me calmer, Jake m'observait, il s'était relevé et reculé de quelques pas, comprenant à mon regard suppliant
