Chapitre 4: Imprévus.

En arrivant, je trainassais en bas jusqu'à ce que mon père m'expédie dans ma chambre.

- Tu as eu une longue journée et tu as besoin de récupérer. Me lança-t-il en me poussant vers les escaliers.

Je remarquais son air soulagé, mais ne réagissait pas. Il était heureux, l'effet que Jake avait eu sur moi n'avait pas totalement disparu, alors j'essayer de mettre ces satanés cauchemars à l'épreuve.

Je me changeais sans hâte, me brossais les dents et filais dans ma chambre. Je me glissais dans mon lit, attendant mon habituelle sensation d'étouffement, resserrant les poings, je fermais brutalement mes paupières, prête à encaisser la douleur. Cependant, rien ne vint. Je me détendis un peu au bout de quelques instants, et sombrais dans un sommeil profond dénué de rêves.

A mon réveil, j'étais déboussolée, et malgré tout soulagée d'avoir enfin passer une nuit sans risquer de réveiller Charlie, et sans le soutien de mon Jacob. Mais j'étais sûre que ça ne durerait pas.

Sortant peu à peu de mon sommeil, je réalisais qu'il était trop tôt, bien trop pour une visite en tout cas. Alors, à l'aune de la veille, je pris tout mon temps. Charlie était déjà parti. Je ne comprenais pas pourquoi il devait travailler un dimanche -qui était normalement un jour de repos- et je notais mentalement de lui demander plus tard.

Alors que je nettoyais la vaisselle après mon petit-déjeuner, le téléphone sonna, et je sursautais -trop occupée à planifier ma journée à la Push avec Jake. C'était Billy.

- Bella, c'est Billy, son ton m'inquiéta.

- Que se passe-t-il? Vous n'avez pas l'air bien.

- Oh, ce n'est pas moi, souffla-t-il.

- C'est Jacob? Qu'es-ce qu'il a? Paniquais-je.

- Ca va aller, ne t'inquiète pas, je le conduis chez un médecin.

- J'arrive tout de suite, je viens vous aider.

- Non, reste chez toi, ça vaut mieux, je ne sais pas ce qu'il a mais c'est surement contagieux. Se récria-t-il.

Il avait dit cela vite, bien trop vite à mon goût. J'avais l'impression étrange qu'il ne me disait pas tout.

- D'accord, dis-je perplexe. Tenez moi informée, et si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas.

- Merci, je pense que ça va aller on se débrouille. Passe le bonjour à Charlie.

Billy raccrocha. Mais cette conversation et cette maladie étaient surprenantes et mystérieuses. Jake n'avais montré aucun symptôme précurseur d'une quelconque maladie. Et Billy avait l'air embêté, mais pas tellement pour son fils. Peut-être devenais-je parano, mais cette manière vague de s'exprimer et le refus de toute aide me firent penser qu'il me cachait quelque chose.

Au bout d'un moment, je me rendis compte que j'étais resté immobile près du téléphone, absorbée pas mes réflexions. Je finis donc la vaisselle en vitesse. Je montais faire mes devoirs de maths pour le lendemain. Une fois ceux la terminés, la journée n'était pas très avancée, et je ne savais plus quoi faire. Je décidais alors de sortir prendre l'air. J'attrapais ma parka sur la patère en passant dans l'entrée, je sortis de la maison et me dirigeais instinctivement au fond du jardin, vers la forêt.

C'était encore une journée pluvieuse -le lot quotidien à Forks- mais les arbres m'abritaient. Tout cela me paraissait tellement familier, sans parvenir pourtant à dire pourquoi. Ce n'est que lorsque je me fus enfoncée dans la forêt, que, voyant un abri formé par un arbre écroulé sur un autre, je fis le rapprochement. De nombreux moi auparavant, j'étais venue ici. C'est alors qu'un flot de souvenirs m'attaqua sournoisement, cette vieille journée pluvieuse, et le rappel de ma nuit d'horreur me saisit. La douleur fut telle que je tombais à genoux dans la boue, livrant une bataille intérieure acharnée pour ne pas succomber à cette plaie béante qui détruisait tout sur son passage.

J'étais là, immobile et pleine de boue, les bras fermement serrés autour de ma poitrine quand j'entendis un bruissement de feuilles à quelques mètres de moi. Mon premier réflexe fut de tenter de comprendre d'où provenait ce bruit, je relevais la tête. Mon cœur accéléra soudai, Laurent était là. Il m'observait. Quelque chose me gênât, ça ne venait pas du fait qu'il me détaillait, et je ne trouvais pas ce qui clochait...

Il me souriait, j'en fus heureuse -peut-être même trop. Je me rendis alors compte que j'étais toujours agenouillée. Je me relevais rapidement, soulagée grâce à cette apparition que je considérais comme un signe qu'il était toujours là, et m'aimait peut-être encore. Je faillis le jeter à son cou, mais quelque chose me retint. Soudain mon regard se fixa sur ses yeux. Ils n'étaient pas de la même couleur que ceux des vampires "végétariens"... Ils étaient rouges, presque bordeaux...

Je fus prise d'une panique inexplicable, et j'amorçais une retrait rapide quand son ténor m'interpella.

"Non! Ne bouge pas"

Ca n'avait été qu'un chuchotement qui résonnait dans ma tête. Pourtant, je lui obéis, moyen pervers de garder ce lien étrange. Laurent avança alors d'un pas.

" Reste où tu es."

Encore lui, j'étais aux anges.

- Bonjour Bella, que faites-vous ici? Seule? Vous seriez-vous perdue?

Son insistance sur le fait que je sois seule m'effraya, mais son sourire m'hypnotisa.

" Ne lui dis pas la vérité! Invente!" Me pressa-t-il.

Chose facile à dire certes, mais beaucoup plus difficile à faire quand on s'appel Bella Swan et que tout en vous peux vous trahir...

- Je m'aérais un peu avant de rejoindre Ed...ward (aïe), d'ailleurs, il vaudrait mieux que vous partiez, il n'a pas digéré les évènements passés. Lançais-je d'un ton qui se voulait assuré.

- Ah? J'avais pourtant l'impression qu'ils étaient tous partis depuis un moment... Dit-il mesquin.

- A vrai dire, les Cullen (ce coup la, j'eus du mal à le digérer) ont dû s'éloigner, ils attiraient trop l'attention. Mais ils reviennent souvent, bien que le temps me paraisse long (pour être long, ça il l'était!).

Laurent s'avança encore et un grondement féroce emplit mon crâne, il affichait un air satisfait et sûre de lui.

- Donc ils ne m'en voudront pas. Conclut Laurent.
- De quoi?
- De t'avoir mangé ma chère. Figure-toi que je n'étais pas ici en visite, mais en chasse... Et face à toi, la faim me brûle. De toute façon, ils ne te retrouveront pas. La pluie aura tôt fait d'effacer toute trace de ton passage avant qu'ils ne reviennent -s'ils reviennent s'entend.

Ce coup de plus porté à mon cœur me paralysa. J'avais tant attendu la mort, et pourtant je ne voulais pas. Jacob et Charlie était là à présent, pour moi.

- En tout cas, tu peux t'estimer heureuse que ce ne soit que moi et pas Victoria. Elle a quelque chose de beaucoup plus douloureux pour toi en tête...

Soudain, tout fut si rapide que je ne vis rien. Le grondement dans ma tête était un cri de rage, -j'avais fermé les yeux, prêtes à affronter mon destin- quand j'entendis de gros bruits autour de moi. Je rouvrais les yeux, trop tard, tout: Laurent et la -ou les choses- qui avaient provoqué ce bruit avait disparu. Je ne perçus que de lointains éclats similaires aux sons que l'on entend lors de combat à l'épée dans de vieux films sur le moyen-âge.

Je me mis à courir le plus vite possible, et de toutes mes forces, pour rentrer. Mais les racines d'arbres se mettaient en travers de mon chemin, et s'amusaient à me faire tomber à maintes reprises.

J'arrivais enfin dans le jardin de Charlie, mais ne m'arrêtais pas, fonçant vers la maison. Il me fallait un abri, une protection, ma protection. Jacob. Je me précipitais sur le téléphone -l'après-midi était bien entamée, peut-être étaient-ils rentrés- composais le numéro à la hâte et attendais qu'on réponde. Rien ne vînt.

Je ne savais plus quoi faire, Laurent, les Cullen, Jacob... Je suffoquais. M'asseyant sur le sol, je mis ma tête entre mes jambes. La plaie de mon cœur se rouvrit, j'avais l'impression que la douleur provoquée pas l'évocation de leur noms, et surtout de lui, allait me briser, m'anéantir...

J'entendis la voiture de patrouille sur les graviers -ne voulant pas que Charlie me voit ainsi- je rassemblais toutes les forces qu'il me restait et montait rapidement. Dans la salle de bain, j'aperçus mon reflet, de grosses larmes s'écoulaient le long de mes joues, je pris une longue douche chaude pour me calmer et tenter de cacher mon mal-être à Charlie.

- Bella? Tu es la haut?

- Oui, je suis dans ma chambre papa. Dis-je en ravalant mes sanglots constants.

Je ne savais plus quoi faire, s'en était trop: eux, Jacob, Laurent, Victoria (je frémis en me demandant ce qu'elle me réservait). J'étais complètement perdue. Que pouvais-je faire alors que je ne savais pas ce qui s'était passé? Mon cœur se réduisait petit à petit en poussière, et chaque grain était une partie de moi qui s'arrachait du reste de mon être, ne laissant que des blessures suintantes et sanguinolentes. J'encaissais en silence, tentant, tant bien que mal, de ne pas alarmer Charlie.