Chapitre 5:Rechute.
Les heures passèrent, s'égrainant comme des jours. J'étais torturée. Pourquoi Jacob ne donnait pas de nouvelle, qu'avait-il? J'avais besoin de lui plus que jamais!
Et cette voix, sa voix, son ténor, que signifiait donc cela? Pourquoi l'avais-je entendu comme s'il était prêt de moi? Comme s'il tenait toujours à moi, qu'il voulait encore me protéger...
Non! Ca ne pouvait pas être ça, il m'avait quittée, il se moquait de moi, je ne lui apportait rien. Il me l'avait dit des mois plus tôt, et ça, je ne pourrais jamais l'oublier... Ces mots m'avaient été envoyés tels de puissants poignards aiguisés, me transperçant et me tuant avec une douleur inouïe.
Je ne sais pas combien de temps j'étais restée prostrée ainsi, -assise contre ma porte, seulement couverte d'une serviette, des torrents de larmes se déversant à chaque instant- mais ce temps avait dû inquiéter Charlie. Il montait les escaliers, l'entendant, je m'essuyais le visage avec un coin de ma serviette et tentais de relever -exercice périlleux- terminant assise sur mon lit. Charlie toqua à ma porte.
- Bella, chérie ça va?
- Oui, couinais-je.
Mon père ne fut pas dupe, il entra lentement. Me voyant ruisselante de larmes, il se précipita à mes côtés, me pris tendrement (mais fermement) dans ses bras et me berçât -telle une enfant. Je n'arrivais jamais à exprimer mes sentiments face à mon père -et lui non plus- mais en cet instant, la peur, la vulnérabilité et la fatigue me poussèrent à me confier.
- Je suis désolée, je ne voulais pas que tu me vois comme ça. Je t'aime papa, je ne veux pas que tu souffres à cause de moi. Sanglotais-je.
Je relevais la tête, tentant de comprendre ce que Charlie ressentait. Son visage était empreint de douleur, de douceur, de compassion, et son regard était plein d'amour.
- Ne t'en fais pas, je suis là, je ne te lâcherais pas. Parvînt-il à chuchoter difficilement.
Nous restâmes dans les bras l'un de l'autre un long moment. Nous n'avions rien à rajouter. Tout avait été dit, même si ça n'avait été qu'à demi-mot, puis, mon ventre qui n'avait pas était correctement nourris depuis très longtemps, se manifesta. Mon père eu un léger sourire forcé. Il détacha délicatement notre étreinte, se leva, et se dirigea vers ma porte.
- Habille-toi ma Bella. Je vais commander une pizza.
Ce contact avec mon père m'insuffla un peu de force, assez pour me relever, me changer, et descendre tenter de manger quelque chose. Tout ce temps, j'étais à nouveau léthargique. Arrivée en bas, mon père se renseigna sur ma journée.
- Jacob est malade. Dis-je pendant la conversation.
- Aucun soucis à se faire, c'est un solide bonhomme, il sera vite remit.
- Je ne sais pas, Billy avait l'air super inquiet, il m'a même dit qu'il emmenait Jake à l'hôpital, tu te rends compte?
En effet, ça n'était pas anodin, les Quileutes n'allaient jamais à l'hôpital, encore moins les Black! Mon père grommela son assentiment en allant ouvrir au livreur qui venait d'arriver. Quand il revint, j'étais assise sur une chaise dans la cuisine complètement dépitée. Il s'affola alors, se précipita prêt de moi -lâchant la pizza sur la table- et pausa son bras sur mes épaules.
- Qu'es-ce qui se passe ma chérie? Souffla-t-il.
- J'ai l'impression que Billy a voulut me faire passer un message, que Jake ne veut plus me voir. Sanglotais-je.
Charlie passa son autre main autour de mon visage -une telle proximité entre nous était incroyable-, puis il essuya mes larmes et me colla contre lui.
- Mais non, ne t'en fais pas, je suis sûre que tu as mal interprété ce qu'il te disait.
Je me haïssais, je le faisais encore souffrir, je le voyais bien au son et au timbre de sa voix. J'avais beau essayer de me rassurer, même ces bras si aimants ne pouvaient m'apaiser. Charlie le sentit.
- Tu veux que j'appel Billy pour en savoir plus? Proposa-t-il.
- Ca ne servirait à rien, ils ne répondent plus au téléphone!
- Eh bien, nous irons à la réserve dès la fin de tes cours demain.
J'acquiesçais, puis réussi à me calmer le temps d'avaler une part de pizza et de remonter. Une fois dans ma chambre, j'essayais de ne plus penser à rien -autant demander au destin de ne pas faire son œuvre-, peine perdue. Tous les éléments récents me poursuivaient, et le sommeil, lui, me fuyait.
Avec tous ces dangers environnants, je m'aperçus d'une chose: je n'étais pas un aimant à problème comme il me l'avait dit, j'étais un danger... Une évidence me frappa alors : vu que j'étais un danger, à chaque instant je m'étais la vie de mon père en péril! Comment pouvais-je empêcher cela? Comment pouvais-je parvenir à faire en sorte qu'il ne lui arrive rien.
Je ne savais pas, s'ils avaient été là, je leur aurais demandé de me transformer au plus vite. Toute douleur aurait été parée. Mais ils m'avaient tous abandonnée des les pires conditions qu'il soit. Je repensais soudain à un évènement, un an plus tôt... Le fourgon d'Eric. S'il n'avait pas été là, je n'aurais pas à avoir peur à présent, tout aurait été réglé depuis bien longtemps, la souffrance ne m'aurait pas habitée pendant plus de six mois, et surtout, je n'aurais rien espéré d'un jeune indien...
La pluie battante me tapait sur les nerfs, et je n'arrivais pas à trouver le sommeil de toute façon. Je repensais à la visite chez les Quileutes le lendemain. J'allais trouver Jacob et le contraindre à s'expliquer! Pour qui se prenait-il de m'éviter ainsi? C'était inutilement cruel, et mon cœur menaçait de flancher au prochain coup porté...
Cette nuit la, je dormis très peu, et mes songes étaient plus horribles encore que mes cauchemars habituels. Laurent, Victoria et un loup brun-roux gigantesque se rapprochaient de moi, menaçant de me tuer, et lui regardait la scène, complètement indifférent. Je me réveillais en sursaut à l'instant précis où les deux tueurs allaient mordre, à ce moment, il souriait, comme s'il désirait ma mort. Je mordis l'oreiller pour retenir un hurlement de terreur.
Il était encore trop tôt, Charlie n'était pas levé, mais je ne pouvais pas me rendormir. Je me levais, rassemblait quelques affaires au hasard, et allais discrètement prendre une douche bien chaude pour tenter d'oublier tout ça. Au bout de quelques minutes, l'eau chaude sur mon visage et mon corps eût l'effet escompté. Mais à peine sortie de la douche, mes problèmes m'accablèrent à nouveau. Je sortis de la salle, une fois habillée, et tombais sur un Charlie encore tout ensommeillé, ce qui, aussi incroyable que ça puisse paraître, me fit sourire...
Je descendis à la cuisine pour préparer le petit déjeuner de Charlie. La soirée de la veille avait changée beaucoup de chose entre nous, nous étions plus proches. Prenant conscience de ça, je fus prise d'une panique horrible. Comment pouvais-je me séparer de mon père, au moment où nous nous retrouvions vraiment? Lorsqu'il arriva, ses traits étaient moins tirés que d'ordinaire, un mince sourire s'étirait sur ses lèvres, Charlie paraissait vraiment plus léger, soulagé.
- Je risque d'y prendre goût. Plaisanta-t-il en désignant du menton son bol de café fumant et ses toasts.
- J'espère bien que non, je ne veux pas devenir insomniaque!
J'avais essayé de répondre sur le même ton léger que lui, mais, à mes oreilles, cela sonnait faux. Charlie ne sembla pas s'en rendre compte et il sourit. Mais je lui avais révélé une partie de la vérité, je ne dormais plus, ou très peu, les poches sous mes yeux pouvaient en témoigner. Et l'absence de Jacob, qui en à peine une journée (!!) m'étais devenu essentiel, se faisait déjà cruellement sentir. Repensant à Jake, je me rappelais la visite de la visite de ce soir.
- Papa, fis-je, pour les Black, on fait comment?
Je baissais la tête, j'avais vraiment peur que cette visite ne soit la dernière souffrance que je ressentirais si Jake me rejetait. Mon père ne fut pas dupe, et failli s'étouffer en avalant un toast. Il passa sa main sous son menton -ce qui devenait naturel à présent- et redressa ma tête, de manière à pouvoir me regarder droit dans les yeux.
- Ne t'en fais pas, nous allons chercher une explication et nous l'aurons, et si Billy cautionne ce que je fais Jake et bien qu'il aille au diable!
J'étais soulagée, de la persuasion qui perçait dans les propos de Charlie, mais le fait qu'il soit près à se brouiller avec son vieil ami à cause de moi me fit culpabiliser. J'avais la gorge serrée.
- Papa, je ne veux pas que tu te dispute avec Billy à cause de Jacob et moi... C'est ton ami et je ne veux pas te rendre malheureux...
Tant d'émotions se lisaient sur son visage que je m'y perdais. L'amour, la confiance, la compassion, l'espoir... Il caressa tendrement ma joue et reprit.
- Ecoute, je me fiche que Billy soit mon ami, si son fils te fais souffrir et qu'il le soutien, nous n'aurons plus rie à faire ensemble. Et pour tout te dire, ce n'est pas toi qui me rend malheureux, mais plutôt les épreuves que tu dois traverser ma chérie.
Un tel discours était inhabituel, tan par sa longueur que par las sentiments qui perçaient dans son ton, mais il me fit du bien. Charlie était là pour moi, il me soutenait et m'aimait. Mais cet instant fut interrompu par la sonnerie du téléphone. Mon père se leva lentement pour aller décrocher. L'appel ne dure pas longtemps, mais Charlie était attendu au plus vite au poste de police. Il raccrocha et vint m'embrasser.
- Merci pour le petit-déj'. Je dois filer, on se rejoint ici après tes cours et on ira directement à la Push.
- Au fait papa, je repensais à son travail de la veille, pourquoi n'étais-tu pas là hier?
- Tu n'en a pas entendu parler? Il y a un ours dans la forêt, un campeur à disparu, et nous n'avons pas beaucoup d'espoir.
- Oh...
C'est la seule chose que je parvins à dire. Je ne m'attendais pas à une telle bête dans les parages. Il me restait un peu de temps avant de devoir partir. Je finissais donc de déjeuner, puis filais à l'étage prendre mes affaires de cours, et redescendais récupérer ma parka. Je sortis, fermais la porte et me dépêchait de rejoindre ma Chevrolet avant d'être trempée.
Arrivée au lycée, mon premier cours était biologie. Depuis que j'avais quitté mon boulot au magasin, Mike était assis sur ma table à chaque début de cours, on aurait cru une moule accrochée à son rocher. J'étais à peine arrivée au niveau de ma paillasse qu'il commençait déjà à parler, ça avait le don de m'agacer. Pourquoi ne comprenait-il qu'il n'avait aucune chance? Il faut croire qu'il ne se laisserait jamais de ces bavardages inutiles. C'était un jeu de séduction dans lequel il était le seul à rentrer. Je le laissais parler, sans l'écouter pendant que je m'installais. Il daigna enfin descendre et d'en aller quand le prof entra dans la salle.
Le reste de la journée se déroula de la même façon, j'étais là, mais je n'écoutais rien de ce qui se disait, trop occupée à imaginer la confrontation Black, Swan de ce soir. Le meilleur des scénarios était que Jake soit vraiment malade et que tout s'arrange, le pire était qu'il me rejette, que je sombre et que nos pères ne s'adressent plus la parole.
A la fin des cours, je sortis le cœur gros, et pas particulièrement pressée à l'idée de cette rencontre imminente.
