Bêta lecteur : Flammula

Notes : Je suis terriblement désolée pour le délai et la qualité de ce chapitre... Je n'ai pas vraiment réussi à travailler dessus, au point qu'il m'a fallu un temps fou pour obtenir quelque chose qui soit à peu près correct... Pardon, pardon.

Autrement, je ne sais pas si c'est parce que c'est un AU ou parce que Cloud est malade dans cette fiction, mais je trouve son comportement un peu bébé. Err...

Il y a également un passage dans cette fiction que beaucoup vont probablement interpréter d'une manière un peu différente que ce que je décris. x)

Enfin, dernière chose, j'ai dû inventer un prénom à la mère de Cloud. Je n'aime pas nommer les personnages de Final Fantasy VII, mais ici, je n'ai pas vraiment eu d'autre choix... Utiliser tout le temps "la mère de Cloud" ou "Madame Strife", ça devient un peu lourd à la longue...

Notez la petite astérisque qui traîne dans ce chapitre siouplait ! J'avais une petite note à faire concernant ce passage.


Le temps de s'aimer

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« Bonjour madame Strife ! »

« Bonjour Zack. Comment vas-tu ? »

« Très bien malgré ce froid de canard. »

Confirmant ses dires, l'homme se frictionna vigoureusement les bras. Pourtant, sous ses airs d'ours polaire, emmitouflé comme il était dans son gros anorak crème assorti à une écharpe de laine, dont la raboteuse caresse allumait un petit été auprès de sa gorge, il riait gaiement, comme si même le froid ne pouvait enrhumer sa bonne humeur.

« Tu viens toujours à Noël ? Cloud a tellement peur que tu aies un empêchement... »

De nouveau tenté de laisser filer un rire sympathique, Zack rallongea spontanément la courbure de ses lèvres pour un sourire sincère qui se devait de terrasser toute incertitude.

« Je ne laisserais pour rien au monde tomber votre fils un tel jour. » rassura-t-il son interlocutrice.

Ce fut par un franc sourire qu'elle lui répondit. Avec le mouvement des lèvres, quelques vigoureuses mèches s'échappèrent de son bonnet parme et se balancèrent gracieusement sur ses joues, titillant le ravissant creux de ses pommettes sur un visage qui n'avait encore rien perdu de sa jeunesse.

« Et où est-il justement ? » demanda encore monsieur sourire en tournant sa tête de tous côtés, cherchant des yeux un brin de mèches miel.

Comme s'il avait deviné que Zack sondait le parc à sa recherche, celui dont la présence s'était faite attendre arriva bientôt à portée de vue, marchant tranquillement, les mains dans les poches, en direction des deux autres adultes. Tout le bas de son visage était camouflé par une grosse écharpe bleue, aussi ample que le gosier d'une baleine, et seul son nez, rougi par le gel, dépassait du cache-col. Lorsqu'il s'arrêta à leur niveau, il eut à peine le temps d'ouvrir la bouche ou d'esquisser un geste qu'il se vit attiré dans de puissants bras. Ainsi salué, le jeune homme se retrouva écrasé contre le chaud pull de laine qui étouffa ses protestations et Zack referma ses mains autour d'un corps plus frêle que le sien. Il souleva avec facilité celui-ci de façon à ce que les pieds du jeune homme quittent le sol de quelques centimètres et, dans ses bras, fit tourner le blond qui ne sembla pas du tout apprécier le petit jeu. L'impossibilité de retrouver la terre ferme lui procurait un insupportable sentiment de faiblesse, celui de ne plus avoir le moindre contrôle sur son propre corps, et cela lui était particulièrement désagréable. Tout comme l'idée que Zack le porte ainsi comme un enfant. En s'agrippant avec irritation aux épaules du plus grand, il s'indigna tant bien que mal.

« Z... Zack ! Qu'est-ce que tu crois faire ? Arrête ça tout de suite. »

« Vos désirs sont des ordres mon cher. »

Faisant preuve de compassion, Zack cessa son supplice pour reposer son ami à terre avant d'adoucir son regard en le posant sur le garçon.

« Bonjour Cloud. » lui sourit-il gentiment.

« Bonjour Zack. » répondit Cloud en saluant les chaussures du brun, trop honteux des couleurs qui occupaient ses joues.

L'été et l'automne avaient quitté la scène pour laisser la place à leur confrère l'hiver. En cette saison, le parc avait été saupoudré d'une fine pellicule de neige. Les arbres dénudés et les bancs abandonnés sommeillaient sous leur couverture de flocons et les enfants, bonnets, écharpes et gants imposés à l'accoutrement, piétinaient les parcelles vierges, se lançaient des boules ou construisaient des bonshommes de neige tandis que le lac gelé accueillait les patineurs du dimanche.

Il s'agissait d'une grande première pour Cloud, Zack avait promis de lui apprendre à faire du patin à glace et depuis cette promesse, il n'avait cessé de se réjouir dans l'attente de ce jour. Bien sûr, il ne pouvait se cacher qu'il avait aussi un peu peur. Il savait pourtant que si Zack se trouvait avec lui, il pouvait être certain qu'il ne lui arriverait pas le moindre malheur, le brun était bien trop soucieux de ce qu'il ne lui arrive jamais rien de fâcheux, mais il ne s'agissait pas là d'une peur qu'il cherchait à fuir. Au contraire, il l'aurait plutôt qualifiée d'une appréhension excitante, celle d'affronter l'inconnu, celle de donner le meilleur de soi-même pour mettre à l'épreuve son courage, et Cloud appartenait à ces personnes qui n'aimaient pas reculer devant le défi. S'il n'hésitait pas à foncer en avant, il se désespérait cependant de renoncer avec trop de facilité, et même s'il n'avait rien d'un froussard, il ne lui avait de toute façon plus été donné l'occasion de se frotter à ce genre de sensation depuis sa maladie. Zack lui donnait ici la possibilité de retrouver un peu de sa dignité.

Pendant qu'il chaussait ses patins, assis sur la berge blanche du lac, sa mère qui observait les deux hommes d'un peu plus loin, essayait, à l'opposé de son fils, de se rassurer en leur souriant constamment. Ce n'était pas qu'elle n'avait pas toute confiance en Zack, mais un accident pouvait si vite arriver qu'elle restait bien vigilante à ce que rien de malheureux ne se produise. D'ordinaire, la femme qui amenait son fils au square laissait celui-ci seul en compagnie de Zack. A tout juste dix-huit ans, il lui aurait été désagréable de constamment sentir un oeil sur son dos. Même malade, le jeune homme était assez grand pour faire ce qu'il voulait de son côté, il habitait juste trop loin du jardin pour s'y rendre à pied. Madame Strife s'était donc gentiment proposée pour l'amener elle-même, malgré les protestations du jeune homme qui lui répétait être capable de se débrouiller seul. Il fallait croire qu'elle restait encore trop attachée à son enfant pour le laisser vivre plus indépendamment sa vie. Elle avait tout de même cédé pour le laisser rentrer en bus, l'argument du garçon reposant sur la simple, mais néanmoins très bonne raison qu'il ne savait généralement jamais combien de temps il allait rester avec Zack. Sans compter que la plupart du temps, les deux garçons se réservaient la journée. Les heures défilaient étrangement vite lorsqu'ils étaient ensemble. Ce jour-ci cependant, madame Lizzy Strife avait préféré rester, désireuse de voir son fils essayer pour la première fois le patinage sur glace.

Lorsque de son côté, Zack termina de se chausser, il se redressa aussitôt et n'attendit pas plus longtemps pour profiter du terrain gelé et glissant à souhait. En s'amusant déjà à naviguer sur la surface d'eau figée, il tournait gracieusement en quelques cercles et Cloud le regarda avec émerveillement. L'actuel ours polaire faisait son malin en marchant à reculons, les mains dans le dos. Il se mouvait avec tant d'agilité qu'il semblait aussi à l'aise qu'un poisson dans l'eau, à ceci près que cette eau-ci était gelée, et Cloud s'imaginait plutôt un volatile dessinant stupidement des ondes immuables sur ce bloc diaphane. Tous ses mouvements pourtant semblaient mesurés et légers à la fois, ils se voulaient tout simplement beaux à voir et Cloud ignorait s'il devait se montrer jaloux ou seulement ébloui par les prouesses de son aîné. Captant son regard, Zack revint dans un sourire vers l'homme qui ne détachait plus ses yeux écarquillés de sa forme qui jouait sur la banquise miniature. Il tendit une main pour l'aider à se lever maintenant qu'il avait lui-même fini d'ajuster ses patins à ses pieds. Un peu hésitant, les jambes tremblantes, Cloud tenta de se relever. Mais cette sensation de déséquilibre ne l'y aidait pas. Trop peu connue et légèrement inquiétante, il lui semblait qu'il allait tomber d'un moment à l'autre. Cela glissait trop ! Comment pouvait-on décemment avancer là-dessus sans se casser la figure ? Sentant ses jambes s'écarter à toute vitesse l'une de l'autre, Cloud se raccrocha en détresse au bras de Zack qui le soutint gentiment.

« En prenant de la vitesse, ça va aller tout seul, tu verras. Accroche-toi juste à moi et laisse-toi glisser. » le réconforta-t-il avec assurance.

Oh, il ne doutait pas de ce que le grand et fort patineur je-me-la-pète-sur-la-glace-et-le-givre-ça-me-fait-pas-peur pouvait lui dire et il hocha dédaigneusement la tête. Nul besoin de le rassurer. Malgré tout, il accordait toujours aussi peu de confiance en ses membres inférieurs et n'osait pas franchement mettre un pied en avant. Avec Zack qui commençait déjà à partir, il n'eut pourtant pas d'autre choix que de suivre. Le brun avança d'abord à un rythme lent et soutenu, de façon à habituer le plus jeune au balancement et la cadence à prendre. Celui-ci se tenait bien fermement à son bras, mais la main enroulée autour de sa taille lui assurait déjà une bonne sécurité, au moindre dérapage, il serait rattrapé avant d'avoir pu toucher la glace. Quand il fut plus assuré dans ce qu'il faisait et qu'il commença à prendre le rythme et la posture, la séance de patinage devint beaucoup plus agréable et le plaisir s'accentua encore lorsque Zack accéléra, petit à petit, jusqu'à prendre une certaine vélocité qui leur permit, à lui comme à son partenaire, de sentir le vent fouetter sans violence leur visage. Cloud, après s'être décroché de Zack, fit plusieurs fois le tour du lac en inspirant pleinement l'air frais qui frappait énergiquement son visage. La vitesse lui procurait une sensation particulièrement agréable et tout comme sa comparaison lorsqu'il avait observé Zack un peu plus tôt, il se sentait lui aussi grandir des ailes qui le poussaient d'elles-même en avant, comme si le sol n'était plus de rigueur. Aussi, s'il en avait eu la possibilité, Cloud aurait souhaité continuer à tourner ainsi pendant de longues, longues heures. Pouvoir s'adonner à ce genre d'expérience restait trop rare pour le jeune adulte.

x

Seulement quelques semaines après sa performance sur le lac, Cloud vit la veille de Noël arriver. Comme cela avait été prévu, Zack était de la fête. Depuis sa première rencontre avec Cloud une matinée d'été encore récente, celui qui n'avait d'abord été qu'un inconnu avait en effet eu l'occasion de revoir l'adolescent malade à de nombreuses reprises. Ce dernier se rendait régulièrement au jardin, et serait probablement venu tous les dimanches s'il n'avait pas eu ses problèmes de cœur, le condamnant certains jours à l'enfermement. Malgré ces contraintes, autant qu'il lui était possible, il se rendait à ce qu'ils pouvaient désormais appeler leur coin personnel. Celui où Zack et lui se retrouvaient, passaient du temps ensemble et discutaient longuement. Pareillement, quand les beaux jours s'étaient petit à petit envolés, se changeant progressivement avec l'arrivée de l'automne en des temps plus maussades, plus froids, les deux hommes avaient tout de même continué de se rendre au parc, appréciant ainsi les métamorphoses de celui-ci au rythme des saisons, les couleurs qui se modifiaient, le ciel aussi, ainsi que les tenues des passants et leurs occupations. Ainsi, Cloud avait repéré un groupe d'enfants qui se rendait tous les dimanches après-midi dans le bac à sable et aux balançoires. Il y avait aussi ce vieil homme, vêtu d'une grande veste ainsi que d'un chapeau de feutre gris. Cloud avait toujours été fasciné par sa belle barbiche bien soignée, d'un blanc qui semblait piqueté d'escarbilles. Ici, il lisait assidûment un livre, assis sur un banc. Toujours le même. Celui au-dessous du plus grand chêne dont les glands aux chutes imprévisibles éloignaient les promeneurs. Cloud pouvait encore voir une vieille dame qui donnait à manger aux moineaux en leur parlant, près de l'unique saule pleureur du parc, et un couple qui aimait contempler l'eau de l'étang, assis l'un contre l'autre sur la berge. Et puis il y avait Zack. Zack et lui. Zack qui lui avait désigné et appris à connaître toutes ces personnes, parce qu'il connaissait déjà bien chacun de ces habitués. Zack qui l'attendait toujours sur le banc où il l'avait rencontré la première fois, celui qui se situait près du marchand de glace, et qui aimait lui sourire chaudement dès qu'il le voyait arriver. Zack avec qui il ne manquait pas de nourrir les canards et les cygnes et qui, parfois, les jours trop chauds, leur payait une glace à tous les deux avant de s'allonger sur l'herbe grasse. Cloud l'imitait alors, tous deux contemplant les nuages voguer dans le ciel. Zack qui, les jours de pluie, maintenait son blouson au-dessus de leur tête pour former un abri et le chatouillait en lui assurant que c'était pour qu'il n'ait pas froid, ce qui avait le don de fonctionner un peu trop bien. Zack qui lui racontait des histoires drôles, lui parlait de tout et de rien, posait des questions sur sa vie. Zack contre l'épaule duquel il aimait poser sa tête quand il commençait à sentir la fatigue le gagner, et il savait qu'il rougissait lorsqu'il faisait cela. Surtout quand le brun enroulait alors un bras autour de lui pour lui tenir chaud, geste qu'il ne repoussait jamais. Zack.

Avec le temps, le jeune Zack Fair, étudiant de vingt ans, s'était donc naturellement rapproché de la famille Strife. A un point qu'il en était presque devenu un membre et se retrouvait d'ailleurs souvent invité à leur appartement, comme en ce jour spécial.

A présent, ils étaient tous les trois autour de la petite table de salon du logement, en train de réveillonner. Madame Strife avait cuisiné une délicieuse tourte au fromage en s'appliquant pour la rendre la plus présentable et savoureuse possible, ce qui avait plus que largement porté ses fruits car elle fut entièrement dévorée par les deux garçons. Sans grande surprise donc, lorsqu'elle apporta la charlotte aux fraises qu'elle avait confectionnée pour le dessert, personne n'avait plus vraiment faim.

En se levant pour ramener les plats en cuisine, Lizzy se tourna vers son fils.

« Cloud, tu veux bien préparer le lit de Zack s'il te plaît ? »

« Tout de suite. » répondit Cloud en se levant de table, alors qu'il s'apprêtait à aider sa mère à débarrasser.

« Je vais t'aider. » se proposa alors gentiment Zack avec enthousiasme, posant déjà ses pas à la suite de ceux de Cloud. Ce dernier cependant le retint en rejetant son aide.

« Pas question. Aide plutôt maman à faire la vaisselle si tu veux te rendre utile. »

Zack ne cacha pas une petite moue mais ne pouvant se dérober à cela sans manquer de politesse envers celle qui lui avait rempli la panse, il se retrancha vers la cuisine où il retrouva madame Strife, déjà bien affairée au-dessus de l'évier. S'emparant d'un torchon, il commença à sécher les différents plats et couverts avant de les ranger à leurs places respectives, connaissant déjà l'emplacement de chacune d'entre elles.

« Cloud a l'air d'aller un peu mieux. » déclara-t-il soudain sur un ton qui se voulait encourageant.

« Il a l'air, oui. » admit madame Strife. « C'est un véritable cadeau pour une maman de voir son fils comme ça. J'ai toujours tant voulu apporter de la joie sur son visage de cette manière, ce bonheur n'a pas de prix... Surtout aujourd'hui, il a l'air vraiment heureux de pouvoir passer Noël avec toi, Zack. Et je te suis vraiment reconnaissante pour tout ce que tu lui as apporté depuis cet été, mais... »

« Mais... ? »

« Non... Non, rien. J'ai juste peur que tout ce bonheur se transforme en une forme de peine encore plus douloureuse à la fin... Pour lui comme pour toi. »

« Ne dites pas ça... Cloud et moi savons depuis le début que le futur est fragile. Mais même si ce n'est qu'une faible lueur, tant qu'il y a de l'espoir, il ne faut pas abandonner ! C'est valable pour Cloud mais aussi pour vous. Votre fils n'est pas encore mort alors ne parlons pas de lui comme si c'était déjà le cas ! Même si c'est difficile, il faut continuer d'y croire. C'est ce que je pense et continuerai de penser. Je veux juste qu'il vive l'instant présent sans penser à son sombre avenir parce que votre fils est un garçon adorable... que j'aime énormément... et que ses sourires valent toutes les récompenses du monde. Et je suis certain que vous pensez la même chose. » sourit largement Zack en se retournant vers la femme.

Celle-ci lui sourit faiblement en réponse et baissa les yeux.

« Je sais que tu as raison, Zack... Mais pour moi qui l'ai élevé depuis sa naissance, qui l'ai vu grandir et qui lui ai déjà donné tout l'amour que je pouvais... les choses sont juste... très difficiles. Je sais, pour avoir appris à vivre avec, que rien ne sera jamais simple et même si je suis bien consciente que je risque d'être séparée de lui, encore maintenant je... »

Marquant une petite pause, la femme sembla oublier sa phrase. Perdue dans les dédales de son cœur tourmenté, elle frottait avec son éponge, dans un parfait silence, une assiette arrosée de mousse pendant que quelques bulles de savon aux couleurs de l'arc-en-ciel éclataient contre la faïence. Quelques secondes plus tard cependant, sa voix s'éleva de nouveau dans la petite cuisine.

« Tu es fort, Zack. Tellement plus fort que moi... »

« ... Je ne suis pas sûr de l'être tant que ça... Mais ce que je sais, c'est que vous pouvez trouver de la force vous aussi, vous êtes sa mère... » répliqua Zack avec assurance.

Madame Strife allait donner son avis quand Cloud se montra dans la cuisine à son tour.

« J'ai fini. »

« Oh, merci chéri. » lui sourit-elle, chassant ainsi toutes les préoccupations qui avaient comprimé son cœur lors de sa discussion avec Zack.

Tournant ensuite sa tête vers l'horloge qui se faisait discrète contre l'un des murs de la pièce, elle s'exclama, beaucoup plus joyeusement.

« Tous les deux, allez-donc ouvrir vos cadeaux, il est presque minuit. »

Les deux hommes acquiescèrent et Zack, recueillant la main de Cloud dans la sienne, entraîna son ami auprès du petit sapin décoré qui patientait dans un coin du salon.

« Toi en premier. » imposa-t-il en tendant son cadeau au jeune homme.

Cloud récupéra entre ses mains le petit paquet emballé dans un joli papier bleu satin, mais ne l'ouvrit pas, se contentant de l'observer.

« Dépêche-toi, ouvre-le ! » le pressa Zack, impatient que le jeune homme découvre ce qu'il lui avait offert.

Il fallait dire qu'il était plutôt fier de lui pour cette trouvaille. Il s'était longuement questionné sur ce qui aurait pu faire plaisir à Cloud tout en cherchant quelque chose d'original, sans jamais rien trouver qui lui convienne. Jusqu'à ce qu'il tombe sur un objet qui l'avait presque attiré à lui derrière sa vitrine, un jour qu'il flânait dans les rues de la ville. Il avait alors découvert ce qu'il espérait pouvoir faire plaisir à Cloud, et il se félicitait depuis d'avoir posé son dévolu sur l'objet.

Avec des gestes qui trahissaient une certaine indécision, Cloud dénoua néanmoins le ruban bleu qui entourait la petite boîte carrée, le cœur battant la chamade. A dire vrai, c'était pour ainsi dire la première fois qu'une personne, autre que sa mère, lui faisait un cadeau. Alors peu lui importait ce que pouvait bien contenir cette boîte, il savait qu'il estimerait ce présent aussi précieusement qu'il couvait une profonde affection pour la personne qui le lui avait offert. Son cœur se cognant un peu trop fort contre sa poitrine tandis qu'il retirait à présent avec application le papier cadeau, Cloud craignait presque qu'il le lâche le jour de Noël. Heureusement, aucune catastrophe de ce genre ne se produisit tandis qu'il ouvrait à présent l'écrin lustré. A l'intérieur se trouvait une autre boîte, plus petite encore, d'un beau bois d'ébène verni. Sur le côté dépassait une petite manivelle proportionnée au reste du coffret, et le couvercle portait une coquette inscription finement gravée. Les nobles lettres brillaient sous la lumière bridée par l'abat-jour et les lire révélait ces mots : Still I Love You.*

Cloud offrit un regard confus à Zack qui le gratifia alors d'un minois excité. Prenant lui même le coffret des mains de son ami, il commença à tourner la manivelle pendant quelques secondes, puis il rendit la boîte à qui elle était destinée.

« Ouvre-là et tourne le p'tit bout de métal dans l'autre sens maintenant. » lui expliqua-t-il, un souffle de tendresse dans la voix.

S'exécutant, Cloud, maintenant très intrigué par l'objet, ouvrit la boîte avec beaucoup de précaution et se mit à tourner la poignée sur le côté. Aussitôt, de jolies petites notes se sauvèrent des entrailles d'un mécanisme secret pour tisser dans l'air une douce et jolie mélodie aux nuances mélancoliques. Le son était clair et tintait comme si un musicien miniature frappait au rythme de la manivelle sur de petites cloches ou les touches d'un xylophone.

« ... C'est beau. » souffla Cloud qui se laissait à présent bercer par la petite musique.

« "Still I love you"... C'est comme ça que s'appelle cette chanson. Et ça, c'est une vieille boîte à musique que j'ai vue dans un magasin d'antiquité. Je tenais à te l'offrir parce que... Parce que sa musique m'a fait penser à toi. Aussi il y a quelque chose que j'aimerais te demander... »

Cloud releva lentement les yeux vers le brun, curieux de savoir ce qu'il voulait.

« Quoi donc ? »

Les attitudes semblaient avoir roulé. Alors que le plus jeune des deux garçons avait relevé le cou pour saisir un éclair de bleu maritime, l'autre au contraire soustrayait son regard à l'autre pour le pencher vers le relief granuleux de la moquette. Sa prière devait le mettre un peu dans l'embarras, car il ne savait comment l'énoncer, et n'osait l'exprimer clairement, d'un trait, ce qui parut étrange à Cloud car il n'avait jamais imaginé Zack comme le genre de personnes à hésiter pour annoncer ce qu'elles avaient à dire. L'homme semblait juste redouter sa réaction.

« Est-ce que tu pourrais... A chaque fois que tu écouteras cette musique... est-ce que tu veux bien... penser à moi ? »

Cloud laissa ses lèvres s'écarter l'une de l'autre et ses yeux s'arrondir légèrement. Il resta un moment hébété par la question, puis il cacha un petit rire derrière sa main, habitué à cacher sa bouche par politesse. Celui qui avait enfin réussi à émettre sa requête se vexa aussitôt.

« Qu'est-ce qui est si drôle ? »

« Non, rien. »

Immédiatement, le petit impoli qui lui riait au nez s'excusa. Il savait sa réaction un peu déplacée et tenta de la justifier.

« Ce n'était pas nécessaire de me le demander, rien de plus. Ce cadeau, c'est toi qui me l'a fait, non ? Alors comment pourrais-je ne pas penser à toi en l'écoutant ? Idiot. »

Zack se frotta alors la nuque, comme s'il cherchait à éponger la gêne qui dégouttait en perles de sueur à cet endroit, avant de sourire tendrement au jeune homme.

« Merci. »

« C'est à moi de te remercier. »

Sur ces mots, Cloud tendit ses mains devant lui, son propre cadeau au creux de celles-ci, et observa le mur comme si c'était à lui qu'il s'adressait et non à la personne vers laquelle il présentait son paquet.

La fête de Noël n'avait jamais été un évènement très important pour lui et sa mère. Un jour pour s'offrir des cadeaux ou faire preuve de générosité, certes tout cela était bien beau mais pour avoir toujours passé ce jour désigné d'office joyeux avec pour seule compagnie sa mère, il n'y avait jamais accordé plus d'attention que cela. Tout du moins, avant d'avoir rencontré Zack. Depuis qu'il connaissait l'étudiant, il lui semblait comprendre un peu mieux pourquoi le jour se voulait tout de même important. Plus que pour son caractère religieux ou commercial, il s'agissait avant tout d'une occasion unique pour lui de vivre un jour plus ensoleillé que les autres en plein milieu de cette longue nuit qu'était l'hiver. Une festivité durant laquelle il pouvait se permettre d'avoir ce désir égoïste d'être heureux comme de faire part de cette joie à travers une forme de remerciement. Toute sa reconnaissance dans un paquet qu'il espérait plus complet en sentiments de gratitude qu'il n'aurait pu l'être avec des mots.

Évidemment, pour Zack qui avait l'habitude de passer ce réjouissant moment avec sa famille ou des amis qui connaissaient déjà bien ses goûts, cette année-ci avait quant à elle un parfum de nouveauté et surtout, d'unicité. Le genre de Noëls qui, malgré leur simplicité, apportaient un tel lot de détails exceptionnels qu'il s'en trouvait impossible d'en oublier le souvenir. Assis en tailleur sur la moquette, il redécouvrait le plaisir et l'excitation de la surprise, aussi curieux que Cloud, un peu plus tôt, de connaître le contenu de son propre cadeau, tout en sachant à son tour que celui-ci lui importait moins que son donateur. Ou peut-être qu'il lui importait autant, car il s'agissait de quelque chose qui venait de cette personne.

Le ruban glissa sur le sol, le papier déchiqueté vola dans les airs et bientôt, le nez du brun plongea à l'intérieur de la boîte désormais accessible. Il en ressortit avec un bout de tissu fragile, plié. Ce fut en le déployant qu'il réalisa qu'il s'agissait d'un cerf-volant. Un grand cerf-volant jaune qui avait l'allure d'un gros soleil. Zack devait l'admettre, il était étonné. Mais étonné avec ravissement. Personne ne lui avait encore offert un cadeau aussi original. La plupart du temps, il se retrouvait avec des jeux vidéo, des CD, voire des bijoux, mais jamais un cadeau aussi beau qu'un simple cerf-volant. Il fut d'autant plus touché quand Cloud lui avoua l'avoir bricolé lui-même durant ses jours de claustration. La larme à l'œil, il écrasa littéralement l'auteur d'une telle merveille entre ses bras. Aucun mot ne voulait sortir de la gorge nouée par l'émotion, le simple geste se voulait suffisamment fort pour exprimer tout ce qu'il ressentait à cet instant, et Cloud se sentit sourire de soulagement face à la réaction du brun. Dans la crainte que son cadeau ne plaise pas, car après tout il s'agissait plus du genre de babiole qu'on offrait pour faire plaisir aux gamins lors d'un caprice, il avait redouté une joie simulée et un remerciement par simple politesse, mais Zack semblait réellement heureux de son petit bricolage.

Lorsque madame Strife rejoignit les deux garçons dans le salon, Zack libéra Cloud de son étreinte et offrit un large sourire au blondinet, rouge de cette longue embrassade.

« Merci, c'est un très joli cadeau, Cloud. On le fera voler au printemps prochain, d'accord ? »

« Moi aussi j'ai quelque chose pour toi, Zack. » intervint alors madame Strife en s'agenouillant à son tour auprès du sapin.

Elle tendit le bras pour mettre la main sur son paquet et se retourna vers leur invité qui se gratta l'arrière de la tête.

« Vous n'auriez pas dû Lizzy. J'ai déjà bien été gâté par votre fils... »

« Mais ce n'est pas une raison. » lui sourit Lizzy en retour.

« Dans ce cas, moi aussi j'ai quelque chose pour vous. » répliqua Zack de son côté en sortant un petit sachet de sa poche et en tendant celui-ci à la mère de Cloud.

Connaissant madame Strife et sa folie des perles, sa réponse face à la paire de boucles d'oreille qu'il lui avait acheté avait été bien anticipée par le brun qui se boucha les oreilles, en faisant signe à Cloud de faire de même. Prévention qui se révéla bienvenue lorsqu'un haut cri aigu envahit la petite pièce avant que madame Strife ne s'enferme dans une contemplation quasi-hypnotique de ses bijoux, ses yeux fixés sur eux avec tant de béatitude qu'on aurait presque pu deviner des milliers de cœurs se dessiner dans ses pupilles et l'aura d'adoration qui émanait de la jolie maman. Zack lança un clin d'œil à Cloud qui masqua un sourire. Lorsque sa mère se fut quelque peu calmée, elle remercia Zack d'un gros câlin et ce dernier ne tarda pas à faire de même lorsqu'il découvrit son propre cadeau, une belle chaîne argentée qui ornerait sans doute rapidement sa poitrine, souvent découverte par les cols largement déboutonnés de ses chemises.

La soirée toucha à sa fin joyeusement, comme bien souvent lorsque Zack était présent, et l'effervescence de cette nuit estompant toute forme de fatigue, quand chacun partit se coucher, les bavardages de Zack et Cloud résonnèrent encore longtemps dans la petite chambre d'appartement qui les abritait tous deux.

x

Il pouvait voir que Cloud était assis sur leur banc. Celui sur lequel il attendait le blondinet en général. Encore invisible aux yeux de son ami, il se rapprocha doucement de son dos mais le jeune homme ne le remarqua pas, trop occupé avec les pétales d'une pâquerette, prenant visiblement soin de dénuder la pauvre fleur en les arrachant les uns après les autres. Avec lenteur et minutie, il détachait délicatement chaque pétale et laissait ceux-ci valser librement avant qu'ils ne se posent mollement sur le sol, au pied du banc. Enfin, il arriva au dernier et soupira. Derrière sa nuque, près de son oreille, s'éleva alors soudain une voix familière, dans une tonalité aussi malicieuse que curieuse.

« Qu'est-ce que tu fais ? »

Sursautant vivement, Cloud se retourna pour voir que Zack était là, penché au-dessus de lui. Ce fut alors un faible reproche que celui-ci reçut en guise de bonjour.

« Z-Zack ! Tu m'as fait peur... »

Incapable de s'empêcher de sourire face à une telle réaction, l'homme cessa toutefois ses taquineries.

« Excuse-moi. Tu es matinal aujourd'hui, c'est rare que tu sois là en premier. »

« Ma mère avait quelque chose à faire alors elle m'a déposé ici un peu plus tôt que d'habitude. » précisa Cloud.

Zack hocha de la tête dans un signe de compréhension, puis fit le tour du banc pour faire face à son interlocuteur.

« Alors ? On l'essaye ce cerf-volant ? » pointa-t-il du nez ce qu'il tenait dans la main, le cadeau que lui avait offert Cloud pour Noël.

Le garçon acquiesça d'un mouvement de tête et accepta la main que lui proposait Zack qui l'emmena alors dans un coin plus tranquille, sur les hauteurs qui surplombaient le lac. Un endroit peu peuplé puisque le seul moyen de s'y rendre revenait à escalader la colline, ce qui s'avérait peu évident de par sa raideur et le manque de prises. L'exercice s'en trouvait par conséquent particulièrement difficile pour Cloud, mais Zack, qui s'était déjà rendu un nombre incalculable de fois sur le haut monticule depuis qu'il avait posé les pieds dans le square, l'avait guidé, lui traçant le chemin le plus facile tout en veillant bien à ce qu'il ne perde pas prise. Une fois en haut, Cloud prit le temps de se reposer pendant que Zack lançait son cerf-volant.

Les conditions météorologiques étaient idéales. Un soleil timide, ni trop chaud ni trop froid, trouvait sa place entre les marrées de nuages, et un doux vent permettait au large objet allongé de s'éployer dans les airs, et surtout d'y tenir. Bientôt, de nombreuses têtes se levèrent et tout autant de doigts pointèrent le jouet qui planait au-dessus du parc. Naturellement, ce public gonfla Zack de fierté et d'orgueil. Tout émoustillé, il en profita même pour faire valser son joujou en quelques loopings, histoire d'amuser la galerie en lui dévoilant par la même occasion tout son talent. Cloud, assis sur l'herbe non loin du pilote de son cadeau se demandait presque s'il n'allait pas se mettre à crier "C'est mon cerf-volant ! C'est moi qui le fait voler !",tout en songeant comment il pouvait montrer une telle habilité avec l'objet s'il s'agissait de la première fois qu'il expérimentait cet assemblage de toile, comme il le lui avait avoué à Noël.

Ce ne fut qu'après avoir passé un long moment à faire virevolter le gros soleil dans le ciel que les deux hommes finirent par ranger la structure sophistiquée. Zack, dans un élan d'enthousiasme, avait avant cela tenu à laisser Cloud essayer sa propre création tout en lui expliquant comment il devait s'y prendre. Maintenant, il repliait soigneusement celle-ci avec beaucoup de délicatesse, comme s'il avait affaire à un véritable être-vivant, et rejoignit ensuite son compagnon sur l'herbe pour contempler la vue qui s'offrait à eux depuis les hauteurs du parc.

« Je ne te pensais pas aussi doué, Zack... » lança soudain Cloud.

« Oh, tu parles du cerf-volant ? C'est que je suis bourré de talent tu sais, mon très cher Cloud. »

Fier comme un coq, en particulier pour avoir impressionné son jeune ami, le vantard s'affala dans l'herbe et croisa ses mains sous sa nuque. Cloud lui lança un regard en coin. Un oeil dans le bleu duquel miroitait à la fois l'exaspération et l'admiration. Prenant rapidement conscience de ce regard, Zack se releva et secoua la tête.

« Non... En réalité, je l'ai déjà essayé avant aujourd'hui... J'ai d'ailleurs eu beaucoup de mal au début. » rit-il doucement de ses faiblesses. « Mais je voulais absolument le maîtriser pour ce printemps. Je voulais qu'il s'élève haut dans les airs le jour où tu serais avec moi pour le voir voler. » avoua-t-il.

Le regard de Cloud plongea alors dans la confusion, avant de couler encore plus profondément pour de la gêne tandis qu'il cachait sa tête sous ses bras afin de cacher ses rougeurs et son rire.

« Pourtant j'aurais aimé te voir te donner du mal avec. » rit-il sincèrement.

« Ce n'est pas très gentil ça, Cloud. » bouda alors le brun, ce qui accentua le petit rire de son ami.

Ce dernier ne s'attendait toutefois pas à ce qu'une main se pose soudain sur son bras, et il releva vivement la tête, surpris. Zack lui souriait gentiment.

« Ce n'est pas si souvent que je te vois rire, alors quand tu le fais, s'il te plaît, ne te cache pas. »

« Désolé. C'est un réflexe. »

Le silence retomba et les deux garçons ramenèrent leur regard au parc. En ce début de printemps, il était encore plus chatoyant et reposant qu'à l'accoutumée. L'herbe était couverte de pâquerettes, de jonquilles, de primevères et de trèfles. Les arbres étaient parés de bourgeons, certains étalaient fièrement leurs jeunes pousses d'un vert tendre, d'autres étaient déjà en fleur. A leurs pieds, de jolis tapis de fraîcheur s'étaient formés sous l'amas de ces petites parures roses. Le soleil était doux, le vent aussi. Il transportait avec lui des pétales qui bigarraient les alentours et des parfums aux couleurs de la saison, enivrants et frais. Les cygnes et les canards, quant à eux, étaient revenus barboter dans le lac tandis que les oiseaux avaient repris leurs gazouillements joyeux et que les hirondelles se réjouissaient du ciel bleu. Devant ce panorama reposant, Cloud s'oublia et posa sa tête contre l'épaule de son ami, appréciant la proximité et la fragrance discrète de son eau de toilette.

Tendre caresse pour les oreilles de l'aîné, il murmura.

« Le parc est beau au printemps. »

« Il est beau durant toutes les saisons lorsque tu es là. » rectifia tendrement Zack en passant un bras autour de la taille du blond.

« Idiot. »

« Un idiot contre l'épaule duquel tu aimes poser ta tête ? »

« Oui, les épaules d'idiots sont confortables. » se défendit Cloud sans cacher un sourire, amusé par la tournure que prenait la conversation.

« Voyez-vous ça ! »

Malicieusement, Zack avala ses lèvres pour bloquer un rire qui mourut au fond de sa gorge. Pour se venger, il chatouilla l'impoli en mimant les époux vexés. Ce qu'il attendait en agissant de la sorte se produisit aussitôt. Sous ses yeux ravis, Cloud tentait vainement d'échapper aux mains espiègles, les repoussant tout en le priant entre quelques hoquets d'arrêter. Satisfait par la réaction du jeune homme, Zack consentit à mettre un terme à cette torture. Il éloigna rapidement ses doigts du corps qui se tortillait sous les effleurements indiscrets et croisa l'autre regard, un large sourire sur tout le visage.

« Il est même encore plus beau quand tu l'honores de tes rires. »

x

Toujours assis sur la bute, les genoux repliés sous son menton, Cloud grelotait légèrement dans la veste qu'il s'était enroulée autour des épaules. Devant ses yeux, quelques étoiles cherchaient doucement à se faire une petite place sur le dôme azuré pendant que celui-ci se laissait progressivement noyer sous une marrée d'obscurité.

« Il commence à faire nuit, tu ferais mieux de rentrer maintenant. »

En entendant le timbre chaud de l'homme qui s'était assis un peu plus loin, au devant de la pente, Cloud releva la tête et posa ses iris polaires sur le visage qui s'était retourné pour lui parler. Il n'ouvrit cependant pas la bouche pour répondre, se contentant de le regarder avec un petit air assommé. Croisant ces yeux à-demi clos, embrumés de sommeil, l'autre sourit et se rapprocha de son ami.

« Tu es fatigué, hein ? Il vaut mieux que je te ramène chez toi ce soir. »

Cloud hocha silencieusement de la tête et tenta faiblement de se relever avant que ses jambes ne se réduisent complètement à du coton, ce qu'il soupçonnait de se produire d'un instant à l'autre.

« Dans ce cas, tu restes cette nuit ? »

« Si tu veux. » accepta gracieusement Zack.

Supportant un peu celui dont les forces se moquaient, il l'aida à descendre de la colline. Une fois en bas, ils traversèrent le jardin, en franchirent les grilles et s'arrêtèrent auprès de la moto qui attendait sagement le retour de son propriétaire, garée de l'autre côté de la rue. Zack balança un casque au plus jeune et s'équipa de ses gants avant de recouvrir sa tête de sa propre protection. L'homme enfourcha ensuite son bolide et Cloud ne tarda pas à le rejoindre en s'asseyant à son tour. Pressé contre le dos et les reins qui le précédaient, il s'agrippa bien fermement aux épaules du pilote lorsque celui-ci mit le moteur en marche et bientôt, l'engin se déroba au regard du square à-demi assoupi pour s'engouffrer à vitesse élevée dans les veines désertes de la ville.

x

En entendant sonner à la porte de son appartement, madame Strife laissa de côté ses casseroles pour ouvrir au visiteur.

« Bonjour Lizzy ! »

« Oh, bonjour Zack. » salua-t-elle l'ami de son fils.

Avant de le laisser passer le paillasson, elle tourna un peu la tête sur le côté et lança un puissant appel dans son dos.

« Cloud ! Zack est là ! »

Se retournant vers leur visiteur, elle précisa que la personne à qui il était venu rendre visite se trouvait dans sa chambre. Quelques coups furent frappés à la porte de cette dernière et derrière le pan de bois, Zack entendit la voix du garçon qui l'autorisait à entrer. Il pénétra donc dans la pièce, et après avoir doucement refermé la porte derrière lui, s'avança jusqu'au pied du lit sur lequel Cloud jouait à un jeu vidéo.

« Hello Pretty ! » le salua-t-il joyeusement tout en se laissant tomber sur les draps, non loin du blond.

Cette habitude de faire comme chez lui, il l'avait rapidement adoptée à force de se rendre à cet appartement pour voir le jeune homme. De même, une palette diverse de surnoms, comme celui employé un peu plus tôt, avait également fini par trouver sa place dans la bouche du brun pour appeler son ami. S'intéressant à ce que celui-ci était en train de faire, il se redressa sur un coude, curieux.

« A quoi tu joues ? »

« Ah, c'est un jeu de course... »

« On peut jouer à deux ? » continua Zack, plein d'espoir.

Cloud haussa des épaules.

« Si tu veux. »

En sautant du lit, il se dirigea vers le meuble qui soutenait sa petite télévision, et récupéra une autre manette pour le brun qui s'était maintenant assis en tailleur afin de faire face à l'écran. Cloud retrouva sa place et lança de nouveau le jeu. Aussitôt, Zack s'installa dans son dos, posa son menton sur l'une de ses épaules et passa ses bras autour de sa taille. Une position qui ne surprit pas vraiment Cloud, car chaque fois qu'ils jouaient ensemble dans sa chambre, Zack se mettait ainsi. Au début bien sûr, les deux garçons n'avaient pas été aussi proches ou collés l'un contre l'autre de cette manière, mais avec le temps, ils avaient pris l'habitude de se retrouver comme cela. Le plus âgé avait même fini par ceinturer la taille de son compagnon, manette entre les mains, puis par poser son menton contre son épaule. Il savait que la proximité ne laissait jamais indifférent l'adolescent qui devenait aussi ardent qu'une braise lorsqu'il se serrait ainsi contre lui. Quant au jeu vidéo, réussir à se concentrer dessus revenait à accomplir un véritable exploit. Cloud cependant faisait de son mieux pour oublier que quelqu'un se tenait à quelques millimètres de son échine afin de donner le meilleur de lui-même, profondément attaché à ce que son ami ne le pense pas mauvais à ses propres jeux. Hors de question de perdre face au brun. Tâche difficile quand celui-ci s'avérait lui-même un pro dans le domaine.

Ils jouèrent encore un moment ensemble, les yeux fixés sur la télé au point qu'ils auraient pu en faire rougir l'écran, jusqu'à ce que Zack se lasse et se détache de Cloud pour le laisser continuer tout seul. De nouveau allongé sur le lit de son ami, il tourna la tête vers la fenêtre sur laquelle il posa son regard quelques instants, puis il ramena son cou à sa position initiale et entama la conversation, s'adressant au plafond.

« Il fait beau aujourd'hui, tu n'es pas sorti un peu ? »

« Je n'aime pas le soleil, Zack. »

« Oh, toujours pas ? La première fois que tu m'as dit ça, tu ne mentais donc pas ? »

« Non. »

« Et pourquoi tu n'aimes pas ça ? » insista Zack.

La question fut accueillie par un long soupir peu discret qui flotta quelques instants dans la pièce, indice de l'agacement qui commençait à monter chez le blondinet.

« Parce que pendant longtemps... ce n'était qu'à travers la fenêtre de cette chambre, ou bien celle de l'hôpital, que je pouvais profiter du soleil. »

« Est-ce que ça ne voudrait pas plutôt dire que tu aimes le soleil, mais parce qu'il te narguait les jours où tu voulais le rejoindre et que tu ne pouvais pas, tu as retourné ta haine contre lui ? »

Comme à son habitude, Cloud haussa des épaules. Peu enclin à vouloir débattre sur le sujet.

« Et si je t'emmène avec moi lui dire bonjour, est-ce que tu te réconcilieras avec lui ? »

« Pourquoi crois-tu toujours que si c'est avec toi, je serai forcément heureux ? Tu te penses toujours capable de me donner du bonheur, comme une évidence, si c'est toi, c'est forcément bien... Tu es comme le soleil, Zack. Tu me nargues derrière la fenêtre, tu veux illuminer mes journées quand tu sais bien que de toute façon, ce ne sera que le temps que je serai en vie... »

Cloud venait de lâcher un gros poids qu'il avait eu sur le cœur, Zack en était certain à la manière dont il venait de s'exclamer avec amertume et tristesse. Surtout tristesse lui semblait-il, maintenant qu'il avait devant son nez ces yeux humides qui n'allaient pas tarder à se remplir de larmes. Il ne pouvait pas laisser Cloud penser de telles choses. Alors il se redressa et prit la tête du jeune homme entre ses deux mains pour qu'il le regarde dans les yeux.

« Est-ce que ce n'est pas le cas de tout le monde ? On veut tous vivre heureux avant de mourir et, oui, c'est vrai que je veux te rendre heureux toi aussi. »

Repoussant violemment la prise de Zack, Cloud détourna le regard.

« Parce que tu me prends en pitié ou parce que tu te sens fier de faire de la charité ? Je t'ai entendu parler avec maman à ce sujet une fois, tu ne fais ça que parce que je vais mourir bientôt. »

Jeter une telle réplique au nez de quelqu'un avait de quoi abasourdir et Zack resta sans voix un moment. Était-ce là ce que Cloud pensait réellement de lui ? Avait-il déjà abandonné tout espoir de s'en sortir ? Les mots ne pouvaient pas venir, la surprise ne voulait pas partir. Il la chassa cependant rapidement devant l'urgence de la situation. Non, il ne voulait pas que Cloud se considère comme déjà condamné. Réunissant tout son sérieux, il lui ouvrit son cœur à son tour.

« Tant que tu n'es pas mort Cloud, tu ne peux pas te permette d'abandonner comme ça. Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir. »

« A quoi bon vouloir me rassurer comme ça ? Les miracles n'existent que dans les histoires pour enfants. Tu sais aussi bien que moi que le temps m'est compté... » rétorqua Cloud en s'efforçant de rendre sa voix la plus indifférente possible.

Zack perçut cela et son cœur se fit aussi lourd qu'une pierre lorsque l'adolescent lui tourna le dos pour cacher, sans doute, des joues luisantes sous quelques larmes. Pourquoi avait-il fallu que la conversation dégénère aussi brutalement ? Mentalement, il lâcha un juron et se rappela de ne plus jamais parler de soleil avec Cloud. Sans retenir un soupir, il sauta ensuite du lit et s'agenouilla auprès de la forme qui cherchait à cacher son visage sous ses cheveux. Cloud pleurait bel et bien. Il tenta alors d'essuyer de son pouce les grosses perles qui roulaient une à une sur les joues gonflées du jeune homme, et essaya de se faire comprendre en reprenant avec le plus de douceur possible.

« Tout ce que je sais, c'est que pour le moment tu es en vie, et tant que tu l'es, je veux voir un sourire sur ton visage. Tout comme j'aurais aimé en voir un sans que le temps ne te soit déjà compté. »

« ... Pourquoi ? »

Pris de court par cette question déconcertante, Zack ne put que demeurer silencieux. Cloud avait relevé les yeux vers lui et ceux-ci, derrière un fragile miroir liquide, semblaient désormais le prier de lui expliquer.

« ... Pourquoi ferais-tu ça... ? »

« Parce que... »

« ... Zack ? »

« Parce que... je... je... »

Zack baissa tristement le regard sur le sol, incapable de continuer. Pourtant Cloud voulait savoir. Il désirait qu'il sorte ces mots qu'il ne lui dirait jamais, parce qu'il ne s'agissait que de rêves égoïstes qui ne pouvaient se réaliser, autant que ceux dans lesquels il n'était plus condamné. Malgré tout...

Je veux savoir...

« Zack ? »

Mais le jeune homme restait silencieux. Quand bien même Cloud attendait toujours une réponse qui aurait pu reconsolider son cœur trop fragile et créer une éclaircie dans l'amas de nuages qui l'étouffait, il ne s'expliqua pas. Ce mutisme découragea le plus jeune qui baissa de nouveau la tête de côté, résigné. Il n'entendrait pas ces mots espérés. Bien sûr, était-il idiot ? Il était évident que les raisons de l'étudiant ne seraient jamais celles qu'il attendait, quelles qu'elles soient. De son côté, Zack retrouva enfin la parole et ajouta un peu plus de lourdeur dans la pièce où flottait déjà comme un pesant brouillard.

« Je suis désolé Cloud... Je ne peux pas te dire. »

« ... Pourquoi ? » demanda alors Cloud, envahi par une soudaine incompréhension.

« Je ne peux pas... » répéta Zack.

Le visage rivé vers le sol, fuyant le bleu embué d'un regard qu'il ne pouvait soutenir, il cherchait à dissimuler les émois d'un homme rongé par l'affliction et la culpabilité. Cloud se retrancha alors à la tête de son lit où il se recroquevilla sur lui-même pour s'enfermer dans une cage de douleur. La tête sous les bras pour ne pas en montrer d'avantage à Zack, il s'autorisa à pleurer librement, en silence.

« Cloud... » tenta Zack en tendant une main hésitante vers le jeune homme, mais celui-ci l'arrêta en lui sommant de partir.

Le cœur aussi lourd que celui du blond, Zack n'insista pas d'avantage et quitta la chambre. Il salua rapidement madame Strife et quitta sans plus de mots l'appartement. Comprenant que quelque chose s'était passé, Lizzy Strife toqua doucement à la chambre de son fils. Cloud sécha rapidement ses larmes en reconnaissant la façon de frapper à sa porte et laissa entrer sa mère tout en cherchant à cacher la peine et le chagrin qui venaient de le submerger.

« Cloud... Il s'est passé quelque chose ? »

« ... Rien d'important. »

Persuadée du contraire, Lizzy resta néanmoins silencieuse. La réplique avait beau se vouloir rassurante, elle ne collait pas du tout à ces yeux rouges et bouffis qui ne dupaient personne, et tout ce qu'elle pouvait conclure de cela, c'était que son fils ne voulait visiblement pas en parler avec elle pour le moment. Elle n'insista donc pas. Pourtant la voix masculine s'éleva de nouveau, faible et peu assurée, dans la petite pièce.

« Dis-moi... maman... »

Madame Strife leva les yeux vers son fils pour voir que celui-ci avait le regard perdu dans le vague, ses yeux dirigés vers le soleil qui brillait derrière sa fenêtre.

« ... Aurais-je le droit de connaître l'amour avant de mourir ? »

Comprenant aussitôt, Lizzy étouffa un hoquet de surprise et sentit son cœur se serrer douloureusement dans sa poitrine. Elle s'avança pour serrer doucement son fils dans ses bras et le consoler du mieux qu'elle le pouvait, bien qu'elle se sentait elle-même partir en larmes.

x

"J'ai juste peur que tout ce bonheur se transforme en une forme de peine encore plus douloureuse à la fin... Pour lui comme pour toi."

« Je savais déjà qu'elle avait raison à ce moment là... Mais c'était douloureux dès le départ... Ça l'a toujours été et ça le sera toujours... »

« Pourquoi tu pleures ? »

Assis sur son banc, les yeux fixés sur un sol qu'il ne voyait plus qu'à travers un voile humide, Zack, plongé dans son chagrin, n'avait pas vu la petite fille coiffée d'une natte s'arrêter devant lui avec un regard concerné. Elle serrait contre son cœur la poupée de chiffon qu'elle avait en main, comme si consoler la pouponne pouvait aussi repousser la tristesse qu'elle devinait dans les larmes du brun. Légèrement désemparé par la présence inattendue et la question naïve de l'enfant, Zack ne put que lever un regard déconcerté vers celle-ci. Enfin, il esquissa un sourire et sécha ses joues avant de répondre à la petite fille, visiblement aussi triste pour l'homme que celui-ci l'était pour ses propres raisons.

« Parce je risque d'être séparé pour toujours de la personne que j'aime... Et pour cette raison, je ne peux pas lui dire que je l'aime. »

« Pourquoi ? Elle va partir en voyage ? » demanda encore avec l'innocence de l'enfance la petite fille à la poupée, de sa petite voix à la fois fluette et lourde de sérieux.

« ... C'est possible... Un dernier voyage... »

« Alors pourquoi tu ne lui dis pas que tu l'aimes avant qu'elle parte ? Elle serait sûrement heureuse de le savoir si c'est la vérité. Moi, si je devais partir en voyage et si mon ami ne me disait jamais qu'il m'aime avant, je serais triste. »

« Tu ne peux pas être triste tant que tu ne sais pas s'il t'aime ou pas. » sourit Zack.

La petite fille alors se fâcha.

« Mais moi je l'aime et je voudrais l'entendre me le dire aussi ! Au moins une fois. Surtout s'il ne peut plus me le dire après. Et même si je serais triste de ne plus pouvoir le voir ou de l'avoir laissé seul, au moins le temps que j'aurais passé avec lui me rendra toujours heureuse et je pourrais partir contente d'avoir connu cela !"

L'éclat du cœur eut le mérite de secouer un peu les pensées du jeune homme. Un peu comme s'il venait de recevoir une bonne claque destinée à lui remettre les idées en place. Profondément heurté par ces paroles débordantes de vérité, il lui semblait que celles-ci avaient visé sa poitrine pour le fusiller de raison. Fichées en plein cœur pour lui ouvrir les yeux, elles avaient rempli leur rôle maintenant qu'il réfléchissait à toute allure. Enfin, il releva un sourire chaleureux sur la petite fille et posa une main sur sa tête. Il caressa gentiment la chevelure noisette et la remercia en riant doucement tandis que l'enfant lui retournait un regard confus.

« Les enfants ont parfois plus de sagesse que les adultes. Comment s'appelle le garçon que tu aimes ? »

« Denzel. » rougit la petite fille.

« Alors j'espère qu'il te le dira. »

Sa décision avait enfin été prise. Il n'était plus question de perdre du temps, ils en avaient déjà trop peu pour eux.

Le soir-même, Cloud, allongé dans son lit, posa près de lui sur le matelas la petite boîte à musique que lui avait offerte Zack et fit jouer sa douce mélodie tout en la contemplant, la tête sur son oreiller. L'air avait quelque chose de triste tandis qu'il résonnait faiblement dans la petite chambre engloutie par le bleu de la nuit, et le jeune homme l'écouta durant un long moment, ne se lassant pas du son aux tonalités mélancoliques, jusqu'à ce qu'il finisse par s'endormir, la petite boîte au creux de sa main.

x

Quelques jours après son amère séparation avec Cloud, Zack apprit de Lizzy que ce dernier était tombé malade et qu'il avait dû être envoyé à l'hôpital. Il était ensuite rapidement revenu à l'appartement où il devait prendre du repos, il fallait ménager son cœur. C'était à ce niveau que la mauvaise nouvelle était tombée. Son état de santé s'était encore aggravé et il n'était plus question qu'il sorte avant plusieurs semaines. Zack décida alors de passer tout son temps libre avec Cloud, et ce en allant le voir chez lui au lieu de l'attendre le dimanche au parc, comme il avait pris l'habitude de le faire. Les premiers jours, Cloud dormait principalement sous ses yeux bienveillants. Le jeune homme était souvent épuisé et se reposait alors beaucoup lorsqu'il venait. Ils parlaient un peu dans sa chambre, puis il sentait la fatigue le gagner et se couchait. Quand il se réveillait, Zack était parfois toujours là, en train de le regarder ou bien endormi sur une chaise près de son lit. Parfois, il était déjà parti. A leur soulagement, l'épisode avant que Cloud ne tombe malade avait déjà été oublié par les deux hommes, aucun des deux ne voulant revenir sur ce moment douloureux. Ils se côtoyaient comme avant, et rien d'autre leur importait pour le moment.

Quand Zack entra dans la chambre ce jour là, Cloud lisait un livre, assis contre un oreiller sur son lit. A cette simple vue, il lui sembla que le jeune homme était plus en forme que ces derniers temps.

« Hey, comment tu te sens ? »

« Un peu mieux. » répondit Cloud en posant le bouquin sur sa table de chevet.

« Je suis ravi d'entendre ça. ... Tu as froid ? » s'inquiéta soudain Zack lorsqu'il nota les légers tremblements qui secouaient les épaules du blond, et en constatant que celui-ci tentait de les cacher.

« Un peu... » admit l'autre. « Il fait froid aujourd'hui. »

« C'est vrai, c'est un jour pluvieux... Mais la pluie, c'est sympa aussi. Elle fait un joli son quand elle tape contre la fenêtre et sur le haut des parapluies. » sourit un Zack qui se gardait bien en tête d'éviter de parler de soleil tout en ouvrant une commode pour agripper un pull chaud qu'il balança ensuite à Cloud. "Mets vite ça sur tes épaules."

Cloud s'exécuta sans retenir un soupir.

« Tu sais Zack, parfois tu agis un peu trop comme ma mère. »

« Excuse-moi, c'est plus fort que moi. » rit néanmoins le brun qui s'assit sur le bord du lit, avant de marquer une petite pause, observant le jeune homme enfiler son lainage.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda alors Cloud en remarquant le regard posé sur lui une fois sa tête sortie du col.

« Rien... Tu veux venir là ? »

L'homme pointait son torse et le jeune adulte cligna des yeux, peu certain de comprendre pourquoi son ami lui demandait une telle chose tout à coup, mais il haussa des épaules et après avoir parcouru à genoux la distance qui le séparait du brun, il se blottit contre lui, la tête posée contre sa poitrine. Une fois sous son menton, Zack referma ses bras autour de son dos.

« C'est mieux ? »

« Hm... » marmonna Cloud contre le pull.

Il y eut un long silence durant lequel les deux hommes se contentèrent d'apprécier la présence de l'autre. Depuis que Cloud était tombé malade, ils n'avaient plus vraiment pu se retrouver ainsi, l'un contre l'autre, et ce moment portait alors en lui quelque chose de précieux qu'ils n'avaient absolument aucune envie de rompre. Un peu comme tomber dans un gigantesque lit de plumes, c'était agréable. Cloud crut même qu'il allait s'endormir contre Zack quand soudain, la voix de celui-ci se glissa en un léger murmure jusqu'à l'antre de son oreille.

« Cloud... »

« ... Qu'est-ce qu'il y a ? » murmura Cloud à son tour, si faiblement qu'on aurait presque cru que l'autre venait de le réveiller d'un long sommeil, et que faire du bruit à un tel moment aurait été criminel.

Sans dire un mot, Zack frotta tout doucement son nez contre le front du blond, puis le descendit avec beaucoup de lenteur contre le visage qui se garda bien d'affronter son regard. L'adolescent se faisait gentiment caresser, le feu aux joues, sans savoir comment réagir. Alors il se laissait simplement faire, en s'appliquant à laisser croire que la couverture sur laquelle ils étaient assis méritait toute son attention sur le moment. C'était sans compter le front de son ami qui ne cessait de descendre contre le sien, lui bloquant la vue et le séparant du reste de sa chambre. Cloud reporta donc son regard sur le menton de Zack tandis que quelques mèches pointues titillaient l'arrête de son nez, et que le souffle chaud contre sa joue l'exhortait à fermer petit à petit ses paupières. Zack s'était lui-même enfermé dans un domaine sans lumière et cherchait à l'aveuglette les lèvres de son ami, sans se presser, tâtonnant de son nez la proche figure en de gentils effleurements. Puis finalement, ses yeux ne sachant plus où se poser, Cloud reçut la caresse de ses lèvres à la lisière des siennes. Aussitôt, il referma avec force sa main sur l'un des bras qui l'enlaçaient, et s'autorisa enfin à abandonner le monde extérieur. Il abaissa entièrement ses paupières avant d'accepter le baiser et d'y répondre, sans se soucier des vives couleurs que sa peau avait pu revêtir. En pleine errance sur un chemin cerné de noir, les deux hommes pouvaient voir au milieu de l'obscurité un artifice de couleurs, comme celle de la douceur qui imprégnait leurs bouches curieuses. Les imbibant de sucre, elle donnait au baiser qu'ils s'échangeaient la saveur de la tendresse, mais leur échange avait aussi un arrière-goût de regret à la suite des larmes qui avaient été versées autrefois, et c'était cela qui lui donnait une force presque étouffante. Zack avait maintenant serré Cloud un peu plus fort contre lui et cajolait d'affection les lèvres de l'homme qu'il avait enfin pu rapprocher au plus près de son cœur. Attaché à lui faire comprendre tout ce qu'il représentait à ses yeux, il s'efforçait de faire voler jusque dans son baiser la force incroyablement puissante qui faisait courir son cœur au galop dans sa poitrine, pour qu'elle enveloppe Cloud de toute sa passion. Égoïste comme il était, il fallait que Cloud ne reçoive que cela et ne pense plus à rien d'autre qu'à lui.

Enfin, ils se séparèrent doucement l'un de l'autre et Zack posa sa joue sur les cheveux du blond, contre lesquels il rompit le silence.

« ... Je t'aime. »

« ... »

« Ton manque de réaction face à ce que je viens de dire me fait un peu mal au coeur, tu sais ? » sourit alors Zack en observant le visage bariolé de gêne sous le sien.

« Je... » hésita Cloud, flottant entre une vague de bonheur qui lui faisait tourner la tête et une autre, d'incertitude. « Est-ce que... Est-ce que tu le penses vraiment ou ce n'est qu'une comédie pour me faire plaisir... ? »

« Parce que ça te fait plaisir ? » ne manqua pas de relever Zack avec un petit sourire taquin. « Et si c'était plutôt la raison pour laquelle je veux te voir sourire ? »

La réponse avait dû se montrer convaincante, car Cloud baissa la tête pour cacher les chaleurs qui se faisaient encore plus violentes au niveau de ses pommettes, ce qui poussa Zack à rire un peu devant son embarras. En ramenant le blond contre lui, il posa de nouveau son front contre le sien et lui sourit tendrement.

« Je t'aime, je t'aime, je t'aime, je t'aime, je t'aime, je t'aime, oh je t'ai-. »

« C'est bon ! J'ai compris... Et si tu continues, mon cœur va lâcher, Zack. »

« Oh non il ne va pas te lâcher à un moment pareil mon ange. »

« ... Mon ange ? Ne m'appelle pas comme ça... »

« Comment alors ? »

« Cloud suffira. »

« Pourtant j'aime bien, moi. Rien ne te va mieux. » sourit Zack de plus belle.

« Zack ? »

« Yup ? »

« Tu es bruyant. »

« Alors si tu utilisais tes lèvres pour me faire taire ? »

« Non, je... »

Finalement, ce fut Zack qui utilisa les siennes pour étouffer les protestations de son ami, et les deux hommes se retrouvèrent dans un nouveau baiser, un peu plus langoureux. Ils se laissèrent tomber sur le lit et les mains de Cloud s'emmêlèrent dans les cheveux ébènes. Quand ils se quittèrent, le jeune homme leva les yeux vers le visage qui le regardait amoureusement au-dessus du sien.

« ... Zack ? »

« Hm ? »

« Tu avais raison, j'aime le soleil. »

Zack sourit en comprenant la référence.

« ... Moi aussi je t'aime, mon ange. » souffla-t-il dans les sauvages cheveux et Cloud soupira.

Idiot. C'est toi l'ange, pas moi.



* Still I Love You : Il s'agit de la musique sur laquelle j'ai écrit tous les chapitres de cette fiction. Le titre entier est Still I Love You ~ Music Box Version et provient de l'OST d'un anime qui s'appelle School Days. Je ne connais pas du tout cet anime mais je suis tombée sur cette musique par hasard et je la trouvais toute appropriée à l'ambiance de cette fiction. Je sais que le fait que Zack offre à Cloud une boîte sur laquelle sont écrits ces mots peut être considéré comme une déclaration implicite, mais je tenais surtout à garder le titre de la musique en question et à l'insérer dans la fiction.

Merci mille fois pour votre lecture et surtout pour toutes vos reviews concernant le premier chapitre. j'ai été plus qu'agréablement surprise et je vous en suis infiniment reconnaissante ! J'espère que cette fiction ne vous décevra pas. Je préviens que le brouillon du prochain chapitre est un peu plus long que celui-ci, il va donc me falloir un certain temps pour le retravailler. Merci pour votre compréhension !