Bêta lecteur : Flammula
Notes : C'est désormais confirmé. Kimie n'hiberne pas seulement l'hiver, elle hiberne aussi l'été.
Que j'écrive déjà la fic' à l'avance au brouillon ou que je l'écrive petit à petit, cela n'y change rien, cela me prend toujours autant de temps et je suis toujours aussi paresseuse. x.X
Prise d'une immense vague d'inspiration cependant, je n'en finissais plus de rallonger ce chapitre. Au final, j'ai jugé préférable de le scinder en deux. Ainsi, il n'y aura donc pas quatre chapitres pour cette fic' mais cinq.
Attention, lime à l'horizon et une bataille navale qui devrait rappeler quelque chose à Lena ;)
Le temps d'une éclaircie
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« Cloud ? »
Un grognement s'éleva. A cet aimable crissement de dents, celui qui avait osé élever sa voix eut toutes les peines du monde à retenir un sourire, comme chaque fois que le jeune homme répondait ainsi à ses appels. S'il grommelait c'était qu'il venait, malgré les apparences, de gagner son attention.
« Approche. »
Comme il s'y attendait, cette fois-ci l'intéressé fit émerger sa tête de son bouquin pour la tourner vers lui, puis haussa un sourcil, l'interrogeant silencieusement du regard. Toutefois, la seule explication qu'on lui donna en retour fut un autre sourire, encore plus large que le précédent.
« Je suis un peu occupé là, Zack... Je dois finir de lire ça pour ce soir. » répondit alors enfin Cloud en pointant de son nez le livre qu'il tenait entre ses mains, avant de s'enterrer de nouveau dans des profondeurs de pages tout juste écornées.
L'odeur du papier neuf ajouté à l'arrête du livre qui sentait encore un peu l'amidon ne manquèrent alors pas de l'étourdir un peu.
« Je sais, » ne se découragea pas pour autant l'autre homme, assis à son aise sur son lit « je veux juste t'aider pour ton examen. »
Le léger tic qu'il perçut à ce moment sur les phalanges crispées de son ami lui prouva qu'il avait une fois de plus appâté son intérêt.
« ... Si tu veux. » abdiqua le jeune blond.
Comment refuser quelque chose à Zack ? Était-ce seulement possible premièrement, se demandait Cloud en glissant des yeux songeurs au-dessus de la couverture de son bouquin. L'homme savait toujours se montrer prévenant et à l'écoute de ses désirs, aidé de cet incroyable don pour deviner presque à chaque fois ceux-ci plutôt que d'attendre vainement qu'ils sortent d'eux-même de la bouche de son compagnon. Jamais encore il n'avait entendu le brun lui proposer quelque chose qu'il n'aurait eu aucune envie de faire ou qui n'aurait su le satisfaire d'une manière ou d'une autre. Jamais non plus de propositions égoïstes qui n'auraient contenté que sa propre personne. Et pour ces raisons, Cloud trouvait rarement de quoi décliner ses suggestions. Il s'en savait de toute façon bien incapable, au fond. Il retrouva donc Zack sur le lit et lui tendit son bouquin. Le jeune homme parcourut rapidement les premières pages des yeux et s'arrêta sur un paragraphe.
« Okay. Alors, première question. Écoute bien, hein ? »
Cloud roula des yeux. On n'allait pas non plus lui dicter ce qu'il avait à faire, ses cinq ans étaient déjà bien loin derrière lui.
« Comment s'appelle le premier homme à avoir été envoyé dans l'espace ? »
Facile. Cloud répondit avec assurance.
« Cid Highwind. »
« Bien. Ensuite... Comment appelle-t-on le peuple qui a colonisé ce continent il y a deux mille ans ? »
« Les Cétras. » répondit Cloud avec la même assurance.
« Okay. » Zack tourna quelques pages de plus et s'arrêta au milieu du manuel cette fois-ci. « Qui était Heidegger ? »
« Un philosophe connu pour ses recherches sur la métaphysique. »
« Comment s'appelle cet empereur du Moyen-Âge, tristement célèbre pour avoir mis à feu et à sang toutes les villes qu'il conquit durant son règne et qui, peu de temps avant sa mort, serait devenu fou et aurait mis le feu à son propre royaume ? »
« L'empereur Sephiroth. »
« Tu nous fais un sans fautes, Beauty ! »
Ignorant les grommèlements de son compagnon, Zack poursuivit.
« Comment s'appelle cette ONG écologiste qui recherche de nouvelles énergies naturelles pour sauvegarder l'avenir de la planète ? »
Cette fois-ci, les mots ne s'évadèrent pas aussitôt hors de la bouche de Cloud.
« Hm... Ah, je le sais pourtant... » immergé dans une intense réflexion, il chercha à se souvenir.
« Ah oui ? »
Un immense sourire habillait les lèvres de Zack quand le timbre moqueur s'échappa de celles-ci.
« C'est de ta faute. Il faut que tu me complimentes pour que je n'y arrive plus. »
« Excuse-moi. » rit pourtant gaiement l'amusé. « Allez, allez, un petit effort ! »
« A... attends ! Je vais m'en souvenir. A... Avalanche ? »
« Bravo. » sourit Zack.
Soulagé, Cloud relâcha un peu l'imperceptible pression sur les doigts qui s'agrippaient à son pantalon et s'écrasaient contre ses cuisses.
« Allez, encore quelques unes. Sciences naturelles, comment s'appelle cette espèce qui s'est éteinte il y a seulement cinquante ans ? »
« Hm... Les... Les chocobos ? »
« Oui... Pauvres bêtes, elles étaient mignonnes pourtant... » fit tristement remarquer Zack.
« Les humains n'ont pas de limites quand il s'agit de faire des bêtises aux ampleurs tragiques. »
Un silence embarrassant s'imposa entre les deux hommes à ces mots. Zack cependant jugea préférable de le rompre rapidement avec une autre question, détournant ainsi toutes pensées un peu trop noires sur le gris neutre des révisions.
« Mythologie maintenant. Comment s'appelle le Dieu de la mort et des Enfers sur le vieux continent ? »
« ... Odin ? » tenta Cloud, incertain.
La bouche de Zack se déforma inconsciemment en une grimace et Cloud comprit qu'il venait de faire une erreur.
« ... Non ? »
« Non... Tente encore une fois. » l'encouragea malgré tout son ami.
Cloud prit un instant pour réfléchir mais soupira bien vite.
« Non, rien à faire, je ne me souviens pas. »
« C'était Hades. »
Cloud jura à voix basse en baissant la tête. L'échec, aussi insignifiant pouvait-il être, lui était insupportable. Sans trop le laisser paraître devant Zack, Il s'en voulait affreusement de ne pas avoir été capable de répondre correctement. L'homme nota tout de même son dépit et le réconforta gentiment.
« Hey, ce n'est pas si grave. Une dernière. Comment s'appelle cette drogue aux capacités dopantes qui a tué un certain nombre de sportifs professionnels il y a dix ans ? »
« La mako. »
« C'est ça. Bravo, tu as presque fait un sans fautes ! » le félicita Zack.
« Presque... » releva Cloud.
« Je suis certain que tu tout ira bien. Au pire, tu n'auras que dix-neuf sur vingt. Catastrophique, hein ? »
« Tu sais très bien que les questions seront plus pointues que ça à l'examen... »
« Et je sais très bien que tu peux t'en sortir à merveille. » rétorqua Zack et Cloud soupira, trop fatigué pour rentrer dans ce genre de débat avec son ami.
Balançant le bouquin au loin, Zack se redressa et enjoignit Cloud d'en faire autant.
« Tu vas me faire le plaisir de faire une pause maintenant. »
Voilà que cela recommençait. Une fois de plus incapable de résister à la bonne humeur de son compagnon et sa capacité remarquable à le décontracter dans n'importe quelles circonstances, Cloud se sentit sourire à son tour et se leva pour se retrouver à la hauteur de celui qui lui faisait un signe de main.
« Hm ? C'est nouveau ça. » nota alors ce dernier en apercevant un éclair bleu au milieu d'un déluge de mèches ensoleillées.
Il leva la main et écarta quelques unes d'entre elles pour dévoiler l'oreille gauche du blond. S'emparant de sa mâchoire à l'aide de deux doigts, il tourna sa tête sur le côté pour observer de près la petite boucle d'oreille qui ornait nouvellement son lobe. Cloud, qui s'était laissé faire docilement, s'expliqua sans croiser le bleu perçant posé sur lui.
« J'aimais bien la tienne, alors... je m'en suis achetée une identique... J'ai juste pris une couleur différente... »
Devant l'absence de réaction de son compagnon et un silence un peu trop long pour être normal, Cloud chercha cette fois-ci à rencontrer l'autre regard, histoire d'avoir un semblant de réponse ou une vague idée de ce que le brun pouvait être en train de penser de lui après ces mots.
« Zack... ? »
« Cloud, est-ce que je t'ai déjà dit que je t'aimais ? »
Cloud eut alors un sourire moqueur et lâcha un soupir sarcastique devant la réplique tandis que Zack libérait sa prise sur son menton.
« J'aime cette couleur, elle te va bien. Mince, si tu savais comme tu es craquant avec. Si elles ne le faisaient pas déjà, toutes les filles ne te lâcheront plus d'un pouce ! Tu l'as depuis quand ? »
« ... Depuis hier. »
« Répète moi-ça. »
« Quoi ? "Depuis hier" ? »
« Non, que tu aimais la mienne. Tu me trouves sexy avec ? »
Tout en posant sa question, la voix de Zack baissa à chaque mot prononcé pour se faire de plus en plus suggestive tandis qu'il faisait de même avec son cou, rapprochant graduellement sa tête de celle du blond.
« Hein ? »
Les lèvres de Zack semblaient vouloir faire connaissance avec le nouveau bijou car elles s'arrêtèrent à quelques millimètres de celui-ci et s'écartèrent doucement pour laisser passer un murmure.
« Serre-moi dans tes bras. »
« Quoi ? »
Le rire sincère de Zack chatouilla son oreille tandis qu'il répétait sa demande, pourtant claire, mais qui avait de quoi surprendre le plus jeune. Son rire brisant toute forme de sensualité et de sérieux, Cloud leva les yeux au ciel et passa ses mains autour de son dos. Se blottissant dans les bras de son compagnon, Zack nicha sa tête dans le cou qui se voilait d'épines inoffensives et y cacha un sourire béat, avant de souffler contre ce rideau caressant.
« Embrasse-moi. »
Rectification. Zack pouvait aussi faire des caprices mais ceux-ci valaient bien la peine d'être satisfaits, surtout quand vous désiriez secrètement la même chose. Il releva la tête pour faire face à Cloud qui posa ses lèvres sur les siennes avec une envie sans mesure. Tandis que les deux hommes se serraient un peu plus l'un contre l'autre, Zack prenait un soin particulier à se faire inquisiteur du côté de la bouche du blond et celui-ci apprécia les caresses qui lui étaient réservées, s'oubliant, se perdant un peu plus dans le baiser et son univers doré à chacune d'entre elles. Cependant, le bruit de la porte d'entrée claquant dans le couloir suivit d'une voix familière l'en tirèrent immédiatement, le ramenant brusquement entre les quatre murs de sa chambre.
« Cloud ! Zack ! Je suis de retour. » fredonna gaiement la voix d'un peu plus loin, derrière la porte qui les séparait du reste de l'appartement.
A contrecœur, les concernés brisèrent leur baiser et quittèrent les bras de l'autre.
« Je ferais mieux d'y aller maintenant. Bon courage pour ton examen et la prochaine fois qu'on se verra, on pourra en profiter pour continuer là où on s'était arrêtés. » sourit Zack en se dirigeant vers la porte.
Le clin d'œil qu'il ajouta à cette dernière réplique en disant long sur ce qu'il insinuait, Cloud ne put rien faire d'autre que rougir, planté au milieu de sa chambre comme un piquet à tomates. Ce ne fut que lorsque la porte se fut refermée sur Zack et qu'il entendit celui-ci saluer sa mère qu'il se sentit terriblement stupide à rester ainsi aussi immobile qu'un pantin désarticulé. Secouant sa tête, il récupéra son bouquin sur son lit. Pourtant il devait l'admettre, voir Zack le rendait heureux au-delà de toutes espérances et savait lui faire oublier ses problèmes de santé. Alors il se fichait pas mal si ses joues murissaient souvent comme fraises au soleil ou si ses sourires amoureux pouvaient le rendre idiot. C'était sur ce petit nuage de bonheur que Zack et lui se fréquentaient depuis leur premier baiser un jour d'Avril, tout juste un mois plus tôt.
x
« Les cerisiers en fleurs sont magnifiques, tu n'es pas d'accord ? »
« Si. » approuva Cloud en levant son regard vers les beaux arbres.
Il faisait chaud en cet après-midi et les deux hommes se promenaient autour du lac après avoir donné, comme à leur habitude, des miettes de pain aux canards. Zack aurait aimé prendre la main de Cloud dans la sienne tandis qu'ils marchaient l'un à côté de l'autre mais celle-ci se faisait fuyante à chacune de ses tentatives. Après plusieurs refus manifestes lors des premiers jours, le brun avait cessé d'insister. Dans le fond, il pouvait comprendre Cloud, recevoir des regards curieux n'avait jamais fait partie de ses plus grands désirs, bien au contraire. Alors il se contentait de marcher à ses côtés, appréciant sa simple présence en cette radieuse journée. Tous les arbres étaient désormais en fleurs ou parés de feuilles et le parc était encore plus peuplé d'enfants et de couples qu'à l'ordinaire, ce qui n'aidait en rien à atténuer la raideur nettement perceptible chez le plus jeune. Curieusement, et c'était un constat qu'il ne s'expliquait pas, il ressentait les choses différemment alors qu'il n'avait jamais éprouvé aucune gêne à poser sa tête sur l'épaule de l'autre autrefois. Même si ce geste se faisait dans un coin où ils étaient généralement tranquilles, il ne pouvait pas empêcher les passants... de passer justement. Simplement, leur relation était différente et à présent que bien des choses s'étaient officialisées entre eux, la gêne était plus présente que jamais. Ravivant un brin de conversation, la voix de Zack se fit pépiante une fois de plus.
« Qu'est-ce que tu veux faire aujourd'hui ? »
« Je ne sais pas... Juste être avec toi. » répondit Cloud en haussant des épaules.
La réponse raviva le rire du brun et Cloud se renfrogna, se rétractant un peu plus profondément dans sa coquille de susceptibilité. Un timide sourire l'en tira toutefois rapidement quand Zack lui souffla discrètement une phrase à l'oreille. Ils continuèrent leur marche pendant un moment, bavardant un peu, profitant simplement mais pleinement du bon air de cette journée, avant que Cloud ne quitte Zack pour rentrer chez lui à l'instant où le soleil déclinait derrière la colline.
La fin du printemps et l'été passèrent vite. Trop vite. Depuis qu'ils se fréquentaient comme un couple, Zack passait plus souvent encore chez Cloud pour lui rendre visite et avait d'ailleurs profité des vacances pour passer absolument chacun des jours de l'été avec lui. La plupart du temps, ils passaient leurs journées entières au parc pour se quitter seulement au coucher du soleil, ou bien ils se réservaient du temps ensemble dans la chambre du blond. Zack avait été de nombreuses fois invité à rester dormir avec l'accord de madame Strife qui, inévitablement, se doutait de plus en plus qu'un pas avait été franchi entre son fils et lui. Puis généralement, une fois la lumière éteinte après son passage dans la chambre pour annoncer aux deux garçons qu'elle allait se coucher, Zack abandonnait son matelas au sol pour se faufiler sous les draps de son petit-ami et se blottissait contre lui pour dormir. Par chance, madame Strife n'avait pas pour habitude d'entrer dans la chambre le matin pour lever son fils. Les jours avaient défilé ainsi, heureux et allégés des craintes quotidiennes. Ils représentaient probablement pour Cloud les plus insouciants de sa vie. Celle-ci lui paraissait simple et joyeuse, comme si la mort n'avait jamais pesé au-dessus de sa tête ni hanté son esprit. Il goûtait purement et simplement au bonheur inestimable que lui offrait Zack par sa compagnie. Autant dire qu'il n'avait jamais trouvé la vie aussi belle et comprenait à présent ce que l'étudiant voulait dire par le fait qu'elle méritait d'être vécue. Loin de ses préoccupations et oublieux de ses problèmes cardiaques, il voulait simplement croire que ces beaux jours dureraient éternellement. Pourtant, quelque part au fond de lui il ne pouvait s'empêcher de se rappeler que ce bonheur était compté et qu'ils devraient bientôt se séparer. Songer à ce moment lui serrait trop douloureusement le cœur, raison pour laquelle il préférait ne pas y penser. Il lui semblait bien plus réconfortant de se concentrer uniquement sur cette merveilleuse personne qu'était Zack, pour éviter d'affronter la dure réalité.
Depuis bien longtemps également, une faveur n'osait pas franchir la barrière de ses lèvres. Celle de pouvoir se faire une idée de ce à quoi ressemblait le logement de son ami à son tour. Le jour où il était enfin parvenu à faire sa demande, celui-ci l'avait déclinée. Le fait qu'il logeait une chambre d'étudiant qu'il ne prenait pas souvent la peine de ranger lui donnait tout sauf l'envie que Cloud se retrouve comprimé dans cet environnement étroit et plutôt crasseux en plus d'être vétuste. Il ne comprenait pas pourquoi Cloud y tenait tant, il n'y avait absolument rien d'intéressant à y voir. C'était une petite chambre banale, comme toutes les autres. Le jeune homme avait cependant prétexté qu'il désirait connaître le lieu où il dormait et vivait, alors Zack avait fini par accepter et promis de lui faire visiter son exigu "chez lui" le temps d'un après-midi.
« Tu vois ? Ça n'a rien d'exceptionnel. » le taquina le brun sur un ton de je te l'avais dit.
Cloud agita doucement la tête pour dénier son ami.
« Au contraire. C'est bien comme ça que je me l'imaginais. » constata-t-il en laissant vagabonder son regard pour le poser sur chaque recoin de la pièce avant de se retourner vers son ami, toujours sur le pas de la porte de sa chambre.
Il fallait dire que l'endroit était en effet réellement minuscule et étroit. La pièce avait été arrangée par un esprit pratique, cela allait sans dire. Elle avait été conçue pour ne pouvoir accueillir ni plus ni moins qu'un lit, une commode, un placard, un évier, une chaise et une petite table entre ses quatre murs. Cloud fut donc contraint de s'asseoir sur le lit pour laisser Zack entrer, d'autant plus que comme celui-ci l'avait mis en garde, l'endroit était pour le moins dérangé. Des magazines s'empilaient sur la table et au pied du lit; de vieilles cassettes, des CD et des jeux vidéos bloquaient le passage vers la petite télé posée à terre dans un autre coin de la pièce et les vêtements du jeune homme traînaient sur et sous le lit. Il y avait même un caleçon qui pendait sur le dossier de la chaise adaptée à la petite table. Tout comme s'il recevait une jeune demoiselle dans son antre, Zack rit nerveusement et retira rapidement l'objet compromettant pour le balancer sous le lit où se trouvait déjà la plupart des autres sous-vêtements. Cloud ne cacha pas un discret sourire en coin, amusé par le peu de soin que prenait Zack pour ranger ses affaires, en particulier les plus intimes.
« Comme je savais que tu allais venir aujourd'hui, j'ai quand même rangé un peu. » rougit ce dernier.
« ... Rangé ? » Cloud haussa un sourcil.
« Oui, j'ai fait mon lit, empilé les bouquins et fourré mes vêtements sous mon lit pour qu'on puisse circuler à deux... Mais en m'habillant ce matin, j'ai oublié de m'occuper de ceux que je portais hier. » expliqua Zack en se frottant la nuque.
Cloud le fixa d'abord comme un poisson rouge qui venait de redécouvrir son bocal après les quelques secondes de mémoire lui étant accordé, avant de se tenir les côtes pour retenir tant bien que mal un fou-rire, ce qui extirpa un large sourire à son petit-ami.
« Impressionnant, hein ? »
Zack s'assit auprès de lui sur son lit.
« Très impressionnant, Zack. » le félicita Cloud en cachant derrière deux doigts une bouche un peu trop souriante.
« Tu te moques de moi, hein ? » ne se vexa pas pour autant Zack tandis qu'il se rapprochait du petit malin.
« On n'a simplement pas tout à fait la même notion du rangement. »
Zack fit semblant de prendre un air hautain puis cala son dos sur le mur contre lequel était coincé le lit pour ramener ses pieds sur celui-ci.
« Mis à part le léger désordre, ça te plaît ?
Cloud hocha de la tête et s'intéressa aux bibelots éparpillés sur la table de nuit de son ami. Intrigué par l'un des objets, il s'approcha un peu plus et le prit entre ses doigts avant de tourner et retourner la babiole pour l'observer sous tous ses angles.
« C'est un vieux briquet qui vient de ma région. » expliqua Zack, amusé par la confusion qui se lisait sur le visage du jeune homme face à cette curiosité.
« Vraiment ? Il ressemble à une grenouille... »
« C'est bien là tout l'intérêt. » rit doucement Zack dans son coin.
« Tu... fumes ? »
La question n'avait rien d'accusateur, Cloud cherchait visiblement à en savoir plus sur un fait qu'il n'avait encore jamais observé chez son ami. Depuis qu'ils se connaissaient, il n'avait jamais remarqué une odeur de tabac dans les vêtements du brun ou dans leurs baisers, ni ne l'avait jamais vu tirer la moindre cigarette. Tout du moins quand il était avec lui. S'il fumait, cela devait être assez rarement.
« Je fumais autrefois... J'ai arrêté il y a un an. Ça m'arrive quand même de m'allumer une cigarette comme ça, de temps en temps... mais c'est devenu vraiment exceptionnel. Je ne veux plus replonger là-dedans... »
Cloud acquiesça d'un lent mouvement de tête et reposa avec soin l'objet sur la petite table. Alors que Zack venait de lui révéler un passage probablement pénible de sa vie durant lequel il avait dû se battre avec l'envie de fumer, il réalisait qu'il connaissait peu de choses finalement sur son passé et ceci lui donnait un désagréable sentiment d'égoïsme de sa part. La plupart du temps, c'était en effet Zack qui posait des questions sur sa vie et il y répondait parce qu'il savait que cela lui faisait plaisir d'en apprendre plus sur sa personne, sur la vie qu'il avait mené jusqu'à présent. Toutefois, il se rendait compte à présent qu'il n'en savait lui-même que très peu sur Zack. Il n'avait même jamais éprouvé le besoin de savoir. Or maintenant qu'il venait d'avoir connaissance de ce fait, il comprenait un peu mieux ce que pouvait ressentir l'autre homme quand il lui posait des questions. Il voulait à présent le connaître mieux aussi, savoir où il avait grandi et comment, ce qu'il avait fait avant d'arriver ici, comment était sa famille, ce qu'elle faisait, s'il la voyait souvent, quel genre de petit garçon il avait pu être... Tout. Autant un nombre incalculable de questions lui brûlait les lèvres, autant il n'osait pas les poser. Chercher ainsi à mieux connaître les autres lui avait toujours été quelque chose de difficile. Bien sûr, pour la plupart des gens, il s'en fichait complètement mais pour Zack c'était différent. Seulement, il ne voyait pas comment il allait pouvoir demander cela maintenant. Il ne l'avait jamais fait auparavant. Comment allait-il le prendre ? La curiosité le rongeait malgré tout bien trop alors il se lança, sans la moindre assurance.
« Z... Zack ? »
Son attention piquée, Zack tourna la tête pour la reporter entièrement sur l'inhabituelle présence à l'intérieur de sa chambre.
« Hm ? Cloudy ? »
« Ta famille... Parle-m'en. ... S'il te plaît."
Un sourire ému se dessina alors sur les lèvres du locataire des lieux qui tapota la place libre à ses côtés pour faire signe à son ami de le rejoindre contre le mur. Cloud s'exécuta, se cala contre le pan de plâtre, replia un genoux pour y poser son coude et laissa tomber sa joue contre la paume de sa main tout en observant Zack entamer son récit.
« Il était une fois... la famille Fair. » commença-t-il en couvant d'affection un point invisible du plafond.
« Ma mère est une très jolie femme qui commande tout à la maison. Elle peut se montrer très sévère et sait diriger avec poigne mon père. Mais il ne faut pas s'y laisser prendre, elle est aussi très douce et très gentille. »
Sans quitter son point des yeux, Zack ajouta en riant.
« Je ne compte plus par contre le nombre de fessées que j'ai pu recevoir d'elle quand je jouais dans la boue ou me bagarrais avec d'autres enfants. »
Puis, glissant avec apaisement ses paupières sur ses yeux, il poursuivit.
« Elle aime cuisiner et le plat qu'elle préfère nous faire ce sont les muffins à l'orange. Elle connaît tout un tas de berceuses, dont une qu'elle m'a tant chanté quand j'étais petit que je la connais par coeur. Ses fleurs préférées, ce sont les coquelicots et tous les étés dans la maison on peut voir des vases remplis de ces fleurs décorer chaque pièce. Elle a rencontré mon père à l'âge de vingt-trois ans puis est tombée amoureuse de lui quand il l'aida à jouer les nourrices pour une amie. Mon père est un ancien marin qui s'est reconverti dans l'informatique. Il est plutôt grand et costaud mais doux comme un agneau. Incapable de faire du mal à une mouche, il obéit toujours à ma mère comme un petit chien. Il aime le Scotch et les muffins à l'orange de maman mais par dessus tout, il a une grande passion pour les maquettes de bateaux. Il en fabrique lui-même dans son atelier avec du bois et de la peinture. Il est tombé amoureux de maman au premier regard et c'est en proposant de l'aider un après-midi pour garder des enfants qu'ils se sont dit les mots. Deux ans après, ils se sont mariés. Elle en avait vingt-cinq, il en avait vingt-six. Un an plus tard naquit leur fils. Un vilain petit garnement qui n'en faisait qu'à sa tête et qui leur en fit voir de toutes les couleurs. Tellement insupportable qu'il resta d'ailleurs fils unique. Il refusa d'entrer dans l'école spécialisée que lui destinaient ses parents et fugua à l'âge de dix-sept ans où il rejoignit cette belle ville et se fit rapidement des amis. Puis il intégra l'université de son choix tout en accumulant les petits boulots et les virées entre amis. Il connut un certain nombre de filles avec lesquelles il apprécia passer du bon temps mais aucune de ces relations ne fut vraiment sérieuses. Et puis il apporta un peu plus d'importance à ses études et découvrit un magnifique jardin public nommé le Square Phoebus dans lequel il apprécia passer du temps, tout simplement parce qu'il le trouvait beau, calme, reposant et rempli de joie et de soleil, même les jours de pluie. Alors il prit la décision de s'y rendre tous les dimanches et devint rapidement ami avec les canards et un certain nombre de personnes qui profitaient elles aussi du parc. Enfin, un jour il fit la connaissance de la plus triste personne qu'il avait encore jamais rencontrée dans ce jardin. Alors il prit la décision de lui parler et par cette initiative, il apprit à la connaître. Elle-même lui fit comprendre le véritable sens de ces mots et aujourd'hui, il sait qu'il a trouvé le seul être avec lequel il veut passer tout son temps, parce qu'il est sincère, qu'il possède des yeux à l'intérieur desquels on peut se perdre longtemps, que ses rires sont les plus ravissantes mélodies de ce monde et surtout parce qu'il l'aime comme ces mots n'étaient jamais sortis pour personne d'autre que pour lui. »
Lorsque Zack eut fini, il rouvrit les yeux et les tourna en direction de Cloud. Son sourire avait disparu mais son regard à lui tout seul était bien suffisant pour comprendre qu'il était en train de lui adresser silencieusement les mots dont il parlait. Lorsque son ami se mit à rire gentiment de son embarras, Cloud réalisa seulement à quel point ses joues étaient brûlantes. Il n'osait pas imaginer le spectacle qu'il avait pu offrir à Zack avec ces couleurs, ni même le regard médusé que son visage avait probablement dû porter. Il détourna alors la tête sur le côté et Zack fut tenté de le taquiner quand il demanda soudainement.
« Et tes parents ? Tu ne les as plus revus depuis... ? »
Le jeune adulte était on ne peut plus sérieux et Zack ne sut quoi penser ni répondre durant quelques secondes. Bien vite cependant, il comprit ce qui devait passer par la petite tête blonde et il retrouva le sourire. Comme bien souvent, Cloud se faisait du soucis pour lui et il fallait savoir voir au-delà de ses paroles pour le comprendre. Touché par son adorable attitude, il s'empressa de le rassurer.
« Si, je les ai revus. J'ai fugué pour vivre ma vie avant d'être majeur mais j'ai rapidement repris contact avec eux. Je leur envoie régulièrement des lettres et il m'arrive de retourner chez moi pour les revoir. »
« Ils ne t'en ont pas voulu ? »
« Si. Beaucoup même. Ma mère m'a reproché mon attitude en me disant à quel point ils s'étaient inquiétés, comme j'avais agis de manière complètement immature, patati, patata. Mais les choses se sont arrangées depuis. J'ai même passé Noël avec eux il y a deux ans. »
Cloud hocha doucement la tête d'un air compréhensif, apparaissant un peu rasséréné.
« Tu t'en fais pour mes parents ? »
Il était vrai que ce que lui avait raconté Zack sur sa famille lui avait fait un peu de peine quand il lui avait dit avoir fugué. Malgré cela, il ne regrettait pas d'avoir posé cette question sur sa famille. Cela lui donnait comme le sentiment de s'être un peu plus rapproché de lui désormais.
« Non. J'aurais juste... trouvé ça triste. Si vous vous étiez perdus de vue je veux dire. » s'expliqua-t-il.
« C'est vrai... D'un autre côté, je ne suis pas en conflit avec mes parents. Je les aime autant que je suppose qu'ils m'aiment, c'est juste que je ne voulais plus vivre avec eux. Je voulais m'en détacher, vivre ma vie de mon côté. J'étais encore plus foufou que ça à l'époque. »
Un léger sourire amusé trouva instinctivement sa place sur le visage de Cloud face aux derniers mots et Zack lui tapota gentiment la tête.
« T'en fais pas pour eux. Je comprends ce que tu ressens... Ton père vous a quittés tôt toi et ta mère alors tu as peur qu'on se fâche au risque de ne plus jamais revoir les personnes qui nous sont chères... »
« Je pense simplement que c'est triste de partir sans avoir pu dire ce qu'on ressentait réellement pour quelqu'un... »
Le ton dérivait inévitablement vers des sujets noirs et ce n'était pas bon du tout pour le moral de son ami. Zack chercha alors à ramener la bonne humeur et un joli sourire sur le visage de celui qui partageait, pour une fois, sa chambre. Pas de tristesse dans son appartement ! Il devrait en faire une maxime.
« Booon. C'est l'heure de goû-ter ! »
« Huh ? »
« Oui, oui. J'ai acheté des barquettes ! » s'exclama Zack.
« Des barquettes ? »
« Enfin ? Tu connais pas les barquettes ? »
Zack sauta du lit, tendit le bras pour ouvrir son placard et en sortit un emballage cartonné. Il revint ensuite sur le lit sous le regard très curieux de Cloud et ouvrit le paquet pour en sortir des génoises en forme de petites barques, recouvertes par ce qui avait l'allure d'une gelée à la fraise.
« Mon père adorait m'en acheter quand j'étais petit à cause de leur forme de canot. » expliqua Zack. « Bon, je te propose un jeu. Une bataille navale et chaque bateau coulé équivaut à une barquette gagnée, okay ? »
« ... D'accord. » sourit Cloud.
Ensemble, ils commencèrent donc à jouer, assis dos à dos sur le lit. Sur leurs genoux se trouvait leur feuille de papier quadrillée respective, dont quelques cases avaient été rayées au crayon pour désigner l'emplacement des navires.
« E-3. » se hasarda Zack.
« Rien. B-5 ? »
« Rah, encore coulé. Mais comment tu fais ? » bouda-t-il en constatant que Cloud venait déjà de lui torpiller son troisième navire alors que sa propre récolte ne se résumait qu'à des cases vides. « Tu ne triches pas au moins ? »
« Nope. A moi la barquette, Zack. » lui rappela Cloud d'un coup de coude dans les côtes.
L'étudiant protesta un peu en marmonnements inaudibles mais céda le biscuit, soustrait du petit tas qu'il s'était constitué de son côté pour ses propres navires. Il ne lui en restait désormais plus qu'un.
Quelques instants plus tard, bien que Zack réussit tout de même à lui couler un bateau sur quatre, la victoire revint sans grandes surprises à Cloud. Les génoises restantes furent partagées entre eux et Zack s'attarda un moment sur la dernière encore intacte.
« Cloud ? »
« Hm. »
« On partage ? »
« Si tu veux... »
Zack cassa le gâteau en deux et tendit l'autre moitié à son ami, qui l'avala en une seconde. Les bosses formées par la bouche pleine sur ses joues lui donnèrent soudain une idée et il lança aussitôt :
« Le premier qui rit a perdu ! »
« Quel âge as-tu, Zack ? » soupira Cloud.
« Oh, tu ne peux pas refuser de jouer à ça avec moi. » lui sourit vivement Zack après avoir enfin avalé son quatre-heure.
Cloud soupira longuement.
« Très bien. Mais tu n'as aucune chance de gagner. »
« Vraiment ? » s'amusa Zack en commençant à faire des grimaces, toutes plus originales les unes que les autres.
Cloud ferma aussitôt les yeux mais les sons loufoques qui lui parvinrent par la suite ne lui facilitèrent pas la tâche et sa bouche se remplit de hoquets de plus en plus difficiles à contenir.
« Cloud, si tu ne fais rien de ton côté, je vais gagner ! » le menaça Zack.
« Aucune chance. » rétorqua Cloud, reprenant à ces mots tout son sérieux.
Zack ne se découragea pas pour autant et se rapprocha tout doucement du jeune homme pour lui chatouiller les côtes.
« Ah ! Non, Zack ! Tu n'as pas le droit de faire ça ! » protesta celui-ci.
« Et toi, tu n'as pas le droit de fermer les yeux. » sourit Zack de son côté.
« D'accord, d'accord, j'ouvre les yeux mais tu arrêtes ÇA ! » abdiqua Cloud sur le point d'exploser de rire.
Le polisson s'éloigna et le jeune adulte rouvrit les yeux, de légers tremblements encore perceptibles sur le coin de ses lèvres et ceux-ci ne furent pas tenter de diminuer quand, au lieu de trouver des grimaces, il fut simplement accueilli par une face un peu trop sévère pour être crédible sur le visage du brun. En particulier à un tel moment.
« Ah... ah... ! J'ai gagné ! » triompha Zack quand Cloud se laissa terrasser par une cascade de joyeux éclats.
« Une façade stoïque ne te va pas du tout. » se défendit Cloud en riant doucement.
Lorsque les quelques secousses qui agitaient encore son corps se dissipèrent enfin entièrement, il sourit de nouveau en se retournant vers Zack et celui-ci bondit inopinément sur ses lèvres en agrippant ses joues entre ses deux mains. Pris par surprise, Cloud écarquilla d'abord les yeux devant la soudaineté du mouvement. Il se laissa cependant bien vite emporter par le baiser et se retrouva bientôt allongé sur le dos, les lèvres de Zack dans son cou, l'une de ses mains se faufilant sous le coton pour s'allonger contre son abdomen tandis que l'autre emprisonnait ses poignets au-dessus de sa tête, les épinglant à l'oreiller.
« Za... » soupira de plaisir son captif.
Rapidement, les bouches se retrouvèrent et Zack libéra les mains prisonnières qui glissèrent aussitôt sur les épaules du brun, avant de s'enrouler voluptueusement autour de son cou, comme l'aurait fait la queue d'un fauve au moment de se pelotonner en boule. Avec langueur, ils prirent le temps d'apprécier la présence étrangère pressée au-dessus de leur menton. Puis, de baisers passionnés à piqures furtives, de caresses de papillons à longues et lentes pauses dans la bouche de l'autre, ils enchaînaient tendres contacts sur profondes connexions sans jamais se lasser des lèvres de l'autre.
« Je t'aime... » souffla finalement Zack contre le front du blond après s'être résolu à quitter le délicieux velours qu'il prenait toujours autant de plaisir à savourer.
L'instant d'après, aussi naturellement qu'ils se seraient resserrés autour des bras de Cloud pour empêcher le vent de les faire frémir, ses doigts se firent téméraires et partirent furtivement à l'aventure pour s'attarder du côté d'une ceinture dont la boucle, toujours bien close, n'avait jamais cessé de les narguer. Encore un peu étourdi après la vague de baisers échangés, Cloud prit peu à peu conscience que l'on tricotait au niveau de son pantalon. On venait plus exactement de déboucler sa ceinture. Il leva alors les yeux sur le cou qui reposait contre sa joue.
« Zack ? »
« Hm ? » marmonna l'autre homme sans prendre la peine de quitter les cheveux dont son nez s'enivrait du parfum, ni même d'ordonner à ses doigts de quitter leur tâche.
« Tu es en train de défaire mon pantalon. » lui fit posément noter Cloud, dont le calme et l'indifférence étaient presque terrifiantes.
Sait-on jamais, il valait mieux prévenir le propre auteur d'un tel geste de ce qu'il était en train de faire. Juste au cas où. Histoire de le mettre au courant. Tout de même.
« Je sais. » souffla contre la chevelure sable le responsable de la chute du vêtement.
Arrêtant tous mouvements, il se laissa doucement tomber contre lui et nicha sa tête dans un cou panaché d'aiguilles fauves.
« J'ai juste envie... d'aller plus loin avec toi... » murmura-t-il contre la peau nacrée.
« Maintenant ? »
La voix de Cloud était curieusement enrouée lorsqu'il posa sa question et le petit rire qui s'infiltra dans les oreilles du jeune homme n'encouragea pas ses couleurs à se faire plus discrètes.
« A ton avis ? » rit gentiment Zack. « En fait, ça fait depuis longtemps que j'en ai envie mais oui, là, maintenant... » Zack se redressa un peu au-dessus de Cloud pour lui caresser la joue. « Et puis, on est tranquilles ici... »
« Oui... » approuva Cloud dans un murmure, sans vraiment réaliser qu'il parlait, ni même qu'il s'adressait à la chaise de Zack tandis que celui-ci replongeait dans son cou.
Bientôt perdu dans un flot de pensées et d'émotions trop nombreuses pour avoir encore conscience du monde extérieur, Cloud dit au revoir à la chambre de Zack et oublia ses problèmes de santé, oublia tout. En fermant les yeux, il resserra ses bras autour du dos de l'être aimé et se cambra contre lui dans un frémissement de plaisir. Emporté par l'élan de l'aîné, il se fit peluche docile et se retrouva à flotter à l'intérieur d'une bulle qui ne comportait que deux choses : Zack et un nombre affolant de sensations qui faisaient battre son coeur fragile à un rythme terriblement enivrant, au point qu'il ne s'était jamais autant senti en vie qu'en ce moment précis.
Dans la petite chambre, des vêtements tombèrent un à un pour rejoindre ceux déjà présents au pied du lit, de timides gémissements s'élevèrent lentement et des mains s'agrippèrent aux draps tandis que d'autres se raccrochaient à des épaules. Un cri muet tendit une gorge et fut bientôt remplacé par le soupir chargé de passion d'un prénom. Pendant que la chambre se remplissait de discrets halètements, une pile de magazine s'effondra sur le sol sous les balancements du lit, aidés par un violent mouvement du pied contre les bouquins empilés. Des doigts quant à eux se refermèrent sur le dos de l'autre pour ne jamais laisser partir sa chaleur. Jamais.
x
« ... Tu te nourris bien au moins ? Tu prends bien soin de toi là-bas ? »
« Mais oui maman. Je te l'ai déjà dit, tout va bien. »
« C'est dommage que tu ne sois resté qu'un weekend, on aimerait te voir plus souvent. »
« Je vous écris et vous téléphone régulièrement, ce n'est pas suffisant ? Je suis occupé moi aussi tu sais. »
« Je sais mais... »
« Oh, maman... »
Zack s'avança de quelques pas pour retrouver le paillasson de la maison dans laquelle il avait grandi et embrasser sa mère sur le front.
« Je suis désolé. »
La vigoureuse brune aux traits gracieux secoua doucement la tête.
« Ce n'est pas grave... Tu es juste... si loin de nous là-bas... »
Si son visage souriait, le fond de ses prunelles marines ne pouvait mentir et révélait une profonde déception agrémentée d'inquiétude. Zack n'était pas sans ignorer que ses parents, et en particulier sa mère, se faisaient toujours du soucis pour lui tandis qu'il vivait sa vie seul, loin d'eux, refusant toute aide de leur part. Voir cette goutte de chagrin dans les yeux de sa mère lui serra douloureusement le cœur. S'il avait toujours agi comme bon lui semblait, il supportait difficilement de leur faire de la peine. Il tenta un mot réconfortant mais elle le devança.
« Et sinon, ce jeune homme dont tu nous avais parlé ? »
Pris de court, les préoccupations de Zack furent rapidement balayées au loin et tout son esprit ne se tourna plus que sur un beau blond.
« Hûn. Je vous le présenterai dès que je le pourrai. Je lui ai déjà parlé du voyage, à sa mère aussi et tous les deux sont d'accord pour qu'il vienne passer quelques jours chez nous cet hiver. Après, tout dépend de son état de santé... »
« Une maladie du cœur, c'est ça ? »
« Oui... » répondit Zack du bout des lèvres, la terre battue à ses pieds pour seule vue. « Je dois y aller maintenant. Tu diras au revoir à papa pour moi. Prenez soin de vous. » reprit-il cependant en lui faisant un signe de la main tandis qu'il s'éloignait déjà en courant.
Sa mère soupira amplement dans l'ouverture de la porte, le regard éminemment triste.
« Zack... La dernière chose qui devait lui arriver était bien de s'attacher à un garçon malade et de s'engager dans une relation au futur aussi fragile... As-tu seulement conscience du mal que tu es en train de te faire et de la souffrance que tu vas endurer mon chéri ? Tout ce que je veux, c'est que tu sois heureux... »
« Et si cette relation le rendait justement heureux ? Lui mais aussi ce jeune homme malade. Tu ne peux pas les priver de leur bonheur. » la contredit le timbre masculin qui venait de surgir abruptement dans son dos.
La femme soupira de nouveau.
« Je sais bien, seulement... Toute cette histoire se finira forcément par des larmes... »
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« Ah ! Et là, c'était le jour où tu avais trouvé un nid d'oiseau et ses œufs par terre, tu te souviens ? Tu avais insisté pour remettre le nid dans l'arbre alors je t'avais aidé à y grimper et en redescendant, une branche s'était cassée sous ton pied. Tu as fait une chute de trois mètres, j'ai eu la peur de ma vie ! Heureusement, tu t'en es simplement tiré avec quelques bleus sur les fesses, rien de plus. »
« Difficile d'oublier ça. Il faisait très chaud en plus ce jour là... »
« Hum, je t'avais arrosé avec l'eau du lac, tu avais les cheveux tout mouillés et tu ressemblais à un chat paniqué pendant que tu rageais en me jurant que j'allais te payer ça. » rit gaiement Zack en se remémorant la scène.
« Je l'ai eu ma vengeance. Quand je t'ai poussé dans l'eau. » sourit fièrement Cloud en retour.
« C'est vrai. » sourit à son tour Zack. « Et ça t'avait d'ailleurs beaucoup fait rire. » lui poussa-t-il un petit coup de coude dans les côtes. « C'est cette photo là, tu vois ? On a tous les deux les cheveux mouillés dessus. »
Zack tourna une nouvelle page de l'album qu'il avait ramené avec lui à l'appartement Strife. Lizzy se trouvait sur son lieu de travail et les deux garçons se remémoraient des souvenirs de l'année précédente en regardant les clichés que Zack avait pris d'eux quand ils se retrouvaient au parc. Malgré toutes ces belles images qui s'étendaient devant leur nez, Cloud soupira.
« Le parc me manque... »
Zack baissa les yeux tristement. Ils étaient en plein milieu de l'automne et cette année, la saison se montrait plus humide et pluvieuse que jamais. L'eau du lac avait à plusieurs reprises débordé et pour cette raison, le square avait été fermé au public.
« A moi aussi, Cloud... Mais je te promets que dès que les beaux jours reviendront, on ira de nouveau ensemble, d'accord ? » tenta-t-il de le réconforter.
« Hm. »
Cloud n'avait pas l'air plus convaincu que cela, ce qui remplit de faiblesse le fier brun. Ce n'était peut-être pas la bonne période pour revoir ces photos... Pourtant, le jeune homme souriait lorsqu'il posait ses yeux dessus...
« Merci pour ces souvenirs, Zack. »
« Je les ai faites tirer en double, donc cet album est pour toi. »
« Merci. » sourit une nouvelle fois le blond et Zack se dit que finalement, ce n'était pas une si mauvaise chose d'avoir apporté son album aujourd'hui.
Soudain, Cloud porta une main à sa poitrine et Zack s'alarma aussitôt. Son ami montrait des difficultés à respirer et sembla tout à coup pris d'asphyxie. Ce qui ressemblait à des râles saccadés, rapides et visiblement pénibles se succédaient hors d'une bouche qui cherchait à faire rentrer de l'air dans des poumons en manque. Ce violent malaise confirma les craintes de Zack qui fut pris de panique.
« Cloud ? Cloud ! J'appelle les urgences, tiens bon ! » s'écria-t-il immédiatement en le soutenant pour l'allonger sur le lit.
Cependant, Cloud retint son geste en secouant violemment de la tête et en s'agrippant à l'une des épaules du brun pour éviter de se retrouver sur le dos. Il chercha à s'expliquer mais de sa bouche ne sortait rien d'autre que de l'air et sa voix semblait s'éteindre en miaulements étouffés au fond de sa gorge. Cherchant à contenir son affolement, Zack resta auprès de Cloud et bien que l'envie le démangeait d'appeler les secours, ou au moins Lizzy, il obéit et tenta de rassurer le jeune homme autant qu'il tenta de se rassurer lui-même.
« N'essaye pas de parler, calme-toi. »
« Il faudrait d'abord que je me calme moi-même » pensa-t-il, incapable de détacher un regard épouvanté de son ami qui luttait pour de l'air entre ses bras.
Le souffrant leva un bras et pointa du doigt sa commode. Enfin, il réussit à mettre suffisamment de force dans sa voix pour se faire entendre. Bien que faible, enrouée et entrecoupée de longues bouffées d'air qui provoquaient un horrible son rauque, elle était tout de même enfin présente.
« Les... Les gélules... bleues.... Dans le tiroir... »
« D'accord. »
Zack se précipita vers le petit meuble, fouilla comme un dément dans le tiroir, fit tomber plusieurs papiers sur le sol dans sa précipitation et perdit un temps fou à repérer ce qu'il cherchait parmi les nombreux autres cachets, comprimés et divers autres médicaments aux couleurs variées. Du rouge, du jaune, du vert, en veux-tu ? En voilà. Lorsqu'il put enfin mettre la main sur ces précieuses capsules bleues, il retourna en un éclair auprès de Cloud. Puis il quitta la chambre avec la même vélocité, s'empara d'un verre dans la cuisine et ouvrit le robinet pour le remplir d'eau. S'il ne faisait pas vite, Cloud allait manquer d'air et étouffer. Retournant auprès de son malade en faisant bien attention de ne pas renverser de l'eau tout en se dépêchant, il s'assit auprès de lui, le soutint en passant un bras derrière son dos et porta le verre à ses lèvres. Cloud but avidement une gorgée et le médicament, déjà sur sa langue, fila bien vite au fond de sa gorge avant de disparaître dans son estomac. Le jeune homme toussa violemment après avoir avalé la capsule et Zack tapota un peu dans son dos. Le blond avait toujours du mal à gorger ses poumons d'oxygène et dut prendre de grosses bouffées d'air mais sa respiration s'était déjà un peu stabilisée.
« C'est... c'est normal... Ça m'arrive parfois... de manquer d'air... comme ça... » tenta de s'expliquer Cloud maintenant que sa voix avait repris un ton un peu plus naturel et qu'il avait recouvré un rythme respiratoire plus régulier.
« Chut. » souffla Zack en le berçant dans ses bras. « Ne parle pas. »
« ... Zack ? Je... Je dois rester... assis... pour respirer... plus facilement... Pose-moi... sur une chaise... » continua cependant Cloud.
« ... D'accord. »
Zack passa donc un bras autour de la taille du plus jeune et un autre sous ses jambes pour le transporter sur la chaise la plus proche, celle de son bureau.
« Ça va aller ? » s'enquit encore le brun, toujours un peu inquiet.
Cloud le rassura en hochant de la tête positivement bien que ses inspirations se faisaient toujours aussi bruyantes. Ce n'était que lorsque Zack se retrouvait aussi brutalement poussé devant sa maladie qu'il prenait pleinement conscience de la gravité de celle-ci et s'il tentait actuellement de le cacher devant son petit-ami, la crainte de le perdre brusquement compressait douloureusement son cœur.
« Ça va aller. »
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Derrière la petite fenêtre de la chambre du brun, les gouttes de pluie cognaient, frappaient, malmenaient les carreaux, couverts d'une fine couche de saleté, elle-même recouverte d'un fragile voile de buée. Le bruit qu'elles faisaient en s'abattant ainsi avec violence remplissait d'un agréable son la pièce presque silencieuse du jeune étudiant. Quand les soupirs qui accompagnaient ce doux orchestre s'évanouirent, il ne resta plus que le son du vent et de la pluie pour remplir les oreilles des deux occupants de la chambre. Coincé contre Zack dans un lit un peu trop étroit pour deux personnes, Cloud reprenait calmement sa respiration. Alors qu'il esquissait un mouvement pour se redresser et quitter le matelas, Zack posa une main sur son bras.
« Bouge pas, j'y vais. »
Ceci dit, l'agile forme nue quitta les draps, enjamba le corps de son ami et une fois que ses pieds eurent retrouvé le froid lino de sa chambre, il s'accroupit devant le sac de Cloud et en ressortit un flacon dont il dévissa le bouchon avant de faire tomber deux gélules dans le creux de sa paume. Puis il s'empara d'un gobelet dans le petit placard au-dessus de sa penderie et le plaça dans le petit évier de sa chambre pour le remplir d'eau. Il revint ensuite vers Cloud qui se redressa en position assise pour accepter le verre et les deux gélules que lui tendait son compagnon. Pendant que Cloud avalait ses médicaments, Zack se faufila de nouveau sous les draps et se mit sur un coude pour soutenir sa tête et regarder la peau de son petit-ami se tendre et se détendre sous le passage du liquide qui glissait dans sa gorge. Depuis qu'il connaissait le jeune homme, il avait rapidement appris qu'après toutes formes d'efforts entraînant un essoufflement, il devait aider son cœur trop faible à oxygéner plus rapidement tout son corps. Pour cette raison, Cloud emmenait partout avec lui ses médicaments. Sans oublier ceux dont il avait besoin en cas de complications et ceux qu'il se devait de prendre quotidiennement pour que son cœur garde un rythme soutenu. En réalité, Zack savait que Cloud prenait des tonnes de médicaments différents tout le long de la journée mais d'après ce que lui avait dit le blond, cela ne le dérangeait plus autant qu'autrefois. S'il avait pu avoir le sentiment qu'on le droguait complètement les premiers temps, il avait fini par en prendre l'habitude, c'était devenu son pain quotidien. D'autant plus que le nombre qu'on lui en prescrivait augmentait chaque année un peu plus. Zack admirait énormément Cloud pour supporter tout cela. Même si ce dernier n'avait pas le choix, cela restait difficile à vivre et il avait fini par se résigner et oublier cette contrainte, par l'accepter, tout simplement. Enfin, Cloud posa son verre sur la table de nuit et se recoucha lentement en inspirant longuement pour reprendre son souffle, après avoir bu d'une seule gorgée toute son eau. Zack sourit en passant un bras autour de la taille du blond et en le ramenant contre lui. Toujours sur un coude, il joua un peu avec les mèches qui se collaient contre sa nuque et son front avant de prendre la parole.
« Tu avais soif ? »
Cloud se contenta de faire "oui" de la tête et posa la tête contre le bras dont l'extrémité jouait avec ses cheveux.
« Il a encore beaucoup plu aujourd'hui. Il faut espérer que le parc sera ouvert dimanche prochain... » regretta Zack en observant sa lucarne gentiment fouettée par la pluie.
« Hm. »
« Qu'est-ce que tu veux faire ce soir ? »
« Je m'en fiche... »
« Cloud ? » s'étonna-t-il devant le peu de conversation que lui offrait le blond en ce début de soirée. Il rapporta son attention sur le jeune homme contre lui pour croiser des yeux clos et un sourire divin.
« Hey, si tu es fatigué, il vaut mieux que je te ramène chez toi maintenant... »
« ... Il pleut. »
« Et ? »
« Et la pluie, ça mouille. »
Zack poussa gentiment un petit nuage de buée hors de ses lèvres arquées. Ce qui aurait pu ressembler à un soupir d'exaspération prenait plutôt ici la forme d'une plaisante résignation face à ce trait de caractère qu'il affectionnait tant. C'était quand leurs dialogues prenaient ce genre de tournure qu'il aimait l'asticoter. Il ne fit pas de ce moment une exception.
« Tss, mais quel petit chat avons-nous là ? » tapota-t-il légèrement son bras du doigt.
« Zack... » maugréa Cloud pour toutes réponses.
« Petit Chat ? »
« Je ne suis pas un "petit chat". »
« Et qui a peur d'être tout mouillé ? »
« Shhi ! » feula le félin.
« Tu vois ? Un vrai chat ! »
« Hé bien le chat n'aime pas la pluie et est fatigué de t'entendre. » marmonna Cloud contre le matelas après s'être retourné sur le ventre pour s'affaler comme une crêpe sur le lit.
Zack secoua la tête avec complaisance.
« Tu n'aimes pas le soleil, tu n'aimes pas la pluie... Qu'est-ce que tu aimes ? »
Cloud sourit alors en se remémorant une vieille discussion et murmura à la chambre plus qu'à Zack lui-même.
« Les glaces. »
« Et moi, tu m'aimes ? » se fit caresse la voix de l'autre derrière son oreille.
« Peut-être... »
« Assurément. » La brise chatouilleuse se transforma en baiser contre son lobe. « Ce n'est pas si mal la pluie non plus. C'est même très sympa. » reprit la voix après s'être éloignée de lui.
« Tu iras faire mumuse sous la pluie tout seul alors. »
« Cloud... Tu sais, même sous la pluie on peut trouver un rayon de soleil. »
« Tu la tiens de qui cette phrase ? »
« De moi ! » Zack bomba son torse en pointant fièrement un pouce vers son gosier.
« M'étonne pas. » se fit de plus en plus sarcastique le blondinet, appréciant à son tour le jeu qui se tenait derrière leurs piques.
« Mais j'ai raison. »
« 'Kay. »
« Alors ? Qu'est-ce que tu veux faire ce soir ? Je te ramène chez toi ? » s'enquit le plus âgé sans oublier ses perspectives premières.
« ... Je suis fatigué... »
« Pourquoi ne restes-tu pas dormir ici dans ce cas ? »
Cloud se redressa un peu et tourna la tête vers son compagnon.
« Quoi ? Comment ça ? »
« Reste dormir ici cette nuit. » répéta Zack.
Le jeune homme eut un vif mouvement de recul lorsqu'il tendit ses mains en signe de croix et faillit même tomber du lit.
« Non, je ne peux pas ! »
« Pourquoi pas ? Tu as tous tes médicaments dans ton sac. »
« Pourquoi pas ? Ta chambre est chaotique ! Et tu as vu la taille de ton lit ? On tient à peine à deux dedans ! » rappela très gentiment l'invité à son ami.
Celui-ci cependant le supplia encore.
« Je me ferai tout petit ! »
« Toi, petit ? »
Cloud eut un sourire ironique.
« Je dormirai par terre ! »
« Et puis quoi encore ? »
« Cloud... Tu ne veux pas rester dormir chez moi, pour une fois ? » se montra soudain plus sérieux le jeune adulte.
« ... »
L'étudiant leva un sourcil devant l'absence d'objections cette fois-ci. Cloud semblait s'être enfermé dans une profonde réflexion, s'attardant probablement sur le sens de ses derniers mots et le minimum d'efforts à faire de sa part qu'ils impliquaient. Pesant le pour et le contre, il finit enfin par ranimer le son de sa voix.
« ... Il faut que je prévienne ma mère. »
« Bien ! Faisons ça maintenant ! » se réjouit aussitôt Zack en bondissant hors du lit pour se jeter sur le téléphone portable posé sur sa petite table de chambre.
Se glissant ensuite de nouveau sous les draps, il se cala confortablement contre le mur, pianota sur des touches dont l'inscription était devenue illisible ou presque effacée à force de frottements et porta l'appareil à hauteur de son oreille. A peine quelques secondes plus tard, le son de sa voix fila une nouvelle fois dans la pièce.
« Bonsoir Lizzy ! ..... Oui, très bien. ..... Yup, il est à côté de moi, je vous le passe ! »
Zack tendit son mobile à celui que l'on réclamait, se blottit de nouveau contre celui-ci et tout en passant un bras autour de sa taille, se redressa sur un coude pour écouter la conversation. Cloud retrouva alors la voix connue.
« Allô, maman. ..... Je vais bien, oui. ..... Non... je reste dormir chez Zack cette nuit... ..... Bah... demain matin... ..... Je sais pas à quelle heure, non. ..... Non, Zack est en vacances en ce moment. ..... D'accord. » éloignant le téléphone de son oreille, Cloud le tendit vers Zack de nouveau. « Elle veut encore te parler. »
Acquiesçant, Zack récupéra son bien et réengagea un entretient avec la mère de son compagnon.
« Oui ? ..... Non, pas encore, mais je connais un petit fast food pas loin de chez moi. ..... Oh, mais j'ai de quoi payer pour lui, ne vous en faites pas. ..... Oh non, non, c'est rien, croyez-moi. Et ça ne me dérange pas du tout, au contraire, ça me fait plaisir. ..... J'y veillerai. Merci, bonne soirée à vous. »
Coupant la communication, il dévoila toutes ses dents vers celui qui partageait son lit.
« Alors tu m'invites à dîner, c'est ça ? » le questionna ce dernier avec une pointe de sarcasme.
« Exactement. On y va ? » s'empressait déjà l'autre.
« Je peux prendre une douche avant ? Je n'ai pas très envie de sortir comme ça... »
« Bien sûr. Attends-moi, je vais en prendre une moi aussi. » devançant Cloud, Zack sauta de nouveau sur le sol et ouvrit sa commode. « Tu te souviens ? Les douches se trouvent un peu plus loin dans le couloir, tu peux prendre ce peignoir si tu veux. » proposa-t-il en présentant le vêtement.
« Merci. »
Une fois propres et habillés, les deux hommes quittèrent le logement de Zack et ce dernier ouvrit la voie pour guider son ami jusqu'au fast food en question. Pendant que Cloud ouvrait son parapluie, Zack se dirigea tout droit vers les nombreuses grosses flaques d'eau qui peuplaient le trottoir et s'accumulaient encore tout le long du chemin. Cloud eut alors la surprise de sentir une main s'emparer de la sienne et l'entraîner à toutes pompes dans l'une des petites mares avec son propriétaire.
« Mais qu'est-ce qui te prend ? »
« Oh, allez, Cloud ! Tu faisait sûrement ça quand tu étais petit, sauter dans les flaques ! »
Cloud posa sa main contre son visage et souffla d'exaspération.
« Zack... »
« "Tu as quel âge ?", c'est ça que tu veux ajouter ? »
Cloud sourit devant la réponse et continua d'observer Zack courir de flaques en flaques devant lui. Son ami était unique en bien des manières mais son affection et sa joie horriblement contagieuses étaient probablement les traits de caractère qu'il aimait le plus chez cet homme. Dans l'une des petites cavités du trottoir, l'eau malmenée reprenait peu à peu une forme un peu plus stable et les ondes dégagées diminuèrent progressivement. Les gouttes qui la pilonnaient se firent de plus en plus douces jusqu'à s'arrêter complètement. Au fond de l'eau se refléta alors une éclaircie qui consuma le gris des nuages sous sa douce lueur orangée et un pâle rayon de soleil illumina la surface liquide. Cloud tendit sa paume au ciel.
« Tiens ? Il ne pleut plus. »
Une fois de plus, je tiens à vous remercier infiniment pour votre lecture et toutes vos reviews ! Elles me donnent vraiment honte d'avoir des délais aussi énormes. Merci pour tout. Ainsi qu'à Flammula pour ses précieux conseils.
