Encore un nouveau chapitre qui vous en révélera un peu plus sur l'intrigue. Je suis consciente que le scénario est un peu tordu et plutôt difficile à suivre. Je sais également qu'il y a peu d'allusion aux Cullen pour l'instant. Je vous demande d'être patients, l'histoire, sinon, n'aurait aucun intérêt. D'ailleurs, j'en ai commencé la rédaction bien avant la lecture de Twilight. Je n'ai quasiment eu qu'à changer les noms bien que seuls les cinq premiers chapitres aient été écrits. Ce qui explique les décalages entre avec les personnages ou les lieux originaux. J'ai dû modifier pas mal de détails pour rendre cette fanfic crédible et j'espère que vous aurez la curiosité de me lire jusqu'au dénouement. Sur ce, merci à Sasuki et Isabelle. Bonne lecture …

Avec ennui, le jeune homme s'amusait à tourmenter sa chienne, Indie. Cette dernière, ravie de voir que son maître lui prêtait un peu d'attention, courait avec délice derrière les trainées de fumé que laissaient derrière elles les quelques flammes apparurent par magie. Jacob s'était demandé si un jour ce jeu la lasserait. Mais aujourd'hui, en la regardant gambader avec bonheur, ce n'était pas à elle qu'il pensait. Mais à une autre de ses amies qui aimait jouer avec le feu.

De mauvaise humeur suite à la journée qu'il avait passé (sa mère l'avait obligé à aller au lycée) il contempla la moto qui se trouvait à quelques mètres de lui avec nostalgie. En grognant, il cessa le jeu et fit disparaitre les flammes. Contrariée, Indie chercha en vain un autre moyen de s'occuper. Et elle finit par trouver très rapidement une solution à son ennui. Le jeune homme avait enlevé ses baskets qui trainaient à présent à ses côtés. Ravie d'avoir trouvé un nouveau jouet, Indie commença à mâchouiller discrètement l'une des chaussures. Trop distrait par ses pensées, ce n'est qu'une fois sa basket transformée en lambeaux de caoutchouc qu'il remarqua à quoi s'affairait sa chienne.

Furieux (elles lui avaient coûté 90 dollars) il la lui arracha de la gueule. Avec un regard malicieux, la chienne essaya de la récupérer. Exaspéré, il la repoussa méchamment. Mais très vite, il se prit au jeu et se mit à la poursuivre avec fougue, bien décidé à l'assommer avec l'objet du crime. Il l'avait presque rattrapé quand une silhouette attira son attention. Bizarrement, la ruelle principale de son quartier était vide. Mais quand il reconnu l'identité de cette ombre, il comprit pourquoi.

4. Jacob

"Bella !"

Ce cris était sortit tout seul. La surprise était tellement grande. Mais dés qu'elle l'eut quitté, il redevint sombre et décida de reprendre un ton plus dur :

"Tu n'as plus le droit de venir ici.

- Je suis juste venu récupérer ma moto Jacob. Après, je m'en irai."

Désemparé, le garçon pâlit. Cela faisait des mois qu'il gardait cette moto dans l'espoir, qu'un jour, elle vienne la récupérer. Et maintenant qu'elle était là, il allait la laisser repartir. Avec hésitation, il lui demanda de le suivre. Il la conduisit vers sa moto. Avec soulagement, il constata que le parking de son immeuble était vide. Il pouvait lui parler.

"Bella.

Il s'était retourné brusquement, faisant sursauter la jeune fille qui s'était encore perdue dans ses pensées.

- Je ne veux pas que tu récupère cette moto."

Surprise, Bella le contempla sans comprendre. Pourtant, elle était sure il y a quelques instants ... jamais elle n'aurait crue qu'il voudrait garder cette moto !

"Je te la laisse si tu veux.

C'est tout ce qu'elle trouva à répondre. Résignée et malheureuse, elle fit demi-tour pour s'en aller. Cette fois ci, ce fut Jacob qui en fut déboussolé. Elle n'avait pas compris !

- Mais, Bella ! Je ne veux pas que tu partes ! Lui cria t-il en la rattrapant.

Cependant, la jeune fille continuait son chemin, sans s'arrêter.

- Ecoute-moi ! Ce n'est pas ce que je voulais dire ! Ce n'est pas la moto qui m'intéresse, je voulais juste dire que ...

Enfin, elle s'arrêta pour l'écouter. Plongeant ses yeux verts dans l'océan qui se déchainait dans les prunelles du garçon, elle le poussa à continuer. Bouleversé par l'intensité de son regard, il se demanda un instant ce qui avait changé depuis la dernière fois qu'il l'avait vu.

- Tu n'es plus la même.

Exaspérée, elle tourna les talons.

- Attends, attends ! Bella, je ne veux pas que tu partes ! Reste !

- Jack, comme tu l'as toi même fait remarqué, je n'ai plus le droit de venir ici.

- J'étais en colère, je ne le pensais pas ... je ... Pour la moto, c'est juste que ... j'ai peur qu'une fois que tu la récupère, tu ne reviennes jamais ...

- C'est en effet ce qui va se passer.

- Non ...

- Je ne remettrais plus jamais les pieds ici. D'ailleurs, c'était une mauvaise idée d'être venue.

- Non !

- Jamais plus je ne prêterais attention aux dires de Leah ...

- Leah ?

- Au revoir Jacob.

- Tu n'as même pas dis au revoir à Emily."

Stoppée net dans son élan, la jeune fille s'arrêta brusquement.

"Je cois qu'elle ne veut plus me voir.

- Non ... En fait, c'est Sam ...

- Quelle différence ça fait ?

- Elle a beaucoup pleuré.

- Je vais te dire, moi, qui a le plus pleuré dans cette histoire ! "

Muet devant la colère qu'elle couvait sous ses propos, il baissa la tête, essayant de lui prendre la main. Mais elle ne la lui abandonna pas.

"Il y a trop de souvenirs dans ce lieu que je souhaite oublier.

- Tu ne pourras pas fuir éternellement ... Et puis, ces lieus ne lui sont pas directement liés.

- La guerre, elle, a commencée ici."

Ces mots glacèrent les deux adolescents. Jacob savait qu'elle avait raison. Mais quand il la contemplait, il n'était pas rationnel. Et toutes les promesses qu'il s'était fait à lui-même venaient de s'envoler. Jamais il ne pourrait se passer de Bella. Et même si cette boule de feu s'était éteinte, il décelait en elle encore quelques braises. Il suffisait d'un peu de vent ...

"Je n'ai pas envie qu'elle recommence, chuchota-elle.

- Ce n'est pas de ta faute.

- La prochaine, si je reste plus longtemps ici, risque fort de l'être.

- Tu m'as manqué.

- Je sais. Mais je ne reviendrais pas sur ma décision.

- Qu'est-ce que tu vas faire maintenant ? Tu vas jouer la fille de bourge dans ce lycée minable ?

- Ne sois pas si méprisant. Au moins, là bas, il n'y a pas de sang sur les murs.

- Tu vas bien finir par revenir. Ta vie est ici.

- Elle l'était. Mais les choses changent.

- Au fait, Jessica aussi est allée à R...

- Ah ?

- Et ... Dis-moi, comment as-tu fait pour éviter Sam ?

- Tu sais comme moi qu'il va aussi souvent que toi en cour. Ce n'est pas demain la veille qu'il me remarquera.

- Mais une nouvelle élève, quand même, ça passe pas inaperçu. Il finira par l'apprendre ...

- Et alors ? Qu'est-ce que ça peut lui foutre ? Ce n'est pas comme si j'étais restée ici.

- Je crois qu'il s'imagine que tu as quitté la ville.

- C'est impossible. Leah m'a vu. Elle le lui a certainement raconté.

- C'est Leah qui t'as dit de venir, hein ?

- Oui. Elle s'inquiétait pour toi.

- J'en suis heureux. Ca t'a fait revenir.

- Bon, il faut que je m'en aille.

- Tu peux reprendre ta moto. J'espérais juste qu'en la gardant ... tu reviendrais ...

- Merci."

Sur ce, elle s'empressa de l'enfourcher et de faire ronronner le moteur. En passant devant le jeune gitan, elle lui murmura :

" Oublie-moi. Je ferais tout pour qu'on ait plus à se revoir." Soupira-t-elle d'un air trop ennuyé pour être franc.

Mais elle partit trop précipitamment pour voir le sourire qui se formait sur les lèvres du garçon. Car lui savait qu'elle se trompait.

En attendant, Bella, elle, n'essayait même pas de retenir ses larmes. Dire qu'elle se croyait forte ! Avant toute cette violence, elle était persuadée être imperméable aux épreuves de la vie. Elle trouvait que pleurer était méprisable et que se plaindre ne faisait qu'approfondir le gouffre de ses désespoirs. Mais tous ces mots, toutes ces pensées étaient bien dérisoires aujourd'hui. Qu'il est facile d'être fort quand on est heureux ! Elle avait gardé un souvenir très net de ces malheurs qui lui assombrissaient autrefois la vie.

Une mère un peu trop poule, un père grognon, une sœur casse-pied, des notes qui jouent aux montagnes russes, des profs gonflants, un trou dans la chaussette … Enfin, tant de choses qui, aujourd'hui, font toute sa vie et dont elle se contente. Pire, elle commençait à prendre plaisir à toutes ces petites tracasseries qui lui faisaient oublier le ravin au dessus duquel elle se tenait.

Mais revoir Jacob, c'était le vertige en trop qui la faisait basculer. Et les larmes coulaient. Elle dû bientôt stopper sa machine. Ses sanglots faisaient un bruit effrayant, comme si sa bouche était remplie de sang. Bientôt, deux paires de bras l'enlacèrent pour la transporter jusqu'au coin le plus historique de Forks. Bella regardait défiler le paysage sans comprendre. A travers ses larmes, elle reconnut la baraque. L'immeuble était délabré mais son histoire le rendait beau. Il était rare de trouver de tels bâtiments en Amérique de l'Ouest. An european corner in the american wild. Voilà ce que disait son père à propos du vieux quartier. Et c'est à cette pensée que le déclic se fit. Elle était chez Leah.

Les géants qui lui servaient de frères et qui ne cessaient de l'espionner l'avaient emmenée en « lieu sûr ». Il faisait nuit à présent. Consciente de sa bêtise, elle sortait son portable pour l'allumer. Elle envoya un message à sa mère pour éviter sa colère. Ses deux gardes du corps l'entrainèrent à l'intérieur. Elle s'apprêtait à s'énerver pour de bon, quand une furie aux cheveux blonds l'entraina de force dans la cuisine. Le regard attendri, elle essuya – ou étala, c'est selon – la trainée que ses larmes traitresses avaient laissée sur sa peau.

« Raconte-moi ce qui s'est passé.

Ce n'est pas nécessaire. En fait, il ne s'est rien passé.

Chut … Ne me dis pas que tu n'as fait que récupérer la moto. Je sais qu'il la couve du regard depuis trois mois. Tu n'aurais pas put l'éviter.

Elle soupira. Que pouvait-elle bien faire ? Elle n'avait ni le droit, ni l'envie d'y retourner. Leah non plus, d'ailleurs, ne devrait avoir le droit de la côtoyer. Quand elle le lui fit remarquer, elle écarta ses arguments en lui rappelant que Jacob était trop important pour qu'on le laisse dépérir d'amour. A ces mots, Bella grimaça de plus belle. Elle n'aurait plus la force de lutter. Et donner à Jacob ce qu'il voulait serait désormais trop facile.

Et puis, il y a Emily …

Tiens, parlons-en de Emily. Soit disant sa meilleure amie, voilà bien des semaines qu'elle n'avait entendu parler d'elle. A croire qu'elle s'était fait enlever par des extraterrestres. La plaisanterie lâchée avec méchanceté par Bella n'avait trouvé aucun écho, aucun rire.

Non, je suis toujours sur Terre.

Ce sarcasme lui glaça le sang. Elle se retourna et contempla avec effarement la jeune gitane qui venait de pénétrer dans la pièce.

Contente de te revoir aussi Bella, lança Emily avec ironie.

Sous le choc, la jeune fille eu bien du mal à retenir ses larmes. Mais elle était déterminée à se montrer de marbre face à cette réapparition.

On parle beaucoup de toi en ce moment même, à la Réserve.

Bella siffla de mécontentement. Pourquoi fallait-il que tout le monde soit si bavard ?

Curieusement, le seul qui se tait, c'est mon frère. Bizarre, hein ? C'est à se demander ce que tu lui as encore dit pour qu'il aille se terrer au fond de sa pirogue.

Elle fit mine d'ignorer le ton accusateur. Déjà, elle sentait son corps vibrer.

Tu as arrêté l'entrainement, pas vraie ? constata la gitane en remarquant les mains de son amie trembler. C'était stupide Bella.

Il faut que ça s'arrête.

Ca fait partie de toi, tu devais continuer.

Non !

Qu'est-ce que tu t'imagines ? Qu'il va disparaitre soudainement ?

Apparemment, ce n'est pas si dure que ça. Je veux dire, de disparaitre soudainement … susurra-t-elle pour sa défense.

Certains y arrivent mieux que d'autres. C'est généralement parce qu'on les y aide, accusa Rachel d'un ton glacial.

Ouais, et ça s'appelle un meurtre, trancha Leah.

La claque surprit tout le monde. Celle qui, un peu plus tôt, avait lancé cette dernière remarque pleine de fierté, était désormais recroquevillée sur elle-même. Sa joue était en feu et son regard laissait transparaitre l'incompréhension. Car c'était Emily qui l'avait frappé. Et chacun dans la pièce savait qu'elle ne pourrait lui rendre le coup, ou même s'en plaindre. Elle était la femme de Sam. Elle dirigeait avec lui la tribu Quileute et chacune de ses décisions valait son pesant d'or. Elle était intouchable. Même les Volturi ne pouvaient lever la main sur elle.

Si tu ne veux pas que ça se reproduise Bella, il te faut t'entrainer.

Je ne vais pas la réveiller !

Comme si ta magie dormait en toi ! Regarde-toi Bella ! Elle te bouffe toute crue !

Et c'était vrai. Son corps était devenu hors de contrôle. Elle s'était laissé glisser au sol pour enfouir sa tête entre les genoux. Ses doigts tremblaient tandis qu'elle les enfouissait dans ses cheveux.

Contrôle-toi !

Je la contrôle !

Ne sois pas ridicule ! Tu vas faire exploser la maison !

Leah jeta un coup d'œil anxieux à ses frères. C'est qu'ils y tenaient quant même à leur baraque. Et puis, ce n'est pas comme si une Bella en puissance n'avait pas déjà fait des siennes. Ce pouvoir, Leah se souvenait l'avoir convoité avec une jalousie folle. Aujourd'hui, elle se rendait compte de sa folie. Ce qu'elle croyait être un don du ciel était en fait la plus tenace des malédictions. Pourtant, Jacob, lui, semblait n'avoir aucune difficulté à exhiber ses talents. D'ailleurs, Bella aussi, n'en avait encore jamais eu. Elle était même douée. Alors pourquoi les choses avaient-elles si mal tournées ?

Leah ne savait pas. Leah avait l'impression de ne jamais être au courant de ce qui, vraiment, importait. Après tout, elle ne pouvait se venter être une gitane, ou même une sorcière. Si Emily était là, dans sa maison, c'est juste parce qu'elle s'était accrochée à la tribu comme Indie aurait planté ses dents dans l'une des baskets de Jack. Avec ténacité … et stupidité. Parce que, de cette histoire, elle n'en avait rien tiré de bon. Elle allait d'ailleurs leur faire part de son comportement quand elle vit avec effroi les vitres de la pièce se briser avec éclats. Le bruit la laissa sourde quelques secondes. Tant de bruit, s'en était presque indécent.

Au milieu de cet élan destructeur, Bella tentait de se relever. Mais les morceaux de verre semblaient l'emprisonner dans une prison de glace. Un tourbillon de cristal se referma sur elle.

Arrête de la rejeter ! Ta magie fait partie de toi ! Tu ne vois pas que si elle disparait, tu disparais avec elle !

Bella avait beaucoup de mal à comprendre ce qu'Emily lui racontait. Son berceau menaçant la couvait pour la bercer dans une langueur assassine. Ses forces l'avaient quitté et tout ce dont elle avait conscience était cette cuisine qu'elle observait désormais d'un œil différent. Elle la trouvait belle, cette pièce délabrée et certainement centenaire. Les miroitements autour d'elle lui donnaient une couleur féérique. Comme des milliers de gouttelettes colorées …

L'eau salée lui arrivait jusqu'au ventre. Elle aurait eu froid si deux grands bras n'étaient pas en train de l'entourer avec chaleur. Ses yeux se perdirent avec abandon dans les prunelles de son amant. Elle savait ce qui se passerait Elle en pressentait l'odeur qu'aurait sa peau contre la sienne, le bruit de ses baisers aux creux de ses oreilles, la caresse de ses doigts mouillés, le goût de sa bouche, la couleur de leur union. Autour d'eux, des millions de gouttelettes les entouraient avec douceur. Le soleil couchant en faisait un arc-en-ciel mouvant.

Ses doigts parcouraient avec délice sa peau, allant d'une couleur à une autre. Sa poitrine devenait lourde, tout comme sa tête qui se sentait toujours plus attirée par cette odeur qui créait en elle le désir. Ils avaient pour seuls témoins l'océan et le soleil. Et la magie, évidemment. L'éternelle invitée. L'alliance entre l'eau et l'air leur avait offert cette enveloppe féérique … féérique …

Bella s'était redressé en sursaut. Elle était bien au chaud sous une couette. Mais pas la sienne. La chambre était trop petite pour lui appartenir, et la fenêtre ne laissait filtrer aucun bruit. Elle était encore chez Leah. Pressée de rentrer chez elle, elle mit de côté les draps pour se mettre en quête des chaussures qu'on lui avait enlevées. Evidement, elle fut incapable de mettre la main dessus. Pressentant l'absence de hasard dans cette situation, elle ignora le fait qu'il était 3 heure du matin pour rentrer sans scrupule dans la chambre d'une Leah endormie. Elle fouilla son armoire et y trouva ce qu'elle cherchait. Après avoir enfilé sa paire de baskets, elle se redressa pour repartir. Mais c'était sans compter sa maladresse qui fit en sorte qu'elle se prenne l'angle d'un bureau. Pour sa défense, il faut dire qu'elle se trouvait dans le noir.

Qu'est-ce que c'est ?

Rien Leah, rendors-toi.

Ok …

Contente de se petite ruse, elle reprit sa route.

Hein ? Bella ?

La petite blonde ne laissa pas à Bella l'occasion de se défiler une seconde fois. En deux temps, trois mouvements, elle se retrouva en face d'une Bella déconfite.

Où comptais-tu aller comme ça ?

Chez moi. Où veux-tu que j'aille ?

Non, tu reste avec moi.

Mais, mes parents …

Ont été prévenus. Cette nuit, c'est soirée pyjama.

Oh …

C'est Emily.

Sans blague, ricana Bella.

Leah soupira. C'est vrai qu'elle ne portait pas vraiment Bella dans son cœur. Mais elle se souvenait très bien du temps où son aversion pour la jeune fille était loin d'être justifiée. La pauvrette était autrefois reconnue pour être des plus gentilles et des plus sympathiques qui soient. Sa joie de vivre était connue de tous, et chacun voulait se l'approprier. Mais personne, dans le clan Quileute, n'était parvenu à mettre la main dessus. Pas même Jacob. Et pourtant, chacun savait à quel point il en crevait d'envie.

Ecoute, contrairement à ce que tu penses peut-être, je suis réellement attristée par ce qui est arrivée à … Pour ce qui t'es arrivé. Et, sur ce point, je diffère des gitans. Pour moi, tu n'es pas coupable.

Bella contempla durant de longues minutes la jeune fille. En réalité, elle ne savait quoi dire. C'était vrai, c'était contraire à ce qu'elle pensait. Leah continua à s'expliquer.

Emily m'a beaucoup appris. Elle pense … elle pense qu'à défaut de pouvoir développer une quelconque forme de magie, je pourrais, comme elle, me contenter d'enseigner. Je connais les bases et … Et ce soir là, ce n'était plus toi qui était aux commandes … Ta magie et toi faisaient deux. Et en ce moment, tu es dans un tel état de colère, que c'est en train de se reproduire. On l'a vu tout à l'heure. Ta magie s'est carrément retournée contre toi. Il faut que tu recommence à travailler. Il faut que tu sois infaillible.

Bella réfléchissait à toute vitesse. Elle ne comprenait plus pourquoi elle se sentait si incline à lâcher prise. Voilà des semaines qu'elle avait tenu bon, qu'elle s'était contenté du pire. Et on voulait d'elle qu'elle recommence tout ? Mais pourquoi ? Et pour qui ? Ce qui couvait en elle avait fait trop de mal. Le mieux était encore de le laisser enfoui au plus profond de ses trippes.

Je suis loin d'être infaillible. Il est hors de question que je risque la vie de quelqu'un d'autres. Je …

Tu es déjà dangereuse, Bella. Tout ce qu'on peut faire, c'est réduire le risque.

Je m'en suis très bien sortie jusqu'à maintenant !

Tu veux qu'on aille faire un tour dans la cuisine pour voir ? me menaça-t-elle.

Hésitante, elle ne savait trop si elle ne devrait pas, justement, aller y jeter un coup d'œil à sa cuisine.

C'est que j'ai du mal à me souvenir …

Tu m'étonnes … Quand je te dis que tu n'étais plus toi-même …

Bella était étonnée que Leah ait déjà fait le rapprochement entre ce qui s'était passé la veille et cette affreuse nuit. Mais elle avait raison, hier s'était reproduit le même phénomène. Et elle n'avait pas fait que s'évanouir.

Ce serait cool si tu réparais les dégâts que tu as fait hier.

Bella rassura Leah et en lui assurant d'un hochement de tête qu'elle lui paierait tous les frais dus aux réparations. Sauf que ce n'était pas vraiment ce qu'elle voulait.

Bella, je me souviens très bien de ce que tu arrivais à faire, avant … Tu arrives toujours à réparer une cuisine, non ?

Méfiante, la jeune fille descendit d'un étage pour évaluer par elle-même l'ampleur des dégâts. Une bombe avait explosée dans la malheureuse cuisine. Elle ne voyait pas ce qui, à part ça, aurait put provoquer un tel champ de ruines.

Pas beau à voir, hein ? lui glissa la petite blonde à l'oreille.

Elle devait en convenir, sa magie n'avait rien perdu de son caractère dangereux.

On a dû te laisser te défouler seule avec la cuisine.

Vous seriez morte sinon, réalisa avec horreur la sorcière.

Un silence de plomb lui répondit. Prenant conscience de ses erreurs, elle s'appliqua à remettre ce qui n'était pas brisé à leur place. Comme à chaque fois qu'elle en appelait au vent, la manière de procéder lui paraissait évidente. Toute était plus fluide, plus rapide. Certes, elle ignorait que cette salière se trouvait là à l'origine. Mais la brise était là pour le lui souffler. En quelques secondes, la vaisselle cassée se retrouva dans un sac poubelle clos. Le sol fut lustré. Les étagères propres. La table redressée.

Désolée, je ne peux pas réparer ce que j'ai cassé …

Cet aveu les fit frissonner toutes les deux. Ramener la vie n'était pas dans les attributs de Bella. Et Leah comprit alors que, bien que puissante, si elle ne pouvait faire ça, sa magie n'était d'aucune utilité. Si elle ne pouvait panser les blessures causées, alors Bella demeurerait à jamais impuissante.

Finalement, épuisée par toute cette énergie trop longtemps contenue, Bella s'était recouchée, vaincue par les arguments de Leah. Mais une fois dans le lit froid de cette chambre si impersonnelle, elle n'avait put trouver le sommeil. Il lui semblait sentir une présence glaciale. En tendant l'oreille, elle s'assurait qu'aucun souffle ne trahirait la présence d'un quelconque intrus. Mais la pièce était parfaitement silencieuse. Elle ferma les yeux, souhaitant de toute son âme s'envoler vers l'inconscient.

C'est en se réveillant qu'elle comprit que sa prière n'avait pas été exaucée. Sa nuit avait été épouvantables. Les images la ramenaient sans cesse vers cette nuit d'effroi. Les cris, la panique, les flammes, les vagues … Des vagues inhabituellement déchainées. Une puissance humaine derrière ce phénomène. Puis le silence. Quand la compréhension s'empare des gens, elle les rend plus animal que jamais. Mais Bella n'avait plus aucun souvenir de ce qui avait suivit.

Elle avait refait surface deux mois plus tard. Deux mois de rien. Et qu'avait-elle découvert quand elle avait ouvert les yeux ? L'enfer. Le chagrin, le désespoir, la culpabilité, tant de choses qui l'avaient obligé à garder le lit, jusqu'à la mi-septembre. Jusqu'à ce qu'elle mette pour la première fois les pieds au lycée R.

Ses nuits lui volaient donc le repos auquel elle aspirait. En se redressant, elle songea à se procurer des somnifères. Elle n'arriverait jamais à faire de nuit complète autrement. Ses cauchemars étaient trop têtus. Silencieusement, les deux jeunes filles prirent leur petit-déjeuner pour ensuite se diriger vers le centre-ville. C'est là qu'elles se séparèrent. Bella retourna chez elle.

L'ambiance, dans son petit appartement, était paisible. Comme chacun samedi matin, son père était allé courir tandis que sa mère profitait des premiers rayons de soleil sous sa couette. Quand à Carlie, elle était absorbée par la télé, Pirate sur les genoux. Il y a six mois, elle se serait précipitée dans sa chambre, aurait empoigné sa guitare, aurait laissé sa joie se transformer en musique. Elle avait essayé de faire de même avec sa peine. Les cordes s'étaient cassées, ses barrières s'étaient effondrées. Elle avait compris à quel point c'était une mauvaise idée. Elle n'y avait plus retouché.

Alors, ce matin, elle se contenta de la place à côté de Carlie. En la voyant arriver, Pirate commença à bouger la queue. Sa sœur lui offrit un sourire vague. Bella ferma les yeux. Elle repensait à ce qui s'était passé une fois l'hôpital derrière elle. Elle n'avait pensé qu'à une seule chose : être avec lui. Elle s'était mis à courir, ignorant la douleur au creux de son ventre qui lui rappelait sa convalescence. Une fois les imposantes grilles écartées, elle avait ralenti. Un curieux pressentiment lui avait ôté ce besoin morbide qu'elle avait de se coucher contre lui. Elle avait terminé le parcours presque à reculons. Puis elle avait compris. Compris que ce lieu ne signifiait rien. Qu'il n'était pas là. Que rien ne lui apporterait un quelconque réconfort. Elle était seule.

Le week-end laissa à la jeune fille un goût aigre doux. La gêne était perceptible entre les membres de la famille Swan. Les deux adolescentes s'obligeaient à faire la conversation tandis que leurs parents tentaient de glisser quelques remarques pour la plupart tout aussi futiles qu'inutiles. Malgré cela, la nature avait un instant fait oublier à Bella l'épisode de Vendredi. Elle s'était abandonnée aux bruissements de la nature et s'était concentrée sur les frissonnements de l'herbe humide. Elle avait retiré ses chaussures et ses pieds nus laissaient avec délice les insectes parcourir sa peau blanche. Elle avait à peine conscience de ceux qui l'entouraient. Elle sentait vaguement Pirate remuer non loin d'elle. Carlie fredonnait. Ses parents s'enlaçaient. Cette vision était si parfaite ! Durant un bref moment, elle y crut.

La grisaille du lundi matin la ramena définitivement à la réalité. Les vacances de Thanksgiving se rapprochaient, et elle en était plus que reconnaissante. C'est avec une immense peine qu'elle arrivait à se maintenir dans la moyenne. Mais les efforts qu'elle devait fournir pour se concentrer en classe la poussaient souvent à se demander comment les choses lui avaient, dans le temps, parues si faciles. Tout, désormais, manquait de lui arracher un gémissement. Jouer à l'élève intelligente ne l'amusait plus, elle n'avait plus Ben, plus personne. Il n'y avait qu'Angela, et des fois, elle s'en serait bien passée. Particulièrement ce matin - alors qu'elle tentait de comprendre pourquoi – « Pourquoi ? » - son devoir à elle lui avait valu un demi de point de moins.

« C'est pas que ton devoir est nul Bella … Mais c'est que j'ai mis tellement de cœur à fignoler le mien, tu comprends ?

Non, Bella ne comprenait pas. Elle ne comprenait pas pourquoi c'était si important. Ce n'était qu'un demi-point. Angela avait tellement de bonnes notes à son actif que ce n'est pas ça qui allait changer son statut d'élève modèle.

Peut-être qu'il n'a pas lu ma conclusion ? Regarde, il n'y a pas de commentaire …

Peut-être.

Bella baissa les yeux sur son propre devoir. Son commentaire à elle se limitait en une ligne. Une ligne insignifiante de fonctionnaire qui ne sait - mais alors pas du tout - quoi dire face à tant de banalités. C'est que l'écologie, hein, c'est pas comme si on ne lui avait pas déjà fait le coup des bébés phoques.

J'ai même parlé de la disparition des ours Bella !

Elle lui lança un regard impressionné. La disparition des ours ! C'est si bien pensé dans une copie d'économie ! pensa aigrement Bella. Puis la cloche sonna sa délivrance. Elle se précipita vers la sortie. Mais quand elle vit qui l'y attendait, elle se retourna avec effrois pour re-pénétrer à l'intérieur de la classe. Réaction totalement puérile et vaine étant donné que l'imposant jeune homme la rattrapa par la capuche pour la trainer jusqu'à la cage d'escaliers. Elle n'osait même pas protester. Elle fermait juste les yeux en espérant que ce mauvais quart d'heure passerait rapidement.

« Mais qu'est-ce que tu fiches ici ?

Je … Je ne vois pas en quoi cela te regarde !

C'était plus fort qu'elle. Pourquoi fallait-il toujours qu'elle ait à se justifier. On était dans un lycée ! Ici il n'était plus rien. Ou du moins, il n'était pas chef de tribu.

Vraiment ? Parait que tu étais sur mon territoire vendredi dernier …

Je devais récupérer ma moto, lui cracha la jeune fille. Avec appréhension, elle vit ses camarades ralentir le pas pour les observer. Elle en avait plus que marre.

Je croyais qu'après ce qui s'était passé, tu serais parti très, très loin. C'est qu'on ne t'a pas vu pendant au moins … cinq mois ?

Tu sais très bien où j'étais ces derniers mois, chuchota t'elle, furieuse.

Il faut qu'on parle, mais pas ici. Je t'attendrais ce soir à la sortie. T'as intérêt à venir. Je me gênerai pas à venir t'arracher de chez toi sinon. »

Elle le croyait sur parole. Plein de mépris pour notre assistance, Sam s'éloigna avec grâce. Bella soupira de lassitude. Pourquoi son passé lui collait-il à la peau ? Au même moment, une jeune femme, grande et mince aux boucles brunes et aux grands yeux bruns, la vrilla du regard. Les yeux verts de son ancienne amie s'agrandirent. Mais avant qu'elle n'ait eu le temps d'ouvrir la bouche, elle se sentie happée tout le long du couloir jusqu'à un placard. L'obscurité ne fit aucun mystère sur l'identité de sa kidnappeuse :

« Jessica !

Bella, tu n'es pas croyable ! La discrétion, ça te connait ?

Jamais rencontré, rigola la jeune concernée.

L'élève à la peau métissée soupira. Elle ne voulait plus rire.

Je veux que tu fasses attention.

Je fais attention. Ce n'est pas moi qui …

Ce soir, je serais avec Sam, ne t'inquiète pas …

C'est toi qui lui as dit ?

Non. C'est Emily.

Bella fronça les sourcils. Pourquoi Emily avait-elle prévenu son époux après ce qui s'était passé Vendredi ?

Elle lui a dit pour l'explosion.

Oh …

Elle dit que tu as besoin d'aide.

Elle veut que l'on t'accorde un laissez-passer pour que tu reprennes l'enseignement.

C'est de ça dont va te parler Sam ce soir. Tu diras oui.

Tu connais les gens à la Push. Tu n'as pas de soucis à te faire. Jacob sera là, lui aussi.

Je ne suis pas obligée d'y retournée. Emily peut très bien …

Sam l'a décidé ainsi.

Ah ! Alors si Dieu l'a décidé ainsi ! railla Bella.

Le froncement de sourcil qui lui répondit la fit taire pour de bon.

Fais plus la conne Bell. Tu es trop dure à gérer dans ces moments là. Ne leur en veut pas, ils ont peur.

La jeune fille ferma les yeux de douleur. Ils avaient peur … peur d'elle.

A ce soir. »

Elle se retrouva seule dans le noir. Un peu étourdie par ces retrouvailles plus que désagréables, elle s'enfuit du lycée sans scrupule. Tant pis pour ses bonnes résolutions. Cours ou pas, elle ne pourrait supporter une heure de plus dans ce maudit bahut.

Jusqu'à maintenant, j'ai réussit à publier mes chapitres à peu près régulièrement. Mais je pars bientôt pour quelques temps et enchaine ensuite avec ma rentrée. Les prochains chapitres se feront donc bien plus attendre que d'habitude. Si ça peut vous consoler, le prochain chapitre, bien que long à venir, lèvera le mystère sur ce qui est arrivé à Edward, bien que la plupart ait sans doute déjà deviné 

Profitez bien de vos derniers jours de vacance !