Enfin un nouveau chapitre ! Je sais, j'ai été longue. Mais je crains que le prochain chapitre soit encore plus long à venir ! Désolée, mais c'est que j'ai beaucoup de choses à faire et cette fanfic ne fait pas partie des priorités alors je suis condamnée à poster moins, mais j'espère pas moins bien Bonne lecture
Elle courrait, courrait … La douleur ne lui faisait en aucun cas oublier son but, sa destination. Il devait rester quelque chose. Il devait y avoir un indice, une preuve qu'il n'ait pas tout simplement disparu. Les larmes coulaient, brulant ses joues déjà rougies par l'effort. Quand elle se heurta à la ferraille qui cloisonnait l'entrée, elle stoppa net sa course. Quelque chose changea en elle. Et l'évidence la frappa de plein fouet : il n'était pas là. Prise de vertige, elle recula puis, finalement, poussa l'immense grille pour s'engouffrer dans le cimetière.
Elle n'avait aucune idée de l'endroit où son corps avait été enseveli. Elle avait cru pouvoir le retrouver facilement. Elle avait cru que son amour la guiderait. Ou du moins, le vent. Mais rien ne lui permettait de retrouver le nom de celui qu'elle cherchait. Elle déambula ainsi jusqu'au crépuscule. Puis elle lui apparut. Sur l'imposante plaque noire était gravé Edward Masen – 1990-2008 – Ta flamme ne s'éteindra jamais.
Horrifiée, elle laissa ses doigts glisser sur les lettres d'or. Pourquoi ? Pourquoi cette prison de marbre ? Pourquoi n'avait-il pas été inhumé comme ses ancêtres ? Pourquoi l'avait-on enfouit sous terre ? Rien, elle ne ressentait rien de ce qu'elle était venue chercher. Cette pierre ne réveillait en elle aucune émotion.
Elle s'allongea sur le tombeau. Quelques pétales séchés vinrent s'accrocher à ses cheveux. Etait-il réellement en dessous ? Elle en doutait fortement en ce moment. Persuadée alors qu'elle aurait pressenti la présence d'Edward qu'importe la situation.
5. Le vent l'emportera
« Tu te souviens quand on t'a retrouvée ?
Bella hocha la tête. Cette question lui permit au moins de sortir de ses pensées. Celles-ci étaient tout sauf agréables.
Allongée sur cette tombe, plus morte que vive. A peine sortie de l'hôpital !
Pourquoi tu me parles de ça ? Ce n'est même pas vous qui m'avez ramassée.
Si tu savais de quelle façon on nous l'a raconté !
Mais, je croyais que …
Pourquoi t'ais-je fais venir Bella ? Victoria recommence à faire des siennes.
C'est elle qui t'en a parlé ?
Elle était présente. Mais ce n'est pas tout. Il me semble que Leah t'en a déjà parlé. Il faut que tu surveilles Carlie.
Elle fronça les sourcils à l'évocation de sa sœur. Ainsi, elle avait vraiment des soucies avec le clan Volturi ?
James demande vengeance.
Vis-à-vis de qui ?
De nous, évidemment. Mais pour Victoria, ce n'est pas pareil. Victoria, c'est à toi qu'elle en veut.
Qu'est-ce qu'elle peut bien encore me faire ?
Ne fais pas l'idiote Bella. Il y a encore des choses en ce bas monde auxquelles tu tiens. Ne lui rends pas la tâche trop facile.
Tu crois qu'elle s'en prendrait à Carlie ?
Tu leur as enlevé un frère. Ce serait tellement simple de te rendre la pareille !
Bella serra les dents. Sam n'y était pas allé par quatre chemins. Pour lui, c'était claire, elle était coupable. En fermant les yeux, elle réalisa la véracité de ses propos.
Qu'est-ce que je peux faire ? Je suis si seule …
Jessica, qui depuis le début s'était tenue en retrait, s'avança alors.
On veut t'aider Bella.
Cette dernière ouvrit les yeux, ébahie. D'abord Leah, puis maintenant Sam. Les portes de la tribu Quileute lui étaient-elles de nouveau ouvertes ?
On ne va pas laisser les Volturi s'attaquer à une gosse. Elle n'est pas seulement ta sœur Bella, c'est Carlie.
La jeune femme sourit. Ah ! Le charme de Carlie ! C'est que son sourire avait même embobiné le chef de meute apparemment. Cette petite était magique.
Au fait, Emily t'attend mercredi aprèm'. Tu n'as pas le droit de refuser. »
Sans un quelconque salut, ils l'abandonnèrent devant les portes du lycée.
La seconde surprise de la semaine l'attendait devant le portail de son lycée, le lendemain. Là où, la veille, elle s'était entretenue avec Sam et Jessica, Jacob se dressait aux côtés de son imposante moto. Il souriait d'une façon menaçante aux élèves qui osaient le regarder avec un peu trop d'insistance. Elle discerna sans mal le regard appréciateur d'Angela sur son torse à peine vêtu. Cette réaction lui fit lever les yeux au ciel. Puis, voulant à tout prix éviter une nouvelle confrontation, elle se dissimula derrière la silhouette de sa camarade. Elle ne voulait surtout pas renouer contact avec ce garçon bien trop insistant pour son bien. Et puis, quelle idée de s'attarder ici ? Déjà qu'entre lui et l'école en général, c'était pas l'amour fou, alors entre lui et le lycée R ? Ce lycée de bourges comme il se plaisait lui-même à le rappeler.
Alors qu'elle pensait avoir passé sans encombre l'obstacle Jacob, elle se sentie happée par la manche. Une habitude un petit peu trop récurrente à son goût ces derniers temps. La grimace et le coup d'œil noir avec lesquels elle l'accueillit ne faisaient aucun mystère quand à sa piètre tentative de fuite.
« Tu essayais de m'échapper Bella ? demanda le jeune homme dans un rire – un aboiement plutôt, dirait Bella.
Comment t'as deviné ? rétorqua-t-elle avec sarcasme.
Magie, magie … (nda : … et vos idées, ont du géni ! désolée, je n'ai pas put m'en empêcher TT)
C'est cela …
Mais heureusement que je suis plus futé que toi, hein ?
Où irait le monde sinon ?
Je te l'demande !
Je peux savoir qui c'est ?
La question venait d'Angela. Ses yeux dévoraient littéralement le gitan du regard. Ce dernier, très fier de son effet, lui lança un clin d'œil amusé.
Je suis Jacob Black, mais les jolies filles ont le droit de m'appeler Jack.
Ah ! Moi c'est Angela Weber, mais tu peux m'appeler … euh … Angie ?
Bella dut se mordre les joues pour ne pas rire. Contente de cette opportunité, elle tenta une esquive. Mais c'était sans compter la populace féminine du lycée qui afflua autour d'eux. Vivant en parfaite autarcie depuis le début de l'année, elle se demanda un instant comment toutes ces filles pouvaient bien connaitre son prénom :
Salut Bella !
Tu nous présentes ?
C'est qui Bella ?
Quelle cachotière cette Bella !
Nous cacher son copain !
Qui aurait cru ça de Bella ?
C'est pas mon copain, marmotta l'intéressée. Ce regain de popularité ne lui plaisait - mais alors - pas du tout. Et elle comptait bien le faire savoir en bousculant les quelques harpies qui s'accrochaient à elle en couinant. Elle devait s'éloigner de cette foule. Elle ne voulait pas s'énerver.
Oh ! Allez Bella ! Tu peux leur dire qu'on s'aime à la folie !
Ne pas répondre … Ne pas répondre …
Tu ne m'as même pas embrassé !
Oh oui ! Ce serait trop mignon !
Elle se retourna brusquement. Elle devinait sans peine – malgré son apparence sérieuse – l'amusement du gitan.
Il est à moi, c'est vrai … Mais je suis disposée à partager. Je vous accorde un patin chacune. Amusez-vous bien !
Sur ce, elle partit en courant tandis que Jacob tentait vainement d'échapper à ses nouvelles admiratrices. Il pestait contre lui-même : il s'était encore fait avoir. Quand est-ce qu'il se déciderait à agir comme un homme un tant soit peu intelligent face à Bella ? A cette pensée, il repoussa brusquement la jeune fille qui lui léchait les lèvres pour enfourcher sa moto. Il priait pour qu'elle soit sur le chemin du retour. Il ne saurait la retrouver si elle optait pour un détour. C'est pourquoi, il rit tellement il fut soulagé de la voir tourner au coin de la rue. Certainement qu'elle avait pressenti sa présence.
Il sourit en s'imaginant sa petite Bella se perdre dans les rues juste pour le semer. Comme si elle pouvait rivaliser avec son engin ! Mais le feu rouge qui l'immobilisa lui fit perdre toute envie de plaisanter. Il ne devait pas la laisser s'enfuir. Il se concentra. Le feu vira vert. Satisfait, il poursuivit sa course. Il jura en comprenant qu'il aurait vraiment du mal à passer dans les petites ruelles. Et puis, elles étaient si nombreuses ! Bella pouvait être n'importe où !
Mais contrairement à ce qu'il pensait, elle n'était qu'à deux rues de lui. Elle savait qu'il comptait la rattraper. Le vent était revenu à elle. Il la guidait, comprenant parfaitement le risque que le garçon représentait. Elle sortit du quartier pour s'enfoncer au milieu des arbres qui entouraient la ville. Elle sentait sous ses pieds la pente s'élever. Elle comprit alors que les rafales la menaient vers la mer, vers les falaises. C'est alors qu'elle le vit. Cette silhouette ne pouvait que lui appartenir. Ses jambes refusèrent d'aller plus loin. Elle cligna des yeux, mécontente de voir ses rêves prendre une telle proportion. Puis elle entendit le bruit d'une moto. Elle quitta l'ombre des yeux. Quand elle voulut la retrouver, le mirage avait disparu.
Bella !
Calculant ses chances de survie, cette dernière comprit rapidement qu'elles seraient bien maigres si elle décidait de sauter par la falaise. Aussi, elle se résigna à affronter Jacob.
Mince Bella ! Tu veux ma mort ou quoi ?
Et toi ? Qu'est-ce que tu veux ?
Si tu savais …
Ses yeux, devenus anormalement noirs, plongèrent dans les siens. On pouvait y lire toute cette frustration qui l'avait poussé à grimper sur celle colline pour la retrouver. Bella sentit la tension monter. Elle connaissait ces moments. Elle les détestait. Elle détestait devoir lui dire non, encore et toujours, même maintenant, même après … Ses mains devenaient moites. Elle se sentit alors obligée de serrer les poings.
Pourquoi tu t'acharnes …
C'est moi qui m'acharne ?
Il avait raison, pensait la jeune fille. Ce serait si facile, pour une fois, de se laisser aller. D'essayer, au moins, d'être heureuse. Mais c'était plus fort qu'elle. Quelque chose, au plus profond de son être, lui criait qu'elle n'était pas à lui. Qu'elle appartenait à quelqu'un d'autre.
Bella …
Le jeune homme s'approchait avec hésitation. Il savait les risques que comportait le geste qu'il s'apprêtait à faire. Mais il était déterminé. Il y avait trop longtemps qu'il attendait. Il se pencha sur les lèvres de celle qui le rendait fou depuis déjà tant d'années. Il lui avait déjà révélé tant de fois son besoin de lui appartenir, ce besoin de la posséder. Mais la réponse avait toujours était la même. A chaque fois. Et lui se consumait d'amour tandis qu'elle dépérissait. Mais il y croyait tout de même, à leur histoire. Il se souvenait avec tant de netteté de leur première rencontre …
C'était l'été, et l'un de ses amis, Ben, lui avait emmenée une charmante demoiselle. A l'époque, il n'avait que 15 ans. La jeune fille avait un sourire étincelant et franc. Aucun secret ne se cachait derrière ses prunelles. C'étaient des yeux de fille amoureuse. Bella, qu'on lui avait dit, c'est Bella. Et elle avait secoué ses cheveux courts en riant pour se moquer de ses joues rouges. Il n'avait pu se contrôler. Il l'avait embrassé. Oh ! Rien de bien méchant. Une caresse, un frôlement, une promesse pour lui, une mauvaise plaisanterie pour elle. Puis Ben l'avait mis en garde. Garde chassée de Masen, comme qu'il disait.
Mais aujourd'hui, Masen n'était plus là, les Volturi n'avaient jamais voulu d'elle. Aujourd'hui, ce serait plus qu'une promesse, ce serait un projet !
Voilà à quoi pensait Jacob Black quand il mit ses mains sur les hanches de la jeune fille pour l'embrasser. La passion qu'il y mit fit tituber Bella. Elle ne pouvait empêcher cette volonté de feu de franchir ses lèvres pour la goûter avec délice, avec chaleur et envie. La fièvre monta en elle. Ses mains tremblèrent, et son côté le plus sombre prit le dessus. En échos avec les battements de son cœur, elle sentit une pulsion bien plus puissante, bien plus dangereuse. La vague d'énergie qui s'en échappa propulsa Jacob loin de celle qu'il dévorait quelques secondes plus tôt.
Quand il se redressa pour lever les yeux, il la contempla. Elle s'était élevée dans les airs, les cheveux dans le vent et les lèvres gonflées de plaisir. Mais la passion qui habitait le vert de ses yeux n'était pas pour lui. Car ce n'était plus Bella, mais sa magie qui étincelait derrière ce regard de braise. Il se sentit alors attiré par cette invitation au combat. Il s'envola pour la rejoindre, ses flammes l'entourant dans une étreinte géante.
Ils avaient déjà fait ça des dizaines de fois. De vraies parties de plaisir, toujours. Jacob aimait comme leurs éléments se cherchaient, se retrouvaient pour ensuite se confronter. Dans ces moments là, ils n'entendaient rien d'autre que leurs cœurs battant. Le jeune homme affichait un sourire en coin. Il savait qu'elle ferait en sorte de le lui faire ravaler. C'était le but de sa manœuvre. Quand il bondit sur elle, elle disparut dans un courant d'air. Il se retourna vivement, sachant qu'elle tenterait de le surprendre. Mais c'était peine perdue. Ils se connaissaient trop bien. Elle esquiva sans mal la boule de feu qu'il avait créée dans le but de lui roussir les sourcils. Pour le lui faire regretter, elle le pénétra tel un courant d'air glacial. Il sentit sa flamme s'éteindre.
Il se dilua, devenant fumée. S'ensuivit alors une course poursuite. La vitesse était enivrante, leurs cœurs donnaient le rythme. C'est sans hésitation qu'ils pénétrèrent dans la ville, telle une vibration dans l'air. Ils s'engouffrèrent dans les ruelles, plongèrent dans les caniveaux, rejoignirent les chemins de fer, évitèrent un train … Tout ceci dans un combat silencieux et libérateur. Jacob suivit Bella au cœur de la forêt sans même y penser. Il voulait la rattraper, il voulait, pour une fois, prendre le dessus. Il était surpris de voir, malgré ce qu'avait affirmé Emily, à quel point la magie de la jeune fille avait repris de sa puissance.
Bella aussi le sentait, ce pouvoir qui émanait d'elle et qui lui permettait d'échapper avec fluidité à ce prédateur transis d'amour. Elle se souvenait de ces jeux qu'elle entreprenait avec lui autrefois. Mais aujourd'hui, elle ne jouait pas. Elle ne comptait en aucun cas se laisser rattraper. Le sentait-il ? Avait-il conscience de cette urgence qu'elle mettait dans cette fuite effrénée ? L'odeur de bruler qui se dégageait de son essence transpirait l'amusement et la satisfaction. Sans le vouloir, elle s'était laissée prendre au piège. Contrariée, elle le refoula d'une rafale. C'est sans surprise qu'elle le vit riposter. Elle allait éteindre les flammes quand un murmure la sortie de sa concentration. Le vent l'abandonna. Elle atterrit lourdement sur le sol mousseaux de la forêt. Elle se redressa, cherchant du regard le propriétaire de cette voix aux intonations à la fois trop familières et trop mystiques pour être autre chose que le fruit de son imagination.
Jacob la rejoignit avec bien plus de grâce qu'elle. Il avait pris son abandon pour de l'acceptation. Bella remarqua avec horreur le bonheur avec lequel ses yeux scintillaient. Ce qui allait suivre était inévitable. Comment pouvait-elle ignorer cet élan de passion ? Il lui brulait déjà les lèvres alors qu'il se trouvait de l'autre côté de la clairière. Son pas était conquérant. De nouveau, il se pencha sur elle pour lui dérober la bouche, puis sa chaleur, jusqu'à ce qu'elle comprenne qu'elle devait lui être liée, à jamais …
Mais les fantômes de la jeune fille furent plus forts que l'amour de Jacob. Car derrière son imposante silhouette, un homme les observait avec tristesse et chagrin. Ses traits, bien que parfaits, étaient tordus par la douleur. Sa peau, étrangement blanche, contrastait avec le rouge de ses lèvres et le bronze de ses cheveux. Bella le vit. Crut le reconnaitre. Puis elle croisa ses yeux. Des yeux noirs, cerclaient d'une ligne or. - L'image d'une éclipse complète lui vint à l'esprit. - Des yeux qu'elle ne connaissait pas. Elle ferma les paupières. Les rouvrit. Son fantôme avait disparu.
Mais le malaise, lui, persistait. Elle se dégagea de l'étreinte du gitan. Puis elle pleura. Les larmes coulaient, à peine si elle s'en apercevait. Elle ne savait que dire, que faire. S'enfuir, se laisser couler dans la douce chaleur de Jacob ? Rester muette, les bras ballants, le chagrin se frayant un chemin jusqu'à ses lèvres. Brisée par le regard indécis et rempli de désir du jeune homme, elle ferma les yeux, bien déterminée à ne plus jamais les rouvrir. Puis il parla :
Tu sais où me trouver. Je te reverrai demain de toute façon. Tu dois oublier le passer Bella. Tu as le droit d'être heureuse. Au moins, fais le pour moi.
Ses paroles étaient décousues, comme s'il ne savait que dire en premier, comment, s'il devait développer. Mais Bella comprenait. Elle comprenait la teneur de chaque mot. Elle comprenait que la prochaine fois, il sera en quête, plus que jamais, d'un geste, d'un mot qui traduiraient son accord, la baisse de ses défenses. Mais Bella savait, aussi, qu'elle n'était pas prête. Elle allait le lui faire savoir quand elle s'aperçut de son absence. Jacob était parti. Et pourtant, elle n'était pas seule. Un souffle, à la base de sa nuque, la fit frissonner.
Elle était assise avec lui, contre lui. La pirogue les menait là où personne ne le verrait. Elle connaissait les règles. Elle connaissait les risques. Mais elle s'était très vite rendu compte de ses limites. Jamais elle ne pourrait devenir une Volturi. Et pourtant, si au moins, elle pouvait être sienne. Leur amitié avait été condamnée par tous. On la traitait comme étant la recrute Quileute. La petite qui était parvenue à s'attacher la tribu. Et pourtant, ce n'était pas chez eux qu'elle sentait son cœur battre la chamade. Ce n'était pas sur leurs pirogues qu'elle avait connu ses meilleures nuits. C'était ici, au milieu du fleuve, avec lui.
Un souffle, à la base de sa nuque, la fit frissonner. Elle se maudit pour ce reflexe révélateur. Elle ne voulait en aucun cas se trahir. S'il savait, qui sait ce qu'il adviendrait de leur amitié ? Elle se re-concentra sur la pagaie qu'elle tentait avec maladresse de manier à peu près convenablement. Puis ce fut plus qu'un souffle, ce fut un frôlement. La chaleur qui s'en dégagea ne laissait aucun doute quand au fait que cette caresse se révélait en fait être un baiser. La fièvre monta en elle, et ses doigts lâchèrent la pagaie tant ils tremblèrent. L'étreinte continua, jusqu'à ce que ces lèvres inquisitrices atteignent son cou, puis sa clavicule. Haletante, elle n'y pensa même pas quand sa bouche emprisonna celle d'Edward Masen.
Mais ce souffle là, qui avait déclenché en elle cette même réaction, ne contenait pas la chaleur qui l'avait fait sombrer deux ans plus tôt. L'odeur la frappa. Elle lui rappelait la mousse, la pierre, la pluie, la rivière … Un visage s'imposa dans son esprit. Curieusement, à la place de ces deux prunelles vertes qui l'avaient aimée, c'étaient deux onyx qui la vrillaient du regard. Elle se retourna brusquement. Rien, la clairière était vide. L'odeur avait disparue. Le frisson aussi. Elle se laissa tomber au sol, plus consciente que jamais de sa solitude. Elle se roula en boule, égarée et malheureuse. Elle tentait désespérément de chasser le souvenir de ce qui, autrefois, faisait d'elle l'adolescente la plus heureuse sur terre. Mais les flashs la narguaient, la provoquaient, testaient sans relâche ni merci ses limites. Elle craqua. Avant de sombrer, elle entendit nettement le bruit de la pierre qui explose.
Quand elle reprit connaissance, elle constata ne pas avoir bougé. Puis, elle remarqua les fragments de pierre autour d'elle, ainsi que les troncs d'arbre brisés. Elle gémit, effrayée par elle-même. Elle ne contrôlait plus rien, elle ne pouvait se voiler la face plus longtemps. Elle devait reprendre les choses en main. Tant pis pour ce vide en elle, tant pis si toute sa vie elle devrait vivre avec ce fardeau. Mais jamais elle ne se permettrait une nouvelle bavure. Elle se releva, défaite mais déterminée. Avec mélancolie, elle contempla son œuvre et se désola de ne pouvoir réparer ce qu'elle brisait. Si seulement …
Chez elle, elle se fit cueillir par une mère songeuse et inquiète. Il était plus de minuit et Bella devina sans mal que Renée se demandait si ses escapades nocturnes allaient recommencer. Elle ricana intérieurement quand elle constata n'avoir personne pour l'attendre à cette heure de la nuit. Non chère mère, pensa la jeune fille, rien ne recommencera jamais. Se torturant les doigts, Renée hésitait à faire une remarque. Finalement, elle se sentit obligée de l'interroger :
« Tu n'as pas répondu quand je t'ai appelé.
Bella extirpa de sa poche le Motorola qui lui servait que trop rarement ces temps derniers.
Désolée, il était éteint. Je ferais attention la prochaine fois.
La prochaine fois …
Ce soir était exceptionnel, ne t'inquiète pas. Bonne nuit maman. »
La nuit fut pire que jamais. Cette fois, ses rêves étaient peuplés de créatures à la peau translucide et aux yeux noirs. C'est avec soulagement qu'elle vit le soleil se lever. Sa matinée de cours fila à toute vitesse, au grand damne de Bella qui n'était pas pressée de retrouver les Quileute. Après tout, malgré ce que disaient Sam et Emily, la tribu pouvait très bien ne pas lui avoir pardonnée. Impossible, se rassura la jeune fille. Si Sam a passé l'éponge, alors les autres ne peuvent faire autrement. C'est donc pleine d'incertitudes qu'elle se dirigea vers la Push.
Comme elle s'y attendait, l'accueil ne fut pas des plus chaleureux. Mais au moins, personne ne lui cracha au visage. Les enfants, eux, ignorant la raison de son rejet, se jetèrent sur elle pour s'accrocher à ses jambes. Elle rigola avec eux, heureuse de les revoir. Mais chacun se fit très vite rappeler par leur mère respective. Quelqu'un d'autre vint alors lui courir dans les jambes.
« Indie ! Calme-toi ! Je n'ai pas emmené Pirate avec moi, tu m'en veux pas trop ? Oui, je sais, ça fait longtemps que tu ne l'as pas vu …
Tu parles toujours aux bêtes à ce que je vois, rigola Emily.
Je n'ai jamais été comprise que par eux ! soupira Bella sur un ton mélodramatique.
On se demande pourquoi …
La concernée ne releva pas. Elle était plutôt pressée d'en finir.
Alors ? Doit-on tout recommencer du début ?
Jack m'a dit que t'étais au top de ta forme – Bella grimaça. C'est de contrôle dont tu as besoin. C'est sur ça que l'on va travailler. Uniquement sur ça. Pas la peine d'aiguiser une lame que l'on ne sait manier.
La jeune femme comprit l'allusion. C'est sans commentaire superflue qu'Emily la guida entre les arbres.
Bien, alors voilà ce que je propose. Premièrement, pas de Jacob.
Son regard transperça de part en part une Bella qui se sentait plus que pitoyable : Jacob avait parlé de leur petite altercation de la veille avec Emily.
Ici, il n'y a rien d'autres que toi. Je ne veux même pas que tu penses à Carlie. Même si c'est pour elle que tu es ici. Tu peux faire ça ?
La jeune fille hocha la tête, jugeant ce petit discours tout à fait ridicule.
Tu te rappelle des limites ? Tu imagines bien que, si cette fois tu les enfreints, les choses ne se passeront pas comme autrefois. Tu n'es plus qu'une tueuse pour eux maintenant Bella. Il faut que tu gardes ça en tête.
Cette fois, ce n'était pas du mépris qu'elle ressentit, mais de la douleur. C'est vrai qu'avant, lors de ses entrainements, les limites du territoire étaient floues pour elle. De toute façon, elle avait la permission d'Edward, le reste des Volturi ne pouvaient rien tenter contre elle. Mais aujourd'hui, Edward n'était plus là. Elle se devait de faire attention.
Bon, je veux qu'aujourd'hui on travaille de façon zen. Je ne veux pas d'explosions ou de tornades. Au contraire, tu vas me créer une atmosphère paisible et rassurante.
Et c'est ainsi que Bella réapprit à modifier le climat, à ralentir le vent … Ces derniers temps, elle avait oublié sa capacité à faire le bien.
Ton bouclier défensif fonctionne toujours ?
Je … je ne suis pas sure.
Bon, attends, j'appelle du renfort.
Très vite, Emily pianota un texto. Ce n'est que cinq minutes plus tard que Bella découvrit l'identité du destinataire. Automatiquement, l'air se troubla, les feuilles sur les arbres remuèrent.
N'oublie pas, prévint Emily qui avait sentit l'urgence, il n'y a que toi. Jacob n'est pas là. Ce n'est qu'un cobaye.
Et pourtant. C'était bien lui, et elle le ressentait dans chacun de ses pores. Ce baiser, cette gêne, cette chaleur et ce regret, elle ne pouvait jouer avec lui.
Jacob, attaque-la. Je veux voir si elle peut toujours activer son bouclier.
Le gitan hésita. Les grands yeux de Bella étaient affolés. Sa lèvre inférieure tremblait et son teint virait au violet. Elle n'était pas prête, c'était évident.
Jacob … insista Emily.
Je vais la blesser.
Pas si elle se protège.
Elle n'en a pas envie.
Emily se pinça les lèvres.
Bella, je t'assure que si tu donnes raison à Jacob … - Bella haussa le sourcil – je t'enferme dans la maison d'harmonie* !
Les yeux de la jeune fille s'agrandirent un peu plus. Puis elle se mit à rire. C'était nerveux et saccadé. Mais c'était suffisant. Jacob et Emily rirent avec elle. Tous se rappelaient encore les soirées Halloween passées devant la télévision à regarder La famille Adams. A l'époque, elle n'avait que 15 ans, deux ans seulement de plus que Carlie.
Jacob comprit la lueur de malice dans les prunelles de sa belle sœur. Une langue de feu vint attaquer celle qu'il ne pouvait oublier. Surprise, cette dernière s'échappa. Le vide l'avait remplacé. Emily et Jacob étaient désormais seuls.
Le vent l'emportera, laissa échapper la gitane d'une voix monocorde.
Ca reviendra.
Elle n'est pas assez forte.
C'est toi son mentor, si elle n'y arrive pas, c'est de ta faute.
Arrête de prendre sans arrêt sa défense. Elle possède une alternative, elle ! Elle pourrait éviter les catastrophes naturelles pour simplement protéger les gens.
Arrête de croire que c'est simple.
Elle s'est enfuie.
Elle finira bien par revenir. Elle a peur, c'est tout.
C'est elle la bombe. Nous avons tous peur.
Elle n'était que courant d'air. Et cette libération était telle, qu'elle n'avait pu se résoudre à reprendre forme humaine. Elle avait conscience de son échec. Elle avait utilisé le vent au lieu de se protéger avec le bouclier. Pourquoi ? Avant, c'était automatique ! Elle ne saurait dire quand le vent avait commencé à prendre le dessus. Le bonheur la rendait aveugle autrefois. Désormais qu'elle y voyait claire, il était trop tard.
*La maison d'harmonie est une maison, dans un camp de vacance où les rejetons Adams passent leurs vacances, où les enfants sont enfermés quand ils ne sont pas sages. Elle a pour soi-disant vertu de rendre les gens aimables. C'est une maison effroyable avec des peluche de partout, des posters de bisousnours (et de Michael Jackson) et où on passe en boucle la Mélodie du bonheur.
