Salut à tous ! :)
Je suis désolée pour le retard ! Ma santé m'a de nouveau joué des tour... je vais mieux mais je suis extrêmement fatiguée. Pour le moment, je ne parviens plus à écrire mais je ne compte pas abandonner cette histoire.
Je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre !
Les personnages de la série The 100 ne m'appartiennent pas, seule l'histoire est à moi.
Je remercie tout particulièrement MaraCapucin d'avoir accepté d'être ma bêta et de relire chaque chapitre de cette fiction pour que la lecture vous soit plus agréable.
Je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas ! :)
Ne me regarde pas
Partie n° 4 : Injustice des têtes coupées
C'est l'histoire d'un homme
Au cœur de bois
La mer est calme
Sous l'écran de la caméra
Comme une ampoule électrique grillée
Dans un seau d'eau
CocoRosie - The Sea Is Calm
Chapitre 79 : Kirsiktardin Ati Jok
Pour elle, les cauchemars se finissaient toujours de la même façon : par un prénom hurler, un réveil brusque, une respiration haletante et finalement le souvenir de cette personne qui s'imposait et apaisait tout.
Pour lui, c'était différent. Il n'avait pas de cauchemar. Il ressentait exactement la même chose qu'elle sans pouvoir le vivre. Pourtant, le plus frustrant restait d'ignorer qui était cette personne qu'elle finissait toujours par appeler et qui à chaque fois, parvenait sans même être présent à la rassurer.
Un jour, je me suis réveillé sans savoir où je me trouvais. J'aurais dû être effrayé pourtant ce n'était pas le cas. J'étais étrangement apaisé.
Et puis, je me suis rendu compte que j'étais seul.
Je n'avais jamais été seul, du moins pas que je m'en souvienne.
Je ne saurais dire si j'ai été effrayé ou dévasté par un autre sentiment qui aurait pu découdre toute ma raison. Il n'y a qu'une constance qui m'habitait. Je voulais la trouver, elle. Lyria. Pourtant, malgré tous mes efforts, je ne l'ai trouvé nul part.
C'était complètement insensé. Elle ne pouvait pas être loin. C'était tout simplement impossible. Après tout, nous n'étions plus qu'un seul et unique être, condamnés à ne partager qu'un seul corps jusqu'à la fin de nos vies.
Une condamnation... à ce moment déjà, je n'étais plus certain de voir notre cohabitation de la sorte. Après tout, c'est moi qui ai choisi Lyria. J'aurai tout aussi bien pu la laisser mourir avec les autres. Oui, j'aurai dû... mais je n'ai pas pu. Pour la simple et bonne raison que dès le jour de sa naissance, je me suis sentie irrémédiablement attiré vers elle.
Sa différence avec les autres Pyrias m'a complètement subjuguée. Je serai bien incapable de l'expliquer parce qu'alors j'étais encore morcelé dans des centaines de corps différents, piégé et comme endormie. Et pourtant, dès qu'elle apparaissait sous les yeux de l'une de ses femmes dont le corps était devenu ma prison, je ne voyais qu'elle.
Aujourd'hui, nous ne sommes plus que tous les deux et c'est inexplicablement apaisant. Sa gentillesse, sa patience et son sourire m'apaisent. J'ai retrouvé lentement ma propre conscience. J'apprends de nouveaux sentiments, à être moi-même. J'ignorais que j'étais même capable de ressentir des choses. Mais plus je passe de temps tapi dans son corps, plus je me sens heureux, pas seulement parce que je suis de nouveau entier mais parce que Lyria a pris rapidement conscience de ma présence et que depuis, elle m'implique dans les décisions importantes, elle me parle... beaucoup.
Aucune Pyria ne m'avait jamais parlé avant elle.
Aucune ne m'avait demandé mon nom.
Je n'ai pas de nom.
Je ne suis rien d'autre qu'une calamité qui a été dissociée de son propre corps parce que trop dangereux.
Je ne suis personne.
Et pourtant, chaque jour, elle s'acharnait à me poser cette même question : "Comment tu t'appelles ?"
-Tu es revenu.
Cette voix, je la reconnaîtrais entre toutes. J'ai encore été éjecté du corps de Lyria. Je me retourne lentement vers Soraya et lui sourit doucement. Elle m'a manqué. Je n'aime pas être loin d'elle. Mais quand je suis avec Soraya, Lyria est loin. J'ai toujours été déchiré entre elles. Je lui tends doucement la main et avant qu'elle ne glisse ses doigts entre les miens, je me souviens de notre première rencontre.
Soraya n'était alors qu'une enfant, pas plus âgée que Lyria, d'une certaine manière que moi. Il pleuvait ce jour-là, beaucoup. Je ne l'ai pas vu tout de suite parce que je n'arrivais pas à comprendre où j'étais et comment j'étais parvenu à me détacher de Lyria.
J'étais encore particulièrement primitif et pourtant, dès les premiers mots de Soraya, les choses ont changé. J'ai eu envie d'évoluer, de changer pour apprendre à la connaître. Cette réaction était certes absurde mais je n'ai pas lutté pour changer quoi que ce soit.
Je me souviens de son grand sourire alors que la pluie dégoulinait sur son visage, des bottes jaunes en caoutchouc qu'elle portait à ses pieds et surtout de sa voix quand elle m'a demandé à son tour, comment je m'appelais. J'ai rarement été à ce point reconnaissant envers Lyria de m'avoir donné un nom que ce jour-là. Je l'ai à peine prononcé que Soraya a pris ma main pour me tirer derrière elle, je me suis mis à courir avec les autres enfants.
Pour la première fois de ma vie, j'ai joué. Je me suis amusé. Je me suis senti libre.
Aujourd'hui cette main dans la mienne me procure encore ces mêmes sensations, c'est grisant. Je lui souris, elle en fait de même. Je suis vraiment heureux de la revoir. J'ai l'étrange sensation que lorsque je suis loin d'elle, le temps s'étire différemment. Tout est plus long et triste. Elle me manque.
-Tu t'es absenté bien plus longtemps que d'habitude, dit-elle tout doucement.
-Je suis désolé, je réponds en l'attirant vers moi pour la prendre doucement dans mes bras. Je voudrais ne jamais te quitter.
-C'est faux, elle rit doucement. Parce qu'il y a Lyria, elle murmure à peine.
-Je suis désolé.
-Tu passes beaucoup trop de temps à t'excuser, s'insurge-t-elle en se détachant de mes bras, pour me frapper le haut du torse. Je décrète que durant le peu de temps que nous passons ensemble, tu n'en as pas le droit !
-Soraya, je la sermonne, non sans un sourire.
-Je suis sérieuse ! Si tu t'excuses encore, rien qu'une seule fois tu devras exhausser un de mes vœux !
-Un de tes vœux, je demande perplexe.
-Un de mes vœux, elle répète avec un grand sourire. Tu devrais te méfier, je sais ce dont tu es capable, je pourrais te demander quelque chose de complètement insensé.
-Tu pourrais, je souris.
-Et tu ne dirais pas non, elle complète. Tu ne me refuses jamais rien.
-Parfois, j'essaye mais tu es...
-... difficilement contrôlable ?
-Quelque chose comme ça, je souris comme un idiot, oui.
Soraya secoue doucement la tête de droite à gauche en riant. Je l'observe en silence comme pour graver ce moment dans ma mémoire à jamais. J'ai tellement de souvenirs d'elle. Je ne pense pas en avoir besoin de plus. Et pourtant, je ne peux pas m'en empêcher parce que lorsque je suis près d'elle, je suis véritablement heureux, encore plus que lorsque je suis avec Lyria.
Il m'a fallu beaucoup de temps pour comprendre ce que je ressentais. Les sentiments sont tellement complexes et incertains. J'ai fini par parvenir à mettre des mots sur mes émotions même si je ne les ai encore jamais prononcés. Je l'aime. J'aime Soraya.
Je l'ai finalement compris en observant plus attentivement Lyria et Leith.
J'ignore si j'aurai un jour le courage d'avouer à Soraya que mon cœur bat pour elle. Je ne sais même pas si j'en ai le droit. Elle est humaine et je suis... je suis... j'inspire profondément, qu'importe à quel point j'ai changé au contact de Lyria. Je reste une calamité, même après tout ce temps.
Quelqu'un appelle Soraya par son nom de famille. J'éloigne aussitôt mes pensées pour me concentrer uniquement sur elle. Je passe déjà très peu de temps en sa présence, je préférais profiter de chaque seconde et éviter de me lamenter sur ma propre existence. Je me tourne pour repérer celui qui interpelle mon amie. Je fronce légèrement les sourcils quand je remarque son regard sur moi. Je n'aime pas du tout la façon dont il se permet de me toiser. Je ne lui ai rien fait. Il n'a aucune raison de se permettre d'agir ainsi. Je serre mon poing le plus fort possible afin de garder mon calme.
Si je suis loin de Lyria, je ne dois faire aucune vague. Le moindre débordement créerait à coup sûr une catastrophe, dont je ne veux pas être responsable et surtout dont je ne veux pas que Soraya soit témoin. Elle a déjà vu la plupart de mes mauvais côtés pourtant, je préfèrerai éviter de lui en montrer plus.
-Je n'avais pas remarqué que tu étais sur ton lieu de travail, je l'informe avant que son collègue ne nous rejoigne. J'espère que je ne vais pas t'attirer d'ennuis.
-Certainement pas, elle sourit sans réelle raison. Je te félicite.
-De quoi, je demande complètement perdu, d'avoir ignoré que tu étais à l'hôpital ? Il n'y a pas de quoi être félicité. Je suis distrait. Je devrais faire plus attention.
-Tu ne t'ai pas excusé, elle rit doucement, c'est une avancée majeure !
Je souris un peu plus. J'ai parfois du mal à comprendre comment elle peut s'amuser de si petite chose. Pourtant, à chaque fois, je trouve que c'est terriblement rafraîchissant. Je l'observe avec un peu plus d'attention. A cet instant, Soraya est particulièrement belle. Ce moment, comme bien d'autres, je refuse de l'oublier. Il m'appartient.
-Narayan, dit-il bien trop fort une fois arrivé près de nous. Tu as disparu subitement sans rien dire. Qui est-ce ? Je peux t'aider, je retiens une grimace à cette demande, je doute qu'il puisse faire quoi que ce soit contre moi, s'il t'importune tu n'as qu'un mot à dire.
Je le toise avec certainement un peu trop d'animosité. J'apprécie de moins en moins son comportement. Ignore-t-il que Soraya est parfaitement capable de se débrouiller seule ? Je l'ai entrainé moi-même, à un peu près tous les sports de combats connus des humains. Elle n'a pas besoin de lui !
Il m'agace ! Pourquoi je me sens à ce point irrité par ce petit personnage insignifiant.
-Je me demande ce que tu comptes faire au juste Charles, la situation amuse Soraya, je l'entends parfaitement dans sa façon de répondre. Tu ne sais rien de lui. En psychiatrie, personne ne t'a appris à analyser une situation avant d'agir ? K. n'est pas une menace, elle se rapproche assez pour me prendre doucement la main. C'est mon meilleur ami. Et, elle plisse son nez tout en exécutant une grimace que je trouve adorable, désolée de te décevoir mais si tu devais en venir aux mains avec lui, K. t'étalerait en moins de temps qu'il ne faut pour le dire.
-Ton meilleur ami, répète-t-il incrédule en continuant de me dévisager. Tu restes toujours seule.
-Parce que je suis habituée à la perfection, elle me fait un clin d'œil, et quand il n'est pas là, je n'ai absolument pas envie de m'amuser.
-C'est stupide, je grogne.
-Si tu oses dire que ma vie ne tourne pas autour de toi, je te frappe tellement fort que tu ne pourras jamais le cacher à Lyria. Jamais !
J'écarquille les yeux, réellement inquiet. Je doute qu'il s'agisse de parole en l'air. Elle serait vraiment capable d'en venir à me frapper et comme je suis celui qui l'a entraîné, je risque d'avoir mal, très mal.
-Je ne dirais rien, je soupire.
-Que de progrès en une seule journée, elle s'esclaffe. Je suis fière de toi !
-N'importe quoi, je marmonne alors que mes joues s'échauffent dangereusement.
-Tu seras méconnaissable à ton retour.
-Donc, l'intervention de Charles, me rappelle subitement sa présence, je l'avais presque oublié, je suppose que tu déjeunes avec ton ami et plus avec nous.
-Je n'avais pas prévu de manger avec vous de toute façon.
-Soraya, je la gronde.
-Quoi ? C'est vrai.
-Il faut que tu manges, je lui rappelle.
-Et je le fais. Seule.
-C'est stupide, je ne peux m'empêcher de souligner.
-Ce n'est tout de même pas ma faute si tout le monde me semble complètement insignifiant, hormis toi. Il fallait être moins exceptionnelle K.
-Je vais l'être, dis-moi juste comment faire !
-Trop tard ! Près de quinze ans trop tard !
-Soraya...
-Et puis, son sourire devient vertigineux, tu ne peux pas arrêter d'être toi.
-Hum, je me contente de hausser les épaules tristement.
-Ce qui est une bonne chose, tu es exceptionnel K.
-Ce n'est pas le mot qui me viendrait à l'esprit.
-Tu l'es forcément pour être mon ami depuis aussi longtemps, non ?
-Narayan, reprend notre invité involontaire, tu...
-C'est bon Charles, elle le chasse d'un geste de la main, tu peux y aller. Je ne suis en rien une demoiselle en détresse ! Bye !
Le jeune homme paraît outré par cette conclusion. Je souris bien malgré moi. S'il se fait surprendre par ce genre de chose, c'est qu'il est loin de connaître Soraya. Si c'était le cas, il saurait que jamais elle ne dit ou fait ce que la majorité attend d'elle. Jamais.
En revanche, j'ignore si elle se comporte de cette façon parce que nous nous sommes rencontrés et que j'ai fait imploser son monde de normalité ou si elle était déjà sans filtre.
Je ne réagis pas tout de suite quand elle prend ma main et nous éloigne de l'opportun. Il faut que je me retrouve assis sur un muret avec un sandwich que je n'ai pas choisi entre mes mains pour réaliser que nous sommes de nouveau seuls.
-Tu as la tête ailleurs K., remarque-t-elle sans mal. Tu as des soucis ? Lyria va bien j'espère.
-Parfois, je resserre mes doigts contre le repas que je ne vais de toute façon pas manger, je me demande qui de toi ou moi s'inquiète le plus pour elle.
-C'est toi, évidemment.
-Tu me demandes toujours comment elle va.
-Parce que Lyria est importante pour toi.
-Mais tu ne la connais même pas.
-Et alors ? Je te connais toi. Dois-je vraiment te rappeler qu'au début tu n'avais qu'un seul sujet de conversation : Lyria, Lyria, Lyria ! Oh... je dois oublier quelque chose... hum... évidemment : Lyria !
-Parce qu'avant de te rencontrer, Lyria était la seule chose bien qui me soit arrivé. Je ne serais pas... moi, sans elle.
-Et c'est pour cette raison que je m'inquiète pour elle. Donc, elle croise mon regard et sans la moindre raison, ce mécanisme étrange qui continue de me servir de cœur s'accélère, comment va Lyria ?
-Je ne sais pas.
-Tu ne sais pas, elle répète perplexe. J'ignorais même qu'il était possible que tu puisses ignorer comment se porte Lyria.
-Je sais, je soupire en m'allongeant lentement sur le muret, c'est terriblement frustrant !
-Il s'est passé quelque chose ? C'est pour cette raison que tu as été absent plus longtemps ?
-Elle, je place ma main devant mes yeux quelque peu éblouit, elle a fait quelque chose de très dangereux et depuis, je me redresse lentement en passant nerveusement une main dans mes cheveux, quelque chose à changer. Je ne saurais dire quoi exactement pourtant, je la sens plus distante.
-Mais, Soraya réfléchit intensément, vous êtes toujours indissociable, non ?
-En effet.
-Donc, il ne te suffit pas de juste... lire en elle ? Je suis loin d'être une experte après tout, je ne suis qu'humaine mais ce n'est pas de cette façon que votre lien fonctionne ?
Je réfléchis un moment à la vision de Soraya sur mon lien avec Lyria. Je n'ai pas une fois forcé les choses avec Lyria. C'est toujours elle qui vient vers moi. C'est elle qui me pousse à évoluer, qui m'a appris la confiance. Alors si je cherchais à forcer les choses, ce serait une forme de trahison, non ?
-K., j'ai dit quelque chose de mal ?
-Non, je secoue doucement la tête. Non, je répète tout doucement. Je réfléchissais, c'est tout. Voilà ma réponse : je ne peux pas forcer les choses.
-Même si elle vous met en danger, demande-t-elle inquiète. Je... je ne voudrais pas te perdre.
-Lyria ne nous mettrait jamais en danger, je réponds sans la moindre hésitation
-Tu en es certain ?
Je souris, quelque peu attendri par son inquiétude. Je ne saurai dire quand exactement ce genre de petites choses ont commencé à me toucher. Pourtant, c'est le cas et c'est de plus en plus fréquent.
Le temps que j'ai passé loin de Soraya lorsque Lyria n'était pas anhseubnida m'a paru interminable. Je sais quel sentiment m'a envahi durant cette longue période. Je le sais parce que Lyria m'a appris à reconnaître ce genre de chose. Encore un point sur lequel je lui dois toute ma reconnaissance.
Le manque. C'était le manque.
-K., la main de Soraya passe vivement devant mes yeux.
-Tu m'as manqué, je souffle à peine en saisissant doucement son poignet au passage.
-Toi aussi, elle répond sans la moindre hésitation et avec un grand sourire. Mais je t'ai posé une question et j'attends une réponse.
-Oui, je me rapproche, peut-être un peu trop, nos nez se touchent presque, j'en suis certain. Lyria ne nous mettrait jamais en danger.
-Dans ce cas, je suis rassurée.
Soraya glisse sa main dans la mienne. Je baisse les yeux à peine une seconde pour tenter de comprendre comment ce simple geste peut provoquer un tel carnage intérieur. Mon regard ne la quitte pas longtemps, j'en suis certain et pourtant, je me laisse surprendre quand son front vient se déposer lentement contre le miens. Je tente de me redresser, non pas que le geste me dérange bien au contraire, seulement... seulement... seulement, je suis encore une fois ébranlé par ce qu'un simple contact physique est capable de me faire ressentir. Mais je n'ai pas le temps de faire quoi que ce soit, Soraya m'entoure déjà de ses bras. Elle me sert contre elle et j'entends parfaitement son cœur battre aussi fort que le miens.
-Je déteste vraiment quand tu dois disparaître.
-Je suis désolé, je murmure.
-Tu viens de t'excuser, ses doigts se resserrent un peu plus sur le tissu de mon pull. Tu vas devoir exaucer un de mes vœux K.
-Tu as raison. J'ai oublié cette interdiction pendant un moment. Alors quel est ton vœu ?
-Là, tout de suite, j'ai la sensation qu'elle me sert encore plus fort, rien que tu ne puisses réaliser. Je vais devoir y réfléchir.
-Je pensais que tu aurais déjà plus de cent idées en tête, je me moque gentiment. Tu fais des listes pour tout et n'importe quoi mais pas pour réaliser tes vœux alors que tu sais que j'ai des pouvoirs incommensurables ?
-Arrête tout de suite de te vanter de ce genre de chose devant la pauvre humaine que je suis !
-Est-ce que tu veux me pousser à m'excuser une seconde fois pour obtenir un vœu de plus ?
-Evidemment !
Soraya me repousse si brusquement que j'ai de la peine à rester parfaitement stable. Elle se remet sur ses pieds avec tout autant d'énergie et s'éloigne en trombe du muret sur lequel nous étions installés. Un sourire se dessine sur mes lèvres. C'est plus fort que moi. A chaque fois qu'elle réagit de la sorte, j'ai envie de rire aux éclats. J'en ignore la raison mais son sale caractère m'apaise.
-Tu devrais le savoir depuis le temps, elle se retourne vivement alors que je viens à peine de me remettre debout, je suis une vile tricheuse, tous les coups sont permis pour gagner !
-Je ne risque pas d'oublier.
-Tant mieux, grogne-t-elle. Allons au parc, j'ai envie de faire de la balançoire !
-C'est ton vœu, je demande une fois à sa hauteur.
-Certainement pas ! Ce serait ridicule d'user d'un vœu pour quelque chose d'aussi banal ! Je t'ai dit que je devais y réfléchir alors laisse-moi du temps et arrête de me questionner à ce sujet jusqu'à ce que je sois décidée !
-Comment est-ce que je saurais que tu es décidée ?
-C'est évident ! Je te dirais de quoi il s'agit, idiot !
-D'accord.
-Tu as de l'argent ?
-De l'argent humain ? Non.
-Parce que vous avez une monnaie différente ?
-Non.
-Alors pourquoi est-ce que tu demandes si l'argent doit être humain ?
-Pour t'embêter.
-Sérieusement... je devrais te frapper, me menace-t-elle en armant sa main, je vais le faire ! Arrête de rire !
-Tu m'as vraiment manqué, je secoue la tête en calmant mon rire. Il doit me rester un peu d'argent, je confirme. Je t'offre une barbe à papa ?
-La plus grosse que tu pourras trouver ! Menace le confiseur si c'est nécessaire !
-Très bien, je souris, je le ferai.
Nous avançons en continuant de nous chamailler comme des enfants vers le parc le plus proche. Quand les balançoires sont en vue, Soraya se met à courir comme si elle était encore une gamine et bondit pour s'installer sur l'assise en plastique. Les mains serrées sur les chaînes, elle s'élance à toute vitesse. Je m'arrête un instant pour l'observer. Elle est si belle à cet instant.
Il me faut un certain temps pour la quitter des yeux et chercher un stand de sucrerie. Je lui achète une barbe à papa, comme demandé avant de revenir vers elle. Je m'installe sur la balançoire à côté d'elle, elle s'arrête brusquement pour me prendre la friandise des mains et de la dévorer sans la moindre grâce.
-Tu ne manges toujours rien, demande-t-elle avec un regard mi-suspicieux, mi-inquiet. Je n'arrive pas à m'y faire.
-Je ne mange toujours rien, je confirme. Je ne possède pas à proprement parler de corps alors je n'ai pas besoin de me nourrir.
-Tu as un corps, elle grimace en avalant un bout de nuage rose sucré, je le vois parfaitement. Il est juste devant moi. C'est réel.
-Et, je soupire, même après tout ce temps, je ne parviens pas à me l'expliquer.
Je place mes mains devant moi pour les observer. Je les tourne lentement, serre mes poings pour ensuite déplier doucement mes doigts. J'ai mis du temps à m'habituer à ce genre de choses. Je suis réel. J'ai de la peau. Je peux même me faire mal. Je me demande pourquoi, quand je suis avec Lyria, je ne parviens pas à être comme je suis à cet instant.
-C'est vrai, je reprends pensif, quand je suis ici, avec toi, j'ai un corps.
-Quand tu es avec Lyria tu n'apparais jamais sous cette forme ?
-Je n'y arrive pas.
-Alors à quoi tu ressembles ?
-A une ombre.
-Non, elle rit en se balançant doucement, sérieusement.
-Je suis sérieux. J'arrive à prendre une forme humanoïde mais je ne suis constitué que d'ombres.
-Quoi ?
Soraya s'arrête brusquement. Elle ancre avec beaucoup de force ses pieds dans le sable, se redresse et se place devant moi. Je n'ai pas besoin qu'elle dise un mot pour que je comprenne qu'elle est furieuse.
-Pourquoi ?
-Je ne suis pas certain de comprendre ta question.
-Pourquoi tu n'es fait que d'ombres.
-Je ne sais pas. Je suis déjà heureux de pouvoir sortir du corps de Lyria. Je ne me pose pas ce genre de question.
-Heureusement que tu as le droit de sortir du corps de Lyria ! Tu n'es pas en prison non plus ! Il ne faut pas exagérer !
-Normalement, les corps des Pyrias sont censés être ma prison.
-K. !
-C'est la vérité. Mais Lyria, je souris doucement, est différente, dès qu'elle a senti que j'avais une conscience, elle a commencé à me parler. Je n'étais jamais parvenue à sortir du corps d'une Pyria avant elle. La première fois que c'est arrivé, j'étais très effrayé mais elle souriait alors je me suis dit que c'était une bonne chose. Je suis réel, encore une fois, j'observe mes mains, que lorsque je suis avec toi. Je n'en connais pas la raison. C'est comme ça, c'est tout. Lyria, je reprends tout doucement, serait vraiment triste de savoir qu'une autre personne qu'elle connait ma véritable apparence. Elle n'arrête pas de dire qu'elle a hâte de me rencontrer, quand je serai près. Je le suis. Pourtant quoi que je fasse, je soupire par le nez, je n'arrive pas à être réel devant elle.
-Donc, Soraya se rassoie bruyamment sur sa balançoire, tu n'as toujours pas parlé de moi à Lyria.
-Je ne saurai pas par où commencer. Je n'arrive déjà pas à m'expliquer comment j'apparais devant toi, ni pourquoi.
-Je croyais que ça arrivait quand Lyria dormait.
-Elle ne dort pas en ce moment, ni la dernière fois que je suis venu.
-Et tu peux être ici, panique Soraya, ce n'est pas dangereux pour vous ?
-Tout va bien, je la rassure. S'il y avait le moindre problème, je ferme doucement les paupières, je le sentirais.
-Tu en es certain ?
-Oui.
-Mais tu as dit qu'elle était plus distante ! Et si tu ne le sentais pas ? Tu devrais y retourner, maintenant ! Va voir si elle va bien.
-Non.
-Non, elle s'égosille presque, et puis quoi encore ? Je refuse que tu te mettes en danger !
-Elle va bien je te dis.
-Comment tu peux en être certain.
-Elle est avec Leith.
-Et alors ?
-Ils ont besoin d'intimité.
-D'intimité ? Oh, d'intimité ! Genre... d'intimité avec un grand I ? Brrr. Tu sens vraiment ce genre de chose ?
-Oui, malheureusement.
-Pour une fois, elle agite ses mains dans tous les sens en grimaçant, je ne veux pas en savoir plus !
-Et tu fais bien, les besoins des loups sont quelque peu insatiables.
-K., Soraya me frappe fortement l'épaule, pas un mot de plus sinon je serai dans l'obligation de jeter à la poubelle mon serment d'Hippocrate pour t'assassiner dans la seconde !
-Très bien, je ne dirais pas un mot de plus.
-Sérieusement, elle surjoue un frisson, c'est répugnant !
Je ris doucement. Je ne me moque pas mais je dois bien avouer que sa réaction m'amuse. Devant son regard je me calme mais mon sourire plane toujours sur mes lèvres.
Les discussions suivantes vont de bon train, divers sujets sont abordés. J'apprécie véritablement ces moments. Avec Soraya je peux parler de tout, que ce soit son mode de vie ou le mien, la médecine, l'histoire, tout peut y passer. Nous sommes tous les deux extrêmement curieux et notre soif de savoir n'a à ce jour pas de limite.
Si je n'avais pas d'obligations envers Lyria, je serais prêt à parier que je passerai tout mon temps à ses côtés.
L'idée de me séparer de Lyria me hante de plus en plus. Je veux une liberté pleine et entière. Mais c'est impossible, ce désir ne restera qu'un rêve que je n'évoquerais jamais. Parce que si je la quitte... elle mourra. Cette possibilité me révulse au plus haut point. Je refuse d'être celui qui achèvera sa vie. Lyria ne mérite pas de souffrir et encore moins de mourir. Je me battrais pour elle. Jusqu'à la fin.
-A quoi tu penses ? Je t'ai rarement vu aussi songeur.
-A rien en particulier.
-Tu mens, sourit Soraya. Je t'ai déjà dit que tu étais un horrible menteur alors arrête d'essayer.
-Ce n'est…
Je laisse ma phrase en suspens. Je me redresse vivement. Mon regard se balade à l'affût dans tout le parc. Je suis sur mes gardes. Quelque chose ne va pas. Je le sens. Je n'arrive pas à savoir exactement d'où provient la menace mais elle est réelle. C'est une certitude. J'entends Soraya se lever, d'instinct j'étire mon bras droit pour l'insister à rester derrière moi et surtout la protéger.
-K., elle murmure à peine, qu'est-ce qui se passe ?
-Je ne sais pas encore.
Je réponds sans même lui accorder un regard. Je suis bien trop préoccupé pour lui donner qu'une fraction de seconde de mon attention. Je me suis rarement pour ne pas dire jamais sentie à ce point en alerté et en danger. Peut-être parce que c'est la première fois que je subis ce genre de situation, sans elle.
Une pensée pour Lyria et je ressens un violent attrait vers elle. Son corps m'appelle mais la menace se rapproche et je doute qu'elle disparaisse en même temps que moi. Il est absolument hors de question que je laisse Soraya seule, se démener contre ce qui nous arrive dessus, qu'importe de quoi il s'agit. Un grognement m'échappe. Je ressens une douleur fulgurante au niveau de ma poitrine. Je prends une forte inspiration et la violence du mal qui s'infiltre dans mon cœur s'aggrave.
Je ne sais pas à quelle distance exactement se trouve Lyria en ce moment mais elle ressent exactement la même souffrance. Pendant un court instant, ma vue se trouble et je sais que je suis de nouveau dans son corps mais je lui résiste. Quand je suis de nouveau ancré dans la réalité avec Soraya, le hurlement de Lyria alors que je la quitte volontairement me fait vaciller et des larmes coulent. D'un geste incertain, je viens toucher mes joues où je découvre bel et bien de l'humidité. Ce sont mes larmes, les miennes. C'est inédit. Jusqu'alors ce genre de choses a toujours été notre.
-K., la main de Soraya glisse dans la mienne, tu as disparu, je me tourne assez pour la regarder, je découvre l'effarement dans ses yeux. Qu'est-ce qui t'arrive ? C'est toi ou Lyria ? Tu, elle hésite, tu pleures ?
-Ce n'est pas tout à fait ce à quoi je m'attendais, cette voix, je m'oblige à quitter Soraya des yeux pour me retrouver enfin en face à face avec la menace que j'ai décelée. Vous êtes qui vous ? Pourquoi est-ce que le sortilège m'a amené jusqu'à vous ? J'ai demandé à connaitre les faiblesses de cette femme.
-Un sortilège, murmure Soraya, donc cette fille fait partie de ton monde, débarrasse-nous-en !
-Se débarrasser de moi, elle rit. J'ai bien peur que ce soit plus facile à dire qu'à faire, je suis…
-… Jessica, je la coupe.
-Jessica, interroge Soraya incertaine. Jessica comme la sœur jumelle de Leith ? Qu'est-ce qu'elle fait ici ?
-Elle cherche à faire du mal à Lyria.
-Quoi ? Mais pourquoi ?
-De toute évidence, vous en savez plus sur moi, que moi sur vous. Je vous repose la question et ce sera la dernière fois : qui êtes-vous ?
-Pourquoi elle ne te reconnaît pas, panique légèrement Soraya. Elle devrait te reconnaître !
-Jessica ne m'a jamais vu sous cette forme. Reste derrière moi, elle est dangereuse !
-En effet, son sourire me met mal à l'aise, je suis dangereuse. Et finalement, je me fiche de savoir qui vous êtes, il me suffit de savoir que vous représentez sa faiblesse, une boule de feu qu'une perfection désarmante se forme dans la paume de sa main, et de vous détruire !
Le projectile enflammé se dirige à une vitesse folle vers nous. Je resserre la main de Soraya alors que je la sens s'éloigner. Il est normal qu'elle cherche à fuir mais ce n'est pas ce qu'il faut faire. Je fixe la sphère. Mon pouvoir si dévastateur s'éveille, je dévis simplement le regard et la boule de feu suit mon influence, s'écrasant une cinquantaine de mètres plus loin.
La respiration de Soraya est saccadée. Elle a peur. J'ignore si c'est de moi ou de Jessica. Je n'ose pas me retourner pour vérifier. Je serais bien trop dévasté si je découvrais que je suis à l'origine de ces insécurités.
-Je vois, un rire échappe à Jessica, vous êtes loin d'être sans défense. Le pouvoir vient duquel d'entre vous ?
Je fronce les sourcils. Que Jessica ne puisse pas me différencier de Soraya m'interpelle. De plus, elle ne semble toujours pas me reconnaître. La folie l'aurait-elle complètement emportée ? C'est insensé mais pas impossible.
-Vous êtes complètement malade, s'insurge subitement Soraya en tentant de repasser devant moi, vous avez bien failli nous tuer !
-S'il te plaît, je murmure, reste derrière moi.
-Je ne vais pas rester sans rien faire alors que cette folle a essayé de nous zigouiller !
-S'il te plaît.
J'insiste en croisant son regard. Je prends des précautions, en refusant de prononcer son prénom. Ce genre de chose est dangereuse. Il pourrait suffire à Jessica pour ne plus la perdre et s'en prendre à elle, indéfiniment.
-Tu es inquiet, comprend-elle lentement.
J'acquiesce doucement. Je n'ai pas besoin de plus d'arguments. Soraya se replace derrière moi. Je me reconcentre entièrement sur Jessica qui aborde un air hautain.
-Qui que vous soyez tous les deux, s'en est fini de vous. Je me fiche de votre identité, si votre perte afflige assez cette femme pour l'affaiblir, c'est parfait. C'est pour cette raison que j'ai jeté ce sort. Adieu.
J'écarquille les yeux quand je comprends ce qu'elle s'apprête à faire. Je n'ai aucun moyen d'en réchapper. Du moins pas sans que Jessica ne comprenne qui je suis. Je me retourne rapidement. J'enlace Soraya, la serre contre moi de toutes mes forces. Je ne prends pas le temps de la laisser se préparer à ce qui va suivre. Je pense à un endroit dans lequel je me sens en sécurité. La brûlure du sortilège crépite sur mon dos avant que je ne puisse complètement disparaître.
Il me faut un temps pour reprendre une constance. J'inspire à fond, éloigne Soraya qui peine à respirer normalement. Je vérifie qu'elle n'a pas été blessée. Je fini par son visage où je découvre une petite brûlure juste au-dessus de son sourcil gauche. C'est superficiel. Je me sens tellement soulagé. Mes mains ne quittent pas ses joues et mon regard le sien.
-Respire tout doucement, je lui conseille. Je suis désolé. Je n'ai pas eu le choix. Respire, je dépose mon front contre le sien. Respire Soraya.
-C'était horrible, parvient-elle à dire entre deux respirations difficiles, ne recommence plus jamais !
-Je suis désolé.
-Tu as déjà oublié ma règle, elle frappe sans aucune force mon torse, plus, elle ne parvient pas à prendre une simple inspiration, d'excuses, elle ferme les paupières. J'ai la tête qui tourne.
-Assieds-toi, je la guide jusqu'au matelas au milieu de la pièce. Prends ton temps.
-Est-ce que, elle fronce les sourcils, on est dans ma chambre ? Chez mes parents, elle se redresse vivement. Comment on a atterri chez mes parents, sa voix part dans les aigües, à Calcutta, en Inde ? Comment c'est... je veux retourner à Londres !
-On ne peut pas retourner à Londres, je lui explique calmement en m'agenouillant devant elle, pas pour le moment.
-Et si mes parents débarquent dans la chambre qu'est-ce que je leur dit ? Comment j'explique la situation ? Oh mon dieu, elle se redresse, je suis habillée en européenne ! Je vais mourir aujourd'hui ! Un sari, il me faut un sari ! K., hurle-t-elle en ouvrant un placard, aide-moi.
-Je me trompe ou tu crains plus tes parents que Jessica ?
-Mes parents sont bien plus effrayants !
-D'accord, je souris amusé. Je vais t'aider mais, je lève mon bras gauche pour ouvrir une grande armoire, outch.
Je me contorsionne assez pour voir mon dos. Je ne remarque rien mais la douleur est bien présente. Je n'ai pas le temps de m'approcher du miroir afin de constater par moi-même les dégâts que Soraya bondit.
-Tu es blessé ?!
-Aïe, je grimace quand elle tente d'écarter le tissu de ma peau, arrête ! Ça fait super mal !
-Mais c'est super grave ! C'est une brûlure au deuxième degré, peut-être même troisième sur cette partie-là, elle entoure dans le vide une partie de la plaie que je ne vois toujours pas. Recommence ce truc horrible et emmène-nous dans un hôpital !
-Je ne...
Encore cette sensation. C'est impossible ! Comment Jessica pourrait-elle nous poursuivre jusque-là ? Je dois me tromper. Et pourtant... elle se rapproche. Je le sens. Alors sans plus réfléchir, je saisis fermement les mains de Soraya, croise son regard et juste comme ça elle comprend.
-Inspire à fond, comme si tu voulais faire de l'apnée.
-D'accord.
-Je compte jusqu'à trois. Un, je m'approche, deux, je la prends dans mes bras, trois, elle prend une grande inspiration et je nous fais de nouveau voyager vers un autre endroit.
Soraya vacille, manque de basculer en arrière mais je la garde en sécurité. Cette fois, elle ne semble pas en difficulté respiratoire. Quand je la sens assez stable, je nous éloigne et croise son regard.
-Tu nous a emmené à la bibliothèque ? Tu m'expliques quelle est ta logique ? D'abord chez mes parents, maintenant ici…
-Ce sont des endroits où je me sens en sécurité.
-Ce sont surtout des endroits où nous avons passé beaucoup de temps ensemble.
-L'un va de pair avec l'autre.
-J'avais dit un hôpital, me sermonne-t-elle en me retournant de force pour analyser ma blessure. Je ne peux pas soigner ta blessure dans une bibliothèque.
-Ça va aller, je veux la rassurer. La blessure va complètement disparaître quand je rejoindrais Lyria.
-Alors c'est là-bas que tu dois aller.
-Je ne te laisse pas seule, je refuse. Jessica nous traque tous les deux.
-Tu ne peux pas rester dans cet état.
-Je réfléchis.
J'essaye de m'exécuter mais l'air inquiet de Soraya ne m'aide pas dans l'exercice. Il doit bien y avoir une solution pour échapper à Jessica sans qu'elle ne comprenne qui je suis et surtout sans laisser mon amie seule.
J'ai un nouvel élancement dans la poitrine. Un grognement m'échappe. Je passe ma main droite au niveau de mon cœur. Je ferme les paupières juste assez longtemps pour découvrir que Lyria est dans le même état lamentable. Il faut que je rentre. Si je reste trop longtemps éloigné, elle va mourir. Je ne suis pas certain de ce qu'il adviendra de moi. Ce ne sera pas la fin mais je doute que je supporterais de lui survivre. D'autant plus si je suis responsable de son décès.
Je dois rentrer.
-K. qu'est-ce qui t'arrive ? Tu as mal à un autre endroit ? Tu as d'autres blessures ? C'est normal que ton cœur batte de cette façon ? K. ?
-C'est Lyria.
Je parviens à prononcer alors que je sens qu'elle se tord de douleur. Elle lutte de toutes ses forces pour survivre à mon absence. Je ne suis pas certain qu'elle pourra tenir très longtemps. Le problème c'est que je n'ai aucune idée du temps dont je vais encore avoir besoin. Il faut qu'elle tienne !
Sans moi… elle n'a pour ainsi dire, jamais été sans moi.
Je dois choisir entre Lyria et Soraya et c'est… je ne peux pas. Je suis incapable de les abandonnées. J'ai besoin d'elles et elles ont besoin de moi. Je ne sais pas quoi faire. Je suis complètement impuissant. Et alors que je commence à perdre pied, mon pouvoir, le vrai, celui à cause duquel je me suis retrouvé morcelé et prisonnier du corps des Pyrias se réveille.
Les hurlements de Lyria s'intensifient. Elle se débat contre l'intolérable douleur de ma résistance à rester loin d'elle. Mais aussi et surtout contre ce pouvoir auquel je n'ai jamais fait appel depuis que je suis dans son corps. Je ne l'y ai jamais exposée. Je savais qu'elle avait peu de chance de le supporter. Mais à cause de mon refus de revenir, il se réanime.
Le pouvoir quitte son corps, lassèrent sa peau pour me rejoindre. Il est en train de détruire notre lien, ce nous auquel je tiens temps. Je la tue.
-K., Soraya encadre fermement mon visage de ses mains, regarde-moi, je m'exécute bien qu'il ne doit plus rien avoir d'humain dans mes yeux, tu ne peux pas rester. Tu dois la rejoindre.
-Je ne peux pas non plus te laisser.
-Alors emmène-moi avec toi, réplique-t-elle.
-Non. Je refuse de t'imposer mon monde, ta place est ici.
-Ecoute-moi bien, ma place est là où je décide quelle doit être. Si je te dis de m'emmener avec toi, tu le fais.
-Tu seras en danger.
-Plus que maintenant ?
Je dois avouer qu'elle marque un point. Mais la douleur de Lyria commence à un peu trop embrumer mes pensées. Bientôt, je ne vais plus être capable de prendre une simple décision. Si elle meurt, je vais m'effondrer physiquement et moralement. Soraya a raison. Je ne peux pas la laisser. Je dois la rejoindre.
J'aperçois Jessica qui apparaît dans le dos de Soraya. J'ai une décision à prendre. Une vitale. Je dois disparaître pour la protéger. Le tout c'est de savoir où. Est-ce que je tente un autre endroit qui renferme nos plus beaux souvenirs ou est-ce que je rejoins Lyria ? La deuxième option les mettrait toutes les deux en sécurité mais l'une perdrait son monde, peut-être définitivement.
-C'est mon vœu, hurle Soraya.
-Quoi ?
-J'ai dit : c'est mon vœu ! Je veux que tu nous emmènes tous les deux auprès de Lyria, le plus près possible, maintenant !
Jessica accourt vers nous à une vitesse folle. Très bien. Je serre une nouvelle fois Soraya dans mes bras. Un dernier voyage pour lui échapper. Cette fois, avant de disparaître, je ne pense pas à un lieu dans lequel je me sens en sécurité. Dans mes pensées, il n'y a qu'elle. Que Lyria.
Je nous transporte dans un tourbillon d'une violence inouïe. Par moment, j'ai la sensation que je vais lâcher Soraya. J'ai peur. Mais je me force à ne garder en tête qu'un seul objectif : elle. Le voyage me parait interminable. Je sens parfaitement le moment où je traverse la barrière protectrice qui se trouve autour d'Hélys. A ce moment-là, la magie projet Soraya loin de moi mais je rattrape sa main au dernier moment. Ses cris sont emportés par mon pouvoir, absorbé par cette dimension qui n'a rien de réel et où l'air n'a aucune existence.
Mes doigts ne sont pas près de la lâcher. Si je la perds ici, je ne pourrais plus jamais la retrouver. Ce serait un sort pire que la mort. Soraya serait dans un entre-deux intolérable. Elle ne trouverait pas la paix et je serai le seul responsable.
Je perçois Lyria prendre une inspiration salvatrice. Elle arrête de se débattre, le pouvoir enfoui dans son corps qui cherchait par tous les moyens à me rejoindre se remet en veille. Les plaies qui recouvrent sa peau se referme déjà. J'arrive à sentir les lèvres de Leith sur les siennes et les larmes de ce dernier s'écouler sur la peau de Lyria. Je m'en veux tellement de lui avoir fait subir un tel supplice mais un regard vers Soraya me suffit à comprendre mon hésitation à la rejoindre alors même qu'elle était en si mauvaise posture.
J'aimerai expliquer à Soraya ce qui va suivre. Elle va se sentir tellement perdue. Mais je n'ai pas le temps. Il faut que je rejoigne le corps de Lyria au plus vite. Je dois réparer ce que mes incertitudes lui ont infligés. Même si je voulais en dire plus à Soraya maintenant, avant que je ne rejoigne le corps de la Pyria, mes mots ne l'atteindraient pas. Ici le son n'existe pas.
J'attends vraiment la toute dernière seconde pour délier mes doigts de ceux de mon amie. Je la vois écarquiller les yeux et la dernière chose que je capte dans son regard avant d'entrer en fusion avec Lyria c'est une terreur telle que je n'en avais jamais vu avant ce jour. Le corps de Soraya s'écrase violemment sur celui de Lyria dans lequel je viens d'entrer. Il me faut un moment pour reprendre non pas ma mais notre conscience.
Mais je suis de nouveau opérationnel juste à temps. Leith bondit sur Soraya pour l'écarter de Lyria. Je comprends tout à fait sa réaction mais je ne peux pas le laisser faire. Alors, bien que je m'étais promis de ne jamais en arriver à de tels extrêmes, je prends entièrement le contrôle de Lyria. Je me déplace bien plus aisément qu'avec mon propre corps. Il n'y a pas à dire, les entraînements physiques de mon hôte sont loin d'être inutiles. J'arrête net l'attaque du loup et dans un même temps, je place Soraya en sécurité dans notre dos.
-Bordel K., grogne Lyria le corps encore criblé par la douleur, qu'est-ce que tu nous fais ?
-Tu n'as pas osé m'empêcher de te protéger de cette intru alors qu'elle vient de violer la barrière, s'agace Leith.
-Ce n'est pas moi, répond Lyria alors que je ne lui accorde toujours pas le contrôle de son corps.
-K. va bien, la voix de Soraya m'adoucit malgré la menace toujours réelle que représente Leith pour le moment. Il était blessé, précise-t-elle. Il va bien maintenant ?
-Comment pouvez-vous connaître K. ? Et Lyria, lâche moi maintenant !
-Je ne peux pas bouger, insiste-t-elle.
-Je suis amie avec K.
-K. a des amis, s'étonne Leith, depuis quand ?
-Je sens que c'est la vérité, confirme Lyria.
-Vous êtes, reprend Soraya calmement, Leith et Lyria, K. m'a énormément parlé de vous deux. Lyria, s'il te plait, est-ce qu'il va bien ?
Je sens que la voix de Soraya adoucit Lyria puis la calme complètement. Je suis soulagé. Elle va prendre le temps de m'écouter. Elle clôt les paupières faisant le noir autour de nous. Etrangement sa première question n'est pas du tout celle que je m'étais imaginé. Je m'attendais à ce qu'elle m'interroge indéfinitivement sur Soraya mais elle se contente de me poser la question qui intéresse mon amie.
Est-ce que je vais bien ?
Une parcelle de moi sourit. Je libère le corps de Lyria. Je m'excuse silencieusement de l'avoir privé du contrôle de son corps. La première chose qu'elle fait en rouvrant les yeux c'est sourire à Leith pour le rassurer puis elle le relâche lentement. Je reste à l'affût, juste au cas où mais il ne fait rien. Il doit être trop intrigué par la situation. Alors Lyria se retourne et je peux enfin constater par moi-même que Soraya n'a pas une égratignure de plus. J'ai tout de même une envie dévorante de la toucher, de m'assurer par moi-même que tout va bien et surtout soigner sa vilaine plaie au-dessus de son sourcil gauche.
-Tu es humaines, s'étonne Lyria. Désolée, elle secoue doucement la tête de droite à gauche, d'abord ta réponse : K. va bien.
-Super, le soulagement transpire la réponse de Soraya. Parce que sa blessure était vraiment très grave et sans matériel médical, je ne pouvais rien faire. Mais… pourquoi tu… je peux te tutoyer ? On va dire que oui. Après tout tu es aussi un peu K. et c'est mon meilleur ami donc : pourquoi tu as du sang partout ?
-Elle vient de dire "meilleur ami", demande Leith méfiant.
-Elle s'appelle Soraya.
-Pourquoi tu ne m'en as pas parlé avant ?
-Mais parce que j'ignorais tout de son existence.
-Comment c'est possible ? Vous partagez un même corps !
Le silence de Lyria m'intrigue et subitement, je me pose une question qui ne m'était jamais venue à l'esprit avant aujourd'hui : elle aussi serait capable de me cacher des choses ? Je cherche pendant un instant avant de renoncer. Je refuse de franchir cette limite. Si Lyria a décidé qu'une information ne devait pas venir jusqu'à moi, elle doit avoir ses raisons.
-Pourquoi est-ce que K. t'as amené ici ?
-Oh, Soraya frappe son poing droit dans sa paume gauche, oui, évidemment : l'attaque. K. a tenté de nous faire fuir à plusieurs endroits mais elle nous retrouvait à chaque fois. Tu avais besoin de lui mais il ne pouvait pas me laisser puisque nous étions pourchassés alors je lui ai demandé de nous emmener ici, qui d'ailleurs est… je suis où ?
-Hélys, répond sobrement Leith.
-Hélys, elle répète, jamais entendu parler.
-C'est normal, reprend Lyria, cette île n'existe pas pour les humains. Nous sommes près de la Norvège.
-Wow, mon amie grimace, ça, c'est très, très loin de Londres et encore plus de Calcutta.
-Et qui s'en est pris à vous ?
-Euh, Soraya regarde Lyria dans les yeux après sa question, je crois qu'elle me cherche, comment dire ça ? Il ne faudrait pas que vous vous énerviez. Je n'y suis pour rien. C'est juste arrivé, ce n'est en rien ma faute.
-Jessica, comprend Lyria avant la fin du monologue de mon amie qui promettait d'être interminable. C'était vraiment Jessica ?
-C'est ce que K. a dit en tout cas, confirme-t-elle.
-Cette fois, je vais tuer ma sœur !
-Leith…
-Ne vient pas me parler de l'empreinte, s'agace-t-il.
-Il n'y a plus d'empreinte, avoue à demi-mot Lyria, et je crois que c'est ce qui a poussé Jessica à s'en prendre directement à moi, à nous.
-Kami peupeus éta, murmure Leith en nous regardant droit dans les yeux. Ayeuna, urang tiasa maéhan anjeun. K. a dit ces mots à ma sœur. Qu'est-ce qu'ils veulent dire ?
Nous ne répondons pas. Je sais que ce n'est pas à moi d'intervenir. Je suis même celui qui a mis de l'huile sur le feu en révélant à Jessica ce que nous avons fait. Je sais qu'elle n'a pas compris mais je suppose que mon intervention a précipité les choses. Si j'étais resté muet, si je ne l'avais pas provoqué, Jessica ne nous aurait peut-être pas attaqué aujourd'hui.
-Lyria, elle sursaute, nous n'avons pas l'habitude de voir Leith perdre le contrôle, qu'est-ce que K. a dit à ma sœur ?
-Ne leur hurle pas dessus !
-Soraya, Lyria tend le bras pour la protéger de la colère de son petit ami, ne t'approche pas, pas maintenant. Ce n'est plus Leith mais son loup qui parle.
-Comment pourrait-il ne plus avoir d'empreinte, s'emporte de plus en plus Leith.
-Nous l'avons brisé, je suis surpris d'entendre ses mots sortis non pas de la bouche de Lyria mais de celle de Soraya. Maintenant, nous pouvons te tuer. C'est ce que veulent dire ces mots. Calmez-vous !
-Une empreinte ne se brise pas aussi facilement. Je n'ai rien senti.
-Leith.
-Comment tu as pu faire ça, les yeux de Leith disparaissent complètement ne laissant plus que le loup, tu aurais pu me tuer !
-Je n'aurais jamais, le calme de Lyria me surprend, elle devrait au moins être sur ses gardes mais elle ne l'est pas, jamais, elle insiste en saisissant le poignet de Soraya, jamais, répète-t-elle en la sortant de leur chambre, jamais risqué ta vie.
Sans dire un mot, elle me demande de la laisser, de quitter son corps. Elle veut être seule avec Leith pour régler ce conflit. J'hésite. Elle est encore faible. Ce n'est pas une bonne idée. Pourtant, je me laisse guider par sa détermination et son attitude posée. Je me décide donc à la quitter. Elle chancelle légèrement, je tends ma main vers elle avant de me rendre compte que je n'ai plus de main. Je suis redevenue cet être sans réel forme.
Lyria se tourne vers moi. Son regard ne me laisse pas douter d'elle une seule seconde. Je ne dis pas un mot et sans l'ouvrir, je franchis la porte pour les laisser seuls. Je reste un moment planté devant cette simple planche de bois qui nous sépare. Je n'aime pas cette situation. J'aurais préféré rester avec elle.
-C'est toi K. ?
-Soraya.
-Ta voix, elle grimace, est tout aussi bizarre que ton physique.
-Abdi henteu hoyong anjeun ningali kuring sapertos kitu. (Je ne voulais pas que tu me voies comme ça)
-Pourquoi tu recommences à parler dans cette langue étrange comme quand on était enfants ? Je te comprends mais c'est super bizarre.
-Abdi henteu terang kumaha janten manusa. Teu di leuh (Je ne sais pas comment être humain. Pas ici.)
-C'est Lyria ou autre chose ?
-Abdi henteu terang. (Je ne sais pas.)
-Qui êtes-vous et comment arrivez-vous à communiquer avec K. ?
-Luna, je me place devant Soraya pour la protéger, punten. (Luna, je t'en prie)
-Luna, répète Soraya, la Luna ? La mère adoptive de Lyria ? Le vrai petit chaperon rouge ?
-Ngajauhan. Ulah nelepon anjeunna : budak awéwé leutik make kurudung beureum. (Evite. Ne l'appelle pas : le petit chaperon rouge.)
-Pourquoi ? C'est toi qui m'as dit que Luna était le vrai petit chaperon rouge.
-Soraya !
-Vous comprenez vraiment tout ce qu'il dit, s'étonne Luna.
-Oui. Pourquoi ?
-Parce que même Lyria a parfois des lacunes.
-Oh, Soraya semble réfléchir, elle pose sa main sur moi et sans en comprendre la raison, je vois mon bras apparaître, vraiment ? Et merde, elle recule brusquement. Tu es apparu ! K. tu es apparu ! Vous l'avez vu vous aussi Luna, n'est-ce pas ?
-Luna, cette fois c'est Raven qui arrive, c'est elle ? La fille qui a franchi la barrière ? Pourquoi tu ne m'as pas prévenu ?
-J'allais le faire mais je crois que c'est K. qui l'a emmené ici.
-Et alors ?
La magie de Raven crépite. Je ne prends pas plus d'une seconde pour réfléchir. Je bondis. J'ignore tous mes instincts qui auraient pu me pousser à m'attaquer à la sorcière ce qui n'aurait fait qu'aggraver la situation. Je me place au plus près de Soraya et dans un geste un peu fou, je tente de prendre sa main. Je reste un moment inerte quand je découvre réellement mes doigts apparaître. Une part de moi sourit, ce n'est pas encore réel puisque je ne possède pas encore de lèvres. Mais je n'ai jamais été aussi heureux qu'à cet instant : celui où je glisse mes doigts entre ceux de Soraya et que je deviens réel.
-Je t'en prie Raven, un profond soulagement m'envahit quand les mots sortent de mes lèvres exactement comme je le souhaite, Soraya n'est pas dangereuse. Elle est humaine. Je l'ai emmené ici parce que nous étions pourchassés, la laisser pour revenir tout seul aurait été pour elle une mise à mort. Je suis désolé d'avoir violé ta magie mais j'ai dû faire au plus vite, Lyria avait besoin de moi.
Tout mon corps a pris forme pendant ma plaidoirie. Je n'avais jamais remarqué que j'étais si grand. Je pensais simplement que Soraya était dans une moyenne basse. Je réalise que ma couleur de peau est bien plus foncée que celle de Raven et Luna mais pas tout à fait comme celle de mon amie. Je ne saurais pas dire exactement ce que cette particularité peut indiquer sur mes origines. Je me demande à quoi je ressemble. Je ne m'étais pas véritablement posé la question avant aujourd'hui. Est-ce que mes yeux ont une couleur normale ? En fait, je pense qu'une part de moi c'est convaincu que tout ce qui se déroulait avec Soraya était une sorte de rêve.
Mais je suis réel et ma main est bel et bien dans celle de mon amie. Je resserre un peu plus mes doigts entre les siens de peur de disparaitre. Je n'ai aucun doute sur la véracité de ce moment. Je vois parfaitement dans les yeux de mes vis-à-vis qu'elles me découvrent sous mon véritable jour. Alors seulement, je pense à Lyria. J'aurai aimé qu'elle soit la première à me voir, du moins… après Soraya.
-K., je perçois parfaitement l'inquiétude dans la voix de mon amie, tu vas bien ? Tu n'as pas l'air bien.
-Donc, l'hésitation dans la voix de Raven m'alerte, cette cho… enfin, elle se racle la gorge, K. peut avoir un corps ?
-Je l'ignorais, tente de se justifier Luna. C'est la première fois que je le vois sous cette forme.
-Et bien moi, intervient Soraya, c'était la première fois que je le voyais sous l'autre forme.
-Mon paternel va adorer, soupire la sorcière. Je ne vois pas comment on va pouvoir lui cacher ça. Enfin, c'est très bien que tu aies un corps à toi mais… ce n'est pas vraiment le grand amour entre toi et mon père.
-Par toutes les lunes, implose Luna, Lyria !
-Quoi ?
Elle ouvre brusquement la porte de sa chambre, en sort seule. Je tente d'apercevoir Leith mais la planche de bois se referme presque immédiatement. Le regard de la dernière des Pyrias passe de Luna à Raven, avant de divaguer sur Soraya et de s'arrêter net sur moi. Elle cligne des yeux un nombre incalculable de fois. Elle reste complètement figée. Je n'ose pas dire un mot. Et puis :
-Tu vas bien, soupire Luna soulagée. J'ai subitement eu très peur pour toi comme il… a son propre corps.
-K., murmure tout doucement Lyria. C'est vraiment toi ?
-Qu'est-ce qui, Leith nous rejoint à son tour, et merde ! Tu vas bien Lee ? Comment il peut ? Enfin… K. ?
-Alors, Soraya agite son index entre nous, c'est vraiment une première pour vous tous ? Parce qu'avec moi, il a toujours été comme ça.
-K., souffle à peine Lyria. Je, elle s'avance lentement en tendant sa main vers moi, je peux ?
J'acquiesce lentement. Je n'ose pas dire un mot. J'ai bien trop peur de gâcher ce moment. A mon tour, je tends ma main libre vers elle. Nous effleurons à peine nos doigts que des larmes s'écoulent sur mes joues quand un énorme sourire barre le visage de Lyria. Puis c'est son rire qui envahit toute la pièce. Elle se précipite, saute à mon cou. Je recule de quelques pas, attirant Soraya avec moi dans mon déséquilibre pour ne surtout pas lâcher sa main.
-Je suis tellement heureuse d'enfin découvrir ton visage. Tu es magnifique K.
-Lyria.
-Désolée, elle repose ses deux pieds à terre, j'attends ce moment depuis si longtemps. Je suis tellement heureuse pour toi, elle essuie précautionneusement l'humidité sur ma peau. Je vais trouver un moyen pour nous séparer.
-Non, je refuse immédiatement.
-Si, elle sourit beaucoup trop à mon goût, un jour, pas maintenant mais un jour je vais trouver le moyen de te rendre ta liberté, m'assure-t-elle avant d'accorder un regard à Soraya, et tu pourras vivre ta propre vie. Je t'en fais la promesse.
-Lyria…
-Tu ne peux pas me servir d'incubateur vivant toute ma vie et puis de toute façon tu finirais par me tuer, elle élude, alors nous allons trouver une solution. Je te le promets.
-Sans qu'aucun de vous ne meurt, ce serait bien, précise Leith. Heureux de te rencontrer, il me tend la main et je la saisis doucement, maladroitement pour le saluer. En attendant, si tu le souhaite, nous allons veiller sur, il fixe mon amie, Soraya, c'est bien ça ?
-Ou, intervient Luna, je peux aussi assurer sa sécurité, tout dépend du temps dans lequel elle évolue.
-Je peux choisir le petit chaperon rouge ?
-Soraya, je la gronde encore une fois.
-C'est Luna le petit chaperon rouge, demande Lyria amusée. J'adore l'idée.
-Pas moi, assure la première femme loup garou. Ou as-tu été cherché cette idée K. ?
Je ne réponds pas. Pas parce que je ne souhaite pas m'attirer ses foudres. Mais parce qu'elle ne supporterait pas d'entendre le nom de celui qui la désigné ainsi devant moi pour la première fois. L'homme qu'elle aime. Le père d'Anya mais aussi celui qui nous a élevé Lyria et moi.
-Bon, intervient Raven, j'ai prévenu les autres que la personne qui s'était introduite n'était pas une menace. Je vais rentrer.
-Rae, la retient Luna. Tu en es où dans l'élaboration du sort ? Melina m'en a parlé.
-Je vais avoir besoin d'une dizaine de sorcières très puissantes, qui ne sont pas rattachées à un Cercle et qui de préférence ont des atomes crochus avec les Primas, moi, ma mère, Jaliah… il en manquerait sept, peut-être cinq si elles ont vraiment une magie colossale.
-Si je peux aider.
-Je te demanderais peut-être de prendre soin de Skye pendant que je bosse et qu'Anya dort.
-Je connais peut-être quelqu'un, réfléchit tout haut Lyria. Mais cette personne n'est pas très appréciée dans la communauté des sorcières.
-A qui tu penses, demande Leith.
-Personne que tu connais, et de toute évidence que je connais non plus.
-Contacte-la, sourit Raven, nous avons besoin de toute l'aide possible.
-Soraya peut aider, j'interviens.
-Comment ça je peux aider, elle me fusille du regard, je suis humaine, je te rappelle.
-Soraya est étudiante en médecine, elle pourrait rejoindre Abby et Elisa, non ?
-C'est une bonne idée, conçoit Raven. Lyria, tu t'en occupes ?
-Bien sûr.
-Merci. Et toi, elle me pointe d'un index menaçant, ne franchit plus jamais ma barrière de protection d'une façon aussi violente ! Sinon, maintenant que tu as un corps, je t'écartèle.
-Outch, grimace Soraya, c'est violent.
-Ne jamais jouer avec les nerfs d'une jeune maman, rit Leith. Surtout quand il s'agit de ma mère.
Un nouveau chapitre se termine. J'espère qu'il vous a inspiré et qu'il vous a plu ! Des suppositions pour la suite ? J'ai hâte de connaître vos réactions. C'était une première ce POV, ce n'était pas facile parce qu'il y a presque trois protagonistes le : je, elle et nous. Mais bon, j'ai adoré cet exercice et j'espère que vous avez apprécié en apprendre plus sur K. Il avait un peu une double vie et un lien très fort avec une humaine au caractère bien trempé qui va agir avec nos personnages préférés comme une vraie fangirl ce qui risque d'en étonner plus d'un(e). Soraya est peut-être humaine mais croyez-moi, elle en a sous le pied. Et sinon… Jessica ! Elle a compris que Lyria avait brisé l'empreinte entre son frère et elle, raison pour laquelle elle cherchait sa faiblesse. La confrontation entre Leith et Lyria à ce sujet n'est pas encore finie mais ils ne sont pas trop du genre à s'écharper tous les deux donc ça va aller. Maintenant, il reste le grand espoir et/ou menace : est-il possible de séparer K. et Lyria sans que cette dernière ne meure ?
En espérant vous retrouver pour le prochain chapitre !
GeekGirlG
