Hello ! Bonjour à tous !!! Me revoilà après une très longue absence dont je m'excuse beaucoup beaucoup auprès de vous ! J'espère que vous ne m'avez pas oubliée...
Voici donc le chapitre 5 en espérant qu'il vous plaira. Et puis, SVP, n'oubliez pas les reviews. Merci d'avance.
Chapitre 5
Mercredi soir...
Je regarde la pendule de la plateforme. 17 heures.
Je suis toujours en train d'examiner, avec l'aide d'Angela, le squelette de la jeune victime.
Je me sens mieux qu'en début d'après-midi, moins barbouillée. Et un peu moins en colère après Seeley. Pourquoi en colère après mon sexy de mari ? Je vais vous expliquer...
Flashback
Seeley avait eu la bonne, ou je dirai plutôt la mauvaise idée d'aller déjeuner dans un restaurant Sichuanay de sa connaissance. Qu'est-ce qu'il ne connaît pas, me direz-vous ? Je lui avais demandé pourquoi et il m'avait répondu « Pour changer un peu de la routine, tu vas voir, la cuisine est excellente » avec un sourire que j'avais qualifié, comment dire, un brin sadique. J'avais trouvé ça bizarre, sur le coup, mais bon, c'est Seeley. Après tout, pourquoi pas ? m'étais-je dit. J'avais bien besoin de me changer les idées et quoi de mieux qu'un restaurant typiquement étranger, pour nous changer de la routine.
Quand nous étions entré dans le restaurant, celui-ci était plein à craquer de clients entassés autour de petites tables. Derrière des vitrines réfrigérées, s'alignaient des plats présentés dans des bols. Des gens faisaient la queue à l'entrée pour acheter des plats à emporter.
Seeley m'avait montré l'escalier d'un signe de tête.
- Il y a un bon restaurant, là-haut, mais il est un peu tard pour déjeuner. Ici, c'est un snack, mais on y mange bien. Ça te va ?
- Bien sûr, lui avais-je répondu, un peu tourneboulée par l'étrangeté de l'endroit. Choisis pour moi, je ne saurai même pas par quoi commencer.
- OK, ma chérie. Des nouilles ?
J'avais hoché la tête en signe d'acquiescement et Seeley avait posé deux bols de nouilles sur un plateau. Puis il avait pris des brochettes de viande, des légumes et des beignets sucrés. Tout était accompagné de sauces épicées. Il avait encore pris deux bières, avait réglé la note, puis nous avions trouvé un coin libre où on avait pu s'asseoir. Autour de nous, les discussions allaient bon train.
Seeley avait commencé à se servir et j'avais pris exactement la même chose que lui dans les bols. La nourriture était délicieuse, mais au bout de quelques minutes, je m'étais retrouvée avec la bouche en feu.
- Ouh la la, c'est fort !
Je m'étais jetée sur ma bière dont j'avais avalé les trois quarts en une seule gorgée, puis j'avais levé les yeux vers Seeley et vu un sourire se dessiner sur ses lèvres.
- La cuisine du Sichuan est toujours très épicée. C'est bon, hein ?
J'avais le front en sueur et les joues certainement rouge tomate.
- C'est pour ça que tu m'as amenée ici ? Pour que je me brûle la langue ?
J'étais en colère contre lui.
- Tempe, je pensais que ça t'intéresserais de la goûter. Je ne savais pas que ton palais d'anthropologue était si sensible, avait-il avec son sourire charmeur, espérant ainsi atténuer ma colère.
Je lui avais jeté un regard furieux. Comme je me préparais à avaler une nouvelle gorgée de bière, Seeley m'avait soudain retiré mon verre des mains.
- Arrête, Tempe, ça ne fera qu'empirer.
- Mais ma bouche me brûle, Seeley. Tu n'aurais pas dû faire ça !
Comme je repoussais sa main, il avait rapidement attrapé la mienne et m'avait attiré vers lui.
- J'ai le remède qu'il faut pour ça...
Et il m'avait embrassé. Pas un baiser léger, non. Un vrai baiser, du genre qui vous donne des frissons partout, qui vous fait voler sur un petit nuage et surtout qui vous procure des envies excitantes de sexe.
Miraculeusement et j'avoue ne pas comprendre, car c'est complètement irrationnel, mais le feu de ma bouche s'était pratiquement éteint.
- Ça marche, avais-je dit, surprise.
Seeley m'avait lancé un grand sourire puis avait englouti une grosse bouchée de nourriture épicée.
- Comment tu fais ? Ça ne te brûle pas ?
- J'ai l'habitude. Essaye à nouveau, Tempe, mais accompagne chaque bouchée de quelques nouilles.
J'avais hésité un peu avant de suivre son conseil, mais à ma grande surprise, j'avais trouvé la viande un peu moins forte. Mais j'avais mangé plus lentement, en buvant ma bière à petites gorgées.
Mon portable avait sonné et j'avais lu un message d'Angela, me demandant de revenir au plus tôt au labo. J'avais avalé mes nouilles avec le reste de ma bière, puis nous étions sortis dans la chaleur de l'après-midi.
- J'ai encore la bouche en feu, avais-je dis en regardant Seeley de travers.
Il avait alors glissé un bras autour de ma la taille.
- Regarde, il y a un marchand de glace à deux pas.
- Seeley, j'ai pas le temps, je dois aller au labo !
- Angela attendra bien encore un peu, non ?
Il m'avait alors guidé jusqu'à la petite voiture du glacier. Il y avait là toutes sortes de glaces et ma gourmandise avait pris le dessus sur mon travail. Après tout, Seeley avait raison, Ange pouvait bien attendre encore cinq minutes.
- Spécialement conçu pour rafraîchir le palais ultrasensible des anthropologues, avait-il dit en me tendant une glace à la menthe.
Je lui avais jeté un regard en coin auquel il m'avait répondu par un grand sourire.
- Tu sais quoi ? Je te ramène au labo, tu me prépares le rapport et je vais aller interroger ce Chambers. OK ?
- OK !
Fin du flasback
Donc, je suis en train d'examiner une nouvelle fois le squelette de la jeune victime.
- Tu as déjeuné ? me demande Angela alors que j'accroche ma veste sur le portemanteau de mon bureau.
- Oui. Seeley m'a emmené déjeuner dans un restaurant sichuanais. J'en ai encore la bouche en feu.
Angela rit de bon cœur.
Après avoir enfilé ma blouse, nous montons toutes les deux sur la plateforme, nous dirigeant vers le cadavre brûlé.
- Les empreintes dentaires confirment l'identité de la brûlée et tu avais raison sur les deux tableaux, ma chérie, identité et sédatifs, dit Angela en secouant une feuille de fax tandis que j'enfile une paire de gants stériles. C'est le résultat des tests. Ils montrent un taux élevé de kétamine dans le sang.
Je hoche la tête. Soudain, je me sens à plat, déprimée. Je pousse un soupir de découragement. Je me sens nulle.
- Angie, je n'y comprends rien, dis-je en secouant la tête. C'est la première fois que ça m'arrive ! C'est le trou noir, pour moi ! C'est comme si...
- Ma chérie, je t'en prie, ne te décourage pas, tu vas y arriver ! dit Angela en posant une main réconfortante sur mon bras.
Je sais qu'elle a raison, mais là, je me sens inutile. Véritablement inutile. J'aurai bien besoin de plus d'indices, d'un petit coup de pouce. Voir même d'un miracle pour trouver la raison de la mort de la jeune fille.
- Seeley a besoin de mon rapport final pour Cullen. Il me talonne et je ne peux rien lui dire ! Qu'est-ce qui m'arrive ?
- Il ne t'arrive rien, Brennan. Simplement, ce cas est plus compliqué que les autres. Ça peut arriver, tu le sais bien. Mais j'ai confiance en toi, tu vas trouver, tu verras.
Installée sur le siège passager du SUV qui roule à vive allure, je laisse mon regard se perdre par la vitre passager, tout en me demandant à quel moment ma vie était devenue ce qu'elle était devenue. C'est-à-dire belle. Et surtout depuis quand exactement j'étais tombée amoureuse de Seeley. Dès le début ou alors au fil du temps ? Question bête, mais question qui me tarabuste. Angela m'avait dit que c'était dès le premier jour. Et pourtant, ce fameux premier jour, je ne souviens pas avoir succombé à son charme. Je l'aurais plutôt pilé sur place, oui.
Le paysage qui défile autour de moi ne m'apporte aucune réponse. Machinalement, histoire d'occuper mes mains, je joue avec mon collier.
Quoi qu'il en soit, depuis mon mariage avec Seeley, oubliées, toutes mes craintes et mes peurs. Tous mes espoirs se sont enfin réalisés. Le genre d'homme auquel j'ai toujours rêvé est assis à côté de moi. Comme se plait à le dire Angela, il est de la race des gentlemen, des chevaliers servants en armure étincelante. Et c'est mon mari. Je sens mes lèvres s'étirer en un sourire et une douce chaleur envahir délicieusement mon ventre.
- J'ai dû tourner au mauvais endroit, grogne soudain Seeley d'une voix agacée. Il doit forcément exister une route menant vers ce fichu trou perdu.
La note faussement enjouée que contient sa voix manque de conviction. Nous nous rendons à un rendez-vous fixé par un mystérieux inconnu lors d'un appel téléphonique destiné à Seeley, tout aussi mystérieux. Ça concerne le meurtre de la jeune Molly. Bizarrement, nous n'avons vu ni maison ni lumière depuis des kilomètres, et la dernière station-service se trouve à vingt minutes derrière nous. Lorsque j'avais suggéré, il y a quelques minutes, de nous y arrêter pour demander notre chemin, Seeley avait opposé un refus catégorique. Ah, les hommes !
- Pourquoi les voitures du FBI n'ont pas de GPS ? Dans des cas comme ça, ça me paraît vraiment très utile, non ?
- Je connais toutes les routes du coin, je n'ai pas besoin d'un GPS. Je...
Une secousse fit tanguer le SUV au moment où la petite route cimentée prit fin, se transformant soudain en une route pleine de gadoue et de trous.
- Fais demi-tour, Seeley, je lui conseille d'une voix nerveuse. Tu ne vois pas que ce chemin ne mène nulle part ?
Seeley se penche en avant et tend le cou en grimaçant pour scruter la route par-dessus le volant.
- Il y a un fossé de ce côté. Nous risquons de nous enliser si je tente la manœuvre ici.
Je prends une profonde inspiration et expire lentement l'air de mes poumons. Frissons. Il commence à faire frais.
Une heure déjà que nous avons quitté Washington. La forêt file toujours autour de nous.
Alors que nous aurions dû être parvenus à destination depuis une bonne demi-heure, Seeley n'avait encore aperçu aucun des repères qui lui avait été indiqué par l'inconnu avant le départ.
Seigneur, nous sommes bel et bien perdus !
- Il me semble apercevoir de la lumière, annonce Seeley, d'une voix où pointe une lueur d'espoir, mais aussi d'exaspération.
Je plisse les yeux. Un peu plus loin, en effet, un vague scintillement perce le noir de la nuit. Trop faible pour provenir des feux d'une voiture ou d'une maison plantée au milieu de nulle part, mais plus lumineux que celui d'une simple torche. Une intuition désagréable me tord l'estomac. Sur quoi allons-nous tomber ?
- Pourquoi ne pas faire marche arrière jusqu'à la route ? Je crois qu'on nous a monté un canular, Seeley. Rentrons à la maison.
- Remonter toute cette route en marche arrière ? s'étonne-t-il en me jetant un regard atterré. Attendons d'être arrivés à hauteur de cette lumière, quelle qu'elle soit. Si nous n'en rencontrons pas d'ici là, je tenterai alors de rebrousser chemin.
Il me lance un sourire qui se veut rassurant.
- J'étais si impatient de rencontrer cet homme, reprend-il, qu'il nous permette d'avancer dans cette saloperie d'enquête. Mais si tu y tiens vraiment, on peut laisser tomber et rentrer à la maison. J'espère seulement qu'il me recontactera à nouveau.
- Il te rappellera sauf si c'est une mauvaise plaisanterie ! J'ai la nette impression qu'il t'a mené en bateau, chéri !
La lumière devant nous se met à briller davantage. Je distingue bientôt des formes en clair-obscur évoluant auprès de deux véhicules arrêtés sur le côté de la route. Trois ou quatre puissantes torches électriques brillent dans la nuit, projetant une lumière mouvante. Un drôle de pressentiment ainsi que de l'inquiétude me saisit.
Que font donc ces hommes aussi loin de tout ? Là où, à proprement parler, il n'y a rien ?
Je n'aime pas ça du tout. Un frisson d'appréhension me traverse, qui me donne la chair de poule.
- Rebroussons chemin, Seeley.
- Je vais me renseigner, dit-il. J'aurais dû le faire à la station-service.
- Sans doute..., je marmonne, exaspérée.
Seeley lève le pied de l'accélérateur et arrête doucement le SUV au milieu de la route. Ôtant les clés de contact, il allume sa torche, puis m'adresse un sourire éclatant.
- Je ne serai pas long. Attends-moi ici, Tempe.
Quelques mètres plus loin, les six hommes réunis autour du coffre d'une des voitures se tournent vers lui tandis qu'il descend du SUV. Je me mets à les détailler.
Tous sont vêtus de jeans et de T-shirt. L'un des inconnus porte des cheveux longs mal coiffés. A côté de lui, un jeune homme qui ne doit pas avoir plus de dix-huit ans, au crâne rasé. Quant au balèze qui se tient le plus près du coffre, il a un ventre énorme, serré dans un vieux polo, et qui déborde de la ceinture de son grand pantalon. Les deux autres présentent une allure plus conventionnelle et semblent presque déplacés au sein de ce groupe. Le jean repassé, le T-shirt impeccable, l'un et l'autre ont une coiffure nette et soignée d'hommes d'affaires. Ils se tiennent côte à côte. Le sixième homme est placé légèrement en retrait, le visage dans l'ombre, la tenue tout aussi ordinaire que celle des cinq autres : jean serré, boots et blouson de cuir.
Je reporte mon regard sur Seeley qui s'approche du groupe. Prudent, la main discrètement près de son arme, il éclaire son chemin de sa torche.
- Salut les gars ! lance-t-il. Je crois bien m'être égaré…
Je n'entends plus rien d'autre qu'un puissant bruit qui me fait sursauter. Horrifiée, je vois Seeley qui s'effondre sur le sol devant mes yeux, avant de disparaître de mon champ de vision. Je reporte aussitôt mon regard sur la sinistre bande. Les deux hommes « propres sur eux » se sont écartés des autres, la mine décomposée, tandis que l'homme aux cheveux longs allume calmement une cigarette, avant de tendre son paquet à son jeune ami.
Du canon de son revolver, l'auteur du coup de feu pointe le voyou à la veste de cuir, apparemment en gros désaccord avec lui.
L'information met quelques secondes à pénétrer dans mon cerveau, puis mon cœur cesse de battre si brutalement que je me sens incapable de réfléchir. Ils ont tué Seeley. Ils l'ont froidement assassiné.
Je pousse un hurlement. Mon dieu, Seeley... NON !!!
Je vais pour descendre du SUV pour secourir Seeley quand je me rends compte que les hommes se rapprochent lentement du véhicule.
Fuir. Pour sauver ma vie. Car je devine qu'ils vont me tuer aussi. Je le vois dans leurs yeux.
Au bord de la folie, je me force à respirer calmement. Comme un robot, je me glisse derrière le volant tandis qu'une sueur froide m'envahit. Avant de descendre, Seeley avait retiré les clés du contact. Je jette un coup d'œil à travers le pare-brise et voit l'homme aux cheveux longs indiquer le SUV d'un signe du menton. Le chauve s'y dirige aussitôt. Tournant la tête dans tous les sens, je ne vois nulle part où fuir. Je n'irai pas loin avec mes chaussures à talons. Pour une fois que j'en mets. Mais je dois essayer. Sauver ma vie. Je dois sauver ma vie.
Juste avant que le chauve n'atteigne le SUV, je prends mon courage à deux mains, j'ouvre la portière et me précipite hors du véhicule. Je me mets à courir ensuite sans me retourner, je crève pourtant d'envie de voir le corps de Seeley. Un hoquet de terreur m'amène une nausée au bord des lèvres. Vais vomir mon repas. Mes hauts talons rendent ma course incertaine sur le chemin de terre.
J'entends les hommes derrière moi qui me crient de m'arrêter, mais je redouble d'effort pour leur échapper. J'ignore où mes pas me mènent, mais j'espère mettre assez de distance entre moi et les tueurs. Trouver une cachette pour me réfugier, voilà mon but.
Soudain, un coup de feu retentit. La balle passe à quelques centimètres de mon oreille. Une voix hurle dans mon dos, une autre lance un chapelet d'injures, une troisième émet un cri animal. Mais je poursuis ma course sans tenter un coup d'œil derrière moi.
Un bruit de moteur se fait soudain entendre.
Merci Seigneur, ils s'en vont !
Me laisser disparaître dans la nuit, m'oublier…
Malheureusement pour moi, je n'ai pas cette chance. Une voix dure, très proche, m'ordonne de m'arrêter. Mon cœur cogne si fort dans ma poitrine que j'ai l'impression qu'il ne va pas tarder à exploser. Respirer me demande un effort surhumain, des douleurs me traversent les jambes, et chacun de mes pas met mes chevilles au supplice. Non, il n'est pas question que je m'arrête.
Sans que je m'y attende, des bras me saisissent soudain par la taille. Sous le choc, je tombe lourdement sur le sol en poussant un cri de douleur. L'homme qui m'a rattrapée me suit dans ma chute, m'écrasant sous son poids.
Je ferme les yeux, sonnée et étouffant sous la lourde masse de l'homme. Ils vont me tuer. Exactement comme ils ont tué Seeley.
- Debout, ma belle ! m'ordonne mon agresseur.
Il m'aide à me relever, me maintenant le poignet d'une main ferme. On se retrouve bientôt face à face, les yeux dans les yeux. C'est l'homme au blouson de cuir. J'entends à peine le souffle de sa respiration.
L'homme qui a tué Seeley s'approche et lève le canon de son arme vers ma tête. Anéantie par la mort de Seeley, je me dis que je vais bientôt le rejoindre et on sera à nouveau ensemble. Je ferme les yeux.
- Baisse ça, ordonne l'homme qui me tient d'une poigne ferme.
Il bouge d'un pas, s'interposant ainsi entre moi et le revolver.
- Est-ce qu'elle ressemble à un agent du F.B.I. ? dit-il. A un dealer venu te piquer ta came ? Merde, ce ne sont que deux petits bourgeois qui ont eu la mauvaise idée de se pointer au mauvais endroit et au mauvais moment.
Hé ben, mon vieux, si tu savais..., je pense en le fixant.
Il tourne à nouveau son visage vers moi, la mâchoire serrée et des lèvres cruelles. Malgré l'obscurité, il me semble décerner une lueur d'accusation dans son regard, comme si cette catastrophe était entièrement de ma faute.
- Je m'en fiche, répond le gros truand au revolver. Elle nous a vus. Il faut la supprimer.
Le ton sur lequel il a prononcé ces mots est si détaché, si froidement monstrueux…
Malgré tout mes forces pour tenir debout, je sens mes jambes flageoler, je sens que je vais perdre conscience. L'homme qui me tient secoue la tête. Il se met à grogner des grossièretés, sans me lâcher le poignet. Épuisée moralement, je ne songe même pas à chercher à me libérer lorsqu'il me fait passer derrière lui d'un geste rude.
- Je la veux, grogne-t-il.
Le gros homme baisse son arme.
- Tu, quoi ?
- J'ai dit que je la voulais, répète l'homme d'une voix mauvaise. Nous sommes cloîtrés dans cette maudite baraque depuis plus d'un mois, et laisse-moi te dire que les femmes de ce trou à rat que tu appelles une ville ne correspondent pas exactement à mes standards !
- Plutôt mourir ! je m'écrie, prise d'une brusque panique.
Je me mets à gesticuler dans tous les sens pour me dégager, je tente de porter un coup de pied dans la partie la plus sensible de son anatomie, mais je me retrouve presque aussitôt le nez contre son torse, le poignet toujours emprisonné, tordu dans mon dos. L'inconnu se penche vers moi, il va sûrement tenter de m'embrasser. Je tourne la tête, prête à l'affronter, à mordre, à griffer si nécessaire quand, à ma grande surprise, il se met à chuchoter dans mon oreille.
- Ne dis rien que tu puisses regretter, chérie.
Ah oui ? Hé bien qu'est-ce que tu penses de ça ?
Rassemblant mes forces, je lui expédie la pointe de ma chaussure sur la rotule. Je voulais viser plus haut, mais faute de place, je n'y arrive pas. A cause de ma jupe qui est à présent retroussée sur mes cuisses.
D'habitude, je porte très rarement des jupes serrées, c'est pas trop mon style, j'aime être à l'aise, mais ce matin, j'avais voulu faire plaisir à Seeley qui, lui, aime les jupes serrées.
Alors que je repense à lui, des larmes me montent au yeux.
Mon Dieu, que vais-je devenir sans toi ? Je ne pourrai jamais survivre à ton absence...
- Attention où tu mets les pieds, chérie, dit l'homme en m'aidant à me relever.
- Cessez de m'appeler chérie, espèce de débile !
- Très bien. Alors comment t'appelles-tu, chérie ?
Je le frappe du poing, en un crochet pathétique qui rencontre mollement le haut de son bras.
- Mon nom ne vous regarde pas, je lui réplique d'un ton autoritaire.
Le gros homme éclate de rire.
- C'est bon, Carlson, raille-t-il. Amuse-toi avec elle et je la tue ensuite. Cette poupée est du genre à nous attirer des ennuis. Elle parle trop.
Le dénommé Carlson penche à nouveau la tête, tout près de mon oreille.
- A toi de choisir, chérie, murmure-t-il. Ou tu la fermes et tu ne me quittes pas d'un millimètre, ou tu finis comme le type, là-bas, sur la route.
Malgré tout mon contrôle pour ne rien lui montrer de ma peur, mon visage se crispe à la mention de Seeley.
- C'était ton mari ?
- Oui, c'était mon mari ! je lui hurle au visage et vous l'avez tué !
Je vois qu'il me fixe sans quitter une seconde mes yeux. Mes yeux à moi pleurent. Ils pleurent mon amour, ils pleurent Seeley.
- Non, dit-il à l'intention du gros homme, toujours sans me quitter des yeux. Je n'ai pas l'intention de « m'amuser » avec elle, et tu ne la tueras pas. Je la garde avec moi.
Tournant alors les talons, il se met à marcher d'un pas décidé vers le SUV, m'entraînant à sa suite car il n'a pas détaché sa poigne de mon bras. Le gros homme se contente de grommeler un juron, avant de replacer son revolver dans sa ceinture.
Intérieurement, je pousse un soupir de soulagement. Je ne mourrais pas ce soir.
Carlson presse le pas pour s'approcher du corps de Seeley. Il marche vite, m'obligeant à courir derrière lui. Mais je n'ai pas besoin de ça, je veux voir Seeley.
Carlson s'arrête et baisse les yeux sur le corps de Seeley. Toujours sans lâcher mon poignet, il s'accroupit et se met à examiner le corps. Je fais de même. Je distingue beaucoup de sang sur la chemise de Seeley. Un trou ensanglanté apparaît au-dessus de son flanc.
- Qu'est-ce que tu fais ?
Carlson regarde par-dessus son épaule. Le jeune au crane rasé avance dans sa direction. Carlson reporte son regard sur Seeley et pose deux doigts sur son cou.
- Notre ami est toujours vivant, dit-il après quelques secondes.
J'émets un curieux son, probablement mon souffle qui s'arrête dans ma gorge.
Seeley est vivant. Merci mon dieu...
- Costaud, le gars, dit Carlson.
Puis il se met à le fouiller et par malchance, découvre la plaque du FBI ainsi que le téléphone portable.
- Sacré nom de nom ! Un agent fédéral ! C'est un putain d'agent fédéral !
Il se relève et se tourne vers moi, relevant son arme.
- Et toi ? T'es du FBI aussi ?
Je décide de ne pas répondre et je le fixe dans les yeux. Sachant Seeley vivant, je me sens à nouveau plus vaillante et prête à tout.
- Je ne le répèterai pas deux fois, ma jolie : t'es du FBI ?
Le gros homme s'approche et me colle le canon de son arme entre les deux yeux.
- Réponds à mon copain, sinon...
- Je t'ai dit de ranger ton arme !! lui crie Carlson.
L'autre obéit en bougonnant.
- Alors ? me redemande Carslon. Mon copain commence à manquer de patience.
- Non. Je travaille avec eux, mais je ne suis pas du FBI, dis-je en respirant à nouveau.
Carlson continue à me fixer quelques instants.
- Je peux prendre la bagnole ? dit soudain le jeune au crâne rasé en affichant un sourire béat. Elle est drôlement chouette !
- Non, répond Carlson. Elle amènerait tous les agents fédéraux de Washington jusqu'à nous.
Un des autres hommes apparaît à son tour. Tandis que je pose un regard sur lui, il secoue la tête.
- Parce que tu crois que celle-là ne va pas les conduire jusqu'à nous ? ironise-t-il d'un ton aigre, me montrant du doigt .
- Celle-là, je m'en charge, réplique Carlson d'un ton sec. Mets-la dans la voiture de Darryl ainsi que le flic, ordonne-t-il en tendant mon poignet.
Au contact de l'autre type, je me mets à frissonner de dégoût.
- Touche-la n'importe où ailleurs, reprend-il d'un ton menaçant, et tu es mort. Elle est à moi, c'est compris ?
A suivre...
