Un grand merci à tous ceux qui ont pris du temps pour me laisser de sympathiques reviews. Dommage qu'elles soient si peu nombreuses... Voici donc le chapitre 6 qui est assez long pour vous faire plaisir. Alors à votre tour, lâchez-vous sur les reviews. Merci d'avance.
Chapitre 6
Je ne veux pas montrer aux tueurs la peur qui me serre le ventre. Installée sur la banquette arrière de la voiture, je tente tant bien que mal d'empêcher mes dents de claquer et mes jambes de trembler, mais mon corps ne veux pas m'obéir. J'ai déjà eu affaire à des situations plus que critiques dans ma vie, mais là, c'est...
Seeley est assis à côté de moi, sa tête repose sur mon épaule, il est plus ou moins conscient. Pâle, mais vivant. Je presse ma main sur sa blessure qui saigne abondamment. Tandis que la voiture démarre, j'examine sa plaie tant bien que mal. Grâce à Dieu, elle n'est pas mortelle. Je pousse un énorme soupir de soulagement.
Assis de mon autre côté, Carlson ne bouge pas. Le regard fixé sur la route devant eux, mes trois gardes du corps semblent avoir totalement oublié notre présence. Surtout la mienne. Apparemment, ils craignent le dénommé Carlson. Je vois celui-ci leur lancer de temps à autre un sombre regard d'avertissement.
Malgré l'angoisse qui me ronge et la vive inquiétude que je ressens pour Seeley, je ne perds rien de ce qui se passe autour de moi. Je dois rester attentive à leurs attitudes.
Seeley et moi avions fait irruption au beau milieu d'une transaction de trafiquants de drogue. C'était bien notre chance. De toutes les routes qui mènent nulle part, Seeley avait justement choisi la mauvaise.
Carlson lui a pris son arme, ses papiers, son portable. Et le comble de tout ça, c'est que je viens de me rendre compte que j'ai laissé mon sac dans le SUV. Avec mon portable. Mon dernier espoir de retrouver la liberté.
Je dois trouver un moyen de nous tirer de là. Absolument.
Carlson tourne la tête et ses yeux s'arrêtent sur moi. Mon cœur fait un triple saut dans ma poitrine et je sens mes lèvres devenir toutes sèches, j'avale ma salive de travers. Pas besoin d'être médium pour deviner ce à quoi il pense. Il s'est montré assez explicite.
A cette pensée, mon corps se met à trembler encore plus. L'espace d'une fraction de seconde, j'ai l'impression de voir son regard froid s'adoucir. Je secoue la tête. Je dois rêver.
Soudain, la voiture s'arrête devant une maison à l'apparence abandonnée. Une petite lampe éclaire le perron, projetant une lumière glauque, pas du tout accueillante. Tournant la tête, je ne vois aucune autre maison dans les parages.
Le jeune homme rasé sort de la voiture, suivi de son copain. Celui-ci ouvre la portière et ils commencent à tirer, sans ménagement, le corps de Seeley. L'un par les pieds, l'autre par les épaules. Je me cramponne à lui, la main toujours sur sa blessure.
- Allez-y doucement, espèces d'abrutis ! Il est toujours vivant !
- Vous inquiétez pas pour lui, ma p'tite dame, les fédéraux, c'est du costaud !
Au moment où je vais pour sortir de la voiture à mon tour, Carlson m'attend près de la portière. Le visage figé, il me tend une main. Je l'ignore et je descends du véhicule, pour découvrir aussitôt qu'il n'y a aucun endroit où fuir. De toute façon, j'en ai déjà fait l'amère expérience, je n'arriverai pas à le semer. Malgré tout, je scrute la route en plissant les yeux.
- N'y songe même pas, grogne Carlson en me serrant le bras. Tu n'irais pas loin.
Parce qu'il me tuerait ? Parce que l'un des autres tueurs le ferait ?
Rassemblant tout mon courage, je rive mon regard dans le sien.
- Vous me paierez tout ça, je vous le jure ! je lui crie d'une voix que je tente le plus dure possible.
Les trois autres se mettent à rire, mais pas Carlson. Le géant qui a tiré sur Seeley lui assène une grande claque dans le dos.
- Je descends son petit ami, ricane-t-il. Toi, tu la ramènes ici pour te payer un peu de bon temps, et voilà t'y pas qu'elle te lance des menaces !
J'ai envie de regarder le gros homme dans les yeux et de lui faire comprendre ma façon de penser… Mais je me retiens. Carlson me fait peur, mais celui qui a blessé Seeley, et menacé d'en faire autant avec moi, me terrorise au-delà de toute raison. Mon instinct me dit que si je garde mon attention et mon regard fixés sur Carlson, il nous reste une toute petite chance de nous en sortir.
Aussi bien les uns que les autres, ils sont tous que des gangsters, mais celui qui a décidé que je lui appartiens me semble être le plus intelligent des quatre. Peut-être que lorsque nous serons seuls, j'arriverai à lui faire comprendre raison.
Lui proposer de l'argent pour qu'il nous laisse, Seeley et moi, partir sains et saufs. J'ai de l'argent, mes livres et mon travail me rapportent beaucoup d'argent. Carlson se laisserait-il acheter ? Peu importe la somme qu'il me demanderait, je suis prête à payer cher pour que nous puissions nous en sortir vivant. De nos jours, tout s'achète avec de l'argent.
Détournant les yeux des siens, je vois que les trois hommes emmène Seeley à l'intérieur de la maison. Il peut à peine marcher et ils le traînent chacun par une épaule. Carlson me fait prendre le même chemin et me fait entrer dans la pièce principale. L'intérieur de la maison est pire que l'extérieur. Le sol est jonché de débris en tous genres, restes de plats et canettes de bières. Un tas de vaisselle sale dans l'évier. Je bute dans une boîte de pizza vide lorsque Carlson me pousse devant lui.
Deux des hommes ont déposé Seeley sur une espèce de grabat défoncé qui, habituellement, devait servir de lit. Je me précipite vers lui. Ses yeux bougent sous ses paupières, il est en train de reprendre connaissance.
- Il lui faut un médecin d'urgence ! Il a perdu beaucoup de sang ! je crie en me tournant vers Carlson.
Mais il ne daigne pas me répondre.
- Hé, Carlson ! lance le type aux cheveux gras, le visage hilare. Je ne voudrais pas marcher sur tes plates-bandes, mais quand tu en auras fini avec cette pute, peut-être pourrais-tu nous la prêter pour qu'elle nous fasse un peu de ménage.
Je lui jette un regard meurtrier.
- Fais-le toi même, Doug, dit Carlson sans se retourner tandis qu'il me fixe toujours.
Je vois le visage du gamin changer brusquement et prendre un regard plein de haine.
- Donnez-moi au moins de quoi le soigner !
En demandant ça, je n'y crois pas trop mais à ma grande surprise, je vois Carlson se diriger vers une espèce de placard qui a l'air de tenir tant bien que mal sur trois pieds et en sortir une mallette de soins d'urgence.
Au lieu de me l'apporter, il me la lance et je l'attrape de justesse avant qu'elle ne vienne frapper la tête de Seeley.
- Qu'est-ce... qu'est-ce qui s'est passé ? bredouille Seeley.
- Débrouillez-vous avec ça, j'ai rien d'autre.
- Mais qu'est-ce que tu fous, Carlson ? s'écrie le géant. Alors maintenant, tu soignes les putains de flic du FBI ? On devrait plutôt finir de le buter, ça en ferait un de moins !
Puis il éclate d'un rire gras qui se termine en quinte de toux.
- Ta gueule ! grogne Carlson tandis qu'il m'observe toujours.
J'ouvre rapidement la boîte de soins, il n'y a pas grand-chose dedans, à part quelques bandages et surtout de l'alcool. Ça ira pour l'instant en attendant l'hôpital. Seeley est costaud, il s'en remettra, je ferais tout pour ça. Je suis prête à tout pour lui. Même le pire.
Délicatement, je retire sa veste qui est bonne pour la poubelle, il se laisse faire, il est encore dans les vapes, puis je déboutonne tout doucement sa chemise inondée de sang. Mes mains sont sales, je les désinfecte avec un peu d'alcool. Puis j'entreprends de mieux examiner sa blessure. La balle a fait un joli trou dans son flanc, elle est ressortie de l'autre côté, mais surtout, elle n'a touché aucun organe vital. Elle est impressionnante, mais pas mortelle.
Je pousse un gros soupir de soulagement.
- Seeley, tu m'entends ? C'est moi, Tempérance. Réponds-moi, je t'en prie...
- Tempérance...
- Oui, c'est moi. Tu es blessé, mais ta vie n'est pas en danger. Je suis en train de te soigner.
- Qu'est-ce que..., dit-il en ouvrant lentement les yeux.
Il est faible, il a perdu vraiment beaucoup de sang.
- Chut, ne parle pas, laisse-moi te soigner.
Je termine mes soins et après avoir refermé la boîte d'infirmerie que je décide de garder précieusement près de moi, je m'installe à mon tour sur le grabat et j'aide Seeley à se redresser en position assise. Cette fois, il est bien réveillé et regarde autour de lui. Je fais de même.
La pièce où nous nous trouvons comporte un canapé défoncé et deux chaises, défoncées elles aussi. Une petite télé est posée sur une table basse.
Soudain, une nouvelle poussée de panique m'envahit. S'ils découvrent qui je suis, vont-ils demander une rançon ? Ou bien vont-ils se débarrasser de nous rapidement ?
- Debout ! me lance soudain Carlson alors que je suis plongée dans mes pensées.
- Certainement pas ! Je ne reçois d'ordres de personne ! Et surtout pas de vous !
- Laissez-la tranquille ! Si vous touchez un seul de ses cheveux..., commence Seeley en tentant de se lever.
Alors, Carlson sort une arme de gros calibre de sa ceinture et la braque sur lui.
- A votre place, mon vieux, je ne ferai pas ça.
- Mais qui êtes-vous, bon sang ? s'écrie soudain Seeley tout en se redressant brusquement, ce qui lui arrache un gémissement. Qu'est-ce que vous voulez ?
Sa main va aussitôt se porter sur son flanc blessé.
- Ce qu'on veut ?? Ah ah ! Tu vas pas tarder à le savoir ! Doug, attache-le, c'est plus sûr ! J'ai bien peur que ce gentil agent fédéral ne veuille nous faire une entourloupette !!!
Bienheureux de la situation, Doug se précipite sur Seeley et l'attache avec ses propres menottes.
- Surveille-le, mais ne le touche pas, OK ?
- Mais pourquoi ? dit-il en sortant une arme à son tour. Juste une...
- J'ai dit : tu ne le touches pas. C'est bien clair ? Et range-moi cette arme !!!
L'autre obéit tout en en continuant à braquer Seeley du canon de son arme, Carlson s'adresse à moi.
- J'ai dit debout, chérie ! Ne me force pas à être brutal !
- Vous l'avez déjà été, je vous signale !
Alors, sans que j'ai eu le temps de m'y préparer, Carlson se précipite sur moi, m'attrape violemment par un bras et me lève sans ménagement du grabat. Seeley tente de se lever malgré ses mains attachées dans son dos, mais Carlson lui plante à nouveau son canon entre les deux yeux.
- Décidément, vous êtes têtu, agent Booth !
- Espèce de...
- Silence ! Si tu ne fais pas ce que je te dis, ma belle, je cloque une balle dans la tête de ton cher mari !
En imaginant qu'il mettrait certainement sa menace à exécution, ma bonne raison l'emporte. J'abdique.
- Tempe, NON ! crie Seeley derrière moi. Ne fais pas ça !!
Puis j'entends un gémissement de douleur. Je ferme les yeux et je prie. Je laisse Carlson me traîner derrière lui dans un étroit couloir qui sent le renfermé. J'essaie de rassembler mes forces pour me calmer, mais rien n'y fait : les violents battements de mon cœur me donnent l'impression d'étouffer, et mes genoux tremblent à chaque pas. Je décide malgré tout de lui jouer un tour à ma façon, histoire de lui montrer que je sais me battre, lorsque, me tenant par le poignet, Carlson ouvre une porte et me force à pénétrer dans une chambre.
Derrière moi, j'entends les deux jeunes dealers se remettrent à rire.
Imperturbable, Carlson me pousse sans ménagement dans la pièce avant de claquer la porte derrière nous d'un geste sec. Ma première pensée est qu'au moins la chambre est plus propre que le reste de la maison. Le lit double a été fait à la hâte, aucun détritus ne traîne par terre, et la petite fenêtre est pourvue de vrais rideaux.
- Assieds-toi, m'ordonne-t-il d'une voix calme.
Le seul endroit où s'asseoir est le lit. Je secoue la tête dans un geste négatif. Carlson se penche vers moi. Juste un peu. Les traits de son visage, jusque-là cachés dans l'obscurité de la nuit, se révèlent maintenant sous la lumière du plafond. Des yeux marron qui ne sourient pas. Une mâchoire carrée couverte d'une barbe d'au moins trois jours, mais dont la dureté est adoucie par une longue chevelure brune qui lui retombe sur les épaules.
- Assieds-toi, répète-t-il à mi-voix.
Son arme est glissée dans la ceinture de son jean.
Pensant à Seeley, je décide d'obéir. Je m'assois sur le bord du matelas, au pied du lit, les mains sur les cuisses, le dos droit et les genoux réunis.
- Que voulez-vous, au juste ? Si c'est de l'argent, je vous en donnerai et vous serez content et moi et mon mari pourront repartir en bonne santé et...
Je déglutis avec difficulté.
Sans avoir eu à subir ses avances.
Je n'arrive pas à dire ça. Mais je suis sûre qu'il devine parfaitement ce que je pense.
Carlson se met à marcher de long en large dans la pièce. Écartant de temps à autre ses longs cheveux de son visage, il ne quitte le plancher des yeux que pour jeter de temps en temps un regard vers la porte. Une fois, seulement, son attention se porte sur moi. Il secoue alors la tête en grognant des mots indistincts, puis se replonge dans la contemplation du sol.
Cessant enfin ses allées et venues, il vient se poster devant moi. Près. Trop près. Et toute fuite est impossible.
- Comment t'appelles-tu ?
- Je ne vous dirai rien, je lui réponds d'une voix glaciale.
Je le vois esquisser un sourire.
- Très bien. Je continuerai donc de t'appeler chérie.
Espèce de crétin, tu me paieras ça.
- Tempérance.
Mes lèvres sont si serrées que je n'ai pas la moindre idée s'il a entendu ma réponse.
- Et ton nom de famille ?
- En quoi ça vous concerne ?
Il se penche presque à me toucher.
- N'essaie pas de jouer les dures avec moi. Je suis ta seule chance de te sortir d'ici vivante, toi et ton agent fédéral.
Je déglutis.
Une sorte de ricanement se fait entendre depuis le couloir. Les deux autres, sûrement. Carlson laisse échapper un soupir.
- Donne-moi ta veste, m'ordonne-t-il soudain.
- Non.
Alors, je le vois retirer son blouson et le déposer sur le montant du lit. Se débarrassant ensuite de son T-shirt, il l'envoie rejoindre le blouson avant d'empoigner le revolver glissé dans sa ceinture. Il le soupèse un instant, lève les yeux vers moi, puis s'avance rapidement vers le placard où il range l'arme sur l'étagère la plus haute.
Je lève un sourcil, étonnée. Mais qu'est-ce qu'il fait ?
Ceci fait, il désigne du doigt ma veste. Je lève le menton et fait non de la tête.
- Je ne te toucherai pas, déclare-t-il, la mâchoire crispée. Mais j'ai besoin de cette putain de veste.
Toujours aussi têtue, je croise les bras sur ma poitrine.
- Non.
- D'accord, soupire-t-il. Je vais donc employer la manière forte.
S'asseyant à côté de moi, il m'agrippe par le poignet. Pas question de me laisser faire ! Je me mets à gesticuler dans tous les sens afin de ne pas lui faciliter la tâche. Il ne m'aura pas aussi facilement.
- Ne me touchez pas ! je lui hurle dans les oreilles tout en me débattant de plus belle.
Un nouveau gloussement dans le couloir.
Après une lutte brève et inégale, il est bien plus fort que moi, ma veste se retrouve entre ses mains. Je suis complètement débraillée. Mon chemisier est à moitié sorti de ma jupe et j'ai les cheveux en bataille. Il pointe un index autoritaire vers moi.
- Maintenant, allonge-toi et tiens-toi tranquille.
- N'y comptez surtout pas. Je suis mariée et j'aime mon mari. Quand il ira mieux, il vous cassera la gueule et vous finirez en prison.
Carlson ferme les yeux et secoue la tête.
- Nous n'y arriverons pas de cette manière, soupire-t-il.
Quittant soudain le lit, il se dirige vers la porte, qu'il ouvre sur deux faces ricanantes.
- Qu'est-ce que vous faites là, nom de Dieu ? gronde-t-il, tout en agitant d'un geste délibéré la veste sous leur nez.
- Cette maison manque de distractions, répond Doug. T'as déjà terminé ?
Profitant du fait qu'il ne me regarde pas, occupé avec ses complices, je décide de tenter quelques chose. Je m'approche rapidement de la petite fenêtre et je tente de toutes mes forces de soulever le panneau.
- Certains d'entre nous aiment prendre plus de trois minutes avec une femme, petit, je l'entends dire. Maintenant, dégagez. Si jamais je surprends l'un de vous deux à proximité de cette porte ou de cette fenêtre, je le descends. Et je le répète : vous ne touchez pas à un cheveu de l'agent fédéral. C'est bien compris ?
- Il est sage comme une image.
- Parfait. Que ça continue comme ça où sinon, vous aurez de mes nouvelles.
Je n'y arrive pas, on dirait que la fenêtre est scellée ou quelque chose comme ça. Je serre les dents et je redouble d'effort, mais rien n'y fait.
- Elle est scellée par la peinture, dit soudain Carlson dans mon dos.
Je sursaute au son de sa voix, mais ça ne m'empêche pas de continuer à essayer d'ouvrir cette foutue fenêtre qui reste obstinément fermée. Après une dernière tentative, je pivote pour lui faire face. Mes yeux me brûlent et j'ai la tête en feu.
- Comment va mon mari ?
- Il se tient tranquille. Il est plus raisonnable que toi. Bon, il faut que nous parlions, dit-il d'une voix douce. Assieds-toi.
Je secoue la tête.
- Allons, insiste-t-il. Assieds-toi. Je ne te ferai aucun mal.
- Quel privilège ! Peut-être attendez-vous que je vous dise merci ?
- Si je n'avais pas été là, à cette heure-ci, tu serais morte et ton mari aussi. Tu pourrais au moins me témoigner un peu de gratitude.
Si cette réponse est censée m'apaiser, hé ben, c'est raté. Carlson lève les deux mains, paumes ouvertes.
- Je te promets que je ne te toucherai pas, assure-t-il. Tu es en sécurité avec moi. Maintenant, assieds-toi sur le lit, s'il te plaît.
Je m'éloigne de la fenêtre en longeant les murs crasseux. Il s'y dirige à son tour et tire correctement les rideaux. Pendant ce temps, je m'assois sur le bord du lit. Mes pensées vont aussitôt auprès de Seeley et je me mets à prier.
Seigneur, faites qu'il aille mieux, je vous en prie...
- Il faut que nous parlions, répète Carlson. Mais avant ça…
Je rouvre les yeux à sa voix. Le regard fixe, il me contourne pour s'approcher de la tête du lit, dont il saisit l'angle d'une main ferme.
Immobile sur le bord du lit, je l'observe. Mais qu'est-ce qu'il fait encore ? Soudain, il se met à cogner le montant de bois contre le mur. Un coup. Deux coups. Un troisième… Il laisse s'écouler quelques secondes, puis recommence, adoptant cette fois un rythme régulier. Les yeux fixés sur moi, il heurte le mur avec une constance de percussionniste.
- Tu pourrais m'aider, murmure-t-il.
- Vous aider à quoi ?
- Fais un peu de bruit. Comme si tu prenais du plaisir.
- Quoi ?? Certainement pas ! Vous êtes un...
De sa main libre, Carlson m'attrape brusquement le poignet. Sous la douleur, je pousse cri aigu.
- Ça ira, dit-il en souriant.
En colère, je pince les lèvres.
Il accélère le tempo, la tête de lit heurtant le mur tel un métronome.
- Recommence, m'ordonne-t-il dans un chuchotement.
- Non, je…
Bien malgré moi, je me sens brutalement tirée de côté. Un nouveau cri jaillit de ma poitrine.
Seigneur ! Il me tient d'une telle sorte que mes seins pointent sous l'étoffe de mon chemisier, et j'halète comme s'il ne s'agissait pas d'un simulacre. Quant aux chocs du lit contre le mur, ils me rappellent avec un réalisme troublant l'activité à laquelle il fait semblant de se livrer. Le rythme, les secousses sur le matelas… L'activité à laquelle je me livre chaque jour avec Seeley...
- Encore une fois, chérie.
- Ne m'appelez pas…
Sans prévenir, il me soulève du lit, me remet debout sur le sol et me plaque sèchement contre son torse nu. Cette fois, je me mets à hurler. Carlson donne encore du montant du lit contre le mur, trois fois pour faire bonne mesure. Puis il s'arrête.
Je lève vers lui un regard bouillonnant de colère.
- C'était bon ? murmure-t-il.
Ma réponse ne se fait pas attendre. Une gifle cinglante et bruyante imprime sa marque sur sa joue gauche.
Alors que le bruit de la gifle résonne encore dans la pièce, je comprends que je n'aurai pas dû le frapper. Mais je ne regrette rien. Ça m'a fait du bien.
- Assieds-toi, dit-il, couvrant sa joue meurtrie de sa main.
J'obéis, tandis qu'il reprend ses allées et venues devant le lit. J'ai moins peur, à présent. Il s'était contenté de feindre que nous… Mais si jamais Seeley a entendu ça, qu'est-ce qu'il va en déduire ? Il va penser que je l'ai trompé !
Oh, Carlson, tu vas vraiment me payer ça au centuple, je te le promets..., je songe en secouant la tête.
J'expliquerai tout à Seeley un peu plus tard. Il comprendrait. Enfin, je l'espère...
Bon. Carlson avait fait semblant, et désirait me parler. Mais de quoi ?
- Vous voulez de l'argent ? J'en ai. Je vous donnerai tout ce que…
- Laissons l'argent en dehors de ça, veux-tu ? J'essaie de réfléchir.
- Réfléchir à quoi ?
- A ce que je vais faire de toi, chérie et de ton cher mari.
Je me mords la lèvre. Il existe certainement pire traitement que de se faire appeler « chérie ». Seeley m'appelle bien Bones.
Carlson s'arrête devant moi, toujours torse nu, le jean moulant ses hanches minces. Il est plus grand que la plupart des hommes, des muscles et des pectoraux là où il faut, et doté d'un regard intense sous sa longue crinière. Pour certaines femmes, intimidant est le mot qui convient le mieux pour le définir. Mais pas pour moi.
Je suis amoureuse de Seeley et le resterai jusqu'à la fin de ma vie. Mais, en tant que femme, je dois reconnaître que Carlson est très séduisant.
- Puis-je te faire confiance ? demande-t-il.
- Bon sang, quelle pagaille ! dis-je en prenant ma tête à deux mains.
Il se met à proférer ensuite une bordée d'insanités qui fait monter le rouge à mes joues. Et pourtant, j'en ai déjà entendu, dans ma vie et dans mon travail.
- S'il vous plaît…
- S'il vous plaît quoi ?
- Ne jurez pas, je déteste ça.
Un large sourire s'épanouit sur le visage de Carlson.
- Ton mari s'est fait flinguer, tu te retrouves au milieu de truands tout ce qu'il y a de plus dangereux, tu me fourres dans un pétrin dont je me passerai bien et tout ce que tu trouves à faire, c'est de te préoccuper de mon langage ? Tu ne manques pas de culot ou alors tu es vraiment inconsciente !
- Rien ne vous oblige à vous montrer aussi grossier avec moi.
- Chérie, apprends que Grossier est mon deuxième prénom.
- Ça ne me surprend guère, je lui réponds avec une grimace.
Voyant Carlson s'asseoir à côté de moi, je m'écarte aussitôt. Mais je ne me mets pas à bondir à l'autre bout de la chambre, comme me le dicte mon instinct. S'il avait projeté de me molester, il l'aurait déjà fait depuis longtemps. Simplement, je me sens mieux loin de lui et ainsi établir un peu de distance entre nous.
Se penchant vers moi, il me chuchote à l'oreille :
- Je suis ici en mission secrète.
Une vague de soulagement, mais aussi d'étonnement, m'envahit.
- Oh ! Vous appartenez à la brigade des stupéfiants ? Au F.B.I. ? Vous êtes sous couverture ? Vous disposez de contacts téléphoniques pour qu'une équipe puisse intervenir à tout moment au moindre signe de votre part, c'est ça ?
Le regard de Carlson s'assombrit.
- Non. Je suis détective privé, et je travaille ici pour mon propre compte.
Je sens mon sourire se figer instantanément.
- Aucun appui ?
Il secoue la tête.
- Mais vous n'êtes pas l'un d'eux, n'est-ce pas ? Vous n'êtes pas un gangster. Vous nous sortirez d'ici ?
- Plus tard, oui.
- Que voulez-vous dire, plus tard ? Ces hommes ont blessé Seeley, ils ont failli me tuer…
- Ton mari ne va pas mourir, me coupe Carlson. Il va s'en sortir. Tu vas t'en sortir aussi. Mais il me faut encore quelques jours.
- Mais Seeley a besoin d'un médecin, il doit être hospitalisé...
- Je n'ai pas l'intention de réduire à néant trois mois de travail juste pour envoyer ton mari à l'hôpital et mettre ton joli petit cul à l'abri.
- Mais…
- Je ne peux pas mettre en péril tout ce que j'ai fait jusqu'à présent, simplement parce que toi et ton mari avez été assez stupides pour surgir au beau milieu d'une opération de Darryl.
- Ne pourriez-vous pas nous laisser filer et prétendre que nous nous sommes évadés ?
- Non, dit-il en secouant la tête. Darryl se lancerait immédiatement à votre recherche. Si je vous garde avec moi, si toi et moi…, si nous leur laissons croire qu'il ne te déplaît pas d'être avec moi, je pense pouvoir vous garder en vie jusqu'à ce que j'en aie terminé ici.
- Vous « pensez » ?
- Je n'ai rien de mieux à te proposer pour le moment.
- Et Seeley ? Qu'est-ce que je vais lui dire ? « Mon chéri, je t'aime plus, je reste avec notre kidnappeur parce qu'il me plaît ? »
- Tu lui expliqueras notre plan et s'il est aussi intelligent qu'il en a l'air, il jouera le jeu.
- Il EST intelligent ! Il pourrait vous aider ? Il pourrait contacter ses collègues du FBI et...
- NON ! Trop dangereux ! Et puis je t'ai dit que c'était mon affaire, compris ?
Pendant quelques secondes, j'étudie les traits de son visage, la ligne sévère de son menton.
- Vous vous appelez réellement Carlson ?
- Non.
- Quel est votre véritable nom ? Vous ne voulez pas me le dire ?
Je le vois hésiter quelques instants.
- Formann, répond-il. Mais garde-toi bien de le prononcer en dehors de cette chambre. Jusqu'à nouvel ordre, je suis Carlson.
Je pousse un soupir. Je sens que je commence à me détendre un peu, à me retrouver à peu près. Je suis toujours en vie. Avec l'aide de cet homme, moi et Seeley continuerons de vivre.
- Walter Formann, détective privé. A votre service, madame.
Il me tend la main. Après une courte hésitation, je lui tends la mienne.
- Tempérance Booth.
Nous échangeons une brève poignée de main.
- Dites-moi une chose, Mme Booth. Comment vous êtes-vous retrouvés sur notre route ?
- Désolée, je ne peux rien vous dire. C'est une affaire fédérale. Simplement, nous nous rendions à un rendez-vous et nous nous sommes perdus.
Je me rends compte soudain que si cet homme n'avait pas été là, Seeley et moi ne serions plus de ce monde. Angela verrait sans doute en lui un chevalier en armure étincelante. Et prétendrait que ce n'était pas par accident s'il s'était trouvé sur notre chemin. Je sens un petit sourire se dessiner sur mes lèvres.
- Je ne vois pas ce qui peut prêter à sourire dans la situation où nous nous trouvons, s'étonne Formann en me fixant. Tu n'es pas en train de péter un câble ?
- Non, dis-je en secouant la tête. C'est juste que... Vous n'avez pas du tout l'air d'un chevalier en armure étincelante.
- Crois-moi, répond-il gravement, je n'en suis pas un.
- Pourquoi êtes-vous ici ? J'ignorais que les détectives privés pouvaient travailler sous une fausse identité.
- Je n'ai jamais prétendu agir dans la légalité, répond-il avec un demi-sourire.
Je hausse les sourcils.
- Des objections ? demande-t-il en plissant le front.
- Non. Vous avez certainement vos raisons.
- J'ai mes raisons, en effet.
Je pousse un soupir. Formann s'est montré honnête avec moi. Le moins que je puisse faire est de lui rendre la pareille. Jusqu'à une certaine limite.
- Mon travail…
- Laissons ton travail de côté pour le moment, tu veux bien ?
- Je crains que non, dis-je en rivant mes yeux aux siens. Je suis le docteur Tempérance Brennan et plus récemment Booth. Je suis anthropologue judiciaire, je travaille à l'Institut Jefferson à Washington et je collabore avec le FBI.
Formann reste silencieux.
- Seeley et moi, nous nous rendions à un rendez-vous concernant une enquête fédérale.
Formann ne dit toujours rien.
- Ma disparition et celle de l'agent Booth risque de provoquer de sérieux remous. Un véritable branle-bas de combat, pour être plus précise. Le FBI ainsi que l'Institut Jefferson remueront ciel et terre pour nous retrouver. Nous avons jusqu'à demain matin. Et je suis optimiste.
Glissant une main dans ses cheveux, Formann laisse échapper un flot d'obscénités pires encore que celles que j'avais entendues depuis que j'étais avec lui. Il ne me regarde pas, adressant apparemment ses grossièretés au plancher, aux murs et à la fenêtre.
- Formann, pourriez-vous...
Reportant son regard sur moi, il répond par le mot le plus court et le plus répugnant du vocabulaire des bas quartiers.
Je serre les dents et lève les yeux au ciel.
Il se lève du lit, avant de me tourner le dos pour remettre la main sur son T-shirt.
Bien. Enfin il se rhabille. Il a beau être un splendide spécimen de mâle alpha américain, la vue de ce torse dénudé n'aide pas à la concentration.
- Tiens, enfile-moi ça, grogne-t-il.
J'attrape le T-shirt entre le pouce et l'index, un sourcil levé.
- Pourquoi voulez-vous que j'enfile ça ? Je me sens très bien dans mes vêtements !
Formann se masse l'arête du nez, comme s'il était pris d'une soudaine migraine.
- Écoute-moi bien, chérie : dans moins d'une semaine, je devrais en avoir terminé ici. Trois mois de travail, dont la fin n'est plus qu'une question de jours. Et maintenant ça ! Si tu tiens à rester en vie, et ton cher mari aussi, je te conseille de m'écouter attentivement. Et de me laisser faire ce que je fais le mieux.
- C'est-à-dire ? je demande en croisant les bras et en tapant du pied sur le sol.
- Mentir.
Il laisse retomber sa main et me regarde.
- Dans notre intérêt commun à nous trois et pour donner le change à Darryl et aux deux autres abrutis, toi et moi sommes devenus comme deux animaux en rut.
- Quoi ????
Le souffle coupé, je tente péniblement de reprendre ma respiration. Est-ce qu'il croit qu'une femme peut accepter de son plein gré de... d'avoir des relations intimes avec un homme qui la séquestre? Comme si elle n'était rien d'autre qu'une...
- Je sais, dit-il. Mais nous devons les empêcher de s'approcher de toi.
Je frissonne.
- Premièrement, tu portes mes vêtements, tu ne me quittes pas d'une semelle, nous passons le plus clair de notre temps au lit… Tu es à moi. Tu m'appartiens. C'est ce que nous voulons leur faire croire. Ces types-là savent que s'ils tentent le moindre geste déplacé, ils me trouveront sur leur chemin.
A l'expression de son regard, je comprends qu'il pèse chacun de ses mots.
- Deuxièmement : nous voulons vous garder en vie, toi et Booth. S'ils pensent que tu caresses le projet de t'échapper à un moment ou à un autre, l'un d'eux pourrait fort bien devenir nerveux et commettre un acte… irréparable.
Nous tuer. Formann ne prononce pas les mots. Il n'en a pas besoin.
- Donc, tu restes collée à moi, poursuit-il, visiblement peu enthousiaste. Tu te fais discrète, tu n'ouvres pas la bouche, et dans quelques jours, je vous ramène chez vous… Et pour commencer, habitue-toi à me tutoyer.
- Il n'en est pas question ! Nous ne nous connaissons pas, alors je m'en tiendrai au vouvoiement.
Je vois Formann froncer les sourcils d'un air peu engageant. Je sens qu'il faut que je sois plus conciliante. Après tout, ma vie et celle de Seeley est entre les mains de ce malotru. Alors j'ajoute précipitamment :
- Sauf, bien sûr, en présence des autres truands…, dis-je en relevant le menton d'un air de défi.
- Comme tu veux, répond Formann, mais tu n'as pas intérêt à te tromper, sinon notre comédie de jeunes tourtereaux ne vaudra pas un clou et je n'ose imaginer la réaction de Darryl s'il apprend la vérité. Dès que tu es seule avec Booth, mets-le au courant de notre plan, mais discrètement. Dis-lui bien qu'il doit jouer le jeu à fond du mari trompé, sinon, c'est mort.
Ouais, bah, je sais pas trop comment il va prendre ça...
- Vous ne m'avez jamais dit ce que vous faisiez ici ?
- C'est vrai, répond Formann .
- Si je dois me comporter comme si vous me plaisiez et tout le reste, ne vaudrait-il pas mieux que je sache ?
Il rive de nouveau son regard dans le mien, et ce que je lis dans ses yeux me donne la chair de poule. D'un geste inconscient, je serre les bras autour de moi pour réprimer ce frisson glacé et inattendu.
- Non, dit-il finalement.
Puis il quitte la pièce, claquant la porte derrière lui.
A suivre...
