Coucou, mes fidèles lectrices, me revoilà avec la suite de l'histoire. Le chapitre 7. Merci pour toutes vos reviews si sympathiques. J'espère que la suite va vous plaire. Bonne lecture à toutes.
Chapitre 7
Allongée sur le lit de la chambre, je fixe le plafond. Mon cerveau ne cesse de me repasser en boucle la discussion que j'ai eu avec Seeley, tout à l'heure. Ça avait été chaud. Très chaud.
Autant Seeley pouvait être conciliant pour beaucoup de choses, mais là...
Pour me faciliter les choses, Formann avait trouvé un prétexte quelconque pour attirer au-dehors ses trois complices.
Je secoue la tête et je serre les dents en repensant aux yeux tout d'abord écarquillés d'étonnement de Seeley lorsque je lui avais expliqué dans son entier le plan de Formann, puis à son regard qui s'était durci brutalement, à sa mâchoire qu'il avait serré jusqu'à s'en faire grincer les dents, et puis la colère qui avait explosé. Jamais je ne l'avais vu dans cet état, lui qui avait la bonne particularité de rester calme, hormis quelques interrogatoires musclés. Du reste, je le comprenais parfaitement parce que, si j'avais été à sa place, je suis sûre et certaine que j'aurai réagi de la même façon.
- Jamais, tu m'entends, Tempérance ? Jamais je te laisserai faire ça ! Il n'en est pas question ! Non mais est-ce que tu te rends compte de ce que tu me demandes de faire ?
Je crois que s'il avait eu Formann sous la main et s'il avait pu, sans les menottes à ses poignets, il lui aurait montré comment un agent fédéral, ancien snipper, savait se battre.
- Seeley, je suis d'accord avec toi, mais là, c'est notre vie que nous jouons. Formann fait tout ça pour que ses complices ne nous tuent pas, qu'ils ne le forcent pas à le faire s'ils découvrent qui nous sommes exactement.
- Mais... mais enfin, pourquoi toi ? Pourquoi faire ça ? Je ne comprends pas son but.
- Je crois que c'est parce qu'il craint que s'il ne le fait pas croire que je me suis mise avec lui, qu'ils en profitent pour... pour abuser de moi. Non mais, t'as vu la tête qu'ils ont ?
- Il ne peut pas trouver autre chose ?
J'avais poussé un gros soupir.
- Seeley, je te jure qu'il ne se passera rien de plus qu'un baiser de temps en temps devant eux, devant toi. Je ferai tout pour qu'il ne soit pas obligé d'aller plus loin.
- Il manquerait plus que ça !!!
A force de persuasion, j'avais enfin réussi à lui faire accepter les faits et le plan. Il avait abdiqué, mais j'avais vu dans son regard toute cette colère retenue contre Formann. Il trouvait le plan bien trop facile pour lui, c'est-à-dire profiter de moi pour soi-disant nous sauver.
Je lui avais juré que jamais je ne coucherai avec Formann, que tout ça était combiné pour faire croire aux autres que Formann et moi, on était devenu accros l'un à l'autre. Histoire d'endormir leur méfiance.
- Seeley, tu me fais confiance, n'est-ce pas ? Tu sais très bien que je ne coucherai pas avec cet homme. Je t'aime et je ne ferai l'amour qu'avec toi, je te le jure. Simplement, nous devons jouer le jeu pour qu'on puisse sortir vivant de là tous les deux, d'accord ? Et pour que l'infiltration de Formann dans cette bande ne soit pas un fiasco.
- Tempe, je...
Mais il n'avait pas pu finir sa phrase, Formann et les autres pénétrant à grand renfort de bruits dans la maison.
Et maintenant, je suis allongée sur ce matelas, sous les draps, essayant de toutes mes forces de ne pas penser à Seeley allongé sur le grabat défoncé, repassant certainement tout ça dans sa tête, tout comme moi. J'aurai tout donné pour être allongé contre lui, entre ses bras.
Je n'ai pas mis le T-shirt ainsi que Formann me l'avait demandé, préférant garder mes vêtements. Malgré tout, je m'étais mise à l'aise, retirant ma veste, mon chemisier, ma jupe, restant en soutien-gorge et slip.
Je tente de ne pas m'endormir, car je ne sais pas quelles sont vraiment ses intentions vis-à-vis de moi, mais la fatigue l'emporte et je sens mes yeux se fermer, malgré ma vigilance.
Je ne sais pas combien de temps j'ai dormi, mais soudain, je me retrouve assise dans le lit après avoir fait un bond sur le matelas. Je sens mes yeux écarquillés par la terreur. Instinctivement, je remonte les draps sur moi et tâtonne de la main la place libre à côté de moi, à la recherche de Seeley.
- Oh, non, bon sang ! je m'écrie, essoufflée. Ce n'était donc pas un cauchemar ! Vous êtes bien réel !
- Ce ne sont pas les paroles que j'entends généralement de la bouche de la femme avec qui je viens de passer la nuit, ironise Formann.
Je découvre alors la couverture, sur le sol, sur laquelle il avait dormi. Rassurée, je me calme aussitôt.
- Vous auriez dû dormir sur le canapé dans l'autre pièce. Ainsi, vous auriez pu surveiller si mon mari allait bien. Je n'ai pas confiance en vos... amis.
- C'est auprès de toi que je voulais dormir, pas auprès de ton mari, chérie. Tu aurais dû me ménager un peu de place sur le lit, de sorte que je n'ai pas à passer la nuit sur cette saloperie de plancher. Et puis souviens-toi que nous devons jouer les amants passionnés qui ne pensent qu'au sexe.
- Et puis quoi d'autre encore ?
- Une femme amoureuse prépare le petit déjeuner de son homme...
- N'abusez pas de ma patience, Formann, grognai-je à la perspective de dormir avec lui, et de celle de mon mari qui est à la limite supportable de vous foutre son poing dans la gueule, vous savez...
- Ça, je n'en doute pas un seul instant, dit-il en se levant.
Aussitôt, je détourne la tête.
- Vous êtes nu, Formann !
- Non, je ne suis pas tout nu !
Malgré tout, je reste les yeux détournés de lui.
- Alors, vous êtes presque nu, ce qui est à peu près la même chose. Vous n'avez pas de pyjama ?
- Non.
- Alors peut-être devriez-vous en acheter un !
Je l'entends éclater de rire.
- Certainement pas !
Je pousse un soupir et tourne mes yeux vers la fenêtre, par où la clarté du jour filtre par les rideaux.
Soudain, des bruits de pas se font entendre dans le couloir. Formann pose son index sur ses lèvres. Je hoche la tête tout en pinçant les lèvres. La main de Formann se referme sur le montant du lit.
- Oh non, pas encore ! chuchotai-je.
Formann hausse les épaules et commence à secouer le lit. Je me laisse retomber sur le matelas et j'enfouis ma tête sous l'oreiller, avant de pousser des petits cris aigus. Doucement, d'abord, puis avec plus de conviction lorsqu'il me pince l'épaule.
J'ai remis mes vêtements, un peu fripés. Je me suis brossé les cheveux tant bien que mal. A ma grande surprise, l'un des gangsters avait eu la présence d'esprit de récupérer mon sac dans le SUV. Mon portable, bien sûr, avait disparu, mais je disposai de ma brosse à cheveux ainsi que d'un peu de maquillage.
Puis je m'étais aussitôt approché de Seeley, sous prétexte de lui refaire son pansement. La plaie ne saignait plus, ce qui était bon signe.
- Tu as réussi à dormir un peu ? je lui demande doucement.
- Non. Tu sais, dormir menotté n'est pas vraiment pratique.
- Comment te sens-tu ? Tu n'as pas trop mal ? Sinon, il y a des antalgiques dans la boîte de soins.
- Non, ça va aller, je gère, j'en ai connu d'autres. Dis-moi, ta nuit à toi, comment ça s'est passé ?
Je devine l'anxiété dans sa voix.
- J'ai dormi seule dans le lit, Carlton a dormi sur le sol.
Je ne lui soufflais mot du fait que le détective privé avait dormi à côté du lit, oui, mais presque nu.
- Bien, dit-il en fermant légèrement les yeux, rassuré sans doute.
- Tu as faim ?
- Ben oui, je mangerai bien un petit bout.
- Je t'apporte quelque chose tout de suite. Je vais voir si Carlton peut te faire retirer les menottes en lui promettant que tu ne feras rien d'inconséquent, d'accord ? Tu me le promets ?
- OK, je te le promets. Tu sais, j'ai bien réfléchi à tout ce que tu m'as dit hier soir.
- Moi aussi, j'y ai beaucoup pensé et je...
- Tempe, nous devons jouer le jeu. Même si c'est dur pour toi et pour moi, nous sommes des professionnels, donc agissons en tant que tels. Tout ce que tu feras devant moi avec Carlton, en espérant bien sûr que ce soit le moins possible, je jouerai le jeu du mari trompé, tu peux compter sur moi. Mais je te demande une chose : dès qu'on a une porte de sortie, on se tire, OK ?
- Je te préviendrai dès que j'aurai du neuf. Merci, mon amour. Malgré la situation, je t'aime, ne l'oublie surtout pas.
- Je ne l'oublie pas, chérie, et je t'aime aussi. Sois prudente surtout.
- Pas de souci, je gère.
- Qu'est-ce que vous faites tous les deux ? grogne soudain Darryl.
Je sursaute et m'empresse de terminer le pansement de Seeley.
- Je lui refais son pansement, c'est pas interdit, non ?
Le gros homme éclate de rire.
- Ah ben, celle-là, c'est la meilleure ! Tu baises avec Carlton et tu t'occupes encore de ton mari que tu as grassement trompé ? Ah les meufs, je les comprendrais jamais !
- On vous demande pas de les comprendre, crétin ! grognai-je tout en refermant la chemise souillée de Seeley.
- Tempe, arrête..., murmure-t-il, n'oublie pas ce qu'on vient de dire...
- Quoi ? Qu'est-ce que t'as dit, pétasse ? s'écrie Darryl en s'approchant de moi.
- Bon, ça suffit ! crie Carlton. Chérie, va nous préparer le petit déjeuner !
Je me lève et me dirige vers la cuisine. Alors que je passe près des deux hommes, j'entends Darryl me traiter de sale pute.
Mais je fais comme si je n'avais rien entendu.
Je pose sans délicatesse un plat d'œufs au bacon sur la table de la cuisine. Les quatre hommes regardent la préparation d'un œil soupçonneux.
- Le bacon n'est pas cuit, grogne Marty.
Doug soulève en grimaçant un morceau calciné.
- Celui-ci l'est, c'est sûr.
- De toute façon, le bacon est mauvais pour la santé, intervient Formann.
Il se sert une grosse portion qu'il laisse tomber dans son assiette.
Avec un grognement, Darryl emplit également la sienne et les quatre hommes commencent à manger. Trois d'entre eux font grise mine en avalant leur première bouchée pendant que Formann mâchonne stoïquement la sienne.
- Passe-moi le sel, chérie.
- Le sel, m'écriai-je en me retournant vers le comptoir. Où ai-je la tête ?
- S'il n'y avait que ça, grommelle Doug entre ses dents.
- Pas de quoi fouetter un chat, je soupire en posant la salière devant Formann. Je ne suis pas une cuisinière, alors si vous n'aimez pas mon petit déjeuner, rien ne vous oblige à l'avaler. La prochaine fois, préparez-le vous-même !
Darryl plisse les yeux. Sa vue me procure toujours un frémissement d'angoisse. Et je sais que ce n'est pas uniquement dû à sa grande taille. Il avait tiré sur Seeley de sang-froid et aurait fait la même chose avec moi sans le moindre scrupule. Je peux me débrouiller avec Formann. Et les deux adolescents attardés qui gloussent comme des filles dès qu'il est question de sexe. Mais Darryl me paralyse simplement de terreur.
Discrètement, je jette un coup d'œil rapide à Seeley qui est toujours menotté sur le grabat. Je vois, à ses yeux, qu'il fulmine de colère et qu'il ne peut rien faire. Je devine qu'il doit mettre toute sa volonté pour garder le silence.
- Si elle doit demeurer ici, dit Darryl, il vaudrait mieux qu'elle mette la main à la pâte sans discuter.
- Elle le fera, répond Formann.
Sans prévenir, il me saisit par la taille et m'assoit de force sur ses genoux.
- Elle a d'ailleurs commencé, ajoute-t-il, le regard chargé de sous-entendus. N'est-ce pas, chérie ?
Je tente de me relever, mais il me retient de force.
- Pas maintenant, dis-je, jouant le jeu des « animaux en rut ». Il me reste la vaisselle à faire. Cette cuisine est une véritable porcherie !
A nouveau, je tente de me relever, pour me retrouver aussitôt plaquée sur les cuisses de Formann.
Bon, là, il exagère un peu !!! Et Seeley qui nous regarde ! C'est vraiment trop dur cette situation !!! Pourvu qu'il tienne le coup comme il m'a promis !
- Je ne t'ai pas amenée ici pour briquer les casseroles, murmure Formann d'une voix assez basse pour n'être destinée qu'à moi, assez forte pour être entendue des autres.
Ceux-ci se remettent à manger leur repas.
- Doug et Marty peuvent très bien se charger de cette foutue vaisselle.
- Ne sois pas aussi grossier, dis-je en pinçant les lèvres.
Formann resserre le bras autour de ma taille et me cale contre son torse.
- Ne me dis pas ce que j'ai à faire.
Repoussant mes cheveux, il pose ses lèvres sur mon cou. Involontairement, je laisse échapper un cri.
Doug se met à ricaner.
- Du genre bruyant, hein, Carlton ? Ça ne t'énerve pas, ces couinements ?
- Non, répond-il, ses lèvres toujours dans mon cou.
- Il faut vraiment que j'aille faire la...
Quelque chose de mouillé parcoure à présent ma nuque. Sa langue !
- … vaisselle.
En cet instant précis, j'éprouve la très désagréable sensation que je suis en train de perdre tout le contrôle de moi. Je ressens comme un vertige. Qu'est-ce qui va se passer après ? Il m'est impossible de faire marche arrière. Je hais cette situation. Et surtout, je ne supporte plus le regard de chien battu, mais en même temps plein de rage, de Seeley. Me voir ainsi devant lui alors que c'est lui que j'aime commence à me devenir insupportable. Je suis prise dans un piège sans avoir droit à une seule parole, tandis que les mains de Formann posées sur moi, ses lèvres sur mon cou, me procurent des frissons inattendus, et surtout non désirés.
Un autre homme m'observe, prêt à me tuer au moindre geste de travers. Quant à deux autres abrutis, ils suivent le spectacle d'un œil arriéré et narquois.
D'accord, il s'agit d'un jeu. Un jeu mortel, mais un jeu quand même. Si je dois y participer, peut-être vaut-il mieux que je rassemble mes esprits et me lance dans la partie. Comme prévu. Pour ma vie et celle de Seeley.
- Eh, le fédéral de mes deux, ça ne te rend pas jaloux de voir ta meuf dans les bras d'un autre mec ? lance soudain l'un des deux abrutis à l'attention de Seeley.
Aussitôt, mon regard se porte sur lui. Qu'est-ce qu'il va dire ? Pourvu qu'il joue le jeu... Instinctivement, je sers la main de Formann, sans même m'en rendre compte.
Je vois les mâchoires de Seeley se contracter. Pourvu qu'il se contienne et qu'il rentre dans le jeu, comme moi.
- Elle a choisi son camp, c'est tout ce que j'ai à dire, dit-il en me lançant un regard plein de haine.
Intérieurement, je pousse un soupir de soulagement. OK. Il rentre dans le jeu. Parfait, mon amour...
A moi de jouer.
- Désolée, Seeley, mais tu sais, le coup de foudre ne prévient pas. Je suis tombée raide dingue de Formann, je n'y peux rien, c'est comme ça, mais j'espère qu'on restera bons amis.
- Ça, ça m'étonnerait fort ! Tu m'as trompé, tu ne peux pas me demander de rester copain avec toi. C'est hors de question. Je vais te sortir de ma vie, vite fait bien fait, après avoir divorcé !! Tu ne mérites rien d'autre !!
Sachant malgré tout que ces paroles ne sont que pur mensonge et qu'elles font partie d'un jeu pour nous sauver la vie, elles me font tout de même mal à l'intérieur de moi. Quand Seeley se lance dans le jeu, il met le paquet. Je croise mentalement les doigts pour que ses paroles ne se réalisent jamais.
Empoignant le bras de Formann, je l'écarte de force puis me lève, éloignant ma nuque de ses attentions lubriques. Lorsqu'il tend la main pour me rattraper, je me trouve déjà hors de portée.
- Grands dieux, tu es incorrigible !
Nous sommes censés partager une certaine intimité, et quand bien même j'ignore presque tout ce que la réalité de ce que ça signifie, je sais qu'une femme possède un réel pouvoir dans ce domaine. Toutes les femmes.
- Toute la nuit ! dis-je en reculant vers l'évier. Et encore ce matin ! Mais pour qui me prends-tu ? Pour une... une...
Le reniflement bruyant que je fais ne doit rien à mes talents de comédienne.
- Ne peux-tu garder tes mains tranquilles cinq minutes ? Est-ce trop te demander ?
Formann hausse les sourcils.
- Tu avais pourtant l'air d'aimer ça, cette nuit.
- C'est faux !
La mise en garde de Formann me revient aussitôt en mémoire. Si je tiens à rester en vie et à garder celle de Seeley aussi...
- Au début, peut-être, dis-je.
- Va donc faire ta vaisselle, gronde finalement Formann.
- Fais-la toi même !
- Je croyais que tu voulais la faire !
- Sacrebleu ! soupire Marty en se levant. Je crois entendre mes parents !
A son tour, Darryl se lève lentement et secoue la tête. Doug fiat de même, tandis que Marty se dirige droit vers la télé.
- Hé ! Il y a peut-être des nouvelles au sujet de votre disparition !
Je vois le regard de Formann s'obscurcir.
- Le journal du matin est terminé, dit-il.
- Je sais, répond Marty en regardant sa montre. Mais la seule chaine que nous captons donne un flash à 10 heures. C'est dans deux minutes.
Regardant Formann, un peu affolée, je vois qu'il tente de me faire comprendre quelque chose. Je n'ai aucune idée de ce qu'il cherche à me dire, mais je sais au moins une chose : ni l'un ni l'autre ne souhaitons que les autres apprennent que je suis une anthropologue judiciaire et surtout un écrivain à succès très riche.
- Ne me regarde pas comme ça, me lance-t-il d'une voix agressive. Tu crois peut-être que ce qui s'est passé cette nuit te gardera en vie ? Casse-moi encore les pieds et tu es morte. Et ton fédéral aussi.
Marty et Doug se tournent vers nous, tandis que Darryl reste planté devant le poste de télé, dans l'attente du bulletin d'information.
- Tu ne ferais pas ça, dis-je en lui lançant un regard glacial.
- Après t'avoir baisée ? dit-il d'un ton ironique. Ose au moins appeler les choses par leur nom !
Puis il se lance dans une violente tirade, me balançant toutes les grossièretés que j'avais déjà entendues. Plus quelques-unes inédites.
- Espèce de... de grossier personnage ! Salaud !
Comme la veille, notre échange verbal violent déclenche l'hilarité de Darryl. Qui demeure malgré tout devant la télévision
- Grossier, je peux l'être encore plus, menace Formann. Et méchant. Très méchant.
Le générique du flash d'informations se fait entendre, déclenchant un frisson d'angoisse le long de mon dos. Nous disposons d'une minute. Peut-être moins.
Formann marche sur moi et me soulève du sol.
- Débats-toi, me souffle-t-il avant de me hisser sans ménagement sur mon épaule.
Ce que fais aussitôt. Coups de pieds, coups de poings, je le frappe tout ce que je peux, mais sans grand effet.
- Plus fort, chuchote-t-il.
J'accentue mes efforts, lui martelant le dos à grands coups de poings.
- Brute ! Goujat ! Primate !
- C'était précisément ce que tu aimais chez moi cette nuit, chérie.
- Ne m'appelle pas chérie !
Redressant la tête, je vois les deux jeunes truands afficher un sourire niais, tandis que Darryl secoue la tête d'un air ébahi. Ou consterné. Ou les deux à la fois.
- Je t'appelle comme je veux !
D'une brusque secousse, il me repose au sol entre Darryl et le téléviseur.
- N'oublie pas ce que tu es, reprend-il en haussant le ton, ni comment tu es arrivée ici. Je pourrais fort bien me lasser de toi, et je te laisse deviner la suite.
Je pose mes mains sur mes hanches.
- Tu n'oserais pas ! Pas après, après...
Darryl se penche de côté pour ne pas manquer le début du journal, tout en grognant. Je pivote sur moi-même et d'un geste rageur, je bouscule le téléviseur. Celui-ci oscille quelque secondes sur la table basse avant de tomber sur le sol. Des étincelles jaillissent, suivies d'un petit nuage de fumée, une odeur de brûlé, puis l'écran devient tout noir.
- Je ne peux pas croire que tu me balances tout ça, pas après cette nuit. Tu m'as dit, tu m'as dit...
Les trois hommes se rassemblent autour de ce qui reste de la télé, tandis que Formann me saisit par les deux bras et me serre contre son torse.
- Ça va, chérie, dit-il d'un ton conciliant. Inutile de te mettre dans cet état.
Je cache mon visage dans l'épaule du détective. Darryl va être furieux, mais qu'est-ce que j'aurais pu faire d'autre ? Faire tomber le téléviseur m'avait, sur le moment, semblé être une bonne idée. J'en suis moins sûre à présent.
- Carlton, dit lentement Darryl, ta nana vient de casser ma télé.
- Je t'en achèterai une neuve, répond-il en glissant un bras protecteur autour de mes épaules. De toute façon, la tienne était une antiquité.
- Comment je vais faire pour suivre mes feuilletons ? demande Marty, tout autant contrarié.
- Les séries, c'est bon pour les vieilles femmes, grogne Formann. Deux jours sans télé, tu n'en mourras pas.
Je risque un œil vers les trois hommes. Chacun d'eux m'en veut personnellement. Je leur avais préparé un très mauvais petit déjeuner et cassé leur seule source de distraction.
- Je suis désolée, mais j'étais si énervée... Tu es parfois si dur, j'ajoute en regardant Formann.
Il me soulève de nouveau du sol et me fait tournoyer en souriant.
- Je sais ce qu'il te faut pour te sentir mieux.
- Maintenant ?
- Maintenant.
- Mais, For…
Il m'interrompt brusquement en couvrant ma bouche avec la sienne. J'en comprends immédiatement la raison. Je regrette une fraction de seconde qu'il m'ait révélé son véritable nom. Oublier de l'appeler Carlson devant les autres, c'est signer mon arrêt de mort, celui de Seeley et celui de Formann. Il ne s'agit pas d'un vrai baiser, mais d'un geste de protection. Sa bouche est chaude et ferme tout en étant douce. Quand Walter Formann embrasse une femme, il le fait... bien. Il écarte enfin ses lèvres des miennes, une lueur d'avertissement dans le regard.
- Mais, Force de la nature, dis-je lorsque je peux parler de nouveau, rattrapant tant bien que mal mon erreur. J'ai pas encore fait la vaisselle.
- Marty ! lance Formann. Occupe-toi de cette putain de vaisselle ! Je dois avoir une petite conversation avec la dame dans la chambre.
- Force de la nature ? demande-t-il, debout au milieu de la chambre, les mains sur les hanches.
Assise sur le bord du lit, j'ai retrouvé mon calme et mon assurance et je fixe son regard.
- Ce n'est pas pire que chérie.
- Si, grogne-t-il. C'est pire.
Une ange passe dans la pièce.
- Je n'aurais pas dû te dire mon nom, dit-il avec une note de regret dans la voix.
- Je sais, mais... Je préfère tout de même que vous l'ayez fait. Je me sens bien plus en sécurité.
Je le vois se rapprocher de la tête du lit, qu'il empoigne à nouveau. Je pousse un gros soupir.
- Oh non, Formann ! C'est tellement embarrassant.
Formann m'ignore totalement et commence à agiter le lit. Les ressorts se mettent bientôt à gémir. Je couvre mon visage des mains.
- Fais un effort, chérie, me demande-t-il d'une voix douce. Aide-moi.
Je reste quelques instants immobile. Puis je laisse tomber mes mains, le regarde dans les yeux et imprime au lit une légère secousse qui le fait grincer. Je répète le mouvement.
- Un peu plus fort, s'il te plaît.
- Non !
Il cogne le montant de bois contre le mur, accélérant progressivement la cadence.
- Gémis, à présent.
- Il n'en est pas question.
- J'ai bien peur d'être obligé de te pincer une nouvelle fois pour t'inciter à crier.
- Ce ne sera pas nécessaire.
Détournant mon regard, j'écarte les épaules et prends une profonde inspiration. Un son étrange se met à fuser de ma gorge, entre sifflement et glapissement étouffé.
- Je n'entends rien, dit-il. Et si moi je n'entends rien, eux non plus.
Je secoue la tête, complètement abattue et me tourne vers lui.
- Vous imaginez-vous, une seule seconde, ce que mon mari peut ressentir en entendant tout ça ? Parce que si les autres l'entendent, lui aussi par la même occasion. C'est infernal pour moi. Ça devient trop dur.
- Tu lui as bien expliqué la situation, n'est-ce pas ? me demande-t-il tout en continuant à agiter le lit.
- Oui, bien sûr. Ça n'a pas été facile à lui faire avaler ça, vous devez vous en douter. Seeley et moi sommes de jeunes mariés et on est très amoureux l'un de l'autre. A sa place, j'aurai réagi comme il l'a fait, c'est-à-dire pas très bien.
- C'est un agent fédéral, lui et ses collègues sont formés pour toutes les situations de la vie. Il s'en remettra.
- Et moi ? Moi, vous croyez que je vais m'en remettre ?
- Oui, sans aucun doute, vous êtes une femme forte puisque vous accepter de vivre ça avec moi, pour tous nous sauver. Allez, criez un peu.
A nouveau, je secoue la tête.
- Voyez-vous, je suis persuadée qu'il existe de nombreuses femmes qui font l'amour silencieusement.
- Je n'en ai jamais rencontré.
- Formann, vous êtes un dépravé !
- Alors, faites comme si vous faisiez l'amour avec votre mari. J'imagine qu'en deux mois de mariage, vous avez dû bosser dur là-dessus, dit-il avec un petit sourire narquois. Ou bien vous êtes une Sainte-Nitouche ?
Ce fut la pire chose qu'il avait à me dire et qui me blessa au plus profond de moi. Il ne fallait pas toucher à mon intimité entre Seeley et moi. Jamais ! Je vais lui donner une réponse qui va lui prouver le contraire.
Je renverse la tête en arrière, ferme les yeux et émets un long gémissement grave, quasi animal. Je prends une nouvelle profonde inspiration et je donne de nouveau de la voix, avec plus d'intensité cette fois.
Formann imprime au lit des secousses plus marquées, plus rapprochées, sans me quitter des yeux.
- Maintenant crie, me souffle-t-il.
Je pose mes yeux sur lui et le dévisage.
- Je... je ne suis pas prête.
Le sourire aux lèvres, il avance une main menaçante.
- D'accord, dis-je en soupirant, mais tout en m'écartant de lui.
Pardon Seeley, mais je fais ça pour nous...
Je referme les yeux, bombe le torse et crie. Fort, longuement. Formann cogne le mur deux ou trois fois encore, avant de s'arrêter et de relâcher la tête du lit.
- Pas mal, dit-il en s'asseyant auprès de moi sur le lit. Tu crie comme ça avec ton mari ?
- A votre avis ?
- Il a beaucoup de chance.
Formann se lève en hochant la tête et puis le voyant s'approcher de la porte, je me lève d'un bond.
- Formann ?
- Oui, chérie ?
- Est-ce que vous pourriez faire retirer les menottes de mon mari ? S'il vous plaît. Et puis lui donner un repas, il n'a rien avalé depuis hier midi.
- OK, chérie, je vais voir ce que je peux faire, mais avec Darryl, je te promets rien.
- Vous êtes le chef et...
Il quitte la chambre sans attendre la fin de ma phrase, me laissant seule.
A suivre...
