Chapitre 3-Edward – mercredi 21 sept
Alice's POV .
Mercredi, jour de gym, bleh…
Non je n'aime pas la gym au lycée avec des humains. Je ne supporte pas l'odeur de leur transpiration. C'est ignoble, indigne, et repoussant. Un cheval ne sent pas mauvais lorsqu'il transpire. Un humain, si ! Alors depuis trois ans je passe deux heures par semaine assise sur les gradins du gymnase, loin de l'odeur des sacs de sang qui s'agitent mollement. Comment je fais pour échapper à la corvée de gym ? Mon père est médecin.
Deux heures c'est 1h30 de trop pour faire tous mes devoirs de la semaine à la vitesse d'un vampire. Il me reste donc du temps pour observer Bella en short vert très sexy mettre la pâtée au volley à l'équipe adverse. Je crois qu'on ne compte même plus les points. Ça commence même à s'engueuler en face. A mon avis, en Arizona on ne regarde pas les matchs assis dans son canapé, on les joue vraiment.
Ce matin Edward et moi étions en avance, une fois n'est pas coutume, sur le parking du lycée, adossés à la Volvo, prêts à accueillir Bella et à faire le test de la poignée de main. Jasper, bien-sûr, était assis dans la voiture, fenêtres bien fermées, prêt lui aussi à soutenir Edward dans cette épreuve.
Le tas de ferraille annonce au loin son arrivée. Ça grince, ça fume, ça grogne mais c'est tellement mignon ! Ça nous fait rire avant même qu'elle soit là. Tout au fond du parking elle dépose son destrier pas très fier et me salue d'un sourire ravageur. Un pantalon baggy rouge pale avec des bretelles sur un T-shirt jaune délavé vintage vantant une marque d'huile moteur, des chaussures de running orange pétant, ... Je craque. Elle vient vers nous et son sourire meurt en voyant Edward à mes côtés. Mais lorsqu'elle est assez près pour voir ses yeux orange, je la sens se détendre quelque peu. Je ne ressens pas la soif mais Edward, lui, déguste. Je l'entends prendre une grande inspiration. Jasper nous inonde d'un mélange sucré de satiété, cool-fun fumeur de chicha et paix intérieure bouddhiste. Probablement le truc qu'il a surdosé sur Emett et qu'il n'ose pas nous avouer. Il faut que je fasse attention à ce que je vais dire sinon elle va croire que je suis une junkie.
- Bonjour jolie Bella. Bien dormi ? ça va, j'ai assuré.
- Bonjour Alice. Très bien merci. Ses yeux dans les miens, visiblement ravie de me revoir.
Je lui tends les bras et on s'offre un hug comme hier au restau. Je retrouve le grand frisson qui m'électrise et je réalise que je m'habituerais volontiers à cette sensation. Le grand Edward à côté n'est pas serein. Je m'empresse de le présenter :
- Je te présente mon frère Edward, dis-je dans un souffle sensuel, comme un murmure et je réalise tout à coup que ce ton était totalement hors de propos et un tantinet ridicule (Jasper !)
- Enchantée dit-elle en lui serrant la main. Son sourire de façade ne me trompe pas. Ni Edward d'ailleurs. Nous savons tous deux qu'elle déteste les hommes.
Edward retrouve ses yeux orange peu à peu. Tout va bien je crois. S'il reste un peu avec nous, c'est que la soif a disparu. En revanche, s'il abrège, c'est que le contact de sa main n'a pas fonctionné et que Bella est condamnée à mort … ou lui à l'exil.
Ravi de faire ta connaissance Bella. Edward se détend. Il affiche même un sourire de victoire. C'est gagné.
Je me dépêche d'enchainer pour qu'Edward puisse rester un moment à nos côtés :
- Prête pour deux heures de gym Bella ?
J'adoooore !
- Est-ce que vous mangez au lycée ce midi ? demande Edward.
- Oui car on n'a qu'une heure de pause aujourd'hui, lui répond Bella.
- Alors je passerai vous voir un instant si vous voulez bien.
- Avec plaisir. A tout à l'heure, dit-elle sans trop le regarder, ses yeux toujours posés sur moi.
Edward se sachant de trop, n'insiste pas et rentre dans le lycée, nous laissant à nos retrouvailles. Elle me parle de son père, de sa soirée passée dans son bouquin de physique auquel elle ne comprend rien. Je l'écoute mais mon esprit est ailleurs. Elle a failli mourir ce matin et elle ne le sait pas. Qui aurait fait le travail ? Rosalie ? Jasper ? J'imagine son cadavre au fond d'un lac, lesté de cailloux. Ses beaux yeux devenus blancs qui me fixent, ses mèches violettes flottant parmi les algues gluantes. La culpabilité et la peine se répandent en moi. L'émotion de l'instant est forte. Je sens mes cheveux se dresser dans ma nuque et la vision m'oblige à m'arrêter. Mon regard se fige dans le néant et je vois Bella discuter avec un groupe d'amis durant le repas de ce midi. Elle a l'air détendue, heureuse de rencontrer des gens sympas et d'être leur centre d'attention. Ces gamins sont gentils, je ne m'inquiète pas trop. Et il est important que Bella ait une vie sociale et qu'elle fréquente des gens qui ne soient pas déjà morts. Je m'arrangerai donc pour la laisser seule à la cantine pour qu'elle s'y fasse des amis. J'annule la visite d'Edward à la cantine par un texto.
- Tout va bien ? Bella s'inquiète et se pose devant moi en posant ses deux mains sur mes épaules pour croiser mon regard.
- Juste un petit moment d'égarement. C'est déjà passé, m'empressai-je de répondre dans un sourire. Je vais te présenter notre petit gymnase.
En longeant le bâtiment principal, on tombe sur le gymnase du lycée de Forks. Un gros truc gris-béton au toit bombé de tôles vertes. Des portes métalliques avec de grandes poignées anti-panique. Je pense qu'on trouve ce genre de chose dans chaque école partout sur la planète mais je trouve celui-ci particulièrement triste. Si triste qu'on n'a même plus l'envie de l'égayer par quelques tags. Sa tristesse s'est communiquée aux enfants. Il est trop tard.
- Depuis quand pratiques-tu la boxe thaïe et l'aïkido ?
- Depuis l'âge de huit ans. C'est mon père Charlie qui a bassiné ma mère pendant des heures au téléphone pour que 'j'apprenne à me défendre des voyous de Phoenix'. Il est toujours inquiet aujourd'hui alors que je suis de retour à Forks, c'est dire ! Comme s'il pouvait m'arriver quelque chose ici !
Elle venait juste de risquer sa vie sur le parking mais je gardais cela pour moi. Peut-être un jour devrais-je lui avouer.
- Donc tu dois avoir un bon niveau dis-moi ?
- Non pas si bon que ça. J'ai fait quelques compétitions à Phoenix mais je n'en ai jamais gagné une. Je pense que ce qui me freine c'est la peur de la blessure.
- Tu voudrais t'y remettre ?
- Oh que oui ! Et même me remettre au judo si j'ai le temps. Tu t'inscrirais avec moi ?
- Je ne voudrais pas te faire mal ! répondis-je sans trop y réfléchir. Je le pensais vraiment. J'avais vraiment peur de la casser en deux, mais elle a cru que je la taquinais.
- Oh la fille hé ! Trouve-toi un casque et des gants ma jolie et vient me rejoindre sur un ring, me lance-t-elle en éclatant de rire. J'adorais sa superbe. Elle avait une assurance hors du commun et j'avais tellement hâte de la voir en vampire !
- Je vais arranger ça. Je m'y mets dès ce midi.
- Mais oui, mais oui… me lance-t-elle en raillant.
- Tu devras manger sans moi aujourd'hui. Ça ira ?
- Ne t'en fais pas pour moi. Je suis une battante. Je vais les écraser.
- Oui, je le sais … Mon petit sourire inquiet ne passa pas inaperçu dans les yeux de Bella.
Je pense qu'Emett et Bella seront inséparables. Il fera un bon sparring partner avant et après sa transformation. En attendant, il me fallait trouver un lieu d'entraînement pour Bella. Trouver un dojo à Forks, voilà un travail pour Esmée qui en deux minutes me renvoie une adresse.
La cantine de Forks … (mercredi suite)
Bella's POV
La cantine, c'est pire que le gymnase. Les employés se morfondent en trainant leurs galoches de caoutchouc sur le carrelage. Ils ont fini ici par une condamnation du tribunal, c'est sûr.
Non la cantine de Forks, c'est pas la joie. Y'a qu'à regarder dans les assiettes. Même les carottes ont perdu leur attrait. Tout est gris, triste et fade même sous le soleil timide qui pointe le bout de son nez aujourd'hui. Si fade … Phoenix me manque. Les seules couleurs ici viennent des gens comme de cette asiatique toute en rose vif façon reine d'Angleterre, ou de ce noir athlétique qui explose d'un rire si sonore que toute la salle semble se réveiller. Pour la première fois depuis mon arrivée dans ce lycée, je me sens vraiment seule. J'aimerais tant qu'Alice soit là.
Mais les Cullen ne sont pas là ce midi. Alors je me trouve une place libre pour y poser mon plateau, une place à la table d'Éric, 'les yeux et les oreilles du lycée' avec qui je partage le cours de littérature anglaise du vendredi de 9 à 10. Les présentations sont faites : Angela la jolie brune sympa mais réservée aux lunettes ovales, Jessica la jolie fille aux créoles dorées et qui est toujours en représentation, Mike le mec surexcité et dragueur et Tyler l'électron libre qui regarde tout le temps à droite ou à gauche comme s'il cherchait quelqu'un.
Éric me présente ses amis. Je pense qu'ils se connaissent depuis la maternelle. Ils ont l'air sympas à part Jessica qui me semble égocentrée et ce Mike Newton qui me regarde comme s'il avait une chance. Rapidement les questions fusent sur moi et je me vois contrainte d'expliquer ma présence à Forks, ma 'vie au soleil' dans l'Arizona et surtout ma relation avec Alice Cullen la fille la plus étrange du clan le plus étrange du lycée.
- Tu ne le sais sans doute pas mais tu es la seule personne du lycée qui parle aux Cullen. On dit que tu es partie avec Alice hier. Qu'est-ce qu'elle te voulait ? me lance Jessica visiblement jalouse.
- Rien en particulier. Alice est juste quelqu'un de très gentil qui ne voulait pas que je sois seule pour mon premier jour, lui répondis-je.
Dans les yeux d'Angela je peux lire une sorte d'agacement résigné. Comme si elle savait que Jessica allait, par nature, être désagréable avec moi mais qu'elle n'y pouvait rien. Que Jessica était comme ça et qu'elle ne changera jamais. Le même sentiment se lisait aussi sur les traits d'Éric quoiqu'un peu plus embêté qu'Angela puisque c'était lui qui, sans même le vouloir, m'avait introduit dans son groupe d'amis.
- Très gentils ? Les Cullen ? Ils nous snobent comme si on était des gueux ! reprend-elle.
Je ne réponds pas. Je les regarde tour à tour. Ils sont gênés. Visiblement ils partagent son avis mais ces choses-là ne se disent pas. Pas à Forks. Jessica, elle, ne regrette pas ses propos et en éprouve même du soulagement. Je ne veux pas m'imposer une telle ambiance et je décide de quitter la table.
- Excusez-moi. Vous me semblez sympas mais je vois que tous ne m'apprécient pas. Je préfère vous laisser entre vous. Je me lève, ramasse mon plateau et je me trouve un coin tranquille à une table de secondes étonnées de me voir m'asseoir parmi elles. Alice me manque. J'aime son aplomb, sa sérénité, ce quelque chose d'indéfinissable en elle qui m'apaise. Apaisante ? Alice ? C'est une pile électrique au cerveau sur-vitaminé ! Et cette sensation de bien-être ce matin lorsque je l'ai retrouvée avec son frimeur de frère ! Clairement quelqu'un que j'aurais eu envie de gifler en temps normal rien qu'à voir sa suffisance… Avec Alice, je suis bien et je ne m'ennuie pas. Pas comme en ce moment.
- Bella, excuse-moi pour tout à l'heure. J'ai été … moi !
Jessica se pose en face de moi. Elle est sincère et j'ai bien envie d'accepter ses excuses mais je pense que je l'éviterai dorénavant.
- Je t'excuse Jessica. J'ai cru comprendre que tu en voulais aux Cullen. Je ne les connais pas vraiment tu sais ? J'en ai juste rencontré trois. Mais Alice est mon amie et je ne peux pas supporter qu'on l'attaque.
- Ok, le message est passé. Je te promets de ne plus jamais attaquer les Cullen. Elle me tend la main et ajoute « Amies ? »
- Amies …, répondis-je sans conviction dans un soupir de lassitude.
Elle s'en va rejoindre sa table. Elle a compris qu'elle venait de rater son examen de passage. C'est donc avec beaucoup de tristesse qu'elle s'en retourne. Je commence à comprendre les Cullen. Ces lycéens de Forks ne sont pas au niveau de quelqu'un comme Alice. Éric et Angela semblent corrects. Éric avec ses yeux qui pétillent de malice et Angela par son savoir vivre. Ils semblent tous deux plus matures. Surtout Angela.
Bref, une heure de sciences physiques me sépare de la liberté. Enfin libre de rentrer dans cette maison froide humide et vide pour finir de ranger mes fringues faites pour un pays chaud alors qu'il fait 12°C dehors ! Libre d'aller bosser la bio et les maths … et la physique car je vais me prendre quelques exercices encore à la fin du prochain cours. Je lève les yeux au ciel et je passe en mode robot : plateau, desservir, trouver salle de cours B202, … Misère !
Alice's POV
D'après Esmée, il y a une sorte de dojo à Forks. Pas très loin de la maison de Bella en plus. Ok, à Forks, rien n'est jamais très loin… Je me rends sur place pour rencontrer Alan le responsable de la salle. Salle qui n'est pas terrible. Eclairage, chauffage, sanitaires, vestiaires, … Tout ça date et manque outrageusement de nettoyage ou plutôt de rénovation. Il y a plusieurs rats crevés dans ce lieu. Un seul ne suffirait pas à donner une telle puanteur. C'est intenable.
- Alors vous formez à la boxe thaïe et au karaté ? lui demandai-je en inspectant les lieux.
- Je m'occupe de la boxe, Jerry du karaté. C'est pour vous ?
Difficile de ne pas voir son demi-sourire narquois devant mes 45 Kg (Ok, 47).
- Non, pour Bella, une amie. Mais avez-vous assez de filles pour cela parmi vos clients ?
- Pas assez en boxe mais ça ne compte pas vraiment. On trouve toujours un ou une adversaire à sa hauteur. En karaté ça sera plus simple car on a de plus en plus de filles et c'est tant mieux.
- Et le judo ?
- Elle veut faire les trois ?!
- Oui, peut-être, lançai-je amusée.
- Désolé mais on n'a plus de moniteur depuis un an. Mais si elle a un partenaire licencié, pas de soucis. Ils pourront s'entrainer en duo tant que la salle est ouverte.
J'avais ma solution. Je retournai au lycée attendre Bella à la sortie des cours. Assise sur le capot de son pick-up je passais en revue mes visions comme à mon habitude, essayant d'en créer d'autres. Aussi me concentrai-je sur Bella – ce qui n'est pas difficile, j'avoue – et l'image de la Bella humaine me renvoya aussitôt à la salle d'entrainement que je venais de quitter. La même salle mais… beaucoup plus propre ! Et j'y vis Emett faire semblant de souffrir sous les coups de pieds assassins de Bella. Dans la même vision je voyais la pauvre Bella transpirer dans une salle de musculation flambant neuve.
Puis je me concentrais sur la superbe Bella 2.0 aux yeux cernés d'orange. Ouch ! Plus loin, je devinais la maison Cullen cachée au cœur de la forêt mais juste derrière je vis une maison en rondins d'épicéa ! J'allais donc l'avoir ma cabane dans la forêt, le repère de fées pour Bella.
Sans attendre, j'attrape mon téléphone :
- Esmée ? Devine…
- Oui ?
Je l'imaginai alors levant les yeux au ciel car elle connaissait trop bien ce genre d'appels.
- On va acheter une salle de sport pour Bella et embaucher un moniteur de judo.
- Ouuuhh …, dit-elle sur un ton plaintif de comptable en fin d'exercice.
- Et je vais me faire construire une grande cabane en rondins pas loin de la maison.
- Tu paies ?
- Ok, je paie, dis-je en affichant un large sourire juste pour moi.
- Esmée ?
- Oui … ? Là je sais qu'elle sait ce que je vais lui demander.
- Tu peux t'en occuper ?
- Six mois de ménage. Aspirateur et vitre.
- Six mois !? Tu sais que les Dénali ont des chambres libres !?
- Trois mois alors.
- Deal.
J'entends la sirène du lycée. Je plains les voisins qui doivent supporter ça. Je pense que ces gens ne s'offrent jamais de montre pour Noël. Pas besoin. Bella ne va pas tarder et je me surprends à vérifier mon maquillage dans le rétroviseur de sa 'voiture'. Cet accès de coquetterie me donne un petit sourire coquin. Serais-je sous le charme de la jeune Bella ? Hmm … ?
Je la vois arriver, surprise de me voir là sur son tas de rouille. Sa démarche de fauve m'inquiète tout à coup. Cette fille ne marche pas, elle danse deux centimètres au-dessus du sol ! Est-ce que je ne vais pas créer le monstre qui nous tuera tous ? N'est-elle pas un piège envoyé par les Volturi pour nous éradiquer ? Ou alors, sera-t-elle l'arme qui nous protègera d'eux définitivement ? Comment allons-nous gérer Bella dans un clan de vampires végétariens paisibles ?
Je saute de son capot pour me retrouver dans ses bras. Frisson ! On se serre longuement et je l'entends respirer dans mes cheveux. Je réalise que je suis en train de faire exactement la même chose.
- Alice… ?
- mm… ?
- On n'a pas bougé d'un centimètre et je respire l'odeur de son sang comme une ligne de cocaïne.
- Les gens d'ici ne vous aime pas trop, n'est-ce pas ?
- Oui, on est trop différents pour eux. Je me dégage doucement pour observer son visage.
- Tu as eu des ennuis aujourd'hui à cause de moi ? lui demandai-je
- J'ai dû prendre ta défense à la cantine contre Jessica. Ça a un peu clashé mais c'est réglé. Tu la connais ?
- Non, désolée
- Eh bien, je pense que c'est ce qu'elle vous reproche. Vous ne voulez pas les connaitre et ils se sentent rejetés et offensés.
- Je vais essayer de faire des efforts. Tu me présenteras tes amis. Ok ?
- Merci
- Tu es libre ?
- Euh … oui. Mais sur un parking ? Tu aurais pu trouver plus romantique !
- Rhoooo… Libre cet après-midi ?
- Où m'emmènes-tu ?
- Surprise ! Grimpe !
- Je te propose de faire un tour dans ton passé. Lui dis-je volontairement énigmatique. Je t'emmène dans un endroit sale et puant qui va toutefois te rappeler des souvenirs … Même si tu n'y as jamais mis les pieds.
- Pas très glamour donc, me répond-elle avec une moue faussement déçue.
- Tu n'as pas besoin de romance pour l'instant. Tu as besoin de te défouler.
- Mouais… Ok, je vais où ? Renonçant à me soutirer des informations, elle démarre son tas de boue. Une forte odeur d'essence se fait sentir et le boucan est infernal.
- A gauche en sortant puis à droite
- Hein ?
- Il faudra changer ton tacot ou le faire réparer. On ne s'entend plus !
- Hein ?
- Je baissais les bras. Le plus simple fut de lui indiquer le chemin par geste.
- Alan, je vous présente Bella dont je vous ai parlé tout à l'heure.
J'observe Bella et Alan. Ils parlent la même langue de 'hmm…' et de 'Ouais'… d'acceptations tacites et d'oppositions molles. L'essentiel de l'échange est non-verbal. Ils savent de quoi ils parlent – même s'ils ne parlent pas vraiment – Revoilà le short vert de Bella qui va teinter mes yeux en noir. Je me faufile entre les chaises sales, les murs sales et le ring sale. J'essaie de ne pas me tâcher. Ça sent la bête. Ma tête tourne. Nausée. Je me raccroche au sourire de Bella qui se devine encore derrière son casque. Voilà ma guerrière qui ne voit pas même la crasse, qui ne voit que son adversaire. Echauffement sommaire et rapide. Elle veut cogner et elle veut cogner fort.
D'abord les foot-kicks pour positionner l'adversaire. Combat de chats. Esquive, droite, droite. Ça passe ! Ça cogne. Ça encaisse. Je prends tout de suite fait et cause pour ma protégée. Quand elle attaque, ce sont mes muscles qui se contractent. Quand elle ramasse, c'est moi qui ai mal. Alan est puissant et agile. Alice est rapide et tactique. Elle lui fait subir des séries pour le déséquilibrer et ensuite elle place sa droite. Alan esquive, tente un head-kick mais Bella est rapide et d'une gauche l'envoie au tapis. Fin de la rencontre. Bella dance comme une plume sur le ring, fait quelques tours autour d'Alan puis saute par-dessus les cordes pour décharger son énergie sur le sac de frappe. Qu'a-t-il bien pu se passer dans sa jeune existence pour canaliser autant de haine ?
Esmée nous rejoint, dégoutée par l'endroit. Elle observe Bella se défouler sur ce pauvre sac.
- Bella est une tueuse, lui dis-je à voix basse et je la fixe un moment pour qu'elle saisisse le sérieux de mon affirmation. Je ne me suis pas trompée. Mets la salle au nom de Bella Swan.
Je lui présente Alan qui descend du ring, ravi de sa nouvelle recrue.
- Hey! Je sens que cette Bella va redonner de la vie à cette salle ! lance-t-il radieux.
- A ce propos, j'ai quelques projets pour votre salle. Pourrait-on se voir dans votre bureau ? répond Esmée.
Je récupère une bouteille d'eau dans le frigo-vitrine dégoutant sans toucher la poignée et je rejoins Bella qui n'a toujours pas fait retomber sa fureur.
- Alors ? Cette salle te convient ? lui dis-je en lui tendant la bouteille.
- Ouais, c'est cool. Et Alan a un bon niveau. Mais c'est cher l'abonnement ? Charlie va faire la tronche…
- Ne t'inquiète pas pour ça, dis-je en souriant. J'ai une proposition à te faire.
- Je m'en doutais, lance-t-elle l'air malicieux.
Elle ne peut pas connaitre Esme et je ne pense même pas qu'elle l'ait vue rentrer. Comment peut-elle savoir pour la salle ? Aurait-elle un autre don ? Mon don ? Devant ma mine perplexe, elle continue :
- Pas dur à comprendre : sur le parking tu m'as demandée si j'étais libre et là, tes yeux sont encore noirs…
- Rhoooô ! Bella !
- Tu aimes mon short vert, avoues !
- Oui. Un simple 'oui' suraigu, comme un couinement de souris, que je lâche timidement le visage honteux vers le sol à grand renforts de battements de cils. Il me faudrait une jupe d'écolière japonaise, des chaussettes blanches et des couettes pour parfaire l'attitude. Mon personnage de manga est au point. Les nuits sans sommeil sont interminables et les miroirs sont complices. Je me suis entrainée. Du coup, Bella craque un peu. Elle se mordille le coin de la lèvre et ne sait que faire. J'en profite pour enchainer :
- Si tu t'entraines ici régulièrement, je répare ta voiture ou je t'en trouve une plus sûre. J'ai trop peur que tu te blesses dans un accident à cause de cet engin.
- Tu me propose un cadeau et tu le justifie par un autre cadeau ! Ça n'a pas de sens Alice !? Qu'est-ce que tu me caches ?
- C'est un cadeau de la ville de Forks pour te souhaiter la bienvenue. Tu me crois ?
- Non
- Humm … Tu es sous la surveillance de la CIA car tu es une alien ?
- Ça c'est possible mais … non
- Je suis dingue de tes yeux ?
- Je suis sûre que oui, mais ce n'est pas pour ça, hein ?
- Tu as raison, … pour les deux, lui dis-je en la serrant dans mes bras un instant. Tu sais que je ne peux rien dire encore, n'est-ce pas ? C'est à toi de deviner.
- Je ne vois pas.
- Tu aimes ta voiture ?
- Je ne l'ai pas choisie. C'est un cadeau de Charlie.
- Donc si je te propose une vraie voiture avec des airbags, c'est bon ?
- Bien sûr que oui mais je ne veux pas que tu dépenses de l'argent pour moi.
- Je comprends ta réticence mais l'argent ne compte pas pour nous. Et il ne faut surtout pas que tu te blesses. Entrainement et musculation intensive mais sans blessure. Ok ?
- Ok cheffe, répond-elle intriguée. Mais ne m'inscris pas dans des tournois au fin fond de l'état de Washington !
- C'est noté. J'annule la tournée du grand Nord, ajoutai-je en riant.
Je lui prends la main et nous marchons vers le bureau dans lequel je devine un Alan rendu euphorique par l'offre alléchante qu'Esmée vient de lui faire. Une offre qu'il ne pourra pas refuser.
Bella, elle, est soucieuse. Elle n'a pas lâché ma main froide. Elle doit essayer de recoller les morceaux de son propre puzzle : ma main est froide, mes yeux noircissent sous l'émotion, je lui offre des cours et le remplacement de son tacot, je l'ai invitée au restaurant le premier jour, je lui demande de s'entrainer, …
Alan nous voyant passer à travers les vitres pourtant bien sales de son bureau, sort nous rejoindre un jeu de clés à la main.
- Bella ? Voici les clés de la salle. Ce sera plus simple. Et le voilà reparti vers Esmée.
- Wow ! Il me donne les clés ?! Je commence à croire à la version CIA !
On part en fou-rire jusqu'au pick-up qui nous attend dans la rue.
- Alice, rassure-moi. Je ne suis pas une alien, n'est-ce pas ? me demande-t-elle en souriant.
Je prends le temps de répondre. Je veux rendre ce moment solennel car il restera dans nos mémoires pour des siècles. Je me tourne vers elle et je plonge mes yeux dans ce regard merveilleux.
- Tu es bien mieux que ça. Crois-moi.
Et sur ces deux derniers mots, je mets toute mon intensité.
