Je suis bel et bien là où je dois être. Hermione et Weasley ont réussi à me venir en aide. Ils l'ont évidemment fait par intérêt, mais ils ont quand même voler un retourneur de temps au ministère, en plus de trouver comment le faire remonter à plus que quelques heures. Ça, c'est clairement la partie de Granger, jamais le rouquin n'arriverait à faire une chose pareille.

Harry me frapperait s'il entendait mes pensées actuellement. Puis son regard tomberait sur mes yeux rieurs et le sien changerait. Peut-être même aurais-je eu droit à un baiser.

Pour arrêter de rêvasser, je m'habille en vitesse et rejoins mes amis.

Lorsque j'arrive près de la salle de classe, je prends un moment pour me remettre dans mon rôle : je dois agir de la même façon qu'il y a 9 mois. Le temps de notre rencontre, de la naissance de ses sentiments… Je ne dois pas laisser paraître une quelconque différence. Par la suite, il me faudra remplacer toutes mes erreurs.

Comment vais-je réussir à me contenir tout ce temps ?

Par Merlin, même avec Hermione, je suis à nouveau au point mort.

Si j'en crois mes souvenirs, le professeur va annoncer qu'au prochain cours, il changera le plan de classe. Je me retrouverai à côté de Pansy, juste derrière Harry et Seamus.

Je me concentre pour afficher un visage impassible et entre dans la pièce. Aussitôt, Théodore me fait un signe pour que je le rejoigne : ce que je fais immédiatement. Harry n'est pas encore là, nous sommes trop en avance pour lui. Lorsqu'il arrivera, je préférerais être assis.

Pansy est derrière moi, elle parle avec Théodore : ça m'arrange.

Je n'arrive pas à détacher mes yeux de la porte, pendant plusieurs minutes, c'est des élèves lambdas qui entrent. La plupart, je ne connais même pas leurs noms.

Puis enfin, j'entends la voix de Ronald dans le couloir, suivi des pas légers d'Hermione. Comme d'habitude, Harry est silencieux lors de la première heure.

J'entends mon cœur battre dans mes oreilles, jamais un Malfoy n'aura eu aussi peu de prestance.

Il passe la porte devant ses amis et là, je sais que je n'arriverai certainement pas à jouer mon rôle correctement jusqu'au 25. Si je n'avais pas mes ongles plantés dans ma cuisse, je serais en train de pleurer. Il est vivant, décoiffé, fatigué et visiblement en colère : mais il respire. Lorsque son regard attrape le mien, et que je n'y vois rien de nos sentiments, je me sens étouffé.

L'après-guerre nous a déjà permis d'enterrer la hache de guerre, étant donné mon retournement de veste, l'absence de marque des ténèbres et l'horreur vue dans mes souvenirs. Maintenant, nous nous respectons cordialement, avec même parfois des hochements de tête lorsqu'on se croise.

J'en suis au même stade avec tous les gryffondors ; et les serpentards m'ont tous suivi.

Il hoche la tête dans ma direction, Ronald fait de même et Hermione m'offre un sourire pincé. Quant à moi, je fais de mon mieux pour détendre mon visage et malgré la rougeur qui doit s'y trouver, leur offre un hochement de tête et un haussement de sourcil taquin.

Le cours commence et je n'écoute pas. Dans ma tête, les événements des prochains jours défilent : ce que je dois dire, ce que je dois faire. J'ai tout travaillé selon ma mémoire et celle de la partie restante du trio d'or. J'ai intérêt à le ramener à la vie, rien que pour ne plus ressentir la sensation de ce pieu qui traverse mon cœur et fait des allers-retours toute la journée. Comment ai-je pu laisser une telle chose arriver à l'homme que j'aime ?

J'ai toujours été quelqu'un de sensible, mais lui a fait des merveilles dans mon être.

De temps en temps, pas assez à mon goût, mais assez pour paraître suspect : je lui lance des œillades.

Personne ne me fait de remarques, mais je sais qu'ils ont remarqué. Après, des regards suspects avant la conversation fatidique ne feront pas de mal. Après tout, je l'ai aimé bien avant que lui ne daigne me remarquer autrement que comme un salaud.

C'était notre seul cours en commun avec les gryffonds d'aujourd'hui, mais je sais que nous aurons un échange bref ce soir au dîner.


J'angoisse comme jamais : pas même Voldemort ne m'a provoqué un tel état d'alerte. J'ai la vie du sauveur du monde sorcier entre les mains par Merlin ! Et de mon sauveur tout court… L'avoir dans mes bras me manque tellement que je le ressens physiquement. Parfois, j'ai envie de m'en arracher les membres pour me détacher de cette sensation.

- Tu ne seras jamais seul Draco, je t'attendrai partout où tu iras.

Chacun de ses mots doux, de ses phrases rassurantes hante mon esprit avec son image. Personne ne sait à quel point je l'aime. Pas même Hermione et le rouquin. Pas même lui.

- Draco, pourquoi t'es figé au milieu du couloir ? Tu penses que le repas va nous attendre peut-être ?

Pansy me sort de mes pensées et je lui en suis reconnaissant : je partais trop loin et j'allais certainement finir par craquer. Le dîner m'attend et je sais que ce soir marque le premier tournant entre lui et moi. Ce soir, je lui ai dit : "Bonsoir, bon appétit" avant d'aller m'asseoir à ma table. Il n'osera pas me répondre et mes amis vont me charrier toute la soirée.

Je ne me souviens plus si j'ai déjà annoncé à mes amis l'identité de la personne dont je suis amoureux. En tout cas, ce sera avant le 25.

A contrario de ce matin, je n'hésite pas avant d'entrer dans la grande salle. C'est un moment important et selon les confessions de mon cher et tendre, ce soir-là, il avait été bluffé par la confiance qui se dégageait de moi. J'en suis capable : le draguer à nouveau ne me dérange pas. Si je fais les choses correctement, je connais déjà la fin de l'histoire : lui et moi dans un lit, avec moi fier de mon petit effet.

Je le repère, en train de se servir une portion de purée de carottes. Ce soir, ses deux amis se font un repas en amoureux au village. Il mange donc exceptionnellement avec Neville. Je souris en pensant à tous les avantages que nous avons en étant majeurs et survivants de guerre à Poudlard. Nous avons le droit à autant de sorties qu'on le souhaite, nos absences ne sont plus prises en compte et finit le couvre-feu. En plus, on a des chambres séparées dans les dortoirs : nous sommes adultes. L'autre raison est certainement les cauchemars que tous les survivants font, mais c'est moins réjouissant de le voir sous cet angle. En bref, on est indépendant par rapport aux septièmes années lambdas. Lors de la bataille, on avait eu bien du mal à mettre à l'abri les plus jeunes, de la première à la sixième année. Certains sont décédés… Mais à part une dizaine d'élèves, personne n'a rien vu. Merci Merlin.

Théodore et Pansy vont s'asseoir, mais je continue tout droit. Il est tellement beau à la lumière des bougies.

Je prends soin de me vêtir de mon sourire qu'il qualifie de "beaucoup trop bandant" et arrivé à sa hauteur, je me penche légèrement vers lui.

Son odeur me monte au nez, je ne l'avais pas senti depuis si longtemps. Il est mon odeur préférée.

- Bonsoir, bon appétit.

Je prends plaisir à regarder ses yeux s'écarquiller et sa main reposer sa fourchette dans son assiette. Neville se retient de rire et sans attendre plus, je me relève et vais m'asseoir auprès des serpents. Je parviens à ne pas me retourner alors que son regard me brûle le dos, et je décide de faire mon premier écart au passé. Je me mets du mauvais côté de la table, permettant ainsi à nos yeux de se croiser. Ainsi, je peux jauger sa réaction. Je l'ai raté une fois, hors de question que rate tout ce qui va le faire tomber amoureux de moi.

Je le regarde pendant qu'il se remet à manger, décidant volontairement de m'ignorer.

Ma table est hors d'haleine et me harcèle de toute part, mais moi, je le regarde et je ne pense qu'à une chose :

"- Je vais te sauver mon amour."