Si Derek était bien soulagé d'une chose, c'était de voir Stiles sourire. De loin, il le regardait parler à Lydia et Isaac qui, du peu qu'il avait écouté au départ, ne lui avaient pas posé la moindre question quant à sa présence ici. Il était clair que ce fait arrangeait l'hyperactif qui, Derek le savait, avait horreur qu'on essaie de lui soutirer la moindre information sans qu'il n'accorde son consentement à ce sujet. Le pire, c'était lorsqu'il émettait clairement sa désapprobation et qu'on insistait quand même. L'ancien alpha jeta un coup d'œil à Scott. Ce dernier était occupé à réprimander Peter par rapport à sa tendance trop poussée à faire des blagues un peu trop osées. Elles partaient souvent et n'épargnaient aucun des membres de la meute. Cela ne dérangeait pas tant de monde et à vrai dire… Quasiment personne, à part Scott, qui trouvait ce côté-là de l'oncle de Derek particulièrement inconvenant. D'ailleurs, ce n'était pas la première fois qu'il le réprimandait, mais Peter n'arrivait définitivement pas à le prendre au sérieux. Pourquoi ? Parce qu'il le trouvait beaucoup trop sérieux pour pas grand-chose. Comme s'il fallait que tout soit carré – dans son genre de carré à lui, c'est-à-dire un peu ovale – et que rien ne dépasse lors des réunions de meute. Derek se souvenait d'ailleurs de la manière dont Stiles faisait tout, parfois, pour le pousser à bout. Oui, l'hyperactif était d'accord avec le fait qu'il n'y avait rien de mal et qu'être aussi intransigeant pour les réunions était complètement contreproductif, d'autant plus que cela avait tendance à mettre un peu trop de pression sur les épaules de chaque membre et pour le coup… Derek partageait également cet avis. L'on pouvait être sérieux tout en étant détendu et parfois, une petite blague – même osée – permettait de changer les idées de chacun. Tant que cela respectait les concernés… Enfin bon, pour l'instant, on le laissait parler parce qu'il était gentil, parce qu'il restait respectueux, parce qu'il était… Oui, mignon, dans un sens. Mignon car trop gentil. Après tout, comme le disait si bien Peter, il ressemblait à un petit chiot.
De toute façon, tout ce qui importait Derek à l'heure actuelle, c'était simplement le fait qu'il ne s'approche pas de Stiles. Et s'il le faisait tout de même, le loup de naissance serait là pour le rappeler à l'ordre et, si besoin, kidnapper provisoirement l'hyperactif en feignant avoir besoin de lui pour quelque chose, histoire de n'attirer l'attention de personne et de ne provoquer aucun scandale. S'il s'avérait qu'ils doivent en discuter en privé, soit. Disons que Derek n'avait pas la moindre intention de se donner en spectacle, tout comme il ne voulait pas mettre Stiles dans l'embarras. Il n'oubliait rien des évènements qui l'avaient conduit à loger ici pour l'instant, tout comme il n'oubliait rien de cette fébrilité qu'il percevait chez lui. Stiles, en dépit de son air à peu près détendu, restait fragile sur plusieurs points. Derek se méfiait non seulement parce qu'il n'avait pas eu l'occasion de discuter avec lui de la raison précise de son évanouissement, mais également parce qu'il redoutait de le voir retomber aussi bas qu'il ne l'avait été en début de semaine. Alors oui, Derek continuait d'avoir peur pour lui, et à raison. Tant qu'il ne serait pas certain que Stiles avait complètement laissé tomber son idée lugubre – il le lui avait assuré, mais le loup avait besoin de preuves – et tant que le jeune homme n'irait pas mieux en profondeur, il ne relâcherait pas sa vigilance.
Isaac vint rapidement discuter avec lui, un peu de tout et de rien. Le bouclé était adorable, d'autant plus que Derek savait que ce dernier le connaissait fort bien. Lui et Isaac étaient proches, tout simplement parce qu'il était celui qui l'avait sorti des griffes de son père et qui l'avait longuement hébergé au loft, le temps qu'il se trouve un appartement et qu'il ait de quoi subvenir à ses propres besoins. Ainsi, il montrait sans arrêt au loup toute sa reconnaissance, sans jamais en faire trop. En échange, il faisait également attention à lui et, loin d'être bête, Isaac avait remarqué la légère tension qui émanait de lui mais, au lieu d'en parler et de risquer d'alerter de trop nombreuses oreilles indiscrètes, il décida de faire de son mieux pour le détendre. Il lui raconta alors sa journée, ajoutant çà et là différentes anecdotes qu'il trouvait amusantes, histoire de le dérider un peu. Derek, conscient de ses efforts, s'autorisa un léger sourire et quelques gestes affectueux, purement amicaux. Cependant, il ne cessa de garder un œil sur Stiles qui fit un signe de tête à Lydia et lui faussa doucement compagnie en lui offrant un sourire. Mais, instinctivement, il sut qu'il s'agissait là d'un moyen pour l'hyperactif de mentir, de se dérober avec discrétion. Et son odeur, qu'il continuait de scruter, le lui prouvait tout autant que son regard. Ainsi, Derek discuta encore un peu avec Isaac avant de lui dire qu'il revenait, qu'il avait quelque chose à faire.
Le loup rejoignit Stiles, qui s'était retranché dans la cuisine et se servait actuellement un verre d'eau. La réunion allait bientôt commencer et l'hyperactif savait que s'éclipser en plein milieu était une mauvaise idée. Lorsqu'il remarqua la présence de Derek, il se crispa un peu, avant de complètement se détendre.
- Je me suis servi, je… J'espère que ça ne te dérange pas, dit-il. Je sais que… Je prends peut-être un peu trop mes aises et…
- Ne t'en fais pas, fais comme chez toi, lui assura le loup en posant sa main sur son épaule dans un geste affectif.
Ce contact, bien que léger, fit autant de bien à l'un qu'à l'autre, mais chacun garda ce ressenti pour lui et aucun ne se déroba.
- Comment tu te sens ? Demanda rapidement Derek en avisant ses traits un peu tendus et son regard un tantinet fuyant.
- Ça va, finit par répondre l'hyperactif. J'avoue qu'avec ce monde, j'ai un peu de mal, mais… Ça va.
Sentant qu'il allait dire autre chose, le loup, sans enlever sa main de son épaule, attendit patiemment qu'il boive une gorgée de son verre avant de continuer :
- Je ne me sens pas très à l'aise et j'ai un peu peur… Qu'il vienne me chercher des noises, si tu vois ce que je veux dire.
Stiles évitait sciemment de prononcer le prénom de Scott, au cas-où. Parler de ce qui le taraudait lui allait, mais il n'aimerait pas créer de discorde en laissant échapper un nom sans le faire exprès – qui plus est celui de l'alpha de la meute.
- Ne t'inquiète pas pour ça, lui dit simplement Derek. J'en fais mon affaire.
La main sur l'épaule de l'hyperactif caressa presque délicatement celle-ci tandis que le ton du Hale était sûr. Il connaissait ses fragilités, ses faiblesses et toutes ces choses sur lesquelles Scott ne devait absolument pas appuyer, même pas inadvertance. Cela ne faisait pas longtemps que Stiles était là, mais Derek avait bien plus appris sur lui en quelques jours que Scott en quelques années et ça… Il pourrait mettre sa main à couper tant il en était certain. Le châtain était quelqu'un de très ouvert, oui, mais qui gardait certaines réserves et qui, au final, parlait peu de lui, encore moins lorsqu'il avait des soucis.
- Tu penses que ça ira ? S'assura le loup.
Stiles esquissa un doux sourire qui, même s'il restait léger, n'avait rien de forcé ou de crispé. Et ainsi, simplement ainsi, son visage s'illumina.
- Arrête, je pourrais presque croire que tu t'inquiètes pour moi, rit-il malgré tout.
Le cœur de Derek rata un battement alors qu'il s'efforçait de ne pas montrer à quel point ce rire et ce sourire aussi légers l'un que l'autre lui faisaient de l'effet. C'était bête, mais… Oui, le voir ainsi contrastait fortement avec tous ces moments où il l'avait pris dans ses bras, séchant ses larmes beaucoup trop nombreuses, respirant son odeur qui, à elle seule, avait témoigné d'une souffrance telle qu'il ne l'oublierait jamais. Alors oui, forcément, le voir ainsi lui faisait du bien et n'éteignait pas l'espoir de le voir remonter complètement la pente. Derek continua inconsciemment de caresser son épaule avec douceur, remontant légèrement jusqu'à sa nuque.
Oui, il s'inquiétait pour lui.
- Et si c'était le cas ? Le défia-t-il.
Parce qu'après tout, la manière dont il s'occupait de lui était très parlante. Jamais il ne le laissait seul trop longtemps et son évanouissement de tout à l'heure continuait de le conforter dans cette idée. Aujourd'hui et les prochains jours… Derek devait plus que jamais rester à ses côtés tant sa vie lui paraissait ne tenir qu'à un fil. Cette pensée le terrifia. Sans s'en rendre compte, il s'était rapproché de l'hyperactif et le couvait du regard. La malice apparut dans les yeux ambrés ancrés dans les siens.
- Il faudrait que je te donne des vitamines. Un Big Bad Wolf, c'est censé rester méchant. Tu te ramollis, Sourwolf.
Derek ne put empêcher un rictus d'étirer ses lèvres en un sourire en coin un tantinet moqueur.
- Tu veux peut-être que je rejoue au grand méchant loup ? Le provoqua-t-il sans vraiment comprendre ce qui lui prenait.
A nouveau, la réaction de l'hyperactif le déconcerta puisqu'un nouveau rire timide le secoua. Stiles finit par secouer la tête et se rapprocher à son tour de son vis-à-vis. Si Derek trouva que leur proximité commençait à avoir des accents de danger, ne dit ni ne fit rien pour la limiter. Sa main, indépendante, avait déjà migré depuis un moment, passant de sa nuque à sa hanche. Le contact lui faisait réellement du bien et Stiles ne semblait pas non plus s'en plaindre. L'hyperactif, pas beaucoup plus petit que lui, mais tout de même, se mit un peu sur la pointe des pieds et se rapprocha jusqu'à chuchoter à son oreille :
- Personnellement, je préfère le loup qui m'a déjà fait des câlins.
Cette fois, Derek ne put réprimer la réaction primitive qui le prit : ses joues prirent une jolie teinte rosée alors que Stiles s'éloignait doucement de lui, l'air moqueur. A nouveau, il rit… Et le loup se demanda ce qui lui arrivait pour qu'il soit aussi… Joyeux alors qu'il était si mal en point quelques heures plus tôt. Pas que ça le dérange, loin de là… Mais il trouvait cela curieux. Pour autant, il ne lui posa pas de questions et s'efforça de reprendre le contrôle sur son visage tout en baragouinant des choses incompréhensibles. Le loup qui lui avait déjà « fait des câlins »… Pourquoi ce fait – qu'il n'était pas assez bête pour nier – et cette formulation lui faisaient-ils quelque chose ?
- Tu verrais ta tête, se moqua gentiment Stiles, avant de se calmer un peu. Quoique tu me diras, j'aime vraiment bien ce loup-là.
Derek fut heureux d'avoir un certain self-control parce que même si une violente poussée d'affection le prit, il la contrôla suffisamment pour ne rien en montrer. A la place, il esquissa un nouveau rictus mais ne dit rien. Dans un sens, il sentait bien que Stiles jouait et ce fait aussi simple que candide lui fit du bien. S'il se serait écouté, il l'aurait sans doute étreint et serré dans ses bras longtemps, très longtemps. Mais ce n'était ni le moment, ni le lieu. La réunion allait bientôt commencer et Derek considérait que leur soudain « rapprochement » serait la source de trop de questions indésirables. Disons encore une fois que Stiles n'avait pas besoin qu'on l'interroge sur tout et n'importe quoi en ce moment. Il fallait le laisser tranquille.
Par contre, ses paroles l'avaient touché et Derek n'avait pas l'intention de les oublier de sitôt. En fait, il avait déjà étrangement envie d'être à nouveau ce loup qu'il aimait bien tout en l'aidant à aller mieux. L'avantage de connaître sa situation, c'était qu'il savait différencier le vrai du faux et qu'avec lui… Stiles ne cherchait pas vraiment à faire semblant. De toute manière, Derek l'avait vu dans ses pires états, alors pourquoi essayer de lui mentir à lui, qui percevait le mensonge aussi naturellement qu'il respirait ? Et cette confiance qu'il voyait nettement se dessiner donna envie à Derek de s'isoler avec lui, juste comme ça. Stiles n'avait-il pas dit, lorsqu'il lui avait annoncé la réunion, qu'il avait envie d'être tranquille avec lui ?
Oui mais actuellement, ils avaient des obligations et la principale se rappela à eux puisque Derek entendit nettement la voix de Scott, qui provenait du salon, appeler tout le monde à se rassembler sur les canapés. Puisqu'il avait parlé assez fort pour que tout le monde entende, Stiles soupira. Il n'avait pas envie d'y aller et à vrai dire, le loup le comprenait. Toutefois, il l'encouragea d'une tape sur l'épaule et Stiles soupira. Dans son odeur, l'appréhension semblait se faire une place certaine. Il était clair que si la présence de Derek lui faisait du bien et qu'elle le rassurait, Stiles n'avait clairement pas la tête de retrouver les autres, encore moins pour se pencher sur une quelconque affaire surnaturelle que ce soit. Derek le comprenait, lui-même ne désirant pas s'infliger leur présence – bien que toujours appréciée – plus que nécessaire.
- Plus vite c'est fait, plus vite on est tranquilles, dit-il simplement.
Stiles hocha la tête et commença à sortir de la cuisine. Derek le suivit et lorsqu'ils arrivèrent dans le salon, il surprit le regard indéchiffrable de Scott sur eux. Toutefois, il n'en fit pas cas et s'installa à côté de l'hyperactif qui s'était mis au bout d'un des canapés. Ce faisant, le loup se donna un air nonchalant, je-m'en-foutiste. Mais il n'en était rien. A nouveau, les yeux ébènes de l'alpha se fixèrent sur lui. Derek l'ignora royalement. Si Scott avait quelque chose à reprocher, le bêta savait qu'il ne pourrait pas le faire devant tout le monde, alors il était tranquille. Puis de toute manière, peu lui importait que le latino soit mécontent à son sujet, tant qu'il ne s'approchait pas de Stiles. Le cas contraire, il sortirait les crocs.
