YOUR BODY ELECTRIC

Jungkook cherchait son petit ami parmi les invités de ce brunch, organisé par les dirigeants de son agence afin de célébrer la nouvelle année. Il ne l'avait pas vu depuis une semaine, puisque Jimin s'était rendu aux États-Unis filmer le clip d'une de ses chansons en solo, et il se réjouissait de leurs retrouvailles. Mais le plus jeune ne pourrait profiter de sa compagnie que deux heures, car il venait d'apprendre que son départ pour un shooting photo, à l'autre bout du pays, était avancé en fin d'après-midi.

Il afficha un large sourire en apercevant son camarade, mais s'arrêta net lorsque celui-ci lui adressa un regard froid, en lui indiquant de reculer d'un signe furtif de la main.

Il ne comprenait pas sa réaction, mais se persuada qu'il devait avoir une bonne raison, ayant suffisamment foi en lui. Il prit donc une coupe de Champagne et s'assit tout en l'observant de loin. Il nota subitement la présence d'un trentenaire auprès de son bien-aimé, dont il se méfia immédiatement, étant trop tactile à son goût. Ce dernier touchait par moments l'épaule ou le bras de son amant, en lui chuchotant des mots à l'oreille. Une telle familiarité ne pouvait exister qu'entre personnes qui se découvraient une complicité dès le début ou qui étaient assez proches. Il ne l'avait pourtant jamais croisé de sa vie et se serait assurément souvenu de lui, car il correspondait physiquement au genre d'hommes de son partenaire : beau, svelte, athlétique, avec un goût prononcé pour la mode et une prestance sans pareille. Un sérieux concurrent, en somme.

Le maknae ne put dissimuler sa possessivité et les fixa, le visage fermé et les iris assombris par une jalousie amère. Son aîné lui envoya un coup d'œil réprobateur séance tenante, suivi du texto : « Ton attitude est flagrante. Par pitié, contrôle-toi ! ». Ce à quoi il rétorqua sur-le-champ : « T'as cru que j'étais un idiot ?! Tu ne veux pas non plus que je te tienne la bite pendant qu'il te la pompe ?! ». Puis il surprit son concubin en train de consulter son message et éteindre son mobile, avant de le remettre dans la poche arrière de son jean.

En assistant à cela, il éprouva une colère intense et ne sut de quelle façon réagir, consterné. Il ne s'y attendait pas, mais décida toutefois de tenter de se calmer, en fixant le sol durant de longues minutes. Ce qu'il regretta aussitôt quand il redressa la tête, les ayant perdus de vue. Il posa son verre en se levant et partit de ce pas à leur recherche dans la foule, en vain. Son courroux fit peu à peu place à de l'inquiétude. Le comportement inhabituel de sa moitié l'alarma sérieusement. Il redouta de les découvrir flirtant tous les deux dans un coin, et le fait de tomber sur son répondeur, à chaque fois qu'il le contactait, empira la situation. Son discernement en fut aveuglé et la confiance qu'il lui portait fut ébranlée.

Il aurait pardonné une infidélité dans des circonstances particulières – mais certainement pas celles actuelles –, et ce n'était même plus cela qui le tourmentait. Il craignait désormais que Jimin eût été irrésistiblement charmé par cet individu pimpant. Pire : qu'il eût eu un coup de foudre pour lui, phénomène contre lequel il ne pouvait lutter et qui arrivait sans crier gare dans la vie. Il avait d'ailleurs été le témoin de la séparation de quelques couples dans son entourage, lorsque l'un des conjoints assurait avoir fait une telle rencontre.

Jungkook ne voyait que cette éventualité pouvant justifier les actions incompréhensibles de son compagnon. Il avait beau entretenir une relation sérieuse avec lui depuis plus d'un an, il ne prenait rien comme acquis, et son cœur se brisa lentement au fur et à mesure qu'il arpentait les couloirs de l'agence. Il décida finalement de s'isoler dans leur loge privée, n'ayant absolument plus envie de participer aux réjouissances.

En désespoir de cause, il demanda par texto aux membres de son groupe s'ils avaient vu son petit ami, et reçut les premières réponses négatives dans la foulée. Il ne savait plus que penser. Sa raison lui soufflait que son amant n'irait jamais le tromper presque sous son nez, mais il ne pouvait avoir de contrôle sur une évidente attirance de son cher et tendre envers cet inconnu, qui incarnait parfaitement son type idéal.

Ses réflexions furent interrompues par son manager qui l'enjoignit à se préparer au départ. Il acquiesça en essayant une ultime fois d'appeler son partenaire, et de raccrocher en étant derechef transféré sur sa messagerie vocale. Il posa son téléphone afin d'enfiler son manteau, attrapa sa sacoche et sortit de la pièce. Complètement perturbé par les évènements, il constata à l'aéroport qu'il avait oublié son portable dans sa loge, et en informa le garde du corps qui l'escortait pour son déplacement professionnel. Il n'en fut pas dérangé, car cela lui éviterait d'être trop déconcentré pendant les deux prochains jours de son shooting photo, à attendre un signe de vie de son camarade.

Il ne vit donc pas à temps le S.M.S. de Namjoon, qui aurait un peu soulagé son anxiété : « Oui, on est ensemble avec des invités d'un de nos producteurs dans la salle de réunion du deuxième. On écoute des maquettes. Je suis venu à sa rescousse parce qu'il y a une de ses anciennes connaissances qui le fait chier. Ne te fais pas de souci. Tout va bien. »

oOo

Le maknae composa le code d'entrée de son habitation et poussa la porte avec nonchalance. Il avait préféré revenir directement chez lui à sa descente d'avion, plutôt que de retourner à l'appartement de Jimin. Ces dernières quarante-huit heures, il avait eu énormément de difficulté à écarter son inquiétude, n'avait pas suffisamment dormi, n'avait rien réussi à manger depuis la veille au soir, et ne se sentait pas prêt psychologiquement à une mise au point. Il ne souhaitait plus qu'avaler un léger somnifère et sombrer dans un sommeil sans rêves. Puis il réalisa en entrant que son salon était éclairé, et entendit la télévision. Il soupira de lassitude, comprenant que son compagnon était présent dans son logement, et redoutait la discussion qui s'imposait. Il n'en avait pas la force.

— Je t'ai ramené ton iPhone, annonça son condisciple en se levant du canapé. Je savais que tu ne passerais pas par chez moi, après… Bref ! Il faut qu'on parle.

Le moment que le jeune homme brun craignait était arrivé. Il opina de la tête et avertit qu'il allait d'abord se laver. Il saisit le premier pull, pantalon et caleçon sous son nez dans son armoire, et se dirigea vers la salle de bain. Tandis qu'il prenait une longue douche, il se replongea inconsciemment dans le même état d'esprit que les années précédentes, durant leur liaison chaotique : aucune émotion ne se dégageait de lui. Seules les gouttes d'eau qui glissaient sur son visage remplaçaient les larmes de souffrance qu'il était incapable de verser. Il appréhendait terriblement la finalité de leur conversation et rien que le ton sérieux de sa voix ne présageait rien de bon, selon lui.

Trop absorbé par ses pensées, il n'avait pas prêté attention aux habits qu'il avait choisis et constata son erreur devant son miroir. En vue de le taquiner, son concubin lui avait offert deux ensembles dits « moches de Noël » de par leurs côtés indubitablement kitsch, car il connaissait sa passion pour cette fête. C'était sa période favorite de l'année. Toutefois, horrifié à l'idée d'apprendre une mauvaise nouvelle ou de se faire annoncer une rupture dans des vêtements ô combien ridicules, il s'apprêtait à retirer cet accoutrement, lorsque son petit ami fit irruption dans la pièce :

— Tu fous quoi, là ? demanda celui-ci, impatient, avant de s'arrêter net en le fixant.

Jungkook discerna un sourire, probablement moqueur, sur les lèvres de son aîné.

— Désolé ! Prends ton temps, continua ce dernier en pouffant de rire, et en refermant la porte.

Il en fut humilié. Son éventuel rival était un fringant trentenaire, quand lui n'était plus réduit qu'à la personnification d'un « tue-l'amour », à cause de cette toilette du plus mauvais goût en cette circonstance. Il en aurait pleuré de dépit, si son esprit n'avait pas bloqué la moindre manifestation de ses émotions.

— Foutu pour foutu, marmonna-t-il, résigné à garder cette tenue.

Il retourna au salon et s'assit sur son canapé, impassible, alors que son camarade était debout face à lui.

— Le mec qui me collait aux basques, à l'agence… c'est mon ex.

De mieux en mieux. Le maknae éprouva un douloureux pincement au cœur en écoutant cet aveu. Son conjoint était parfaitement au courant de son tempérament jaloux, et cela ne l'avait pourtant pas dérangé de s'exposer aux côtés de cet individu sous ses yeux. Il n'osa même pas imaginer ce qu'ils étaient partis faire, après les avoir perdus de vue. Puis il se sentit misérable, affublé de ces habits qui symbolisaient des moments joyeux à partager en compagnie de ses proches, et qui contrastaient atrocement avec ses sentiments actuels. Se faire larguer ou apprendre une infidélité en portant le cadeau de Noël de son aimé, qu'y avait-il de plus détestable ? Cela lui ôtait toute dignité.

— Arrête de te faire des films, reprit son vis-à-vis devant son silence. C'est l'enfoiré qui avait voulu balancer ma liaison avec lui à la presse, à nos débuts. Et il m'a proposé de remettre le couvert, en plus !

— Et ? C'était bien ? lança le jeune homme brun, d'un air faussement détaché.

— T'es sérieux, là ? Tu me prends pour le salaud de service ? Mais… je t'emmerde ! s'énerva Jimin, véritablement vexé par sa suspicion.

— T'as pas voulu que je vous approche, il t'a tripoté sous mon pif, tu m'as envoyé chier, t'as coupé ton téléphone, et vous vous êtes tirés je ne sais pas où, énuméra froidement son cadet. Donc, oui, je suis sérieux.

— Si tu n'avais pas oublié ton iPhone, j'aurais pu tout te raconter dans la soirée. Ça t'aurait évité de mariner dans ton jus comme un con pendant deux jours. Je n'allais pas prendre le risque de te parler de ça en passant par le numéro de ton garde du corps ou celui de ton hôtel !

— Sympa de m'insulter. Bon ! s'exclama-t-il en se levant. Inutile de m'en foutre plein la gueule, tu peux te casser. C'est ta spécialité de toute façon, conclut-il en allant se réfugier dans sa chambre.

— Nan ! Attends, je suis désolé, je n'aurais pas dû te dire ça ! admit-il en le suivant, avant de se faire claquer la porte au nez.

Eh, merde ! Faut vraiment que j'apprenne à la fermer, songea l'aîné, acceptant sans difficulté que les apparences étaient contre lui. Déterminé à calmer leur dispute, il entra dans la pièce et regarda son compagnon couché sur le flanc, face au mur. Il le rejoignit aussitôt et l'enlaça, en lui murmurant des excuses pour son emportement.

— Barre-toi, exigea son concubin, en rejetant son bras.

Mais en percevant le ton chevrotant de sa voix, il sut que Jungkook était bien plus triste que fâché, et fut profondément ému de l'avoir plongé dans cet état.

— Non, je reste, mon lapin, objecta-t-il en grimpant sur lui par surprise, afin de s'asseoir à califourchon sur lui et l'inciter à s'allonger sur le dos.

Puis il continua :

— Tu ne te débarrasseras pas de moi. Je n'ai pas toujours été à la hauteur de ta confiance et ça peut mettre encore du temps à ce que tu puisses me croire sur parole, chuchota-t-il en embrassant tendrement ses joues. Mais je te jure que je n'ai strictement rien fait. Je te demande juste de m'écouter.

Le maknae apprit ainsi que cet ex avait été invité par un de leurs éminents producteurs, faisant désormais lui aussi ce métier. Réalisant qu'ils se connaissaient, un des dirigeants de HYBE l'avait prié de s'occuper aimablement de ce convive, ce qu'il n'avait pu refuser. Cependant, il avait très vite compris que son ancien petit ami cherchait à lui soutirer des informations personnelles, ayant certainement l'intention de le faire chanter ou de les vendre au plus offrant, comme par le passé. Face à son mutisme, il l'avait donc ostensiblement dragué, dans l'espoir de déceler la présence de son amant actuel, en déclenchant sa jalousie.

— Voilà pourquoi je n'ai pas voulu que tu t'approches et que je t'ai supplié de te contrôler. Il aurait repéré illico qu'on était en couple. Surtout qu'il se doutait que je n'allais jamais taper bien loin dans mes conquêtes : que des personnes du milieu. Je l'avais rencontré quand il était danseur occasionnel à l'agence, d'ailleurs. C'est une merde, mais il n'est pas stupide.

— Et t'es convaincu qu'il n'ira plus vendre votre histoire aux médias ?

— Oui, parce qu'il fait partie intégrante de l'industrie, maintenant. Il ne va pas se foutre une balle dans les couilles en bousillant son image. Par contre, si ce bâtard avait deviné pour nous deux, il se serait donné les moyens d'avoir la preuve de notre relation. Et il aurait à coup sûr vidé nos comptes en banque, car il a besoin de pognon pour ses nouveaux projets de daube. Et vu la tronche que tu tirais, il t'aurait grillé super vite. Je ne parle même pas de nos bagues identiques.

— Pourquoi t'as coupé ton portable ?

— J'ai merdé là-dessus, je te l'accorde. J'ai paniqué parce qu'il commençait à avoir des soupçons et je craignais qu'il arrive à lire tes textos par-dessus mon épaule. C'est une vraie raclure, il ne recule devant rien. Je préférais que tu me tapes une scène dans la soirée, plutôt que tu nous rejoignes et qu'il nous capte en dix secondes. Mais je n'avais pas prévu que tu partirais à ton shooting photo, et sans ton iPhone.

L'aîné expliqua ensuite avoir accepté la proposition d'écouter les maquettes que son ancien petit ami avait amenées, ainsi que celles des autres invités, afin de quitter la salle de réception et limiter les risques.

— Il fallait que je trouve une solution pour que mon ex ne t'ait pas dans son collimateur. Alors j'ai sauté sur l'occasion quand tu as regardé ailleurs. Namjoon était heureusement dans le coin, et il a capté direct que je voulais l'éloigner de toi, ajouta-t-il. Il le connaît et est au courant de notre histoire. Il se doutait que ce salopard n'hésiterait pas à me refaire des crasses pour du fric, et il est venu le surveiller.

Dans le but d'étayer ses propos, il rendit son mobile à son compagnon et l'encouragea à consulter la réponse de leur leader, lorsqu'il avait demandé à tout le groupe où était son conjoint.

— Tu as tenté de m'appeler trente-cinq fois ?

— Bah ! je ne savais pas que tu n'étais déjà plus là. J'ai fini par récupérer ton téléphone dans notre loge en te cherchant, à la fin de la réception.

Jungkook lut le texto de Namjoon, auquel il avait joint un selfie pris avec toutes les personnes dans la pièce en arrière-plan, en vue de confirmer ses dires. Le leader avait manifestement pressenti son inquiétude. Les iris du maknae s'assombrirent en distinguant sur la photo le sujet de leur querelle près de son cher et tendre.

— Je présume que je reverrai ce minable te tourner autour ?

— Non, il part s'installer aux États-Unis. Et au pire, tu sais ce qu'il en est maintenant.

Le jeune homme brun se passa une main sur la figure de manière à se ressaisir et soupira de soulagement.

— Putain, souffla celui-ci. Tu m'as fait flipper. J'ai cru que tu voulais baiser avec ce type dans mon dos ou que tu voulais me larguer pour lui.

— T'es fou ! s'exclama son vis-à-vis, en écarquillant les yeux.

— C'est carrément ton genre de mecs, et ton attitude me rendait dingue. Je pensais que tu avais flashé sur lui, ou je ne sais pas… Je n'arrivais plus à réfléchir.

Jimin admit sur-le-champ que les apparences étaient trompeuses et s'excusa de lui avoir causé des tourments. Puis en le voyant au bord des larmes, il réalisa que son cadet avait besoin d'être rassuré, probablement durant encore quelque temps, afin de réussir à s'épanouir dans une relation de confiance absolue. Les séquelles de leur liaison chaotique et la crainte d'une rupture étaient toujours présentes.

— Je suis navré, dit-il en embrassant son visage. Je suis vraiment navré mon lapin, répéta-t-il, en caressant intensément ses cuisses et son entrejambe. Je voulais juste nous protéger.

— Arrête, murmura son amant en le repoussant doucement. Je ne suis pas d'humeur, là. J'ai cogité comme un malade pendant deux jours, et je suis crevé. Désolé.

L'aîné comprit qu'il avait dû être particulièrement éprouvé par le chagrin, au point de ne pas désirer coucher avec lui en l'instant. C'était bien la première fois que sa libido désertait.

— Je connais un truc qui va te remonter le moral ! assura ce dernier, enthousiaste. Attends-moi là, continua-t-il en déposant un rapide baiser sur ses lèvres, avant de se précipiter hors de la chambre.

Il revint au bout de cinq minutes, visiblement satisfait, et demanda à son petit ami de se tourner vers le mur. Tandis que celui-ci s'exécutait sans bien en comprendre le but, il l'entendit fouiller dans son armoire, se changer, et finalement l'autoriser à admirer le résultat.

— Tadam ! s'écria Jimin, l'air réjoui dans sa nouvelle tenue d'apparat. Je suis super sexy, hein ? lança-t-il en prenant une pose exagérément sensuelle.

Le maknae pouffa de rire en le détaillant de la tête au pied dans le deuxième ensemble – légèrement trop grand pour sa taille – « moche de Noël » qu'il lui avait offert, et qui était encore plus ridicule que celui qu'il portait.

— C'est censé m'exciter ? Il y a fraude sur la marchandise. J'exige un remboursement, ironisa-t-il.

— Bah ! je suis raccord avec toi sur les fringues, se félicita joyeusement son conjoint. Et moi, je te trouve à croquer dans ces vêtements ! T'es tellement mignon que ça me donne envie de te faire des câlins, affirma-t-il en lui faisant un clin d'œil. Allez ! suis-moi.

Les yeux de Jungkook brillèrent de contentement en entrant dans le salon, sous le regard bienveillant de son compagnon. En vue de lui faire plaisir, il avait ravivé l'ambiance de Noël en tamisant l'éclairage, afin de mettre en valeur le sapin et les illuminations intérieures accrochées ici et là. Deux chocolats chauds et des Chamallows étaient disposés sur la table basse, à déguster sur l'immense canapé d'angle convertible qu'il avait déplié en lit, de manière à étendre confortablement leurs jambes, en se réfugiant avec délice sous la douceur de plusieurs plaids. Enfin, il avait parachevé sa surprise en choisissant sur Netflix un film parfait en cette saison : l'aventure typique d'un citadin au bord du burn-out, qui rencontrait par hasard l'homme de sa vie dans un chalet perdu en pleine montagne, à la suite d'une tempête de neige – histoires dans lesquelles il y avait toujours un chien. Le genre d'œuvres cinématographiques mielleuses et prévisibles à souhait, mais idéales en l'instant pour réchauffer le petit cœur de son âme sœur. Touché par cette délicate attention, le concerné chuchota :

— Merci beaucoup.

— Tout ce qui te rend heureux me rend heureux, répondit le plus âgé en lui souriant. Viens t'asseoir, on va prendre une photo-souvenir romantique. C'est qu'on n'a jamais été aussi beaux, sapés ainsi. Faut pas gâcher l'occasion ! plaisanta-t-il, en déclenchant le rire de son cadet.

Chose faite, ils savourèrent leur boisson devant la télévision, en se collant l'un à l'autre sous les couvertures moelleuses. Mais un peu plus tard, Jimin constata que son partenaire s'était assoupi, la tête appuyée contre son épaule. Il arrêta le film, lui retira des mains son mug vide et le déposa avec le sien sur la table. Puis il l'allongea sur le flanc et se coucha face à lui, en l'enlaçant. L'anxiété qu'il avait endurée les deux jours précédents l'avait manifestement épuisé. À ses côtés, le maknae semblait se sentir dans une telle sécurité émotionnelle qu'il n'arrivait plus à rester éveillé.

Les iris pétillants d'affection, l'aîné le contempla dormir et fut attendri en l'entendant ronfloter sereinement dans ses bras. Il adorait définitivement tout de lui, et particulièrement la vulnérable quiétude qu'il dégageait pendant son sommeil. Il éprouva le besoin viscéral de le protéger, de consolider les barrières qu'il avait érigées autour de leur couple, afin de préserver sa stabilité et leur lien fusionnel.

Jungkook était sa moitié absolue et il était persuadé qu'il n'aurait pas la force de lui survivre, si l'avenir le lui arrachait.

— Je t'aime, murmura-t-il.

Il n'attendait pas de réaction, mais vit soudain son camarade ouvrir lentement les yeux et lui sourire. Ils échangèrent un regard amoureux, radieux, et partagèrent un baiser passionnel en se caressant longuement, comme s'ils se découvraient pour la première fois. Jimin se plaça ensuite au-dessus de son petit ami et remonta son pull en embrassant son torse avec langueur. Puis il descendit le bas de ses vêtements au niveau de ses cuisses avant de lui faire une fellation, en s'occupant également de ses différentes zones érogènes. Par cette tendresse buccale, il cherchait à pousser son excitation au point de désirer être possédé sans délai. Quand il fut certain de son envie, il revint à hauteur de son visage et frotta son bas-ventre contre le sien.

— Je peux mettre ma queue au chaud ? lui susurra-t-il à l'oreille, les lèvres humides de son liquide pré-séminal.

— Oui, dit le jeune homme brun dans un souffle, enflammé par l'érotisme de sa voix qui réclamait son corps.

Ravi par son accord, l'aîné s'empressa d'aller dans la salle de bain et de ramener tout le nécessaire à leur coït. Pendant que son concubin ôtait sa tenue, il installa un gros coussin sur le canapé afin de surélever le bassin de ce dernier, étala soigneusement plusieurs couches de serviettes dessus, et se déshabilla à son tour. Enthousiastes, ils s'étreignirent et prolongèrent les préliminaires, exaltés par le contact de leur peau nue sous la chaleur des plaids. Il n'y avait rien de plus plaisant pour eux que de se retrouver dans l'intimité des bras de l'autre à la suite d'une dispute, qui transformait un moment désagréable en un souvenir précieux.

Après s'être assuré d'avoir suffisamment appliqué de lubrifiant, Jimin pénétra doucement son amant en écartant ses jambes. Il apprécia de le voir fermer les paupières et l'entendre gémir, tandis qu'il s'enfonçait en lui. Il écouta avec délectation sa respiration s'accélérer, se réjouit de le percevoir s'ouvrir à lui et s'accoutumer à sa verge. Il était encore si étroit qu'il avait l'impression de le dépuceler, une nouvelle fois, ajoutant aux merveilleuses sensations la puissance d'un éternel fantasme. Lorsqu'il fut totalement en lui, il lui murmura suavement :

— Ton petit cul serré est trop bon.

Enivré par ces mots, le maknae le supplia de se mouvoir en lui, de le prendre de la manière dont il le souhaitait ; il voulait s'abandonner entièrement. Et son conjoint accepta sur-le-champ. Il entama des va-et-vient en augmentant le rythme au fur et à mesure durant quelques minutes, avant de ralentir la cadence sous l'imminence de son éjaculation. Il aspirait à faire monter son propre plaisir au maximum. Il remarqua alors que son compagnon dirigeait ses doigts vers son pénis, en vue de se masturber, et attrapa son poignet pour le plaquer fermement sur l'assise du convertible.

— Non, je veux que tu jutes en moi tout à l'heure, exigea-t-il. Je veux que tu me baises avec tout ton foutre comme si tu pouvais me féconder.

— Je suis forcé de me branler si tu me sors ça ! haleta son complice de sieste coquine, terriblement stimulé par ses paroles crues.

— C'est ça, ou j'arrête illico de te limer.

— T'oserais pas ? s'étonna-t-il, la voix presque implorante.

— Si. Donc, tu obéis ou pas ?

L'intéressé ne put dissimuler un bref sourire de contentement face à cette autorité et opina immédiatement de la tête, le regard émoustillé. Voilà exactement la réaction qu'espérait Jimin de sa part. Il savait que Jungkook aimait parfois être dominé, dirigé dans l'acte quand il était le passif et, dans tous les cas, céder pleinement le contrôle leur faisait à chacun de l'effet.

En obligeant son cadet à retarder son propre orgasme, il accentuait sa concupiscence, ce qui l'inciterait à ne pas se modérer lorsque viendrait son tour. Et c'était ce que l'aîné cherchait : être possédé vigoureusement, être son objet sexuel consentant, se sentir assujetti à son désir.

— Bon garçon, reprit-il, en l'amenant à se coucher sur le ventre.

Il repositionna ensuite le coussin afin de bien surélever son bassin, se plaça entre ses cuisses et se glissa en lui derechef. Il recommença ses pénétrations avec ardeur, savoura l'érotisme des petits cris de son amant, et se mordilla la lèvre inférieure sous le délice de son étroitesse. L'orgasme approchant, il le saisit par la taille et intensifia ses coups de reins, avant de jouir au plus profond de lui dans une dernière poussée. Hors d'haleine, il se blottit enfin contre son dos en l'enlaçant tendrement, et susurra d'un ton malicieux :

— Le sexe après une engueulade, c'est ce qu'il y a de meilleur.

— Putain, oui ! approuva le maknae, le souffle court, au comble de l'excitation.

À suivre…