Chapitre 17: ANGER
J'ouvris la porte et entrai dans la Chevrolet, puis mis en route le moteur sans vraiment faire attention à ce qui se passait autour. Ce ne fut que quand je tournai finalement la tête pour vérifier qu'aucune voiture ne passait derrière la mienne que je réalisai soudain que la banquette arrière était occupée.
Je crus littéralement mourir de peur avant de reconnaître l'occupant du siège arrière.
Je criai finalement de surprise et de plaisir:
« Jasper! Tu es là! Je ne t'attendais pas avant demain! »
« Oui, apparemment pas. »
Ses mots étaient secs, et son regard était dirigé vers la vitre derrière ma tête. Je me retournai alors et suivis son regard, qui observait Mike alors qu'il montait dans son van.
« Oh. Je suppose que tu as tout entendu. »
« Je n'essayais pas de t'espionner, mais comme vous étiez les deux seules âmes qui vivent dans ce parking, c'était un peu difficile de ne pas entendre. Tu ne m'avais pas dit à quel point les choses avaient changé entre vous alors que j'étais parti. »
Sa voix restait neutre en apparence, mais j'étais sure de pouvoir y détecter une touche d'accusation.
« Changé? De quoi parles-tu? »
J'étais troublée.
« Vendredi dernier, tu cherchais tous les moyens de tenir Mike éloigné. Ce soir au contraire, le laisser se rapprocher de toi ne semblait pas te déplaire. »
Je n'étais pas sure de bien comprendre, et de savoir vers quoi tendait la conversation – je ne savais d'ailleurs pas pourquoi nous l'avions d'ailleurs, cette conversation – mais ça commençait réellement à m'énerver. J'étais sur le point de protester quand Jasper dit:
« Je sens que Mike commence à s'inquiéter, certainement parce que tu n'as toujours pas démarré le moteur. Nous ferions mieux d'y aller avant qu'il ne se pose trop de questions. »
Je grognai, mais finalement jetai un regard vers l'arrière et démarrai pour quitter le parking. Je me dirigeai vers la sortie, sans savoir quelle direction prendre. La route de droite menait chez moi, celle de gauche chez Jasper.
Je demandai alors tout haut:
« Où allons-nous? »
« Charlie t'attend, non? »
« Oui. »
« Tu es déjà en retard à cause de ce qui s'est passé dans le parking, donc nous ferions mieux d'aller chez toi avant que Charlie ne s'inquiète et envoie un escadron à ta recherche. Et puis Mike nous observe encore, mieux vaut ne pas lui faire croire que tu cours rejoindre un autre soupirant. »
Je lui jetai un coup d'œil. Il fixait le vide, droit devant lui. Je savais qu'il pouvait me voir avec son excellente vision périphérique, mais c'était clair qu'il ne voulait pas croiser mon regard.
Ok. Je peux faire la même chose.
Je reportai mon regard sur la route et tournai finalement à droite. Le silence s'installa durant quelques minutes alors que je conduisais toujours, jusqu'à ce que je trouve un emplacement hors de la route assez large pour y accéder avec ma Chevrolet.
« Qu'est-ce que tu fais? »
La voix de Jasper était pleine de surprise, alors que je finissais la manœuvre pour me garer. Je me tournai alors vers lui, et lui répondis énervée:
« Je pourrais te demander la même chose. Est-ce qu'il y a un problème? »
Durant un instant je sentis la colère grandir en moi, et tout d'un coup je fus emplie d'un calme et d'une paix incroyables. Incroyables, parce que rien de tout ça n'était réel. Je savais que Jasper utilisait son don pour changer mes émotions. Essayer de m'agripper à cette colère m'était maintenant devenu impossible, alors je fis la seule chose qui m'était à ce moment-là possible.
Je demandai calmement:
« S'il te plait, ne fais pas ça. J'aimerais vraiment être moi-même ce soir, et pas une poupée dont les émotions ne sont que le fait d'un marionnettiste et de ses ficelles. »
Jasper détourna son visage et la colère revint en moi, bien qu'elle soit moins forte. Je lui jetai un regard suspicieux.
« Est-ce que tu es encore en train de...? »
Il se tourna vers moi et rencontra tout de suite mon regard.
« Non, Bella. Tout vient de toi. »
« Bien. »
Je croisai les bras sur ma poitrine en guise de défiance, même si je ne savais pas vraiment ce que je défiais. Je mordis ma lèvre de frustration. Je voulais toujours aborder le sujet de la discussion que nous avions eu auparavant, mais ce dont j'allais parler était tout aussi important. Je décidai donc de commencer par ça.
Ma voix fut étonnement stable:
« Jasper, si nous devons rester amis... »
Ses yeux se plantèrent dans les miens, surpris – il ne s'était pas préparé à ça. Moi non plus, en réalité. Je ne connaissais pas vraiment cette Bella pleine de confiance qui avait pris le contrôle de la discussion.
Je répétai alors:
« Si nous devons rester amis, il faut que tu me respectes. »
Je remarquai qu'il était sur le point de dire quelque chose. Je continuai néanmoins:
« Laisse-moi finir, s'il-te-plait. Je suis sure que pour toi, c'est une habitude d'utiliser tes capacités pour calmer toutes sortes de situations, et je sais bien que je ne m'y étais jamais opposée auparavant, mais c'était avant que nous tentions de devenir amis. Dans notre amitié, tu auras toujours un avantage sur moi, puisque tu peux lire mes émotions, quand je ne peux que deviner les tiennes. C'est déjà suffisamment injuste sans qu'en plus tu manipules mes sentiments sans ma permission. C'est un peu comme si tu me privais de mon libre-arbitre. Je ressentais de la colère. Je sais que ça peut être une émotion difficile pour toi à supporter, mais j'avais une raison d'être en colère. Et quand tu as supprimé en moi cette capacité à ressentir de la colère, quand tu m'as forcée à ressentir un sentiment inverse, je me suis sentie totalement désarmée, comme violée. »
Le visage de Jasper exprimait une forte douleur, un peu comme si je l'avais frappé. Ses mains n'étaient plus que deux poings fermement clos et ses yeux étaient froncés, son visage toujours déformé par une grimace. Tous ses muscles étaient si contractés que son corps entier tremblait comme s'il était conducteur d'un courant électrique plus que puissant. Clairement, il était en plein dilemme intérieur, se battant pour garder le contrôle. Tout ce que je pouvais maintenant faire était regarder, terrifiée, sans savoir ce qui avait causé ce changement soudain en lui, ni ce qu'il pensait ou ressentait.
Il avait surement senti un changement dans mes émotions même au delà de son combat intérieur, car ses yeux s'ouvrirent soudain grands et il me fixa du regard, fronçant les sourcils. Il jura dans un chuchotement, pris d'une colère à peine masquée. Cet instinct de survie qui me chuchotait de me battre ou de m'enfuir pour ma vie me dominait à cet instant, et je savais que l'affrontement n'était pas une option face à Jasper. Tentant de garder mes mouvements aussi discrets que possible, je m'éloignai alors légèrement de lui et tendis ma main pour agripper la poignée de la portière. J'aurais pourtant dû réaliser que le moindre petit mouvement de ma part serait facilement remarquable pour lui.
Il chuchota alors entre ses dents:
« Non... S'il te plait, ne pars pas Bella. Je promets que tu ne risques rien. Donne-moi juste une minute. »
Je restai alors sans bouger. Que Jasper promette que je ne courais aucun danger suffit à diminuer considérablement mon degré d'anxiété. Ma seule peur était maintenant dirigée vers lui et ces démons intérieurs qu'il tentait de vaincre.
Quelques instants plus tard, je vis que son corps commençait à se détendre, et son visage retrouva son expression normale. Il inspira un grand coup et me demanda:
« Je n'arrange pas les choses, pas vrai? »
Je chuchotai alors:
« Je n'aurais pas cru te voir réagir à ce point. »
Cela ne servait à rien de mentir, puisque qu'il savait exactement ce que je ressentais.
« Je suis désolé que tu aies dû assister à ça. Je suis désolé de t'avoir effrayée. Mais c'était soit ça, soit me ruer dehors et réduire deux ou trois arbres en cure-dents. C'est encore un peu compliqué pour moi de contrôler ma colère, tu sais. »
« Mais je ne comprends pas pourquoi tu étais si en colère? Parce que je t'en voulais? Est-ce que c'est pour ça que tu as voulu calmer mes émotions? Parce que tu savais que ma colère créerait ce genre de réaction en toi? »
« Non, ça n'a rien à voir avec ça. J'étais en colère de t'avoir blessée, et d'avoir éveillé en toi des questionnements quant à ma présence à tes côtés. La colère était totalement dirigée vers moi-même. C'est juste que... »
Il soupira:
« C'est juste que je veux être à la hauteur de ton amitié, parce que je sais que je ne l'ai pas toujours été, et que j'ai beaucoup de choses à rattraper. Mais je continue toujours de tout foutre en l'air. J'agis en croyant te faciliter les choses, mais à chaque fois je fais pire que mieux, et je ne sais ni pourquoi, ni comment y remédier. Comment faire pour ne pas toujours t'éloigner de moi? »
Il passa sa main dans ses cheveux dans un geste de frustration, les éloignant momentanément de son front, avant qu'ils ne retombent naturellement en une cascade dorée aussitôt sa main éloignée de sa chevelure.
Je ressentis alors un frisson d'excitation me parcourir, et espérai que Jasper ne le remarque pas, trop occupé par ses propres émotions.
Je le regardai alors fixement, mais ne remarquai aucune réaction visible de sa part.
« Je suis tellement désolé de t'avoir fait ressentir tout ça... »
Sa voix n'était plus que l'écho de la souffrance qu'il ressentait.
« Je... Je ne me rendais pas compte. Je ne pensais pas vraiment à ce que je faisais. Je n'ai jamais voulu de blesser ou te contrôler, ou te laisser penser que je ne te respectais pas. Il faut que tu me crois. »
Il prenait tout ça d'une manière bien pire que je ne l'aurais voulu. Je n'avais pas voulu le blesser, je voulais juste qu'il arrête de changer mes sentiments sans mon consentement. Il fallait absolument que je rétablisse la balance le plus vite possible.
« Je sais que tu ne l'as pas fait exprès. Je sais que pour toi, utiliser ton don est normal, et que tu le fais sans même y penser. C'est juste que je ne pense pas pouvoir continuer à te voir si je ne peux pas être moi-même, ressentir mes propres sentiments en ta présence. Je ne peux pas être l'amie de quelqu'un qui me manipule ou qui tente de me contrôler, même s'il pense que c'est pour mon bien. »
« Je sais, Bella. Je comprends et je suis totalement d'accord. Est-ce que tu me crois si je te dis que tu es la première personne à me dire ces choses-là, à me présenter la situation ainsi? Ma famille est totalement habituée à ces capacités stupides – Edward qui peut lire les esprits, Alice et ses visions, mon empathie... Donc personne ne s'en est jamais plaint. Et je n'ai jamais été suffisamment proche de quelqu'un d'autre qui savait ce que je pouvais faire pour que cette personne me dise ce qu'elle en pensait. Je suppose qu'Edward a dû entendre des reproches... Mais il ne m'en a jamais rien dit. Je n'arrive pas à croire que je puisse être aussi idiot. J'agresse les autres dans ce qu'ils ont de plus personnel. »
Je lui répondis calmement:
« Jasper, arrête de t'en prendre à toi-même s'il te plait. Tu ne savais pas, et tu utilisais juste ton don pour te défendre contre ma colère. Tu l'as fait par instinct. Je comprends, tu sais. »
Il m'interrompit avec un rire amer.
« Par instinct »
Il fit une moue dégoûtée.
« Oui, mon instinct a bel et bien blessé les autres durant toute ma vie. C'est la seule constante qui constitue mon existence. »
Eh merde. Pourquoi fallait-il que je dise ça? Comment ai-je pu oublier que c'est son attirance instinctive pour mon sang qui a été la source-même de cette situation dès le début? Pour l'amour de Dieu, Isabella, réfléchis avant de parler!
Je chuchotai, ressentant un sentiment horrible de culpabilité:
« Jasper, arrête s'il te plait. »
Il me regarda à nouveau, mais son visage était maintenant empli de prudence.
« Tu recommences (ajoutant tout de suite) même si ce n'est pas vraiment ta faute. »
« Que veux-tu dire? »
Il était troublé. Bien. Le trouble était bien mieux que la colère ou l'apitoiement.
« Tu réagis beaucoup trop à ce que je te dis. Et au lieu d'être en colère pour ce que tu as fait, je me sens mal de t'avoir blessé à ce point. »
Son visage passa de la confusion à l'incrédulité. Il renversa sa tête vers l'arrière et se mit à rire (même si son rire n'était pas forcément un rire heureux).
Mais qu'est-ce que j'ai bien pu dire encore?
« Bella, tu es incroyable! »
Hein?
« Il n'y a que toi pour réagir à cette situation comme ça, en te rendant malade à cause de ça. Franchement, on est tous les deux aussi incurables. »
Je n'étais pas sure de réellement comprendre de quoi il parlait, mais au moins il n'était plus en colère contre lui-même. C'était déjà ça de pris. Il fallait que je continue comme ça.
« Jasper, je veux que tu m'écoutes. Je comprends. C'est comme ce matin, quand tu as dit que tu avais compris pourquoi je t'avais raccroché au nez, et que tu m'as demandé de ne plus le faire, sans pour autant me faire me sentir mal à propos de ça. C'est pareil. Si tu veux que je continue à te voir, ne manipule juste plus mes émotions contre ma volonté. C'est tout simple. »
Il appuya sa tête, à nouveau en proie à sa culpabilité. Quand il se décida finalement à me parler, sa voix était pleine de remords.
« Je suis vraiment désolé, Bella. J'essayais juste de t'aider, de te rendre la situation plus facile. Mais je vois maintenant que ça rendait juste les choses plus faciles pour moi. »
Il leva ses yeux vers moi, son regard planté dans le mien:
« Je promets que ça ne se produira plus jamais. »
Je répondis juste:
« Je te crois. »
Il sembla satisfait par ma réponse et se renfonça dans son siège.
Je dis alors:
« Et si tu le refais... »
Je mis toutes les précautions du monde à parler de manière malicieuse, pour être certaine qu'il comprenne que je disais ça juste pour détendre l'atmosphère.
« Je suppose que nous pourrions toujours communiquer par téléphone, puisque ton don ne fonctionne pas à distance. »
Il grogna, se tourna pour faire totalement face à mon visage et se pencha pour s'approcher de moi, ses yeux topazes fixant profondément les miens, sa voix soudainement basse et rauque:
« Ma puce, je préfèrerais être déchiqueté en lambeaux et brûler dans les pires flammes de l'enfer plutôt que de recommencer et t'infliger tout ça. Et pour autant que j'adore entendre ta voix au téléphone, je ne pourrais pas m'autoriser à exister si à cause de moi, nous ne pouvions plus jamais nous voir. Ce que je ressens quand je suis avec toi, je ne peux pas le décrire ou l'expliquer, mais c'est absolument irremplaçable. »
Note de l'auteur: Que vous soyez nouveau par ici ou bien un habitué, j'aimerais beaucoup savoir ce que vous en avez pensé. C'est facile, il suffit de cliquer sur le bouton 'review' et d'écrire!
Merci!
Note de la traductrice: Je suis désoléeeeeeeee de ce retard inexcusable et immensément long. Ça doit bien faire, quoi, 3 mois que je n'ai pas publié? Honte à moi.
Tout ça pour dire que ça m'était en fait un peu sorti de la tête, entre les vacances, la rentrée etc... Mais les reviews que certains ont continué incessamment de m'envoyer m'ont complètement re-motivée! Donc voilà, vous voyez maintenant l'intérêt des reviews....
Bref, j'espère que le prochain chapitre arrivera vite (non non, je vous PROMETS qu'il arrivera vite), et en attendant, un grand MERCI à tous ceux qui auront attendu patiemment la suite, et j'espère que vous aimerez toujours autant!
