Chapitre 9 :

Nouveaux amis

Cette nuit là, même lorsque Nathaniel ce fut profondément endormi, Esmée et Carlisle ne purent se résoudre à quitter la chambre immédiatement. Le médecin tint un long moment la main fine du jeune homme dans la sienne en caressant sa peau du pouce. Il l'observait intensément, triste de le voir si pâle et fiévreux, respirant faiblement. Et la dame debout près de lui était dans le même état d'esprit. Elle se pencha d'ailleurs sur l'adolescent pour remonter un peu les couvertures sur ses épaules dans un geste tendre, touchant ensuite son front du revers de sa main. Elle grimaça d'agacement en sentant sa forte fièvre :

- Pourquoi doit-il subir ça en plus du reste ? ragea-t-elle alors que toute la maison de vampire pouvait l'entendre.

- Je ne sais pas, soupira Carlisle, mais c'est à croire que quelque chose s'acharne sur lui. Je n'ose même pas imaginer ce qu'il se serait passé s'il avait été complètement seul sans personne pour l'aider.

Un léger silence plana entre les conjoints imaginant le cauchemar que cela aurait été pour l'adolescent. Il vivait déjà très difficilement sa situation avec de l'aide, alors sans...

- Tu as eu le temps de regarder sa chaudière en passant chez lui ? demanda le blond.

- Oui, répondit-elle. Cette antiquité a lâché. Je doute qu'elle redémarre un jour. Il va falloir la changer, soupira-t-elle.

- Charlie connaît son propriétaire, remarqua le médecin. Je vais lui demander de le contacter pour lui signaler et voir s'il peut faire quelque chose.

- Et s'il refuse ? s'inquiéta la dame. Il pourrait dire que c'est à la charge de Nathaniel et il n'a pas les moyens pour de tels travaux.

- Tu sais ce que j'en pense, répondit le blond avec un léger sourire qui se répercuta sur les lèvres de sa femme. On verra bien ce qu'il dira mais il est hors de question qu'il retourne là bas tant que le chauffage ne sera pas remis. On a beau être en été, il ne fait pas chaud et il ne supportera pas le moindre coup de froid sans se retrouver dans un état inquiétant. Il est bien trop fragile et il n'a pas encore récupéré de son accident.

- Sais-tu si son ouïe va revenir rapidement ?

- Ça devrait être assez rapide, répondit le blond avec optimisme. Peut-être pas demain mais après demain si on a de la chance, le temps que l'infection dans ses oreilles internes commence à guérir. Mais ça peut aussi prendre plus de temps. L'hypoacousie est relativement imprévisible. Il se peut que son état de stress aggrave les choses, c'est l'une des causes de cette maladie. Mais c'est normal qu'il soit dans cet état, je peux parfaitement comprendre. Il faudrait juste que l'on arrive à le détendre un peu, ça lui ferait du bien.

- On ne l'a jamais vu complètement détendu depuis qu'on le connaît, remarqua tristement la dame. Sauf quand il dort très profondément et ça ne dure jamais longtemps avec ses cauchemars et son sommeil agité.

- Il lui faudra du temps pour retrouver ses repères et une certaine confiance. Se retrouver plongé dans le noir du jour au lendemain doit être terrifiant surtout dans sa situation instable. Ça va prendre du temps.

- J'espère qu'il sera guéri pour dimanche, souhaita Esmée.

- Tu comptes toujours lui faire une surprise pour son anniversaire, s'amusa le médecin.

- Bien sûr, répondit-elle. Et la surprise va être totale puisqu'il ne sait pas que nous sommes au courant pour son anniversaire et il ne nous le dira pas lui même. Je parie qu'il n'y pense même pas. J'espère que ça lui fera plaisir. Je vais lui faire un gâteau et un bon repas. Et cette fois-ci, il ne pourra pas refuser un cadeau, dit-elle en souriant.

Ils gardèrent le silence un moment, observant leur protégé et ne pouvant se résoudre à quitter la pièce. Et quelques instants plus tard, ils percevaient l'arrivée de Jasper qui patienta à la porte jusqu'à recevoir l'autorisation d'entrer de la part de Carlisle. Il s'approcha alors du lit, se postant près de ses parents et observant l'aveugle dormir profondément.

- Vous l'aimez beaucoup n'est-ce pas ? remarqua-t-il finalement.

- Oui, répondit Esmée. On s'est très vite attaché à lui, confia-t-elle.

- Il vous aime beaucoup aussi, annonça-t-il en les faisant sourire, je l'ai senti. Il a confiance en vous et il éprouve une très grande reconnaissance pour votre aide, à un point que je n'avais jamais perçu.

- Tu as senti d'autres choses ? demanda Carlisle.

- Oui. Une très grande peur et beaucoup de désarrois. Il avait énormément de mal à garder son calme et je pense que si Esmée n'avait pas été là, il aurait paniqué. Il est terrorisé et très éprouvé. Je le sens épuisé dans tout les sens du terme, fatigué et désemparé. Il y a une grande douleur en lui mais je ne saurais vous dire pourquoi.

Carlisle, resserra doucement sa prise sur la main qu'il tenait toujours en entendant cela, inquiet pour l'adolescent et se demandant si c'était son nouvel handicap et sa situation qui le minait ainsi ou s'il y avait davantage. Il était presque convaincu qu'il y avait plus, quelque chose dans son passé le tourmentait c'était certain.

- Jasper, pourras-tu nous aider à essayer de mieux le comprendre lorsqu'il se réveillera ? demanda le patriarche.

- Avec plaisir, répondit-il immédiatement. Il m'intrigue beaucoup et je comprend pourquoi vous êtes attaché à lui. Il a l'air d'être quelqu'un de bien. Je ne vois pas comment il pourrait en être autrement avec ce que j'ai déjà senti. Il m'intrigue beaucoup, avoua-t-il alors que tout les vampires de la maison pouvaient l'entendre.

- Je suis sûr que vous deviendrez amis, sourit Esmée.

- Je l'espère, répondit l'empathe. J'essaierais de vous aider à le démêler un peu.

Les parents lui sourirent, espérant que Jasper pourrait les aider à mieux comprendre Nathaniel. Puis ils reportèrent leur attention sur celui-ci en silence, veillant sur son sommeil. Et ils restèrent là longuement sans même s'en rendre compte, n'ayant guère envie de quitter la pièce. Et pendant ce temps, Alice, Emmet et Rosalie vaquaient à leurs occupations en gardant toujours une oreille sur la chambre du protégé de leurs parents, curieux. À l'heure du repas, Edward et Bella revinrent, s'isolant pourtant rapidement dans la chambre du vampire. Quand l'adolescent commença à se réveiller dans la soirée, les trois veilleurs étaient encore là, Carlisle tenant toujours sa main.

C'est lentement que Nathaniel commença à reprendre ses esprits mais très rapidement, tout ce qu'il s'était passé lui revint à l'esprit et il constata immédiatement qu'il était toujours plongé dans ce silence trop parfait. Il se tendit immédiatement comme un arc, la peur et la panique remontant en flèche. Il sentit alors une prise froide sur sa main, reconnaissant immédiatement le contact de Carlisle et cela le rassura instantanément. Il se souvint alors que le médecin lui avait dit que son ouïe reviendrait et il avait confiance en lui aussi, il se tranquillisa un peu plus, serrant cette main froide faiblement. Il frissonnait toujours mais une douce chaleur l'entourait maintenant et il était plus confortablement installé qu'il ne l'avait été depuis longtemps et ça faisait du bien. Il se souvint alors qu'il était chez Carlisle et Esmée, se sentant de nouveau gêné de s'imposer ainsi chez ses bienfaiteurs. Sa tête tournait toujours et il avait un peu de mal à respirer normalement mais il se sentait déjà un peu mieux malgré sa migraine toujours présente.

Dans la chambre, chacun avait attendu patiemment qu'il se réveille tranquillement. Ils avaient vu et entendu sa respiration s'accélérer et son corps se tendre doucement pour le faire soudain brutalement. Ils surent alors qu'il était bien réveillé et qu'il devait s'inquiéter de ne toujours rien entendre. Carlisle avait alors resserré son étreinte sur sa main et cela l'avait visiblement détendu alors qu'il répondait faiblement au geste, faisant sourire le blond. Ils patientèrent encore un instant pour lui laisser un peu de temps puis le médecin prit la main de son protégé, la retournant pour y écrire tout en parlant à voix haute :

« Comment te sens tu Nathaniel ? » demanda-t-il.

- Mieux, bredouilla l'adolescent après quelques instants.

Il tenta ensuite d'humidifier sa bouche visiblement pâteuse alors que sa voix était rauque de sommeil.

- Il a toujours peur. Il se sent toujours très faible et un peu confus à cause de la fièvre, apprit Jasper très attentif. Je sens aussi de la douleur physique, annonça-t-il en inquiétant le couple.

Carlisle réfléchit un moment pour tenter de comprendre d'où venait cette douleur, demandant ensuite à l'adolescent :

« Est-ce que tu as encore mal à la tête ? »

- Un peu, confia Nathaniel alors que le couple comprenait que c'était en réalité plus qu'un peu. Mais ça va, tenta-t-il de rassurer.

Esmée et Carlisle échangèrent un regard avant de se concentrer de nouveau sur lui alors qu'il demandait faiblement, la voix mal assurée :

- Est-ce que j'ai dormis longtemps ?

« Un peu plus de huit heures. Nous sommes en soirée maintenant. » apprit le blond.

- Est-ce que je vous ai empêcher d'aller vous coucher ? demanda immédiatement visiblement inquiet et gêné.

« Non pas du tout » rassura Carlisle. « Nous avons l'habitude de nous coucher tard ne t'en fait pas pour ça. Ne t'inquiète surtout pas de telles broutilles. Est-ce que tu as faim ou soif ? Il faudrait que tu manges un peu et que tu prennes tes médicaments. »

L'adolescent acquiesça doucement et Esmée s'empressa d'annoncer qu'elle allait cuisiner pour lui, souriant largement.

« Esmée va te préparer à manger. » annonça le médecin.

- Merci, répondit-il immédiatement avec une grande gratitude.

« Ce n'est rien. Tu as le temps de te réveiller tranquillement en attendant. Puis-je te présenter quelqu'un ? » demanda-t-il ensuite.

- Qui ? demanda le jeune homme en se crispant.

« L'un de mes fils. Il s'appelle Jasper, il est juste ici avec nous. » dit-il en jetant un regard sur l'empathe l'air concentré sur l'adolescent. « Je peux ? ».

Nathaniel accepta avec tension et Carlisle fit signe à son fils de s'approcher. Il prit sa main et la donna à son protégé qui sursauta brusquement au nouveau contact. Et Jasper n'eut aucun mal à sentir la vague de peur qui le traversa alors. De la peur, de la terreur même, de l'angoisse, de la méfiance et beaucoup d'appréhension. Il ne put s'empêcher de se demander ce qu'avait pu vivre le jeune homme pour réagir aussi fortement et négativement devant une nouvelle rencontre. Il avait visiblement très peur des autres mais qu'est-ce que les autres avaient pu lui faire pour l'apeurer ainsi ? Se faisant infiniment calme et précautionneux, il prit délicatement cette frêle main pour y écrire à son tour, observé par son père touché de le voir plein d'attention pour Nathaniel :

« Bonjour. Je m'appelle Jasper. » se présenta le vampire. « Je suis ravi de te rencontrer. »

- Moi aussi, répondit doucement l'adolescent. Enchanté, je m'appelle Nathaniel.

« Bienvenue chez nous Nathaniel. » dit-il en sentant très nettement la surprise et l'émotion que ses paroles firent naître en lui. « J'espère que tu te sens un peu mieux. Prend tout ton temps. Tu peux rester autant que tu veux ici pour te reposer, la maison est bien assez grande. » expliqua-t-il en espérant le rassurer quant à la gêne qu'il ressentait à les déranger.

- Merci, répondit le jeune homme confus.

Il sentait l'adolescent déstabilisé et apeuré alors que son angoisse remontait rapidement. Il semblait ne pas comprendre et il se demanda pourquoi. Il n'arrivait pas à saisir pourquoi il lui faisait peur ainsi mais il savait que ça ne pouvait pas durer. Carlisle avait dit qu'il devait se détendre et rester au calme un maximum.

- Je lui fais peur Carlisle, remarqua-t-il. Je ne sais pas pourquoi mais je lui fais peur, vraiment peur.

Le blond vint alors reprendre la main de son protégé, Jasper s'éloignant alors qu'il sentait immédiatement le jeune homme se calmer au contact de son père dont il serra doucement les doigts.

« Je vais t'aider à t'asseoir pour manger. » lui écrivit-il avec calme.

Nathaniel acquiesça et tenta de se redresser un peu. Il se sentait terriblement lourd et engourdi, faible aussi, il avait bien du mal à simplement s'asseoir. Et Carlisle le comprit immédiatement et l'aida à mieux s'installer en passant lentement un bras dans son dos. Il attrapa les oreillers pour le caler confortablement, s'asseyant ensuite au bord du lit sans lâcher sa main. Le toucher était le seul moyen pour lui de sentir qu'il n'était pas tout seul et il ne voulait pas qu'il se sente seul.

- Merci Carlisle, bredouilla d'ailleurs l'adolescent avec un mélange de gêne et de reconnaissance.

« Ce n'est rien. Esmée aura bientôt terminé le repas. »

- Il faut que je me lève alors, remarqua-t-il la voix basse en bougeant difficilement vite arrêté par le médecin.

« Non Nathaniel. Reste tranquillement installé ici et elle va te l'apporter. Tu as besoin de te reposer. Alors pour une fois c'est repas au lit. Ne t'en fais pas. Ok ? »

L'adolescent approuva une nouvelle fois d'un petit signe de tête, l'air mal à l'aise et le médecin frotta doucement sa peau pour le tranquilliser. Il l'observa un instant, le trouvant encore bien trop pâle et fiévreux, son cœur trop rapide et sa respiration trop gênée.

« Manger te fera du bien puis je te donnerais tes médicaments. » expliqua le médecin. « Ce ne sera peut-être pas encore le cas demain mais tu devrais commencer à entendre de nouveau d'ici après demain je pense. En attendant, c'est détente et repos. Ne t'inquiète de rien, Esmée et moi nous nous occupons de toi. »

- Merci Carlisle, répondit le jeune homme avec une émotion flagrante dans la voix. Je ne m'en serais jamais sortis sans toi et Esmée. Je... je ne savais pas quoi faire. Je...

Le médecin alla poser un doigt délicat sur sa bouche pour le faire taire alors que sa voix était mal assurée et basse. Nathaniel sursauta brusquement au contact, s'immobilisant pour ensuite se tranquilliser alors que Carlisle faisait de petits cercles de son pouce sur la peau de sa main qu'il tenait. Le patriarche attendit une seconde qu'il se calme, retirant ensuite son doigt pour écrire dans sa paume :

« Ce n'est rien Nathaniel. Je t'avais dis que je voulais que tu appelles au moindre problème. Tu aurais même dû m'appeler quand tu as commencé à te sentir mal. Je serais venu tout de suite. Tu n'aurais pas dû attendre. » remarqua-t-il avec calme.

- Je ne voulais pas vous déranger alors que vous passiez du temps avec votre famille, répondit-il. Vous m'en n'avez déjà donné tant. Je pensais que ça irait, murmura-t-il.

Et alors qu'il parlait, Jasper pouvait sentir les sentiments profonds et sincères qui le traversaient. La reconnaissance, la peur, la solitude, l'incertitude, le désarrois, la faiblesse, la douleur... tant de choses le parcouraient avec intensité et malheureusement, il n'y avait presque que du négatif. Les seuls sentiment doux qu'il détectait était le réconfort qu'il trouvait au contact de Carlisle, la confiance qu'il avait en lui et sa reconnaissance pour le médecin. Mise à part cela, tout semblait plus noir que noir en lui, oppressant et cela l'attristait beaucoup.

« Je te l'ai dit Nathaniel : tu ne nous déranges pas. Tu peux nous appeler n'importe quand et à n'importe quelle heure. Et surtout, surtout lorsque tu as un problème. » expliqua le médecin. « Tu n'es plus tout seul d'accord ? Nous sommes là pour t'aider. »

Il y eut un moment de silence, Jasper percevant son émotion, sa reconnaissance extrême, la chaleur morale que ces mots lui apportaient. Il n'avait vraiment jamais ressenti de telles émotions. Elles étaient intenses mais elles étaient surtout de vives étincelles dans l'océan sombre qui le submergeait. Il comprit alors qu'elles n'étaient pas si fortes qu'il l'imaginait. Elles l'étaient plus que pour la plus part des gens mais cette impression été amplifiée par le contraste avec le reste de ce qu'il ressentait. C'était très troublant. Ce ne fut qu'après un petit moment que l'adolescent répondit, serrant la main du médecin :

- Merci, bredouilla-t-il la voix tremblante comme s'il pleurait.

Carlisle ne put s'empêcher de s'approcher un peu plus pour le prendre dans ses bras, sentant qu'il était chamboulé. Nathaniel était un enfant fragile et terrorisé pour lui, plein d'une terreur qu'il n'aurait pas dû connaître à son âge. Il voulait le protéger, le rassurer et lui apprendre à sourire, il ne voulait pas le voir pleurer, bouleversé simplement parce qu'il lui disait qu'il était là pour lui maintenant. Alors il le prit contre lui, le sentant sursauter et se tendre à son geste. Puis il se détendit un peu lorsqu'il posa une main sur sa tête. Après un moment, c'est timidement que l'adolescent vint accrocher ses mains aux vêtements du médecin, recherchant sa présence et son soutient. Il avait vraiment beaucoup de chance de l'avoir rencontré. C'était la seule bonne chose qui lui était arrivé dans tout cette descente aux enfers infernale. Il ne savait pas ce qu'il aurait fait sans le couple mais il savait qu'il y avait de grandes chances pour qu'il ne s'en soit pas sorti sans eux. C'était eux qui lui avaient maintenu la tête hors de l'eau, qui l'avaient soigné et qui continuaient à le soigner, à prendre soin de lui et à lui montrer que cette vie avait peut-être encore un peu de valeur. Oui, avec eux, elle avait encore un peu de valeur parce qu'ils lui apportaient cette attention, ces gestes, cette affection qui faisaient du bien. Et il ne pouvait s'empêcher d'en vouloir encore un peu. Ça faisait du bien d'avoir quelqu'un sur qui s'appuyer, sur qui se reposer quand il ne savait plus quoi faire, quelqu'un pour s'occuper de lui. Carlisle et Esmée faisaient tout cela pour lui.

Le blond le garda contre lui, un long moment, souriant doucement en le sentant se blottir contre lui timidement. Au fond, Nathaniel n'était qu'un enfant qui avait terriblement besoin d'une famille aimante. Il ne demandait qu'un peu d'attention, une attention qu'il semblait ne jamais avoir eu et qu'il était ravi de lui donner. L'adolescent l'avait touché en plein cœur et réveillé tout ce qu'il y avait d'un père en lui. Il le serra donc délicatement contre lui, voulant absolument qu'il ne se sente pas seul mais soutenu et entouré dans cette épreuve supplémentaire qui s'imposait à lui.

- Ne risque-t-il pas de mouiller son bandeau en pleurant ainsi ? demanda doucement Jasper qui fixait l'adolescent l'air déstabilisé et ému. En a-t-il un autre ?

- Ne t'en fais pas Jasper, répondit doucement Carlisle. Il ne peut plus pleurer. Il est comme nous de ce côté là. Ses yeux ne peuvent plus verser de larmes.

Jasper resta silencieux un moment, triste d'entendre ça. Les larmes était l'une des choses qu'il regrettait le plus de sa vie humaine. On avait toujours l'impression que l'on pouvait faire sortir ses sentiments blessant avec les larmes et sans elles, il semblait que tout restait enfermé parfois. Et présentement, s'il avait pu, il aurait certainement pleuré lui aussi en sentant les émotions de Nathaniel. Il reprit alors la parole doucement, entendu par tout les vampires de la maison :

- Il faut prendre soin de lui Carlisle, dit-il doucement. Je ne sais pas ce qu'il a pu vivre mais je sais que ça a été terrible. Plus terrible qu'un accident de voiture j'en suis certain. Il n'a plus goût à la vie et il n'y a que de la douleur en lui, de la peur et du désespoir. Il n'y a que toi et Esmée qui lui donnez un peu de positif et sans cela, si vous n'aviez pas été là, je ne pense pas qu'il soit encore de ce monde, termina-t-il la voix basse.

Entendant cela, le médecin resserra un peu son étreinte sur l'adolescent. Oui, il le savait. Nathaniel ne s'en serait probablement pas sortit si lui et sa femme n'avaient pas veillé sur lui et ne l'avaient pas aidé. Mais cette perspective l'affolait toujours un peu alors qu'il s'était tant attaché au jeune homme. L'entendre de la bouche de Jasper ne rendait la chose que plus véridique. Mais entendre que le jeune homme n'avait plus goût à la vie lui faisait mal et il espérait lui rendre.

- Est-ce que tu sais ce qui pourrait lui faire du bien ? demanda-t-il à l'empathe. Par rapport à ce que tu perçois ?

- Tu lui donnes déjà ce qui lui fait du bien, répondit-il. De l'affection, une présence, du soutient, de l'aide. Tu n'imagines même pas à quel point il estime ta simple présence près de lui. Tu n'imagines même pas à quel point ça a de la valeur pour lui. Je ne crois pas ne tromper en disant que ça vaut vraiment et littéralement plus que tout l'or du monde à ses yeux.

Alors qu'il disait cela, Esmée entrait rapidement avec un plateau qu'elle posa un peu précipitamment, venant ensuite près de son mari. Elle posa une main sur la tête du jeune homme pour en caresser les cheveux avec affection, chamboulée parce qu'avait dit Jasper.

- Esmée ? appela l'adolescent reconnaissant son toucher.

Elle prit sa main en réponse, la serrant doucement avant de venir y écrire en silence :

«Tu n'es pas tout seul Nathaniel et tu ne le seras plus jamais c'est promis. » assura-t-elle.

L'adolescent ne répondit rien mais le fait qu'il était bouleversé n'échappa à personne. Jasper décida de quitter la pièce sans un bruit, fermant la porte derrière lui. Les sentiments de Nathaniel l'avaient chamboulé lui aussi alors qu'il avait aussi perçu ceux de ses parents à son égard. Pour lui, c'était désormais établi, l'aveugle faisait parti de la famille. Carlisle et Esmée l'aimaient déjà véritablement comme leur fils et Nathaniel leur retournait cet amour même s'il ne semblait pas s'en rendre compte. Mais tout cela était sincère, profondément sincère et il savait que le jeune homme faisait maintenant parti de leur vie et il ne s'y opposerait certainement pas, bien au contraire. C'était impensable après ce qu'il avait senti. Il s'éloigna de la chambre, souriant légèrement en se disant qu'il avait un nouveau frère à présent.

Dans la chambre, le couple cajola un moment l'adolescent qui se laissait pleinement faire, se détendant un peu sous leur attention. Il se sentait toujours aussi perdu et terrorisé par le noir et le silence, par sa faiblesse, s'appuyer sur eux faisait du bien. Finalement, ils se séparèrent et Esmée amena son repas à son protégé, le priant de manger alors qu'elle veillait à ce qu'il soit bien installé. Et comme toujours, il la remercia chaudement, mangeant lentement. Le dîner terminé et sentant l'adolescent toujours épuisé et mal, ils le poussèrent doucement à dormir de nouveau, lui faisant prendre ses médicaments avant de le rallonger, le couvrant soigneusement. Et ils restèrent avec lui jusqu'à ce qu'il s'endorme mais aussi ensuite, ne pouvant se résoudre à le laisser seul, bien décidés à veiller sur lui toute la nuit.

Plus tard, alors que le silence régnait, quelqu'un toqua doucement à la porte et Carlisle l'autorisa à entrer. Esmée était assise au bord du lit et lui juste à côté. Ils regardèrent Edward apparaître, seul. Il referma derrière lui, ses yeux rapidement dirigés vers l'aveugle endormi. Il s'approcha doucement, portant finalement son regard sur ses parents.

- Bella dort ? demanda la mère.

- Oui, confirma le télépathe. Je suis désolé pour son comportement, dit-il doucement.

- Heureusement que Nathaniel ne pouvait pas l'entendre, remarqua Esmée.

Il y eut moment de silence avant qu'Edward ne reprenne la parole :

- Il va mieux ? demanda-t-il.

- Un peu, répondit Carlisle, mais il va lui falloir plusieurs jours pour se remettre vraiment.

- Jasper pense déjà à lui comme un petit frère, révéla-t-il en les faisant sourire doucement. Il dit que vous l'aimez comme un fils.

- Et il a raison, approuva doucement le médecin en regardant son protégé.

- Ce garçon l'a profondément touché, remarqua-t-il ensuite.

- Nathaniel est très touchant, justifia Esmée. C'est quelqu'un de bien et il n'est qu'un enfant qui a besoin d'aide.

- Vous aimeriez qu'il reste avec nous n'est-ce pas ? posa-t-il alors qu'il pouvait parfaitement le lire dans leurs esprits.

- Oui, répondit Carlisle sans se cacher.

Il voulait lui donner une famille et veiller sur lui, triste en repensant à tout ce qu'il savait du jeune homme et à tout ce qu'il avait subi. Et cette fois, Edward lisait ses pensées, découvrant largement l'aveugle. Il vit tout d'abord quelques flash de quelques moment que son père se remémorait rapidement et ce qu'il entrevit attisa vivement sa curiosité. Lorsque Carlisle cessa d'y penser au bout de quelques secondes, il s'approcha prestement de lui, s'accroupissant près de son siège et posant une main sur la sienne.

- Montre moi s'il te plaît Carlisle, demanda-t-il.

Les deux parents se regardèrent semblant discuter en silence mais pour Edward, les paroles silencieuses étaient clairement audibles. Il comprit donc que ses parents se demandaient si Nathaniel ne serait pas blessé s'ils parlaient de sa vie privée avec Edward, se demandant surtout s'il saurait le garder pour lui devant Bella mais aussi devant les autres. Ils s'inquiétaient pour le jeune homme qu'ils voulaient protéger, se faisant du soucis sur la manière dont leur fils pourrait se comporter avec le fragile jeune homme au vus de la situation actuelle de son couple qu'il gérait avec mal.

- Je vous promet que je ferais attention, promit-il alors. Je vous jure que je garderais tout pour moi. Aucun mot sur lui ne quittera ma bouche. J'aimerais juste comprendre pourquoi vous l'aimez tant et pourquoi vous tenez tant à lui. Si vous le considérez comme un fils et si je dois un jour l'appeler mon frère, j'aimerais comprendre pourquoi.

- Tu pourrais apprendre à le connaître comme les autres le feront, remarqua Esmée.

- Mais j'aimerais le voir de votre point de vue, expliqua-t-il. Je comprend toujours mieux en voyant par vos yeux, confia-t-il.

Parce que malgré son âge, il avait encore bien du mal avec de nombreuses choses et en particulier avec le fait de comprendre quelqu'un sans pouvoir entendre ses pensées. Il l'avait réalisé avec Bella et il allait de nouveau devoir le faire avec ce jeune homme. Il ne savait plus comment comprendre les autres sans entrer dans leurs esprits mais là, il allait visiblement devoir faire attention avec l'aveugle semblant bien fragile. Il ne voulait pas faire de bêtise, ça semblait si important pour ses parents. Et il devait l'avouer, il était aussi très curieux. Les deux parents se regardèrent encore un moment, comprenant ce que pensait leur fils et finalement, la décision fut prise sans un mot échangé. Edward sourit lorsque Carlisle retourna son regard vers le sien, fermant les yeux. Il se concentra alors sur lui et sur ses pensées. Le médecin lui montra alors, se remémorant tout d'abord sa première rencontre avec l'adolescent, continuant ensuite dans l'ordre des choses pour montrer à son fils qui était Nathaniel et pourquoi il les avait tant touché.

Edward vit alors. D'abord la première rencontre et l'état des plus inquiétant dans lequel était l'aveugle qui ne se plaignait pourtant pas. Il sentit en même temps ce qu'avait ressenti son père, le reconnaissant bien dans la bienveillance et l'inquiétude qu'il avait tout de suite développé pour l'adolescent. Il vit ce jour où il était arrivé trempé jusqu'aux os et la découverte de sa solitude. Il découvrit sa maison terriblement simple et triste. Il suivit son état de santé précaire, admirant sa résistance alors qu'il ne se plaignait jamais malgré son flagrant besoin d'aide et de soulagement. Il découvrit sa situation, écoutant le souvenir des mots sortis de sa bouche. Il fut aussi ému que l'avait été Carlisle en voyant l'instant où le médecin avait appris qu'il venait juste de perdre la vue. Il vit la première rencontre avec Esmée et comment ils s'étaient occupés de lui alors qu'il était à bout. Il vit sa souffrance lorsque la lumière toucha ses yeux et en fut choqué. Il apprit le bref récit de sa vie, triste pour lui. Il vit le premier cauchemar puis il vit les semaines qui avaient suivi, les pensées de sa mère venant se mêler à celles de son père pour compléter l'histoire.

Le couple avait raison, le jeune homme était quelqu'un de bien, de modeste et généreux, courageux et fort. Et il était surtout un enfant terrorisé qui avait besoin d'une famille. C'est franchement déstabilisé qu'il quitta les pensées d'Esmée et Carlisle, ayant terminé par la journée qui venait de passer et par la panique dans laquelle ses parents avaient trouvé l'adolescent au matin. Il regarda un moment dans le vague le temps de reprendre ses esprits, le couple gardant le silence en l'observant intensément. Il ne fallait pas être devin pour voir qu'Edward était très touché par ce qu'il venait de voir, très ému. Ils lui laissèrent un moment, reportant leurs regards sur Nathaniel qui dormait profondément. Il y eut un long moment de silence, finalement brisé par Edward qui se savait écouté par tout ses frères et sœurs qui suivaient attentivement ce qui se passait dans la pièce, de loin :

- Je vous aiderais à veiller sur lui autant que je peux, assura-t-il la voix un peu tremblante. Je comprend pourquoi vous l'aimez tant et c'est vrai, il a besoin d'une famille. Et je comprend aussi pourquoi tu es prêt à le transformer Carlisle. Je ne m'y opposerais certainement pas si vous en prenez la décision avec lui, dit-il en étonnant le reste de la maison. Je... dîtes moi si je peux faire quelque chose, demanda-t-il en se relevant.

- Commence par essayer de calmer Bella face à lui, demanda Esmée. Lorsqu'il pourra entendre de nouveau, je ne veux pas qu'il entende des choses tel qu'elle a pu en dire tout à l'heure.

- Je ne la laisserais pas le blesser je vous le promet. Il mérite beaucoup mieux que ça. Il mérite le calme et la chaleur, un repos tranquille et un peu de sécurité.

Les deux parents sourirent légèrement, comprenant que leur fils avait bien réalisé ce que valait leur protégé et ce dont il avait besoin. Le télépathe recula finalement, quittant la pièce pour rejoindre ses frères et sœurs au salon, ayant besoin de discuter un peu avec eux. Carlisle et Esmée reportèrent alors leur attention entière sur Nathaniel, veillant sur lui avec soin. Et ils écoutèrent aussi leurs enfants réunis au salon parler du jeune aveugle calmement. C'était surtout la curiosité qui dominait. Comme promis, Edward ne révéla rien de ce qu'il avait vu mais cela ne l'empêcha pas de faire part de son avis, aidant Jasper à expliquer ce que leurs parents ressentaient pour l'adolescent et pourquoi, tentant de le décrire de leur mieux avec ce qu'ils avaient tout deux perçus.

Le lendemain, ce fut tôt et toujours entouré de Carlisle et Esmée que Nathaniel se réveilla, se tendant dramatiquement en notant que le silence était toujours là. Il fut pourtant vite rassuré par le couple faisant remarquer sa présence près de lui. Le bon côté était qu'il se sentait déjà bien mieux que la veille. Il ne se sentait plus aussi nauséeux et moins fiévreux, sa migraine ayant un peu diminuée. Il accepta avec gratitude le verre d'eau que lui donna Esmée, laissant ensuite Carlisle l'examiner et lui donner ses médicaments. Cela fait, le médecin s'excusa, lui expliquant qu'il devait aller travailler mais que la dame resterait avec lui toute la journée et qu'elle l'appellerait tout de suite si quelque chose n'allait pas. Ce fut à regret qu'il s'en alla ce jour là alors qu'il aurait souhaité rester auprès de lui. Esmée lui assura pourtant qu'elle veillerait sur leur protéger et qu'il serait vite de retour. Le médecin parti, elle pria l'adolescent de rester tranquille alors qu'elle allait lui chercher son petit déjeuner, Nathaniel se faisant de nouveau gêné à l'idée d'être servi ainsi. Elle le rassura patiemment, quittant ensuite la pièce pour descendre à la cuisine. Et alors qu'elle partait, Jasper se glissa dans la chambre, s'appuyant contre le mur près de la porte pour se concentrer sur l'adolescent allongé dans le lit. Il avait envie de veiller sur lui et de l'aider au mieux, toujours profondément touché par ce qu'il sentait chez lui et chez ses parents qui le choyaient de tout leur cœur. Quelques secondes et Alice le rejoignait en silence, se postant près de lui.

- Il est tellement pâle, remarqua-t-elle tristement. Il n'a vraiment pas l'air bien.

- Il ne va pas bien, confirma Jasper qui avait les yeux vissés sur lui. Il ne va pas bien physiquement et surtout moralement. Il est terrorisé à cet instant.

- Et dire qu'il ne peut même pas réaliser que nous sommes là, comprit-elle.

- Il a tellement peur, tellement mal, remarqua Jasper l'air désemparé. Un accident de voiture n'a pas pu faire ça, perdre la vu n'a pas pu faire ça. Il y a autre chose de beaucoup plus profond, de beaucoup plus grave. Une terreur pareille ne peut venir que d'événements terribles. Je ne me souviens pas avoir déjà sentit une souffrance telle, dit-il tout bas.

Alice prit sa main pour essayer de le réconforter alors qu'elle avait l'impression qu'il aurait pleuré s'il avait pu. L'adolescent touchait très profondément l'empathe qui était resté entièrement focalisé sur lui depuis son arrivée. Il ne fallut que peu de temps pour qu'Esmée revienne, l'air une fois de plus très touchée par les constatation de son fils sur son protéger. Elle rejoignit celui-ci tranquillement, posant son plateau sur la table de chevet avant de prendre délicatement sa main, le faisant brutalement sursauter alors qu'il n'avait pu percevoir son approche. Elle le calma doucement et il sembla se rassurer en reconnaissant sa main et en confirmant que c'était bien elle. Lorsqu'il fut calmé, elle l'aida à s'asseoir confortablement, calant son dos des oreillers alors qu'il la remerciait la voix chargée de reconnaissance. Elle lui offrit ensuite le petit déjeuner alors que Jasper et Alice s'étaient approchés un peu. Ce fut dans le silence que le jeune aveugle mangea, seul sa voix s'élevant en de multiples remerciement pour Esmée.

- Il est sincèrement, profondément reconnaissant pour ton aide Esmée, fit remarquer Jasper. Ça le touche beaucoup. J'ai l'impression qu'il ne comprend pas pourquoi tu fait tout ça pour lui. Ça le touche beaucoup mais ça le déstabilise beaucoup aussi.

- Il ne l'a jamais dit clairement mais il est évident qu'il a toujours été seul, complètement seul, remarqua tristement la dame. Je suppose qu'il a du mal avec le fait que quelqu'un l'aide enfin sans rien demander en retour.

- Peut-être bien, remarqua l'empathe, ça ressemblerait bien à ça.

Le petit déjeuner passa lentement, le jeune homme très tendu semblant vouloir se faire tout petit dans son lit, visiblement apeuré. Il sursautait à chaque fois qu'on le touchait où qu'il touchait lui même une chose à laquelle il ne s'attendait pas. Il était très crispé et tous le comprenaient. Le repas terminé, Esmée lui proposa l'un des jeux qu'elle faisait régulièrement avec lui pour stimuler ses sens. Elle alla donc chercher une boîte dans laquelle il y avait de multiple objets de bien des matières différentes, le but étant de reconnaître forme et texture pour perfectionner son toucher. Il accepta et elle vint s'asseoir près de lui dans le lit, lui donnant les objets un à un. Et alors qu'ils faisaient cela, Alice et Jasper s'étaient installés non loin pour observer, l'ancien militaire semblant toujours captivé par l'adolescent. Il ne fallut que peu de temps pour qu'Emmet et Rosalie ne s'invitent à leur tour, curieux. Tout les quatre suivirent l'exercice, souriant lorsque l'adolescent reconnaissait quelque chose. Ils ne pouvaient s'empêcher de s'imaginer à sa place et cela semblait terrifiant. Esmée mena l'activité avec douceur et calme, écrivant régulièrement dans la main du jeune homme tout en parlant à voix haute pour que tous puissent suivre. Elle gardait toujours un contact avec lui, lui assurant sa présence alors que Jasper avait fait remarquer que cela le rassurait. L'occupation sembla aussi détendre un peu Nathaniel concentré sur ce qu'il avait dans les mains. Après un peu plus d'une demi heure de concentration, ce fut très discrètement que l'adolescent porta un main à sa tête un instant. C'était un geste furtif qui passa complètement inaperçu pour les deux couples observateurs, seulement, Esmée le nota, débarrassant immédiatement les mains du jeune homme, intriguant ses enfants. Elle prit délicatement sa main, y écrivant :

« Tu as mal à la tête Nathaniel ? » demanda-t-elle doucement.

- Un peu, admit-il l'air gêné. Mais ce n'est rien, assura-t-il ensuite.

« Carlisle a laissé des médicaments pour ça. Je te les donne tout de suite. » annonça-t-elle.

- Merci Esmée, bredouilla-t-il.

L'air inquiète, elle s'empressa de lui donner ce dont-il avait besoin, écartant doucement une mèche de cheveux de son visage alors qu'il venait de boire pour avaler les médicaments. Il sursauta d'ailleurs légèrement, se détendant ensuite pour pencher légèrement la tête vers la main de la dame. Il faisait cela très discrètement, peut-être même certainement inconsciemment mais cela ne faisait que rendre la scène plus attendrissante encore. Ce fut sur cette vision qu'Edward entra, suivi d'une Bella qui semblait bouder un peu. Et le télépathe sourit doucement en voyant sa mère caresser doucement la joue de l'aveugle qui eut un léger sourire suivit d'un très léger soupir de bien être.

- Si tu savais à quel point ça lui fait plaisir, murmura Jasper qui semblait ne pas vouloir briser l'instant. Il prend ça comme le plus précieux des trésors, dit-il en faisant sourire les vampires.

Esmée ne se priva alors pas pour lui adresser encore quelques caresses tendres, reprenant ensuite sa main :

« Dit le moi si quelque chose ne va pas. » pria-t-elle. « Tu ne dois pas rester sans rien dire quand tu as mal quelque part. »

Après un temps d'hésitation, l'adolescent acquiesça timidement, se disant pourtant qu'il était hors de question qu'il se plaigne pour rien.

« On va arrêter les exercices là pour le moment. » annonça-t-elle alors. « Est-ce que prendre un bon bain chaud te plairait ? » demanda-t-elle.

- Tu n'es pas obligé de passer ta journée entière avec moi Esmée, murmura-t-il alors l'air gêné. Ni de te donner tant de mal.

La dame soupira de tristesse à cette remarque qu'elle n'avait que trop entendu dans sa bouche, se demandant si un jour, Nathaniel pourrait se sentir à l'aise avec l'aide des autres et s'il pourrait cesser de croire qu'il était une gêne. Pour toute réponse, elle s'avança doucement pour déposer un baiser sur son front, le surprenant visiblement au plus haut point. Elle passa une main dans ses cheveux et il se détendit un peu, le fait qu'il soit bouleversé n'échappant pourtant à personne. Esmée s'approcha de lui jusqu'à le prendre délicatement dans ses bras et une fois de plus, l'adolescent parût extrêmement surpris par le geste, pour ensuite s'y fondre timidement comme un enfant n'osant pas réclamer un câlin. Souriant doucement, la mère resta ainsi avec lui un long moment, caressant ses cheveux et lui faisant ressentir toute l'affection qu'elle avait pour lui. Tous observèrent cela avec attendrissement, seule Bella soupirant lourdement. Mais personne n'y fit attention, concentré sur l'aveugle qui semblait terriblement fragile et perdu. Reculant finalement, la mère de famille reprit sa main.

« Rien ne me fait plus plaisir que de m'occuper de toi Nathaniel. » expliqua-t-elle. « Tu réchauffes mon cœur. »

- Moi ? releva-t-il avec confusion.

« Oui. » confirma-t-elle.

- Pourquoi ? Je..., bredouilla-t-il complètement perdu.

« Parce que tu es quelqu'un de formidable et que tu me rappelles à chaque instant ce qui est vraiment important. » expliqua-t-elle tranquillement. « Tu es quelqu'un de formidable, très courageux et très fort. »

- Je ne pense pas l'être, répondit-il.

« Pourtant tu l'es et tu me donnes de la force à moi aussi. Tu me réchauffes le cœur. J'aime m'occuper de toi alors ne t'en fais par pour ça. D'accord ? »

- Tu es sûre ? demanda-t-il l'air anxieux.

« Certaine. » assura-t-elle.

Il eut alors un léger sourire, serrant doucement la main de la dame qui alla une nouvelle fois caresser sa joue. Elle lui proposa de nouveau un bon bain et il acquiesça timidement. Alice s'empressa alors d'aller lui faire couler, sautillante et décrétant qu'elle aiderait à soigner l'adolescent elle aussi. Comme tous, elle était très touchée par ce qu'elle venait de voir et d'entendre, par la fragilité flagrante que l'on sentait chez le jeune homme. Seule Bella semblait agacée et elle finit par tirer Edward à l'extérieur, loin de l'aveugle qui prenait déjà bien trop de place à son goût. Après un moment, Esmée aida Nathaniel à sortir du lit, celui-ci peinant à trouver son équilibre sur ses pieds. Elle le soutint patiemment pour ensuite le guider tranquillement vers la salle de bain, ses enfants restant dans la chambre.

Elle guida son protéger vers la baignoire, mettant tout ce dont-il pouvait avoir besoin à porté de main. Elle lui attacha les cheveux, lui expliquant qu'elle serait dans la pièce juste à côté s'il avait besoin d'aide, le priant de prendre son temps. Une fois sûre qu'il avait tout ce qui lui fallait, le bain bien chaud et plein de mousse prêt, elle le laissa seul, restant pourtant non loin pour veiller sur lui. Comme la veille, ce fut un vrai plaisir pour Nathaniel que d'avoir droit à ce bain divin pour lui. Il se plut à sentir la mousse dont la délicate odeur emplissait la pièce, jouant un peu avec elle, analysant sa texture douce contre sa peau. Il se lava ensuite pour finalement sortir, se sécher et se rhabiller. Il appela alors Esmée, sursautant de nouveau violemment lorsqu'elle le rejoignit et prit sa main, le surprenant. Douce, elle lui laissa le temps de se calmer, lui proposant ensuite de laver ses cheveux. Il se laissa faire, appréciant énormément toute les attentions de la dame même si cela le gênait de l'accaparer ainsi. Ce fut avec plaisir qu'elle s'attela à cette tâche, en profitant pour masser la tête de son protéger, sachant qu'il avait encore certainement mal. Ils passèrent un moment paisible, Esmée souriant discrètement en voyant que Rosalie était venue observer, restant dans l'encadrement de la porte. Nathaniel se détendit sous ce traitement, remerciant une fois de plus la dame qui le chouchoutait comme une mère. Ça faisait tellement de bien et il se demandait si Lily aurait été si douce avec lui si elle avait été encore là.

Penser à ses parents l'empli de tristesse. Il avait tellement raté avec leur perte. Sa vie aurait probablement été bien différente s'ils n'étaient pas morts si tôt. Peut-être aurait-il eu droit à un cocon joyeux où grandir ? Peut-être aurait-il eu droit aux câlins de sa mère ? Peut-être même qu'il aurait eu des frères et des sœurs ? Il aurait certainement été mieux armée pour affronter la vie. Peut-être n'aurait-il pas eu à porter cette guerre sur son dos ? Il y avait tellement de questions, tellement de regrets. Il regrettait de ne pas avoir connu sa mère et son père qui avaient pourtant tout donné pour lui. Il se demandait si ce qu'il ressentait avec Carlisle et Esmée ressemblait à ce qu'on ressentait lorsqu'on avait des parents. Un père et une mère qui s'occupaient de vous, qui vous soutenaient lorsque ça n'allait pas, qui vous donnaient de l'affection, de la douceur et de la chaleur sans rien attendre en retour. Des parents pour soulager la douleur, pour rassurer et réconforter, pour guider quand on ne savait plus quoi faire, pour vous secourir si nécessaire, pour ne voir de vous que les bons côtés, pour simplement être là. Simplement être là. Ne pas avoir pu partager cela avec Lily et James était certainement le plus grand gâchis de sa vie. Aujourd'hui, il peinait à se souvenir de leurs visages et cela le terrorisait atrocement. Il peinait à se souvenir de leur sourire qu'il n'avait vu qu'en photo. Il perdait le peu qui lui restait d'eux, ne laissant plus à sa mémoire que le cri déchirant de sa mère ce fameux soir d'Halloween. Ce cri qui retentit d'ailleurs violemment dans ses pensées à cet instant.

Esmée releva un regard curieux vers Jasper lorsqu'il déboula brusquement dans la salle de bain, suivis de ses frères et sœur l'interpellant, Rosalie râlant lorsqu'il la bouscula en entrant. Seulement, tous se tournèrent vers Nathaniel lorsqu'il sursauta brutalement une seconde plus tard, se redressant et échappant aux mains de la mère terminant de sécher ses cheveux. Seulement, elle n'avait pas encore rattaché son bandeau qui glissa immédiatement, exposant ses yeux à la lumière du soleil brillant largement à travers les grandes vitres. Aussitôt, l'adolescent lâcha un cri de douleur déchirant, plaquant immédiatement ses mains sur ses yeux que les quatre vampires avaient eu le temps d'apercevoir.

- Bon sang Nathaniel ! s'écria Esmée en se précipitant devant lui.

Elle attrapa l'étoffe qui avait glissé, la remettant en place sur ses yeux par dessus ses mains. Nathaniel mit un moment à se rendre compte que son bandeau retrouvait sa place et il fit doucement glisser ses doigts pour les retirer de là, Esmée resserrant délicatement le tissus au fur et à mesure. Alors qu'elle le faisait, Jasper s'était approché et accroupit près du jeune homme, posant une main dans son dos qu'il caressait doucement. La mère renoua solidement la protection, veillant à ce qu'elle soit parfaitement en place. Debout devant Nathaniel assis dans son siège, elle passa ses bras autour de lui, caressant ses cheveux. L'adolescent avait toujours ses mains sur ses yeux, tendu à l'extrême, les dents serrées alors que des gémissements lui échappaient. Il tremblait, avachis sur lui même et respirant fortement. Près de lui, Jasper lui frottait doucement le dos, le jeune homme ne semblant pas vraiment s'en rendre compte alors que l'empathe semblait très inquiet pour lui.

- Mais qu'est-ce qui lui a pris tout d'un coup ? murmura Esmée.

- Il était plongé dans ses souvenirs je crois, répondit Jasper la voix basse. Je l'ai senti. Il était terriblement triste, expliqua-t-il. J'ai perçu beaucoup de nostalgie, de mélancolie, une grande douleur, de la confusion, des questionnements et des regrets. De la peur aussi, beaucoup de peur. C'est allé crescendo et puis tout d'un coup, il y a eu autre chose. Un souvenirs je pense. Je ne sais pas ce que c'était, mais c'était très profond, ancien, comme une blessure jamais guérie. Et c'était très violent, très douloureux pour lui. C'était très violent, très traumatisant. Bon sang j'aurais presque pu sentir son cœur se briser alors qu'il pensait à ça, remarqua-t-il en les choquant. Il s'était perdu dans ses pensées à tel point qu'il avait oublié où il était.

- Ça va aller ? demanda Rosalie qui s'était approchée elle aussi et qui observait l'adolescent qui avait l'air d'aller mal.

- La lumière est une vraie torture pour lui, expliqua Esmée en le serrant doucement contre elle.

- C'était comme recevoir deux poignards dans les yeux, décrivit Jasper en les faisant frissonner. Il a mal Esmée.

Inquiète, la dame se baissa devant son protéger qui tremblait de tout son corps, posant ses mains sur ses joues alors qu'il cachait toujours ses yeux pourtant couvert. Il tentait visiblement de retenir ses gémissements.

- Esmée, bredouilla-t-il en reconnaissant son toucher.

Sa voix se brisa soudainement, comme s'il éclatait en sanglots et la dame s'empressa de le prendre dans ses bras, se demandant ce à quoi il pouvait bien penser. Elle le câlina avec beaucoup de délicatesse alors que Jasper en faisait autant. Celui-ci finit d'ailleurs par prendre l'une de ses mains avec beaucoup d'attention, l'écartant de ses yeux. Faible, Nathaniel se laissa faire, se tendant néanmoins soudainement :

- Qui est-ce ? demanda-t-il avec crainte.

« Jasper. » écrivit celui-ci dans le creux de sa paume. « Est-ce que ça va ? »

- Je..., bredouilla-t-il déstabilisé par la présence trop méconnue.

Sentant qu'il lui faisait peur, Jasper continua d'écrire dans sa main avec douceur, s'abstenant de parler à voix haute. À cet instant, il se fichait bien que les autres puissent suivre, il voulait juste aider Nathaniel.

« Je ne te ferais aucun mal c'est promis. » assura-t-il tout d'abord. « Mes parents t'aiment beaucoup. Je les connais bien et je sais qu'ils t'aiment comme un fils » dit-il en obtenant la faible attention du jeune homme surpris. « Si tu les laisses faire, ils le seront pour toi avec grand plaisir. Quand à moi, je serais ravis d'être ton frère. » annonça-t-il en figeant littéralement l'aveugle.

- Quoi ? demanda celui-ci complètement perdu.

Patiemment, Jasper réécrivit sa dernière phrase, sentant l'effarement total du jeune.

- Pourquoi ? Tu ne me connais pas, remarqua-t-il.

« Est-ce vraiment important ? Je sais le jugement de mes parents très juste. Ils nous ont beaucoup parlé de toi depuis que tu es à la maison. Je sais, je sens que tu es quelqu'un de bien. J'ai toujours eu très bon instinct pour ces choses là. Je n'ai pas besoin de plus. »

- Je ne comprend pas, murmura Nathaniel alors que personne n'arrivait à suivre leur échange.

« Je m'en doute. Ça doit être étrange. Mais je t'assure que je ne te mens pas. Je ne te veux aucun mal. J'aimerais juste pouvoir t'aider si tu le permets. »

- Pourquoi ? questionna-t-il.

« Parce que j'en ai envie. Faut-il plus de raison ? »

Nathaniel resta silencieux face à cette question, ne sachant que répondre. Mais la discussion fut rapidement close alors que l'aveugle lâchait un nouveau gémissement incontrôlé, portant de nouveau ses mains à ses yeux. Il s'affaissa contre Esmée qui l'entourait de ses bras, très inquiète.

- On ne peut rien lui donner contre la douleur ? demanda Jasper. Il a vraiment mal.

- La dernière fois, Carlisle lui a fait une injection pour calmer ça, renseigna-t-elle. Alice, est-ce que tu peux l'appeler pour savoir ce qu'on peut faire de mieux pour l'aider.

Acquiesçant, la demoiselle s'éloigna pour contacter le médecin.

- Il vaudrait mieux le remettre au lit, poussa Jasper. Il n'est pas bien là.

Esmée approuva et l'empathe reprit la main de l'aveugle, écrivant qu'il allait le porter jusqu'à son lit. L'adolescent ne répondit pas, serrant les dents et tremblant. Très délicatement, Jasper passa un bras sous ses genoux et dans son dos, le soulevant avec attention sous la surveillance de sa mère. Tous le regardèrent faire. C'était étonnant de voir Jasper habituellement plutôt renfermé et distant avec les autres, être si attentionné envers quelqu'un d'autre qu'Alice. Cela ne faisait que prouver que Nathaniel l'avait déjà atteint en plein cœur. On le laissa passer alors que dans ses bras, l'adolescent tenait sa tête entre ses mains, souffrant visiblement. Un instant encore et le jeune homme était rallongé dans son lit, Esmée le couvrant soigneusement et venant ensuite s'asseoir près de lui. Posant ses mains sur ses tempes avec l'intention de les masser doucement, elle nota l'arrivée d'une fièvre, grinçant des dents. Elle se mit pourtant à la tâche, tous s'étant une fois de plus rassemblés dans la chambre dans un silence lourd. Avec les minutes, l'aveugle sembla se calmer un peu, seul Jasper pouvant leur dire qu'il avait toujours aussi mal, qu'il avait peur et qu'il était à bout de force. Pourtant, le jeune homme tentait de retenir les plaintes qui lui venaient naturellement, serrant les dents. S'il n'avait pas été vampire, tous devinèrent qu'ils auraient eu peu de chance de déceler les petits bruits furtifs qu'il faisait en se retenant. Nathaniel ne se plaignit pourtant pas une fois, serrant cependant la main de Jasper lorsque celui-ci vint prendre la sienne.

Vingt minutes après l'incident, tous entendirent la porte d'entrée s'ouvrir un peu brusquement, Carlisle apparaissant la seconde suivante l'air inquiet. Trouvant son protéger mal en point dans son lit, il se précipita, demandant ce qu'il s'était passé exactement. Esmée lui raconta, Jasper complétant. Il examina l'adolescent dont la fièvre était devenu forte en quelque minutes, celui ne semblait plus vraiment se rendre compte de ce qu'il se passait autour de lui. Il lui administra finalement plusieurs médicaments, s'asseyant au bord du lit.

- J'espère que ça l'aidera, soupira-t-il avec inquiétude. Je nage en plein inconnu avec ce phénomène. Je n'avais jamais vu ça et j'ai beau faire des recherches, je ne trouve rien. Il faut qu'il se repose au calme. Laissez le dormir s'il y arrive, ça ne peut lui faire que du bien.

Pendant un moment, il fit plusieurs recommandation, Esmée massant toujours la tête de son protéger. Ce fut à regret que le médecin reparti, inquiet. Après un moment, Nathaniel sombra dans un sommeil lourd, veillé par les vampires qui ne décollaient plus de son chevet. Ce fut un peu désemparé qu'ils furent forcés de réveiller l'adolescent lorsqu'il se mit à cauchemarder brusquement, l'éprouvant un peu plus. Le reste de la journée fut compliqué, tous angoissés pour le jeune homme qui ressemblait à la plus fragile des créatures à cet instant pour eux. Lorsque Carlisle rentra le soir venu, il passa son temps au chevet de l'adolescent, celui semblant trop épuisé pour se rendre compte de ce qu'il se passait autour de lui. Il l'aida à manger, le rassurant pour finalement lui donner de quoi dormir tranquillement et rester près de lui alors qu'il plongeait dans le sommeil.