Salutations !
Voici le dernier chapitre, la fois où Bruno a laissé intentionnellement ses paroles être prises pour une prédiction.
Bonne lecture !


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Il m'a dit qu'un beau jour je l'aurais cette destinée dont j'ai tant rêvée.
Il m'a dit que mon pouvoir serait aussi fort qu'un soleil d'été.

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L'arrière-cour de Casita était agréable. Alors que le patio était toujours envahi de monde, véritable centre névralgique de la familia Madrigal, l'arrière-cour était tranquille. Casita était toujours là, claquant les briquettes de son sol avec une salutations joyeuse, mais sinon tout était paisible.

Le soleil laissait couler ses rayons tout l'après-midi, faisant de l'endroit un point de vue agréable d'où apprécier son coucher rougeoyant. Dans le bassin quelques pas plus loin, une fois que les briquettes rouges, brunes et roses se transformaient en herbe verte, de gros poissons nageaient, leurs écailles mordorées luisant au soleil.

Bruno aimait s'asseoir ici, et profiter du calme, surtout depuis que la famille avait presque triplé de volume entre les mariages et les merveilleuses naissances. Qu'il était loin le temps où Pepa, Julieta et Bruno furetaient dans l'immensité de Casita dans des aventures épiques. La maison paraissait si grande alors, si vide s'ils n'avaient pas été là les uns pour les autres. Ensemble, ils étaient Cerbère, le chien à trois têtes défendant leur royaume. Trois corps, un seul cœur. Aussi inséparables que les doigts de la main.

Tout était si bruyant et animé désormais, et Bruno ne voudrait surtout pas le changer, même s'il n'aurait jamais pu élever de si belles personnes comme le faisaient ses sœurs chaque jour sans faillir. Pourtant, quand il voyait la cour où ils venaient planifier leurs méfaits, Bruno ressentait une certaine nostalgie

Cela faisait longtemps déjà qu'ils n'avaient pas eu un peu de temps ensemble tous les trois. Il fallait dire que, aussi adorables que soient les deux petits, quatre ans n'était pas un âge où prendre une pause aisément. Avec les cérémonies du Don qui approchaient, Bruno se doutait que ça n'allait qu'empirer durant les prochains mois. Mais, une fois les petits en possession de leur don, peut-être qu'ils pourraient prendre un peu de temps tous les trois. Laisser Félix et Agustín gérer les petites boules d'énergie, proposer un jeu calme aux plus grandes, et profiter du soleil ensemble au bord du bassin. Bruno avait de nouvelles pièces de théâtre à raconter à ses triplées et qui savait ce que ses sœurs avaient à partager. Cela leur ferait du bien de rire un peu tous les trois.

Il en était là, agitant ses orteils vers la douce brûlure du soleil, quand un coquelicot fleurit devant son nez. Seul signe avant coureur avant qu'une fillette ne saute sur son ventre. Bruno écarta les bras, et rattrapa prudemment sa nièce.

« Holà guapa, qu'est-ce que tu viens faire là ?

– Je te cherchais, évidemment. C'est pour toi.

Ah, oui, évidemment. Bruno sourit alors qu'une couronne de coquelicot se posait sur sa tête. Elle était tellement douée.

Un instant, il se demanda si le choix de la fleur était significatif, une fleur fragile qui pousse à travers champs, à peine meilleure qu'une mauvaise herbe et morte en un jour. Était-ce ainsi qu'elle le voyait ? Cependant, le sourire sur le visage potelé d'Isabela chassa vite cette pensée. Qui n'aimait pas ces délicates fleurs rouges qui illuminaient l'or du blé ? Il n'y avait rien à analyser.

– Tu me cherchais ?

– Mm, mm », acquiesça sa nièce sans élaborer, se contentant d'ajuster sa position pour mieux se blottir contre son oncle.

Il bougea ses bras pour la serrer plus confortablement et toute pensée grise disparut quand elle posa sa tête brune sur sa poitrine. Ils restèrent là un moment, profitant tous deux du soleil et de la compagnie de l'autre.

Bruno savait qu'il fallait laisser le temps aux enfants de formuler leurs pensées, et contrairement à Dolores, la fillette avait toujours été discrète et effacée quand il ne s'agissait pas de ses fleurs bien aimées. Il lui semblait parfois qu'elle préférait agir pour les autres que pour elle-même.

En bon tío qu'il était, Bruno lui raconta des histoires, heureux de la voir rire, et attendant qu'elle trouve les bons mots pour lui parler. Quand elle prit la parole, plus grave qu'elle l'était jusqu'alors, il l'écouta avec attention au lieu de chercher à alléger l'atmosphère d'une blague.

« Dis, tío Bruno, est-ce que j'aurais une belle vie ? Celle dont je rêve ? Tu peux le voir ?

Bruno regarda Isabela, l'aînée de ses nièces et de son neveu, si grande déjà et pourtant si jeune. Il vit l'inquiétude dans ses yeux bruns. Peut-être se projetait-il un peu de lui-même mais il connaissait ce regard. Ce désespoir de ne pas être à la hauteur de la famille, de ne pas être une Madrigal parfaite comme son abuela, joyeuse comme Pepa et heureuse comme Julieta.

Bruno regarda Isabela, et vit surtout la petite fille qui gambadait dans les jardins, vive et curieuse de chaque plante et ce bien avant que son touché les fasse fleurir. Il vit la cousine qui chuchotait la nuit avec Dolores dans leur chambre jusqu'à ce que le miracle les sépare. Celle qui avait été si prudente quand Pepa l'avait laissé porter Camillo pour la première fois. Il vit la grande sœur qui enseignait patiemment à Luisa les choses de la vie, celle qui relevait la petite Mirabel à chaque fois qu'elle tombait. La fillette qui offrait chaque fleur qu'elle créait, qui était si fière lorsque son abuela avait complimenté sa rose qu'elle s'était fait un devoir d'en créer une nouvelle variété chaque jour pour décorer le balcon de la chambre de la matriarche. Il vit l'enfant qui pleurait quand les autres étaient tristes, qui dansait sous la pluie de Pepa et riait quand sa propre joie déteignait sur sa tía et faisait naître un arc-en-ciel.

Il vit sa nièce, la parfaite petite création de son hermana et d'Agustín qu'il avait tenu dans ses bras le jour de sa naissance. Avec ses yeux si grands et ses dix petits doigts qui serraient un des siens, si fragile mais déjà tellement forte.

Bruno vit tout cela et il n'eut pas besoin d'un miracle pour répondre à la question de sa nièce. Ses yeux n'avaient pas à regarder dans les brumes du futur pour voir la vérité. Il n'existait pas d'avenir plus clair.

– Sí, cariña, tu vas avoir exactement la vie dont tu as rêvé ».

Isabela sourit, le soulagement éclairant ses traits. Bruno ne pu empêcher son âme théâtrale d'en rajouter. D'un bras, il souleva la fillette, pointant le ciel de l'autre main. « Tu vas devenir si forte et merveilleuse que tu brilleras haut dans le ciel comme un soleil d'été ! », s'exclama-t-il.

S'il y avait une prédiction dans sa vie qu'il ne regretterait pas, ce serait bien celle-ci. Chaque enfant de ses sœurs aura la vie dont il rêve. Une vie pleine d'amour et de rire, pleine d'arc-en-ciel et de nourriture qui guérit, pleine de maladresse et d'enthousiasme, et peut-être aussi pleine de prédictions d'un futur brillant. Tous ensemble, ils formaient la familia Madrigal et ils brûleraient tous plus fort que des soleils et réchaufferaient les cœurs. Bruno le voyait.

Alors que le rire de sa nièce faisait éclore de plus en plus de fleurs, Bruno sentit naître une étincelle d'espoir. Peut-être qu'il avait sa place dans cette famille lui aussi, une étoile brillante parmi les autres. Peut-être bien qu'avec un peu de travail, il pourrait apporter le bonheur et non plus la peur.

Dolores apparu tout à coup, comme toujours à point nommé, et sauta dans le tas d'hortensia de sa cousine avec un cris aigus. À sa suite, attirée par le bruit, la jeune Luisa déboula depuis le jardin. Elle portait sur son dos les petits Camillo et Mirabel, tout juste quatre ans et déjà si différents et affirmés. Elle lança un sourire étincelant à sa grande sœur avant de rejoindre le tas de fleurs en un hurlement guerrier vite repris par les petits.

En un instant, la cour calme où il rassurait Isabela était envahie par une tornade d'enfants et de fleurs multicolores. Bruno, seul dans l'œil du cyclone, haussa les épaules et se laissa entraîner par la multitude de petites mains qui le tiraient pour jouer.

Oui, ces enfants seraient les plus heureux.

Il n'avait pas besoin de le voir pour le savoir.

Il y veillerait.

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Et voilà, c'est fini, j'ai les premiers brouillons de cette histoire depuis mon premier visionnage d'Encanto, ça devait être en décembre 2021, ça remonte. Je suis contente d'avoir finalement pris le temps de l'écrire et de la partager ici, merci de m'avoir suivie dans cette histoire tout au long de ses six chapitres !