« - Quand même, t'opposer à lui, je ne sais pas si c'était la meilleure des idées.
- J'ai fait ce qui est juste. Je crois que j'ai suivi ma conscience.
- Ray, bien sûr qu'Arceus sera fier mais… C'est encore toi qui prends tous les risques.
- Ma chère Mew, c'est probablement mon rôle en tant que dieu de l'atmosphère. »
La déesse des naissances eut un petit soupir en repensant à sa conversation avec Rayquaza. Il ne pouvait s'empêcher de prendre sur lui et de faire le fort, mais elle voyait bien les risques que cela impliquait. Si Giratina revenait, la divinité de Pacifiville serait sans doute sa première cible… Ou peut-être pas. Le dieu de l'atmosphère était puissant, personne même ses opposants ne l'aurait nié. Il acceptait les responsabilités qui venaient avec son statut. Beaucoup le trouvait trop sérieux, trop zélé. Mew ne l'aurait changé pour rien au monde, elle l'aimait mieux ainsi. Un sourire étira ses lèvres alors qu'elle repensait à son sourire, aussi bien sous forme humaine que légendaire.
« Dame Mew ? »
La remarque de son maire, Abel, la rappela à la réalité. Sur le carrosse qui les emportait depuis leur départ de Rosalia, la déesse réalisa qu'elle lui avait peu adressé la parole, plongée dans ses pensées. L'homme se montrait patient avec elle, comme toujours. Cette fois, il avait divinement coiffé sa longue crinière bleue et revêtu une toge blanche avec une touche de rouge au niveau de la ceinture. Cela lui donnait un air pieux et il avouait apprécier ce style. Mew l'appréciait et elle savait que la réciproque était bien trop véridique. Abel n'avait d'yeux que pour elle. Néanmoins, elle gardait ses distances et il la respectait, sachant pertinemment qu'elle était la promise de Rayquaza.
« - Que se passe-t-il, Abel ?
- Je voulais vous prévenir que nous arriverons sous une heure à Lavanville.
- Déjà ? C'est parfait alors. Il me tarde de retrouver tout le monde.
- Je le comprends. Vous avez l'air pensive, il faudra vous reposer.
- Oh, ne t'en fais pas pour moi, répliqua-t-elle. Je ne suis pas à plaindre.
- J'ai le droit de m'inquiéter pour vous non ? »
Elle ne put le nier. L'homme se montrait si prévenant et s'occupait admirablement de la gestion de leur ville. C'était un être humain extrêmement serviable, même si Mew le soupçonnait parfois de faire cela uniquement par intérêt, afin de lui plaire. Abel savait pourtant que cela ne le mènerait nulle part. On ne plaisantait pas avec un dieu comme Rayquaza. Les pensées de la déesse se tournèrent à nouveau vers le dieu de l'atmosphère et les derniers mots échangés avant de se quitter. Blottie entre ses bras forts et rassurants, Mew pensait que rien ne pourrait jamais la blesser.
« - Ray, je viendrai te voir bientôt. Tu me manques trop.
- Bien sûr, quand tu veux. Pacifiville est également ta ville.
- Si je le peux, je viendrais à Lavanville avant. Je sens que je vais devoir voyager.
- N'oublie pas de te ménager, cher dieu de l'atmosphère.
- Ce sera difficile mais j'y penserai, chère déesse des naissances. »
S'en était suivi un tendre baiser qui la faisait rougir rien que d'y repenser. Quel bonheur d'être avec lui. Elle n'aurait jamais pu se mettre avec Abel ainsi, parce qu'il n'avait pas cette relation, mais aussi parce que les légendaires ne devaient pas se lier aux humains. Le règlement était plutôt strict. Arceus avait même interdit aux dieux d'avoir une quelconque descendance. Cela rendait la déesse des naissances tristes, mais elle le comprenait. Le roi des dieux avait suffisamment d'êtres divins à gérer dans ce monde pour ne pas en rajouter. Et puis, qui pouvait savoir ce que donnerait un tel mélange ? Même Mew n'en avait pas la moindre idée.
Alors que ses pensées tournaient à toute vitesse, Lavanville apparut et le cœur de la déesse se réchauffa aussitôt. Elle aimait ce lieu plus qu'aucun autre, ce paysage familier et rassurant qui la comblait de joie. Abel afficha un petit sourire satisfait, ce qui signifiait chez lui un bonheur extrême. L'homme restait très mesuré dans l'expression de ses sentiments, ce qui le rendait charmant et en même temps très mystérieux. Qui pouvait savoir ce qui se tramait derrière ses beaux yeux ? Même Mew n'en avait absolument aucune idée.
Pour revenir à la ville, cette dernière se trouvait encadré au nord par de hautes collines. Une grotte permettait de traverser pour se rendre à Azuria mais la présence de nombreux pokémons dangereux rendait la voie fluviale ou aérienne préférable. On trouvait de nombreuses familles à Lavanville, venues profiter du bon air pour élever leurs enfants. De nombreux petits humains couraient ainsi dans les rues de la cité pour le plus grand plaisir de la déesse. Mew aimait les enfants de sa ville comme s'ils étaient les siens et s'occupaient souvent d'eux. Ils le lui rendaient bien. D'ailleurs, quand elle passait avec son carrosse, les jeunes couraient à ses côtés, la saluant par des cris joyeux, essayant de tenir le rythme calme mais soutenu des galopas qui tiraient l'attelage.
« - Dame Mew ! Dame Mew, vous êtes revenue !
- Dame Mew ! Venez jouer avec nous !
- Plus tard, les enfants, répondit Abel en douceur mais avec fermeté. Notre déesse a besoin de se reposer après ce long voyage à Johto.
- Promis, je viendrai vous voir après, annonça-t-elle tout de même.
- Oui ! Super ! »
Ils se dispersèrent entre les maisons petit à petit, alors que le carrosse approchait de sa réelle destination. A Lavanville se trouvait une tour sublime qui dominait toute la cité et servait de résidence à Mew. Cependant, la déesse avait jugé qu'il serait égoïste que tout soit pour elle. Elle vivait donc au dernier étage, celui-ci contenant également une grande salle de réunion. Abel habitait l'étage du dessous. Les autres niveaux étaient occupés par divers habitants, ceux qui avaient bien voulu y vivre. L'endroit respirait la joie et la divinité locale adorait rentrer chez elle pour voir cette agitation. Tout le monde vint la saluer, demander des nouvelles de la fête de Rosalia. Elle n'osait répondre franchement, mais heureusement, son maire la sauva, l'entraînant jusqu'à ses appartements.
« - Merci Abel, s'inclina-t-elle. Je me demande ce que je ferai sans toi.
- Oh, vous survivriez sans problème, j'en suis intimement convaincu.
- Décidément… Hum, si ça ne t'ennuie pas, évitons de parler aux autres de l'événement de Rosalia. Je ne veux pas leur faire peur.
- Mais ils risquent de l'apprendre rapidement, si ce n'est pas déjà fait.
- Eh bien, je comptais leur dire, mais je veux prendre le temps de préparer mon discours.
- Je comprends tout à fait. Je me tairai pendant ce temps. Bon repos à vous, dame Mew.
- Prends soin de toi également, Abel ! »
Il parut rougir un peu, s'inclina et se retira. Ainsi, la déesse des naissances se retrouva seule, ce qui n'avait rien de désagréable. Prenant sa forme légendaire pour pouvoir flotter dans les airs avec vivacité, Mew se rendit sur sa terrasse. Avec la hauteur, le vent semblait souffler plus fort et elle reprit sa forme humaine pour le laisser balayer sa longue chevelure violette. Son regard se posa sur sa ville. En bas, tout le monde semblait vivre à son rythme et la clameur qui montait représentait la plus douce des mélodies à ses oreilles. Mew était fière de ce qu'elle avait construit.
« Puisse Lavanville toujours rester ainsi. »
Les nuages se mirent à s'amonceler dans le ciel bleu, annonçant sans doute les giboulés de printemps. Cela ferait du bien à la terre et aux récoltes, il fallait voir le côté positif. Mew savait que des temps durs viendraient, le retour de Giratina ne pouvait rien apporter de bon. Cependant, avec Rayquaza aux commandes, il n'y avait pas à s'inquiéter, tout irait bien. Un sourire fleurit sur ses lèvres et même la violence du vent ne parvint pas à l'effacer. Le pouvoir de sa joie était bien trop puissant.
Crescelia n'avait pas posé le pied depuis bien longtemps sur Cramois'ile. Cela faisait en réalité un moment qu'elle n'avait pas quitté Unionpolis. Il y avait tant à faire et son maire Francise ne tarissait pas d'idées pour améliorer la cité. La construction d'un bâtiment religieux pour Arceus représentait sa dernière folie architecturale, quelle serait la prochaine ? La déesse aimait ce grain de folie et cette touche de génie qui caractérisait l'homme. La vie à ses côtés n'avait rien d'ennuyant, si bien qu'elle se laissait déborder et en oubliait de rendre visite à l'homme qu'elle aimait.
Toutefois, les événements de Rosalia avaient changé la donne. Il fallait absolument qu'elle le tienne au courant. Peut-être que quelqu'un d'autre le ferait mais Crescelia tenait à aller voir Mewtwo elle-même. Cela faisait bien longtemps et il méritait de l'attention de sa part. Elle s'en voulait d'être aussi distante, pas seulement à cause de leur localisation géographique mais aussi parce qu'ils n'organisaient rien ensemble. Que pouvait-elle faire, alors que son cher et tendre détestait la fête. Il ne lui simplifiait pas la tâche, il fallait le dire, mais elle l'aimait ainsi.
« J'espère qu'il ne sera pas trop fâché contre moi. »
Leur dernière rencontre remontait à quelques années, au moins trois ou quatre ans. Cela faisait quand-même long, même pour deux êtres aussi différents. Crescelia songeait que jamais ils ne pourraient espérer vivre ensemble en satisfaisant leurs deux modes de vie. C'était ainsi. Elle resterait dans ce monde plein de vie et de fêtes, plus sociable que jamais, tandis qu'il garderait sa tranquillité dans une retraite loin du monde. Son manoir semblait le parfait reflet de sa personnalité. La déesse des rêves n'avait croisé personne lorsqu'elle arriva devant la porte et frappa, ce qui l'arrangeait bien. C'était mieux que peu de gens savent qu'elle rendait visite au dieu des humains, leur relation n'était pas connue de beaucoup, même parmi les dieux. Toutefois, ce ne fut pas lui qui ouvrit la porte.
« Oh, bonjour ! »
Il s'agissait d'un adolescent qu'elle connaissait mais n'avait pas vu depuis un moment. Il avait terriblement grandi, s'approchant de sa taille adulte. Diamant lui souriait, ne se rappelant sans doute pas exactement de son identité. Cela faisait des années qu'il ne l'avait pas vu et Crescelia soupçonnait Mewtwo de ne pas toujours expliquer à l'enfant l'identité des visiteurs. D'où venait cet humain ? La déesse des rêves n'en savait rien, son amant restait muet sur le sujet. Elle savait qu'il y avait un lien avec les visites d'une autre divinité, mais lequel ? Le dieu des hommes avait beau ne pas lui dire, elle savait que la déesse du vent du nord venait régulièrement sur l'île. Elle l'avait même déjà croisé à Cramois'ile deux fois dans le passé. Une peur irrationnelle lui serrait le cœur encore une fois.
« Je te promets que Mewtwo ne te trompe pas avec moi. C'est une histoire plus complexe. »
Crescelia la croyait mais un doute subsistait malgré tout dans son esprit. Pourquoi aucun des deux ne voulait lui dire la vérité ? Et d'où venait le gamin dans ce cas ? Ses pensées tournaient en boucle, encore et encore, sans qu'elle ne puisse déterminer la vérité. Cela l'obsédait depuis des années maintenant mais la déesse n'avait pas appris à vivre avec. C'était trop dur.
« - Tout va bien ? demanda Diamant, voyant qu'elle ne bougeait pas depuis quelques secondes.
- Hum, oui, j'étais perdue dans mes pensées. Le voyage, éluda-t-elle. Est-ce que Mewtwo est là ?
- Bien sûr » répondit-il, en l'invitant à entrer.
Des pokémons couraient partout dans le grand hall. Le maître des lieux acceptait de loger quiconque venait frapper à sa porte. Cette générosité tranchait singulièrement avec l'apparente froideur de son caractère. Crescelia adorait particulièrement cet aspect de sa personne, une des raisons qui l'avait poussé dans les bras de ce légendaire. Justement, Mewtwo arrivait sous sa forme humaine, habillé de noir comme de coutume. Sobre et simple, voilà qui lui convenait parfaitement. Sous forme humaine également, la déesse attendit qu'il se porte davantage à sa rencontre avant de parler.
« - Crescelia. Que me vaut l'honneur de cette visite ?
- Mewtwo… Cela fait trois ans qu'on ne s'est pas vu et tu te montres si peu enthousiaste ?
- Non, c'est… C'est juste que… »
Il ne parvint pas à terminer sa phrase et ses yeux dérivèrent sur Diamant. N'osait-il pas afficher de sentiments devant l'humain ? Crescelia n'était pas certaine de comprendre mais elle respectait son choix. Après un échange de banalité rapide, le dieu envoya son protégé s'occuper des pokémons dans un coin du manoir avant d'inviter la déesse à le suivre. Ils se retrouvèrent dans un petit salon de thé très confortable et Mewtwo montra enfin davantage sa joie. Ils s'embrassèrent et pendant un moment, aucun mot ne fut prononcé. Cela rassurait la divinité d'Unionpolis : il n'avait pas cessé de l'aimer, elle le ressentait dans chaque fibre de son corps. Quand ils se séparèrent, presque à regret, le dieu prépara un thé rapide et s'installa avec elle sur un canapé moelleux.
« - Je réitère ma question : que me vaut le plaisir de ta visite ? Je sais que tu n'es pas venu uniquement pour profiter de mes beaux yeux, sans vouloir me vanter.
- Tu es incorrigible. Mais effectivement, je dois te parler absolument du festival de Rosalia.
- Ah ? Il s'est passé quelque chose là-bas ?
- Donc tu ne sais encore rien, conclut-elle. Ton maire ne s'y est pas rendue ?
- Ma mairesse avait la flemme je dirais. Ou en tout cas, elle m'a imité.
- Quelle ville décidément… Mais Mewtwo, l'heure est grave. Je sais que tu y tiens beaucoup, sans savoir pourquoi mais… La prophétie a été évoquée.
- La prophétie ? s'exclama le dieu, plus expressif que d'habitude. Il faut que tu me racontes absolument tout, Crescelia. Dans les moindres détails. »
Sans se faire prier, la déesse entama son récit. Elle plaça le contexte de la fête, les différents invités, les liens qu'elle avait observés. Mewtwo s'en moquait un peu mais il ne l'interrompit pas, tâchant de mémoriser le plus de détails possibles. Cela pourrait toujours lui servir dans le futur. Ensuite, Crescelia raconta comment l'étrange Cipher avait fait son apparition et annoncé son allégeance à Giratina. Elle parla également de la prophétie et de ses deux versions qui s'opposaient. Enfin, la déesse des rêves annonça que Rayquaza s'opposait publiquement au dieu de l'autre monde et elle essaya de se rappeler de tous les éléments utiles. Le dieu des humains n'en perdit pas une miette, ne l'interrompant à aucun moment, même pas pour poser une question.
« - Merci d'être venu me prévenir, déclara-t-il finalement, quelques secondes après que Crescelia ait arrêté de parler. La situation est bien plus grave que ce que je pensais.
- Personne ne s'attendait au retour de Giratina.
- Et pourtant, des signes montraient que le monde allait changer. J'aurais dû me montrer plus attentif, se morigéna Mewtwo. Enfin, je vais devoir prendre des dispositions.
- Et par rapport à la prophétie ? tenta-t-elle. Je sais que c'est important pour toi.
- Eh bien… Je ne sais d'où vient cette nouvelle version élaborée par Cipher mais je crois uniquement en la première. Celle-là vient d'Arceus, j'en suis certain.
- D'accord… Mais pourquoi te tient-elle tant à cœur ?
- Je ne peux pas te le dire, Crescelia. Je ne peux pas te mettre en danger. »
Il avait l'air tellement sérieux qu'elle n'osa pas l'interroger davantage sur le sujet et détourna un peu la conversation. Pourtant, la déesse des rêves ne parvenait pas à arrêter d'y penser. Tout son esprit était préoccupé par ce secret qui pouvait la mettre en danger. Cela avait-il à voir avec l'enfant ? Des liens se créaient dans son esprit, sans que cela ne prenne sens. De quel danger Mewtwo voulait-il protéger celle qu'il aimait ? Elle, une déesse, que risquait-elle exactement ?
Le dieu des humains poursuivait la conversation alors que de nombreux fils de pensées s'entremêlaient dans son esprit. Que l'autre prophétie devienne populaire, cela n'avait rien de très arrangeant, mais elle existait déjà. Il suffisait de voir les gens de Céladopole pour le comprendre. Cependant, l'important était que personne n'apprenne l'existence de l'enfant. Suicune et lui partageaient ce secret, ainsi que les habitants de Cramois'ile. Crescelia le savait aussi, mais seuls les dieux des humains et du vent du nord connaissaient le destin de Diamant. Il ne fallait pas ruiner les chances de l'adolescent, pas avant qu'il ne soit prêt. Selon Mewto, c'était loin d'être le cas.
Ils discutèrent encore un moment de tous ses sujets sérieux avant de retourner auprès de Diamant. L'adolescent semblait ravi de découvrir une nouvelle déesse et lui posa de nombreuses questions sur la région de Sinnoh. L'envie de voyager pétillait dans ses yeux mais cette région devenait la plus meurtrière pour lui, alors que Giratina s'éveillait. Maintenant, pour Mewtwo, il était clair que le mal devait être le dieu de l'autre-monde, cela confirmait la prophétie.
« - Je vais retourner à Unionpolis, déclara Crescelia après quelques heures.
- Je vois. Merci d'être venue nous rendre visite, s'inclina le maître des lieux.
- N'hésite pas à revenir, sourit Diamant, entouré d'un groupe de caninos.
- Je n'y manquerai pas si j'ai le temps, sourit-elle avec indulgence, réalisant pour la première fois toute la bonté qui émanait de l'humain.
- Sois prudente pour le retour.
- Ne t'en fais pas. Avec un peu de chance, je rattraperai peut-être même mon maire. »
Sur ces paroles, elle reprit sa forme légendaire dans laquelle elle se sentait plus à l'aise. Depuis toujours, Crescelia trouvait sa forme humaine inadaptée, même laide en réalité. Alors que sous sa forme de divinité, elle se sentait légère, capable de tout. Avec un peu d'élan, elle s'élança dans les cieux, rapide comme la brise, même pour les yeux les plus exercés. La déesse n'avait pas pris de temps pour les adieux. Cela ne ferait que rendre la séparation plus difficile.
Mewtwo le regarda disparaître, ce qui ne dura que quelques secondes. Puis, il retourna à l'intérieur, songeant au travail qui l'attendait. Désormais, plus question de faire marche arrière. Diamant se trouvait encore là, avec la bande de caninos dont il essayait de se dépêtrer. Ce n'était plus un enfant et une lourde responsabilité venait de lui tomber sur les épaules. Mewtwo s'attristait de ne plus pouvoir le protéger de la dure réalité mais hélas, le temps était compté.
« - Diamant, je dois te parler.
- Qu'est-ce qu'il y a, père ?
- Je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler… Oh et puis tant pis. Nous allons devoir reprendre l'entraînement à l'épée plus sérieusement que jamais.
- Ah oui ? Cresselia a apporté des nouvelles ?
- Oui et pas des bonnes, j'en ai peur. »
Au moins, Diamant connaissait déjà la prophétie et les enjeux, mais Mewtwo avait tout fait pour le préserver encore. Maintenant, avec les événements de Rosalia, il ne pouvait plus agir en ce sens, hélas. Maintenant, tout ce que le dieu des humains pouvait faire, c'était préparer son protégé, l'entraîné afin qu'il ne soit pas démuni le jour où Giratina se dresserait sur sa route. De toute façon, Diamant ne serait pas seul. Son père se tiendrait à ses côtés, jusqu'au bout.
« Même si je ne suis pas son père. »
« - Je dois aller lui en parler, c'est… C'est mon maître.
- Très bien, mais sois très prudent. Le monde est plus dangereux désormais. »
Après avoir reçu la bénédiction de son maire, Celebi avait quitté Ecorcia sous sa forme légendaire en volant dans les hauteurs du firmament. Contrairement à ce qu'il croyait, il n'y croisa même pas Rayquaza, pourtant maître des lieux. Cela permettait au dieu de la paix de foncer et de parcourir en un temps record la distance entre Johto et Sinnoh. Certes, il aurait pu user de son pouvoir temporel, mais son maître lui avait défendu d'en user à outrance. Ce maître était d'ailleurs la personne qu'il allait voir, en sa demeure dans la belle cité de Rivamar.
Les rumeurs sur Rosalia ne semblaient pas encore avoir gagné cette région mais le jeune divin préféra ne pas trop s'attarder pour le vérifier. Il allait peut-être voir le dieu du temps mais justement, il ne fallait pas perdre de temps. Ces jeux de mots vaseux le faisaient toujours rire intérieurement, mais il se gardait de les faire à son maître. Ce dernier n'était pas particulièrement porté sur un humour de si bas étage, lui qui recherchait plutôt le raffinement. Pénétrant dans la demeure en volant sans se faire annoncer, Celebi ouvrit la porte avec fracas, dans une impolitesse terrible.
« - Maître, maître ! Je suis venu aussi vite que j'ai pu !
- Celebi… Qu'est-ce que j'ai dit sur les portes ? »
Reprenant sa forme humaine, la divinité d'Ecorcia soupira et murmura quelques excuses en s'inclinant. Son maître, le grand Dialga, était visiblement en train de s'occuper de sa personne humaine. Ses mains dans ses cheveux recoiffait la moindre mèche tandis qu'il se regardait dans une glace avec insistance. Chaque détail comptait et ce n'était pas pour rien que ce dieu était considéré comme un des plus séduisants. Toutefois, Celebi savait très bien qu'il demeurait seul, car les responsabilités liées à ses pouvoirs étaient gigantesques. On ne plaisantait pas avec le temps.
« - Bon, j'accepte tes excuses, soupira Dialga. Bonjour, Celebi. Pourquoi cette visite surprise ?
- Je… je me devais absolument de vous prévenir de ce qui est arrivé à Rosalia.
- A la fête du printemps ? Je n'avais pas le cœur à y aller. Pas sans Palkia en tout cas. J'imagine que ça lui aurait fait du bien, mais elle ne veut plus…
- Maître, je suis désolé de vous interrompre, mais il s'est passé quelque chose de terrible là-bas.
- Vraiment ? Ho-oh aurait mal dansé ? Ce serait une première.
- Non, sérieusement ! s'exclama le disciple. Giratina va revenir ! »
Dialga en eut le souffle coupé et laissa tomber tout ce qu'il faisait. Giratina. Il connaissait trop bien ce nom, il en faisait encore des cauchemars dans les nuits les plus sombres. Ils se rappelait trop bien la forme de ce légendaire, trop bien aussi ses yeux jaunes qui vous pénétraient comme si vous ne portiez rien. En revanche, il n'avait étonnement aucun souvenir de sa forme humaine. La surprise passée, le dieu du temps laissa son élève débiter toute son histoire dans les moindres détails, l'interrompant parfois en poussant une onomatopée de surprise ou de consternation. Jamais Dialga n'aurait pu imaginer un tel événement et pourtant, il aurait dû le prévoir. Le dieu de l'autre-monde devait revenir un jour ou l'autre, même Arceus l'avait prédit.
« - Décidément, une petite fête et le monde part en vrille.
- Maître, c'est terrible ! Qu'allons-nous faire s'il revient ?
- Paix, mon jeune disciple. Merci de m'avoir prévenu, sourit-il en posant une main sur la tête de Celebi. Je suis désolé de mon accueil, je ne me doutais pas que ce serait aussi urgent.
- Ah euh, de rien, ce n'est pas grave, bredouilla l'élève.
- Nous devons garder notre calme. Giratina n'est pas encore revenu, il a simplement lancé une menace en l'air mais rien de concret pour l'instant.
- Est-ce que nous devons nous défendre ?
- Oui, nous devons nous préparer à son retour. »
Avec douceur et calme, Dialga expliqua à Celebi quelques mesures simples qu'il pouvait prendre afin d'aider sa ville à se préparer à une telle situation. Le dieu du temps devrait faire de même. Il faudrait aussi prévenir Palkia. Cette idée lui brisa le cœur. Pouvait-il lui faire plus mal qu'en lui annonçant le retour de Giratina ? Dialga n'arrivait même pas du tout à imaginer sa réaction. Serait-elle ravie ou malheureuse ? Désespérée ? Il n'en savait strictement rien. De toute façon, il n'avait pas le choix. Il faudrait prévenir sa mairesse. Mana organiserait assez bien les défenses de Rivamar, on pourrait compter sur elle. De son côté, la divinité temporelle devrait enquêter dans la région de Sinnoh afin d'en savoir plus sur ce maudit Giratina et son grand retour.
« - Maître… Pardonnez ma question mais… Est-ce que vous avez connu Giratina ?
- Oui, Celebi. Je faisais partie de ceux qui l'ont enfermé dans une autre dimension avec Arceus.
- Oooh… Et il était vraiment très fort ?
- Fort ? C'est un euphémisme. Sa puissance dépassait l'entendement. Rayquaza doit rivaliser avec lui mais… Le dieu de l'autre-monde mérite d'être pris au sérieux. Mais ne t'inquiète pas, il sera seul contre nous, ajouta Dialga en voyant son disciple trembler.
- Et si des gens se joignent à lui ? Des légendaires ?
- Qui voudrait rejoindre un être aussi méprisable ? »
En prononçant ces mots, Dialga réalisa à quel point ils étaient faux. Il connaissait de nombreuses personnes qui accepteraient volontiers de plonger le monde dans le chaos aux côtés de Giratina. Une sueur froide glissa le long de son dos, alors qu'il s'efforçait de rester aussi serein que possible pour ne pas effrayer Celebi. Le dieu du temps se préparait pour une sortie nocturne mais il allait devoir remettre son aventure à une prochaine fois. Un travail plus sérieux l'attendait et en tant que légendaire représentant de Sinnoh, il ne pouvait pas se défiler.
Keldeo se tenait aussi droit que possible, tenant sa corne haute. Sous sa forme de légendaire, il se sentait toujours le besoin de se montrer digne, surtout lorsqu'il était en présence du trio des mousquetaires. Ces derniers avaient pris leur forme légendaire également, de même que le dernier invité de cette réunion, la noble Kyurem. En rentrant de Rosalia, Cobaltium et les deux autres épéistes avaient donné rendez-vous au dieu de l'espoir ainsi qu'à la déesse du vide dans une grotte secrète non loin de Vaguelone. Si c'était excitant de participer à une telle réunion, Keldeo sentait que cela n'augurait rien de bon, les mines graves de ses mentors en disaient suffisamment long.
« Le festival de Rosalia a été gâché. »
Le dieu de la justice ne s'embarrassa pas de formalité et raconta avec ses deux confrères comment le retour de Giratina avait été annoncé. Keldeo frissonna à cette annonce, connaissant bien la réputation de cette odieuse divinité, bannie par Arceus en personne. De plus, cet être étrange nommé Cipher l'intriguait. D'où pouvait lui venir ce pouvoir de résurrection ? Cela inquiétait grandement le dieu de l'espoir et la déesse du vide n'en menait pas large non plus. Derrière son visage glacial se lisait une grande inquiétude, ce qui n'était aucunement rassurant. Les mousquetaires achevèrent leur récit et attendirent une réaction de la part des deux autres.
« - Je ne pensais pas qu'il reviendrait si rapidement, avoua Kyurem. Tout l'indiquait dans l'air pourtant mais… Je ne me suis pas assez souciée de ce maudit.
- Nous avions d'autres tâches à accomplir, répliqua Viridium. Nous ne pouvions pas tout gérer.
- Maintenant, nous devons prendre des mesures, ajouta Terrakium.
- Je veux aider, intervint Keldeo. Même si je ne suis pas aussi puissant que vous, je ferais de mon mieux. S'il vous plaît, donnez-moi des tâches à accomplir.
- Eh bien justement, intervint Cobaltium. Je crois qu'il est temps que ton entraînement devienne plus sérieux et plus intense car tu auras un rôle important à jouer.
- Le fameux destin qu'on m'a promis ? demanda le plus jeune, les yeux brillants.
- Exactement, souffla Kyurem, comme écrasée par le poids des années. L'heure est déjà venue. Keldeo, tu dois devenir fort car tu combattras Giratina. Ainsi l'a décrit la prophétie.
- La prophétie… Ah celle du demi-légendaire ? Mais elle ne parle pas de lui, réfléchit Terrakium.
- Peut-être que c'est nous qui l'avons interprété ainsi, avoua Viridum.
- Toutefois, pour qu'un humain puisse vaincre Giratina, il faut de l'espoir non ?
- C'est là où Cobaltium voulait en venir, trancha Kyurem, comme si elle ne souhaitait pas qu'ils parlent davantage. Tu es l'espoir dont le héros aura besoin.
- Oh… Et qui est ce héros avec lequel je devrais peut-être faire équipe ?
- Nous ne le savons pas encore, avoua le dieu de la justice. Mais cela ne devrait guère tarder. Si Giratina se réveille, lui aussi devra apparaître.
- Et s'il ne vient pas ? s'enquit Terrakium avec pragmatisme, le regard ailleurs.
- Eh bien, il faudrait trouver une autre solution, répliqua Viridum.
- Cependant, je doute que remettre en cause la prophétie du Créateur soit judicieux » intervint la déesse du vide avec conviction.
Un long débat survint entre Kyurem et les trois mousquetaires. Keldeo essayait de suivre mais il se concentrait davantage sur ses propres pensées. Ainsi, ses mentors pensaient qu'il faisait partie d'une prophétie dont le but était de vaincre Giratina lorsque celui-ci voudrait engendre le chaos sur terre. Cela faisait sens qu'il y ait besoin d'espoir, ce dont lui-même était le dieu, mais cela ne lui paraissait pas suffisant comme explication. Forcément, il y avait autre chose et Keldeo avait l'impression qu'il touchait la vérité du bout du doigt sans parvenir à la saisir.
La vérité résidait probablement dans ses origines. Le dieu de l'espoir savait qu'il était plus jeune que les autres dieux, plus jeune même que l'idéal et la réalité, créés après les humains. Elevé par Kyurem et le trio des mousquetaires, il n'avait jamais eu aucune réponse à ses questions identitaires, pour son plus grand malheur. Et s'il était un demi ? Non, jamais il n'aurait pu être un dieu. Et pourquoi Terrakium tremblait toujours à l'évocation de la prophétie ? Cela l'intriguait. Perdu dans ses réflexions, il sursauta lorsqu'un sabot heurta son épaule, sans violence pourtant.
« - Tu es toujours avec nous ? demanda Colbaltium.
- Ah oui, pardon. C'est que… c'est beaucoup en une fois.
- Je comprends, ne t'en fais pas. Je vais laisser mes deux compères traverser la région pour prévenir tout le monde et prendre la température.
- Encore le sale boulot, rit le dieu de la force.
- Tu adores te balader, avoua-le, répliqua la déesse du printemps.
- Dame Kyurem a ses propres missions, poursuivit le dieu de la justice, tandis que la déesse du vide approuvait. De mon côté, je vais me concentrer sur ta formation.
- Oh, maître, c'est un honneur ! Je vais faire de mon mieux !
- Tu as intérêt, parce que je ne tolèrerai pas que tu baisses les bras trop vite. Tu devras te donner à fond. Tu dois maîtriser la lame de justice. »
Keldeo savait que ce serait difficile de s'entraîner et de se maintenir au niveau des exigences de Cobaltium. Des mousquetaires, ce n'était pas le professeur le plus patient ni le plus doux. Toutefois, il savait expliquer, donner du sens à l'information et aux techniques afin que son jeune disciple puisse les appréhender correctement. Ce serait donc forcément bénéfique pour le dieu de l'espoir de recevoir l'enseignement de la divinité de la justice. Keldeo ignorait où le mènerait cette voie et ce qui allait arriver au monde. Il ignorait aussi tout de la vérité derrière la prophétie ainsi que ses origines, mais si ce héros avait besoin de lui contre Giratina, alors, il serait là pour l'aider.
« Tu verras, tu y arriveras, assura Cobaltium. Je ferai de toi un héros. »
Ces mots lui donnaient envie de croire en un meilleur futur.
