Même avec le printemps, un vent froid soufflait toujours sur Flocombes. Reshiram appréciait cela, alors qu'un calme quasi divin prenait possession des lieux. La déesse de la réalité n'aimait pourtant pas sa ville particulièrement. Elle faisait acte de présence et les habitants la vénéraient tandis qu'elle les regardait avec l'indifférence la plus totale. Ils n'étaient que des pions, des êtres faibles dont elle pouvait à la rigueur se servir si la situation l'exigeait. Flocombes ne constituait qu'un endroit parmi tant d'autre à ses yeux.

Pourtant, dans ce lieu insipide, une place trouvait de l'attrait à son cœur. Au Nord de la ville, dans un recoin d'une vieille forêt se dressait une tour que les hommes et les pokémons avaient bâti en l'honneur d'Arceus. Reshiram en avait décidé autrement. Cet endroit était devenu sa demeure et son repaire secret, elle s'y sentait très bien. Les nombreuses représentations du dieu suprême ne la dérangeaient pas, il n'était d'ailleurs jamais venu réclamer sa tour. Il n'avait même pas levé le petit doigt lorsqu'elle avait réalisé une fresque à son effigie et à celle de son cher Zekrom.

« Après tout, nous n'avons rien d'ancien à notre image, ce n'est que justice. »

Le monde n'était pas si vieux, mais il existait une période qu'elle et le dieu de l'idéal n'avait pas connu. Autrefois, les dieux vivaient dans le ciel aux côtés de leur Créateur pendant la période céleste, le temps de la construction du monde. Cela faisait environ cent ans que les dieux étaient descendus sur terre, peut-être même mois. Reshiram savait qu'elle et Zekrom avaient été créés après cette période, une lubie d'Arceus sans doute, mais elle ignorait tout de son passé. Son plus lointain souvenir remontait à ce jour-là, au milieu du…

« Dame Reshiram, puis-je vous déranger un instant ? »

Elle hésita à dévorer vivant l'intrus, jusqu'à ce qu'elle ait réalisé son identité. Il s'agissait du maire de Flocombes, un homme de grande taille dont le teint halé semblait provenir d'un désert plutôt que d'une région aussi froide. Nommé Hakuba, il prenait grand plaisir à soigner sa présentation, aussi bien dans ses tenues sobres et que par sa coiffure, de longs cheveux gris malgré son âge. Ses yeux jaunes pouvaient glacés le sang même des pokémons sauvages, le maire avait probablement réussi à apprivoiser son Zoroark de cette manière. Cela pouvait aussi être dû à sa voix divine, très agréable à l'oreille, grave et suave à la fois. C'était sans doute pour cela que Reshiram ne s'en était pas encore débarrassée, elle adorait l'entendre parler.

« - Hum ? Tu oses interrompre une déesse perdue dans ses pensées ?

- Plongée dans ses pensées, corrigea-t-il. J'ai bien du mal à vous imaginer perdue.

- Pff, flatteur. »

Il sourit malicieusement et s'inclina assez bas, la main posée sur son cœur, en signe de respect. Reshiram haussa un sourcil, se demandant pendant un moment si c'était bien lui et non pas son Zoroark. Le pokémon pouvait prendre l'apparence de son maître et même contrefaire sa voix, avec une habilité étonnante. Toutefois, en regardant les yeux du maire, elle sut que c'était bien l'humaine, la lueur scintillante au fond de la pupille ne pouvait pas la tromper.

« - Je me permets de venir aux nouvelles, concernant la guerre qui se prépare…

- C'est lassant, toute le monde ne parle plus que de cela.

- Il s'agit quand même d'un sujet d'actualité délicat…

- De toute façon, Zekrom a pris le parti de Giratina, alors il n'y a pas à hésiter. »

Furtivement, elle observa la réaction du maire. Hakuba s'inclina à nouveau et un petit sourire étira ses lèvres. De la satisfaction. Bien, au moins, il n'essaierait pas de leur mettre des bâtons dans les roues. Cela la navrerait de devoir se débarrasser de lui, l'homme s'évérait efficace et elle le supportait plutôt bien. Zekrom lui disait parfois qu'elle n'avait pas besoin de maire, qu'elle était assez forte pour se débrouiller toute seule et qu'elle n'avait qu'à le tuer. Reshiram répliquait à chaque fois qu'il accomplissait toutes les basses besognes dont elle ne voulait pas se charger. Les deux amants avaient beau s'aimer à la folie, ils ne se comportaient pas de la même façon.

« - C'est un choix audacieux, déclara Hakuba. Je vous apporte mon soutien total.

- Tu n'as pas à donner ton avis de toute façon, sauf si tu veux t'opposer à moi.

- Oh, cette idée ne me traverserait même pas l'esprit. J'ai cependant une question.

- Raah, tu ne vas donc jamais me laisser tranquille ? Bon, vas-y.

- Pourquoi ce choix ? Qu'est-ce qui vous a poussé à choisir le grand Giratina ? »

Voilà qui était bien impertinent, de questionner les motivations des dieux. Reshiram faillit le renvoyer à Flocombe sans le moindre élément de réponse, mais elle réalisa qu'elle était de bonne humeur. Après tout, quel mal y avait-il à lui révéler quelques informations ? Peut-être même que son maire pourrait laisser traîner ses oreilles par la suite concernant ce sujet ? L'humaine se révélait assez doué quand il s'y mettait. L'idée lui paraissait excellente.

« - Je devrais te brûler sur le champ pour ton audace, grogna-t-elle pour la forme, reprenant sa forme de légendaire. Toutefois… Peut-être que tu peux savoir.

- C'est un honneur pour le misérable que je suis.

- Vois-tu, il y a un grand secret sur Unys, murmura-t-elle, laissant quelques flammèches jaillirent de sa gorge. Un secret qui nous concerne Zekrom et moi.

- Oh… Est-ce que cela a un rapport avec le château du désert Délassant ?

- Peut-être bien. Probablement même. Tu le sais peut-être déjà, mais Zekrom et moi sommes des dieux récents. Nous ne provenons pas de l'ère céleste. Le créateur nous a fait apparaître plus tard. »

Hakuba ne perdait pas une miette de ce qu'elle disait, le sujet promettait d'être intéressant. Reshiram repensait à son tout premier souvenir. Elle s'était réveillée en compagnie de Zekrom, au milieu des ruines de ce château en plein milieu du désert. Ils ne se souvenaient de rien mais ils se sentaient inexplicablement liés par le destin. Le créateur se trouvait devant eux, observant sa nouvelle création. Il leur expliqua leur rôle, puis disparut subitement. Le duo ne devait jamais le revoir. Ils rencontrèrent aussi Kyurem ce jour-là, leur guide dans ce monde, même si elle semblait déjà leur cacher quelque chose à l'époque. Sorcière. Traîtresse. Reshiram ignorait ce que la déesse du vide avait fait, mais elle ne pouvait pas être innocente.

« - Seulement… Nous avons un trou noir dans nos souvenirs, Zekrom et moi… Ce qui signifie que nous existions avant ce jour. Nous en sommes persuadés.

- Je vois, souffla le maire.

- Et nous avons la terrible sensation qu'il nous manque quelque chose. Qu'on nous a volé un bien inestimable. Nous le ressentons tous les deux alors ce doit être vrai.

- Comment pourrait-on voler les dieux ? Et qui ?

- Voilà précisément une question dont nous n'avons pas la réponse. Cependant, nous finirons par la trouver. Giratina nous a promis de nous aider et c'est le premier.

- Vous n'avez pas demandé à Arceus ?

- Le créateur n'a jamais daigné nous répondre. Personne n'a jamais daigné nous proposer la moindre aide jusqu'au dieu de l'autre monde. Alors, oui, nous le soutiendrons.

- Je comprends. Si d'aventure j'apprenais des informations qui pourraient vous aider, je ne manquerais pas de vous prévenir, déesse.

- Je savais que tu dirais cela, siffla-t-elle en reprenant forme humaine. Merci Hakuba. Tu es bien utile finalement. Je ne te mangerai pas aujourd'hui.

- Me voilà soulagé. Je ne vous dérange pas plus longtemps, je vais continuer à préparer notre armée. D'autres instructions ?

- Gère comme tu veux, je m'en moque éperdument tant que tu ne me gênes pas. »

Le maire s'inclina plus bas que jamais puis quitta la tour. Reshiram se surprit à le regarder partir par la fenêtre. Elle vérifia qu'il regagnait bien la ville et qu'il ne retrouvait personne. Pourquoi craignait-elle autant une trahison ? La déesse l'ignorait. La réponse résidait probablement dans son passé, encore un mystère de plus à élucider. Ses pensées retournèrent vers son premier souvenir, ce moment où elle avait vu Zekrom pour la première fois… Pourtant, elle avait l'impression de l'avoir déjà observé un millier de fois, de le connaître depuis toujours.

« Mon aimé… Quel tragique destin est donc le nôtre ? »

Ils obtiendraient les réponses de toute façon. Tôt ou tard, Giratina les aiderait à les obtenir. Et si jamais Rayquaza vainquait le dieu de l'autre monde, tant pis, le duo d'Unys irait directement voir le créateur. Certains dieux savaient se rendre dans son royaume, il suffisait de trouver le chemin. Arceus ne pourrait pas se cacher éternellement, Zekrom et Reshiram finiraient par le retrouver. La vérité remonterait à la surface, d'une façon ou d'une autre.

La déesse espérait simplement qu'elle ne serait pas trop difficile à accepter.


« Suis ton cœur, écoute ton âme et tu seras guidé jusqu'au héros. »

Keldeo se répétait inlassablement les paroles de son mentor Cobaltium, surtout lorsqu'il doutait du chemin à prendre. Cela faisait un long moment qu'il errait sur les routes, à la recherche du fameux sauveur, l'enfant de la prophétie. Bien sûr, il se montrait prudent et discret. Si quelqu'un de malintentionné apprenait son objectif, il pourrait bien avoir des ennuis. Pire, le dieu de l'espoir pouvait tomber sur un collègue avec des croyances différentes et nuire à la réussite de la mission. Personne ne devait réussir à remonter jusqu'à l'enfant de la prophétie… Enfin, personne à part lui, surtout s'il devait l'aider.

« Je me demande pourquoi est-ce que c'est moi qui ait été choisi… »

Kyurem et Cobaltium semblaient si certains. Les deux paraissaient aussi connaître le secret des origines de Keldeo, un jeune dieu, mais ils n'avaient jamais voulu lui révéler la vérité. Kyurem prétendait que cela ne servait à rien pour le moment, que cela le perturberait dans sa mission. Cobaltium approuvait, ajoutant que la véritable histoire finirait bien par ressortir au moment propice. Des excuses, toujours des excuses, mais le petit dieu devait malheureusement s'en contenter.

« Ils savent peut-être qui sont mes parents… Non, je n'ai pas de parents. J'ai été créé par Arceus, comme les autres… n'est-ce pas ? »

Parfois, il se demandait si fréquenter autant les humains n'altéraient pas ses réflexions divines. Tous les légendaires venaient d'Arceus, certains avaient simplement été créés plus tard que les autres, après l'ère divine. Keldeo en faisait partie et même en essayant de se souvenir de toutes ses forces, il n'arrivait pas à se rappeler de sa naissance. Pourtant, d'autres divinités y parvenaient sans peine, comme Cobaltium par exemple. Kyurem demeurait plus évasive sur le sujet mais le dieu de l'espoir était persuadé qu'elle était bien plus ancienne que lui. Un jour, il finirait bien par comprendre, inutile de s'encombrer l'esprit avec toutes ces informations. Pourtant, un coin de sa tête ne pouvait s'empêcher de penser à tout cela sans discontinuer.

« Concentre-toi. Tu dois trouver cet… Cet élu… Quoi qu'il soit… »

Aussi discret que possible, usant de sa forme humaine plus que de coutume, le voyage de Keldeo se poursuivait lentement. Il voyageait à travers des régions toujours plus lointaines et découvrait des zones qu'il ne connaissait pas avec émerveillement. Toutefois, le dieu de l'espoir était obligé de constater l'ambiance étrange qui régnait dans certains lieux. Les humains rassemblaient leur force et se méfiaient des inconnus. Cobaltium avait raison, la guerre se rapprochait, il fallait faire vite.

Kyurem avait donné une direction qu'elle estimait à son jeune protégé, par rapport aux signes de la prophétie. Dans une certaine région, il y avait eu un froid extrême voilà quelques années de cela, correspondant parfaitement à la description de la prophétie. Selon ses propres déductions, et elle espérait être la seule à le savoir, l'élu devait probablement se trouver dans ce secteur, dans la région de Kanto. Keldeo espérait qu'elle ne se trompait pas, sinon, il pourrait passer mille ans à chercher cet être mi-humain mi-légendaire. Comment être certain qu'il avait bien un rôle à jouer dans tout cela ? Le dieu de l'espoir doutait parfois de lui-même.

« Tu es le dieu de l'espoir, répétait la déesse du vide. C'est ce dont le monde aura besoin à ce moment. Et puis… Arceus ne laisse rien au hasard. Tu auras ton rôle à jouer avec cette prophétie. »

Un jour, Kyurem lui avait dit qu'elle s'était demandée s'il n'était pas l'enfant de la prophétie en personne. Puis, avec un sourire triste, la déesse avait déclaré que ce n'était pas possible, parce qu'il n'était pas l'enfant d'un humain et d'un dieu. Ensuite, elle n'avait rien ajouté de plus, laissant Keldeo avide de réponse, comme toujours. Chaque fois qu'il doutait de lui-même, il se rappelait les paroles de sa grand-mère de cœur et repartait de l'avant. Si elle croyait en lui, si le trio des mousquetaires croyaient en lui, alors il n'avait pas le choix que de continuer.

Ses pas le guidèrent jusqu'à Cramois'île, un lieu isolé mais qui convenait parfaitement pour cacher un être aussi important. Keldeo essaya de se montrer le plus discret possible, évitant au maximum les humains qui ne manqueraient pas de lui demander d'où il venait. Se faire passer pour un pêcheur ou un explorateur lui paraissait bien difficile. Lors de sa recherche, il tomba sur un très grand manoir qui avait l'air totalement délabré. Sa curiosité lui commanda d'entrer à l'intérieur. Sans frapper ni même s'annoncer, il pénétra dans les lieux. Keldeo frissonna car l'intérieur semblait immense. Y avait-il des pokémons spectres dans le secteur ? Le dieu de l'espoir fit quelques pas dans le grand hall et sentit soudain un courant d'air froid. Quelqu'un d'autre se trouvait-là, une puissante énergie. Un légendaire ? Il avait oublié de demander s'il y avait un dieu sur cette île et en fouillant dans ses souvenirs, il n'arrivait pas à se rappeler de cette information. Peut-être qu'il venait de rentrer par effraction sur la propriété d'un être plus puissant que lui ? Oh…

« Bonjour, il y a quelqu'un ? »

A peine avait-il prononcé ces paroles qu'une foule de caninos et quelques nosferaptis sortirent de tous les coins pour venir à sa rencontre. Aucun n'avait l'air particulièrement amical. Keldeo garda sa forme humaine pour le moment, mais se prépara à se défendre. Soudain, une figure humaine apparut, mais ce n'était pas un humain. Tout de noir vêtu, une énergie incroyable émanait de sa personne. Alors, Keldeo sut qui était le maître des lieux : Mewtwo, le dieu des humains, un être terriblement puissant. Et le dieu de l'espoir était rentré chez lui sans permission. Double oh…

« - Que fais-tu ici ? gronda Mewtwo.

- Ah bonjour, désolée, je ne savais pas que tu vivais ci.

- Que fais-tu ici ? Et qui es-tu ? »

Cette deuxième question était plus facile. Plutôt que de répondre, Keldeo prit sa forme légendaire, espérant qu'elle calmerait son hôte imprévu. Ce dernier l'observa attentivement, comme s'il essayait de regarder dans les tréfonds de son âme. De toute évidence, il ne recevait pas beaucoup de visite, en tout cas, rien d'aussi inattendu. Le dieu de l'espoir reprit finalement sa forme humaine, pensant que ce serait plus facile puisque Mewtwo la conservait lui-même.

« - Comme tu l'as vu, je suis Kel…

- Le dieu de l'espoir, j'ai compris. Cela ne me dit pas ce que tu fais ici.

- Je suis à la recherche de l'élu de la prophétie d'Arceus. »

Un éclair de colère passa dans les yeux de Mewtwo et Keldeo comprit qu'il était au bon endroit. Alors, sans attendre, il raconta son histoire avec une sincérité qui le dépassait, de son entraînement à l'ordre de Cobaltium et Kyurem de partir à la recherche de l'élu afin de l'aider à trouver l'épée d'Arceus. Les justifications lui paraissaient bien fade mais il n'en manqua pas une seule. Après tout, la moindre information pouvait l'aider à se justifier. Mewtwo l'écouta attentivement, sans l'interrompre, le regard inquisiteur. Autour, les pokémons ne bougeaient pas d'un poil. Ils attendaient probablement les ordres de leur maître.

« - Kyurem… Pour quel camp est-elle ?

- Elle est… pour Rayquaza je crois.

- Quelle prophétie ? gronda froidement Mewtwo.

- Celle où l'élu est un sauveur. »

Pour cette réponse, Keldeo était beaucoup plus sûr. Il n'avait pas intérêt à se tromper car de ses paroles dépendraient toute la suite de son aventure. Le dieu des humains réfléchissait profondément et des rides apparurent sur son front. L'agressivité parut disparaître de l'atmosphère. Mewtwo comprenait que le temps était venu : la guerre approchait et il était temps que Diamant parte à la rencontre de son destin. Cela lui paraissait bien trop tôt. Et pourquoi laisserait-il le dieu de l'espoir partir avec son fils ? Pourtant, avec la prophétie, cela paraissait logique. Ce qui faisait peur au maître de Crasmois'ile, c'était que si Keldeo avait pu remonter jusqu'à lui, d'autres le pouvaient certainement aussi. Une peur profonde s'empara de lui et il dut se concentrer pour reprendre le contrôle. Maintenant, il n'avait plus le choix, l'heure était arrivée.

« - Je vois… L'espoir a finit par venir nous rendre visite.

- Alors… C'est vraiment ici qu'est l'élu ? s'exclama Keldeo.

- Comment as-tu réussi à venir jusqu'ici ? A remonter la piste ?

- Dame Kyurem m'a guidé jusqu'à Kanto, à cause d'un événement climatique survenu il y a quelques années et qui correspondait à la prophétie. Elle fait attention à cela.

- Suicune, songea Mewtwo, se gardant de le dire à haute voix.

- Et ensuite, j'ai suivi mon instinct… mais personne ne m'a suivi ! J'ai été discret.

- Je veux bien te croire, admit Mewtwo. Si tu avais été suivi, nous le saurions déjà.

- Et donc, est-ce que je peux…

- Viens avec moi. Je vais te présenter à mon… Je vais te présenter Diamant. »

Mewtwo sembla vieillir de plusieurs années d'un coup et Keldeo aurait ressenti de la tristesse pour lui s'il n'avait pas eu autant d'excitation en lui. Il avait réussi : il avait retrouvé l'élu… Enfin, en tout cas, celui que Mewtwo pensait être l'élu. Pendant un instant, il eut un doute. Et si ce n'était qu'une erreur ? Si Kyurem s'était trompée dans ses calculs ? Comment être certain ? En suivant le dieu des humains vers le fond du manoir, de nombreuses questions tournaient en boucle dans sa tête.

« Diamant, je dois te présenter quelqu'un. »

Tous les doutes de Keldeo s'envolèrent quand il rencontra Diamant. Le jeune élu ressemblait à un humain parfaitement normal, en train de s'entraîner à l'épée. Pourtant, de cet être se dégageait une douce aura qui donnait envie de devenir son ami, de l'apprécier immédiatement. D'apparence physique, le dieu de l'espoir et le protégé de Mewtwo paraissaient avoir le même âge. Aucun doute, c'était bien lui. Keldeo avait les larmes aux yeux tandis que le regard de Diamant croisait le sien, avec une pureté qui n'était pas de ce monde, une innocence qui pouvait sauver le monde. Cette rencontre marquait le début d'une belle aventure.

« Si je suis né, c'est pour te rencontrer. »


Au milieu de la nuit, Keith s'éveilla en sursaut. Il écoutait les bruits de la ville, la respiration encore lourde car le sommeil ne l'avait pas totalement déserté. La ville semblait calme, rien d'inattendu n'était audible. Pourtant, il y avait dans l'air une odeur étrange qui le faisait tiquer. En se levant de son lit, il essaya d'analyser ce qu'il ressentait, les sens encore engourdis. Soudain, il comprit : il y avait une légère odeur de poudre. Subitement, le maire fut totalement réveillé et il se prépara en urgence, s'habillant avec tout ce qui lui tombait sous la main. Son lackmécygne se réveilla à son tour et suivit son dresseur alors que celui-ci sortait en trombe de chez lui.

Dehors, la ville était en apparence calme, mais vers le Sud, de l'agitation se faisait sentir, ainsi qu'une sombre fumée. De nombreux habitants étaient sortis de chez eux en panique, certains étaient encore en tenue de nuit. Keith tenta de les rassurer même s'il ne savait pas ce qu'il se passait exactement. Le maire essaya de rassembler tout le monde, tout en cherchant le légendaire des lieux. Meloetta apparut soudain, sous sa forme humaine. Elle avait l'air fatigué, comme si elle n'avait pas dormi du tout. Keith s'avança rapidement vers elle, ravi de la voir.

« - Meloetta, tu sais ce qui se passe ?

- Un grand groupe arrive du Sud. Je crois que… C'est cela dont Victiny nous a parlé l'autre jour.

- Tu crois qu'ils ont des intentions pacifiques ?

- Je n'en sais rien. Je n'ai toujours aucune nouvelle de Genesect.

- Oh… Je vais emmener les habitants au Rêve.

- Cela me parait sage. Emmène d'abord les personnes âgées et les enfants. Je me charge d'attendre nos visiteurs et de voir ce qu'ils veulent.

- Meloetta… Sois prudente s'il te plaît…

- Ne t'en fais pas, Keith. Je n'ai aucun ennemi, tu le sais bien. »

Son sourire donnait envie de la croire. Pourtant, le maire ne put s'empêcher de voir la lueur de peur tapie au fond de son regard. La déesse ne voulait pas l'inquiéter mais elle n'était pas totalement rassurée. Alors que des ombres se rapprochaient d'Ogoesse, Keith se concentra sur sa mission : rassembler le maximum de personnes au Rêve. Ce serait plus sage, le temps que la situation se calme. L'homme était certain que tout irait vite mieux, en tout cas, il se forçait à y croire. Son lacmécygne ne le quittait pas d'une semelle.

Meloetta se rendit à l'entrée Sud de la ville, à la rencontre des nouveaux venus. La déesse conservait sa forme humaine, se donnant l'air aussi grande et importante que possible. Elle ignorait qui venait lui rendre visite, mais elle ne comptait pas se laisser intimider. De toute façon, elle croyait vraiment ses propres paroles. La légendaire du chant ne possédait aucun ennemi, personne dans l'entièreté du monde ne la détestait. Cette certitude était ancrée en elle avec une force insoupçonnée. Un sourire forcé fleurit sur ses lèvres, pour donner du courage aux pauvres humains hébétés autour d'elle, qui ne comprenaient rien à la situation.

« Tout ira bien. Ils ne font que passer et ils sont un peu bruyants… »

Quand le groupe se présenta devant-elle, Meloetta ne put s'empêcher de douter. Il s'agissait d'une immense cohorte d'humains et de pokémons, aucun n'ayant l'air très amical. Les humains portaient des vêtements dignes d'une véritable armée et les pokémons semblaient agressifs. Que venaient-ils faire ici ? Que voulaient-ils ? La déesse regretta de n'avoir pas pris des nouvelles de Genesect. Victiny avait peut-être raison… Son côté positif balaya les sombres pensées, décidant que ce n'était peut-être qu'un quiproquo, il ne fallait pas juger ces visiteurs trop vite. Plus tard, cette pensée lui parut bien naïve mais elle s'y accrocha sur le coup.

Celui qui devait être le chef de tous ses gens s'approcha d'elle d'une démarche affirmée. Meloetta avait l'impression de l'avoir déjà vu quelque part, sans parvenir à le resituer. Sa longue crinière bleue, son regard profond, le charisme qui se dégageait de lui, ses cicatrices, la déesse pensait l'avoir déjà vu. Dans sa main, il tenait un objet qu'elle ne reconnaissait pas, une forme longue vaguement semblable à une leur violette. Pourquoi en émanait-il une sensation de danger ? Et pourquoi une sorte de brouillard malsain cachait le grand groupe, comme s'il était constitué d'une énergie avec une volonté propre ? De trop nombreuses questions tournoyaient dans son esprit et toute sa bonne volonté ne parvenait pas à cacher son inquiétude.

« - Bonjour, lança-t-elle avec une voix joyeuse. Qui êtes-vous ?

- Bonjour. Vous devez être la déesse du chant, dame Meloetta.

- Exact. Mais je n'ai pas l'honneur de vous connaître.

- Je me nomme Scar et je viens de Kalos avec mes hommes… pour vous rencontrer.

- Vous avez fait tout ce chemin uniquement pour me rencontrer ? s'étonna-t-elle.

- Pas exactement. Il y a quelqu'un parmi nous qui veut vous rencontrer plus que n'importe qui.

- Bonjour Meloetta. »

Cette voix surgit d'outre-tombe refroidit aussitôt l'atmosphère et figea la déesse. Elle la connaissait mais elle ne voulait pas y croire. Pourtant, elle avait entendu les rumeurs, elle connaissait les légendes, elle était présente à Rosalia pour la fête du printemps. Le brouillard prit une teinte spectrale et parut se regrouper juste au-dessus de la tête de Scar. Ce dernier semblait inexpressif, comme possédé, pendant qu'au-dessus de lui, une ombre se formait et prenait une forme légendaire que Meloetta ne pouvait pas ignorer. C'était le dieu de l'autre-monde.

« - Giratina, souffla-t-elle, choquée.

- Je vois que tu me reconnais. Cela va faciliter les présentations.

- Mais tu es… Tu as été banni par Arceus ! Tu n'es pas…

- Dans ce monde ? Bien observé, je ne suis pas encore totalement revenu mais cela ne saurait tarder. Pour cela, j'ai besoin de ton pouvoir.

- Mon… mon pouvoir ? bégaya-t-elle.

- On raconte que ton chant peut décupler les pouvoirs des pokémons… et des dieux. »

Toutes ses pensées positives s'évanouirent. Alors, c'était donc la raison de la venue de ce groupe et de Giratina en personne : ses pouvoirs. Meloetta connaissait ses compétences mais elle n'aimait pas les utiliser. Le chant représentait un art pour elle, un moyen de partager joie et bonheur avec les autres, pas une technique de combat. Le dieu de l'autre-monde venait de lui rappeler ce qu'elle aimait tant oublier. Un court instant, son esprit se demande pourquoi il y avait eu de la fumée au Sud il y a quelques temps, mais le rire de Giratina la ramena dans le monde réel.

« - Alors, veux-tu te joindre à moi… ou veux-tu suivre la voie de ton collègue Genesect ?

- Genesect… Que lui as-tu fait ?

- Oh, tu ne subiras pas exactement le même sort, parce que contrairement à lui, tu as un pouvoir utile… Mais crois-moi que cela n'irait pas dans ton sens.

- Je… Je ne peux pas. Je ne veux pas être utilisée dans cette guerre.

- Quel dommage. Vraiment ?

- Tu n'auras pas mes pouvoirs, Giratina. Je suis désolée.

- Oh non, Meloetta… C'est moi qui suis désolé… pour toi. »

Alors, Scar brandit la fleur et tira sur un bâtiment. Un faisceau d'énergie lumineux jaillit de l'objet et détruisit sa cible. Le point d'impact explosa littéralement en mille morceaux et les alentours prirent feux. Des humains couraient partout en hurlant de terreur et des pokémons glapissaient, des bruits qui faisaient froid dans le dos. Le sang de Meloetta ne fit qu'un tour. Giratina ne ferait pas de mal à sa ville, il n'en avait pas le droit. D'un mouvement de sa chevelure rousse, elle prit sa forme légendaire, vive et légère, flottant au-dessus du sol, le regard empli de colère.

« - Giratina ! Je t'interdis de toucher à ma ville !

- Alors vas-y, la menaça-t-il. Empêche-moi ! »

Un sentiment de fureur s'empara de Meloetta et elle se jeta sur la forme spectrale de Giratina. Riant, il créa un trou dans sa substance et la laissa s'écraser au sol. L'humiliation était totale. Pendant ce temps, les étrangers s'élancèrent à l'assaut du village. Certains villageois essayèrent de se défendre mais ils n'étaient pas préparés et en un rien de temps, Ogoesse se transforma en un bain de sang. La déesse se releva avec un cri de fureur et attaqua à nouveau. Elle passa encore à travers Giratina, parvenant à peine à l'ébranler. Giratina occupait toute son attention et elle ne vit pas Scar étudier les lieux, elle ne vit pas son regard se poser sur l'entrée du Rêve où de nombreux habitants s'engouffraient en panique. Avec la majorité de ses hommes, le maire d'Illumis s'élança dans cette direction et Meloetta s'en rendit compte bien tard.

« NON ! Pas mon Rêve ! »

Une capacité psy toucha cette fois Giratina qui gronda malgré sa forme spectrale et la déesse fonça en direction du Rêve, laissant son ennemi en arrière. Elle se morigénait d'être aussi lente. Cela faisait déjà quelques minutes que Scar était entré dans le Rêve, Giratina l'avait retenu bien trop longtemps. Elle espérait qu'il était encore temps. Des hurlements glaçants la firent accélérer alors qu'elle traversait sa ville à feu et à sang pour pénétrer dans le Rêve.

« Un jour, nous partagerons notre rêve avec les autres. »

C'était un véritable cauchemar. Partout, des corps gisaient, pokémons et humains mélangés, peu importait l'âge. Le massacre avait été total et pourquoi ? Pourquoi ? Parce qu'elle avait refusé l'offre du dieu de l'autre-monde. Parce qu'elle avait eu le malheur de s'opposer à lui. Sa joie de vivre sombra dans les ténèbres mais elle se refusait de hurler. La déesse devait faire fuir les intrus, révéler sa force pour défendre sa ville et son Rêve. Alors qu'elle allait envoyer une nouvelle attaque sur ses adversaires, la forme spectrale de Giratina apparut juste derrière elle.

« - C'est donc ça ton rêve ? Affligeant…

- Pourquoi ? s'écria-t-elle en se retournant. Pourquoi me prends-tu mon rêve ?

- Peut-être parce que moi, on a piétiné le mien. »

Meloetta essaya de la dissiper en usant d'une charge psy, puis se retourna à nouveau. Au milieu de la scène, elle vit Keith se battre avec courage pour défendre le Rêve contre les intrus, pour sauver ses citoyens. Elle l'aimait tellement son maire, il avait toujours été présent pour elle. Lui avait-elle dit assez à quel point elle l'aimait ? Soudain, elle vit Scar pointer son arme mortelle en direction de l'homme, à une distance beaucoup trop courte pour qu'il soit envisageable d'esquiver.

« - Admire, souffla Giratina. Admire la fin de ton rêve.

- NON ! KEITH ! »

Le faisceau de lumière partit, transperçant Keith en plein dans la poitrine. Il eut juste le temps de croiser le regard de Meloetta une dernière fois, puis le monde explosa en un déluge de flammes. Alors qu'elle sombrait dans les ténèbres, Meloetta hurlait, d'une voix qui ne paraissait pas être la sienne, tandis que son cœur se brisait en un milliard de morceaux.

Ainsi, le Rêve devint les Vestiges du Rêve et depuis ce jour, personne ne réussit à reconstruire la moindre chose sur cet endroit. Cipher qui avait assisté à la bataille le confirmera plus tard. Pour le moment, il s'avança vers la déesse légendaire qui gisait au sol, inconsciente, sous sa forma légendaire. Elle avait l'air si petite et si fragile. Cipher émit un souffle de mépris et se retourna vers Giratina, attendant les ordres de sa forme spectrale.

« - Alors chef, la suite des opérations ?

- Emmène-la avec toi. Nous allons essayer d'utiliser ses pouvoirs maintenant.

- Comment comptez-vous faire ça ?

- Nous trouverons bien un moyen. Je te laisse carte blanche.

- Quelle confiance, murmura Cipher.

- Et ensuite… peut-être que nous pourrons passer du temps ensemble. »

Ce n'était probablement qu'un mensonge comme Giratina savait si bien le faire. Toutefois, Cipher ne put s'empêcher d'être intéressé. Il inclina la tête avec un respect non feint et ramassa la pauvre déesse du chant qui n'avait probablement plus rien à attendre de son avenir.