Chapitre 42
Pour ce deuxième jour, on a décidé de sortir le grand jeu à nos amis de Uagadou. Il fait merveilleusement beau, le ciel est dégagé et pour le mois de Mars, la température est agréable… une journée parfaite pour un tour en montgolfière magique, en somme !
Nous avons traversé tout le Massachusetts depuis le Mont Greylock où est perchée notre belle école d'Ilvermony jusqu'à Salem, pour profiter des splendides étendues vertes de notre région. Ici, on a tendance à oublier qu'on se trouve si loin de Salem et de Boston où nous passons le plus clair de nos soirées -surtout Moh et moi qui y avons notre appart- puisque nous y allons en transplanant, ce qui n'est l'affaire d'une seconde, mais en réalité nous sommes à près de 250 km ! C'est fou quand on y pense…
Mais aux alentours d'Ilvermony, il n'y a quasiment rien ou presque. Boston est de loin la plus grande ville du coin, quant à Salem… eh bien, ça se passe d'explication, c'est la ville des sorcières !
Il s'y trouve même une autre école de sorcellerie qui s'appelle l'Institut de Salem, qui est exclusivement pour les filles… et quelque peu spéciale. A l'époque où j'étais élève à Ilvermony, c'était un véritable défi pour les garçons d'essayer de séduire une fille de l'Institut à cause de leur uniforme austère, du fait qu'on disait qu'elles étaient les descendantes des sorcières pendues de Salem et qu'elles restaient toujours entre elles, à l'écart.
"C'est vraiment magnifique, admira Oriag à mes côtés. Tant de vert…
-Oui, c'est vrai, apprécié-je. Je viens du sud de la Californie, et on n'a pas ça chez nous…
-Et là-bas, c'est Boston," lui indique Valérian en tendant le bras.
Le ciel jaunit alors que le soleil commence doucement sa descente et déjà les lumières de Boston étincellent à l'horizon, plus brillantes que l'astre solaire. La ribambelle de montgolfières aux ballons multicolores flottent tout autour de nous et j'immortalise la scène de mon appareil photo en martelant le déclencheur. La scène est vraiment féérique.
Dans notre montgolfière, il y a Valérian, Oriag, moi et cinq élèves qui ont tout juste la taille pour certains pour voir par-dessus le bastingage. Sun d'ailleurs n'arrête pas d'essayer de l'escalader pour mieux voir mais Valérian n'a de cesse de la garder au sol. Je fais coucou à Sib et Murdock qui sont dans une autre mongolfière rouge, et je les prends eux aussi en photo. Ils seront heureux de l'avoir en souvenir !
"On va bientôt arriver à Salem, hein ? demande Camilia, toujours un peu verdâtre depuis la dernière fois qu'elle a vomi, C'est plus trop loin ?
-Non, ne t'en fais pas, la rassure Valérian, encore une petite dizaine de minutes. Les montgolfières sont très rapides.
-Pas assez…, grommelle-t-elle avec un haut le cœur.
-Et si on prenait une photo de groupe ?" proposé-je à la cantonade.
Tous les élèves s'enthousiasment à cette idée, même Camilia et commencent déjà à se rassembler, en se disputant sur l'agencement du groupe tandis que Valérian et Oriag essayent de calmer le jeu. Je lance le minuteur puis un sortilège pour faire léviter l'appareil photo et tandis que les enfants se placent en rang d'oignon devant nous et Valérian passe un bras autour de mes épaules.
"Dites Ilvermony ! chanté-je.
-ILVERMONYYYY !"
–
Les mongolfières atterrissent une après l'autre pour nous déposer avant de disparaître et ce qui est bien à Salem c'est que nous sommes protégés par un enchantement. Les moldus ne remarquent aucun de nos agissements sorciers ! Les élèves de Uagadou font la queue pour qu'on les prenne tour à tour avec la statue que les moldus ont dédiée à leur série télévisée ma sorcière bien-aimée. Et à raison, elle est très chouette, cette statue ! C'est une sorcière assise élégamment sur son balais magique juste devant un croissant de lune. Moi-même, la première fois que je l'ai vu avec Moh, notre première réaction a été de prendre un selfie !
Des touristes passent derrière nous suivant un guide qui les éclaire à la lanterne même s'il fait encore clair en dépit du soleil qui continue à se coucher.
"Les moldus sont fascinés par l'histoire des procès des sorcières qui se sont déroulés ici, leur explique Sib tandis qu'un petit foufou s'amuse à essayer de s'asseoir à côté de la sorcière sur son balai statuesque, même s'ils ne croient pas en notre existence, bien entendu…
-Walli ! Descends de là !" le dispute Isma.
On reprend notre balade en passant devant le Hamilton Hall. Un grand bâtiment rouge brique, emblématique à Salem.
"Ce bâtiment tient son nom d'Alexander Hamilton, explique Sib, l'un des pères fondateurs des Etats Unis et a été construit par les plus grandes familles de Salem de l'époque.
-Vous aimez en parler, de vos pères fondateurs, vous autres américains…, remarque cyniquement Jaël.
-Biieeeeen…, fais-je avec emphase pour couper Murdock qui s'apprêtait à sortir les crocs, qui a envie de monter sur le célèbre bateau mythique The Friendship of Salem ?!
-C'est un bateau de pirates où ya eu des morts et des trésors ? demande Timothée.
-Il est hanté ?" poursuit Gladys avec jubilation.
Ces deux-là se placent devant moi la bouche en cœur, des paillettes dans les yeux et je me dis qu'ils ont beau avoir un esprit maléfique, ça fait chaud au cœur de les voir si excités pour quelque chose.
"Bah, c'est presque ça, prétendé-je.
-C'est un navire marchand, me trahit Valérian.
-Tout pourri, fait Gladys en se détournant.
-Pff, c'est trop naze !" se plaint Timothée.
A mes côtés, Valérian hausse des épaules et se justifie :
"Il peut toujours être hanté."
–
"Ce que vous voyez au loin, c'est l'île Winter où l'on ira se promener demain, leur expose Sib. Il s'y trouve un parc naturel, un musée et le Fort Pickering que vous pouvez peut-être voir sur la droite même s'il est tout petit vu d'ici.
-C'est vrai que le bateau est hanté ? demande Sun, cramponnée à Camilia qui n'en mène pas plus large.
-Mais non, la rassuré-je, rappelez-vous ce qu'on a dit avec Mr Kello'han, ce n'est rien qu'un bateau marchand !
-Oui, mais Mr Murdock, il a dit qu'y avait eu pleins de morts ici quand il a été capturé par les anglais, nous rapporte Camilia. Et Gladys, elle a dit qu'elle avait vu un fantôme lui tirer la langue !"
On se retourne Sib et moi vers Murdock qui est entouré de la très grande majorité des élèves alors qu'il met en scène un combat à l'épée particulièrement violent et sanglant en courant de part et d'autre du pont.
"Et Timothée, il a dit que vous avez dit qu'il était hanté, ce bateau ! m'accuse Sun d'une moue terrorisée.
-J'ai dit "presque" ! me défendé-je. Et les fantômes ne tirent pas la langue, Camilia, ils sont très bien élevés, pour la plupart.
-BOUAAAH !"
Les deux fillettes et moi-même crions notre peur en faisant un gigantesque bond après que Gladys soit sortie de nulle part en beuglant pour nous coller la trousse. Je me suis raccrochée d'instinct au bras de Sib qui, pour sa part, passe un très bon moment, tout à fait hilare, et je regarde Gladys pourchasser Camilia et Sun qui s'enfuient comme si elles avaient la mort aux trousses.
"Quelle petite peste…, maugréé-je.
-T'as bien failli nous faire passer par-dessus bord !" remarque Sib en continuant de rire.
C'est vrai que ce n'est pas passé loin. Je lâche son bras en me mettant moi aussi à rire et on s'en va un peu plus loin s'asseoir toutes les deux sur un des bancs du pont. Tous les élèves sont désormais du côté des autres professeurs à suivre avec fascination le spectacle que Murdock leur offre avec sa grande générosité.
"Il devrait faire du théâtre ! pensé-je.
-Oui, c'est vrai qu'il a le sens du spectacle…"
Sib a un petit sourire attendri au visage et je penche la tête en la regardant, amusée de la voir si piquée d'amour pour notre demi-nain national.
"Ca va mieux, alors, entre vous ?"
Elle est prise de court par ma question subite et son sourire tombe lentement. Oh non… je pensais, en voyant le froid qui s'était momentanément instauré entre eux disparaître comme il était venu, que tout était retourné à la normale mais la tristesse que je lis dans les yeux de Sib m'apprend le contraire.
"C'est pas que ça ne va pas…, élude-t-elle en baissant les yeux sur ses genoux, c'est juste moi qui me pose des questions.
-Quelles questions ?"
Elle soupire avant de lever les yeux sur le ciel qui s'assombrit et où la lune vient remplacer le soleil, et c'est comme si elle cherchait les réponses parmi les étoiles qui ne sont pas encore là.
"Mille questions ? tente-t-elle avec un petit rire embêté.
-Elles viennent souvent à la douzaine…
-Oui, l'une d'elle en entraîne souvent une autre et ainsi de suite."
Son regard revient vers moi et je lui souris doucement pour lui partager tout mon soutien, espérant l'aider autant que possible même si c'est silencieusement. Quelques secondes de silence passent avant qu'elle n'élabore :
"Je ne sais pas s'il se sent prêt pour une relation durable, ou même s'il en a envie…
-Qu'est-ce qui te fait dire ça ? me chagriné-je.
-Avant moi, je crois bien qu'il a eu que des relations disons…. libres ? sans attache ? Et si ça lui manquait, cette liberté ? me demande-t-elle avec une sorte de désespoir dans les yeux qui me fend le cœur. Je ne sais pas trop…
-C'est à cause d'Oriag ?
-Oui et non. Juste… je suis un peu perdue, je crois."
Je l'enlace, passant un bras autour d'elle tout en posant mon menton contre son épaule et elle appuie sa joue contre ma tête. Je l'entends expirer longuement, je ressens sa détresse et sa confusion, et essayant de les chasser au loin, je cherche les meilleurs mots pour la rassurer.
"C'est normal de se poser des questions et de pas être sûre de tout, assuré-je. Vous n'êtes qu'au début de votre histoire, c'est tout nouveau pour vous deux et vous avez plein de choses à découvrir ensemble !"
Devant mon optimisme, elle tourne la tête vers moi comme pour confirmer que je pense ce que je dis et je détache la mienne de son épaule pour lui présenter un grand sourire qui déclenche l'un des siens. Voilà qui est mieux !
"Et dans tous les cas, je serai là pour t'accompagner dans les hauts et dans les bas, promis-je en levant la main solennellement. Serment de pirate ! On est pas sur le Friendship of Salem pour rien !
-C'est vrai…, approuve Sib en se rappelant du nom du bateau sur lequel nous nous trouvons. Même si, on ne le répétera jamais assez, ce n'est pas un bateau de pirate…
-C'est un détail !"
Cette histoire de bateau marchand, non, décidément, je n'accroche pas…
–
"Et ça, c'est la constellation de Gémeaux ! informé-je après avoir calibré le télescope. On la voit vraiment bien à cette saison."
Valérian place son œil au bout du télescope et il a réellement l'air captivé par ce qu'il voit dans le ciel. Je voulais lui partager un peu ma passion, donc nous sommes restés après les cours pour profiter du matériel de l'école qui est d'une qualité exceptionnelle.
"C'est vraiment magnifique, remarque-t-il.
-On a de la chance que le ciel soit aussi dégagé ! Et peut-être qu'on aura encore plus de chance et qu'on verra des étoiles filantes !"
Il détache son œil du télescope pour sourire devant mon enthousiasme et il me confie avec sincérité :
"C'est déjà bien assez beau. En plus, on a tout le temps pour voir des étoiles filantes."
Un instant subjuguée par le sens de cette phrase, je dois me secouer pour revenir sur la terre ferme et j'acquiesce. C'est en tout cas le vœu que je ferai si l'une d'elle filait devant nous, ce soir ; que l'on en voit des milliers d'autres dispersées sur d'innombrables nuits aussi belles que celle-ci.
Alors qu'il retourne au spectacle que nous prodigue gracieusement la voûte céleste, je réalise à quel point je me suis attachée à lui et que le phénomène s'est produit en un éclair. C'est effrayant, quand même, ma faculté à aimer les autres aussi vite… quand, pour la plupart, ils traversent ma vie aussi vite que les étoiles filantes apparaissent dans notre champ de vision pour disparaître. Si vite qu'un clignement d'œil suffit à les manquer.
S'apercevant sûrement de mon silence, il m'adresse un coup d'oeil en biais et je reprends aussitôt :
"Oh, et il y aussi la constellation du Taureau que tu peux voir ! Attends, je vais te la trouver… Tu es de quel signe astrologique ?
-Balance.
-Oh, je suis Sagittaire, moi ! rebondis-je avant d'adopter une mine conspiratrice, Je crois bien qu'on est très compatibles si on se fie aux étoiles…
-Ah oui ?"
Son sourire se cale dans le coin droit de ses jolies lèvres tandis que ses yeux pétillent et je précise :
"Absolument. Tu es un signe d'air, et je suis un signe de feu. Quoi de plus compatible ?
-Je n'ai jamais cru à l'astrologie, m'apprend-il alors que son sourire s'accentue, mais ce n'est peut-être pas si absurde, en définitive…"
Je l'invite à regarder de nouveau à travers le télescope pour contempler les jolies pinces de la constellation du Taureau et il obtempère aussitôt.
Tout ce que j'espère c'est qu'il ne disparaîtra pas comme une étoile filante.
–
"Mais c'est trop dur, cette merde ! s'énerve Murdock en jetant presque la carabine sur le comptoir. Ils sont débiles, ces moldus !"
Le gérant du stand ouvre de grands yeux incrédules face à ce dernier mot mais voyant l'état de contrariété dans lequel se trouve mon ami, il préfère ne rien dire. Ca fait trois fois que Murdock essaye de toucher suffisamment de ballons pour remporter une peluche digne de ce nom mais pour l'instant, on a gagné un pistolet à eau, une peluche canard qui fait coin-coin quand on appuie dessus et une boite à meuh.
"Tu prends trop de temps pour viser, lui expliqué-je, du coup, tu te mets à trembler et…
-C'est de l'arnaque, c'est tout !
-Eho, eho, mon p'tit, qui tu traites d'arnaqueur, ici ?! se vexe le forrain.
-Mon p'tit ?! s'époumonne Murdock en tâtant ses poches, elle est où ma baguette que je lui apprenne les bonnes…
-Ahah ! mimiqué-je en rire en retenant Murdock des deux mains avant de me tourner vers le forain, on revient plus tard !"
L'homme bougonne et nous fait un geste de la main qui signifie très explicitement "Bon vent !" tandis que j'entraine Murdock un peu plus loin pour aller lui payer un hot-dog, histoire de l'aider à se remettre de sa frustration.
Quelques minutes plus tard, nous sommes assis sur une table et alors que je pioche fritte après fritte dans ma barquette, Murdock machonne de mauvaise humeur son hot-dog.
"Ne t'inquiète pas, on va gagner une peluche incroyable à Sib, lui promis-je.
-Mouais… de toute façon, c'est pas comme si ça arrangera quoique ce soit…"
Sa réflexion morose me fait de la peine et je le regarde, penaude. C'est si triste de les voir tout aussi perdus et déprimés l'un que l'autre quand il est question de leur situation actuelle entre eux, et même si je ne comprends pas précisément quels sont les problèmes, j'aimerais pouvoir tout arranger pour eux. Je sais à quel point ils en souffrent chacun de leur côté, et j'ai l'impression qu'ils voudraient que les choses aillent mieux mais qu'ils ne savent pas comment faire.
Murdock remarque ma mine dépitée, et il lâche :
"J'imagine qu'elle t'a raconté…
-Non, répondé-je, pas vraiment…
-Si je te le dis, tu vas trouver que je suis un con.
-Non, Murdock ! juré-je. Je vais pas te juger."
Il hésite un instant en prenant une grosse bouchée et commence alors son récit alors qu'une bande d'ados passent en courant pour arriver à temps pour le prochain tour d'un manège à sensation aux lumières néons bleus et roses.
"On était chez elle et… je ne me rappelle plus bien de la conversation mais elle m'a proposé l'un de ses tiroirs.
-Un tiroir ? repris-je sans comprendre.
-Ouais, qu'elle le viderait pour que je puisse y mettre mes fringues, ou quelque chose comme ça. C'était juste pour m'arranger mais sur le moment, ça m'a… oppressé. J'ai ressenti comme de la panique et j'ai réagi comme un con. C'était pas contre elle, crois-moi, m'assure-t-il, mais elle l'a sans doute pris comme ça. Ouais, ça a dû la blesser. En tout cas, ça a brisé quelque chose entre nous."
Il reste songeur, un peu sombrement, et je continue à manger mes frites, compatissante. Il me jette un coup d'œil et je lui souris doucement pour le réconforter du mieux que je peux.
"Je pense pas que y'ait quoique ce soit de brisé, réfuté-je, mais elle a peut-être besoin d'être rassurée.
-Sauf que je sais pas comment faire ça, avoue-t-il, je sais pas comment la rassurer. Non, c'est vrai, j'suis pas prêt pour emménager avec elle et si je lui dis, j'ai peur qu'elle croit que c'est parce que je suis pas sérieux avec elle, alors que c'est pas le cas.
-Elle t'a juste proposé un tiroir, nuancé-je, pas d'emménager ensemble. C'est juste toi qui l'as compris comme ça. Si ça se trouve, elle non plus, elle n'est pas prête pour ça ! Et si tout ça, c'était juste un malentendu ?"
Il reste, pensif, à étudier mes propositions et je mange mes dernières frites avant de m'hydrater la gorge à grandes vagues de coca. Murdock décide tout à coup d'enfourner le reste de son hot-dog dans la bouche et frappe un grand coup la table de son poing avant de se lever comme un soldat prêt au combat.
"Bon, Nanak, tu vas me la gagner cette peluche géante ou pas ?!
-OUI, CHEF !"
Et je me lève d'un bond tandis qu'on se dirige de nouveau vers le stand où le forain nous accueille avec résignation. Ce dernier tend la carabine à Murdock après qu'il ait payé une nouvelle partie mais il pointe son index sur moi.
"Cette fois-ci, c'est la mistinguette qui va tirer, les enjeux sont trop importants. Nanak, je compte sur toi.
-J'vais pas te décevoir.
-Y'a plutôt intérêt."
Je fais des moulinets de mes épaules et fais craquer mon cou avant de me saisir de la carabine et de me mettre en position de tir. Je vise le premier ballon, et tire en plein dans le mille, celui-ci s'éclatant dans un pop qui réjouit Murdock. Puis, le deuxième, le troisième… à la fin de la rangée, Murdock bondit à chaque détonation en m'encourageant vivement, d'un grand "OUI! Comme ça, Nanak !" ou encore d'un "C'EST CA, TUE-LEEES". Je continue sur ma lancée avec l'âme d'un sniper allongé en plein cagnard sur le toit d'un building à moitié démoli et qui traque ses cibles du bout de sa lunette, et alors que je dégomme le dernier, Murdock m'attrappe les épaules pour me secouer comme un prunier et je souris largement, très fière de moi.
"Laquelle vous voulez ? nous demande le forain, mi-impressionné, mi-renfrogné.
-La pieuvre-là, tout en haut !" choisit Murdock.
Le forain décroche la pieuvre aux petites tentacules toutes mignonnes dont deux qui recouvrent sa bouille rougissante. Elle est tellement adorable, Sib va l'adorer !
Murdock s'en empare, l'arrachant des mains du forain, comme s'il lui dérobait un trésor férocement gardé, ce qui n'est pas si loin de la vérité ! Et alors qu'on s'en va tous deux, triomphants, avec notre trophé en notre possession, Murdock me fixe d'un oeil admiratif :
"Parfois, tu m'impressionnes, ma grande !
-Merciii, hihi.
-Dommage que ce soit pour des trucs nazes et inutiles."
J'aurais dû me douter que ça cachait quelque chose…
