Les ennuis commencent ?

« Hey ! »

Je me retournai, les excuses que j'avais préparées venant mourir sur mes lèvres. Ce n'était que Lily qui me courait après dans le couloir. Elle me rattrapa, essoufflée.

« Ben dis donc, quand tu marches, tu marches, toi ! Et je t'ai appelé trois fois avant que tu répondes. »

Elle me regarda, curieuse. Je lui répondis d'un grognement et attendit la suite.

« Aiden est d'accord pour te rencontrer. Comme on a une sortie à Pré-au-Lard demain, j'ai proposé un verre aux Trois Balais. Ça te convient ? »

« Parfait. »

Lily m'attrapa brusquement le bras et son sourire brillant me fit mal au cœur.

« Tu te rends compte ? Grâce à toi, je suis allée proposer un verre à Aiden ! C'est la première fois que je faisais ça … »

« Et quelles sensations ? »

Elle y pensa quelques secondes.

« Grisant. Tu sais, comme quand tu réalises quelque chose que tu attendais de pouvoir faire depuis longtemps. Et libérateur. Je crois … je crois même que je serai capable de lui demander plus ! »

Elle hocha la tête pour affirmer ses propos. Même si cela m'exaspérait, j'avais compris que la braquer n'était pas le meilleur moyen de faire marcher notre gentille fleur de Lys. Il valait mieux l'encourager à faire ses propres expériences parce qu'elle avait besoin de savoir par elle-même.

« Tant mieux. C'est une première étape. »

Donc j'avais décidé de ne pas combattre Aiden et de l'aider, même. Elle s'apercevrait toute seule que cet id… qu'il n'était pas le bon. Elle me lança un autre regard plus appuyé et très attentif à ma petite personne. Je pris l'air le plus dégagé possible.

« Au fait, jolie sortie hier au soir. Tu m'as presque fait peur. Je ne sais pas quand tu es rentré mais j'espère que ça va mieux. Les garçons étaient totalement déboussolés et n'ont parlé que de ça. Ils voulaient t'attendre, je crois, mais ils étaient trop fatigués. Alors ? »

« Alors rien. Quand je les croiserai, je m'expliquerai avec eux. Je ne les ai pas vus au petit déjeuner, donc on n'a pas pu discuter. Et comme je n'ai pas les mêmes cours qu'eux ce matin, ... »

Elle m'approuva et nos classes nous absorbèrent toute la matinée. Il est vrai qu'après ma sortie fracassante, je n'étais pas retourné au dortoir. Je m'étais réfugié dans nos appartements pour réfléchir. Allongé sur le confortable canapé, avec du café à volonté, j'avais repassé tous les événements dans ma tête, au calme. J'avais compris deux choses : ne pas brusquer Lily ; dégonfler vite fait les chevilles de James. Ça ne pourrait que les aider. J'allais donc rapidement m'atteler à cette tâche partielle avant de tenter quoi que ce soit d'autre. Et comme j'avais malgré tout besoin de la confiance des quatre gamins, je m'excuserais de mon comportement tout en n'en pensant pas moins. Je rejoignis la Grande Salle pour le déjeuner avec une certaine appréhension. Lily, toujours à mon côté, me serra le bras gentiment et me murmura des paroles d'encouragement. J'aperçus les quatre garçons et me dirigeai vers eux d'un pas hésitant. Je captai alors le regard confiant de Remus qui m'indiqua ma place d'un signe de tête. Je m'y glissais discrètement. Les trois autres ne m'avaient pas encore vu, absorbés par leur conversation sur le prochain match de Quidditch. Remus se racla la gorge.

« Les garçons, Jack est là. »

Sirius et James se retournèrent d'un bloc et m'examinèrent de la tête aux pieds sans un mot. Je leur souris et entamait ma nourriture. Pourvu que ces gosses aux hormones gonflées à bloc ne soient pas trop vexés. Quelle belle excuse, quand même les hormones ! Puis je vis une main s'agiter sous mon nez. Relevant la tête de mon assiette, je croisai les yeux perplexes de James.

« On t'a encore cherché une partie de la nuit, tu sais. Je sais pas où tu te caches, mais c'est introuvable ! Et pour hier au soir, c'est ok. » Sur un regard appuyé de Remus, il ajouta entre ses dents, « etpeutêtre, t'avaisraison ».

« Hein ? » Je savourai le fait de le faire répéter.

Sirius éclata de rire.

« On est d'accord avec toi, vieux. Même si c'est dur à admettre. En tout cas, faudra vraiment que tu nous dises ou tu disparais, parce que même la carte des Maraudeurs ne peut pas te détecter. »

Je fronçais les sourcils, la carte des maraudeurs ? Sirius venait de plaquer sa main sur sa bouche et les trois autres lui lancèrent un regard méchant.

« Oh, c'est bon, les mecs, relax ! Jack est avec nous, non ? Faudrait quand même qu'il commence à savoir quelques trucs sur nos p'tites vies. » La dernière phrase s'adressa plus particulièrement à Remus. Qui lui renvoya un avertissement silencieux.

« Bon, tout est cool, donc ? Tant mieux. Mais je tiens à m'excuser moi aussi. Je n'avais pas à m'énerver aussi facilement. C'était idiot. »

James haussa les épaules « Bah, parfois, ça fait du bien et ça remet les choses en place. Tu sais, on a réfléchi après. Peut être que c'est vrai. Lily, pour nous, elle fait un peu partie du paysage. » Je haussai un sourcil, amusé. James soupira de frustration. « Je m'exprime mal, mais tu vois ce que je veux dire, non ? »

« Oui. Un conseil, vieux, si tu vas t'excuser, ne lui sort pas qu'elle fait partie du paysage où elle t'arrache les yeux. »

Un silence interloqué suivit ma déclaration et un fou rire se propagea comme une traînée de poudre entre nous, bientôt rejoint par la majorité de la table, même s'ils ne savaient pas pourquoi ils riaient. Nous passâmes une après-midi complice, et rien n'entama notre bonne humeur, ni les sarcasmes des serpents, ni la retenue dont Sirius écopa avec Minerva pour avoir voulu un peu trop bavarder avec le rang derrière lui. Mais nous évitâmes soigneusement le sujet Lily. C'était encore trop sensible pour qu'il revienne sur le tapis.

Lorsque je m'éveillais le lendemain matin, ma première pensée fut que j'allais enfin rencontrer le fameux Aiden. La deuxième fut « oups, comment cacher ça aux maraudeurs ? » Je restai allongé quelques minutes, tournant et retournant le problème dans ma tête. Je savais qu'ils étaient décidés à profiter de leur sortie pour refaire leur stock de farces et attrapes chez Zonko et compléter leurs réserves de sucreries. Pour le reste, mystère. Je ne m'étais pas étalé sur mes projets. Peut-être que si je leur mettais La Poisse dans les pattes, ils seraient trop occupés pour penser à aller boire un verre ? Non, même à eux je ne pouvais pas faire ça. Ce serait trop pénible et je ne voulais pas gâcher leur journée. Pffff, mon bon cœur me perdra. Je profitai quelques minutes de plus de la chaleur douillette de mon lit mais aucune idée lumineuse ne vint me frapper. Je décidai de me lever pour prendre mon petit déjeuner. Je sortis le plus silencieusement possible tout en continuant de penser à mon affaire. La Poisse se trouvait déjà à table.

« Salut cousine. Comment vas ce matin ? »

Elle me regarda, les yeux brillants. Aïe, le ressort était remonté à fond. Il fallait vraiment que je trouve le moyen de la diriger et ses incessantes bêtises pourraient m'aider.

« Bien. J'ai pensé à ce que v… tu m'as dit hier. Je crois que ce serait une bonne idée que tu m'aides à m'entraîner. »

« T'entraîner à quoi ? » Lily venait de se glisser à côté de nous et nous saluait tout en posant sa question.

« Pour ses sortilèges. Axelle a perdu sa baguette récemment et a encore du mal à trouver la façon de faire fonctionner la nouvelle. »

Axelle hocha la tête.

« Je peux aussi t'aider, si tu veux. »

Nous échangeâmes un regard. Je bus une gorgée de café et sentit mon cerveau accueillir le breuvage velouté avec un soupir de reconnaissance.

« Il me semble, Lily, que je t'ai déjà dit que le surnom d'Axelle était La Poisse. Tu ne veux surement pas savoir ce qu'elle peut engendrer avec une baguette. »

Lily me regarda, pantoise.

« A ce point là ? »

« J'en ai bien peur. »

Je la vit ouvrir la bouche. Il fallait que je la détourne de ce sujet.

« J'ai un problème pour notre rendez-vous, Lil'. Comment j'explique aux Maraudeurs que je fricote avec un Serpentard, même si c'est pour ton joli cœur ? » Surtout si c'est pour ton joli cœur, ajoutais-je mentalement.

Elle referma sa bouche. La rouvrit. Et la referma.

« Hum. C'est vrai que je n'y ai pas pensé. On peut changer l'endroit du rendez-vous ? »

« Je ne connais pas Pré au Lard, Lil'. C'est à toi de me dire ce que tu veux faire. »

Elle plongea elle aussi dans son café. Le sirota lentement. Reposa sa tasse vide.

« Réellement ? Je m'en contrecarre qu'ils me voient avec Aiden. Mais je sais que cela te posera un problème. Je vais y réfléchir, d'accord ? On se voit au déjeuner. »

Elle se leva, heureuse et souriante, et sautilla d'un pas léger hors de la Grande Salle. Ce qui m'ennuya par-dessus tout fut l'attitude d'Aiden. Durant toute la sortie de Lily, je l'avais discrètement observé. Pas l'ombre d'une moquerie n'avait effleuré son visage tandis qu'il la regardait. Parmi le contre-jour de ce clair matin qui s'étirait autour de la table des Serpentards, je pouvais voir une certaine fierté et un immense respect envers Lily, dans ses yeux charmés. Deux choses qui sont essentielles pour qu'un amour éclose sur de bonnes bases. Affligé, je repris une tasse de café et éclatait de rire. Moi, le Dieu de l'Amour, déçu que deux personnes tombent amoureuses ? Allons, ça n'allait pas bien dans ma tête. J'avais besoin d'une distraction.

« Prête pour notre premier entraînement, ma petite cousine ? »

La Poisse hocha la tête et me suivit en silence. Nos appartements seraient parfaits pour cette matinée. Je repoussai d'un claquement de doigts les fauteuils et aménageait un espace vide au milieu de la pièce. Et après réflexion, y ajoutait coussins et tapis moelleux.

« Ok. Tu vas te placer au milieu et me montrer ce que tu sais faire avec ta magie basique. »

Elle respira un grand coup et me regarda. Je levai un pouce en signe d'encouragement et déployai silencieusement un bouclier autour de moi. Elle ferma les yeux, leva une main tremblante et la laissa retomber. Elle ouvrit les yeux et me fit un sourire.

« J'ai réussi ? »

J'attendis la suite en silence.

« Jack, c'est pas drôle. » Je regardais partout sauf elle. « J'ai fait apparaître un bouquet de fleurs. Je sais que je l'ai fait. Alors, arrêtez de le cacher. »

Je soupirai. C'était vraiment une cause perdue.

« La Poisse. Pas de bouquet. Alors tu vas t'y remettre et me le faire apparaître, c'est clair ? »

Dépitée, elle ne dit rien. Se concentra de nouveau. Des étincelles dorées coururent le long de ses doigts. Elle murmura quelques mots. Et malgré mon bouclier, je dus me jeter par terre. Un sort avait fusé et venait de s'écraser contre le mur de la salle, y creusant un léger sillon. Bien, ne nous énervons pas. Ne. Nous. Enervons. Pas. Je passai deux heures à essayer de faire rentrer dans son crâne de piaf le principe de base de la magie qui est de se concentrer sur ce qu'on fait. Mais là, j'avais vraiment besoin d'une pause. J'errais ainsi dans les couloirs depuis dix bonnes minutes, retardant encore le moment de réintégrer la salle où j'avais laissé la Poisse s'entraîner seule.

« Je t'assures ! Carla, il m'a envoyé un bouquet ! Je suis sûre qu'il veut que je sorte avec lui. »

Je tendis une oreille.

« Oui, mais Ciss', tu sais même pas si c'est de lui, ce bouquet. »

« Et de qui veux-tu qu'il soit d'autre ? »

« J'en sais rien, Ciss'. Je dis juste que ce bouquet n'est pas une preuve qu'il est amoureux de toi. »

« Mais, Carla ?! Et qui d'autre est assez fort pour faire apparaître un bouquet du néant, si ce n'est Lucius ? »

« Narcissa, … »

Je n'entendis pas la fin de la phrase, comme les voix s'éloignaient. Cet interlude me laissa pensif. Ainsi, elle avait réellement réussi à faire apparaître le bouquet. Apparemment il avait juste atterri entre les mauvaises mains. Je me demandais comment La Poisse avait accompli ce tour-là mais toute pensée cohérente se bloqua dans mon cerveau à l'entrée de la Salle. Un capharnaüm impossible à décrire était la seule expression qui me vint à l'esprit. Je cherchais La Poisse du regard et la vit gisant au milieu de cet indescriptible fouillis, inconsciente. Je me précipitai vers elle, inquiet de ce qu'elle avait pu encore inventer pour se retrouver dans cet état. Je fis apparaître de l'eau et lui en versait sur les tempes, la berçant doucement contre moi et me maudissant intérieurement de l'avoir laissée sans surveillance. Ses jolis yeux papillonnèrent et elle me fit un sourire fatigué.

« J'ai … j'ai ré… réussi » parvint-elle à articuler avant de refermer ses paupières.

Je fronçai les sourcils et devant le manque évident d'explications m'appliquait à ranger la salle de quelques claquements de doigts afin d'installer confortablement ma coéquipière sur un canapé. Puis j'attendis qu'elle se réveille. Au bout d'une demi-heure, la demoiselle émergea lentement, se redressa en position assise et me fit un franc sourire.

« J'ai réussi, Jack ! » Et d'un mouvement victorieux elle me tendit un œillet, fleur qu'elle avait tenue contre elle durant tout ce temps et que j'avoue n'avoir pas remarqué. Une pauvre petite fleur, rose et chiffonnée, comme preuve de sa première réussite. Je considérais ce … truc un moment puis la félicitait.

« C'est un début, cousine. Il va falloir s'entraîner un moment encore avant que tu ne réussisses à canaliser ton énergie correctement, mais c'est bien. Evites de trop forcer la prochaine fois, d'accord ? »

Elle acquiesça, je mis la fleur sous verre pour la conserver et lui prouver qu'elle était arrivée à faire quelque chose de sa magie et nous descendîmes à la Grande Salle. J'attendais leplan de Lily avec une légère inquiétude. Je soupirais, les femmes qui m'entouraient pour le moment me donnaient plus de sueurs froides que de plaisir …