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O … Chapitre vingt deux … O
"Lumberjack" - Alan Braxe et Kris Menace
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Une heure plus tard,
Holorïn pianotait sur l'écran avec entrain en entendant le sas s'ouvrir derrière lui.
- Bonjour mon ami.
Il reconnut la voix de Legolas qui semblait déjà s'approcher.
- Salut, dit-il sans lever le nez.
- Laureline n'est pas là ?
- Non pas depuis que je suis ici, en gros depuis hier… dit-il fatigué.
- Etonnant.
- Elle doit faire un tour, répondit l'elfe en ajustant ses lunettes.
- Bien le bonjour vous deux, alors où en sommes-nous ? lança Uldourn en entrant à son tour.
Holorïn leva le nez et Legolas croisa les bras en regardant les écrans devant lui. Le programmeur semblait autant indécis sur la même chose depuis hier, c'est-à-dire la mise en code de cette maudite combinaison et il semblait stagner. Ce n'était pas évident, surtout pour éviter que cette combi devienne une armure à elle seule…
- Toujours sur le même point, lança l'elfe en blouse blanche blasé.
Legolas le dévisagea d'un air compréhensif avant de regarder son compagnon pour envoyer un message à son Archive introuvable. Je suis au centre de contrôle, écrivit-il simplement. Je suis occupée pour l'instant, elle répondit dans la seconde. Il arqua un sourcil face à la simplicité du texte, car d'habitude elle était plutôt bavarde.
- Nous devrions peut-être essayer une autre solution, dit-on derrière lui.
- Non Durdir, les Armures sont déjà équipées, il faut y arriver.
Holorïn leva les yeux au ciel et Legolas lui adressa un sourire d'encouragement discret.
- Très bien, alors reprenons… dit-il en appuyant sur une commande.
Un vrombissement envahi la salle et Legolas dû se tenir à un coin de bureau sous les tremblement avant de tourner un visage étonné vers le nain derrière lui.
- Durdir, qu'avez-vous fait, hurla presque Holorïn une fois la secousse terminée.
- Mais rien du tout !
- Ma parole…
Une deuxième se fit sentir, plus douce toutefois, "Attention, armement Space-Sniper 05 pour extérieur", dit calmement l'ordinateur principal.
- Hein ! mais c'est quoi ce bordel, jura Holorïn en ajustant ses lunettes devant le message vert clignotant. Qui a autorisé ce départ ?!
Il pianota encore sur la commande à une allure que même Legolas eut du mal à suivre. "Ouverture porte cinq, départ Space-Sniper 05".
- Non, non, non, cette armure est vide sombre crétin ! hurla-t-il à l'écran de plus belle en s'arrachant les cheveux.
- Pas si sûr, lança Legolas en s'avançant. Contrôle à Space-Sniper 05 vous me recevez ? demanda-t-il alors en appuyant sur la commande.
- Contrôle, ici Space-Sniper 05, reçus cinq sur cinq.
Legolas se figea et Holorïn se liquéfia…
- C'était pas… lança Holorïn d'une voix éteinte, un doigt mou vers la console.
- Laureline… continua Legolas en prenant l'arête de son nez.
D'un geste vif, il appuya de nouveau sur la commande.
- Laureline qu'est-ce que tu fous ? dit-il vivement.
- Un test.
- Impossible… dit l'elfe à bout de force derrière lui.
Holorïn s'assis médusé sur sa chaise avant que le nain n'affiche les images de l'extérieur sur l'écran. L'Armure scintillait dehors, debout immobile face au sable rouge du désert aride de Moribor. Legolas plissa des yeux à la vue, le palpitant à dix-mille, mais le sas derrière eux s'ouvrit sur Rodin tenant fièrement sa pipe entre ses doigts.
- Je crois que l'on tient quelque chose, dit-il en récoltant les regards noir de l'assemblée.
- Vous tenez surtout une sanction de l'ABL… Vous avez mis une Archive dans une Armure Rodin ! pesta Uldourn d'un œil exorbité.
- Mon Archive précisément, intervient Legolas lasse.
- Est-ce de ma faute si les interfaces sont les mêmes. Un enfant aurait eu la même idée et puis de toute façon elle ne risque rien. Et les résultats sont concluants !
- Vous venez de connecter une Archive à un programme qui n'est pas terminé, commença Holorïn blasé. Vous pouvez anticiper ce qu'il va se passer vous ? Moi oui, un putin de bug !
Legolas était de plus en plus paniqué en écoutant son ami.
- Ou pas, rétorqua simplement le nain en s'approchant de l'écran de contrôle. Sinon, il aurait déjà eu lieu et vous le savez.
- Aller la jeune, on essaye de marcher, dit-il.
- On n'essaye rien du tout ! hurla l'elfe sautant de sa chaise. Laureline tu ne fais rien, je ne veux pas voir un caillou bouger de cette foutue planète !
Tous avaient les yeux rivés sur l'écran d'affichage, mais la jeune femme ne répondit pas.
- Que risque-t-elle ? demanda vivement son elfe.
- Je n'en sais rien ! Je n'ai jamais prévu ça ! Son corps pourrait ne pas supporter l'interface, la surcharger, je ne sais pas Legolas …
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C'était une sensation bizarre, j'étais moi sans être moi… Je voyais l'extérieur aussi clairement que si je le regardais de mes propres yeux, mais ce n'était pas les miens. Je sentais mon corps, mais ce n'était pas non plus le mien… Je savais que j'étais connectée, je respirais dans l'Anhropoforme, j'entendais mon cœur battre et la radio cracher dans mon oreille… J'étais juste plus lourde, plus grande, mais je n'osais pas bouger, ne sachant pas vraiment ce qu'il se passerait. En même temps si je ne faisais rien, je ne le saurais jamais. Laureline tu ne fais rien, résonnait dans ma tête, mais je refusais de l'écouter.
Après de longues secondes d'hésitation, je décidai de bouger une main, ou même un doigt. Le poids n'était pas le même, le temps de réaction non plus… C'était plus lent, mais finalement mes doigts s'entrechoquèrent. Penchant ma tête je regardais maintenant la large main mécanique devant mes yeux. Ouvrant et fermant celle-ci, je m'habituais vite au temps de latence du programme.
- Contrôle, il y a environ une demie seconde de latence entre une demande et une exécution de mouvement.
- Bien reçu l'Archive, nous reverrons les paramètres, dit la voix que je reconnais comme celle de grâve de Rodin.
Ok, voyons ce que tu as dans le ventre, Space-Sniper, me dis-je dans un sourire. J'effectuais un pas en avant, déplaçant la poussière sous moi en ressentant la vibration du sol dans mon Anthropoforme. Mon corps était fébrile et ne pas sentir le sol sous mes pieds, déstabilisant, mais j'avais une bonne perception de mon milieu, donc ma conscience pouvait se calibrer facilement, mais pas sans avoir un léger mal de mer. C'était à peu de chose prêt la même manière d'appréhender son anthropoforme, donc rien d'étrange, mais le poids était considérable.
- Il faudra penser à mettre des capteurs de sensation, ne pas sentir son corps c'est très déroutant, dis-je à la radio.
- Noté !
- Sinon, je ressens bien là la pâte d'Holorïn… Comment n'ais-je pas pu y penser plus tôt…
Après un pas hésitant, puis une longue série pour m'habituer, je pris une posture de départ. Oui, il fallait passer à l'action maintenant. Bouger c'était bien, être efficace c'était mieux. Sans me rendre compte du risque que je prenais, l'Armure prenait la posture tassée d'un départ de course. Holorïn hurla dans mon oreille, mais c'était beaucoup trop tard et rien n'aurait pu m'arrêter. Il n'y avait pas de secret de toute façon, comme une anthropoforme, l'instinct était la dominance et d'un geste je partis sans attendre, laissant passer les questions gênantes. Mes jambes et mes bras exécutaient les ordres sans même y réfléchir et bientôt les foulées qui étaient hésitantes devinrent franches et la vitesse augmenta en même temps que mon sourire. C'était absolument génial… L'éclate totale…
- Comment ça va là-dedans ?
- On ne peut mieux ! je riais presque.
- Laureline doucement, s'il te plaît, pesta mon elfe d'une voix douce qui me fit frémir.
Jusqu'où pouvait aller cette Armure ? Je me sentais invincible, intouchable… Je me sentais si bien… Je m'arrêtais, regardant autour de moi, puis les mains mécaniques aux reflets bordeaux et dorés avec admiration.
- On va essayer d'allumer l'interface de contrôle visuel Laureline, mais ne prend aucun risque d'accord ? j'ai reconnu Holorïn.
- Ok, bien reçu.
Ma vue se brouilla un moment, puis revint munie d'un filtre verdâtre bizarre. D'un côté s'afficha le diagnostic général de l'Armure et sa configuration, de l'autre, l'état des armes, visiblement je n'en avais aucune en magasin, dommage… En face était simplement placé un viseur qui suivait mon regard et en haut plusieurs options pour le changer ou calibrer.
- Que vois-tu ?
- ça me semble stable, j'ai toutes les informations il me semble.
- Bien, bien, … murmurait Holorïn.
Je ne savais pas comment faire pour utiliser les propulseurs, le programme dédié à cette application n'était pas prêt, mais la question tournait tout de même dans mon esprit… Comment utiliser des membres que l'on ne possède pas en réalité ? Qu'importe, nous verrons bien… C'était cette sensation de liberté et d'utilité grandissante. Je touchais peut-être une nouvelle vie, un nouvel avenir, loin de rester dans l'ombre de mon elfe pour l'éternité…
- Holorïn ? dis-je à la radio.
- Oui Laureline ?
- Le jour est arrivé.
Je n'attendais aucune réponse, sachant qu'il avait compris. Aujourd'hui j'étais capable de faire autre chose, je venais de prouver que nous, les Archives, nous avions une autre utilitée et une chose était certaine, je n'allais pas laisser passer cette chance.
- C'est tout pour aujourd'hui Laureline, il va falloir améliorer l'interface et terminer le programme, lança l'elfe dans mon oreille.
- Bien reçu, je rentre.
Je faisais donc le chemin inverse, non sans me retourner pour contempler le sable rouge autour de moi qui semblait briller dans les rayons du soleil. Peut-être irais-je là-haut la prochaine fois ? Sans aucun doute, me dis-je en perdant mon regard sur l'anneau doré dans le ciel clair… Je serrais le point en me postant dans le sas. Ma peau frisonnait d'impatience dans le siège de cuir chaud alors que les spots de la rampe défilaient devant mes yeux à une vitesse folle. Le choc de l'arrivée me secoua légèrement et poussai un soupir de satisfaction.
Déconnexion système…
La sensation de l'Armure autour de moi avait disparu et je pouvais bouger de nouveau mes propres doigts alors que le cockpit s'ouvrait pour me libérer. La vapeur m'entourait en me redressant dans la lumière de l'atelier. En bas, devant moi, se tenait Legolas, les bras croisés et les yeux sévères, oui, visiblement il était en colère. J'arrivais presque à voir sa mâchoire se contracter alors que je me levais dans le cockpit avec un sourire triomphant.
- Descends de là… dit-il froidement.
- Et que comptes-tu faire si je désobéis ? je lui répondais, malicieuse.
Rien n'aurait pu dissiper mon enthousiasme de toute manière. Avec une dextérité inconnue, je sautais pour le rejoindre et lui faire face en souriant à toute dents. Il poussa un soupir vexé avant de fondre sur moi pour m'enfermer dans ses bras. Surprise, oui je l'étais… Plus encore quand ses doigts s'étaient perdus dans mon cou.
- Ne refais jamais ça… dit-il dans la langue délicate de son peuple. Imagine si ça ne s'était pas bien passé, si ton propre système…
"Je vais parfaitement bien Legolas, tu t'inquiètes pour rien."
"Je ne veux pas que tu recommence"
"Tu ne m'empêchera pas de le faire, ton combat est perdu d'avance."
Ses bras me serraient un peu plus encore et je me surpris à leur répondre en respirant son odeur. Non, il n'arriverait pas à m'empêcher de remonter dans cette Armure, jamais. J'avais pris une décision, celle de ne pas rester en arrière, celle de combattre le destin qu'ils semblaient tous m'imposer. Je me détachais de ses bras dans un sourire triomphant qui le fit plisser des yeux.
- En aucun cas tu ne m'empêcheras de recommencer, aucun de vous. "S'il te plaît, soutien moi".
Je le regardai hésiter en scrutant mon visage comme s'il envisageait tous les scénarios possibles et imaginables. Sentais l'anxiété, le doute et peut-être même la tristesse, avant de l'entendre soupirer.
- Ne m'empêche pas d'essayer de te protéger.
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Ce fut certainement la semaine la plus extraordinaire de ma vie. Holorïn était loin d'être de cet avis, mais j'en avais que faire, j'avais atteint mon but. Il n'avait pas vraiment cherché à m'en dissuader, vu la conversation que nous avions eue ensemble lors de la soirée d'accueil de l'Oracle et pourquoi l'aurait-il fait ? Il était peut-être l'elfe qui nous comprenait le mieux dans cette galaxie. Il nous façonnait, nous donnait un corps ; entre ses mains étaient passées nos âmes et nos consciences, il était le père de notre deuxième naissance…
Je le regardais avec un sourire, alors qu'il tentait de m'expliquer comment appréhender mon premier vol dans l'espace… Je ne l'écoutais qu'à moitié, absorbée par le regard résigné qu'il posait sur moi tout en m'expliquant.
- Tu ne dois pas voir ça comme un organe, Laureline, normalement ça devrait être innée, mais de toute façon nous commencerons par les faire bouger, histoire que tu puisses te diriger où tu le souhaites… La puissance et le décollage viendront après... Laureline ?
- Oui, oui je t'écoute, dis-je en clignant des yeux.
- Non, tu ne m'écoutes pas…
- Si, si, se sera innée, j'ai écouté…
- Hum… Bien.
- Alors passons à la pratique sans tarder, lança Rodin derrière lui.
Il était accompagné d'un autre nain, celui qui m'avait branché dans l'Armure, Emir. Il était charpenté, une barbe noire et une cascade de cheveux d'une couleur similaire, attachée dans une tresse large derrière son crâne à moitié rasé. Ces bras étaient parcourus de tatouages tribaux dont je ne connaissais pas la provenance, mais ça lui donnait un genre farouche et viril qui me faisait sourire.
- Aller poupée, on y va, dit-il d'une voix rauque.
Une fois confortablement installée dans le cockpit de cuir, mon regard croisa Legolas qui arrivait tout juste. Il sauta avec souplesse pour m'atteindre et se tenir en face de moi d'un air renfrogné.
- Pas de folie.
- Ne t'inquiète pas.
Il était presque au-dessus de moi, se tenant d'une main au siège en étant presque agenouillé. Il regardait le nain connecter mes membres un par un d'un air soucieux.
- Penche-toi en avant ma fille, lança Emir pour connecter ma colonne vertébrale par la nuque.
C'était une sensation bizarre, comme si mon corps vibrait dans un écho. Je sentais l'Armure comme si elle était une partie de moi et après les réglages d'Holorïn, le flux était encore plus net qu'avant. Mais j'étais tellement proche de l'elfe que je les oubliais… Ses yeux bleus me scrutaient comme pour déceler un quelconque problème et je ne pus m'empêcher de regarder ses lèvres avec envi. L'adrénaline de la mission me poussait des ailes, créais en moi une personnalité audacisieuse, presque folle. Et lâcher prise pour enfin clore le contact entre nous ne me semblait plus si impossible…
- Aller, l'amoureux secret, on dégage de là, grommela le nain en poussant l'elfe d'une main.
Hééééé ?! Je rougis au-delà du possible en me blottissant dans le siège. Legolas détourna les yeux, reprenant son air vide lisse sans broncher.
- Comment te sens-tu ? me demanda-t-il plus sérieusement sur la passerelle.
- C'est dur à expliquer… C'est comme si tu pouvais contrôler un vêtement, ou les piques de ta fourchette par exemple. ça ne fait pas partie de toi, mais tu as conscience de pouvoir le manier.
Après un dernier sourire et une dernière recommandation de faire attention, mes yeux regardaient déjà les lampes du couloir de sortie défiler de nouveau. Je me sentais si bien à l'intérieur de cette protection de métal. Une fois dehors, la vision du haut des trente-deux mètres était risible… Le sentiment d'être invincible vous prenait les veines instantanément.
- Bien, peux-tu faire bouger tes propulseurs ? demanda Holorïn à mon oreille.
- Ok, j'essaye.
Je me concentrais, essayant d'attraper le flux qui parcourait mon corps puis l'automate de l'Armure. Le programme était presque vivant, régulier et fluide. Je sentais les jambes, les bras, les doigts, chaque plaque qui recouvrait le corps mécanique du Space-Sniper. Après plusieurs longues minutes d'exploration intérieur je les trouvais, les connexions avec les quatres propulseur arrière et Holorïn avait bien raison, ils faisaient partie de moi. Dans une respiration, j'étirais mes omoplates pour les déployer.
- Bien, parfait, tu t'en sors très bien. Essai de les démarrer maintenant.
Là, il me fallut une bonne demi-heure avant de comprendre comment appréhender le problème. C'était d'un tout autre niveau, après le mouvement, c'était la puissance. Space-Sniper réagissait finalement comme quand on contractait un muscle, une accumulation d'énergie à un point précis.
- Propulseur en marche, je murmurais à la radio pour rester concentrée.
- Ok… ça cafouille un peu, essaye de stabiliser et quand tu seras prête…
Mais je ne l'entendais déjà plus, perdue dans la sensation de la source de chaleur dans le dos qui me semblait être la mienne. Petit à petit j'en prenais le contrôle, comme un virus qui se diffuserait dans un système, j'envahissais l'interface pour ne faire qu'une avec ses nouveaux membres. Une accumulation plus tard pour m'envoler, mais je dus me rattraper en retombant lourdement au premier essai, mais c'était déjà suffisant car je venais de comprendre le principe. Le sourire aux lèvres, l'écran vert devant mes yeux me montrait le ciel qui semblait n'attendre que moi.
- Nonnnnnn, Laureline !
A quelle vitesse était-je partie ? Ça, seul Holorïn pouvait bien le savoir alors que je l'entendais hurler dans mon oreille, mais j'étais déjà loin… Perdue dans la sensation grisante des G qui me prenaient seconde après seconde. L'air semblait brûler autour de moi, réveillant les tôles d'acier qui me recouvraient. Quand mes yeux s'attardèrent sur les étoiles, je stoppais ma course folle, admirant le calme et la sérénité du vide. Moribor était magnifique sous mes yeux, elle était si frêle dans l'espace glacé, si silencieuse alors que l'anneau de poussière l'entourait comme un bouclier naturel.
- C'est magnifique, dis-je sans m'en rendre compte.
- Ne refais jamais ça… Tu as failli faire flamber ton Armure !
- Pardonne-moi, mais c'était extra, je répondais doucement dans une phrase perdue par le spectacle sous mes yeux.
J'étais si légère ici, je bougeais beaucoup mieux qu'au sol et je compris le génie des nains… Les Armures étaient des créations monstrueuses, mais délicates à manier et à appréhender, tout comme ils l'étaient…
- Bien ma p'tite, vois-tu le module sur ta gauche ?
Je parcourus des yeux l'anneau de métal qui se fondait dans celui de poussière pour trouver le module en question. Celui que nous avions vu en arrivant quelques semaines plus tôt.
- Trouvé.
- Approche-toi, à l'intérieur il y a l'arme de SSN05.
- Pourquoi la placer ici ? dis-je en m'approchant.
- Sur un vaisseau les Armure récupèrent toujours leurs armes à l'extérieur par manque de place intérieur, alors pour les entraînements nous pratiquons la même chose.
Le module s'ouvrit devant moi, dévoilant un long fusil scintillant à mes yeux avides. Il était long, presque autant que l'Armure en elle-même… Je le récupérais sans m'en rendre compte.
- Bien, alors on a préparé une cible proche de la base, 41°24'12.2" N 2°10'26.5" E…
Mais j'étais déjà loin… Les coordonnées semblaient faire partie de moi, je n'avais pourtant pas l'habitude de pratiquer les coordonnées planètes, mais bizarrement la mémoire de mon elfe était efficace et j'ai sus, s'en même m'en rendre compte, me placer devant le point indiqué pour avoir le meilleur angle de tire.
- Ok… La cible est un véhicule rouge placé dans le désert éternel. Pour tenir correctement ton arme, il faut…
Mes mains bougeaient presque toutes seules. Legolas était un fin tireur visiblement et ses réflexes étaient devenus les miens en plaçant la lunette virtuelle devant mes yeux d'aciers. Cible en vue, ma première action fut de baisser ma respiration, même si cela était inutile, c'était un réflexe, puis de me stabiliser et maintenant je comprenais les mots de Rodin "pourquoi croyez-vous qu'elle possède quatre stabilisateurs ?" avait-il dit. Je souriais à moi-même en ne clignant plus des yeux. Les images de l'arc de bois finement gravé et son fusil blanc, passaient dans ma mémoire, la position des doigts de l'elfe, le son des battements de son cœur alors que je positionnais mes propres doigts sur la gâchette. L'odeur de la plume presque contre son nez, la tension de la corde dans ses phalanges, son regard à travers la lunette, tout était là devant mes yeux et dans ma tête dans un mélange délicat.
La mémoire corporelle de Legolas transperçait ma conscience comme s'il tenait ce fusil avec moi… Ce ne fut pas le son fin de la flêche que j'entendis, mais la balle lourde de Mithril et de fer, propulsée par le mélange chimique et gazeux comprimé. Le recul fût spectaculaire, mais l'utilisation des stabilisateurs était innée. Oui, l'Amiral d'Orcrist était le meilleur tireur de cette galaxie, mais je possédais sa mémoire, cela faisait de moi sa digne héritière.
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Elle n'avait même pas écouté un mot de ce que Rodin lui disait par radio et exécutait les tâches comme je les ferais moi-même. Mes mains s'étaient posées presque tremblantes sur le bureau de contrôle et Holorïn une des siennes sur mon épaule. J'ai vu le pousse de l'Armure passer sur la crosse comme j'avais l'habitude de le faire avec les plumes de mes flèches pour me concentrer, ou sur mon propre fusil lors des combats terrestres, j'était sans voix…
- La mémoire corporelle… dit Holorïn en ne la quittant pas des yeux lui aussi.
- Mémoire corporelle ?
- Elle ne fait qu'exécuter les réflexes que tu as affutés pendant des milliers d'années.
- Alors …
- Oui, elle est la deuxième meilleure archère et tireuse de la Voie Lactée.
Un sourire passa sur mon visage, mais j'étais sidéré en la voyant se positionner exactement comme je l'aurais fait. Un coup un seul, partie du long fusil pour trouver la cible avec le meilleur angle possible et la rendre poussière. Ce fut un long silence dans la salle de contrôle.
- Ma parole… Elle n'est pas votre Archive pour rien… lança Rodin à côté de moi.
- Non, c'est certain.
- Je l'ai eu… j'entendis murmurer Laureline.
- Oui en plein dans le mile, répondit Holorïn.
Après plusieurs longues minutes de réglages et autres conneries du genre, elle rangea l'arme à sa place avant de rentrer. J'étais perdu dans ce que je venais de voir, plus rien ne pourrait l'arrêter maintenant, rien ne lui ferait sortir de la tête l'idée que j'aurai probablement à sa place. Elle venait de prouver à l'ensemble des personnes présentes dans cette pièce, et surtout à Holorïn, que les Archives étaient fortes, voire même plus fortes que nous… Je croisais les bras pour sortir de la salle et rejoindre les hangars pour la retrouver.
Marchant dans les couloirs sombres de la galerie, ma seule question passa dans mon esprit : Si j'étais à sa place, que la chance de changer mon destin était à ma portée, que ferais-je ? Là, devant mes yeux, se positionna la grande Armure, l'œil vert scintillant me fixait d'un air menaçant dans un nuage de vapeur et de poussière. Emir couru vers le poste de commande pour réaliser la procédure d'accostage alors que le cockpit s'ouvrait déjà.
- Ah ! C'était génial là-haut, dit Laureline tous câbles dehors.
- Oui je dois avouer que c'était impressionnant, on dirait que vous avez fait ça toute votre vie, lança le nain en arrivant vers elle pour la déconnecter.
Je les regardais tous deux discuter dans le cockpit, les bras croisés, attendant sagement qu'elle descende. Son sourire éclairait son doux visage, et voyais d'ici, qu'il rayonnait et réchauffait mon cœur si souvent froid. Elle se leva et j'ai pu admirer l'Anthropoforme nue si bien dessinée.
- Legolas, viens-tu encore vérifier que je suis toujours entière ? dit-elle d'un air malicieux.
- Toujours…
Elle sauta élégamment pour me rejoindre, toujours le sourire aux lèvres.
- Comment c'était ? je demandais.
- Inoubliable.
Ces yeux pétillaient comme jamais je ne les avais vu faire.
- Legolas… Il va falloir que l'on parle, dit-elle soudain d'un air sérieux.
Je la scrutais avec inquiétude, sachant très bien de quoi elle désirait parler… Ma seule question, était elle : allais-je la laisser faire ? Mais la réponse était déjà claire dans mon esprit…
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