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O … Chapitre vingt-trois … O
"Candy" - LAGUNE
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- Hors de question.
L'air froid de la climatisation passait dans mon cou brûlant de colère. Je regardais mon elfe sans céder à ses prunelles bleues menaçantes. Holorïn ne disait rien, regardant la scène, les lèvres pincées.
- N'insiste pas Laureline, c'est perdu d'avance, ajouta Legolas en prenant son verre.
- Tu vois bien que ça fonctionne, je répondais en serrant les dents pour ne pas exploser.
- Les Archives ne sont pas faites pour combattre.
- Ce n'est pas à toi d'en décider ! j'ai finalement explosé. Nous devons prévenir l'ABL de cette possibilité !
- Nous la passerons sous silence.
- Legolas, elle n'a pas tort… ça reste une possibilité.
Mon elfe pointa du doigt l'autre d'un geste menaçant.
- C'est contre les règles Holorïn.
- Non Legolas, les Archives sont en droit de faire ce qu'elles veulent.
- Ce n'est pas ce qui est écrit dans le contrat pourtant, dit-il, posant mes mains sur la table pour lui faire face. Ce n'est qu'un de tes principes Holorïn.
Il se leva d'un bond, renversant le verre par la même occasion, avant de prendre la direction de la sortie. Il tremblait presque de colère en sachant pertinemment que nous avions raison. Les elfes ne pourraient pas éternellement nous mettre en cage sous prétexte que nous avions leurs mémoires. Garder l'information comme quoi les Archives étaient compatibles au système des Armures conçu par Holorïn était insultant et faux, car après deux mois d'essai sur la combinaison, les résultats étaient bien loin de ceux constatés avec moi.
- Tu as peut-être raison, mais ils attendent des réponses, je ne peux pas leur cacher plus longtemps cette possibilité Legolas… Je suis désolé.
- De toute façon, ils refuseront, tout comme moi.
Je le regardais sortir en serrant le poing. Notre relation s'était dégradée jour après jour… La cause ? Mon implication de plus en plus importante avec les Armures. Il voyait Holorïn tourner en rond avec la combinaison et il ne le supportait pas.
Plusieurs jours avant cette discussion, je lui avais fait part de mon désir d'approfondir l'expérience et de voir ma vie changer. Il avait naturellement avoué qu'il y aurait pensé lui-même à ma place, mais que cela était impossible. Pourtant je n'avais rien lâché… J'avais encore du pouvoir sur ma vie, même si officiellement je lui appartenais. Il avait juré de me laisser faire ce que je souhaitais, qu'il m'écouterait, mais aujourd'hui il s'y refusait. J'étais en colère… Il était Amiral et cette semaine le titre semblait peindre le visage rigide qu'il affichait devant moi.
- Laisse-lui du temps, lança Holorïn derrière moi.
- Ça fait un mois que ça dure !
- Il a peur pour toi.
- N'importe quoi.
Holorïn me regardait tristement, comme blessé par mes mots.
- Je ferai mon rapport demain, il n'aura pas le choix… dit-il.
Je perdais mes yeux dans ceux de l'elfe blond…
- Ne pense pas que le problème soit si simple que ça Laureline. Legolas sait très bien ce que ça engendrerait… Depuis six-cent ans nous interdisons aux Archives de s'impliquer et ce en sachant pertinemment vos capacités. Nous risquons gros à vous laisser combattre.
- Votre vie c'est ça, dis-je avec amertume.
- …
- Tu m'as implanté dans ce corps Holorïn, vous avez décidé à ma place ! Après ça il me semble avoir le droit d'être entendue !
Il détourna les yeux en croisant les bras. Oui, j'y était allée fort, mais qu'importe. Je ne passerais pas ma vie à ne rien faire quand l'opportunité de changer les choses se présentait à moi sur un plateau et ce n'était certainement pas Legolas qui m'en dissuaderait.
- Ce n'est pas à moi de prendre cette décision. Demain l'ABL entendra ce que j'ai à dire et en prendra une et, toi ou Legolas, vous devrez vous y plier.
J'étais sortie sans demander mon reste, laissant l'elfe dans le bureau à ruminer ce qu'il voulait. J'avais envi de hurler en passant dans les couloirs, de frapper à la porte de sa chambre pour le convaincre, mais ça ne servirait à rien. Legolas s'énervait rarement, ça je le savais très bien; mais quand il le faisait, c'était généralement long… Très long… Oui, je savais par souvenir qu'il était têtu et borné dans le fond, pas de chance mon très cher elfe, moi aussi…
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BL d'Orion, planète Estë, conseil de l'ABL,
Amari suivait l'elfe devant elle d'un pas décidé. Le conseil avait demandé un rassemblement en urgence au sujet des Armures sur Moribor et son elfe l'avait réveillée de bonne heure, ce qui en soit, la contrariait particulièrement. Quand les portes dorées s'étaient ouvertes, l'Archive comprit d'un coup d'œil que c'était grave. Seuls les représentants de la race elfique et les maias étaient présents, fait relativement rare pour être noté. Aimée lui fit un bref signe de main ainsi que sa sœur, sans qu'elle ne leur réponde pour autant en levant un sourcil.
- Bien, comme vous le savez, Holorïn est actuellement sur Moribor avec l'Amiral Green-Leaf. Il a demandé ce rassemblement sans autre explication que celle d'une découverte importante, dit Gil-Galad d'une voix forte. Si vous me le permettez, établissons sans plus attendre la communication.
L'elfe à côté de lui s'exécuta et les trois personnes sur place étaient apparues dans l'hologramme central de la table ronde.
- Bonjour Amiral Green-Leaf, Mlle Tenneri, Holorïn, nous sommes tous rassemblés comme vous l'avez expressément demandé.
- Bonjour, répondit Legolas d'un air fermé.
L'elfe semblait tendu, même sur un hologramme.
- C'est quoi cette tête de déterré, murmura Amari à Elrohir à côté d'elle.
- Nous verrons bien… Mais j'avoue, ça fait longtemps que je ne l'ai pas vu comme ça, lui répondit l'elfe avec un sourire intéressé.
L'Archive ria entre ses dents avant de se concentrer de nouveau sous le regard désapprobateur d'Elladan à côté d'elle.
- Comment se porte votre mission ? demanda Galadriel.
- Je donne la parole à Holorïn, il saura vous expliquer mieux que moi la situation actuelle, répondit le blond.
Le concerné s'approcha avec une mine grave.
- Bonjour à tous, je ne vais pas y aller par quatre chemins, donc pour commencer je voudrais vous faire part que la réalisation de la combinaison est en mauvaise voie. Je ne sais pas comment appréhender le lien entre le corps porteur et le système sans créer une interface dans le corps lui-même…
- Que veux-tu dire par là ? demanda Glorfindel. Les combinaisons d'Archivage le font.
- Ce n'est pas aussi simple… Pour les Archives, nous ne faisons qu'enregistrer des mouvements, il n'y a aucune communication vers un système extérieur. L'idée de base était bonne, mais la faisabilité est extrêmement complexe sans lien conducteur direct.
- Alors c'est un échec, conclut Gil-Galad.
Holorïn resta silencieux un long moment avant de regarder Legolas à côté de lui. Ils échangèrent un long regard que Glorfindel, à côté d'Elrohir, savait tendu. Finalement l'elfe approuva en fronçant les sourcils à la volonté silencieuse de l'autre.
- Néanmoins, nous avons fait une découverte par hasard, se lança-t-il. Le système mis en place dans les Armures est compatible avec les Archives.
Il y eut un long silence dans la salle du conseil. Les Archives se regardèrent entre elles, surprises d'une telle déclaration.
- Que voulez-vous dire ? demanda Gandalf, intéressé.
- Mlle Tenneri, l'Archive de l'Amiral ici présente, a réussi à faire fonctionner le système. J'ai créé les interfaces sur une base semblable à celle d'un modèle d'IA Archive, mais je ne m'attendais pas à ce que le programme fonctionne avec le leur, mais c'est le cas.
- Vous avez fait monter une Archive dans une Armure ? demanda gravement Gil-Galad.
- Non mon seigneur, j'ai délibérément essayé moi-même, dit doucement l'Archive derrière l'elfe.
- Oh… Intéressant, murmura Tika en s'approchant de sa sœur qui lui offrit un sourire carnassier.
- Oui, je sens que cette réunion va être pleine de surprises, répondit Elladan en croisant les bras.
- Vous êtes totalement inconsciente, Mlle Tenerri, lança Gil-Galad.
- Legolas, as-tu approuvé une telle chose ? demanda Thranduil semblant maintenant absorbé par la discussion.
Sophie échangeait discrètement des regards avec les autres Archive d'un air craintif. Jamais une Archive ne s'était mise en danger avant aujourd'hui. Elle ne savait pas si elle devait s'en réjouir ou être paniquée par la nouvelle.
- Non, comme l'a indiqué Laureline, elle a fait cette manœuvre seule et en tout état de conscience, répondit froidement l'elfe.
L'assemblé commençait déjà à murmurer alors qu'Aimée rejoignait les deux autres pour connaître leur avis.
- Elle a piloté une Armure, dit-elle. Elle est complètement inconsciente.
- Ou courageuse, répondit Tika en croisant les bras.
- Pour une fois je suis de ton avis, ajouta Amari.
- Le fait que Laureline soit montée dans cette Armure n'est pas le sujet, mon seigneur. Le problème c'est que cela a fonctionné, et même très bien, et qu'aujourd'hui je suis dans l'incapacité de faire autre chose que de perfectionner le pilotage de Laureline.
- Pardon ? rétorqua Galadriel.
- La combinaison ne fonctionne pas, les autres approches que j'ai tentées non plus, il est impossible de piloter de telles Armures avec une simple interface homme-machine. Le système de l'un ou de l'autre déclare forfait ou manque de capteur, mais cela deviendrait impossible à piloter.
- Réfléchissez bien à vos mots, êtes-vous réellement en train de nous dire que ces Armures ne peuvent être pilotées que par des Archives Holorïn ?
La voix de Gil-Galad résonna dans toute la salle sous le regard toujours stupéfait des Archives présentes. Elles regardaient Holorïn comme si leur avenir était entre ses mains. Sans même se concerter entres-elles, au plus profond de leur cœur, s'était enclenché l'espoir de voir leur destin changé.
- Mon seigneur, je ne pèse pas mes mots quand je vous dis que c'est un échec… Après deux mois je peux vous certifier que je ne vois pas d'autre solution, et encore moins avec le planning imposé par l'ABL. Si vous souhaitez voir ces Armures fonctionner, il faudra envisager que seule des Archives soient en mesure de les piloter.
Ce fut le silence. Les elfes regardaient l'hologramme avec stupéfaction et crainte.
- Nous ne pouvons pas prendre le risque d'utiliser les Archives, imaginez un peu les conséquences. Cela impliquerait leur utilisation pendant les combats, vous êtes inconscient Holorïn. Trouver une autre solution, lança Elrond.
- Je ne pense pas que cela soit une si mauvaise idée.
Gandalf venait de se lever pour prendre la parole. La maia avait toujours regardé ces femmes rester dans l'ombre alors qu'elles étaient pour lui un atout majeur, bien au-delà du simple fait de pouvoir archiver les elfes.
- Vous vous mêlez toujours de ce que ne vous regarde pas, Mithrandir, dit froidement Thranduil.
- Je me mêle de ce qui pourrait apporter la paix dans cette galaxie, roi Thranduil. Comme vous le savez les Archives ne possèdent pas uniquement vos souvenirs visuels, mais aussi ceux de votre langage corporel. Cela font d'elles des êtres conçues inconsciemment pour la guerre, le nier, serait idiot.
Lucienne leva fièrement la tête aux côtés de Galadriel. Elle-même avait toujours formé secrètement les Archives à travailler cet aspect de leur savoir forcé. Depuis six-cent ans elle restait là, comme toutes les autres dans l'ombre des elfes. Le contrat de l'ABL disait leur laisser la liberté, mais elle avait depuis longtemps découvert que ce n'était que de la poudre aux yeux et aujourd'hui peut-être que cette époque se terminait enfin. L'heure de la véritable liberté venait se présenter à elles…
- ce n'est pas à vous d'en décider, rétorqua le roi en se levant.
- Ni à vous !
Tous les yeux c'étaient tournés vers l'Archive aux longs cheveux blanc et au regard glacé. Amari venait de hurler la parole de toutes celles présentes dans cette salle, mais qui n'osaient parler. Elle avait toujours été vue comme une écervelée, une tête brûlée inconsciente, mais aujourd'hui, elle ne criait pas pour rien.
- Nous savons très bien que notre libre-arbitre s'est consumé en même temps que nos corps, il serait peut-être temps de nous laisser faire ce que l'on souhaite !
- Vous êtes bien insolente pour prendre ainsi la parole Amari-Hime.
- Pas plus que vous pour décider de mon destin depuis plus de cent ans, oh grand roi Thranduil, dit-elle du sourire glaçant de ses lèvres rouges.
- Quand apprendras-tu à tenir ton Archive, Elrohir, pesta Thranduil.
- Je trouve ses paroles vraies, mon seigneur.
Elrond cacha son visage ne sachant plus où se mettre. A côté de lui Nath était sidérée et échangeait avec Lucienne une conversation silencieuse du regard.
- Je demande au conseil de réfléchir à l'utilisation des Archives pour les Armures. Je les ai conçus moi-même et sais parfaitement qu'elles sont plus puissantes que nous en termes de force et d'agilité. C'est un fait, comme l'a expliqué Gandalf le Gris, dit finalement Holorïn.
- Que fais-tu de notre Savoir ? lança Galadriel.
- Pardonnez-moi Ma Dame, mais il me semble que pour ces risques une Archive est en droit de les prendre et de les considérer elle-même. Je revendique depuis toujours leur libre arbitre, même si elles détiennent notre savoir, ils leurs appartiennent désormais et cela est irrévocable. A elle de faire leur propre choix.
- Holorïn, tu ne peux pas nous demander de prendre une telle décision comme ça simplement parce qu'il est venu à l'idée d'une Archive de monter dans une Armure. C'est un âge de recherches et de morts que tu insultes, dit calmant Elrond.
- Je le dis parce qu'il est temps, mon seigneur.
- Des Archives dépendent nos vie Holorïn, dit vivement Gil-Galad.
- Et à vingt-cinq ans on est venu me chercher pour Archiver les dix-mille années de vie d'Elrohir ! hurla Amari maintenant hors d'elle. En quoi le sens de MA vie serait inférieur à son immortalité ou bien à la vôtre…
Elrohir baissa la tête. Lui aussi derrière son masque de Don Juan irresponsable, se cachait le mal être des années à porter le fardeau de l'Archivage. C'était un sujet masqué, planqué, caché et tabou. Amari ne lui en parlait jamais, mais il voyait à chaque fin de soirée, chaque fois qu'elle dormait saoule sur le canapé, que l'impact était bien réel… Alors il la modérait, mais ne l'empêchait nullement de le juger à chaque fois qu'elle en avait l'occasion et la soutenait même… Il plaça une main douce sur son épaule pour la rassurer, car Amari, en dehors de gueuler, était juste attristée de sa condition depuis des années.
Glorfindel lui, ne savait que penser face à cette phrase. Il regardait Sophie qui elle fixait le sol en fronçant les sourcils tout en attendant que ça passe. Il savait que beaucoup d'Archives vivaient mal le rapport avec leur elfe, a commencé par elle. Il tourna son regard vers Aimée, qui discutait avec Tika, regardant Amari encore transis de colère sous la main de son elfe.
"Que penses-tu de celà, Aimée ? Si tu pouvais avoir l'occasion de monter dans une Armure, le ferais-tu ?"
Il vit de loin son Archive poser ses beaux yeux verts brillant sur lui en réfléchissant à la question silencieuse dans sa tête.
"Je pense que je le ferais… Pardonne moi Glorfindel, mais si j'ai la chance de pouvoir faire autre chose que de rester dans l'ombre, alors je le choisirais. Cela ne m'empêcherait pas de prendre soin de ta vie, mais elle reste la mienne. Je n'ai pas eu la chance de vivre autant que toi…"
Il croisa les bras avant d'esquisser un sourire fière.
"Très bien."
- Je demande un vote, déclara Gandalf en posant ses mains sur la table en marbre blanc.
- Vous ne pouvez pas décider d'un vote pour la race des elfes, Chef des armées.
- Il me semble que nous parlons des Archives et donc de la relation entre la race des hommes et celle des elfes. Depuis tout ce temps vous semblez oublier que les elfes ne sont pas seuls face à ce problème.
Ce fut un silence total. Oui, depuis longtemps les elfes avaient pris comme acquis l'utilisation des Archives et ce en oubliant qu'elles étaient humaines.
- Les Archives sont des sangs mêlés Gandalf, dit Elrond.
- Un sang dilué depuis des âges, oui. Le gène d'Arwen Undomiel est peut-être encore inscrit dans leur ADN, mais celui de son choix d'une vie mortelle, et ce par amour, également.
Sur l'hologramme Legolas venait de se lever d'un bon, regardant son Archive avec effroi.
- Je suis d'accord avec le magicien blanc, procédons à un vote, lança Glorfindel.
- Je demande à cette assemblée de donner le droit aux Archives de voter, dit fermement Lucienne de toute sa hauteur. Vous parlez de nos vies, il serait approprié de nous donner aussi le choix.
- C'est complètement fou, lâcha Thranduil.
- Où es-ce vous, rétorqua Amari d'un ton plus glacial encore.
Tous étaient pendus aux lèvres de Gil-Galad, Galadriel et Celeborn. Lui était toujours assis, les mains croisées à écouter ceux qui désiraient prendre la parole tout en se forgeant une opinion. Le couple échangea un regard incertain sans mot, puis l'ancienne dame de Lorien se tourna vers le brun. L'intéressé ferma les yeux un instant en sachant pertinemment que ce combat était perdu d'avance…
- Bien, nous ouvrons un appel aux votes et déclenchons la procédure du jugement de la requête, lança Gil-Galad.
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Planète Moribor,
Mon regard s'attarda sur Sophie qui ne bougea pas. Thranduil ne la regardait même pas… Legolas se leva et partit après avoir présenté ses respects. Pas un regard, pas une parole alors que la porte se fermait sur lui dans un claquement retentissant. Holorïn avait récupéré la tablette sur la table et posa une main sur mon épaule.
- Beaucoup te remercieront de ce geste Laureline.
- Ce n'était que de la curiosité… dis-je doucement. Je ne pensais pas qu'il y aurait eu une telle conséquence, même si je suis heureuse du résultat.
- Tu n'as été que la petite boule de neige qui déclenche l'avalanche, depuis trop longtemps le problème était étouffé. Je suis heureux qu'enfin votre condition soit remise en question, je n'en attendais pas autant.
- Hum…
- Si le vote est en votre faveur, et je suis certain qu'il le saura, vous serez libre de faire ce que vous souhaitez, mais en attendant, il te reste une chose à régler.
Je l'ai dévisagé avec curiosité.
- Legolas, dit-il en souriant.
- Je pense qu'il a compris que de toute façon le choix ne lui appartenait plus maintenant, pas besoin de me battre.
- Laureline, tu sais très bien ce qu'il pense de la valeur de sa vie…
L'idée fit son chemin… Il était vrai, qu'il y a quelques mois de ça, son seul souhait était de mourir du Grand Mal… Dans la colère, je n'avais pas su voir qu'au fond il avait peut-être peur finalement. D'un soupire je me dirigeai vers la sortie pour prendre la direction de mon prochain combat verbal…
- Courage, me lança l'elfe d'un point fermé.
- Hum merci, je vais en avoir besoin.
Marchant dans les couloirs, je me remémorais la phrase de Gandalf… Alors comme ça le gêne des Archive venait d'Arwen, ce qui faisait de moi une lointaine descendante d'Aragorn en passant. Comment un gène avait-il pu défier ainsi les âges… ? Je regardai mes mains, essayant de me mettre à la place de Legolas lors de l'annonce de la nouvelle. Lui, et le passé si douloureux qu'il avait fouillé dans ma mémoire pour en chercher les détails. Holorïn avait laissé plusieurs souvenirs de son ami, mais aussi de sa mort. Celle qui depuis toujours l'avait amené à chercher la sienne.
J'étais plantée comme un arbre, à prendre racine devant sa porte en ne sachant pas frapper. Je regardais la peinture grise légèrement rayée en préparant des phrases toutes faites dans mon esprit, mais après plusieurs essais désastreux, je décidais simplement de faire ma tâche et frappais…
- Oui, j'entendis à travers la porte.
J'entrai en silence, refermant derrière moi, dans la pièce sombre. Je distinguais sa silhouette élancée, assise sur le lit simple sur la droite. M'appuyant contre la porte en ne pouvant aller plus loin, j'ai pris une inspiration avant de me lancer.
- Je suis désolée, j'ai murmuré dans le silence.
Il ne répondit pas, enfonçant son visage aux creux de ses mains.
- Tu ne peux pas m'empêcher de vivre Legolas…
- Sais-tu ce qu'est un combat contre les Obakes ?
Je détournais les yeux à ses mots si froids.
- Sais-tu ce qu'ils sont ? dit-il plus durement encore.
- Non… Mais je les vois à travers tes yeux.
- Et tu souhaites vivre ça ? Pour toi c'est ça vivre ?
Il s'était levé d'un bond en s'approchant de quelque pas le visage déformé par la colère. Je ne l'avais jamais vu comme ça… Sa poitrine se levait rapidement, ses poings serrés à blanchir sa peau déjà si claire, ses narines s'ouvrir pour laisser échapper le souffle chaud d'une fureur qu'il peinait visiblement à contenir. Mais, c'était de ma vie dont-il était question, alors qu'importe cette fureur qui me dévisageait.
- Oui, c'est ce que je souhaite.
- Tu souhaites mal alors.
- Je n'aurai que ça à faire de toute façon, je répondis à son rire cynique.
- Ne dis pas n'importe quoi.
- J'ai pourtant bien pesé mes mots, je rétorquai en levant un sourcil.
Il vrilla de colère à mon ton supérieur.
- C'est de la folie, tu es complètement inconsciente Laureline ! il cria en me faisant reculer.
Il allait déjà trop loin… Je n'avais pas pu choisir mon destin. Je n'avais rien demandé de cette vie qu'il m'avait volée… Rien…
- Et toi un égoïste ! j'hurlais de plus belle.
Je prenais un souffle court, tenant ma poitrine comme pour soutenir le cœur de métal qui voulait exploser.
- Je n'ai rien demandé Legolas ! Rien ! Et pourtant vous êtes venu me chercher ! Tu fais suffisamment partie de ma vie il me semble ! Jamais je ne t'accorderais un autre droit que celui du partage !
- Je n'ai jamais voulu d'Archive, tu le sais très bien, dit-il plus calmement devant ma colère.
- Et je suis quoi dans ce cas ?! Hein ?! Je sais très bien que tu as flanché parce que Haldir te l'a demandé. Pour qui ce corps a-t-il été créé ? Pour moi peut-être ?! Non, mais pour porter cette mémoire à TA place !
- Si ça n'avait pas été moi, ça aurait été quelqu'un d'autre tu le sais très bien !
- Peut-être aurait-il été plus compréhensif, dis-je d'un geste de la main pour clore le débat.
Je savais que nous allions trop loin, que les mots dépasseraient la raison, mais depuis des mois je gardais au fond de moi cette colère que je tentais de cacher… Cette injustice cruelle qui pourtant n'était pas de son fait…
- Laureline… dit-il doucement, mais c'était trop tard.
- Tu disais souhaiter la mort ! Tu disais ne plus avoir envie de vivre et maintenant tu veux contrôler MA VIE ?! Je suis un être humain, pas un esclave, Legolas ! Ne me fais pas payer le malheur de ta race ! Ne me fait pas payer votre faiblesse plus que je n'ai déjà donné ! Je suis pour ce vote et je ferai tout pour obtenir la liberté de faire autre chose que la bibliothèque!
Ce n'était pas de la colère dans ses yeux, mais bien de la tristesse. Est-ce que je regrettais mes mots ? Pas vraiment, car ils étaient vrais… Qu'importe le ton employé, ils étaient vrais… Et personne ne pourrait changer ça. Il était figé devant moi, les bras ballant dans le vide de ses pensées.
La gentillesse et la délicatesse de certains moments me paraissaient si faux depuis que mon cœur venait de lancer les mots imprononçables. C'était de la poudre aux yeux depuis le début. Un mal caché, une rancune malveillante qui avait grandi dans le silence du respect. Comment avais-je pu me voiler la face si longtemps. Méfis toi de la beauté des elfes Laureline, avait dit ma mère… Oui, jour après jour, je m'étais facilement laissée apprivoiser par son si beau sourire, ses si jolis yeux et sa voix si douce…
Ses bras étaient une si belle prison… Et une si bonne impression de le sentir me regarder… Et une terrible déception de constater que j'étais pourtant devenue son post-it, son carnet, sa bibliothèque, …
Son Archive….
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