Extra 1 : Certaines choses ne changent jamais

Tout semblait paisible au royaume d'Hyrule alors qu'une journée ensoleillée s'annonçait. Voilà deux années que ces landes avaient échappé à la catastrophe ayant failli tout détruire. La vie avait à présent repris son cours normal. Elle s'était même améliorée avec le temps. Orkidië et Cocorico étaient entièrement reconstruits et attiraient de plus en plus de gens issus de tous les peuples. Pas autant que la citadelle, certes. Mais en repensant à ce que ces deux villages avaient subi par le passé, il était impossible de nier qu'il s'agissait là d'une bonne nouvelle pour eux. Ces lieux n'étaient d'ailleurs pas les seuls villages à prospérer.

Au domaine Zora, une ambiance sereine régnait. Comme à leur habitude, certains membres du peuple aquatique nageaient dans l'eau du grand lac, plongeaient depuis l'immense cascade surplombant celle-ci, ou profitaient du ciel bleu partiellement nuageux, allongés sur le sol frais et herbeux. D'autres assuraient la garde ou géraient les affaires économiques, commerciales ou touristiques sous la supervision de leur jeune souveraine.

Celle-ci occupait la salle du trône, qui avait connu des réaménagements durant ces deux dernières années. Plusieurs petits orbes de lumière, ressemblant à des lucioles bleues, gravitaient dans toute la salle, lui donnant une allure à la fois spirituelle et féerique. Epon se servait du phénix bleu en elle pour générer ces petites boules d'énergies destinées à protéger le domaine en éliminant toute menace qui aurait l'audace de perturber l'harmonie de ce village. C'était une façon qu'elle avait trouvée, grâce à l'aide d'Impa, pour canaliser le pouvoir du phénix bleu et l'utiliser de façon inoffensive mais utile pour son peuple.

Derrière le siège souverain, une majestueuse statue à l'effigie de la reine Rutella avait été érigée. Epon se tenait debout devant elle. Habillée d'une longue robe blanche sans manches, à dos nu et légèrement évasée, elle arrangeait des fleurs aux pétales blancs ou jaunes dans un vase posé devant la sculpture. Elle afficha un léger sourire en contemplant le visage de sa mère.

« Maman. Là où vous êtes, j'espère que toi et papa vous portez bien. De mon côté, je fais de mon mieux pour gérer et veiller sur notre peuple. Malgré les difficultés, je pense m'être enfin habituée à ce train de vie. »

Bien qu'elle assumait pleinement son rôle de suzeraine, la jeune fille ne cachait pas que l'appel à l'aventure lui manquait grandement. De plus, elle revoyait depuis quelques jours des souvenirs de la jeune Kida. Cela passait par des recherches que la précédente hybride avait menées dans le domaine de la médecine, aux différents moments vécus aux côtés de Gilgamesh.

En repensant au faucheur qui avait été son ennemi deux ans auparavant, Epon afficha un air peiné. Mais elle ne le garda pas bien longtemps. Finiel venait d'entrer à l'intérieur de la salle et s'était approché de sa reine pour s'incliner devant elle.

« Votre Majesté ?

— Voyons Finiel ! Je te l'ai déjà dit plein de fois : cette formalité entre nous n'est pas nécessaire !

— Je ne l'ai pas oublié, affirma le zora en se redressant avec un grand sourire. Mais je ne peux pas m'en empêcher. Encore plus lorsque tu portes cette tenue. »

Il observait la robe de sa protégée de haut en bas. Le conseiller trouvait ce genre de vêtement somptueux et seyant à merveille à l'hybride. Il y avait encore deux ans, Epon avait du mal à porter des robes royales tous les jours, n'étant pas spécialement à l'aise dedans. Mais elle s'était habituée à la longue, et avait fini par apprécier ce genre de tenues. De toute façon, en tant que figure importante d'Hyrule et souveraine des zoras, ses apparitions se devaient d'être à l'image de sa noblesse et de son peuple.

L'hybride afficha un sourire en contemplant sa robe.

« Je me demande comment Link et Gray réagiraient en me voyant habillée ainsi.

— Tu ne tarderas pas trop à le savoir, en ce qui concerne Link. Le carrosse et les chevaux sont prêts à partir pour Toal. Je n'attends plus que toi pour notre départ !

— Je vois. Merci de t'être occupée de ces préparatifs. Laisse-moi juste le temps de récupérer quelques affaires et de prévenir Loqa. »

D'humeur taquine, le zora fit une révérence exagérée en répliquant :

« À vous ordres, Votre Excellence !

— Finiel... fit Epon d'un air blasé en comprenant clairement son jeu.

— Tu sais ? N'importe qui à ta place se sentirait flatté d'être traité de manière aussi distinguée.

— Je trouve ça plus gênant qu'autre chose, surtout venant de personnes que je côtoie tous les jours comme toi ! » confia la plus jeune en croisant les bras, ce qui provoqua un petit rire chez Finiel. Ce dernier se souvenait que Rutella était un peu pareil, s'il se fiait aux dires des zoras suffisamment anciens pour avoir vécu le début de son règne.

« Les chiens ne font pas des chats, on dirait. » se dit-il en souriant tendrement avant de proposer à la jeune fille de l'emmener voir Loqa.

À l'autre bout d'Hyrule, dans la région méridionale et reculée de Latouane, Toal s'était agrandi pour accueillir quelques humains et hyliens supplémentaires qui souhaitaient s'installer dans cette belle campagne. Iria et son père Bohdan jubilaient. Jamais ce petit village n'avait été aussi vivant qu'en cette période. La bergerie était gérée d'une main de maître et les récoltes de potirons et d'autres légumes se faisaient plus que fructueuses. Aussi, les enfants s'amusaient entre eux à cache-cache ou à d'autres jeux du genre. En somme, tout allait pour le mieux dans cette localité.

Dans sa petite maison sylvestre, Link, installé devant son bureau, relisait un message inscrit sur le papier qu'on lui avait rapporté deux jours plus tôt. Epon l'avait prévenu de sa future visite et était censée arriver à Toal en ce jour. À quel moment, précisément ? Le blond l'ignorait. Mais il avait hâte de revoir l'hybride. N'ayant pas vraiment la possibilité de rendre visite à ses amis autant qu'il ne l'aurait voulu, de telles retrouvailles le réjouissait d'avance. D'autant plus qu'il avait quelque chose d'intéressant à lui montrer, et qui la surprendrait grandement.

« Tu continues encore à lire la lettre d'Epon, hein ? »

Iria, qui se trouvait également à l'intérieur de la demeure, observait Link de loin alors qu'elle préparait deux tasses de thé et une assiette de biscuits. Le plus grand sourit :

« Je m'assure que c'est bien aujourd'hui qu'elle vient nous voir. Finiel sera également présent. C'est un peu dommage que Gray ou Gabriel ne les accompagnent pas, mais revoir Epon et Finiel me fait déjà vraiment plaisir.

— Je vois ça ! confirma la châtaine en lui rendant son sourire. J'avoue également être contente de revoir Epon. Ça fait tellement longtemps que je ne l'ai pas vue ! Je me demande à quoi elle ressemble, maintenant. En tant que reine des zoras, elle doit avoir gagné en charisme et en maturité.

— T'as pas idée ! Tu risques d'être vraiment surprise en la revoyant. »

Devant une telle phrase qu'elle jugeait assez révélatrice des véritables pensées de Link, Iria s'approcha de lui pour lui apporter une tasse alors que son sourire prenait un air taquin. Celui-ci saisit le récipient en bois, mais haussa un sourcil d'étonnement en remarquant son étrange expression.

« Pourquoi tu me regardes comme ça ?

— Oh, pour rien ! Je constate juste que le simple fait de parler d'Epon te rend plus joyeux que d'habitude.

— Tu trouves ? » questionna le jeune homme avant de boire une gorgée de la boisson chaude aromatisée. Iria retint un petit rire, avant de répliquer en levant les yeux vers le plafond :

« Pour tout te dire, je commence sérieusement à me demander si tu ne t'es pas amouraché d'Epon. »

Link se mit tout à coup à tousser, manquant de s'étouffer avec son thé. Il lui fallut une bonne dizaine de secondes pour se reprendre.

« Ne me sors pas des absurdités pareilles sans prévenir, Iria ! J'ai failli me tuer à cause de tes conneries !

— Ce que j'avance est si absurde ? l'embêta son amie d'enfance en pouffant de rire. Pourtant, avec tous les cadeaux que tu lui as offerts et ton bonheur par rapport à sa future visite, on est en droit de se poser la question. »

Link, complètement embarrassé par de tels sous-entendus, se pinça l'arête du nez alors que ses joues s'étaient empourprées.

« Mais ça ne veut rien dire, ça ! S'il fallait être amoureux de ceux à qui on offre des présents, je serais amoureux de bien trop de monde !

— En attendant, tu es aussi rouge qu'une cerise.

— Parce que ce que tu racontes est gênant ! »

Iria craqua et éclata de rire devant cette justification. Las d'être moqué de la sorte par sa cadette, le héros s'approcha d'elle pour lui tirer une oreille. Pas trop fort pour ne pas lui faire mal, mais suffisamment pour qu'elle le sente.

« Aïe aïe aïe...

— Ça t'apprendra à te moquer de moi en racontant n'importe quoi ! » rétorqua le blond avant de la lâcher. Iria lui adressa une moue boudeuse, mais ne cessa pas ses taquineries pour autant :

« Si ce n'était pas vrai, tu n'aurais pas réagi comme ça !

— On t'a payé pour m'embêter aujourd'hui, ou quoi ? Je te trouve particulièrement enjouée en ce jour ! »

Il eut un léger sourire, voyant là l'occasion de retourner la situation en sa faveur.

« Si ça se trouve, c'est l'arrivée d'Epon qui te met dans cet état. Je suis également en droit de me demander si ce n'est pas toi qui t'es amourachée d'elle, comme tu dis.

— Quoi ?! fit la châtaine en écarquillant les yeux de stupéfaction.

— Si on suit ta logique de tout à l'heure, à en juger par ta gaieté et ton humeur taquine...

— Je ne perds pas mon temps à relire une lettre d'elle, contrairement à toi !

— Peut-être, mais tu sembles encore plus impatiente à l'idée de la revoir enfin. C'est une attitude assez révélatrice ! »

Tandis qu'Iria affichait un air blasé, Link lui offrit un grand sourire, satisfait de pouvoir l'embêter à son tour.

Ce fut à cet instant que tous deux entendirent des claquements de sabots et des renâclements de chevaux à l'extérieur. Le bruit d'un véhicule roulant s'élevait également. En comprenant que leur sujet de conversation était arrivé à leur village, le duo s'échangea un sourire avant de se précipiter vers l'entrée de la maison pour en sortir.

Tracté par deux destriers à la robe blanche, dont Hydrie, un carrosse aux décorations bleues et argentées s'arrêtait dans la cour située entre la maison de Link et l'entrée du village. Finiel, qui dirigeait le véhicule, en descendit en même temps qu'Epon qui avait déjà poussé la porte pour l'ouvrir. Lorsqu'elle posa ses pieds sur le sol argileux, elle vit l'hylien vêtu de vert s'avancer vers elle, un large sourire aux lèvres. Ni une ni deux, elle se précipita jusqu'à lui et lui sauta au cou pour l'enlacer affectueusement.

« Je savais que tu allais faire ça ! affirma le blond en riant gentiment tout en la serrant dans ses bras. Content de te revoir, Epon !

— C'est bon de revenir ici et de te retrouver ! » répliqua l'hybride avant de se décoller de lui, et de tourner la tête vers Iria qui s'avançait à son tour. La Toalienne lui fit un signe de la main en souriant.

« Ça faisait longtemps, Epon !

— Tu m'étonnes ! Ça fait vraiment plaisir de te revoir aussi ! » s'exclama la concernée en s'approchant pour la prendre dans ses bras, tout en la surélevant du sol.

« Hé ! Doucement ! » s'écria Iria qui ne s'y attendait pas, sous les rires heureux de Link, et l'air légèrement dépité de Finiel, qui s'approchait de ce petit monde.

« Epon, tu as un sérieux manque d'étiquette, sur ce coup.

— Link et Iria sont mes amis. L'étiquette avec eux n'est pas nécessaire ! » affirma la demi-zora en reposant Iria. Celle-ci et Link saluèrent ensuite le conseiller de la reine.

« C'est un plaisir de vous revoir en bonne santé, tous les deux, confia Finiel après avoir serré leurs mains. Je ne pense pas exagérer en vous avouant que vous manquer beaucoup au domaine Zora.

— Pour le coup, c'est complètement réciproque, répliqua l'amie d'enfance de Link. J'aurais bien aimé pouvoir retourner là-bas un jour. Dommage que ce soit aussi loin de Toal !

— Si l'occasion se présente et que j'ai la possibilité d'y aller, je t'y emmènerai ! » promit Link, à la grande joie de la châtaine, mais également d'Epon qui espérait également les accueillir dans son lieu de vie et s'y amuser comme ils le faisaient autrefois. Mais pour l'heure, le héros d'Hyrule invita les nouveaux venus à pénétrer au sein du village campagnard. Tous les Toaliens attendaient avec impatience leur venue, et avaient même organisé un banquet en leur honneur.

La première chose qui frappait aux yeux d'Epon et de Finiel était le nombre de villageois qui était plus élevé que lors de leur dernière visite. On pouvait en dire autant des maisons construites dans ce coin reculé. Les aménagements pour accueillir cet accroissement de population donnaient l'impression que la localité s'était agrandie. À l'instar de Cocorico ou d'Orkidië, Toal semblait bien plus vivant et animée qu'avant. Elle conservait cependant son aspect rustique si l'on se fiait aux champs de potirons qui s'étendaient sur une plus large superficie, et à la bergerie qui comptait bien plus de chèvres.

Même les habitants qu'Epon et Finiel avaient pu côtoyer par le passé semblaient avoir changé, à commencer par les enfants qui avaient grandi. Fénir et Colin semblaient avoir gagné en maturité à vue d'œil, en plus d'avoir pris quelques centimètres. Il en était de même pour Balder qui faisait quasiment la même taille qu'eux alors qu'il était d'une taille étonnamment petite auparavant. Anaïs était devenue une belle jeune adolescente, qui avait vu ses cheveux pousser et coiffés de manière soyeuse jusqu'à ses épaules. La petite sœur de Colin, Liné, se tenait à côté de son frère dont elle représentait le portrait craché, à quelques détails prêts : ses mèches blondes étaient nattées en deux tresses tombant sur chaque côté de sa tête.

Moï, Ute, Bohdan, ainsi que les parents des enfants étaient également présents, et tous s'inclinèrent de respect devant Epon. La jeune femme en fut à la fois gênée et flattée. Mais elle semblait habituée à être accueillie ainsi lorsqu'elle effectuait des sorties en tant que souveraine Zora. Surtout en portant cette robe royale blanche que beaucoup trouvaient magnifiques, Link et Iria les premiers.

Le temps passa alors que la fête battait son plein. En vérité, la raison de la venue d'Epon, en plus de rendre visite au héros d'Hyrule, était de discuter avec Bohdan au sujet d'une potentielle construction de fontaines au sein du village. Les zoras étaient les architectes parfaits pour ce genre de chose, et l'hybride souhaitait jauger les travaux à effectuer avant de s'organiser pour offrir la main d'œuvre nécessaire. Cette affaire s'était conclue en une heure, et l'élue de Nayru avait déjà demandé à Finiel de rédiger un message à l'adresse de Loqa pour l'en informer et éventuellement commencer les préparatifs à ce sujet.

Le reste de la journée s'effectua dans une ambiance conviviale. Un repas copieux avait été cuisiné et des activités ludiques étaient organisées pour animer le village à l'occasion de ce jour assez spécial.

Le soir arriva bien vite. Les animations continuaient encore. Mais la reine des zoras avait souhaité s'isoler un moment dans un endroit qu'elle affectionnait : la source de l'esprit de Latouane. Elle s'y était rendue à deux reprises par le passé : une première fois alors qu'elle avait suivi Iria jusque-là, et une deuxième fois accompagnée de Link et de Gray avant le jour de leur bataille finale contre Gilgamesh, Alvaro et leurs sous-fifres.

En cet instant, il s'y était rendue seule. Pour éviter de salir sa robe royale, elle avait usé de ses pouvoirs afin de créer un pilier de glace sur lequel s'asseoir. Elle contempla alors l'étendue d'eau limpide et les quelques petites cascades devant elle, le tout agrémenté d'un firmament nocturne où brillait une multitude d'étoiles. Ce magnifique panorama au calme l'avait manquée.

Elle profita de ce moment de sérénité pour ressasser dans son esprit tout ce qu'elle avait vécu ces deux dernières années, et même un peu avant. Rapidement, elle repensa à Gray et à Gabriel. Elle regrettait leur absence en ce jour, mais priait pour que les deux hommes se portent bien.

« Il faudrait que je me dégage une journée pour leur rendre visite à Orkidië. » se dit-elle en souriant légèrement. Ils n'étaient cependant pas les seuls qu'elle désirait revoir. Les membres de la Résistance, Midona, Impa, Zelda... L'hybride se demandait comment se portait tout ce petit monde qu'elle n'avait pas eu l'occasion de revoir aussi souvent qu'elle ne l'avait espéré. Elle avait également une pensée pour Leviah qui menait une nouvelle vie à Cocorico. Plusieurs rumeurs disaient qu'elle se remettait peu à peu de sa folie avec l'aide de Reynald et de Louda. Mais Epon n'était pas retournée à Cocorico depuis très longtemps, et ignorait comment celle qu'on surnommait la tornade rouge se portait.

« Besoin d'être un peu seule ? » s'éleva la voix de Link tandis que le jeune homme s'approchait de la souveraine en souriant.

« M'éloigner de l'agitation de temps en temps me fait du bien, répliqua la bleue en lui rendant son sourire.

— Je m'en doute. Et je savais également que je te retrouverais là.

— Tu veux rester avec moi ? »

Epon utilisa ses pouvoirs pour faire apparaître un pilier de glace similaire au sien juste à côté d'elle. Link refusa en secouant la tête.

« Rester avec toi, oui. M'asseoir sur ce truc gelé, très peu pour moi. Mon derrière en souffrirait ! »

Cette justification fit rire la demi-zora qui fit donc disparaître le siège de glace. Ainsi, l'hylien s'installa par terre, face à la source. Le duo contempla celle-ci en discutant.

« Ça fait plaisir de voir les villageois de Toal se porter aussi bien, confia la plus jeune. D'ailleurs, je ne pensais pas que ce village avait changé à ce point. J'ai failli ne pas reconnaître l'endroit !

— Dépaysant, n'est-ce pas ? Bohdan voulait un peu de changement. Et sachant que notre lieu de vie a attiré quelques personnes, il a fallu ériger de nouvelles maisons pour qu'ils puissent y vivre. Ça nous a demandé pas mal de travail, mais les constructions se sont faites plus vite qu'on ne l'avait cru.

— Et visiblement, comme Bohdan souhaite construire des fontaines, Toal n'a pas fini de s'embellir ! »

Link acquiesça. La jeune femme avait raison sur ce point. Et c'était un fait qui s'appliquait à tous les villages d'Hyrule. Ce royaume n'avait pas connu une pareille prospérité depuis longtemps, et cela faisait plaisir au héros qui s'en réjouissait.

« Je t'avoue que ça me fait du bien, de vivre sans devoir combattre des êtres malfaisants. Bien sûr, il arrive qu'on me confie quelques missions ou requêtes à accomplir, mais rien de spécialement compliqué, comparé à celle de sauver Hyrule d'une destruction imminente.

— Vu sous cet angle, ton sentiment peut se comprendre. À vrai dire, je la partage un peu. Combattre des adversaires pour protéger nos peuples, c'est bien, mais ce n'est ni simple ni sans conséquences. Une période de repos de temps en temps est bienvenue. Même si dans mon cas, je ne suis pas sûr que repos soit le terme le plus adapté ! »

Link n'avait pas besoin de relever quoi que ce soit, tant ce que l'hybride venait d'expliquer était véridique.

« C'est vrai qu'en tant que reine, ça ne doit pas être simple tous les jours pour toi.

— Aujourd'hui, je suis plus ou moins habituée, malgré des débuts assez difficiles. Loqa, et surtout Finiel m'ont beaucoup aidée et soutenue. C'est en grande partie grâce à eux si je suis la souveraine que je suis aujourd'hui. Par contre, je regrette un peu l'époque de nos aventures à travers le royaume. Et le fait qu'on ne puisse plus se voir autant qu'avant avec Gray.

— Ouais, moi aussi. Mais je pense qu'en s'organisant bien, on peut prévoir une escapade quelque part ensemble. Comme par exemple... à Célestia ? »

Epon haussa un sourcil d'étonnement. Carrément dans la cité céleste dont il lui avait parlé auparavant ?

« Je ne sais pas trop... si ça me branche d'aller là-bas.

— Ah bon ?

— Link, on parle d'une ville perchée dans le ciel et peuplée d'oiseaux étranges !

— Ça peut dérouter au premier abord, mais crois-moi : cet endroit est vraiment sympa. Et de nuit, c'est vraiment magnifique. Je suis sûr que tu adorerais. Gray aussi. »

Est-ce que Gray se sentirait capable de visiter une cité céleste ? C'était la première question qu'Epon se posait. Mais malgré ses appréhensions, elle se disait qu'une telle sortie à trois pourrait être vraiment sympathique, en plus de lui faire découvrir un lieu dont elle ne soupçonnait pas l'existence deux ans auparavant.

« Epon, il y a une question que j'aimerais te poser, mais... »

Cette hésitation de sa part surprit la demi-zora, qui l'invita à poser sa question.

« Au sujet des réminiscences de Kida qui te surviennent... Est-ce que ça continue encore ? »

La jeune fille comprenait mieux la raison de sa réticence. Ce n'était pas spécialement son sujet de conversation favori. Mais il fallait bien qu'elle en parle à un moment ou à un autre.

« Je ne vais pas te mentir : je continue encore d'en avoir. Je dirais même que ça arrive de plus en plus souvent. Comme si je vivais une vie parallèle dans mes rêves à travers les souvenirs de Kida. Parfois, c'est fascinant et agréable. Parfois c'est carrément étrange et déroutant. Mais c'est un autre Hyrule que je découvre avec ses yeux. Ainsi qu'un Gilgamesh complètement différent de celui qu'on a affronté. »

À l'entente de cette dernière phrase, un sourire amer étira les lèvres du blond. Gilgamesh n'avait pas toujours été une personne cruelle et vengeresse, prête à tout pour arriver à ses fins, quitte à décimer des populations entières. Malheureusement, il avait vu les siens mourir sous les attaques de l'armée Hyrulienne juste pour une divergence de religion. Sans compter qu'il avait ensuite perdu Kida qui avait choisi de se sacrifier pour purifier le royaume avec le phénix bleu en elle. Après avoir vécu autant de tragédies, n'importe qui à la place du faucheur aurait pu agir et finir comme lui.

« Après, je ne prends pas ça comme une fatalité ou une malédiction, reprit l'élue de Nayru en souriant légèrement. Il y a eu une période où je ne savais plus trop si j'étais Epon ou Kida. Surtout avec ce nouveau corps qui ne m'appartient pas totalement. Mais j'ai appris à accepter cet aspect au fil du temps et à vivre avec. Le phénix bleu, Kida et moi-même sommes liés. Autant l'accepter. Et puis, je t'avoue qu'en apprendre plus sur l'ancienne vie de Kida est enrichissant. Grâce aux visions que j'ai d'elle, j'ai acquis quelques connaissances, notamment en matière de médecine.

— Vraiment ?

— Ça ne fait pas pour autant de moi un docteur, une herboriste ou que sais-je d'autre ! Mais lorsqu'une personne de mon entourage tombe malade ou se blesse, je sais quel genre de soin lui prodiguer pour qu'elle se sente mieux. »

Link en fut surpris. Il ne s'était pas attendu à cette révélation, mais trouvait que c'était une bonne chose. De telles connaissances pouvaient s'avérer utiles aussi bien pour la demi-zora que pour son peuple ou ses amis. Le blond était également heureux de voir Epon bien vivre malgré les inconvénients que lui causait encore le phénix bleu. Affichant un tendre sourire, il était sur le point de lui parler à nouveau. Mais il sentit tout à coup quelque chose vibrer dans sa besace. Sous l'air curieux de l'hybride, il en sortit un petit objet aux couleurs sombres et aux motifs fluorescents qui rappelaient ceux du palais du Crépuscule. Un petit miroir était posé en son centre.

Le héros toucha celui-ci, et une représentation miniature de Midona se manifesta au-dessus de l'objet.

« Bonsoir, Midona ! fit Link en se relevant.

— Salut ! Tu me reçois bien ? J'ai l'impression que ce dispositif a encore besoin de quelques... Oh, salut Epon ! » fit-elle à la concernée en lui faisant un signe de la main. La bleue fut complètement abasourdie. Que se passait-il ? C'était vraiment Midona qui lui parlait ? Elle n'était pourtant pas là, physiquement parlant ! Link pouffa de rire devant une pareille réaction :

« Ta tête est hilarante, princesse !

— Au lieu de te moquer de mon ignorance, explique-moi ce que c'est que ce truc ! répliqua la demi-zora d'un air blasé.

— Oh, tu ne leur as pas parlé de mon invention ? demanda la twili à l'hylien.

— Je comptais le faire avec Epon dans quelques instants, mais je ne pensais pas que tu m'aurais contacté maintenant.

— Contacté ? » répéta l'hybride qui n'était pas sûre de comprendre. Les deux autres prirent le temps de lui expliquer que Midona avait eu l'idée d'un dispositif permettant à Hyrule et au Crépuscule de communiquer à distance. Ainsi, cela lui permettait de parler avec Link à tout moment même en se trouvant dans la dimension obscure. Elle en était arrivée à la construction de cet artefact qu'elle avait baptisé l'oeil de l'éclipse. Malheureusement, celui-ci n'était pas encore parfait. L'hologramme de Midona qui se brouillait en témoignait.

« C'est impressionnant ! admit Epon en rapprochant sa tête de la projection pour la contempler de plus près. Et c'est très pratique, aussi. C'est le seul que tu as fabriqué ?

— Pour l'instant, oui. Je ne peux pas m'en permettre d'en faire d'autres tant que celui-ci ne fonctionne pas correctement. Surtout que ça m'a coûté pas mal de temps et d'énergie pour le créer. J'ai quand même utilisé le cristal d'ombre pour ça.

— C'est pas un peu dangereux pour toi ? s'inquiéta Link.

— Ne t'inquiète pas pour ça ! Je fais attention. Et puis n'oublie pas qui je suis ni ce dont je suis capable, Link ! »

Midona raconta ensuite qu'elle projetait d'en créer plusieurs exemplaires si cette invention était un succès. Elle ferait en sorte qu'Hyruliens et twilis puissent communiquer entre eux, que ce soit d'un royaume à l'autre, ou au sein du même monde.

« J'imagine vraiment l'avancée que ça pourrait apporter à Hyrule et au Crépuscule si une telle idée fonctionne ! se réjouit Epon. C'est vraiment une invention intéressante et bien trouvée ! J'espère que tu réussiras. Tu as tout mon soutien pour ça !

— Tu me flattes, très ch... »

L'image se brouilla tout à coup, jusqu'à disparaître totalement. La communication était coupée, et on pouvait remarquer les motifs fluorescents de l'œil s'éteindre légèrement.

« Midona a encore du boulot, on dirait, constata Link en tentant de refaire marcher l'artefact, en vain.

— Le fait qu'elle puisse te contacter à distance de cette manière est déjà une belle avancée. Je suis vraiment admirative ! J'espère qu'elle améliora son œil de l'éclipse. Très classe comme nom, d'ailleurs !

— Pour le coup, ce nom vient de moi. » affirma le blond en rangeant l'objet, un sourire satisfait aux lèvres. Devant une telle fierté de sa part, une expression taquine s'empara du visage d'Epon.

« Toi qui as l'idée d'un nom aussi classe ? C'est surprenant !

— Oh, tu aurais trouvé mieux, peut-être ? demanda le blond en feignant un air blasé.

— Je ne sais pas, mais je ne suis pas sûre de croire que l'œil de l'éclipse vienne vraiment de toi. »

Bien qu'il savait qu'elle disait cela pour l'embêter, Link estima qu'il devait se venger. Ce fut la raison pour laquelle il s'approcha tout à coup d'elle pour lui faire des chatouilles au niveau de la taille, sans prévenir.

« Link, non, pas ça ha ha ha ha ! rit la souveraine en tentant de se débattre.

— Ça t'apprendra à te ficher de moi ! » répliqua l'autre sans arrêter pour autant. La pauvre hybride, chatouilleuse, s'esclaffa en gesticulant pour se défaire de l'étreinte de Link. Manque de chance, celui-ci se débrouillait pour ne pas la lâcher.

Alors que les deux s'adonnaient à ces taquineries, Iria et Finiel arrivèrent à la source à leur tour pour constater les faits. Ils ignoraient s'ils devaient les séparer ou ne pas s'en mêler.

« Je... ne m'attendais pas ça, confia la Toalienne qui plaignait intérieurement Epon.

— Moi non plus, confia le zora en croisant les bras avec un sourire aux lèvres. Il faut croire qu'on ne changera pas ces deux-là malgré ce qu'ils sont ? »

L'élue de Nayru remarqua la présence des deux nouveaux venus et réclama leur aide :

« Pitié hé hé hé ! Dites à Link d'arrêter hé hé ha ha !

— Tu retires ce que tu as dit tout à l'heure ? lui demanda Link qui se délectait de son supplice.

— Oui hi hi hi ! Pardon ! Désolé hé hé hé ! »

Le héros cessa donc ses chatouilles et la lâcha, affichant un large sourire victorieux. Epon haleta, prenant le temps de se remettre de ce moment à la fois amusant et atroce.

« Tu survivras, Epon ? » lui demanda Finiel en retenant un fou rire alors qu'il s'approchait d'elle. La bleue hocha brièvement la tête en guise de réponse pendant qu'Iria s'adressait à Link.

« Je ne sais pas ce qu'elle t'a fait pour mériter ça, mais c'est une drôle de façon de traiter une reine, non ?

— Ce n'est pas la première fois, affirma le concerné. Et ce n'est sûrement pas la dernière.

— Et après, ça te surprend lorsque je te soupçonne de t'être amouraché d'elle ?

— Ne recommence pas avec ça. » lui conseilla Link en tirant son oreille. Iria parvint à se dégager d'un revers de main avant de lui adresser une moue boudeuse. De son côté, Epon retrouva une respiration normale.

« Je trouverai une façon de me venger, Link ! lança-t-elle d'un sourire complice.

— Je n'attends que ça, princesse !

— Je veux bien te prêter un coup de main pour ça, Epon. Il le mérite ample... Aïe ! »

Link tira à nouveau l'oreille d'Iria :

« T'es pas censée me soutenir dans ce genre de moment ?

— Ce n'est pas en me tirant l'oreille que je te soutiendrai, tu sais ? »

Et voilà que les deux Toaliens commençait à se chamailler gentiment à leur tour, sous les rires d'Epon et sous l'air stupéfait de Finiel, qui ne s'était pas attendu à voir le célèbre héros d'Hyrule réagir de la sorte. À la regarder ainsi, il n'avait pas l'impression d'être face au guerrier ayant sauvé le royaume à deux reprises. Il paraissait être un jeune homme vingtenaire, tout ce qu'il y avait de plus banal. Dans un sens, ce n'était pas plus mal : malgré son statut héroïque, Link restait avant tout un hylien, qui méritait une vie paisible après tout ce qu'il avait traversé. Visiblement, Epon était parvenue à faire ressortir cet aspect ordinaire chez lui. Et l'inverse était tout autant valable.

« On peut dire qu'ils se sont bien trouvés. » pensa Finiel alors qu'il observait le petit groupe d'amis avec un tendre sourire aux lèvres. Beaucoup de choses avaient évolué à Hyrule durant les deux dernières années. Mais une chose était sûre aux yeux du conseiller d'Epon : certaines choses ne changeraient jamais. L'amitié entre Link, Iria et Epon en était une preuve.