Désolé pour l'attente, mais mon mois de mars a été plutôt encombré... bref, j'espère que vous vous souvenez quand même de cette histoire, et que vous apprécierez ce chapitre :). tout commentaire est le bienvenu, et merci encore à tous ceux qui lisent et apprécient ce que j'écris.


Chapitre IV

"For I know with the first light of dawn
I'll be leaving,
And tonight will be
All I have left to recall." *

-

Lorsque je sors de la salle de bain quelques minutes plus tard, le couloir est encombré. Meredith et Derek disent 'Bonne nuit' à Christina et Owen, et partent dans des chambres côtes à côtes. Ils m'aperçoivent alors et me font un geste de la main en souriant, avant de fermer respectivement leurs portes. Je descends les escaliers. Callie est au téléphone, près de la porte, Lexie et Karev déplie le canapé du salon tandis que Mark et Arizona discutent un peu plus loin. Je passe une main sur mes vêtements, comme pour les défroisser, et essuie une dernière fois le dessous de mes yeux, par précaution. Callie raccroche et m'aperçoit :

« Hey, Addie, je te dis au revoir, Patrick est dehors avec la voiture, on va rentrer sur Seattle… »

« Oh tu t'en vas ? »

« Oui, désolée. » me répond-t-elle, me serrant dans ses bras. « Ca m'a fait super plaisir de te revoir… Tu viendras bientôt nous rendre visite à Seattle, hein ? »

« J'espère. Moi aussi ça m'a fait plaisir… Rentrez bien alors. »

Je dessers son étreinte et m'écarte un peu, et la regarde dire au revoir aux autres. Je ne peux m'empêcher de porter une certaine attention à ses au revoir avec Arizona. Elle s'enlacent. Une étreinte un peu gênée, mais affectueuse. Je croise le regard d'Arizona et détourne les yeux, embarrassée. Je reste encore troublée par les évènements de la salle de bain. Quelque chose semble m'attirer inéluctablement vers elle. Je ne saurais dire quoi. Je ne comprends pas, et cette emprise si soudaine qu'elle semble avoir sur moi me terrifie et m'électrise à la fois. Une partie de moi me pousse à fuir, à éviter ce nouveau bouleversement compliqué et inattendu, mais une autre me pousse à suivre mes instincts. A cet instant, alors que mon regard brûle d'envie de se poser dans le sien, je suis totalement déboussolée. C'est alors que Lexie me sort de mes pensées et me demande :

« Et toi Addison, tu veux dormir ici ? »

« Euh… je sais pas, je veux pas déranger. Déjà que je suis arrivée à l'improviste… Je vais prendre un taxi et trouver un hôtel dans le centre ce sera plus simple. »

« Quoi ?! » s'exclame Mark. « Reste donc dormir ici ! Tu déranges pas, au contraire. Reste, et demain on pourra encore profiter du petit déjeuner. »

« On peut peut-être rajouter un matelas dans… euh, la buanderie ? » enchaîne Lexie, tentant de trouver une solution.

« Non, sincèrement ça va compliquer tout le monde. Vous dérangez pas pour moi, vraiment… »

« Je veux bien partager ma chambre, ça me dérange pas. » dit alors Arizona. « Enfin si ça dérange pas Addison, ça pose pas de problème pour moi en tout cas… »

Tous les regards se retournent alors vers moi. Mes pensées s'enchaînent à toute vitesse. Arizona + moi + chambre +… pardon ? Probablement une mauvaise idée. C'est vrai, si le baiser du jardin était innocent, ce n'est certainement pas le cas du dernier en date. Oh, non… Il était… tout, sauf innocent. De ma part autant que de la sienne. De ma part ? Mon dieu…qu'est ce qui m'arrive… Toujours perdue dans mes pensées, je prend conscience que tous les regards restent tournés vers moi. Je dois donner une réponse et vite :

« D'accord. »

D'accord ?!? Merde… MERDE ! Je ne peux m'empêcher de regretter immédiatement ma décision, même si le sourire tendre que me jette Arizona parvient à me conforter dans cette décision impulsive.

-

Alors que Karev s'installe sur le canapé du bas, tout le reste de la troupe –moi y compris- remonte alors à l'étage. Je furète dans mon sac à la recherche de ma brosse à dent, lorsque je réalise quelque chose : mon pyjama. J'ai oublié mon pyjama. De mieux en mieux, Addison… Tandis Lexie et Arizona progresse dans le couloir, je retiens Mark par le coude et lui chuchote à l'oreille :

« Mark… j'aurais besoin d'une petite faveur… » Il lève un sourcil interrogateur tout en me jetant un sourire narquois. Voici une chose qu'il faudra que je lui demande un jour : cet air lubrique sur son visage, en permanence, est ce que c'est volontaire, ou… ?

« J'ai oublié mon pyjama… »

« Et donc tu veux que je monte le chauffage ? »

« Mark ! »

« Je plaisante ! Je vais demander à Lexie de t'en prêter un.»

« Non, non, un vieux T-shirt de jogging à toi, ça suffit… »

« Ok, si tu le dis… »

-

Quelques minutes plus tard, après avoir brosser mes dents, m'être brièvement démaquillée, et avoir récupérer un splendide T-shirt gris déformé de taille XXL, j'avance à pas silencieux dans le couloir vers le bureau, dans lequel un canapé lit a été déplié pour Arizona et moi. Debout devant la porte fermée, mes petites affaires à la main, je ne peux m'empêcher d'être anxieuse. Je frappe trois coups et attend une réponse. J'entends au loin la voix d'Arizona qui me dit d'entrer. J'entrouvre la porte, doucement, et jette un regard furtif à l'intérieur avant de la refermer derrière moi. Arizona est au fond de la pièce, le dos vers moi. Et peut-être devrait-je préciser : dos NU, vers moi. Je détourne les yeux tandis qu'elle abaisse son débardeur blanc. Elle se retourne alors et me sourit, sans rien dire. Je lui rend son sourire, un peu gênée.

Elle se rapproche alors du lit et s'assied, ses cheveux blonds ondulant sur ses épaules. Je fais un pas près du lit et pose ma trousse de toilette et mon sac sur une chaise. Je réfléchis alors à mes options. Je peux me changer ici, soit retirer l'intégralité de mes vêtements -hormis ma culotte- devant elle avant de me glisser dans le T-shirt de Mark, ce qui pourrait s'avérer… quelque peu gênant, pour elle comme pour moi. Ou je peux aller me changer dans la salle de bain, et risquer de tomber sur quelqu'un dans le couloir alors que je suis à moitié nue… Ce qui s'avèrerait à la fois gênant ET humiliant. Je choisie donc la première option. Je commence par retirer ma veste, et comprenant ce que je suis sur le point de faire, Arizona, toujours assise sur le lit, se retourne vers le mur opposé. Si je lui en suis pleinement reconnaissante, je ressens pourtant un léger pincement au cœur : l'idée d'Arizona parcourant mon corps du regard ne me serait pas désagréable… A toute vitesse, je fais glisser ma jupe au sol, retire mon haut et me retourne tout de même avant de dégrafer mon soutient gorge et d'enfiler mon 'habit de lumière'.

Je me retourne et reste un instant immobile face au lit. Arizona se retourne vers moi elle aussi, et ne peut s'empêcher de rigoler en voyant mon accoutrement, bien loin de ce à quoi elle est habituée à me voir porter. Je baisse les yeux sur ma tenue, et rit avec elle. Les manches, pourtant 'courtes' m'arrivent aux coudes, et le bas du T-shirt, mi-cuisses. Il serait sûrement suffisamment large pour nous deux, et nous imaginer elle et moi à l'intérieur de ce T-shirt me donne des frissons. Je chasse ces idées de ma tête tant bien que mal, et me glisse sous les draps, éteignant la petit lampe sur ma table de nuit ; elle m'imite alors. Nous nous retrouvons bien vite dans le noir, sur le dos, à chaque extrémité du lit. Je ne sais que faire. Je reste là, immobile, m'empêchant presque de respirer. Pas un mot ne fut prononcé depuis le baiser. Je ne sais ce qu'elle en pense, ni ce que j'en pense, à part que j'en ai aimé chaque instant. Faudrait-il en parler ? Non. Beaucoup trop compliqué. Je tourne la tête discrètement de son côté et la voit dans la même position. Je veux me retourner : je ne dors jamais sur le dos. Mais quelque chose en moi m'empêcher de me retourner vers le mur, mais aussi de me tourner vers elle. Je reste donc ainsi, encore un peu.

« Bonne nuit Addison. » entend-je alors à ma gauche. Elle me sourit avant de fermer les yeux et se tourner sur le côté, le visage face à moi.

« Bonne nuit Arizona… » je murmure en retour, avant de me retourner aussi face à elle et de fermer les yeux à mon tour.

Au bout d'un moment, cependant, je ne dors toujours pas et la tentation est trop forte. J'ouvre les yeux et l'observe. Je vois son corps se soulever et s'abaisser doucement à chaque nouvelle respiration. Je vois son visage paisible et doux, ses traits fins, et une mèche de cheveux voleter près de son nez chaque fois qu'elle expire. J'entends son souffle tranquille et léger bercer la pièce. Je vois ce petit corps à l'autre bout du lit, si près et pourtant si loin. Après quelques minutes à la regarder dormir, je trouve mon comportement ridicule et me retourne à nouveau sur le dos, les yeux rivés vers le plafond, soupirant un grand coup. Pitié, laissez moi dormir. Je suis épuisée, et pourtant le sommeil ne vient pas. S a présence à côté de moi m'obsède. J'aurais peut-être vraiment dû aller à l'hôtel, finalement… Je ne sais combien de temps s'est écoulé depuis, mais je commence à me sentir lasse, et décide de sortir de la chambre. Pour quoi faire, je n'en sais rien… Toute distraction sera la bienvenue. Une cigarette dans le jardin, un magazine dans les toilettes… Oui, tout fera l'affaire, du moment que je sorte de cette chambre où le silence m'oppresse. Doucement, je m'extirpe des draps et me lève, me dirigeant vers la porte. Alors que ma main touche la poignée, sa voix me surprend et je sursaute :

« Addison ? »

Je me retourne et la vois, assise dans le lit, appuyée sur les coudes. Elle me fixe, confuse, comme attendant une réponse à cette question qui n'en est pas une.

« Je… J'arrive pas à dormir. » je réponds alors honnêtement, la regardant aussi dans les yeux.

« Moi non plus. » répond-t-elle avant de baisser les yeux.

Je regagne alors doucement le lit et m'assied dessus avec précaution, comme s'il pouvait se rompre sous mon poids. Un silence s'installe quelques instants, avant qu'elle ne me surprenne à nouveau, me demandant subitement :

« C'est à cause du baiser ? »

Je ne sais que répondre. J'ouvre la bouche, étonnée, mais rien ne sort. Elle enchaîne alors, à tout vitesse :

« C'est pas grave. C'est arrivé, c'est tout. Tu étais mal, je l'ai bien vu. Et pas vraiment dans ton état normal non plus avec tout ce martini et autre… Tu aimes les hommes, je le sais. Tu n'as pas à te sentir mal, ou gênée, ou je ne sais quoi. Je n'en penses rien, et j'attends rien de toi --»

Je la regarde avec stupéfaction, toujours sous le choc, alors qu'elle débite son petit discours à toute allure, les yeux partout à la fois sauf tournés vers moi.

« -- ça s'est fait, on en avait envie, et voilà. On est pas obligées d'en parler… Tu, tu n'es pas obligée de dire quoi que ce soit. »

Elle relève alors le regard, l'air sérieux et quelque peu anxieux.

« Ok ? »

Je lui sourit alors, rassurée par ses propos, et sens immédiatement un poids se libérer en moi.

« Ok. » répond-je en me réinstallant sous les draps.

Je m'installe sur le côté, face à elle, lui souriant toujours. Nous nous regardons un moment dans l'obscurité, et soudainement je lui dis :

« Tu es chou quand tu dors. »

« Quoi ? »

« Tu as un visage poupon, comme un bébé… »

« Un bébé ? »

« Oui. »

Elle ne dit rien mais sa fossette grandit sur son visage et je sens qu'elle ne peut s'empêcher de sourire de ma remarque.

« Tu m'as regardé dormir ? »

« Non. Enfin si, un petit peu… »

« Ca fait un peu psychopathe comme comportement… » Dit-elle en rigolant.

« Je sais. » je lui réponds, les yeux rieurs.

Quelques secondes plus tard, elle avoue :

« Moi aussi, je t'ai observé un peu. »

« Ah ah ! C'est qui le psychopathe maintenant ! » lui dis-je en plaisantant.

« Je ne dirais pas que tu ressembles à un bébé cela-dit… »

Un nouveau silence s'installe, un silence confortable et paisible, alors que chacune de nous se détend un peu plus à chaque minute, d'un bord et de l'autre du lit, prenant un peu plus nos aises.

« C'est dommage j'aime bien les bébés… » je lui réponds alors, bien après. « J'aime les bébés mais je peux pas en avoir… » je lui confie, comme si je la connaissais depuis toujours, ce qui moi-même me surprend.

« J'aime les bébés mais j'ai trop peur pour en avoir. » me dit-elle juste après. Je ne m'attendais pas à cette remarque, pas venant de quelqu'un comme Arizona.

« Peur d'avoir des enfants ? Pourquoi ? »

« Je ne sais pas. Je peux pas vraiment l'expliquer. C'est comme une phobie tu sais ? C'est pas toujours rationnel… »

« A cause de ton travail ? En pédiatrie ? »

« Peut-être… Sans doute. Ca a sûrement un lien. J'en vois mourir si souvent, ainsi que des familles qui s'effondrent… ça me terrifie. »

Son honnêteté me transcende, tout comme la facilité avec laquelle nous parvenons à nous confier l'une à l'autre, sans honte, sans gêne.

« Ca ne te fais pas ça toi ? Travaillant en obstétrique ? » me demande-t-elle.

« Ca peut faire peur, c'est sûr, mais non. »

« Peut-être parce que tu t'efforce à leur donner la vie, et moi, je m'efforce à ce qu'il ne la perde pas… »

« Peut-être… » dis-je alors, songeuse face à la tournure à présent plus grave de la conversation.

Au bout de quelques minutes, je la sens se retourner dans une nouvelle position et je sens son pied froid effleurer ma jambe nue un bref instant.

« Tu as les pieds glacés ! » je m'écris alors à voix basse.

« Je sais, j'ai le bout des doigts toujours gelé… peut importe le temps, la saison… C'est une de mes grandes particularités. » me répond-t-elle, un rictus aux lèvres.

« Moi j'ai les mains toujours chaudes… » je lui dis en rigolant ; et sans y réfléchir une seule seconde, je tend la main vers elle et lui dis :

« Regarde. »

Elle prend ma main et le contact m'électrise. Je reste quelques instants abasourdie par l'effet qu'elle possède sur moi. Je sens en effet le bout de ses doigts froids contre ma paume tiède, et presque moite face à ce nouvel afflux de sensations. Je sens mon cœur s'accélérer un peu à ce contact impromptu, et je profite de cet instant, si banal et pourtant si spécial. Je m'attend à ce qu'elle lâche ma main d'une seconde à l'autre, mais à ma grande surprise, elle ne le fait pas ; ce non-geste me trouble encore un peu plus. Lorsque je lève les yeux auparavant posés sur nos deux mains, je trouve les siens fixés sur moi. Elle me sourit toujours, et je finis par penser que je pourrais passez mon temps couvée par ce regard si doux, ce sourire si aimant. Nous restons silencieuse un long moment, et je crève d'envie de la sentir ne serait-ce qu'un peu plus près de moi. Mes yeux parcourent son visage : ses yeux tendres et profonds, son nez gracile, sa bouche…parfaite. Pour la première fois de ma vie, je réalise que je suis concrètement attirée par une femme. Sans la fièvre de l'alcool, la passion des baisers, ou la déprime. C'est elle, juste elle. Je la veux, tout simplement.

Nous restons ainsi longtemps, silencieuses.

« A quoi tu penses ? » finit-elle par me chuchoter, en souriant.

Sur le coup je ne sais que répondre. Impulsive, je lui lance :

« Je te trouve belle. »

Elle sourit alors, détournant les yeux, et malgré l'obscurité je crois l'apercevoir rougir un peu à ces paroles.

« Merci. » répond-t-elle, toujours un peu gênée, puis ajoute :

« Moi aussi je te trouve belle. »

« C'est vrai ? » je demande, et l'entendre prononcer ces mots me rendent tout chose.

« Non. » répond-t-elle en rigolant, en levant les yeux au ciel comme exaspérée. Je me doute bien qu'elle dit la vérité. Qui embrasserait une personne –et ce, à 2 reprises- qu'il ne trouve pas belle, ou ne serait-ce qu'attirante ? Je souris, une fois de plus. C'est comme si je ne savais faire que ça en sa présence. Sourire. Je dois avoir l'air ridicule, à la fin… Je me retourne sur le dos et fixe le plafond afin d'éviter son regard. Ce regard qui m'attire inéluctablement vers elle, comme un aimant. Et ses lèvres, qui me tentent un peu plus à chaque minute. Je passe la main sur mon front et pousse un soupir.

« Quoi ? » me demande-t-elle.

« Rien. »

« Si, dis. » insiste-t-elle.

« Mais riennn… » je réponds en rigolant et me retourne vers le mur opposé pour éviter la discussion. Je réalise cependant mon erreur, quand je la sens se coller dans mon dos, levée sur un coude, le visage tout contre mon épaule. Je ferme les yeux alors qu'elle me chuchote « dis moi » dans l'oreille. Je me tais un moment, profitant de ce moment alors que son menton vient se poser au creux de mon cou. Je sens son souffle chaud contre ma joue, sa joue contre mon oreille, son ventre contre mon épine dorsale. Lorsque je sens une main se poser sur ma hanche à travers mon tee-shirt, c'est plus que je ne peux en supporter. Je me remet sur le dos et ses yeux sont alors plongés dans les miens. Elle est si près, la respiration m'en devient difficile. D'une main hésitante, je viens lui caresser la joue du bout des doigts, et ce que je lis dans ses yeux à ce moment là me donne le courage nécessaire de faire ce que je meurs d'envie depuis un bon moment ; je soulève le menton alors que ma main la guide lentement vers moi. Quelques millimètres nous séparent, et nos lèvres se frôlent. Mon cœur s'emballe dans ma poitrine, si fort que j'ai peur qu'elle ne l'entende. Je finis par combler la distance finale, doucement, tout doucement. Je l'attire contre moi alors que le baiser reste lent, comme si chaque mouvement comptait, comme s'il fallait en déguster chaque instant. Je ne saurais décrire ce que je ressens à l'instant même. Presque entièrement au dessus de moi, la sensation de son corps pressé contre le mien suffirait presque à me faire chavirer. Le baiser s'intensifie alors que nos lèvres s'écartent, et mes mains viennent se baller dans son dos, sous son débardeur, finissant leur voyage sur ses omoplates. La sensation est nouvelle pour mes mains qui n'ont toujours connu que des corps masculins, des corps forts, durs et puissants. Le corps d'Arizona lui est tendre, doux, délicat. Sa peau est telle de la soie sous mes paumes inexpérimentées. Bien que je souhaiterais que cela ne s'arrête jamais, quelque chose en moi me pousse à rompre le baiser et lui dire la vérité :

« Je n'ai jamais ressenti ça avant… pour une femme je veux dire. Tu… tu es une femme. Et je suis attirée par les hommes. Et je comprends pas, vraiment… mais depuis ce soir, dès que tu es près de moi, je ne penses à rien d'autre que de vouloir t'embrasser, te toucher, être avec toi… juste, être près de toi… et j'ai peur. J'ai peur, parce que c'est nouveau, et vraiment je me sens dans une impasse, là tout de suite, et je ne sais pas quoi faire… »

Elle me regarde fixement alors que je déballe mon petit discours à la vitesse de la lumière, comme une ado attardée.

« Et de toute façon demain tu repars à Seattle et moi à l'autre bout de pays, et donc ça ne rime de toute façon à rien, c'est forcément vouer à l'échec. Ca ne peux rien vouloir dire, ça ne DOIT rien vouloir dire… »

Je me tais alors, les yeux grands ouverts et apeurés, guettant sa réaction.

« Tu paniques. » dit-elle alors, comme un constat, une affirmation. Je hoche la tête, et elle me sourit avec empathie.

« Je comprends. » ajoute-t-elle tout simplement. Peut-on trouver plus compréhensif et angélique qu'Arizona Robbins ? D'une main, elle me caresse doucement la joue, comme pour un enfant qui aurait fait un cauchemar, et le contact me fait fondre encore un peu plus.

« Tu es incroyable. » Je lui dis, spontanément, ce à quoi elle répond par un grand sourire, révélant ses fossettes. Mes lèvres retrouvent alors les siennes, comme retrouvant le chemin de la maison, et bientôt je la retourne contre le matelas, trônant au dessus d'elle. Le baiser s'intensifie petit à petit, alors que je sens une vague de chaleur m'envahir à l'idée et la sensation de mon corps pressé contre le sien. Ses mains se promènent le long de mes cuisses, de mon dos alors que les miennes jouent avec le bas de son débardeur. L'une d'entre elles se faufile en dessous, caressant l'étendue de son ventre souple et tendu, y dessinant des formes diverses du bout des doigts. Alors que mes lèvres quittent les siennes pour venir concentrer toute leur attention dans son cou, et que mes mains remontent dangereusement haut, je l'entend murmurer, le souffle saccadé :

« On devrait s'arrêter… »

Je n'en fait qu'à ma tête et continue mon ascension, mais ses mains agrippent alors mes poignets et les écartent. Je la regarde, confuse :

« On doit s'arrêter. Parce que si on s'arrête pas maintenant, après je pourrai plus le faire… » Je la fixe toujours, peinant à comprendre, et je la vois soupirer un grand coup en fermant les yeux. Elle les rouvre, et alors qu'une main vient se faufiler dans mes cheveux, elle me dit :

« Il y a quelques années, je ne me serais posées aucune question… J'aurai été partante à 100%, mais maintenant je veux plus que ça. Le sexe doit signifier quelque chose, c'est déjà s'engager avec quelqu'un. Et comme tu l'as dit, ça ne DOIT rien vouloir dire. Parce que c'est impossible. Parce que tu vis à L.A et moi à Seattle, et que le faire et ensuite partir comme si de rien n'était demain, c'est quelque chose que j'ai pas envie de devoir expérimenter, que j'ai pas envie de devoir m'infliger… » Elle s'arrête un moment, me caressant toujours les cheveux, et finit par ajouter :

« Ca n'a rien a voir avec toi… et tu le sais. » A ces paroles, je lui souris et hoche la tête. Je viens alors me blottir contre elle, au creux de son cou, entremêlant nos jambes sous le drap. Je ferme les yeux et respire l'odeur enivrante de son shampoing mélanger à son parfum, me laissant bercer par sa respiration revenant petit à petit à la normale.

« Est-ce qu'on peut rester comme ça, dis ? » je lui chuchote, sombrant lentement mais sûrement dans les bras de Morphée.

« Autant que tu veux… » répond-t-elle à peine plus haut qu'un murmure, alors que les souvenirs de la soirée défilent devant mes yeux, avant de sombrer, définitivement, dans l'inconscience.


* citation : Wednesday morning, 3 A.M, by Simon and Garfunkel