Voilà le 1er chapitre de la 2ème partie . Assez long mais peut-être moins riche en rebondissement que certains l'espèrent. Celà dit, il me semble quand-même nécessaire de passer par là avant d'avancer vers des tournures plus... concrètes. J'espère que la lecture vous sera agréable en tout cas. Encore merci à tous ceux qui lisent et laissent des commentaires, ils me touchent beaucoup :). Même si j'écris avant tout pour moi-même, savoir que d'autres apprécient aussi ce qu'ont fait, c'est vraiment génial. Pour répondre à une question qui m'a été posée, je pense qu'il y aura en tout 9 chapitres, mais rien n'est encore sûr.
bref, ENJOY :)
Chapitre VI
"My mind's distracted and diffused
My thoughts are many miles away
They lie with you when you're asleep
And kiss you when you start your day." *
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Il y a deux jours à peine, jamais je n'aurais imaginé ne serait-ce qu'une seconde me retrouver à présent dans un avion en direction de Seattle. Dans quelques heures, je foulerai le sol d'un hôpital qui reste cher à mon cœur. Il y a maintenant 48h, j'apprenais que l'on me demandait pour une intervention à risque sur des triplés de 5mois, dans le ventre de leur mère. Une opération lourde, compliquée, qui sans doute se transformera en plusieurs opérations… Il y a tellement en jeu dans ce genre d'interventions : la santé de la mère, mais aussi celle de chacun des fœtus. Ici, deux d'entre eux semblent partager le même cordon, et l'un des bébés s'en trouve apparemment sous-nourri, donc en danger. Malheureusement, ce genre de procédure se termine rarement comme on le souhaite. Mais les chances sont là, et c'est vrai qu'à l'heure actuelle, si quelqu'un peut sauver ce petit, c'est peut-être moi.
C'est pour ça qu'un vendredi soir, à…0h32 du matin, je me retrouve je ne sais combien de mètres au dessus du sol, assise à côté d'un vieux ronflant, au lieu d'être paisiblement installée dans mon lit ou dans le canapé de mon salon. Je n'arrive pas à dormir. De toute façon je ne dors jamais en avion. J'y suis toujours trop stressée. Avec le temps, on aurait pu croire que je me serais habituée, mais non. Si la panique n'est plus là, je ne peux m'empêcher cependant d'ouvrir un œil inquiet chaque fois qu'un « ding » retentit et qu'une petite lumière s'allume au dessus de mon siège. Alors que ma tête est lourde de sommeil, je ferme les yeux et mes pensées vagabondent. Je pense à ce qui va m'attendre dans quelques heures. Plus qu'à l'opération, je pense aux visages familiers que je vais retrouver et qui peut-être ne sont pas au courant de mon arrivée. Je pense à Callie, à Bailey, à Derek, à Christina, à Karev… mais surtout je pense à Arizona.
Deux mois après cette fameuse soirée, il ne se passe pas un jour sans que je ne pense à elle au moins une fois. Au réveil, au coucher, devant la télé, devant un bol de céréales… n'importe où. Je revois son visage poupon, ses cheveux blonds, ses yeux bleus pétillants, son sourire… Je repense à la sensation de sa peau nue sous mes doigts, au contact de ses lèvres contre les miennes. De retour à L.A, j'ai d'abord commencé par déprimer une bonne semaine en repensant à tout ça. Je passais mes soirées –et parfois mes journées- à traîner en pyjama dans la maison, à manger des pots de glace devant Ellen et Oprah, à regarder encore et encore les photos de LA soirée sur facebook… Puis je me suis dit qu'il était temps de tourner la page, de tirer un trait sur tout ça, et que ressasser les « vieux » souvenirs ne servait à rien. J'ai alors entrepris de sortir de ma torpeur, et j'ai écumer les bars et les soirées pendant un peu plus de deux semaines. J'ai même finis par coucher avec un type…
…
Je préférerais ne pas m'en souvenir. Un homme pourtant charmant : un père de famille divorcé, avocat, la petite quarantaine, beau, doux et attentionné. Un homme avec qui je pensais pouvoir peut-être envisager un avenir. On s'est rencontré à une soirée de récolte de fonds quelconque à laquelle nous avait invité Charlotte King. On a sympathisé, le courant est bien passé. Il me semblait digne de confiance et … parfait pour ce que je peux attendre d'un homme. Après deux nouveaux rendez-vous, je me suis retrouvez dans son lit. Tout se serait probablement très bien passé si je n'avais pas tout le long pensé à une certaine blonde. Chaque baiser me semblait rude, son corps trop dur et fort, son visage trop rêche, son odeur trop virile, son torse… trop plat. J'ai passé mon temps le regard vide, le corps presque transi. Lorsqu'il m'a demandé ce qui n'allait pas, je me suis excusée et j'ai foncé m'enfermer dans la salle de bain pour pleurer. Une demi heure plus tard, quand j'en suis ressortie, il avait l'air bouleversé, et je lui ai raconté des conneries, comme quoi je sortais d'une relation difficile qui s'était mal finie –ce qui en fait, n'était peut-être pas entièrement des conneries- et que je n'étais sans doute pas encore prête à me remettre avec quelqu'un. Je suis partie sans attendre le lendemain –ce qui entre nous, aurait été franchement gênant. Et depuis, je tourne en rond dans ma maison, avec Milo, mon chat, et je pense à Arizona…
Un nouveau « ding » me sort de mes pensées ; une voix nous signale de rattacher nos ceinture, et que nous commençons la descente. Dans moins d'une heure, je poserai probablement le pied sur le sol de Seattle…
Il est 2h30 lorsque j'arrive au Archfield, épuisée par le vol et ma journée de travail. Lorsque je rentre dans ma chambre, je ne prend même pas la peine d'enlever mes vêtements, de me démaquiller, de me brosser les dents, et je me jette sur le lit. Ce soir, la fatigue est si intense que je ne pense même pas à elle, et je plonge dans un sommeil profond à peine ma tête posée sur l'oreiller.
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5heures de sommeil. 5. Parfois je déteste la vie de chirurgien. Et encore, Dieu merci l'opération n'était pas à 8h du matin. Il est 9h tapante quand j'arrive dans le grand hall de Seattle Grace et que je me dirige vers le bureau de Derek pour régler la paperasse et voir les détails de l'intervention… - bureau qui d'ailleurs, de mon temps, était celui de Richard. Je prend un café machine en passant et alors que je passe près du bureau des infirmières, j'aperçois Callie, hypnotisée devant l'écran d'un ordinateur. Je m'approche, mais ne me voyant toujours pas, je lui glisse tout bas :
« Je vois que le phénomène Geek atteint même les meilleurs d'entre nous… »
Elle lève la tête, les sourcils froncés, et met bien une bonne seconde avant de réaliser qui se trouve en effet devant elle. La preuve que nous ne sommes pas tous du matin…
« Addison ?! Qu'est ce que tu fais là ?! » Elle saute de sa chaise et vient faire le tour du bureau avant de me serrer dans ses bras.
« On m'a confiée une mission sur un utérus, pour changer… » je réponds sur un ton sarcastique avant de desserrer notre étreinte. « Derek n'a dit à personne que je venais ? »
« Ecoute, pas à moi en tout cas ! Peut-être Meredith, mais sinon nan, nan je crois pas… Enfin, quand quelqu'un sait que tu viens, l'info tourne généralement. »
A cet instant, la seule chose que je réalise, c'est qu'une autre personne ne sait probablement pas non plus que je suis là, et qu'il est donc fort probable que dans les heures à venir, je croise cette autre personne de façon inopportune dans un couloir… Si la situation risquera sûrement d'être un peu gênante pour nous deux, je ne peux m'empêcher d'avoir hâte de la revoir…
« Tu restes longtemps sur Seattle ? » me demande Callie, me sortant de mes pensées.
« Ca va dépendre du déroulement des interventions ; probablement deux ou trois jours… »
« Super ! Ecoute, j'ai une opération dans 10minutes là, mais ça te dis une petite soirée chez moi ce soir ? Je proposerai aux autres de venir, ça pourrait être sympa ? »
« Euh, oui, oui, ça marche. »
« Génial ! On s'en reparle tout à l'heure ! Bonne chance pour ton opération. » me lance-t-elle, alors qu'elle part d'un pas pressé vers l'aile des blocs opératoires. J'ai à peine le temps de lui retourner un « toi aussi » qu'elle est sortie de mon champ de vision.
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Il est 11h passée quand je sors du bureau de Derek après avoir revu toute les formalités et étudié concrètement le dossier. Mon opération étant à 13h, je décide d'aller prendre des nouvelles d'un peu tout le monde dans l'hôpital avant de faire un saut à la cafet'. Cependant, à peine sortie du bureau, j'aperçois Arizona en conversation avec une autre femme blonde, un peu plus grande qu'elle. Elles avancent vers moi et rigolent à propos d'un sujet quelconque. Toujours en riant, je la vois prendre brièvement le bras de cet autre femme et je ne peux m'empêcher d'être jalouse face à la complicité et la proximité qu'Arizona semble partager avec elle. Je reste bête, immobile, ne sachant que faire alors que les deux femmes se rapprochent de plus en plus, toujours inconscientes de ma présence. C'est à environ deux mètres de moi qu'Arizona lève enfin la tête et m'aperçoit. Elle ralentit soudainement l'allure, son sourire s'estompe et elle ouvre de grands yeux ébahis dans ma direction. L'autre femme fronce les sourcils, et son regard fait des allers-retours entre Arizona et moi.
« Salut ! » je lui dis timidement, le regard un peu fuyant.
« Salut… » me répond-t-elle, toujours sous le choc.
Un silence s'installe brièvement, et l'autre femme, qui ne comprend toujours pas, fait signe à Arizona d'expliquer.
« Oh ! Teddy, voici Addison Montgomery, Addison, Teddy Haltman. »
« Enchantée. » lui dis-je en lui serrant la main.
« De même… Ari, on se voit à la cafet', 12h30 ? »
« Ca marche, à tout à l'heure ! »
Nous suivons toutes les deux Teddy du regard tandis qu'elle traverse le couloir avant de tourner à l'intersection. J'abaisse alors les yeux, toujours incertaine face à la situation. Un nouveau silence s'installe, mais elle le brise rapidement, me demandant les yeux dans le vague, toujours éberluée par ce qui vient de se passer :
« Tu… Qu'est ce que tu viens faire ici ? »
« Je viens pour une opération sur des triplées dans le ventre de leur mère… Un cas assez compliqué… »
« Oh… »
Les pensées semblent s'enchaîner dans sa tête, alors qu'elle ajoute :
« Désolée, je voulais pas paraître impolie mais, je m'attendais tellement pas à te croiser ici, là, tout de suite… »
« T'inquiètes pas, ça va. Je comprends. » Je tente d'enchaîner la conversation comme je peux, et demande alors :
« Tu vas bien ? »
Cette question suscite un petit rire de sa part, sarcastique je pense, et elle répond, évitant mon regard :
« Ca va, ça va… On fait aller. »
Ses yeux se posent enfin dans les miens, et je comprends que ces deux mois n'ont pas dû être tellement plus facile pour elle que pour moi.
« Ca me fait plaisir de te revoir en tout cas, vraiment… » j'ajoute avec honnêteté, la voix un peu tremblante. Sur ce, elle me sourit, et répond :
« Moi aussi. »
Le silence revient une fois de plus, alors que nos regards se cherchent et s'analysent quelques instants.
« Tu comptes rester longtemps à Seattle ? » me demande-t-elle, un peu moins mal à l'aise qu'au départ.
« Probablement 2 ou 3 jours, selon la réussite des opérations… »
« Je vois… On se verra sûrement dans le coin alors ? »
« Sans doute. » je lui répond avec un sourire.
« Ok. » dit-elle avec un sourire un peu plus grand qu'auparavant aux lèvres. « A bientôt… » me lance-t-elle en marchant à reculons vers le coin où a auparavant tourné Teddy.
« A tout' » je lui répond, avec un signe de la main, avant de la voir disparaître dans le couloir de gauche.
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Aussi faibles qu'étaient les chances de réussite, la première opération s'est bien passée. Non sans complication, c'est sûr… on a quand même perdu le pouls de la mère pendant un petit moment, mais à l'heure actuelle, ils sont tous sains et saufs. Je soupire un grand coup en repensant aux 4h qu'a duré l'intervention, et aux prochaines qui vont s'enchaîner, probablement demain et après demain. Une fois celle-ci terminée, je suis rentrée au Archfield pour décompresser un peu.
A présent dans mon bain, alors que je trace sans y penser des cercles dans l'eau savonneuse, mon portable se met à vibrer sur le rebord. Je m'essuie la main avant de le prendre avec précaution, et de lire :
nouveau message : Callie
Hey Addi ! Jesp que T tjrs ok pr ce soir ? Si oui, rdv 20h, my place. Biz. Cal.
Son sms me fait sourire. Je regarde l'heure : 18h47. Oui, il serait peut-être temps que je m'active… Je sors vite du bain et enfile un peignoir de l'hôtel accroché à la porte. Je me sèche brièvement, avant de répondre :
Tjrs partante. J'y serai. Xoxo. - A.
Les ¾ d'heure qui suivent sont passées en brushing, maquillage et habillement. Je décide contre mon habitude et opte pour un jean slim au lieu d'une jupe. Un T-shirt blanc, ample et un peu décolleté, une belle ceinture, des escarpins noirs et ma veste fétiche. Il est 19h36 lorsque je fais un dernier passage dans la salle de bain pour une touche de parfum et enfiler des boucles d'oreilles.
Une fois dans un taxi, je me laisse bercer par la vie au dehors, et profite du paysage urbain qu'est le centre de Seattle, illuminé par les devantures, les fenêtres des particuliers et les réverbères. Les lumières, un peu floues à cause de la vitesse, me rappelle la soirée chez Mark, où l'alcool était là cependant plutôt la cause des lumières troubles. Peut-importe à quel point je tente de chasser cette soirée de ma tête, les pensées reviennent toujours au galop…
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toc toc toc. Je frappe à la porte et attend une réponse.
« Entrez ! » me crie la voix de Callie à travers la porte. Je l'ouvre donc et avance doucement dans le salon, quand je l'aperçois derrière le comptoir de la cuisine avec… Teddy. Encore elle. Je sais que c'est mal et puérile, mais je ne peux m'empêcher d'avoir une dent contre elle. Un peu… Bon, je suis jalouse. Que ce soit le fait de l'avoir vu rire avec Arizona qui me mette dans un état pareil me donne la nausée. J'ai presque honte de moi-même.
« Tu tombes bien on allait choisir le vin ! » me lance Callie en rigolant. « Oh, et Addison, je te présente Ted- »
« -On s'est déjà rencontrées… » Nous la coupons à l'unissons. Je la vois rire de notre réponse commune et j'esquisse aussi un sourire, pour être polie…
« Oh vous vous connaissez ? »
« C'est Arizona qui nous a présenté ce matin… » lui explique-t-elle.
« Oh, okay… Elle devrait pas tarder à arriver d'ailleurs. »
« Arizona vient ? » je demande, essayant d'avoir l'air le plus détachée possible alors qu'à l'intérieur je suis déjà pleine de palpitations.
« Yep. Il manque plus qu'elle. » me répond Callie sans me regarder, alors qu'elle remue le fond de sa casserole, le regard concentré sur ce qu'elle cuisine.
« Les autres n'ont pas pu venir ? » demande Teddy, avant de s'asseoir sur le plan de travail derrière elle. Callie rigole sarcastiquement à cette remarque.
« Alors par où commencer… Mark et Lexie sont à Olympia, Meredith et Derek étaient peut-être pas une bonne idée pour fêter le 'retour' d'Addison, Christina est en plein congé maternité, donc Owen c'était mort aussi, et Alex et Bailey sont de garde… donc, nous serons quatre ! Une soirée entre filles ! »
Alors que Callie déblatère son petit discours, tout ce dont à quoi je pense est le fait que je vais passer une nouvelle soirée avec Arizona. Une soirée à quatre, presque intime. Si la revoir me réjouit, j'en suis aussi pétrifiée. Je suis aussi MORTE de trouille à l'idée que la tension et la gêne soit si fortes entre nous que les autres s'en rendent compte et que cela fiche en l'air la soirée, mais aussi à l'idée qu'elle m'ignore, à l'idée qu'elle puisse être tout à fait passé à autre chose. Du calme Addison, respire. Inspire. Expire. Peut-être que tout se passera très bien, peut-être que tout le monde va bien rigoler, que tout sera comme sur des roulettes avec Arizona, que vous pourrez vous retrouvez seules toutes les deux et que vous pourrez… Non, ne divague pas Addison. Inspire. Expire.
« Addison ? … Addison ! »
Je détourne la tête et vois Callie un verre à la main. Je fais un signe de la tête pour lui dire que j'écoute.
« Blanc ou rouge ? »
Blanc ou rouge ? Bonne question.
Un peu d'alcool pourrait me détendre un peu. Un peu d'alcool pourrait me faire oublier un moment le passé, me faire passer une bonne soirée…
Un peu d'alcool rendrait mes pulsions envers Arizona encore plus fortes. Un peu d'alcool me désinhiberait, raviverait chacun de mes sens, raviverait mon désir…
« De l'eau pour moi, merci. »
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Nous venons à peine de prendre place sur les canapés autour de la table basse quand Arizona débarque un peu essoufflée dans la pièce. Au fond de moi, je ne peux m'empêcher d'espérer que c'est pour moi qu'elle s'est dépêcher… Tu te fais des films, Addison…
« Hey !!! » lui crient Teddy et Callie en cœur.
Elle s'approche en souriant et vient faire une bise à Teddy, puis Callie, en disant, le souffle un peu saccadé :
« Désolé, on m'a bipé- bipé en urgence juste avant la fin de ma garde… J'ai fait au plus vite, je sors de la douche… »
C'est alors qu'elle s'approche de moi et se penche pour me faire la bise, et il me faut tout mon courage pour ne pas me laisser enivrer par l'odeur subtilement fleurie qui émane de ses cheveux. Elle vient s'asseoir près de moi sur le canapé. Cela me conforte jusqu'à ce que je réalise que c'est la dernière place libre autour de la petite table… J'hésite à la regarder un instant, mais je n'ose pas. J'en viendrais presque à remercier Teddy lorsque celle-ci commence à me poser des questions sur mon opération, m'évitant de devoir faire face au dilemme 'Arizonien'.
Une fois passées à table, je passe la majeure partie de la soirée à éviter son regard du mieux que je peux –en tachant tout de même de rester naturelle- et à partager avec elle –quand il le faut- des conversations parfaitement inoffensives… Tout pour éviter de retomber dans les déjà-vus de la soirée chez Mark. Pas que cela me déplairait forcément, mais BREF. Dieu merci, aucune gêne apparente ne s'installe entre elle et moi, et je suis persuadée que Callie et Teddy ne se doute de rien. Un observateur attentif, cependant, remarquerait sans doute des regards plus appuyés qu'ils ne devraient, des joues plus roses qu'à l'habitude, des voix un tantinet plus aiguës qu'à l'ordinaire…
Alors qu'Arizona et Teddy restent parler dans le salon, j'accompagne Callie dans le coin cuisine alors qu'elle commence à préparer le dessert.
« Au fait, j'ai toujours pas vu Patrick ! » je lui lance en rigolant.
« Et tu ne risques pas de le voir… on a rompu. » me dit-elle sans vraiment s'attarder alors qu'elle sort quatre coupelles d'un placard.
« Oh… désolé… ça va ? »
« Oh t'inquiètes pas, si ça peut te rassurer, c'est moi qui l'ai largué. » me dit-elle un sourire aux lèvres. Elle n'a visiblement pas l'air bouleversée… Ni même, attristée. Ni même ne serait-ce que dérangée. Nope. Ce n'est apparemment pas un point sensible, et ma curiosité naturelle me pousse à creuser un peu, l'air de rien.
« Bon c'est super, si tu le vis bien. Mais… je croyais que ça roulait entre vous… ? »
« Oui, oui… mais, je sais pas… je me suis lassée tu sais. C'était déjà la routine. L'homme et sa petite femme. Ca m'a gonflé… » ajoute-t-elle, toujours en rigolant de ces propres paroles.
« Et puis entre nous, je pense pas revenir aux mecs… C'est bête à dire mais, après une femme, c'est comme si les mecs c'étaient devenu à la fois trop trop simple et trop compliqué. Juste, plus fait pour moi. Je sais pas… »
Je hoche la tête, comprenant ce qu'elle raconte, alors que je repense à mon affreuse aventure avec l'avocat…
« Mais bon, c'est pas comme si tu pouvais concrètement comprendre ce que je raconte… » me dit-elle avec un sourire moqueur avant de partir en rigolant vers la table, le dessert à la main. Je rigole avec elle, même si mon rire est jaune. Mon dieu Callie, si seulement tu savais à quel point je te comprends, là, tout de suite.
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Il est bientôt minuit alors que je me retrouve sur le balcon, seule, à fumer une cigarette. Oh oui, j'oubliais. Je fume maintenant. C'est mal. Je le sais. Enfin je fume…, non. Enfin pas vraiment. On va dire qu'après la dépression, et la tentative ratée -ou du moins trop rapide- de me remettre aux hommes, la cigarette s'est trouvée comme la meilleur solution –passagère- pour régler mes soucis. C'est en des moments comme ça, où mon cœur s'emballe, où les émotions sont trop fortes, que je tape non sans scrupule dans mon paquet de Dunhill Light. Cette soirée en fait partie. Une soirée entière passée sans perdre mon sang froid alors que je suis en présence d'Arizona… je méritais bien une petite récompense. Même si oui, c'est mal, et que oui c'est provisoire…
Le bruit de la baie vitrée derrière moi me fait me retourner. Je vois Arizona refermer doucement la baie derrière elle. Mon cœur trésaille un instant, alors qu'avec un sourire, elle me lance, en rigolant :
« C'est presque du déjà-vu ! »
C'est en effet autour d'une première cigarette que tout à commencer… que la malédiction s'est abattue sur moi. Oui, J'en fais un peu trop. Quand je pense que c'est à cause d'une fichue cigarette que j'en suis là aujourd'hui… C'est bien le comble.
« Tu fumes, encore ? » me dit-elle avec un sourire narquois aux lèvres. « Tu te morfond pas au moins ? » me demande-t-elle, un air immédiatement plus inquiet peint sur le visage.
« Non, non, je me morfond pas… je pense… » je lui répond, plus ou moins sincèrement. Je ne pense pas vraiment, je me calme, et pense. Mais ça elle n'a pas besoin de le savoir. Sentant probablement le sujet sur une pente un peu sensible, elle ne pose pas d'avantage de questions.
« Teddy et Callie sont parties ? » je lui demande, en jetant un coup d'œil à l'intérieur. Le salon et la cuisine sont vides.
« Teddy est juste allée montrée à Callie un truc dans notre appartement, trois étages au dessus… »
Je la regarde, les sourcils froncés, ne comprenant pas bien… « notre appartement ? »
« Oui, je vis avec Teddy maintenant. » me répond-t-elle sur un ton neutre, me regardant dans les yeux.
Je manque de m'étouffer avec la fumée que j'avale alors que je me retrouve la victime d'une quinte de toux. Je la regarde choquée, les yeux grand ouverts. C'était donc ça ? Toute cette proximité, cette complicité… Arizona et Teddy pourraient-elles être ensemble ? Avant que je ne poursuive plus loin la paranoïa, Arizona comprend mon étonnement et secoue vivement les mains devant moi, avant de s'écrier :
« Oh mon dieu, non ! Non ! On habite ensemble, comme des colocataires je veux dire ! » elle éclate de rire. « Qu'est ce que tu vas te mettre dans la tête ? »
« Bah, je sais pas, vous avez l'air très proche, et là tu me sors que vous vivez ensemble ! Excuse moi de penser que PEUT-ETRE vous pourriez être plus que des amies ! » je répond, à la fois sur le ton de l'humour, mais aussi très sérieuse.
« Nan, nan, mais c'est ma meilleure amie à Seattle… alors depuis la…rupture avec Calliope… et puis elle voulait changer d'appart', moi je voulais un colocataire, …ça-ça s'est fait naturellement… »
« Oh, ok… »
Dire je suis soulagée serait la litote de l'année. C'est déjà suffisamment pénible de voir Arizona et Teddy aussi amies, alors les savoir ensembles… je m'en serais jamais remise…
Un petit silence passe, alors que je reste accoudée sur le bord du balcon, la cigarette à la main. Je fixe au loin, devant moi. Je meurs d'envie de la regarder, de lui dire tout ce que j'éprouve à l'instant, mais je ne le ferai pas. Je sais que c'est ce qu'il y a de plus sage, pour nous deux. Auparavant adossée à la baie vitrée, elle finit par s'avancer et s'appuyer elle-aussi sur le bord, à mes côtés. Je vois du coin de l'œil qu'elle m'observe un instant, puis tourne le visage au loin, puis me jette de petits coup d'œils furtifs. Au bout d'un moment, je lui tend ma cigarette, sans rien dire, et la regarde avec un petit sourire en coin.
« Nan, nan merci… » me répond-t-elle en souriant.
« Allez, je sais que t'en meurs d'envie… » je lui dis en ne plaisantant qu'à moitié, lui tendant encore un peu plus près la cigarette.
Elle lève les yeux au ciel avec un grand sourire, et finit par accepter, tirant une bouffée. Je l'observe aspirer doucement la fumée, en fermant les yeux, faire une pause et enfin expirer, le visage tourné vers le ciel. Ce que je vais dire est très certainement mièvre et cliché, mais je suis absolument subjuguée par sa beauté, encore intensifiée par l'éclat lunaire sur sa peau. Elle se retourne à nouveau vers moi, et me redonne la cigarette, et alors que je la reprends, ses yeux sont plongés dans les miens. Nous restons sans rien dire à nous regarder quelques instants. Son regard est tendre, et plein d'affection, mais le fond reste cependant indéchiffrable. Je vois bien qu'elle tient à moi. Mais peut-il y avoir plus que ça ? Je prend conscience que mes émotions à moi doivent être bien visibles sur mon visage, et je détourne les yeux, de peur qu'elle ne parvienne à lire en moi.
C'est alors qu'on entend la porte d'entrée claquer et la voix de Callie et Teddy emplir la pièce derrière nous. Arizona soupire alors, et se retourne pour ouvrir la porte vitrée. Elle hésite un instant, et s'approche finalement de moi, prennant le bout de cigarette qui restait entre mes doigts et le lançant au loin. Je la regarde stupéfaite, la bouche un peu ouverte.
« Tes poumons en ont eu assez pour ce soir. » me dit-elle avec un sourire moqueur. Avant que ne j'aie le temps de riposter, elle me prend la main et m'attire avec elle à l'intérieur. Ce contact, aussi insignifiant soit-il, aura été le meilleur moment de ma journée…
* citation : Kathy's song, by Simon and Garfunkel
