Chapitre VIII

"And when I awoke
And felt you warm and near
I kissed your honey hair
With my grateful tears"

Quand je me réveille soudainement au milieu de la nuit, je ne sais pas très bien où je me trouve. Les images de la veille défilent à toute vitesse dans me tête, et j'ouvre un œil endormi, trouvant en face de moi une masse de cheveux blonds éparpillés sur l'oreiller. Tout me revient alors. Manquant son contact à peine éveillée, je me glisse plus près d'elle, me collant dans son dos et passant mon bras au dessus de sa taille. Je dépose un baiser dans ses cheveux, avant de me blottir au creux de sa nuque, me laissant bercer par son doux parfum. Je la sens s'étirer légèrement contre moi, puis sans bouger, elle attrape ma main et entrelacent nos doigts. Un si petit geste a le pouvoir de me faire fondre. Je souris doucement avant de déposer un nouveau baiser sur son épaule, et de me rendormir, profondément.

Si profondément que je me réveille au petit matin seule dans le lit. Si profondément que je n'ai rien senti, rien entendu, rien soupçonné de son départ. J'entends du bruit dans la salle de bain. Je me rappelle que certains sont en effet censés bosser ce matin… 7h38. Je ne sais pas à quelle heure elle commence. Probablement 8h. Fuck.

J'attrape la bouteille d'eau que j'aperçois sur la table de nuit et descend quelques gorgée au goulot, trop flemmarde pour aller chercher quoi que ce soit dans la cuisine. Pas envie de sortir du lit. Envie de rester au lit, si possible avec Arizona. Si pas possible, sans Arizona. Je prend un malin plaisir à m'enrouler dans la couette, me blottissant le plus possible, inhalant l'odeur unique de lessive et d'Arizona. Je pourrais vraiment m'y faire…

Je suis si bien blottie que c'est à peine si je l'entends revenir dans la chambre ou même monter sur le lit. Allongée sur le ventre, je lève la tête comme je peux, me tordant presque le cou. Elle s'aperçoit que je suis réveillée et me lance un grand sourire avant de venir plus près, rampant à quatre pattes sur le lit.

« Hey… » me dit elle doucement toujours en souriant, me déposant un baiser sur la joue.

« Hey… » je répond, en me retournant sur le dos, toujours sous la couette, et l'attirant contre moi. Elle me dépose alors un baiser furtif sur les lèvres, puis un autre, puis encore un autre, et de fil en aiguille, ce qui était furtif ne l'est plus du tout… Je la sens sourire contre mes lèvres avant de me dire tout bas, une pointe de déception dans la voix :

« Aussi génial que cela puisse être, je vais bientôt devoir y aller… »

« Nan. » je réponds fermement, mais mon sourire me trahissant. « Nan, tu restes ici avec moi. »

« J'aimerais bien… » me dit-elle avant de m'embrasser à nouveau. Au bout de quelques minutes, elle rompt le baiser avec un soupire et tourne la tête vers le réveil.

« Il faut que j'y aille. » me dit-elle avec regret, avant de sauter hors du lit.

« Arizona, attends… »

« Addie il faut que vraiment j'y aille je vais être en retard ! » me dit-elle en enfilant ses chaussures à cloche pieds.

« S'il te plait, 2mn, il faut que je te demande quelque chose d'important… » Elle se fige un instant au ton sérieux de ma voix et son regard tente de déchiffrer le mien.

« Ok… » elle s'assied sur le lit et attend, l'air un peu anxieuse.

« Viens plus près ? » je lui dis peu sûre de moi, en lui tendant la main. Je me redresse, m'appuyant contre la tête de lit, remontant le drap avec moi, et elle s'assied alors tout près, sa main dans la mienne.

« Voilà… j'ai bien réfléchi… et… je voulais savoir… si euh… si par hasard, je revenais vivre à Seattle est-ce qu'on… enfin… est-ce que tu penses qu'il pourrait y avoir un nous ? » j'ai conscience de balbutier mais c'est plus fort que moi. J'attends sa réponse, anxieuse.

Elle me regarde étonnée, avant de sourire, l'air incrédule, puis de me demander, l'air presque effrayée :

« Tu veux dire que tu reviendrais vivre à Seattle pour moi ? »

« Non ! Enfin, un peu, mais… en fait j'y pense depuis un bon moment, ça fait plus de 6mois déjà que je me dis que la vie à Los Angeles me satisfait plus, et que je veux changer d'air et j'avais pensé à peut-être revenir à Seattle. Et maintenant, le fait que tu y sois, ça rend cette option encore plus évidente… » Je lui dis, avant de baisser les yeux.

« Oui. » Oui ? Je lève les yeux à sa réaction et la regarde perplexe.

« Oui ? » je lui demande, répétant ses propos. Je la vois hocher la tête, le sourire grandissant. Soudain, je réalise. 'Oui', c'est sa réponse. Je m'empresse de demander, pour être sûre.

« Oui, comme dans 'Oui il peut y avoir un nous.' ? »

« Oui, comme dans 'Oui, Addison, si tu viens vivre à Seattle, on pourrait être ensemble' » me répond-t-elle, le sourire jusqu'aux oreilles. Je la regarde, émerveillée, lui rendant son sourire, et avant de pouvoir répondre quoi que ce soit ses lèvres se ruent sur les miennes. Je suis si heureuse à l'instant que je suis dans un état second, dans une bulle, et c'est à peine si j'arrive à suivre le rythme de ses baisers. Haletante, je demande en souriant :

« Tu devais pas vraiment y aller il y a 5 minutes ? »

« Si, mais Derek peut aller se faire foutre, encore un petit peu… »

Il est 8h passé lorsqu' Arizona quitte la pièce à toute vitesse. Elle sera en retard, elle est déjà en retard. A cause de moi. Je souris diaboliquement face à cette petite vengeance contre mon ex-mari. Je l'entends crier depuis le salon :

« Fais comme chez toi, tu peux prendre une douche, tu peux bouffer ce qu'il y a dans le frigo, les placards… Oh, par contre évite le chocolat dans le placard de gauche, c'est à Teddy… Elle crise quand elle a pas sa dose. Et tu claqueras la porte en partant ? »

« Oui maman ! je réponds avec un rictus aux lèvres. Elle vient une dernière fois dans l'entrebâillement de la porte, et me demande, l'air plus sérieux :

« Ton avion est à quelle heure ? »

« 17h… »

« J'aurai pas fini ma garde… » Elle a l'air un peu dépitée, mais enchaîne aussitôt :

« Tu viendras à l'hôpital, me dire au revoir avant d'y aller ? »

« Bien sur. » je lui réponds avec un sourire plein de tendresse et je vois son visage s'illuminer à l'instant même.

« Promis ? » dit-elle en souriant.

« Promis. »

« Okay… » je la sens hésiter un instant dans l'entrebâillement, avant de céder et de courir m'embrasser une dernière fois.

« A tout à l'heure. » murmure-t-elle contre mes lèvres avant de sortir de la pièce en courant et de s'en aller pour de bon.

« A tout à l'heure. » je réponds un sourire aux lèvres, alors qu'elle n'est déjà plus là pour m'entendre.

Je tente de me rendormir un moment, tournant et me retournant dans le grand lit à présent vide, en vain. Je tourne la tête vers le réveil : 8h47. Je décide de me lever et d'aller manger quelque chose dans la cuisine. J'enfile mon sweat YALE que je trouve par terre et cherche un instant ma petite culotte avant de l'apercevoir à l'autre bout de la pièce. Je ne peux m'empêcher de sourire en repensant aux ébats de la veille, à notre première fois. A ce que j'espère être la première fois d'une longue série. Avec un homme comme avec une femme, le sexe reste du sexe… mais hier soir, c'était très certainement beaucoup plus que du sexe. C'était doux, passionné, tendre, rassurant, enivrant, épuisant… unique. C'était faire l'amour avec quelqu'un. C'était beau quoi. Je sors de mes contemplations, me dirigeant vers la cuisine après avoir enfilé mes dessous. J'ouvre un placard et rigole, tombant nez à nez avec des Cheerios, ces céréales qui me ramènent en enfance. Je prend le paquet, attrape un bol, une cuillère et la bouteille de lait avant de m'installer à la table. Le silence s'abat sur moi alors que la seule chose que j'entend est le bruit des Cheerios craquant sous mes dents pendant que je mâche. Avachie devant mon bol, je commence à lire d'ennui l'arrière du paquet de céréales, faisant le tour des ingrédients, des petites notes, et des jeux. Une fois le texte épuisé, je me résout à faire pareil avec l'étiquette de la bouteille de lait, faignant un intérêt profond pour sa composition et son taux en vitamine D. C'est alors que le bruit de la porte me sort de ma torpeur. Je tourne la tête en espérant le retour étonnant d'Arizona, mais au lieu de cela c'est une autre blonde qui s'offre à mon regard. Teddy.

« Addison ? » s'exclame-t-elle en me voyant à table, dans SA cuisine, mangeant probablement SES céréales dans SON bol, après se doute-elle je pense, avoir passé la nuit dans SON appartement avec SA colocataire…

« Hey ! Je... désolé je m'attendais pas à te voir » je répond avec un sourire, tentant de cacher mon embarras alors que je jette un coup d'œil rapide à ma tenue.

Elle me regarde en tirant son manteau et posant son sac, le visage perplexe et quelque peu amusé. Je me sens devenir nerveuse. Je n'avais pas prévu son retour avant mon départ. J'avais même, pour ainsi dire, complètement oublié qu'elle habite, elle aussi, cet appartement. Sait-elle pour moi et Arizona ? Comment pourrait-elle le savoir ? A moins qu'Arizona lui ait déjà parlé de la nuit chez Mark… après tout c'est sa meilleure amie à Seattle, ces choses là se racontent nan ? Quoique, personne n'est au courant à L.A. Pas même Naomi ou Sam. Raconte-t-on ces choses qui semblent des causes perdues ? C'est comme remuer le couteau dans la plaie, ça sert à rien à part nous enfoncer un peu plus, on raconte pas ces choses là…

Elle s'approche du comptoir de la cuisine et se verse une tasse de café. Super. Si les choses étaient un peu tendues pour moi avant, la perspective de me faire interrogée comme une ado qui rentre au petit matin d'une soirée m'effraye assez…

« Arizona est partie à l'hôpital ? » me demande-t-elle sans vraiment me regarder. Son air est neutre mais je sens poindre un léger rictus.

« Oui, oui, pour 8h. » je lui dis sans vraiment lever les yeux, craignant que mon regard ne me trahisse. Cette situation est tellement gênante, si seulement je pouvais savoir ce qu'Arizona lui a dit…

« J'en reviens juste. J'était de garde cette nuit... Et j'y repars dès cet après-midi, génial...» Elle vient s'asseoir à la table et enchaîne. « Vous avez, tu… vous avez passé la soirée ici toutes les deux ? »

« Hum hum » je répond en hochant la tête, toujours évitant son regard.

Silence.

« Addison… »

Je lève enfin les yeux vers elle, comme piégée, prise au dépourvue, et j'attend que la sentence tombe. Plus vite la question sera abordée, mieux ça sera…

« Est-ce que tu joues avec elle ? Je veux dire, ce sont pas mes affaires, c'est sûr, mais Arizona m'a raconté une fois ce qu'il s'était passé chez Mark. Elle a bien mis un mois avant de m'en parler, mais je voyais bien qu'elle n'allait pas bien, qu'elle était déprimée, j'ai finis par lui demander ce qu'il n'allait pas et c'est là qu'elle m'as enfin tout raconté. Et je sais que tu comptes pour elle et je tiens à Arizona, donc peut importe ce qu'il s'est passé, j'espère que tu fais attention… »

Je la regarde me sermonner, stupéfaite de voir vers où la conversation dévie. Je l'interromps brusquement, en la regardant bien fixement :

« Je, je joue pas avec elle. »

Elle soutient mon regard et me fait signe de la tête, attendant clairement que je m'exprime davantage.

« Je… je tiens aussi à elle. Je sais que ça peut sembler… je sais pas…bizarre, mais je fais pas ça pour m'amuser quand je viens à Seattle, c'est… c'est important, pour moi aussi. » je réponds honnêtement avant de baisser les yeux, mon cœur battant la chamade dans ma poitrine.

Silence.

« Dans ce cas c'est parfait. » me dit-elle alors avec un sourire en coin, avant de boire une gorgée de café bien noir. « Mais, vous, vous êtes ensemble ? »

Je manque de recracher mes céréales devant sa question, pour le moins ultra directe. Je sens le rouge me monter aux joues.

« Euh…oui, enfin, je crois, j'espère. Enfin oui, bientôt. »

Elle me regarde, les sourcils froncés et les yeux pleins de curiosité.

« A distance ? C'est courageux ! »

« Non, enfin je vais venir à Seattle, si je peux, très certainement. »

« Wouaw, c'est du sérieux alors ! » me dit-elle estomaquée et je ne sais que répondre à ça. Oui, une bonne fois pour toute, c'est sérieux.

« Désolé, ça me regarde pas, vraiment, je suis désolée d'arriver là de foutre mon nez là dedans comme ça… Mais vraiment je suis contente pour vous deux, sincèrement. » Je sens en effet son ton sincère, et elle me souris avec empathie. Je lui rend son sourire, un peu plus détendue qu'auparavant. Je vais peut-être bien l'aimer finalement cette Teddy…

« Callie est au courant ? »

Outch. Touché. Merde. Callie n'est pas au courant. Je n'y avais même pas pensé à vrai dire. Il faut que je lui en parle, dès aujourd'hui, il faut vraiment que je lui en parle. J'espère qu'elle prendra bien la chose.

Elle doit lire la réponse sur mes traits déconfis et répond alors, en serrant les mâchoires :

« Oh, désolé… »

Je finis mon bol de céréales en parvenant à avoir une conversation polie et détendue, et une fois terminé, je me lève à contre cœur pour ramasser mes affaires dans la cuisine, les jambes à l'air, et regagne la chambre le plus vite possible. Cependant, alors que je dépasse le canapé du salon, Teddy m'interpelle, le ton enjoué :

« Oh, et Addison, si tu pouvais ramener le haut de pyjama d'Arizona dans la chambre ça serait cool. »

Je baisse les yeux au sol et vois en effet à mes pieds une masse de tissu rose roulé en boule. Je le prends à toute vitesse sans rien dire, les joues devenant sans doute aussi roses que ce que je tiens dans la main, et je trace mon chemin vers la porte :

« Merci ! » répond-t-elle, et sans même me retourner, je sais au ton de sa voix qu'elle aborde probablement un grand sourire moqueur sur le visage…

Après avoir pris une douche et avoir ramassé toute mes affaires éparpillées un peu partout, je quitte l'appartement sans bruit, me doutant lorsque je n'aperçois Teddy nulle part qu'elle est partie rattraper son sommeil en retard. Du sommeil qui ne me ferait peut-être pas non plus de mal à en juger la nuit assez courte que j'ai eu… Une fois rentrée à l'hôtel, je décide de faire un petit somme. Seules des images pleines de fossettes et de cheveux blonds remplissent mon esprit alors que je me laisse sombrer vers un repos bien mérité.

Je retourne toutefois à l'hôpital en début d'après-midi, comme promis, afin de dire au revoir à Arizona, notamment, mais aussi de préparer le terrain de mon éventuel retour à Seattle Grace Mercy West. Aussi incroyable que cela puisse paraître, Derek, mon seul et unique ex-mari et aussi le seul et unique chef de la chirurgie a trouvé l'idée de mon retour excellente. Enfin, pas véritablement l'idée de son ex-femme retournant vivre et travailler à ses côtés, mais l'idée qu'un chirurgien néo-natal de renom puisse venir fleurir le blason de l'hôpital. Il faut croire que ces histoires de direction vous donnent des opinions surprenantes, et surtout de nouvelles priorités. J'exagère, lui et moi sommes restés en bon terme depuis le divorce, ou du moins en terme cordial, mais de là à ce qu'il accepte aussi facilement, voir saute sur l'occasion de me réengager…

« Qu'est ce qui t'as donné envie de revenir à Seattle, tu t'es lassée si vite de L.A. ? » me demande-t-il en plaisantant alors que l'on quitte son bureau après l'entrevue. Je rigole avec lui, jaune cependant, et laisse la question en suspend alors qu'il part vers l'aile de neurologie avec le sourire. Et ben je l'ai échappé belle… Ce n'est pas comme si j'avais honte de ma… peut importe ce que c'est, avec Arizona, et il finira de toute façon par le savoir, mais j'aime autant que l'homme qui a partagé ma vie pendant près de 11ans ne soit pas tout de suite au courant de la situation.

Pleine d'enthousiasme, je commence à chercher Arizona pour lui annoncer dors et déjà la bonne nouvelle. Je commence par la salle de repos des titulaires et c'est alors que je tombe sur Callie en grande discussion avec Teddy autour de la machine à café. Toutes les deux détournent la tête en entendant le bruit de la porte.

« Hey ! Addison ! T'es encore à l'hôpital ? Je pensais que les opérations s'étaient bien passées ? » me demande Callie, un peu perplexe.

« Oui oui, c'est le cas, je devais voir Derek pour un détail… » je répond, sans trop savoir que dire encore, alors que Teddy me regarde bien droit dans les yeux.

« Ah oui, ça s'est bien passé ? » me demande celle-ci, sachant très bien les raisons de mon entretient avec Derek. Prise au piège, je leur révèle la vérité, ne pouvant m'empêcher de sourire, le regard plein d'émotion.

« Oui, très. Je devrais revenir début janvier si tout va bien. »

« Revenir début janvier ? Pour les triplés ? Je comprends pas… »

Teddy prend une gorgée de café, appuyant mon regard d'un air connaisseur, avant de se diriger vers la porte, me laissant seule dans la pièce avec Callie. Elle s'assied sur le canapé et tapote à côté d'elle, me faisant signe de m'asseoir. Je suis ses gestes et me retourne lentement vers elle, et alors qu'elle me regarde toujours confuse, je lui dis :

« Je vais revenir travailler ici, à Seattle. »

Ses yeux s'élargissent sous le choc, et sa bouche d'abord entrouverte laisse bientôt place à un sourire resplendissant.

« Tu vas revenir à Seattle Grace ? »

Je hoche la tête en souriant, et elle pose sa tasse avant de m'attirer contre elle.

« Quoi ? Mais c'est génial ! Mais…je… pourquoi ? Enfin tu m'en as jamais parlé ! »

Ses yeux parcourent mon visage, le scrutant dans ses moindres détails, comme cherchant une réponse. Je soupire un grand coup en baissant les yeux. Je sais que le moment est venu de lui dire pour moi et Arizona avant qu'elle ne l'apprenne par quelqu'un d'autre. Comment dire à une de ses meilleures amies que l'on voit secrètement son ex ?

« Ecoute Callie il faut que je te dise quelque chose… Je sais pas si ça va te faire plaisir, mais il faut que je te le dise, - »

Elle me regarde toujours, l'air à présent plus inquiète.

« - et c'est suffisamment dur et troublant déjà pour moi alors je t'en supplie ne me juge pas et essaye de comprendre… ok ? »

« Qu'est ce qu'il y a, tu es malade ? Il t'est arrivé quelque chose ? » me dit-elle apeurée, cherchant à voir où je veux en venir.

« Non, mon dieu, non ! Je suis pas malade, je… je vais bien, ça n'a rien a voir… »

Je baisse les yeux, cherchant mes mots et la meilleur façon de dire la chose.

« Tu te souviens de la soirée chez Mark en août ? »

« La crémaillère ? Bien sur, pourquoi ? »

Je ne répond rien, et elle me prend la main pour me pousser à continuer. En souriant, elle ajoute :

« Allez Addie dis moi, je te promets je dirai rien. »

« J'ai embrassé Arizona. »

« Mais je sais ça ! Moi aussi je t'ai embrassé, tu te souviens ? » elle rigole alors mais je continue :

« Non, je veux dire j'ai embrassé Arizona après ça… Quand je pleurais dans la salle de bain, elle m'a trouvé et on s'est embrassées encore, et on a dormi dans la même chambre et là aussi on s'est embrassées… »

Ses yeux sont plongés dans les miens confuse, elle ne répond rien mais fronce les sourcils un peu plus à chaque mot qui sort de ma bouche.

« Et pendant deux mois, j'y ai pensé sans arrêt, et depuis que je suis à Seattle c'est encore pire et hier soir je lui ai dit… »

« Et… ? » me demande-t-elle le visage expressif, et je ne sais vraiment pas ce qu'elle peut penser à l'instant même.

« Et alors si je viens à Seattle, on sera ensemble elle et moi… »

Elle reste un instant immobile les yeux dans le vague et elle se met soudain à rire. Doucement d'abord, puis le rire part de plus belle et bientôt je la retrouve en fou rire à mes côtés.

« Callie ça va ? » je demande, ne sachant vraiment pas comment le prendre, ni que dire d'autre.

« Excuse, excuse moi… mais là, vraiment, tu m'as tué… » me dit-elle en reprenant son souffle et s'essuyant les yeux. « C'est, c'est pas une blague je veux dire vous, vous allez vraiment vous mettre ensemble ? »

« Nan, c'est pas une blague. »

Désormais plus calme, elle continue alors plus sérieusement :

« Mais Addie t'as toujours aimé les mecs ! Enfin je sais pas, t'es un croqueuse d'hommes ! » sa voix reste douce et sans hargne, et je me détends alors, sachant que le pire a été évité.

« Callie, c'est pas vraiment à toi de me faire un commentaire à ce sujet… » je lui dis en rigolant.

« Oui, c'est vrai… Quand je pense que j'ai rien vu alors que ça s'est passé sous mon nez…»

On se tait un moment toute les deux, réfléchissant à ce qui vient de se passer.

« Ca, ça te dérange pas ? » je finis par demander, un peu embarrassée.

« Nan, je suis contente si vous êtes heureuses comme ça. Je te mentirais si je te disais que ça ne me fait pas bizarre… Une de mes meilleures amies avec mon ex, et qui plus est ma première vraie petite-amie… Oh mon dieu j'ai des images qui me viennent en tête je veux pas voir ça… »

J'éclate de rire et elle rit avec moi, les mains devant les yeux, comme pour se protéger de ces images pourtant purement factices qui défilent dans sa tête.

« Vous avez couché ensemble ? » me demande-elle brusquement, l'air épouvanté.

Sa question me prend par surprise et j'ouvre la bouche pour répondre quelque chose, mais rien ne sort.

« Donc c'est oui…» me dit-elle alors, et je lève les yeux au ciel, faussement énervée alors qu'un rictus se dessine sur mes lèvres, ne niant pas ce qu'elle déclare. A quoi bon nier ? Je ne sais pas mentir, de toute façon…

« C'était bien, nul, génial ? »

« Callie ! » je réponds estomaquée avant de me lever d'un bond du canapé. Elle m'attrape par la main pour m'empêcher de fuir :

« Désolé, je plaisante, je plaisante…pas que j'ai envie de le savoir de toute façon… Enfin vous êtes canon toutes les deux, mais bon, ça reste…brrrrr, enfin tu vois quoi. » me dit-elle en faignant un frisson.

Je rigole, passant une main dans mes cheveux et elle se lève à son tour.

« Il faut que j'y aille. » j'enchaîne plus sérieusement, « mon avion est dans quelques heures, il faut que j'aille lui dire au revoir. »

« Ok, va, va t'en ! » me dit-elle avec un grand sourire avant de me serrer contre elle encore une fois. Alors que je m'apprête à quitter la pièce, l'y laissant seule, je me retourne une dernière fois vers elle et lui lance :

« Et Callie… Incroyable. C'est la réponse. »

D'abord confuse, je vois un immense sourire se lever sur son visage à la réalisation de mes propos, alors que je quitte la pièce, le sourire satisfait.

Pendant l'heure qui suit, je fouille l'hôpital de fond en comble : l'étage de pédiatrie, de chirurgie générale, la cafétéria, les salles de gardes… même les toilettes y sont passées, sans que je ne trouve la trace d'Arizona. Entre les infirmières qui me reconnaissent et mes anciens collègues chirurgiens qui m'arrêtent dans les couloirs pour me taper la discut', le temps s'écoule de plus en plus, et je sens l'adrénaline monter en moi. Vous me direz, pourquoi ne pas envoyez un message sur son portable ? Eteint ! Je commence à sérieusement désespéré lorsque je l'aperçoit enfin au fond d'un couloir dans sa tenue de chirurgie, se dirigeant vers moi d'un pas assuré, un grand sourire aux lèvres. Lorsqu'elle arrive à ma hauteur, elle me tire par le bras en continuant à avancer sans rien dire.

« Ou t'étais ? Ca fait bien une heure que je te cherche partout ! J'ai bien cru que j'arriverais pas à te retrouver avec mon départ… »

Elle ne répond toujours rien, me traînant derrière elle à pas rapide, puis, regardant d'un coup d'œil à droite et à gauche, elle s'engouffre précipitamment dans une salle de garde, m'attirant avec elle. Etonnée par son comportement, je demande :

« Arizona, t'as entendu ce que j'ai dit ? Qu'est ce que tu- »

Je ne peux finir ma phrase, ses lèvres attaquant les miennes alors qu'elle me plaque non sans une certaine fougue contre la porte. D'abord stupéfaite et figée, je ne peux que capituler bien vite sous la passion de ses baisers et je lui les rends bien vite avec la même ferveur. Mes mains viennent s'entremêler dans ses cheveux alors que les siennes se glissent rapidement sous ma chemise avec bien moins de pudeur qu'auparavant, caressant chaque surface de peau qu'elles peuvent y trouver. Je sens une vague de chaleur m'envahir rapidement, nos respirations s'accélérant, et je profite de chaque instant, sachant que ce moment sera le dernier que nous partagerons avant un bon bout de temps.

« J'ai eu envie de faire ça depuis la minute où j'ai quitté l'appartement ce matin… » me dit-elle en souriant contre mes lèvres.

« Oh, c'est vrai ? » je réponds sur un ton narquois avant de glisser à mon tour mes mains sous son haut bleu foncé, et de l'attirer contre moi par la taille, l'embrassant à nouveau.

« Il va pas falloir que je traîne trop… » je lui annonce quelques minutes plus tard, en rompant le baiser et lui prenant la main, entremêlant nos doigts. Elle hoche la tête, compréhensive, et nous guide toute les deux vers le lit du coin où l'on s'assied l'une près de l'autre.

« J'ai parlé à Derek. » je lui dit sur un ton neutre, voulant garder un peu de mystère.

« Et… ? » son ton est visiblement anxieux.

« Et je commence début janvier. » je répond avec un grand sourire, rapidement reflété par le sien.

« C'est génial ! » s'écrit-elle en m'attirant contre elle, me serrant dans ses bras avec force. Nous restons ainsi un moment, profitant de la proximité, jusqu'à ce que je glisse :

« Au fait, Callie est au courant… »

Elle s'écarte alors un peu et me regarde les yeux grands ouverts et la bouche entrouverte, attendant visiblement plus d'informations.

« Et tout va bien, elle l'a bien pris. Elle avait l'air contente pour nous. »

« Teddy est aussi pseudo au courant… » me confie-t-elle alors, jaugeant ma réaction.

« Oui je sais… Elle m'a retrouvé à moitié à nue ce matin en train de bouffer des céréales dans votre salon et m'a fait un petit interrogatoire… J'ai bien compris qu'elle se doutait… »

« Elle a fait quoi ? » me demande-t-elle incrédule, en rigolant.

« Rien de méchant… juste, des trucs d'amis… qui tiennent aux autres et vérifient les intentions des prédateurs… »

Je la vois rougir alors, presque trop faiblement pour que je me rende compte de quoi que ce soit, et me lance un sourire désolé.

« Je suis désolée que tu aies dû subir ça… » me dit-elle en remettant une mèche de cheveux derrière mon oreille.

« Si c'est le prix à payer pour être avec Arizona Robbins alors… » je lui dis en plaisantant, alors que son sourire s'adoucit et que j'aperçois une lueur nouvelle dans ses yeux.

Nous nous taisons un instant, plongées dans le regard l'une de l'autre, figé sous la simplicité de ce moment et elle s'avance alors doucement vers moi, effleurant mes lèvres avant de m'embrasser tendrement. Lentement, je m'incline contre le matelas, elle au dessus de moi, nos lèvres ne se quittant pas une seconde. A califourchon sur mes hanches, elle presse son corps contre le mien et sa bouche quitte momentanément la mienne, descendant le long de ma mâchoire, dans mon cou, sur ma clavicule alors que mes mains s'agrippent dans son dos, laissant probablement des traces d'ongles dans sa peau si tendre. Je savoure encore un peu ces instants privilégiés et éphémères, nos langues dansant à nouveau l'une contre l'autre, lentement, divinement. Elle se redresse alors, planant au dessus de moi, les bras tendus et les mains bien à plats contre le matelas. La sensation de manque est immédiate.

« Pas de bêtise pendant ces deux mois hein ? » me dit-elle en plaisantant, ses fossettes irradiant son visage. « Je supporterais pas que quelqu'un d'autre te touche… » ajoute-elle honnêtement, son visage de suite sérieux et concerné. Nous restons silencieuses devant cet aveu, devant cette phrase dont la portée est aussi puissante et intense que les cris et les pleurs de la veille. Une seule phrase déjà vœux d'engagement et de fidélité, déjà presque preuve d'amour… Je reste sans voix et hoche la tête rapidement, les yeux pleins d'émotions alors que ma main se faufile dans sa nuque et l'attire à mes lèvre, une fois de plus.

« Et plus de cigarettes non plus… » ajoute-t-elle en souriant entre les baisers. « C'est mauvais pour ta santé… »

« J'en aurai plus besoin… » je lui dis honnêtement. Les rares fois de ma vie où je me suis retrouvée 'fumeuse' était des périodes de déprimes ou mal-être intense : mon adolescence, où j'ai commencé à comprendre la supercherie familiale ma rupture avec Derek après ma découverte d'infertilité et ma phase post-crémaillère… Non, maintenant tout devrait rentrer dans l'ordre.

« Si quand tu seras frustrée… » me dit-elle en rigolant. « Quoi que tu as toujours tes mains pour ça… »

Je comprends enfin ce à quoi elle fait référence et rigole.

« Nan, nan je fais jamais ça… »

Elle se redresse subitement et me regarde étonnée.

« Quoi, jamais… Jamais ? »

Je me relève en m'appuyant sur mes coudes, et fais non de la tête. Elle me regarde incrédule et j'éclate de rire.

« Quoi c'est si impensable que ça ? » je lui demande, en m'asseyant bien droite alors qu'elle est à présent à califourchon sur mes cuisses.

« C'est… difficilement concevable. » répond-t-elle avec un sourire moqueur, les yeux rivés sur mes lèvres. Je reste là sans rien dire avec un sourire en coin, la regardant droit dans les yeux alors que je la vois elle lutter, son regard oscillant entre mes yeux et ma bouche. Je sais qu'il est plus que temps que je m'en aille, mais je ne résiste pas à la tentation de faire durer ce petit jeu encore un peu.

« Qu'est ce que t'attend pour m'embrasser ? » je lui chuchote tout bas, sans détourner le regard.

Ma remarque la fait sourire, et doucement, elle prend mon visages a deux mains avant de déposer un long baiser sur mes lèvres. Ses mains viennent ensuite dans mes cheveux, les peignant avec les doigts. Tirant légèrement sur les pointes, elle finit par me dire, me regardant bien droit dans les yeux :

« Tu vas me manquer. »

« Toi aussi. »

Pour alléger l'atmosphère j'ajoute en plaisantant :

« Tu pourras toujours jouer avec tes mains quand je te manquerai trop… » ce qui suscite un petit rire de sa part. Elle se dégage et je me relève alors, m'apprêtant à partir. Elle reste assise sur le lit, m'observant tandis que je tente de défroisser ma tenue comme je peux. « Tu m'envoies un message quand tu arrives à L.A. ? »

« D'accord. » Autant d'attention me fait sourire et m'attendrit. Je la tire du lit de la main, et nous faisons les derniers pas vers la porte en silence, main dans la main.

« A bientôt alors » je dis, déposant un baiser sur ses lèvres et sur le dos de sa main, avant d'ouvrir enfin la porte.

Une fois dehors, je lui lance un dernier sourire avant de partir vers la sortie, littéralement à reculons, alors qu'elle s'éloigne dans l'autre direction. Et à peine suis-je sortie de l'hôpital que je sens mon portable vibrer dans ma poche :

nouveau message : AZ

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