Titre : A.F.P

Auteur : Flammula

Disclaimer : Histoire de base et persos appartiennent à Square Enix comme tout le monde le sait.

Note : ce chapitre se sera fait attendre…xD Le pire c'est que je l'avais commencé il y a tellement longtemps…tout de suite après le premier, mais tellement de trucs me sont passés par la tête entre temps qu'il fallait que je les sorte de là pour être tranquille pour AFP. Bref.

Enorme merci à ma Bêcca lectrice XD Becca, donc, tu poutres \o/.

Bonne lecture !


Le docteur Lucrécia éteignit appareils de mesure et ordinateurs. Elle retira les électrodes du corps de Roxas et n'adressa aucun regard ni aucun mot aux deux garçons. Roxas fit disparaître les deux clés géantes qu'il tenait tandis que les yeux d'Axel fixaient encore l'endroit où elles s'étaient trouvées.

Le silence lourd mit le jeune garçon mal à l'aise, aussi décida-t-il de se rhabiller puisque sa mère avait l'air d'en avoir fini pour le moment. Quand il se tourna de nouveau vers les deux adultes, il les trouva en pleine confrontation...psychique ? Ils se fixaient droit dans les yeux sans ciller, comme en plein duel : celui qui baisserait les yeux ou battrait des paupières en premier perdrait. Roxas haussa un sourcil. Il n'avait jamais compris pourquoi ils étaient si hostiles l'un envers l'autre. Lucrécia était méfiante envers Axel, et Axel était juste provoquant. Roxas ne pouvait ni expliquer la méfiance de Lucrécia ni les provocations du roux.

Peut-être...pouvait-il y donner un semblant d'explication, mais ça ne justifiait pas totalement leur comportement. Ils devaient tous les deux avoir de meilleures raisons.

Pour Axel...c'était simplement dans son caractère, il était comme ça et on n'y pouvait rien. Quant à Lucrécia, son manque de confiance en l'autre pouvait se justifier parce qu'il était arrivé il y a peu à La Forteresse Oubliée, parce qu'on ne connaissait pas vraiment grand chose de lui, et parce qu'un certain nombre de bruits et ragots l'avaient précédé.

C'était il y a trois mois. Il était arrivé au laboratoire habillé d'un long manteau noir, une capuche dissimulait son visage.

On disait qu'un certain groupe d'individus vêtus de noir rôdaient de planète en planète, de ville en ville à la recherche d'une ouverture vers le monde des Sans-cœur, mais on ne savait pas pourquoi. De toute façon, quel que soit leur but, cette idée ne réjouissait personne pour la simple raison que ces mêmes Sans-cœur leur obéissaient. Semblait-il. On racontait que s'ils pouvaient les contrôler, c'était parce que les Ombres n'essayaient pas de leur dévorer le cœur. Les rumeurs prétendaient qu'ils n'en avaient pas. Roxas avait toujours haussé les épaules en entendant les bruits qui couraient sur ces hommes au manteau noir. Comment pouvait-on ne pas avoir de cœur ? À moins d'être un Sans-cœur évidemment. Quoi que rien n'était sûr pour eux non plus. Après tout, cette histoire et leur nom ne partaient que de l'hypothèse qu'ils les volaient et les dévoraient parce qu'eux-mêmes n'en avaient pas. Mais au final, comment pouvait-on en être sûr ? À dire vrai, Roxas ne tenait pas tant que ça à le savoir.

Mais peu importait, le fait était qu'Axel s'était un jour montré avec cet air calculateur qui présageait le coup fourré, et ce manteau qui rappelait vaguement la description des 'types avec un long manteau noir'. Lucrécia avait essayé de l'empêcher de rester, mais il semblait qu'il avait de bonnes raisons...avec des laissez-passer qui lui donnaient plus de pouvoirs que la scientifique dans son propre labo.

Roxas se souvenait encore du sourire qu'Axel avait eu lorsque sa mère s'était présentée comme étant le docteur Lucrécia Strife. « Vous ne voulez pas dire 'Lucrécia Crescent' par hasard ? » avait-il dit avec le sourire du chat du Chester. Leur poignée de main s'était encore plus crispée, et Roxas avait été persuadé pendant un court moment qu'ils essayaient de se broyer mutuellement la main.

Le jeune homme avait été très surpris d'entendre ce qu'il supposa être le nom de jeune fille de sa mère; lui-même ne l'avait jamais entendu... Il avait pensé qu'Axel arrivait tout droit du passé de Lucrécia, mais elle lui avait assuré qu'elle ne l'avait jamais rencontré avant. Ils en avaient tous les deux conclu que ses prétendus laissez-passer venaient bel et bien des hautes sphères du gouvernement, et qu'il ne les avait pas falsifiés. (Le laboratoire ne menait effectivement pas de recherches indépendantes, mais les faisaient selon certains ordres émanant des dirigeants.)

Après, si Axel avait essayé de faire comprendre qu'il en savait long, ou s'il avait essayé de faire passer un autre type de message à sa mère, Roxas n'en était pas sûr.

Dans tous les cas, alors que Lucrécia doutait plus que jamais qu'elle puisse accorder sa confiance à Axel, Roxas lui, était tout disposé à se confier sans retenue. Il s'était pris d'affection pour ce garçon entouré de mystère, mais toujours très gentil avec lui. Ils avaient passé beaucoup de temps ensemble à discuter de tout et de rien, le roux toujours attentionné. C'était une des rares personnes à ne pas regarder Roxas comme une bête curieuse, à ne pas le considérer comme un cobaye. Même sa mère semblait parfois oublier qu'il n'était pas qu'une expérience, mais un être humain qui avait aussi des sentiments. Et ça avait profondément blessé l'adolescent de la voir agir avec lui de la même façon qu'ils agissaient avec ces pauvres souris blanches dans d'autres parties du centre de recherches. Parce qu'il avait...cette capacité étrange, bizarre et pas vraiment naturelle de pouvoir faire apparaître ce que les chercheurs appelaient « Keyblade ». Axel, lui, préférait utiliser le terme « extraordinaire » pour parler de ce pouvoir. Ou quand c'était un jour où Roxas n'avait pas envie d'entendre de pseudo-compliments là-dessus, il l'appelait son « petit problème de clé ». À force, il avait même réussi à le persuader de tirer une certaine fierté de cette capacité, parce qu'elle lui servirait un jour. Peut-être très bientôt. Il n'était pas le seul à le dire, mais personne ne se donnait la peine d'entrer dans les détails.

L'autre personne qui ne l'avait jamais regardé comme s'il venait d'un monde parallèle était son père. C'est vrai qu'on n'était pas censé faire de préférences entre ses parents, mais comment réagir autrement lorsque d'un côté vous aviez une mère obsédée par son étude, et de l'autre un père qui trouvait toujours une excuse pour vous sortir du labo ? Et c'était donc ce qui se passait : même en se le reprochant et en se disant que c'était mal, Roxas aurait tout fait pour lui sans hésiter. Il aurait été plus contraint s'il avait été question d'aider Lucrécia. Son père non plus n'utilisait jamais de termes qui pourraient blesser son fils lorsqu'il parlait des Keyblades. Il parlait de capacité unique. Il disait aussi qu'un jour Roxas serait heureux de la porter. Pour l'instant, l'ado ne comprenait pas vraiment ce qu'il entendait par là, mais c'était peut-être la même chose que ce qu'Axel lui disait.

Dehors, il s'était remis à pleuvoir de plus belle. L'orage s'était bel et bien calmé, mais la pluie avait décidé de tenir le siège. Roxas s'était faufilé discrètement dans les couloirs, en laissant derrière lui les querelles et regards meurtriers entre sa mère et Axel. Trop occupés à se détester, ils n'avaient sûrement pas remarqué son départ. Axel saurait de toute façon où le trouver, s'il en avait envie.

Le jeune garçon sourit à cette idée. Il aimait passer du temps avec lui et à sa grande satisfaction, l'autre trouvait toujours une excuse pour rester. Lucrécia pensait qu'il avait quelque chose derrière la tête. Roxas n'y croyait pas une seconde. Ils étaient devenus amis sans que ça ait un rapport avec ces satanées clefs. Aucun.

Les couloirs étaient déserts dans tout le bloc de recherches. Il n'y avait que quelques agents de sécurité postés aux entrées pour la nuit. Il devait y en avoir dans les salles de contrôles de vidéo surveillance, mais il ne les croiserait évidemment pas. À cette heure, la plupart des scientifiques qui travaillaient au labo étaient rentrés chez eux. Certains avaient quitté la ville, d'autre le seul quartier. Et d'autres comme la famille de Roxas vivaient dans un autre bloc du complexe. L'immeuble où se situaient les résidences était accessible via les couloirs faits comme des tubes de plexiglas qui reliaient les blocs entre eux. Le jeune homme ne s'en était pas rendu compte de l'intérieur, mais alors qu'il avait pu observer le grand complexe depuis l'extérieur, sur une photo, il s'était d'autant plus senti considéré comme un rat de laboratoire. Même le lieu où il vivait ressemblait à une grande cage à cobayes. Comme celle où il gardait Tic et Tac.

Cela dit, c'était souvent dans ces tubes de plastique colorés qu'il s'arrêtait avant de rentrer chez lui. Il y voyait le ciel d'une manière différente que lorsqu'il l'observait par la fenêtre ou allongé sur un banc des jardins des blocs résidentiels, entre deux immeubles. La couleur du plafond et des murs changeait selon le couloir qu'il empruntait, son champ de vision était arrondi, et les nuits sans lune ni étoiles comme celle de ce soir là, lorsqu'il empruntait les passages des étages les plus hauts, lui donnaient l'impression de flotter dans le noir. En fait, tout était différent vu à travers les arcs transparents des couloirs, tout devenait artificiel. Quoi que, Roxas ne savait pas plus que ça comment c'était dehors. Peut-être que la réalité, c'était sa vision depuis l'intérieur de sa cage, et qu'à l'extérieur, tout devenait artificiel.

À l'entrée de l'un de ces fameux tubes, le bruit de la pluie devint plus fort et fit lever les yeux au jeune homme. Son arrivée avait fait réagir les capteurs qui avaient allumé les néons qui éclairaient le chemin. Il s'enfonça jusqu'au centre environ, la tête toujours levée, et resta un long moment à observer l'eau glisser sur le dôme protecteur, ne se lassant pas d'admirer les arabesques formées par les gouttes qui glissaient. Il finit même par s'asseoir par terre pour être mieux installé, histoire d'assister au spectacle plus tranquillement.

Les néons s'éteignirent. La lumière ne reflétait plus sur les parois transparentes, et derrière le bleu du couloir et le voile de pluie, il voyait le reste des bâtiments qui se fondaient dans le ciel noir. Quelques fenêtres éclairées, des stores souvent fermés, les façades de verre, de taule ou de béton peint, d'autres couloirs éclairés et des silhouettes qui les traversaient.

Il se demanda si son père accepterait enfin de l'emmener en ville ce weekend. Peut-être que s'il ne le faisait pas, Axel le ferait, lui. Même s'ils devaient aller à l'encontre des ordres de ses parents. Pour une fois...

La pluie devint plus fine, mais l'eau continuait de glisser sur les parois extérieures du couloir. Le tube plus loin s'éteignit et disparût de sa vision, caché dans la nuit et derrière les filets d'eau.

Est-ce qu'il y aurait un nouvel orage demain ? Quitte à être effrayant, ce serait bien qu'il mette hors service tout le laboratoire pour plusieurs jours.

Il n'avait pas vraiment envie de continuer ces tests stupides demain. Ni les jours suivants en réalité.

Les stores d'une des fenêtres éclairées furent baissés. La lumière du couloir où il se trouvait s'enclencha, et fit disparaître le paysage extérieur qui avait déjà été bien timide, à se cacher derrière le plastique bleu et la pluie.

« Roxas ? Qu'est-ce que tu fais là tout seul, mon cœur ? »

Il attendait Axel. Enfin, il pensait que c'était ça.

« Tu m'attendais pour rentrer peut-être ?

-Oui, mentit-il.

Roxas se leva en souriant et rejoignit sa mère qui l'accueillit avec un baiser sur le haut de la tête. L'adolescent aimait les moments où la scientifique laissait sa blouse de côté pour être simplement sa mère; elle ne manquait jamais de montrer son affection envers lui dans ces moments. Il en oubliait presque ses rancunes.

-Que voulait Axel ? Demanda-t-il, sachant pertinemment que Lucrécia serait de mauvaise humeur rien qu'en entendant le nom de sa Némésis.

-Fouiner, comme d'habitude.

-Maman !

-Roxas !

Il y eut un silence et tous deux éclatèrent de rire.

D'accord, ils étaient de bonne humeur tous les deux, pas la peine de tout gâcher en développant la dispute à propos d'Axel. Ils avaient repris leur marche en direction de chez eux, et pendant un moment ils n'entendirent que le bruit de leur pas sur le sol.

-Il n'a fait que m'amener des dossiers remplis de recommandations de la direction et il est reparti sans rien dire. Comme tu t'étais déjà éclipsé, je suis restée pour jeter un coup d'œil à tout ça. Je ne pensais pas que tu m'attendrais là, sinon je serais venue plus tôt.

-C'est pas grave, t'en fais pas, j'ai même pas attendu très longtemps, lui assura-t-il.

L'avantage d'avoir souvent la tête dans les nuages : on ne voyait pas le temps passer.

-Maman...

Lucrécia tourna son regard vers son fils et s'inquiéta de son air si sérieux, voire triste. Elle lui sourit pourtant de bon cœur, pour l'encourager à se confier, lui assurer qu'il pouvait aller au bout de sa réflexion.

-J'aimerais passer une journée normale demain, avoua-t-il. Sans tests, sans machine et sans entendre parler de Keyblades...

-Roxas, poussin...tu sais bien que nous sommes obligés de faire ces tests, fit-elle en fronçant les sourcils. Et que ce n'est pas moi qui décide.

-On pourrait leur mentir, juste une fois. Tu leur dis que j'ai besoin d'un jour de repos sinon je vais pas tenir...

-Oh mon dieu, Roxas...

La scientifique serra les lèvres, mais sembla considérer l'idée. Roxas savait bien que c'était dur de mentir au dirigeant des recherches, mais c'était sa mère, et elle prendrait le risque, non ?

-Je n'peux pas Roxas ! Ils verront que je mens, et j'ai vraiment trop peur qu'ils m'enlèvent du programme.

-Ta place est plus importante que moi ? Je ne demande qu'un petit jour ! S'emporta l'adolescent, vraiment blessé par les paroles de sa mère.

-Mais non enfin, ce qui m'inquiète, c'est qu'ils n'hésiteraient pas à m'accuser de faire trop de sentiments parce que tu es mon fils, et ils te mettraient entre les mains d'un de ces scientifiques fous à lier...Je fais mon possible pour te ménager, pour t'éviter de ressembler trop à un cobaye mais-

-Eh ben on dirait pas.

La scientifique fut piquée par ce qu'elle considérait comme des accusations injustes. Elle faisait pourtant son possible pour que son fils ne souffre pas trop de la situation.

Seulement voilà, elle n'était pas à sa place et ne pouvait pas vraiment comprendre sa situation et ses sentiments.

Lucrécia se massa les tempes, ne sachant pas trop quelle décision prendre.

-Nous verrons bien demain. » conclut-elle.

Roxas haussa simplement les épaules, déjà résigné. Demain, elle n'aurait sans doute pas changé d'avis.

Arrivés devant la porte de leur appartement, Lucrécia sembla hésiter. Roxas haussa un sourcil, il savait bien que cet air signifiait qu'elle avait oublié quelque chose mais qu'elle ne se rappelait plus quoi. Il sortit sa propre carte -qui leur servait de clé- et ouvrit à la place de sa mère, pensant que c'était ce qu'elle cherchait. Cette dernière secoua la tête, agacée.

« Je suis sûre que j'ai oublié quelque chose, mais pas la clé, » dit-elle en sortant sa carte.

Roxas avait donc mal interprété. Il haussa les épaules et entra chez eux, sa mère lui emboîtant le pas. Il voudrait bien essayer d'aider la scientifique, mais il ne pouvait pas se rappeler pour elle. Il cita tout de même quelques objets comme son badge, des dossiers, son téléphone, mais elle avait tout ce qu'il fallait. Il supposa que ce n'était qu'un sentiment bizarre et qu'elle n'avait probablement rien oublié.

« Roxas, est-ce que tu as pris tes médicaments ?

Ou alors elle avait une partie de son cerveau mis de côté dans son cerveau à elle.

-Heu, oups.

-Je savais que j'oubliais quelque chose ! J'étais partie te chercher de nouvelles capsules, je les ai laissées au labo. Roxas, il t'en restait non ? Pourquoi tu ne les as pas prises ? Tu les as sur toi ?

-Mam-

-Il ne faut jamais, tu entends, jamais que tu restes trop longtemps sans les prendre, c'est très important.

-Mais je suis resté seulement aujou-

-S'il te plaît ! » Dit-elle d'un ton ferme.

Lucrécia était rentrée dans l'appartement, elle faisait face à Roxas et à l'entrée. Derrière elle, le père de Roxas était arrivé et avait posé une main sur son épaule pour la calmer. Elle avait tendance à paniquer lorsqu'il s'agissait du traitement de son fils : il suffisait qu'il le prenne avec un tout petit peu de retard et elle se mettait à paniquer. Le jeune homme fit un immense sourire à l'adresse de son père. Il ne s'attendait pas à le voir ce soir là, vu qu'il était censé rester encore deux jours en ville et ne rentrer que le weekend. Son père lui tendit ensuite une des capsules contenant le remède. Il ne dit rien, mais son regard ordonnait clairement à l'adolescent de s'injecter tout de suite le produit. Roxas soupira à peine. C'était pour son bien après tout. Et puis...si l'homme n'attendait même pas que son fils aille lui-même chercher ses médicaments, c'était aussi pour calmer directement Lucrécia.

Ce traitement...c'était assez pénible de devoir penser à ces petites capsules tous les jours. Avec les années, il aurait dû s'y faire, mais non. Sa mère lui assurait qu'il risquait de tomber gravement malade s'il ne les prenait pas, que c'était à cause d'une maladie qu'il avait depuis la naissance. Pour dire la vérité, il était arrivé plus d'une fois que Roxas oublie son médicament une journée. Il ne s'était jamais senti mal. Il ne voulait pourtant pas tenter le diable, autant faire ce qu'on lui disait plutôt que risquer de souffrir pour rien.

Son père aussi avait la même maladie et devait suivre ce traitement. Lucrécia n'avait cependant pas la possibilité de vérifier qu'il le prenait, parce que son mari était souvent absent. Il travaillait en dehors du labo et il lui arrivait de ne pas rentrer le soir parce que ses affaires le retenaient. De toute façon, elle devait se dire que Cloud était assez grand et donc assez raisonnable pour suivre son traitement correctement. Elle avait moins confiance dans la soi-disant tête de linotte de Roxas.

Roxas soupira et prit la fiole. Il sortit de sa poche un objet qui ressemblait à une seringue, mais juste avec un bouton sur le haut et une aiguille très courte. Il enfila la fiole dans l'engin et piqua l'aiguille dans la veine qui se voyait nettement au niveau du poignet. Il avait tellement l'habitude, il aurait pu le faire les yeux fermés. Une fois qu'il eut appuyé sur le haut de la seringue, on entendit un petit déclenchement d'une seconde puis plus rien. Le remède coulait déjà dans ses veines.

Lucrécia semblait calmée, cela dit elle se dirigea vers la cuisine en soupirant. Roxas haussa les épaules tandis que Cloud ébouriffait encore plus qu'ils ne l'étaient déjà les cheveux de son fils.

Comme à son habitude, son visage était inexpressif, mais Roxas savait y lire les sourires, et là, Cloud avait cet air qui lui assurait qu'il lui consacrerait tout le temps dont il aurait besoin. Aussi l'adolescent le suivit jusqu'au salon et s'assit à ses côtés.

« J'aimerais sortir de la cage à cobaye ce weekend. S'il te plaît, prends-moi avec toi en ville...

-Il n'y a rien à voir à l'extérieur.

-Oui, tu dis ça à chaque fois, mais je trouve l'extérieur bien plus amusant. C'est ennuyeux toutes ces blouses blanches.

-Tu ne trouves pas que les gens ressemblent à des clowns à s'habiller avec autant de couleurs ?

-Au contraire, ça flatte la rétine, c'est plus qu'agréable.

Cloud esquissa ce qui sembla être un sourire. Roxas montrait toutes ses jolies dents.

-D'accord.

-Est-ce qu'Axel pourrait nous accompagner, s'il n'est pas trop occupé ?

-Non.

Le jeune garçon bouda sans tenter de le cacher. À l'instar de Lucrécia, Cloud ne portait pas spécialement Axel dans son cœur.

-On peut pas lui faire confiance, gniah gniah.

-J'n'ai pas dit ça.

Roxas haussa un sourcil et regarda son père en attendant une meilleure explication.

-Je ne sais pas si on peut lui faire confiance, je ne le connais pas. Mais j'ai décidé malgré tout que moi, je ne lui ferai pas confiance.

-Oh oh, cette différence.

Cloud ne répondit pas, mais fixa droit devant lui le tableau où une prairie était balayée par le vent et parfois traversée par des animaux sauvages et des chocobos. Roxas suivit son regard qui s'arrêta sur un nuage noir au loin, dans le ciel numérique. Un éclair illumina le fond du tableau et provoqua un frisson qui le fit trembler des pieds à la tête. L'attention de Cloud fut attirée par ce mouvement soudain, mais aucune remarque de sa part n'en découla.

-Est-ce qu'il te pose beaucoup de questions sur les keyblades ?

-Qui ?

Cloud fixa son fils sans ciller. Le jeune homme haussa les épaules, agacé.

-Non. Mais il arrive d'en parler de moi-même en réalité...on discute beaucoup tous les deux.

-Tu ne devrais pas.

-Il est de l'équipe de toute façon. Et il a accès aux informations même si m'man essaie de limiter ça. »

Cloud sembla contrarié, mais ne dit rien. Il savait bien que Roxas avait raison. Mais il aurait aimé que le garçon ne fasse pas tant confiance à quelqu'un qu'il connaissait à peine et qui était aussi louche que ce grand type au sourire figé.

Axel avait toujours ce même sourire plaqué sur les lèvres. Comme une image enregistrée qu'il affichait automatiquement quand il croisait le regard des autres personnes. Dans ses yeux, il n'y avait que cet air calculateur qu'il détestait, rien d'autre.

Roxas y voyait plus. Ou le croyait. Mais Roxas avait droit à une autre sorte d'attention que celle des scientifiques de d'habitude; il avait l'impression de s'être fait un ami, alors il avait totalement baissé sa garde...il allait peut-être même chercher des sentiments qui n'existaient pas. Est-ce qu'Axel, lui, le considérait comme un ami ? Pas dit.

L'adolescent se leva et sourit à son père avant d'aller dans sa chambre. Cloud lui souhaita bonne nuit, puisqu'il savait qu'il ne le reverrait plus avant le lendemain. La réponse qu'il obtint se résuma à un geste nonchalant de la main.

L'ado se jeta sur son lit et y resta sans bouger. De là où il était, derrière la grande vitre de la fenêtre de sa chambre, il pouvait voir ce qui se passait dans la cage d'escalier du bâtiment d'en face, une autre partie de l'aile résidentielle du complexe.

Encore un autre monde derrière un panneau de verre ou allez savoir de quoi d'autre il était fait. Un monde déformé par les matériaux derrière lesquels il évoluait. Rien de bien passionnant ne devait s'y passer, après tout, il ne s'agissait que des même personnes qui travaillaient aux labos et autour. Mais Roxas, intrigué, regardait parfois les ombres évoluer derrière les vitres opaques. Quelques couleurs apparaissaient de temps à autre, et puis les formes d'objets connus, d'autres fois il reconnaissait un bras ou une tête qui se détachaient et jouaient les personnages de son spectacle d'ombres chinoises. Et puis les lumières s'éteignaient et il ne voyait plus que la surface blanche de l'immeuble. Ces silhouettes allaient et venaient jusque tard dans la nuit, évoluant sur toute la hauteur du bâtiment.

Des coups à la porte le sortirent de ses rêveries. Lucrécia lui avait emmené un plateau avec de quoi manger.

« J'ai pas faim.

-Alors ça je m'en fiche, fit-elle en levant les yeux au ciel. Tu n'as jamais faim, mais ce n'est pas pour ça que ton corps n'a pas besoin de se nourrir.

L'ado soupira tandis que sa mère posait le plateau sur son bureau.

-Pourquoi on mange pas ensemble ?

-Parce que tu t'es enfermé ici ?

-Sincèrement. »

Lucrécia haussa les épaules et sortit de la pièce. Si vous vouliez la faire fuir, c'était bien le sujet à aborder. Roxas ne put s'empêcher de froncer les sourcils en se disant qu'il était persuadé que s'il sortait de là, il ne trouverait pas non plus Cloud et Lucrécia en train de dîner ensemble. Il avait une drôle de famille. Et il ne s'en serait jamais rendu compte si Axel ne lui avait pas raconté à quoi ressemblait la sienne. Il n'avait pas été très précis, mais il avait clairement dit que sa famille était très attachée aux moments qu'ils pouvaient passer ensemble. Les repas en faisaient principalement partie.

Sa mère à lui semblait trouver ça très gênant. Elle et Cloud ne s'offraient aucune marque d'affection non plus. S'ils étaient mariés, c'est qu'il y avait eu des sentiments entre eux, non ? Alors pourquoi ils lui donnaient l'impression de n'avoir jamais eu d'affection particulière l'un pour l'autre ?

Encore quelque chose qu'il n'aurait jamais remarqué sans Axel.

Le scientifique n'avait pourtant pas pensé à mal en lui racontant tout ça. Ils s'étaient juste mis à parler chacun de leur vie en dehors des laboratoires. Roxas avait presque regretté d'avoir ce genre de conversation, mais au final, ça lui avait fait plaisir d'en savoir plus sur son nouvel ami. Son seul ami à vrai dire. Et puis il pouvait se consoler parce que même s'ils n'avaient en apparence rien d'une famille, il savait qu'ils tenaient les uns aux autres. Et Cloud et Lucrécia étaient très affectueux avec lui, comme de vrais parents. Si on ne comptait pas les petites lubies expérimentales de Lucrécia...mais bon, c'était une scientifique, et il faisait apparaître des armes.

Roxas avala son repas en se forçant un peu, et il ne sut pas trop déterminer s'il se sentait mieux ou pas, rassasié ou nauséeux. C'était une drôle de sensation, mais ça lui arrivait souvent quand il venait de prendre son remède et mangeait juste après. Il décida d'interpréter son sentiment comme celui de bien-être après un bon repas, et s'installa à son bureau pour lire les carnets que lui avait un jour ramenés Axel.

Il ne s'était jamais donné la peine de les cacher parce qu'il savait que ses parents ne passaient qu'en coup de vent dans sa chambre, et même s'ils posaient les yeux dessus, l'improbabilité que ces cahiers de notes se trouvent là les faisait tourner les talons sans qu'ils se posent de questions. Pas qu'on lui ait dit qu'il faille les cacher, mais vu ce qu'il y lisait, il lui arrivait de se demander si Axel n'avait pas omis de lui dire qu'il s'agissait de documents qui ne devraient pas se trouver en sa possession en temps normal.

Au début, il croyait qu'il s'agissait de simples histoires imaginées. Et puis il découvrit certains rapports écrits à la main. Car il s'agissait de rapports écrits après des visites sur certaines planètes. Et puis certains cahiers s'étaient transformés en étude sur un certain personnage qui pouvait apparemment utiliser la Keyblade. C'est à ce moment que Roxas compris qu'Axel ne lui avait pas seulement donné ces documents pour l'occuper à ses heures perdues.

Tous ces rapports et ces études, et le carnet de bord d'un navigateur...ils parlaient tous des Sans-Cœur. Et quelque part ils semblaient liés à la Keyblade.

Lorsqu'il avait fait le rapprochement, ça lui avait fait peur. Alors il avait jeté au loin cette hypothèse, l'avait cachée dans un coin de son esprit, et avait continué de lire plus pour savoir ce qui était arrivé à l'utilisateur de cette arme bizarre qu'autre chose. S'il était encore en vie, il aurait tellement de choses à lui demander...

.oOo.

« Est-ce que tu observes toujours ce qui t'entoure, caché derrière une vitre ?

-Axel !

-Salut, fit le jeune homme en s'asseyant à côté du plus jeune.

-Non, tenta de se justifier ce dernier. C'est juste que...ça m'amuse de voir tout ce monde apparaître et disparaître dans le cadre des fenêtres.

-Huhun. C'est ce que je pensais.

Roxas fit la moue. Il voyait très bien qu'Axel ne changerait pas d'avis. En y réfléchissant bien, c'est vrai qu'il était souvent séparé de ce qu'il observait par un mur transparent. Quel qu'il soit. C'était une manie bizarre. D'un autre côté, la façon dont étaient construits les lieux ne lui en donnait pas vraiment le choix.

-Tu rêves de liberté et pourtant tu restes accroché à ta cage. Lève les yeux.

Le scientifique avait les yeux levés au ciel, et Roxas l'imita.

Le ciel était immense et lui fit tourner la tête.

L'ado était monté sur les toits pour apprécier le seul endroit où sa vue ne serait pas bloquée par des immeubles ou autres monuments, et il s'était finalement retrouvé à observer les fenêtres qui donnaient sur les labos, et à suivre les mouvements des scientifiques qui y travaillaient.

Drôle de manie, oui.

-Pourquoi t'es pas avec ta mère ?

-J'ai réussi à la convaincre de me laisser un jour de repos. Je lui avais demandé pour hier, mais finalement c'est aujourd'hui qu'elle a cédé.

Le plus vieux avait un air neutre sur le visage, aussi Roxas ne réussit pas à savoir ce qu'il pensait. Sans compter qu'il s'écoula quelques minutes sans qu'il ne fasse de commentaire. Le jeune garçon décida donc de continuer sans attendre de réaction particulière.

-J'espère seulement que je ne lui attirerai pas de problèmes.

Axel mit un certain temps à répondre, mais cette fois il eut quelque chose à dire, et Roxas fut soulagé de l'entendre.

-Personne lui reprochera ça, t'en fais pas, dit-il les yeux toujours levés vers les nuages.

-Tu sembles sûr de toi. »

Roxas souriait. Il était rassuré par la confiance que montrait Axel. Il ne savait pas comment il pouvait être aussi certain de ce qu'il affirmait et il ne le saurait jamais puisque son ami ne répondait pas, mais un peu de positivisme ne lui faisait pas de mal. Il fallait dire aussi que c'était assez opposé aux réactions qu'il avait l'habitude de voir avec ses parents. Donc pour la peine, il n'allait pas chercher plus loin.

-Et puis hier j'ai pu faire une belle démonstration avec les deux clés. Ça leur montrera qu'on avance et que j'ai bien droit à une journée de tranquillité.

Le jeune comme aux cheveux de feu tourna son regard vers lui. Il fallut un certain temps au plus jeune pour se rendre compte qu'on le fixait. Il arqua un sourcil et fit un sourire gêné. Axel resta immobile encore un moment; et c'est lui qui rompit le silence au bout de quelques minutes.

-Je serai de ton côté quoi qu'il arrive.

Un ton ferme, un regard déterminé. C'est comme si Axel venait de prendre une décision très importante, après une longue réflexion. Ça voulait certainement dire qu'il le soutiendrait dans le cas où le scénario catastrophe que sa mère avait imaginé venait à se produire. Aux yeux de Roxas, c'était peu probable que ça arrive. Mais sa mère devait avoir une bonne raison pour avoir aussi peur...Et Cloud ne la contredisait pas spécialement sur ce point.

Roxas sourit de bon cœur à son ami, très reconnaissant de savoir qu'il le soutiendrait en cas de coup dur.

-Merci. »

Plus tard dans la journée, Axel raccompagnait Roxas chez lui. D'ordinaire, il ne restait pas bien longtemps dans les parages. C'est que la Buster Sword de Cloud était plutôt effrayante, avait-il expliqué un jour à Roxas, et il ne tenait pas à goûter à son tranchant. Roxas riait, parce qu'en réalité il savait bien qu'Axel avait moins envie de voir sa mère que l'arme de son père. Du moins, il n'avait pas envie d'être pris par Lucrécia à traîner devant chez elle. Sinon il en entendrait parler à en devenir sourd. Et comme il tenait au bon fonctionnement de ses systèmes vitaux, il décampait vite fait bien fait une fois qu'il avait dit au revoir à son ami.

L'ado s'attendait donc à ce que ça soit identique cette fois encore, mais Axel ne semblait pas vraiment pressé de partir. Ça ne dérangeait pas Roxas le moins du monde, mais il trouvait ça un peu louche, aussi lui demanda-t-il la raison de son hésitation.

« Si tu as quelque chose à me demander vas-y, je t'écoute, fit-il en croisant les bras et en souriant en coin.

Axel resta silencieux quelques secondes.

-Les cahiers que je t'ai donnés. Est-ce que tu les as tous lus ?

-Euh..., hésita le jeune garçon. Non, je n'en ai pas encore eu le temps.

-D'accord. Je voulais y jeter un coup d'œil. Je peux ?

Encore plus étonnant. Roxas resta un moment interdit, mais il ouvrit la porte de l'appartement, fit entrer son ami et le mena jusque dans sa chambre. Ça lui faisait un peu bizarre de laisser entrer un 'étranger' dans son petit domaine privé. Disons même qu'il était plutôt gêné. Après tout, pour tout ce que représentait une chambre d'ado, c'était normal qu'il soit intimidé. C'était son intimité, l'endroit où il se réfugiait parfois ou l'endroit où il cachait ses secrets -pas qu'il en ait beaucoup, mais c'était pour le principe. En 15 ans, il n'y avait quand même que deux personnes qui y avaient mis les pieds : ses parents. Quoi que son père était entré trois ou quatre fois en tout.

Cela dit, c'était peut-être un peu couillon de sa part de réagir comme ça; les autres ados de son âge devaient sûrement montrer leur chambre sans problème...non ?

Et pendant que Roxas essayait de gérer intérieurement sa crise existentielle, Axel trouva ce qu'il cherchait sans avoir à fouiller. Les cahiers étaient très clairement visibles sur le bureau de Roxas.

« Tu les as laissé bien en évidence, fit-il en attrapant la petite pile.

-C'est que personne d'autre que moi ne rentre ici d'habitude, répondit-il, le feu aux joues.

Si Axel avait remarqué la gêne de Roxas, il ne le fit pas savoir. Entre ses doigts, les pages du rapport d'Ansem se mirent à noircir. Il ne fut question que d'une fraction de seconde entre le moment où Roxas prit conscience de ce que faisait son ami, et celui où il était déjà trop tard. Le roux fit de grands pas jusqu'à la cuisine et déposa dans l'évier les pages dévorées par les flammes. Il ne resta très vite que des cendres.

Roxas avait essayé plus d'une fois de protester, de demander des explications ou quoi qu'est-ce, mais le visage impassible d'Axel l'en avait empêché. Il avait ouvert et fermé la bouche comme un poisson hors de l'eau, tentant en vain d'exprimer son opinion, mais aucun son n'était sorti. Ce ne fut qu'une fois que son ami eut terminé de faire disparaître les rapports qu'il réussit à faire fonctionner ses cordes vocales.

-Pourquoi tu les as brûlés ? Pourquoi tu ne m'as pas laissé au moins les terminer ? J'avais trouvé des choses intéressantes dedans, j'espérais tellement y trouver des réponses à certaines de mes questions...je pensais que tu me les avais donnés exprès ! Pourquoi tu me les enlèves maintenant? Et comment t'as fait d'ailleurs?

Axel était resté à fixer l'évier où il avait fait disparaître même les cendres, et il avait laissé Roxas poser ses questions avec une expression toujours absolument neutre.

-J'ai tout enregistré, je te donnerai ces informations quand je t'aurai estimé apte à les recevoir.

-Quand tu me les as donnés tu semblais pourtant sûr que c'était le moment, non ?

-La situation a changé depuis, déclara le roux, toujours concentré sur le même point invisible devant lui.

Roxas fronça les sourcils, ne comprenant absolument pas en quoi la situation était différente. La seule chose qui s'était passée depuis, c'était l'apparition de la seconde Keyblade. Et il était persuadé que ce qu'il aurait pu trouver dans ces rapports aurait pu l'éclairer.

-C'était une erreur de jugement de ma part. J'aurais dû prendre en considération plus de facteurs et intervenir de façon plus modérée.

-Quoi ? Arrête, tu me fais peur...on dirait un robot. J'aurais presque l'impression qu'il aurait mieux valu que j'écoute ma mère...

Axel se tourna enfin vers Roxas et haussa les sourcils, sincèrement surpris. Il resta avec la bouche ouverte de stupeur pendant un quart de seconde avant d'éclater de rire et d'ébouriffer les cheveux de son ami. Roxas se recoiffa comme il put, en boudant d'être traité encore comme un gamin.

-Excuse-moi. Il faudra simplement que tu te dises que c'est mieux comme ça. Je connais ce qu'il y a d'écrit dans ces rapports, je te le raconterai plus tard.

-Mouais, bouda de nouveau le jeune garçon.

-Il ne fallait pas qu'ils puissent être trouvés par quelqu'un d'autre.

Du point de vue de Roxas, ils ne risquaient rien dans sa chambre. Il aurait suffit qu'il lui demande de les cacher s'il avait vraiment eu peur que Lucrécia ou Cloud tombent dessus.

-Ça m'explique toujours pas comment t'as fait pour les brûler sans rien, fit remarquer l'ado en fronçant les sourcils.

-Tu fais apparaître des clés, je te rappelle. »

Ok, il pouvait accepter ce genre d'explication. Mais du coup il avait une vision bien changée d'Axel, à présent. En positif. Ils se ressemblaient beaucoup plus qu'il ne l'avait pensé; il aurait simplement voulu qu'Axel lui fasse part de cette capacité plus tôt.

Après ce mini feu de joie, Axel annonça qu'il devait partir, aussi Roxas le raccompagna jusqu'à la porte. Lorsqu'il l'ouvrit, son ami ne fit qu'un pas en dehors avant de s'arrêter net.

Roxas jeta un coup d'œil au couloir pour essayer de comprendre ce qui lui arrivait, mais il ne vit rien ni personne. À son grand étonnement il n'y avait plus non plus de lumière. Il jeta un coup d'œil au capteur qui était censé mettre en marche les lampes du couloir quand quelqu'un y entrait, mais il ne pourrait évidemment pas voir de cette manière si c'était ce truc ou autre chose qui avait un problème. Il alla pour tester les interrupteurs qui étaient là au cas où, mais Axel l'arrêta avant.

« Et si tu venais avec moi au labo de ta mère voir comment elle va ? »

Le jeune garçon ouvrit la bouche pour protester, mais tout compte fait, il n'avait pas très envie de rester seul. Il tourna son regard vers l'intérieur et fronça les sourcils en se rendant compte qu'il faisait tout d'un coup très sombre. Le ciel avait dû se couvrir d'un coup, et comme la nuit était déjà en train de tomber, ça pouvait aussi expliquer qu'il fasse complètement noir dans le couloir...déjà ?

Roxas paniqua pendant un quart de seconde. Quand il avait vérifié pourquoi Axel s'arrêtait, il ne faisait pas si noir. Avant qu'il tourne la tête, il ne faisait pas si noir. Si c'était encore un gros orage qui se préparait...

« Ok. J'arrive. » dit-il en se précipitant à côté d'Axel, claquant derrière lui la porte de l'appartement.

Ils avaient traversé une bonne partie du complexe scientifique lorsqu'Axel ralentit le pas et prit la main de Roxas pour le guider. Le jeune garçon aurait bien protesté pour expliquer qu'il n'était pas un petit garçon, mais il se retrouva à rougir sans savoir pourquoi et à se laisser guider bien volontiers par le plus vieux. Son cœur battait fort dans sa poitrine et au final il ne savait plus s'il devait plus s'inquiéter du comportement de son ami ou de l'obscurité et du silence soudains qui régnaient dans tout Hollow Bastion. Axel stoppa net et tira sur le bras de son protégé pour le caler contre lui. Il se plaqua contre le mur, Roxas dans ses bras, et jeta un coup d'œil au coin, au bout d'un couloir. Ils se trouvaient à présent là où aurait dû se situer le laboratoire de Lucrécia, mais Roxas n'entendait rien. Pas de ronronnement de machines et d'ordinateurs, pas de cliquetis de doigts tapant sur un clavier, rien. Et aucune lumière ne sortait de la pièce aux grandes portes vitrées pour venir éclairer le couloir. Le pouls de l'adolescent accéléra encore et sa respiration se fit courte. En fait, il n'entendait plus qu'elle, ce qui l'angoissa encore plus : plus elle se faisait forte, plus il paniquait, mais rien ne l'aidait à calmer les réactions de son corps. Son cœur bondit dans sa poitrine lorsqu'il sentit le plus vieux le serrer plus contre lui, il aurait voulu se débattre et se sauver, mais ses membres ne répondirent pas.

Et puis plus rien. Il n'entendit absolument plus rien. Ni son souffle, ni celui d'Axel. C'est comme s'il était devenu sourd, comme si l'air avait été aspiré en emportant tous les sons ambiants, comme avant une explosion. L'ambiance alentour était lourde et appuyait sur ses épaules à lui faire plier les genoux.

Mais Axel le tenait fermement et ne le laisserait pas tomber à terre.

Finalement tout redevint normal...plus ou moins. Il entendit le son de pas claquant sur le sol. Puis quelque chose de grouillant. Son regard fixé sur l'obscurité, il crut voir l'ombre se mettre en mouvement. Mais l'obscurité ne bougeait pas, si ?

Un cri perçant le fit sursauter.

Axel le tira de nouveau par le bras, ils faisaient demi-tour.

« On s'en va. » souffla le roux.

S'en aller ? Où ? Tout était étrange à Hollow Bastion; est-ce qu'ils allaient s'en sortir ? Est-ce qu'il fallait qu'ils quittent cet endroit ? Et ses parents ? Et si c'était sa mère qu'il avait entendu crier ? Roxas eut soudainement très peur, mais il ne pouvait pas s'enfuir comme ça. Il tira sur son bras et se dégagea de l'emprise de son ami pour retourner vers le laboratoire.

Il entendit Axel crier son prénom, mais il était déjà loin. Lorsqu'il arriva au niveau du laboratoire, il se retourna un court instant, persuadé que son ami l'avait suivi. Ce n'était pas le cas, il était bel et bien seul. Pourtant il était persuadé qu'il avait entendu ses pas le suivre quand il s'était échappé.

Le jeune garçon secoua la tête et revint à sa première idée : aller voir si sa mère était au labo...prier pour que le hurlement un peu plus tôt ne soit pas venu d'elle.

« Maman ! » s'époumona-t-il sans savoir où il allait. Le labo était plongé dans la pénombre la plus complète et il n'y voyait rien. Il trébuchait à chaque pas sur allez savoir quoi, tout semblait sans dessus-dessous. Il appela encore et encore, de plus en plus désespéré. Quand finalement il sentit bouger tout autour de lui. Il haletait et c'est tout ce qu'il pouvait faire, son corps était de nouveau pétrifié par la peur et l'angoisse. Il ne savait pas ce qu'étaient les choses qui l'entouraient, ne comprenait pas ce qui se passait et il se mit à prier pour que tout ça ne soit qu'un cauchemar. Il se réveillerait bientôt.

Un court gémissement, un cri strident et inhumain, puis un bruit sourd. Roxas ferma les yeux par réflexe lorsqu'il sentit un liquide chaud et épais l'éclabousser des pieds à la tête. Il se passa les mains sur le visage, tremblant comme une feuille. Qu'est-ce que c'était ?

Les mouvements et les souffles d'air autour de lui reprirent de plus belle et les Keyblades apparurent toutes les deux dans ses mains, sans qu'il sache pourquoi, et sans qu'il l'ait vraiment voulu. Sa panique et sa peur lui montèrent à la gorge et se changèrent petit à petit en rage. Rage de ne pas comprendre ce qui se passait, ou peut-être parce qu'au fond il savait, mais qu'il n'avait rien pu faire.

Il frappa aveuglément. De toutes ses forces.

Ses Keyblades fendaient les corps qui se trouvaient tout autour de lui, les réduisant en cendres. Il sentait la poussière des Ombres désintégrées voler à chacun de ses coups, puis tomber sur lui et y rester collées, comme si elles essayaient de survivre et de s'attacher à lui même après leur « mort ». Il s'en fichait. Elles ne pouvaient plus rien sous cette forme, et c'était ce qui l'intéressait : il voulait en détruire le plus possible. Il ne se rendit pas compte du temps qui s'écoula, mais il sembla que très rapidement, une nouvelle présence se présenta devant lui.

« Alors voilà le maître de la Keyblade. »

Un long silence suivit, seulement perturbé par les halètements de Roxas qui reprenait son souffle.

« Il y a tellement longtemps que nous te cherchions. »

La voix semblait proche, mais il n'arrivait pas à déterminer sa localisation exacte. Elle semblait aussi présente qu'immatérielle. Et pourtant...

Roxas entendit des pas se rapprocher de lui, puis il le distingua : l'homme au manteau noir. Sa capuche était relevée et cachait parfaitement son visage.

« Ta vie en rat de laboratoire est terminée. Viens avec moi et sers notre cause. Tu pourras enfin comprendre la nature et l'étendue de ton pouvoir.

L'homme tendait la main vers Roxas qui la regardait sans vraiment la voir. Il se sentait étourdi et prêt à tomber de fatigue. Comme s'ils le sentaient faiblir, les créatures qui bougeaient avec les ténèbres se rapprochèrent de nouveau.

-NON! »

Son hurlement s'étouffa dans l'air ambiant. L'homme en face de lui baissa la main et recula d'un pas. Les créatures, tout autour, s'agitèrent encore plus puis Roxas se sentit attiré par le sol, comme écrasé sous une pression énorme.

Juste avant de perdre connaissance, il crut entendre son prénom.

(oOo)

Une tourterelle chantait, le brouhaha d'une foule lointaine montait jusqu'à lui ainsi que des éclats de rire, puis une brise légère qui vint souffler sur son visage. Le tissu semblait presque peser sur sa peau alors que la chaleur des rayons du soleil ressemblait à une caresse de velours. Il pouvait sentir le parfum des draps propres et les effluves de nourriture venant de la rue...peut-être celles venant d'une boulangerie. La lumière du jour passait à travers ses paupières closes puis disparaissait, sûrement voilée par le passage d'un nuage dans le ciel.

Un battement de cil, puis ses yeux s'ouvrirent. Il ne comprit pas tout de suite où il se trouvait, mais reconnu immédiatement la silhouette qui se trouvait assise à la fenêtre.

« Papa..., fit-il faiblement.

Sa voix était enrouée, comme s'il n'avait pas prononcé un mot depuis des mois.

Cloud se retourna presque en sursaut lorsqu'il entendit Roxas l'appeler. Le soulagement était clairement lisible sur son visage. Il se leva de sa chaise et se dirigea jusqu'au lit.

-Comment tu te sens ? Fit-il avec une voix douce.

Roxas le regarda pendant quelques secondes sans répondre. Les traits de son visage étaient tirés par la fatigue et par l'inquiétude, mais au premier abord, il avait l'air plutôt en forme. Roxas était tellement soulagé de le voir en face de lui, vivant; ses lèvres sèches tremblèrent lorsqu'il essaya de répondre. Cloud passa une main dans les cheveux de son fils et soupira doucement. Il prit le verre et la cruche d'eau qui se trouvaient sur le chevet à côté de lui et servit Roxas.

-Bois, ça te fera du bien. Tu es resté inconscient pendant six jours, tu en as besoin. Je vais aussi aller te chercher de quoi manger, c'est déjà un miracle que tu sois encore en vie, déclara-t-il en se levant.

-Non ! fit le jeune garçon qui lui attrapa la manche pour l'empêcher de partir. Pas maintenant, reste un peu avec moi...

Une quinte de toux le prit, ne lui permettant pas de continuer. Sa gorge était sèche et lui piquait à cause de sa simple protestation. Il prit le verre d'eau et le vida d'un trait. Il n'eut qu'à lever les yeux vers Cloud pour que celui-ci lui reverse de quoi boire. Quand sa soif fut étanchée, il posa le verre et tenta de s'asseoir un peu mieux dans le lit. Il était très faible, mais y arriva sans aide.

-Où est-ce qu'on est ? Fit-il les yeux baissés.

Il avait rêvé tellement longtemps de sortir de sa cage à cobayes, et maintenant qu'il était dehors, il avait presque peur de découvrir ce qui se trouvait dans ce fameux 'extérieur'.

-Traverse Town. On a voyagé pendant deux jours avant d'arriver.

-Tu m'as transporté inconscient tout ce temps ?

Cloud hocha simplement la tête.

-Roxas, tu…

-Maman, le coupa l'adolescent. Elle...est avec nous, hein ?

-Je vais d'abord te chercher à manger. »

Sur quoi l'adulte se leva et partit sans laisser le temps au jeune garçon de protester. Roxas regarda alors autour de lui. Il plissa les paupières en levant les yeux vers la fenêtre, le soleil ayant réapparu de derrière les nuages. Lorsqu'il se réhabitua la lumière, il laissa son regard vagabonder sur le reste de la pièce. Plusieurs capsules de son médicament étaient vidées et restées sur le chevet. Un peu plus loin, sur une table, se trouvait un bac qui devait certainement contenir de l'eau, vu les reflets que le soleil projetait sur le mur, et sur le rebord de ce même bac se trouvait un tissu tâché de noir. Sous la table, une corbeille semblait remplie de linges salis par ce qui aurait pu être de la suie...et du sang. Certains étaient noircis par une matière différente...c'est que son père avait dû nettoyer ? Le cœur de Roxas s'emballa, sa gorge se serra et ses yeux s'embuèrent de larmes. Il détourna vite le regard qui tomba sur ses mains. Le spectacle n'était pas plus agréable ici : elles étaient encore souillées par sa confrontation avec les Ombres.

Roxas reprit son souffle avec un peu de mal. Il tenta de respirer à pleins poumons, mais ce n'était pas évident.

Il attendait que son père revienne et était décidé à le faire répondre à ses questions.

Deux choses étaient claires pour lui. La première : il avait fait connaissance avec les fameux Sans-cœur. Des créatures vivantes qui venaient d'une autre galaxie ? C'était une blague, sincèrement. Elles venaient tout droit des enfers, pas d'un autre coin de l'univers. La seconde chose était qu'il avait enfin compris pourquoi on lui avait sans cesse répété que ses Keyblades lui serviraient un jour. Il avait la capacité de détruire efficacement ces monstres avec, et s'ils ne s'étaient pas entêté à ne lui donner que de vagues explications, il aurait sans doute pu faire quelque chose l'autre nuit. Peut-être...

Peut-être. S'il n'avait pas été complètement pétrifié par la peur.

Roxas soupira longuement et se prit la tête dans les mains. Un vertige le déstabilisa pendant quelques secondes et il se reprit tant bien que mal. Il releva la tête en entendant des pas dans le couloir. Au même moment où Cloud ouvrit la porte, il se sentit complètement désespéré. Le souffle coupé, il ouvrit la bouche sans savoir s'il pouvait laisser sortir le hurlement qui cherchait à éclater, ou s'il devait juste essayer de prendre une grande bouffée d'air. La panique l'empêcha de faire quoi que ce soit.

Cloud posa le plateau repas sur la table et se précipita vers son fils, lui aussi complètement paniqué.

« Roxas ! Roxas, calme-toi ! S'il te plaît, respire un bon coup et reprends-toi.

Finalement ce fut un sanglot qui sortit de sa gorge, puis des tas d'autres.

-Roxas, reprit l'adulte avec une voix douce. Ça va aller. Je sais que c'est dur, mais tu vas t'en tirer. »

Le jeune garçon se laissait bercer dans les bras de son père tandis qu'il pleurait comme jamais. Il n'aurait jamais imaginé ressentir un jour quelque chose d'aussi fort...et horrible. Il avait réalisé un tas de chose, d'un seul coup, et son cœur avait juste éclaté sous le poids de ces révélations. Qu'est-ce qu'ils allaient faire maintenant ? Comment pourrait-t-il supporter l'absence sa mère auprès de lui ? Qu'allait lui attirer la Keyblade sinon des ennuis provoqués par ceux qui voulaient son pouvoir ? Est-ce que tous les gens d'Hollow Bastion étaient morts ? Sans la potion que le labo leur donnait, est-ce que Cloud et lui étaient condamnés ?

...Qu'est-ce qui était arrivé à Axel ?

Fin du chapitre 2