Chapitre 1 : A call from home.

No matter how many years go by, I know one thing to be as true as ever was : I'll see you soon, then. Savannah, Dear John.

(Les années qui passent n'y changent rien, je sais qu'une chose est aussi vraie qu'elle le fut jadis : à bientôt, alors)

Bien, et maintenant, que la fête commence, commanda Booth en frappant dans ses mains.

Les jeunes soldats se mirent immédiatement en action dans la grande zone de simulation que l'ancien agent du FBI avait mis toute la matinée à installer. Les murs étaient faits de grandes caisses en bois et il avait échangé les mitraillettes et autres machines à tuer de ses élèves contre des pistolets de paintball.

L'exercice du jour ressemblait plutôt à un jeu, du point de vue de ses supérieurs, mais il estimait que cela lui permettrait de voir quels étaient les meilleurs éléments du camp et quels étaient les élèves qui devaient mieux couvrir leurs arrières. Chaque soldat s'était vu attribuer une couleur de peinture différente, ce qui permettrait de découvrir qui avait tiré sur qui lorsque la simulation serait terminée.

Booth se hissa sur l'une des caisses et longea la zone tel un funambule afin de rejoindre l'entrée du hangar. Il avait besoin d'un bon café – pourtant, il n'aurait droit, comme d'habitude, qu'au pipi de chat qu'ils se faisaient ici. Encore un désavantage qu'apportait le fait d'être dans un camp Afghan loin de chez soi.

Il passa par la cafétéria afin d'y prendre une tasse de liquide brûlant et rejoignit ses quartiers. Il avait deux heures avant que l'exercice ne prenne fin largement suffisamment de temps pour relire ses lettres, piquer un somme, faire cent abdos, écrire une réponse décente à la dernière lettre de Bones et écouter un peu de musique pour assaisonner le tout.

En arrivant dans ce qui lui servait de chambre, il eut comme à chaque fois une pointe de nostalgie qui lui perfora la poitrine. Dieu ce qu'il aimait sa maison de Washington, ses meubles sombres, son joyeux bazar et les portraits qui s'y trouvaient accrochés au mur.

Ici, tout était dénudé. Des murs blanchis à la chaux, sur lequels il avait épinglé quelques photos de Parker et des fouines, une carte du monde avec des épingles pour chacune des personnes qui lui manquaient – quatre à Washington, deux à Paris et une en plein milieu des îles indonésiennes – et pour finir un poster A3 de la célèbre Tempérance Brennan qui avait fait une séance photo sur l'île Maluku lorsque les médias l'y avaient poursuivie. Booth avait acheté le magazine dans lequel l'interview était parue et avait été particulièrement déçu de ne pas reconnaître sa Bones dans les propos qui lui étaient attribués. Comme quoi, le showbiz avait ses règles, et le fait de déguiser la froideur de son anthropologue préférée en faisait partie.

Comme à son habitude, il alla s'asseoir à son bureau, ouvrit le premier tiroir et y dénicha un paquet de lettres qui étaient reliées par un épais élastique. Il les relut toutes une par une de manière très attentive, souriant parfois, essuyant parfois une larme, puis les rangea soigneusement pour prendre l'autre pile. Celle-là rassemblait tout ce qui lui était parvenu de Parker. Il y avait aussi deux trois lettres de Camille, et quelques unes d'Hodgins et Angela, avec un beau cachet de la poste parisienne. Il sourit en songeant combien vivre dans cette ville devait exciter Angela.

Il attrapa son lecteur mp3, un petit bijou que Parker lui avait offert avant son départ, et mit en route Hot Blooded de Foreigner. Immédiatement, il se sentit mieux et attrapa une feuille de papier vierge afin d'y rédiger une lettre pour Bones.

Il venait d'écrire « Salut Bones ! » lorsqu'on frappa à sa porte. Ôtant ses écouteurs de ses oreilles, il alla ouvrir. L'un des agents de liaison qui passaient leur temps à courir de blocks en blocks se tenait devant lui.

Sergent ! dit-il en exécutant un salut militaire.

Booth le lui rendit, impatient de savoir ce qui lui valait cette interruption.

Nous avons quelqu'un pour vous au téléphone. Il dit que c'est urgent.

A ces mots, Booth sentit son cœur se serrer. Était-il arrivé quelque chose à Brennan ? L'avion d'Angela et Jack s'était-il écrasé ? Ou alors était-ce Parker, qui était gravement malade ?

Vous savez qui c'est ? demanda-t-il à l'agent.

Négatif, monsieur, la dénommée personne n'a pas décliné son identité.

Homme ou femme ?

Homme.

Bien.

Intrigué, Booth referma la porte de sa chambre et suivit l'agent dans les couloirs. Il n'avait encore reçu aucun coup de téléphone depuis qu'il était arrivé à la base, trois mois plus tôt. L'usage de ce dernier était réservé aux urgences.

Faites que ce ne soit pas Bones, faites que ce ne soit pas Parker, faites que ce ne soit ni Jack, ni Angela, ni Jared, ni Camille, ni Rebecca, ni Padmé, ni Sweets...

Lorsqu'il arriva dans la pièce de communication, un officier lui tendit le téléphone et il le porta anxieusement à son oreille.

Booth à l'appareil.

Booth, ça fait plaisir de vous entendre ! s'exclama une voix qu'il connaissait bien.

Monsieur ? dit-il respectueusement à Cullen.

Lui-même, Booth.

Que puis-je faire pour vous ?

Eh bien, figurez-vous qu'un haut dignitaire américain, notre ambassadeur résidant à Paris, en France, a disparut depuis deux mois sans donner signe de vie. Nous nous sommes mis en relation avec la police locale, laquelle affirme avoir reçu un appel il y a deux mois d'un gamin qui jurait avoir été témoin du moment où un type avait caché un corps. Vous me suivez, Booth ?

Oui, monsieur.

J'ai donc besoin de vous et de votre chère Tempérance Brennan pour résoudre cette enquête. Le gamin affirme avoir vu l'homme descendre dans les catacombes parisiennes pour y cacher le corps, et le gros problème de cet endroit est que des centaines de milliers d'ossements y sont rangés bien soigneusement. Nous aurons besoin de votre ancienne coéquipière pour découvrir la pièce en trop, si bien sûr pièce en trop il y a. Je compte sur vous pour l'appeler et la convaincre. Nous vous avons réservé un vol pour Paris à six heures demain matin, vous arriverez vers onze heures heure locale.

Mais, monsieur, sauf votre respect, j'ai une mission à accomplir et de jeunes recrues à former, monsieur, je ne peux pas les abandonner.

Booth, il s'agit d'un haut dignitaire américain, vous croyez vraiment que je peux laisser cette mort faire des vagues ? Vous et Brennan, vous êtes les meilleurs dans le domaine, je ne peux pas envoyer n'importe qui, et qui plus est c'est une histoire d'os. Imaginez votre coéquipière dans un immense caveau rempli d'ossements. Ne serait-ce pas un magnifique cadeau de Noël ?

Ex-coéquipière, monsieur. Je vais tenter de la convaincre.

A la bonne heure ! Je savais que nous saurions nous entendre, comme toujours. Ah, oui, Booth ? J'ai appris que mademoiselle Monténégro, présentement madame Hodgins, et son mari, étaient en ce moment à Paris, eux aussi. C'est parfait, ne trouvez-vous pas ?

Parfait, oui, monsieur.

Allez, au revoir, Booth, rappelez-moi quand vous serez à Paris.

La tonalité retentit. Booth soupira. Génial. Il ne manquait plus que ça.

En lui, une sourde excitation grondait. Enquête de meurtre, ossements, ossements, BONES ! Il allait revoir sa Bones ! Rien que cette pensée éclipsait toutes les autres.

Il alla prévenir ses supérieurs de sa mission soudaine et ils lui assurèrent que cela ne poserait aucun problème du moment qu'il rentrait ensuite afin de terminer son année de service dans l'armée.

Le cœur battant à tout rompre, Booth prit le téléphone et composa le numéro du téléphone satellite du camp de fouilles de l'île Maluku.