Chapitre 4 : Here it is, the empire of death
The only people without problems are those in cemeteries, Anthony Robbins.
(Les seules personnes qui n'ont aucun problème vivent dans les cimetières)
L'escalier en colimaçon des catacombes débouchait sur un long tunnel bas de plafond.
- Attention à votre tête, prévint Jake en se baissant, lui aussi.
Le garçon était presque aussi grand que Booth en taille mais avait l'air d'un gringalet à côté de l'agent spécial.
Ils progressèrent ainsi pendant un long moment dans les souterrains, jusqu'à parvenir à quelques sculptures dans la roche que Jake ne daigna même pas regarder. A vrai dire, il connaissait tellement bien l'endroit qu'il ne ressentait plus quoi que ce soit en s'y promenant.
Ils montèrent un escalier à larges marches et débouchèrent sur une grande pièce qui se terminait par une arche de porte surmontée de mots en français.
- Ca veut dire quoi ? demanda Booth.
- « Arrête, c'est ici l'empire de la mort », traduisit Jake.
- Eh bien c'est joyeux, commenta l'agent en contemplant les mots en lettres majuscules gravées dans la roche.
- Je ne vous le fait pas dire, fit l'adolescent d'un ton lugubre en pénétrant dans l'ossuaire.
En y entrant, Booth se demanda tout d'abord comment ils avaient fait pour paver les murs. Ce n'est qu'en y regardant plus attentivement qu'il s'aperçut que les murs étaient tapissés d'ossements. Crâne, tibias, péronés, humérus, radius, et centaines d'autres os dont le modeste ex-partenaire de la célèbre Tempérance Brennan ne connaissait pas le non étaient empilés contre les parois, formant un entrelacs étrange et perturbant de restes humains.
- C'est… inquiétant, dit Booth en s'approchant d'un crâne pour l'observer.
Angela et Hodgins avaient raison, c'est comme regarder la table de dissection de Bones, l'odeur putride en moins, songea-t-il.
- Oh, on s'y fait vite, je vous rassure. Yen a des milliards, d'ossements, ici, alors bon…
- Avant, je travaillais avec Tempérance Brennan, vous savez, l'écrivain ?
Jake le regarda en haussant un sourcil.
- Connais pas.
- Mais si, vous devez connaître, tenez, dit Booth en sortant une photo de Brennan de sa poche.
La photo était toute écornée il l'avait sortie et observée maintes et maintes fois.
- Ah oui, je vois, elle est passée à la télé. Une fana des squelettes, si je me souviens bien…
- C'est le moins qu'on puisse dire ! Eh bien, je dois avouer qu'ici ce serait le paradis pour elle. Des milliers d'ossements à identifier et à réassembler, c'est le rêve. Elle serait capable de passer des jours et des nuits entiers ici.
- Sauf votre respect, c'est une vraie barje votre amie, dit Jake.
- Oui, une vraie barje, dit Booth d'un air songeur. Mm… Je peux appeler les gens de la brigade canine ?
Jake lui tendit le talkie-walkie qu'il utilisait lorsqu'il travaillait aux catacombes.
- Les portables passent pas ici, c'est un vrai bunker. Appelez mes collègues et donnez-leur le numéro, ils passeront le message, expliqua-t-il.
Booth s'exécuta et quelques instants plus tard il raccrochait.
- Bon, à tout hasard, on peut tout de même faire un tour ici dessous ? Des fois que, je sais pas, je remarque quelque chose d'anormal ? demanda-t-il.
- Oui, bien sûr, si vous voulez, sourit Jake.
Ils progressèrent lentement dans les allées sombres, le jeune garçon faisant de temps à autre une ou deux remarques sur les ossements entassés là.
Des citations de penseurs français et romains célèbres étaient gravées dans de grandes pierres rectangulaires et disposées ici et là. Booth demanda à son guide de lui en traduire plusieurs, mais toutes étaient uniformément effrayantes.
En marchant, il observait attentivement les ossements, cherchant quelque chose qui clocherait dans les piles parfaites de restes humains.
- Hey, ça, c'est bizarre, dit Jake tout à coup.
Il s'approcha d'une sorte d'énorme sculpture circulaire faite entièrement de crânes. Booth suivit le mouvement.
- Quoi cela ?
- Ce tibia… Il n'est pas sensé être là, dit Jake.
Il voulut tirer sur l'os, mais Booth retint son geste et sortit un mouchoir propre de sa poche. Jake lui envoya un drôle de regard.
- Déformation professionnelle. Je préfèrerais éviter la contamination des ossements, expliqua Booth.
En esprit, il entendait Brennan lui faire la leçon. La pensée le fit sourire.
Jake prit le mouchoir et attrapa le tibia visé au-dessus de la pile qui composait le vase osseux. Il se hissa sur la pointe des pieds pour regarder par delà.
- Vous pourriez m'aider ? demanda-t-il à Booth. Je suis trop petit.
L'agent spécial acquiesça et saisit le jeune garçon à la ceinture pour qu'il grimpe sur les ossements.
- Il y a un crâne et quelques os, ici, s'exclama Jake. Je crois que nous avons trouvé le corps que cet homme a caché l'autre fois.
- Bon, ne touchez à rien, j'appelle les légistes. Et puis je téléphonerai à Bones, bien sûr… - C'est ma partenaire, Tempérance Brennan.
Tout émoustillé par leur découverte, Booth fut bientôt submergé par les équipes qui arrivaient et différents coups de fils de Cullen, qu'il mit au courant de toute l'affaire, et soudain le décalage horaire lui tomba dessus comme une chape de béton armé.
Jake le raccompagna jusqu'à la sortie des catacombes et de là il rentra seul chez Angela et Hodgins. Il était sept heures du soir, mais en Afghanistan il était plus de trois heures du matin.
Il salua ses deux amis et alla s'effondrer dans son lit.
Etrangement, la dernière pensée qui lui effleura l'esprit fut les mots que Jake lui avaient traduits, ceux qui étaient inscrits sur la dernière pierre de la visite de l'ossuaire.
« Ecoutez, ossements arides,
Ecoutez la voix du Seigneur,
Le Dieu puissant de nos ancêtres,
Qui d'un souffle créa les êtres,
Rejoindra vos nœuds séparés,
Vous reprendrez des chairs nouvelles,
La peau se formera sur elles,
Ossements secs, vous revivrez »
oOo
Jake rentra chez lui vers sept heures du soir. Comme il était plutôt tard et que sa sœur Violette, six ans, n'avait pas mangé, il décida de l'emmener chez Copino's, l'italien deux rues plus loin.
Il ne se rendit pas compte qu'un homme les suivait alors qu'ils s'extrayaient de la petite maison de leur grand-mère et lorsqu'une main bâillonna Violette pour ensuite assommer son grand frère, ni l'un ni l'autre ne l'avait vu venir et ils n'eurent aucune chance de se défendre.
oOo
La disparition de Jake et Violette Coureaux fut un nouveau rebondissement dans l'enquête de Booth, tandis qu'il n'apprenait strictement rien sur les ossements découverts, mis à part qu'ils étaient bel et bien ceux de Kurt Michiels, l'ambassadeur américain résidant à Paris.
Il téléphona à Bones plusieurs fois pour lui demander de venir, mais elle trouvait toujours une manière de refuser, invoquant le mauvais temps, la pauvre importance de l'enquête ou encore une découverte qui nécessitait sa présence. Booth désespérait de plus en plus de la revoir.
Bones l'avait manifestement abandonné. Elle avait tourné la page et l'aidait, en restant loin de lui, à faire de même.
Pourtant, c'était quelque chose qu'il ne pourrait jamais faire.
