Chapitre 5 : A tunnel always leads to something, otherwise it's no use making one.

The doors we open and close each day decide the lives we live, Flora Whittemore.

(Les portes que nous ouvrons et fermons chaque jour décident de la vie que nous vivons)

Trois jours plus tard

L'air était humide et chaud sur Maluku, ce jour-là. Tous les archéologues et anthropologues étaient très fatigués et Brennan les autorisa à terminer la journée de travail plus tôt afin qu'ils s'allouent une petite baignade dans la rivière. Elle était cependant inquiète au sujet de Daisy, qui était partie faire ses besoins dans la nature non loin de là et n'était toujours pas revenue. Cela allait faire une heure. Avec sa veine et son intelligence habituelle, la jeune femme était fort capable de s'être perdue.

- Joanna ? appela Brennan en passant dans la tente de sa collègue.

- Mm ?

- Je vais prendre la jeep et aller chercher Daisy. Elle ne doit pas être loin, mais si elle est perdue elle risque plutôt gros.

- Tu veux que je vienne avec toi ? demanda l'archéologue.

Brennan l'observa un instant. Rondouillette, au bon sourire sympathique, la jeune femme était celle avec qui elle s'entendait le mieux. En ce moment, elle était assise et rédigeait une lettre, probablement à destination de son mari et de ses enfants qu'elle avait laissés en Angleterre, son pays.

- Non, écoute, ne t'inquiètes pas, je vais la retrouver très vite, termine ta lettre.

- J'ai reçu ceci de Leila, c'est mignon, n'est-ce pas ? sourit Joanna en brandissant son poignet.

Un bracelet de perles bleu turquoise et bleu cobalt y était accroché. Brennan le caressa des yeux et regretta un instant de ne pas avoir d'enfant qui lui ferait des choses aussi adorables que celle-ci. Elle chassa cette pensée de son esprit en secouant vaguement la tête.

- C'est superbe, sourit-elle.

Laissant Joanna à sa lettre, elle ressortit de la tente et alla jusqu'à la jeep. En un tour de clé, elle mit le contact et démarra.

Il était difficile de se frayer un passage dans la jungle, mais elle arriva bientôt à l'endroit où ils se rendaient habituellement pour les petits besoins malodorants.

- Daisy ? cria-t-elle dans la clairière.

Aucune réponse.

J'espère qu'il ne lui est rien arrivé de grave, tout de même…

- Daisy ? hurla-t-elle plus fort.

Toujours rien.

Reprenant la jeep, elle s'enfonça plus loin dans la jungle et déboucha sur une route parfaitement dégagée, recouverte de béton.
Fronçant les sourcils, elle se remémora le plan de l'île qu'elle avait mémorisé. Nulle part il n'était question d'une telle route si loin dans les terres.

Poussée par la curiosité, Brennan s'engagea sur la route. Les amortisseurs de la jeep apprécieraient probablement de pouvoir se reposer un peu la conduite dans la nature n'était jamais chose simple.

Elle se heurta pourtant très rapidement à un haut grillage qui l'empêchait de découvrir ce que cachait cette route secrète. Les mots « Sécurité Intérieure » accompagnés du classique aigle tenant parchemin et feuilles lui firent froncer les sourcils.
Le gouvernement américain avait des bâtiments secrets sur Maluku ? Voilà qui était tout sauf normal.

Brennan fit une courte marche arrière et s'engagea dans la jungle, longeant le grillage dans l'espoir d'apercevoir quelque chose.

Le grillage s'interrompit bientôt pour se ficher dans la roche d'une sorte de falaise. Impatiente de découvrir à quoi tout cela rimait, Brennan continua de longer la falaise pour finalement aboutir sur un trou dans la roche.

La jeune femme sauta au bas de la jeep pour jeter un coup d'œil à l'intérieur de la cavité. Il faisait noir comme dans un four. Elle passa ses longs doigts fins sur le bord du trou, remarquant que la cassure était beaucoup trop nette pour être due à une simple érosion. Ce trou était le fait d'êtres humains, elle en aurait mis sa main à couper.

Elle fit demi-tour et fouilla dans la boîte à gants de la jeep jusqu'à trouver une lampe torche à batterie manuelle. Elle actionna vivement le bouton pendant une minute, puis revint vers le tunnel.

Prenant une grande inspiration, elle s'y engouffra.

L'air était humide et une fine couche de sueur se forma bientôt sur la peau de l'anthropologue tandis qu'elle progressait à quatre pattes dans le tunnel. Elle déboucha bientôt sur un grillage, qu'elle identifia comme celui d'une bouche d'aération. Voilà donc à quoi servait ce tunnel.

Bones, Bones, Bones, vous avez toujours le chic pour vous fourrer dans des situations impossibles en mon absence, fit la voix de Booth dans son esprit.

Brennan sourit en songeant que c'était exactement ce qu'il lui aurait dit et, jouant la carte de l'imprudence, elle entreprit de dévisser le panneau du grillage, qu'elle déposa à côté d'elle dans le tunnel.

Elle s'engagea dans le nouveau conduit ainsi dégagé et une lumière apparut au bout du tunnel.

S'armant de prudence, elle s'efforça de ne faire aucun bruit en s'approchant du grillage. Ses yeux s'écarquillèrent de surprise et elle fit un bond en arrière, se cognant la tête. Elle se mordit les lèvres afin de retenir le cri qui grandissait dans sa gorge et s'aplatit sur le sol afin d'observer ce qui se passait à l'intérieur sans être vue.

C'était une pièce immense dont elle ne voyait pas la fin, à deux étages. Des centaines de cellules s'alignaient sur plusieurs centaines de mètres, toutes occupées par des hommes et des femmes au comportement pour le moins étrange.

Ils étaient tous accrochés aux barreaux de leurs cellules et criaient, grognaient comme des chiens. Leurs yeux étaient écarquillés et injectés de sang et leurs gestes brutaux, agressifs.

Bon sang, mais qu'est-ce qu'on a fait à ces gens ? S'interrogea Brennan.

Des centaines de gardiens faisaient des allers-retours de leur pas pesant sur le béton dont était fait le sol. De temps à autre, l'un d'entre eux, las d'entendre les grognements des prisonniers, donnait un coup de matraque sur les parois grillagées, calmant momentanément les hommes au comportement animal qui étaient enfermés.

Son regard se porta tout à coup sur une cellule qui semblait à première vue inoccupée. En y regardant plus attentivement, Brennan aperçut une fillette qui ne devait pas avoir plus de six ans, assise sur le lit du dessous, contre le mur au fond de la cellule, les genoux serrés contre son cœur. Debout près d'elle, un jeune garçon aux cheveux châtains dardait sur l'agitation extérieure à leur cage un regard morne.

Révoltée, Brennan se jeta hors de vue, de peur que quelqu'un ne l'aperçoive. Des enfants étaient enfermés là ! C'était une base secrète du gouvernement américain dans laquelle des gens étaient enfermés, et visiblement on leur avait fait quelque chose de pas net, vu la manière dont ils se comportaient.

Et puis, des enfants ! Même elle, qui était loin d'avoir un instinct maternel aussi développé que celui des autres femmes, trouvait cela absolument révoltant. Que faisaient-ils là ?

Elle ressortit rapidement du tunnel et reprit la jeep afin de rejoindre la route. De là, elle revint vers la clairière où était sensée se trouver Daisy.

- Daisy ? appela-t-elle encore.

L'inquiétude pour sa jeune étudiante revenait.

Elle fit demi-tour afin de rejoindre le camp, espérant de tout cœur que la jeune femme y serait. Alors qu'elle arrivait en vue des tentes, un cri lui parvint.

- Docteur Brennan, docteur Brennan ! hurlait Daisy en courant derrière la jeep.

Comment avait-elle pu ne pas la voir lorsqu'elle était passée à côté d'elle ? L'anthropologue arrêta la voiture afin que l'étudiante y monte.

- Oh, docteur Brennan, je suis vraiment désolée, je ne pensais pas que je prendrais tant de temps, et puis je me suis cognée à un rocher en me relevant et je…

- Chut, miss Wick, je ne vous en veux pas. Venez, il se fait tard, le dîner sera bientôt servi, dit Brennan, plus préoccupée par ce qu'elle venait de surprendre au bout du tunnel.

Lorsqu'elles arrivèrent au camp, Daisy se précipita vers sa tente tandis que Brennan faisait un crochet par la tente de Joanna afin de la prévenir du fait qu'elle avait retrouvé la jeune femme.

Puis elle alla jusqu'à sa propre tente et se changea. Elle enfila une jupe de coton léger et un débardeur confortable et ample, puis sortit un cahier dans lequel elle avait pris l'habitude d'écrire des idées pour la suite de ses romans et parfois même de petits extraits écrire était quelque chose dont elle ne pouvait plus se passer et cela la détendait en toutes circonstances.

Lorsqu'elle eut écrit une petite scène improvisée de taquineries entre Andy et Kathy, elle réalisa que le récit était truffé de fautes et que certaines phrases n'avaient aucun sens. Elle avait la tête ailleurs.

Elle avait beau retourner le problème dans tous les sens, la seule solution pour que les choses bougent dans ces bâtiments était de téléphoner à Booth et de lui demander de l'aide.

Malgré la réticence que lui inspirait cette décision, en raison du fait qu'elle n'avait cessé de refuser de rejoindre son partenaire, la jeune femme rejoignit la tente de communication et attrapa le téléphone satellite.

Avec une certaine appréhension, elle composa le numéro de portable d'Angela, comme le lui avait demandé Booth au cas où elle changerait d'avis.