Chapitre 15 : Envolée lyrique

POV : Souvenirs de Blaise - 5 janvier 1997

Blaise était confortablement installé dans le Poudlard Express.

Il observait les nombreuses familles s'entasser sur le quai, les parents tentant d'extorquer un énième baiser de leur enfant embarrassé, les groupes de copines se retrouvant et se montrant leurs cadeaux de Noël respectifs et les retrouvailles baveuses des couples d'élèves.

Bien malgré lui, il était à l'affût d'une crinière rousse bien particulière.

Il aperçut Malefoy qui avançait en direction du train, d'un air morose.

Blaise s'étonna de l'absence de ses parents, eux qui aimaient tant se pavaner à chaque occasion.

Le regard fuyant, il vit le blond s'engouffrer dans le train sans jeter un regard autour de lui.

Où sont ses airs de propriétaire ?

En passant, Drago s'arrêta un instant devant le wagon de Blaise. Blaise lui jeta un regard interrogateur. Malefoy détourna les yeux et s'installa dans un autre wagon vide.

Il paraissait complètement affaibli. Son ton pâle était devenu livide. Il avait des cernes très prononcés sous ses yeux gris injectés de sang. Il semblait avoir passé Noël chez les Détraqueurs.

- Ginny ! Par ici ! Entendit Blaise.

Il vit Thomas faire de grands signes à Ginny qui était plongée dans une discussion avec Potter et ses deux comparses et qui ne semblait pas vouloir y mettre un terme.

Pauvre garçon, quand allait-il se rendre compte que Potter était l'Elu de toutes les situations ?

En passant devant son wagon, Ginny adressa un regard furtif à Blaise avant de rejoindre celui de Dean. Il ne put résister à l'envie de lui faire un rapide clin d'oeil, auquel elle répondit en esquissant un semi-sourire.

Après le dîner, Blaise s'attacha à ranger ses affaires dans le dortoir des Serpentard.

Tous les garçons étaient dans la salle commune, s'abreuvant des liqueurs qu'ils avaient pu ramener de chez leurs parents à Noël.

Seul Drago était présent, assis sur son lit. Il semblait absorbé par la lecture d'un livre.

- Depuis quand es-tu aussi studieux ? Lança Blaise.

Drago leva les yeux et chercha autour de lui de qui émanait cette voix. En apercevant Blaise, il ferma sèchement le livre et se leva pour le ranger.

- Depuis quand te mêles-tu de ce qui ne te regarde pas ? Répliqua le blond d'un ton rageur.

- C'est vrai, c'est vrai. En tout cas, quoi que tu trames, ça ne te réussit pas du tout. Tu ressembles à un zombie, continua Blaise.

Drago l'ignora royalement.

- Tu sembles porter un secret un peu trop gros pour toi, ajouta Blaise qui tentait de le provoquer.

- Pas toi ? Répondit Malefoy d'un ton railleur.

Blaise demeura silencieux. Que savait-il ?

- Il vaudrait mieux que tu t'occupes de tes affaires, Zabini. On voit ce que ça a donné la dernière fois. Je ne ferai pas preuve d'autant de mansuétude, déclara Drago, furieux.

Le jeune homme le fixait d'un air menaçant. Blaise s'approcha de lui, affichant un visage impassible. Il se trouvait alors à dix centimètres du blond.

- Ah ouais ? Et qu'est-ce que tu vas faire ? Pleurer dans ton lit ? Se moqua Blaise à voix basse.

- Hé ! Vous vous roulez des pelles ou quoi ? Entendirent les deux jeunes hommes.

Nott venait de pénétrer dans le dortoir et semblait particulièrement fier de sa blague.

En apercevant l'atmosphère tendue entre les deux camarades, son air réjoui laissa place à un regard soupçonneux. Blaise se tourna vers Théodore et lui adressa un sourire narquois avant de quitter le dortoir, s'empressant de se rendre dans son cachot favori.

Il trouva sur le bureau une note sur laquelle il reconnut l'écriture de Ginny : « RDV à 3 heures aux gradins du stade. Eléanore. »

Blaise eut un sourire. Lui manquait-il déjà à ce point ?

POV : Souvenirs de Blaise - 6 janvier 1997

Tentant de se réchauffer en se frottant les bras, Blaise observait autour de lui en consultant frénétiquement sa montre. Il était 3h06. Où était-elle ?

Soudainement, il vit surgir une ombre venant des airs qui fonçait sur lui. Il eut à peine le temps de se jeter à terre pour l'éviter. Il sortit immédiatement sa baguette et tenta d'apercevoir de quoi il s'agissait. Il vit Ginny descendre de son balai en éclatant de rire.

- Es-tu cinglée ? J'ai cru que j'allais faire une attaque ! S'écria Blaise en se relevant prestement.

Les rires de Ginny redoublèrent d'intensité. Le jeune homme lui tourna le dos et se dirigea vers le parc.

- Oh, attends Blaise, attends, je suis désolée, c'était une blague ! Tenta d'articuler Ginny, engluée dans son fou rire.

Elle lui attrapa le bras et le tira vers elle. Celui-ci se retourna et se retrouva dans les bras de la jeune fille.

Ils échangèrent un regard gêné, et Blaise finit par laisser échapper un sourire.

- Stupides balais, lâcha-t-il.

- Avoue que c'était drôle, répondit Ginny d'un air goguenard.

- Tu es bien la sœur de tes frères, répliqua Blaise.

Blaise arrangea le bonnet de la jeune fille et plaça une de ses mèches derrière son oreille.

Un silence inconfortable s'installa et Blaise lâcha la jeune fille avant de lui lancer :

- Que me vaut le déplaisir de cette rencontre nocturne ?

- Je … je reçois des lettres un peu étranges depuis quelques temps, avoua Ginny. Et je ne parle pas des tiennes, se moqua-t-elle.

- Ah ah, très drôle. Etranges comment ?

Ginny sortit des parchemins de sa cape qu'elle confia à Blaise.

« Tu ferais mieux de faire gaffe, petite rouquine, il pourrait t'arriver des bricoles. »

« La prochaine fois, ton Boursoufflet finira au feu. »

« J'espère que ton balai fonctionnera bien pour ton prochain match. »

Blaise leva les yeux vers Ginny qui s'efforçait d'avoir l'air nonchalante.

- Je ne sais pas si ce sont encore tes amis de Serpentard, mais ça commence à devenir lassant, dit-elle.

- C'est impossible que ce soit encore eux. Sinon ces mots seraient remplis de fautes d'orthographe, répondit le jeune homme. Il peut s'agir de n'importe lequel de tes concurrents des autres équipes de Quidditch, suggéra-t-il.

Ginny récupéra les lettres qu'elle enfouit sous sa cape.

- De toutes façons, ça n'a aucune importance, déclara-t-elle d'un regard qu'elle se voulait évasif.

- Au contraire, c'est très grave. Et inquiétant. Tu devrais en parler à la directrice de ta maison ! Ou à Granger, peut-être qu'elle trouverait de qui il s'agit !

- Sous-entends-tu que tu trouves Hermione intelligente ? S'enquit Ginny d'un air réjoui.

- ABSOLUMENT PAS !

Blaise croisa les bras tandis que Ginny recommençait à rire.

- Tu n'as pas peur en volant sur ce truc, même après les menaces ? Demanda-t-il en désignant son balai volant avec son menton.

- Il n'y a que toi qui as peur des balais, Zabini, répondit-elle en saisissant le balai.

- Pas du tout, répliqua-t-il, le visage fermé.

- Alors, viens, dit-elle en l'enfourchant.

- Tu es visiblement atteinte, Weasley. Autant écrire une lettre à Rusard pour qu'il vienne nous chercher.

Ginny lui lança un regard de défi. Blaise n'avait pas du tout peur des balais. Il en était terrifié. Ça me fascinera toujours, la façon dont les mots sont plus forts en italique. Il était toutefois hors de question de passer pour un peureux, surtout devant l'air moqueur de la jeune fille qui persistait à le traiter de trouillard.

- Pffff, souffa-t-il, en se positionnant à l'arrière.

Il fit mine de s'installer avec aise, tenant le balai lui-même.

- Tu ferais mieux de t'accrocher, suggéra Ginny.

- Ce ne sera pas nécessaire, merci, la rembarra-t-il.

- Comme tu veux. Tu passeras le bonjour à mes ancêtres quand tu les croiseras, une fois que tu auras la tête écrabouillée parce que tu seras tombé comme un crétin.

Sans lui laisser le temps de répondre, Ginny décolla brusquement.

Blaise lâcha un cri de terreur et s'agrippa à elle de toutes ses forces. Il ferma les yeux et se traita intérieurement de tous les noms en entendant la jeune fille rire à nouveau aux éclats. En se collant à elle et en sentant son odeur émaner de ses cheveux qui lui fouettaient le visage, il sentit son corps se détendre. Au bout d'un certain moment, il osa la relâcher un peu. Il ressentait le vent sur son visage et avait l'impression qu'il était stable dans les airs. Il osa ouvrir les yeux et aperçut le château qui s'éloignait lentement. C'était magnifique. Il s'efforça de ne pas regarder vers le sol, et tenta de remplir ses yeux du paysage qui défilait tandis qu'ils survolaient la forêt interdite.

- CA VA MIEUX, NON ? Criait Ginny dont la voix était couverte par le bruit du vent.

En guise de réponse, Blaise pressa légèrement son bras. Il lui posa un baiser sur sa joue glaciale et rosie par le froid avant de fixer le ciel.

Les étoiles étaient relativement visibles et la Lune lui semblait si proche et si loin à la fois.

Après quelques instants, Ginny finit par se rapprocher du terrain de Quidditch et atterrit délicatement.

Blaise tenta de dissimuler sa déception et descendit du balai en essayant de garder l'équilibre.

- Premier vol depuis les cours de Madame Bibine ? Demanda Ginny, les yeux légèrement humidifiés par le froid.

Blaise fit mine d'épousseter sa cape, évitant son regard.

- On pourra recommencer à l'occasion si tu veux, ajouta la jeune fille en lui jetant un regard complice.

- Ouais, si tu veux, répondit Blaise en haussant les épaules.

- Allez arrête, tu sais que tu as adoré ! S'exclama Ginny en le prenant par les épaules.

Les deux se mirent à rire et Blaise finit par chuchoter :

- C'était génial. Merci Weasley.

- Allez, tu m'apprends à faire des alexandrins et moi je t'apprends à voler, ça te va ?

Blaise leva les yeux au ciel, resserra sa cape et se dirigea vers le château.

La jeune fille ne tarda pas à le rattraper, et ils rentrèrent ensemble.

Une fois à la jonction entre les couloirs en direction de leurs salles communes respectives, un nouveau silence s'installa entre les deux comparses.

- Je suis contente qu'on puisse continuer à se fréquenter en tout bien tout honneur, chuchota Ginny.

- En tout bien tout honneur, approuva Blaise en acquiesçant.

Ils se fixèrent un moment. Malgré la pénombre, Blaise voyait les yeux de Ginny briller. Cette sensation. Elle était là. De nouveau. Ils sentirent tous deux l'atmosphère se tendre avec une délectation inavouable. Ils se figèrent un instant avant de s'élancer dans les bras l'un de l'autre. Ils s'embrassèrent à en perdre haleine. Blaise lui retira brusquement son bonnet afin d'enfouir ses mains dans les cheveux de la jeune rouquine qui appuyait sur la nuque de Blaise pour approfondir le baiser.

La magie fut immédiatement rompue alors qu'ils entendirent un bruit de pas. Ils se lancèrent un regard mi-affolé, mi-hilare avant de se précipiter dans les couloirs et de rejoindre leurs salles communes.