Donne moi une vie
3
De la lumière... les yeux de Kai s'ouvrirent puis se refermèrent. La luminosité était trop grande pour qu'ils fixent quelque chose dans tout ce blanc lumineux. L'adolescent attrapa son crâne, il lui semblait qu'une cloche résonnait au lointain, à moins que ça ne soit dans sa tête. Le roux grogna essayant tant bien que mal de s'assoir, il n'était pas dans sa chambre... Ah oui, maintenant il se rappelait. Son regard tomba sur son bras bandé tandis que sa main glissait dans son cou où un pansement cachait la blessures que lui avait faites les dents acérées d'Haji. Alors... il devait être... à l'infirmerie ? Kai fit un large sourire, en effet, il était au paradis. Quelques centimètres plus loin, il voyait... oh ce qu'il voyait, il s'en souviendrait toute sa vie. D'ici il voyait la félicité, d'ici il voyait un décoté plongeant de lequel il aimerait terminer sa vie. Quelle merveille ! Perdu dans ses pensées mammaires, le rouquin ne prit pas garde au regard soupçonneux de Julia qui venait à lui avec une fiole et une seringue.
- Oh tu es réveillé, ne bouge pas, je te fais une dernière piqûre ! »
- Quoi ?! »
- Bouge pas ! On a dû te donner du sang en urgence, tu dors depuis deux jours. »
- Oni-chan, ça va ? »
- Hum ça va Riku, ça va bien, t'en fait pas, mais je veux pas de piqûre ! »
Eh bien, le monde ne se limitait qu'à Julia, il n'avait pas remarqué son propre frère, installé sagement à sa droite. Kai lui envoya un sourire tandis que la main de fer de la plantureuse femme le prenait en traitre et le retournait dans le lit d'une façon quasi brute. Aïe ! Mais... mais c'est qu'en plus elle allait lui faire la piqûre... Nan ! Kai s'empourpra pendant que l'infirmière descendait le pantalon de son pyjama. Ses yeux se fermèrent, c'était la première fois qu'il montrait cette partie de son anatomie à une fille, enfin, que dis-je une femme ! Kai était anxieux, un peu tendu aussi. Maintenant que le petit fessier était dégagé, l'infirmière fit un large sourire sadique, elle savait bien que Kai, comme tous les hommes qu'elle avait croisé dans ses études de médecines la trouvait à son gout, mais elle n'était pas d'humeur à le ménager, et d'ailleurs elle allait lui mettre les point sur les "i" fantasmer sur elle, c'était dangereux... Sa main rapide glissa un coton imbibé d'alcool avant qu'elle ne dégaine son arme.
- Perverse, me touche pas ! »
La jeune femme ricana tapotant sur la seringue afin d'éliminer la dernière bulle d'air, elle allait piquer sans ménagement une des deux fesses du rouquin. S'il n'en tenait qu'à elle, elle ferait les deux ! Non mais ! En plus, il la traitait de perverse ! Et bien de qui se fichait-on ? Es-ce qu'elle regardait Kai autre part que dans les yeux ? Non, alors que le jeune homme fasse attention à ce qu'il disait. Elle pourrait être moins compatissante la prochaine fois qu'il perdrait contenance devant sa poitrine...
La porte s'ouvrit au moment où elle injecta le produit, et oui… les chiroptères rien qu'en griffant un humain pouvaient le transformer en l'un des leurs, cela dit, Haji n'était pas un chiroptère comme les autres. C'était un chevalier, et les morsures de ceux-ci étaient bien différentes, il n'y avait rien dans le sang de Kai, rien du tout, car il n'était pas entré en contact directe avec le sang du brun ; c'était juste un cocktail d'antibiotiques, agrémentés de quelques vitamines pour qu'il soit sur pied demain. Elle n'avait pas envie de garder son patient trop longtemps ici, pour sa santé mentale et sexuelle. Hé oui, l'adolescence était cruelle ! Son regard capta la forme humaine qui venait d'entrer dans son fief. Oh… voyez-vous ça, elle n'avait pas vu cette silhouette longiligne depuis deux jours, puisqu'Haji n'était pas sorti de sa cabine depuis l'incident sur le pont. Venait-il prendre des nouvelles de Kai ? Ça en avait tout l'air... L'infirmière lui envoya un sourire tandis que l'aiguille s'enfonçait dans la chaire charnue. Huhu, comme c'était bon d'être infirmière !
- AÏE ! »
- Bébé ! C'est juste une petite piqûre de rien du tout ! Je crois que tu as de la visite. »
Elle ôta la seringue d'un coup vif, juste pour faire couiner son patient un petit peu plus, puis elle le réinstalla sur le dos. Il était rétabli, d'ailleurs elle ôta la transfusion de sang, tout en lui donnant un petit tape amicale sur le dessus du crâne. Il les avait tous ébahis par son sang-froid lorsqu'il avait décidé de sauver le chevalier, voilà que Kai devenait de plus en plus réfléchi et ne partait plus comme une fusée faire tout et n'importe quoi comme un gamin. Il grandissait, mais pas que physiquement. C'était un brave gamin, elle l'admettait, soit, il faisait un peu tache dans leur organisation, tout comme Riku, mais c'était les derniers liens humains de Saya, alors ils avaient faits avec. Mais elle devait s'avouer que de temps en temps, ça faisait du bien de décompresser avec des enfants, elle qui n'en aurait certainement jamais, avait l'impression de récupéré un peu de ce côté maternel qu'elle avait oublié en entrant dans cette branche scientifique particulière.
- Voilà, dès demain tu pourras courir partout ! »
Elle fit un long sourire pleins d'ambiguïtés, alors que ses doigts se perdaient dans la toison rousse du jeune homme. Il était rare de voir Haji s'occuper d'autre chose que de Saya, et il était encore plus rare de voir un humain se battre pour un chiroptère. Elle, elle ne l'aurait pas fait. Nan, elle n'aurait pas aidé Haji. Pas qu'elle le détestait, elle n'avait rien contre lui, mais son regard scientifique ne pouvait que salir l'image de cet être qui était une erreur de la nature. Elle fronça les sourcils, passant de Kai à Haji puis elle se dirigea lentement vers Riku qu'elle attrapa par la main. Elle n'avait plus rien à faire pour le moment, alors elle allait passer un peu de temps avec le petit bonhomme avant que lui aussi ne s'arrête qu'à son décolleté et ne perde contenance devant elle. Fallait qu'elle en profite ! Et puis elle avait envie de laisser ces deux-là seuls, elle ne savait pas trop pourquoi, mais elle avait envie qu'ils se trouvent quelque chose de positifs tous les deux. Après tout, ils avaient pas grandes chances de se faire beaucoup d'amis ici, alors pourquoi pas ! Ça serait déjà un beau début de les voir se traiter en être civilisé au lieu d'essayer de rivaliser en tant que protecteur de Saya.
- Et si on allait faire une partie d'échec Riku, on va laisser ton frère tranquille avec Haji ? D'accord ? »
- Ouais ! »
Le petit châtain lui tendit un sourire princier, elle imaginait Riku devenir un très bel homme, un peu comme Haji en quelque sorte... Ah lala, les filles n'auraient qu'à bien se tenir d'ici quelques temps ! La porte passée, elle se mit à sourire, respirant l'air marin ; le soleil était haut dans le ciel, alors ils joueraient en plein air.
- Viens on va sur le pont avant ! »
Kai s'assit sur son derrière encore marqué par la force que Julia avait dans le poignet. Elle l'avait enfoncé vachement loin quand même ! La femme avait beau avoir l'air d'une créature de rêve, elle n'en restait pas moins qu'avec son caractère fallait se méfier ! Et surtout savoir contrôler son attitude à son égard, malheureusement, en contrôle, il avait quelques soucis mécanique en ce moment. Vive l'adolescence... Le rouquin soupira, regardant le brun qui n'avait pas bougé depuis un moment. Son visage était impassible et le regard neutre sondait le sol, sans jamais se poser sur lui. Kai fit la moue, essayant de faire réagir son visiteur. Après tout, il était venu, c'était bien pour quelque chose. Peut-être venait-il répondre enfin à la question qu'il lui avait posé avant de perdre connaissance. Le petit roux fit un large sourire auquel Haji ne répondit pas, enfin Kai s'en serait douté, à la place, il s'installa sur le bord du lit tournant son regard inanimé vers les bandages de l'humain.
- Pardon… »
- C'est rien, je t'en veux pas du tout ! Et puis ça fait pas si mal que ça ! »
Le gamin ricana, il était entre de bonnes mains de toute façon. Ça faisait toujours plaisir de se faire torturer par la belle Julia. Il inclina la tête par désinvolture, il s'en fichait vraiment, après tout c'était gratifiant de se rendre compte qu'on pouvait endurer de plus en plus de douleur sans se morfondre comme un bébé. Il devenait un homme, et ça c'était cool ! Il lui en fallait peu pour retrouver un sourire décent ! Le sourire taquin du roux se dirigea vers le brun qui affichait toujours cet air absent, Kai glissa sa main dans la chevelure brune, elle était froide comme la mort, ce sentiment désagréable passé, il tira sur le ruban violacé pour le défaire.
Il ne savait trop pourquoi, mais cette image le hantait. Peut-être que sa perception difforme des choses faisait de l'androgynéité du brun une sorte de fixation. Allons savoir, quoi qu'il en soit, le brun était encore plus attirant, avec les cheveux défaits. L'humain se demanda tout à coup à quoi ressemblerait sa sœur avec une longue chevelure... Ça devait être merveilleux. Kai avait un problème avec les cheveux longs, en fait, quand ça dansait sous le vent, c'était... juste... Il soupira, en ce moment, tout lui était... tentateur. Il devait penser à autre chose, son cerveau se laissait distraire par tout et rien, c'était pas le moment de partir dans des fantasmes stériles !
- Tu as choisi ? »
- Je n'ai pas le choix… quand mon travail sera fini… je te la laisserais. »
- Haji ? Pourquoi ? »
- Parce que je suis mort il y a longtemps, Saya m'a ramené à la vie, mais, ce n'est pas moi, ce n'est plus moi... J'ai un peu plus de cent ans maintenant, j'ai envie… de prendre ma retraite. »
- Tu lui manqueras. A nous aussi, tu sais… »
Haji en aurait bien rit, mais quelque chose l'en empêchait... même un rire jaune lui était impossible à exprimer, comment pouvait-on continuer à vivre dans ces conditions. Haji se sentait coupé du monde, il ne pouvait rien exprimer, rien partager, son visage émit une moue contrite sous cette pensée. Il se sentait seul au milieu de tous. Alors... ce que disait l'humain... Il manquerait à Saya c'était sûr, mais à personne d'autre. Car personne ne le connaissait vraiment, comment pouvait-on déplorer l'absence de quelque chose qui ne pouvait rien offrir, rien transmettre... Le chevalier se leva lentement, si Kai voulait le rassurer, c'était noble de sa part, mais peine perdue.
- Si tu le dis… »
- Haji ? »
- Hum ? »
Le chevalier se retourna, arrêté dans son cheminement vers la sortie, par la voix hésitante du roux. Le mouvement de son visage accompagna sa chevelure qu'il dut caler derrière son oreille, il ne s'était pas rendu compte que Kai lui avait défait sa queue de cheval. D'ailleurs, il le regarda jouer avec son ruban.
- Tout le monde a besoin d'amis, tout le monde, même… toi ! Saya c'est celle pour qui tu te bats, celle… que tu aimes ? Non ? Je ne sais pas comment c'était entre vous avant… en tout cas… si tu veux parler… c'est le rôle du… frère non ? M'oublie pas… 'k ? »
Dans un grand sourire, son vis-à-vis tendit le pouce, il semblait sincère, une sincérité qui lui avait jamais été envoyé à lui, le chevalier fantomatique. Son regard sombre scruta ce petit bout d'homme qui rayonnait d'une bonne humeur peu commune. Quelle était cette chaleur qu'il semblait irradié et qui gagnait son cœur éteint ? Le corps alité quitta ses draps, il regarda l'humain serrer les dents lorsqu'il posa les pieds à terre. L'ado s'avançait maintenant vers lui, toujours avec ce sourire bienveillant collé aux lèvre. Le brun fronça les sourcils quand deux bras se resserrent mollement contre lui. C'était... étrange, personne ne l'avait jamais pris dans des bras chauds et vivants, Haji ne bougea pas, même si l'envie de serrer ce corps contre lui venait de lui passer par la tête, quelque part, il n'arrivait pas à comprendre, à assimiler ce qui se passait. Kai lui offrait son amitié, Kai lui offrait un lien fraternel dont il ignorait tout. Qu'était-ce... d'avoir un frère ? Ça faisait quelque chose, à l'intérieur, Haji baissa la tête, glissant son visage pâle dans l'orangé de la chevelure hirsute ; c'était doux en lui, si bien qu'il avait l'impression qu'il allait fondre en larmes. Mais ce n'était qu'une impression, bien entendu. Il était rare que des larmes quittent ses yeux secs, ça n'arrivait que lorsque la douleur était quasi insoutenable. Haji avait envie de dire ce qu'il ressentait en ce moment, il aurait voulu savoir traduire tout ça avec des mots, mais il n'avait jamais appris...
- Merci… Kai, et désolé d'avoir été si dur avec toi. »
- Tu ne pouvais pas protéger deux personnes en même temps, je comprends maintenant, mais si je deviens fort, tu n'auras plus besoin de t'inquiéter pour moi, hein ? Et après c'est moi qui te sauverai, et tu devras t'incliner devant la puissance du grand Kai ! »
Le rouquin partit d'un grand éclat de rire, il racontait à nouveau des conneries mais il ne pouvait pas s'en empêcher ! Cependant, il se contracta violemment tout à coup, merde ça faisait un mal de chien ! Ses bras quittèrent le corps du brun qui se resserrèrent contre son propre torse, son visage n'avait plus rien d'heureux, il était à présent fermé, Haji imaginait -car il ne pouvait vraiment la concevoir- la douleur que l'humain ressentait à cet instant présent. Sa main se posa délicatement sur l'épaule du roux, puis il baissa les yeux. Haji lui avait… fêlé deux côtes, oups, Julia avait oublié de lui dire !
- Ça va, aller ? »
- Hum, je t'ai dit de ne pas t'en faire… elle l'a bien dit, j'ai rien de grave ! Aller… va-t'en… je sens que je vais me trainer dans le lit et comater tout le restant de la journée, putain, j'ai mal aux côtes, je vais mourir ! »
Haji mima un court sourire, Kai était... comment dire tellement changeant, il faisait son sérieux pour ensuite pleurnicher comme un enfant, il était dur de savoir quelle partie croire. Il l'observa retourner dans son lit, mais à nouveau un sourire rassurant lui répondit. Il irait bien, c'était certain. Le chevalier inclina la tête avant de sortir de l'infirmerie. Son regard sombre attrapa Saya qui était immobile dans le couloir ouest, venait-elle voir son frère ? La jeune fille le fusilla du regard et détourna les talons lorsque leur regards se croisèrent. Depuis l'histoire, depuis que Kai lui avait tiré dans le dos, Saya semblait redevenir impassible comme la mort. Il soupira, il ne voulait plus revoir cette fille terrorisante qui semait le mal autour d'elle, tout ce qui avait été fait, n'avait pas ce but. N'entendait-elle pas sa douleur ?!
