Donne moi une vie

4


Kai fit un large sourire, Julia venait de déboutonner les trois premiers boutons de sa blouse, découvrant la dentelle rouge feu de son soutient gorge. La main tendue et novice du rouquin se posa sur ces formes parfaites qui le rendaient fou, défaisant les bretelles et libérant une poitrine plus belle qui ne l'avait jamais imaginée. Julia lança une petit rire qui le conforta dans son ébahissement. L'infirmière lui envoya un clin d'œil approchant son buste imposant de son visage.

- Fais-toi plaisir... »

Oui, il ne fallait pas le lui répéter. Kai venait d'avoir droit au panacée qui lui faisait mouiller ses draps au petit matin, son visage glissa contre la peau satiné de la femme, ces seins, il les avait rêvé, fantasmé, et maintenant, ils étaient à lui, rien qu'à lui ! La blouse tomba à terre, et bientôt la femme de sa vie lui apparut dans la plus simple tenue au monde, il allait tourner de l'œil tellement le bonheur était grand. Son sourire tout à fait lubrique se dirigea vers les tétons qu'il mordilla, oui, il avait toujours voulu être là !

- Julia… tu es si belle et tes seins sont si doux… Julia… je peux téter ? »

L'infirmière qui regardait les dernières radios fronça les sourcils, que venait de dire son jeune patient ? Mais... elle lâcha la radio, la classant dans le dossier médicale de Kai, puis dans un énervement retenu, elle attrapa l'autre dossier de la journée, quel abattit violemment sur le sommet d'un crâne en ébullition lubrique ! Il était en train de rêver de quoi, là, le petit Kai ! Un aïe tonitruant éclata dans la pièce, le rouquin regardait dans tous les sens, réveillé trop soudainement de son rêve érotique. Son regard se tourna vers la seule présence, et au lieu de fantasmer encore et toujours sur la poitrine rebondie de Julia, l'adolescent regarda avec appréhension son visage fermé et énervé.

- Téter ? T'es pas trop grand pour ça ?! »

Oups, note pour lui-même, ne jamais recommencer de faire des rêves comme ça hors de sa cabine. Finalement il était resté trois semaines de plus dans cet enfer blanc, dans lequel il devait toujours être sur le qui-vive. Il s'était laissé aller, et le regard impartial de la magnifique femme, lui indiquait que les draps ne dissimulaient plus rien de la vilaine érection qui le tenaillait. Honteux, Kai se détourna découvrant avec stupeur qu'il n'était pas le seul patient de Julia à ce moment précis. Oui, il était complètement accroc à cette femme, mais se faire prendre la main dans le sac, comme ça... il en aurait bien chialer. L'adolescent se leva promptement et partit en courant hors de la pièce, se terrer dans la honte la plus totale loin, très loin d'ici !

- Ce n'est qu'un gamin… tu devrais être plus clémente avec lui. Et puis il n'a pas tout à fait tort… »

Indignée de son deuxième patient, Julia pointa son revolver sur le crâne de David. Elle était indulgente, car si elle ne l'avait pas été, c'est cette arme qui aurait fini entre les jambes du jeune Kai. Ne le savait-il pas ?! Un sourire sadique illumina son visage d'ange en face duquel le grand blond leva les mains faisant signe qu'il capitulait. De toute façon, il en avait fini aujourd'hui, son taux de cholestérol était encore bon, alors il allait manger un bon petit plat bien calorifique made in Lewis ! Cependant, la plantureuse femme l'arrêta dans sa démarche.

- Enfin ? Enfin ! Depuis le temps que j'essaye d'accrocher un quelconque intérêt de ta part… Il m'a fallu trois ans, David ! Trois longues années… et bien tu les vois bien j'espère… à dans trois ans David ! »

Après un mouvement sensuel qui libéra sa poitrine généreuse de sa blouse, Julia fit demi-tour et rejoignit sa couchette, alors… Es-ce que David avait le cran de la suivre ?


La honte avait été plus forte que l'envie, lorsque Kai s'arrêta de courir, son érection avait bien disparue. Il avait encore mal aux côtes, mais ça allait, déjà, il reprenait sa respiration. Le jeune homme s'accroupit, laissant glisser entre les rambardes du bateau, ses jambes qui maintenant se balançaient dans le vide. Il reteint un reniflement de frustration. Sur ce bateau, y'avait rien à faire. Il était pas d'humeur à rejoindre Riku et Saya à l'avant pour jouer au badminton, de toute façon Saya l'évitait depuis l'incident, et allons savoir ce que ses hormones indisciplinées lui ferait faire devant une fille de son âge. Le rouquin soupira, conscient que tout ça devenait de plus en plus dur à supporter ! Il se serait bien entrainé, histoire de se mettre totalement sur les rotules et de penser à rien d'autre, il voulait devenir plus fort… mais bon, vu que David avait été un spectateur de sa déviance peu glorieuse, il ne se sentait pas l'envie de se présenter devant lui avant un moment.
Dire qu'il avait honte de quelque chose qu'il n'arrivait plus à contrôler. Tout ce qu'il voulait c'était... expérimenter. Lui qui n'avait vécu que pour le sport et ses potes, il n'avait encore touché à une fille, et là, ça commencer à le bouffer de l'intérieur, oui, il voulait...

- Putain, je suis frustré ! »
- De quoi ? »

L'adolescent sursauta, il n'avait pas senti la personne s'approcher de lui ! Son visage glissa sur la gauche, observant le violoncelliste qui le regard braqué sur la mer, semblait... sourire. Sa toison noire qui volait au vent, hypnotisa Kai un moment, avant que celui-ci rebaisse les yeux. L'envie de passer par-dessus bord et de se noyer lui frôla l'esprit, mais il ne le ferait pas. Ce n'était pas lui qui devait se noyer, mais ses hormones !

- Laisse tomber... »

Le chiroptère ajusta sa veste noire tournant son regard sombre et hypnotique sur le jeune homme qui semblait porter toute la tristesse du monde sur ses épaules. Que pouvait bien avoir le roux, pour être prostré ainsi dans son coin ?!

- Tu es tout seul ? »
- Hum, Saya joue avec Riku… et je fuis le reste du monde. »
- Pourquoi ? »
- Je me suis couvert de ridicule... C'est quand qu'on accoste en France, Haji, je suis en train de perdre la tête ici. »
- Je n'en sais rien. David a dit qu'on y serait la semaine prochaine, si le temps se gâtait pas. »

Trop long, c'était trop long, pourquoi ne voyageaient-ils pas en jet privé ? Hein ? Pourquoi devait-il rester cloitré sur ce bateaux, entouré d'hommes et de soldats, avec simplement deux filles trop craquantes pour ne pas qu'il s'attarde sur elles ?! Il devait avoir fait un truc vraiment naze dans une autre vie pour mériter ça ! Enfin, il devait arrêter de penser à ses problèmes de manque physique, c'était le moment ou jamais ! Le rouquin se releva, faisant un nouveau sourire, il était heureux d'être en la compagnie du brun. Et puis Haji semblait rayonner de vie, c'était pas tous les jours, que le brun semblait si... vivant. L'ado prit appui sur ses bras et sauta sur la rambarde, pour faire le pitre à quelques mètres au-dessus de la mer. Le vertige, il ne connaissait pas, d'ailleurs la bouille du roux se penchant vers la mer, la vue était magnifique. Hop, hop, hop, il faisait le funambule tout en rigolant.

- Regarde çaaaa, haha, triple boucle piquééée ! »

Hum ? Haji regarda le corps du rouquin se secouer dans tous les sens, pour un nom aussi compliqué, il s'attendait à une figure comment dire... spectaculaire, cependant, le résultat était vraiment loin de tout ce qu'il avait imaginé. Le gamin faisait vraiment n'importe quoi. Un éclat de rire glissa hors de sa gorge malgré lui. Voilà ce qu'était Kai, un gamin insouciant qui faisait tout, n'importe comment. Pourtant, il lui arrivait d'être super sérieux, ça dénotait de son physique encore enfantin. Le brun ricana quelques secondes de plus, lorsque le rouquin s'arrêta tout en coup en chouinant à cause de ses côtes. Pourquoi faisait-il le pitre comme ça, alors ?!

- Héhé, Haji sourit, victoiiiiire ! »

Le regard du brun traduisit sa surprise, pourquoi criait-il comme ça ? Quel victoire était-ce ? Qu'est-ce que son sourire pouvait bien signifier pour le roux ? Hein ? C'était vrai, il ne souriait que rarement, et il était encore plus rare qu'il ne se laisse à rire. Il ne comprenait pas pourquoi lui-même. Mais plus ça allait, plus le lien qu'il avait tissé avec le sang du gamin, semblait... gagner son cœur. Le brun fit un sourire gêné, espérant que personne n'entendrait ses braillements.

- Ça va… arrête, s'il te plait. »

Le corps à ses côtés s'arrêta net, d'ailleurs il redescendit de son perchoir pour se rapprocher de lui. Kai devenait de plus en plus obéissant, vraiment, le gamin changeait s'en était presque touchant. Sa main gracile monta dans sa chevelure, le vent redoublait de force, bel et si bien que ne faillit pas entendre les mots que le roux lui envoya dans un murmure.

- J'aime bien moi, quand tu souris. Haji, tu es beau quand tu souris, tu as l'air… vivant… »

Hein ? Le chiroptère recula d'un pas, venait-on de lui dire... qu'il semblait vivant ? Jamais Haji ne s'était senti... vivant, jamais. D'ailleurs, il cherchait en vain la vie qu'il n'avait plus. Ces manifestations étaient bien trop rares. Il était mort, Kai aurait oublié ce détail ? Il ne pouvait feindre la vie comme ça, c'était perdu d'avance. Le brun soupira puis secoua sa chevelure dans le vent. Quoi que dise l'humain, Haji savait qu'au fond, ce n'était qu'une image, qu'une mimique de la vie qui vivait justement en face de son regard de nuit. Cette vie, c'était celle de Kai.

- Dis… qu'est-ce qu'il te manque, pour que tu sois si… vide… »
- De la vie… »

Haji pensait qu'en vie, il serait différent, qu'il serait à nouveau comme avant. Il ne se souvenait plus vraiment de ce qu'il avait été pendant ces huit années d'humanité. C'était trop loin, mais il était persuadé qu'avant, il était un peu comme Kai... Qu'il pleurait, qu'il riait, qu'il sentait toutes ces émotions et les vivait à fond ! Maintenant il avait un doute, au creux de son âme. Est-ce que ça changerait quelque chose qu'il retrouve la vie ? Peut-être était-il brisé pour autre chose que sa transformation. Peut-être qu'il avait perdu foi en tout, lorsque ses parents l'avaient offert à un monstre qui lui avait ôté la vie. Ses mains se crispèrent contre l'acier de la rambarde, pourquoi l'avaient-ils vendu ?!

- Hum… Haji ? Techniquement tu vies, non ? T'as bien un cœur qui bat, tu peux bien mourir, et tu saignes aussi… Donc, tu es en vie, une vie différente de la mienne soit, mais c'est bien une vie. Ne la dénigre pas parce que tu es... différent. »

Kai avait tort et raison à la fois. Mais cette vie de chevalier lui pesait énormément, personne ne pouvait imaginer ce que c'était. Le brun se détourna soudainement, des larmes lui montaient aux yeux, c'était la première fois, depuis très longtemps qu'il sentait cette sensation. S'en était presque douloureux, c'est pourquoi il allait retourner dans son boudoir, il n'avait pas forcément envie de parler, pas aujourd'hui en tout cas. Surtout pas avec Kai qui réveillait en lui une fournaise de doutes et de questions qui lui faisaient mal.

- Hep, Haji attends ! »

La main de Kai attrapa la gaze qui recouvrait la main du chevalier. Son regard fixa quelques instants les griffes sombres qu'il venait de découvrir en attirant l'homme en sa direction. Un indexe timide les caressa, la texture d'un chiroptère était différente que celle d'un humain, sa curiosité fut arrêté par deux billes profondes qui l'observaient avec attention. Haji n'était pas très fier de cette monstruosité, pourtant, Kai ne puait plus la peur, il n'avait même plus une mine de dégoût, c'était quasiment une fascination qui baignait les yeux de l'adolescent. Cette différence qu'il ressentait au plus profond de lui... Haji inclina la tête, se laissant conduire par le gamin. Il ignorait ce qu'il voulait lui montrer, mais durant ces quelques minutes de marche silencieuse, des doigts chauds et agréables caressaient cette difformité qu'il avait toujours essayé de dissimuler aux yeux de tous. Ainsi quelqu'un l'acceptait peut-être mieux que lui, ainsi quelqu'un faisait fi de sa non-humanité pour le traiter comme tout le monde. Le chevalier soupira de soulagement, il suivait maintenant Kai rempli d'un bonheur qu'il goutait pour une toute première fois. Une porte se referma derrière eux, le regard d'Haji balaya la chambre du roux, c'était le bazar, étrangement ça ne l'étonnait pas. Le roux s'installa sur son lit, intimant au brun de le rejoindre, il y avait quelque chose que le gamin voulait montrer au chiroptère, c'est pourquoi il attrapa une boite sous son lit qu'il ouvrit comme s'il s'agissait d'un trésor précieux, mais le brun ne voyait là qu'une vieille boite à cigare en bois usée par le temps.

- C'est tout ce que j'ai sauvegardé de mes anciennes vies. C'est moi et mes parents, on… était pas très riche, mais j'aimais bien… Ils sont morts dans un accident de voiture et j'ai été mis dans un orphelinat. Georges nous a adoptés, c'était ma nouvelle vie, avec Saya… je l'aimais bien cette vie, mais bon... je sais que Saya ne sera plus jamais ma sœur, que Riku pourrait très bien perdre la vie dans cette histoire, moi, je dois changer, je dois devenir fort pour eux. Je voulais devenir base baller professionnel, mais je me suis blessé au genou et j'ai pas pu continuer les entraînements, j'ai haï la vie ce jour-là, mais si j'avais continué, ça se trouve je ne serais pas là, avec vous. C'est un choix que la vie m'a imposé. C'est dur, et je ne compare pas mes misères avec les tiennes, je dis juste que… j'ai fait en sorte… de me dire que tous ce que j'endure, c'est pour une bonne raison, c'est parce que je dois être là, que je dois faire quelque chose, je ne suis peut-être pas utile pour l'instant mais… je le serais après. Je le jure ! Je me battrais pour avoir ma place et pour ne plus être un rebut. Et puis, au final, j'ai pas de copine, je m'inquiète plus pour mes études comme tous ceux de mon âge et c'est pas plus mal. J'aime bien ma vie ici, même si c'est dur, y'a toujours un moment où je me rends compte que j'ai pas de quoi me plaindre, je suis quand même heureux ! »

Kai fit un grand sourire, il lâcha la photo de ses parents, c'était triste de voir ça, mais il avait décidé de laisser tout ceci derrière lui. Il avait pleuré, il s'était senti vide, mais maintenant, dans toutes ces tragédies, il avait trouvé un but, une famille, des nouvelles joies. Rien ne se terminait jamais, il y avait toujours de nouvelles occasions, toujours de nouveaux moments de bonheur. Aujourd'hui la seule chose importante dans sa vie c'était protéger Riku et Saya, rester avec eux, et faire en sorte qu'ils s'en sortent tous les trois. Le rouquin tourna la tête sur le côté et fit un large sourire, enfin, tous les quatre !

- C'est quoi le plus important pour toi ? »
- Je ne sais plus… Saya n'a plus besoin de moi… je ne sais pas quoi je sers… »

Le roux fit la moue, il n'allait pas lui dire des cracks, c'était vrai, Saya se débrouillait bien sans eux. Maintenant, Haji aussi souffrait de son inutilité. Cela dit, le monde ne s'arrêtait pas à sa sœur, non ? Il y avait bien d'autres choses que le brun avait envie de faire, peut-être rien que pour lui.

- Alors faut être plus fort, et lui prouver qu'elle a encore besoin de nous, que la Saya que je connais a besoin de son frère, et que celle que tu connais a besoin… de toi. Mais pour l'instant concentre toi un peu sur toi, si tu te sens si vide, il est peut-être temps de penser, à toi, juste... à toi. »
- Kai… je crois que tu te méprends sur moi, je n'aime pas Saya comme tu le crois, je l'ai aimé, mais cet amour est mort avec le dix-neuvième siècle, je suis simplement son gardien, rien de plus… »

Haji soupira, c'était peut-être ça le plus dur dans l'affaire, comment son amour avait pu disparaître de la sorte ? Le brun réfléchit un court instant, Kai venait de lui suggérer de penser à lui, penser... à lui ? Jamais Haji ne l'avait fait. Qu'est-ce qu'il pourrait bien désirer à part suivre les ordres comme il l'avait toujours fait ? Que pouvait désirer un homme comme lui ? Tout en réfléchissant silencieusement, le brun fut attiré vers l'épaule de Kai, ce n'était pas le rouquin qui l'avait attiré à lui comme il le cru, non, il était venu de lui-même poser sa tête contre l'épaule de l'humain. Il se sentait bien là, en sécurité, ce qu'il désirait ? Il avait l'impression qu'il s'en rapprochait. En effet, maintenant son ouïe surdéveloppé n'entendait plus qu'une chose, un rythme régulier qui le détendait. Un éclat rougeoyant glissa dans ses prunelles noires, il en était arrivé, à écouter le cœur de Kai, à… le désirer, c'était assez inquiétant comme pensée. Tout ce dont il avait envie ? C'était ressentir à nouveau ça, la vie du jeune homme couler dans ses veines et réchauffer son cœur.
Haji grogna et coupa ce nouveau lien se levant sans se retourner prêt à quitter cette chambre.

- Haji ? »
- Je vais retourner dans ma cabine ! »
- Attends qu'est-ce qui y'a ? J'ai dit un truc qui ne fallait pas ? »
- Nan… ça va, c'est juste que… comment dire… tu me donnes envie, Kai ! »

Hein ? Il lui donnait envie ? De ? Kai s'empourpra, il regardait le brun avec surprise, son cœur battait fort dans sa poitrine. Il était loin des envies du chiroptère, alors ce mot ne faisait échos qu'avec ses propres envies. Les hormones avaient encore pris le contrôle de son corps, puisque déjà le rouquin imaginait se faire plaquer sur le lit pour une nuit de folle passion. Mon dieu, quelque chose clochait quand même, Haji avait beau être envoutant, il n'était pas une... femme... Es-ce qu'il était prêt à... essayer avec un homme ? Kai eut un petit sourire, ouai, la réponse était bien évidement... ouai... Il était prêt à faire des tonnes d'entorses du moment qu'il... Il se tortilla sur le lit, un peu mal à l'aise, Haji venait de lui avouer qu'il avait envie de lui, c'était la première fois qu'on lui disait ça, Kai ne savait pas trop quoi répondre à une telle déclaration, d'ailleurs, il paniquait car jamais il ne s'était retrouvé à cette place ! C'était dur d'être un ado rempli de testostérone sur ce bateau, avec deux femmes qu'on ne pouvait pas toucher. Et voilà qu'Haji lui disait qu'il lui donnait… envie ?! Sa petite voix interne lui hurlait de sauter sur le brun et de ne pas laisser passer cette offre, après tout, Haji était... comment dire... pas si mal que ça, pour un mec !

- Ha… Haji ! Je… heu… C'est pas… enfin, on est deux… hommes, je… D'accord ! »

Le brun suréleva un sourcil, il lui arrivait quoi à Kai, soudainement ? Le chevalier eut un long moment de flou, de total flou, il ne comprenait pas la gêne de Kai ! Et il était d'accord ? Mais; d'accord de quoi ? Visiblement il y avait incompréhension mutuelle. Qu'est-ce que l'humain avait compris à ses paroles ? Il n'eut pas à chercher beaucoup, car le bassin du roux attira son regard par ses mouvements plus qu'équivoques. Ha... d'accord. Il semblait qu'il y avait maldonne.

- … Kai ? »

Haji ne savait pas s'il devait rire ou non de ce quiproquo, et finalement il se laissa aller à rire. Ce n'était pas moqueur, mais diable que cette situation était amusante !

- Je ne parlais pas de ça, Kai… je voulais dire… que ton sang me faisait envie… »

Son sang ? Kai devint encore plus rouge, si c'était humainement possible. Quelle poire il était, bien entendu, un chiroptère ne pouvait avoir envie que de sang, de sang et pas de sexe foudroyant avec un adolescent aussi inintéressant que lui ! Kai soupira, il était idiot ou quoi ? Il s'était imaginé des trucs faux, mais pire que ça, ce court moment de fantasme, il en avait pris gout. Que devait-il penser de ça, de cette envie soudaine de se faire dominer par le chevalier ?

- Pardon ! »

Dans un mouvement de panique, le jeune homme attira la couverture sur lui, afin de cacher ce qui commençait légèrement à lui faire mal. Le draps malmené laissa apparaitre une couverture que le chiroptère regarda brièvement. Il n'était pas sûr de ce qu'il devait dire maintenant pour briser cette gêne. Kai était… mignon, il était vrai, dehors, il sortirait avec des filles, ferait ce que la nature avait établi, mais ici… ce n'était pas le cas. Il ne fallait pas que l'humain soit gêné, c'est vrai qu'il n'avait peut-être pas employé le meilleur mot dans les meilleures circonstances. Mais c'était bien de l'envie qui le rongeait en ce moment même. Ce corps plein de vie, il le désirait, comme Kai désirait une relation sexuelle. Les deux pouvaient sûrement se conjuguer, mais pas lorsque le chiroptère en question était lui...
L'ado eut un sourire crispé, il venait de perdre la face devant Haji, c'était horrible, il se grillait devant tout le monde en l'espace d'une journée. David ? C'était pas si grave, Julia ? C'était pas la première fois, ni la dernière, mais devant Haji... Et si le brun l'esquivait dès à présent ? Cette pensée lui noua la gorge, en l'espace de ces quelques jours, Haji était devenu un réel ami, il ne voulait pas le perdre !

- Je crois que je vais te laisser avec tes… magasines… »

Disant cela, Haji regarda en un sourire doux ce que la couverture avait laissé apparaître, les nuits de Kai devaient être remplies de ces filles qu'il voyait en couverture. C'était la première fois qu'il voyait ce genre de magasine, à son époque ça n'existait pas. Bien entendu, il y avait des maisons pour ça, mais il n'en avait jamais fréquenté, car… il était mort avant que ces choses-là ne commencent réellement à le titiller.
Le roux se rua au pied de son lit faisant disparaître toutes les preuves attestant de son manque cruel. Oui, y'avait quelques beaux spécimens de magasines pornographiques qu'il avait réussi à acheter en secret lors d'une escale, mais ça l'obnubilait tellement... Le gamin au bord de la panique se mit à déblatérer des mots, ou plutôt des bouts de mots sans aucune signification tout en effectuant des séries de mouvements qui ne voulaient rien dire aux yeux calmes du chiroptère. Kai venait de perdre toute contenance, c'est pourquoi, que calmement, le brun déposa sa main sur l'omoplate du roux pour le stopper dans cette alarme qui lui pinçait le cœur.

- Ce n'est rien, Kai... »

Le roux releva la tête, il semble à Haji qu'il avait peur, oui, peur de la réaction du brun, c'est pourquoi le violoncelliste lui tendit un large sourire. Ce n'était vraiment rien, Haji ne le jugerait pas, il était mal placé pour le faire.

- C'est l'âge, je suppose. Tu n'as... »
- Suppose ? »

Il ne pouvait que supposer en effet, Haji baissa la tête observant cette femme dénudée qui exposait impudiquement toute son anatomie. Haji ne se sentait pas attiré par cette image. Il n'avait ressenti d'attirance physique pour quelqu'un. Il se demandait même, si il n'avait pas imaginé l'amour qui l'avait lié à Saya. C'était dur, toutes ces questions lui faisaient de plus en plus mal... tout ce qu'il mettait à jour n'était qu'illusion et désillusion.

- Je suis mort avant ça… »

Kai ouvrit de gros yeux stupéfaits. Mort... avant ça ? Pourtant, il avait le look d'un homme, d'un vrai, alors... Kai ne comprenait pas, et dans cette logique qui semblait se dessiner, l'ado eut tout à coup une pensée saugrenue, mais cette pensée fatidique qui lui revenait comme un écho tous les jours, sortit involontairement de sa gorge...

- Tu… es… tu l'as jamais fait ?! »

Haji fit un signe de tête négatif. Non, jamais, il était mort à huit ans, on est rarement accro au sexe si jeune. Et puis ensuite... le sourire du chiroptère se fana, pourquoi ne pouvait-il pas... que lui manquait-il à lui ?

- T'as pas d'envie ? Je veux dire… vous pouvez pas ? »
- Si, mais pas moi, je ne sais pas pourquoi… »
- Mais... c'est pas étonnant que tu te sentes pas… en vie ! Il faut demander à Julia, elle sait y faire pour… réveiller enfin tu vois quoi… »

Alors ainsi donc, Kai craquait pour la plastique de Julia ? Pourquoi pas, c'était une belle femme, à sa façon, enfin, c'est ce qui se disait sur le bateau. Haji n'était pas aussi réceptif... Il savait reconnaitre quelque chose de beau lorsqu'il en voyait, son regard pouvait s'arrêter sur un détail, une rose magnifique, une chevelure soyeuse, des lèvres pulpeuses, un parfum enivrant, mais, il restait totalement détaché de ses observations ; s'en était presque scientifique. Le violoncelliste ne l'avait donc jamais regardé autrement que comme le doc capable de prendre soin de Saya. Kai détailla Haji, tandis qu'il feuilletait un de ses magasines comme il aurait feuilleté une revue philosophique, et encore, il se serait certainement plus attardé sur la philo que sur les photos de plus en plus cochonnes qui défilaient devant ses yeux sombres.
Quelque chose dans ce spectacle lui glaça le sang, il savait bien que ce n'était pas normal de baver devant ses pages toutes les deux minutes en s'imaginant des trucs qui ressemblaient à des clichés de film hardcore porn, mais c'était la jeunesse, et le printemps qui voulaient ça... mais l'attitude à trois cent soixante degrés d'Haji n'était pas plus normal. Comment pouvait-on vivre sans avoir ce genre d'envies, sans avoir envie d'un baiser, d'un câlin ou de faire l'amour tout simplement. Après tout, c'était naturel. Saya avait beau ne pas être totalement humaine, il se souvenait l'avoir entendu parler avec une de ses amies au téléphone d'une rockstar de pacotille qui faisait frémir toutes les filles. Alors qu'était-il arrivé à Haji pour qu'il soit fermé comme une huitre ? Sans se rendre compte de ses gestes, le petit roux s'approcha du brun sans que celui-ci ne s'aperçoive du rapprochement, ce n'est que lorsque le visage de Kai entra dans son champ de vision, que le violoncelliste sursauta.

- T'as déjà… embrassé quelqu'un ? »
- Saya… une fois… pourquoi ? »
- C'était comment ? »
- Vide… »

Le rouquin eut un pincement au cœur. Vide... ce mot revenait trop souvent dans la bouche du chiroptère. C'était peut-être l'envie de combler ce vide, c'était peut-être l'envie de combler le sien, il n'aurait su le dire, mais ce mot venait de chambouler tout ce qui se trouvait à l'intérieur de lui, Kai ferma les yeux puis s'approcha, déposant un baiser sur les lèvres du brun. De ce vide dans les prunelles noires de son vis-à-vis il n'en voulait plus. Il ne voulait plus ressentir ce désespoir à l'intérieur du chiroptère... et au fond, tout au fond de lui, Kai avait cédé à cette fascination qui le liait désormais à Haji, corps comme âme. Ses mains glissèrent sur la veste noire de l'homme aux yeux sombres, l'attirant un peu plus à lui. Ce baiser qu'il avait voulu chaste, qu'il avait voulu respectueux commençait à ne plus l'être. Kai ne contrôlait pas assez bien l'envie qui lui brulait l'échine et tout simplement, l'ado venait comme qui dirait de passer de l'amoureux platonique à l'insatiable amant de minuit. Son corps était tellement en feu qu'il aurait sûrement sauté sur n'importe qui, le plus important dans sa tête à ce moment précis c'était de faire taire cette envie ! Ho, il savait qu'il venait de perdre contenance, quelque part au fond de lui, il le savait, il savait que quelque part c'était mal, mais c'était plus fort que lui, comme ces gémissements qui grondaient au fond de lui, comme ce mouvement de hanche qui cherchait contact avec le corps en face de lui, comme ses mains qui se perdaient dans la chevelure d'ébène, comme sa langue qui en découvrait une autre... comme ce bon dieu de corps qui voulait prendre son pied une bonne fois pour toute ! Il n'avait envie que de ça ! Et l'idée de se faire dépuceler par un chiroptère là, ici, dans cette cabine dans laquelle Riku pouvait entrer à tout moment… ne lui déplaisait pas, au fond.
Simplement… aurait-il oublié un détail ? Et pas un petit, et oui ce détail, c'est bien d'Haji dont il s'agit. Le chiroptère n'était ni dans le même état d'esprit, ni corporel, mais alors pas du tout ! Le chevalier passa de la surprise… à la… l'incompréhension. Soit, il était en manque, mais... comment dire... Le premier baiser ne lui avait pas forcément déplu, même si dans l'absolu, ça ne voulait rien dire pour lui, cela dit, il avait savouré ce moment ressentant à travers Kai un sentiment doux qu'il n'eut pas le temps de définir, définitivement pas le temps puisqu'il avait mû dans une rapidité époustouflante en une sorte de... nymphomanie qui le dégouta presque. Haji fronça les sourcils, il allait un peu vite en besogne le petit roux, sa main valide attrapa Kai pour le repousser avec douceur mais fermeté. Il ne voulait pas de ça et si Kai persistait, il risquait d'être blessé par sa froideur.

- Kai tu devrais te calmer… »

Pas la peine de le lui dire, Kai le savait, il avait honte de ce qu'il venait de faire, de cette perte de contrôle qu'il avait eu dans les bras du chiroptère, mais au moins c'était clair dans son esprit, oui, il désirait le corps d'un homme. Il désirait Haji autant qu'il avait désiré Julia. Mais il y avait quelque chose de plus profond qu'il n'avait pas eu le temps d'explorer avant que ses hormones ne lui fassent perdre les pédales. Kai commençait à craindre ce qu'il ferait si jamais Riku… passait par là, dans un tel moment.

- J'ai peur de sauter sur Riku, je sais pas ce que j'ai, c'est atroce, même David me donne envie ! Et... depuis que tu m'as… mordu… c'est encore pire ! J'ai envie de baiser… »

Ses poings se refermèrent sur les draps, le visage bas, le rouquin poussa un gémissement meurtrie. Rien à voir avec ses chouinements enfantins qu'il utilisait à tort et à travers lorsqu'il voulait faire son intéressant. Quelque chose c'était brisé dans sa gorge, Haji n'avait entendu cette douleur qu'une seule et unique fois, lorsque Kai avait passé sa nuit à pleurer l'absence d'un père, seul loin du regard de son frère et de sa sœur. Haji n'eut pas le temps de dire ou de faire quoi que ce soit, le jeune homme en pleures se leva brutalement et s'en alla en courant très certainement se terrer dans un coin, loin de tous et cacher aux autres cette détresse qu'il dissimulait derrière ce faciès toujours souriant.