Chapitre 1
Il se promena encore quelques heures dans la ville mais sa faim était déjà assouvie, il n'avait plus besoin de victimes. Le soleil allait se lever dans une heure, il rentra au repère.
Il alla vers un bloc de vieux bâtiments abandonnés, dont les fenêtres sales ne laissaient passer aucune lumière, bien que certaines soient brisées. Il passa une lourde porte en fer, une fois entré, ses yeux s'habituèrent presque instantanément à la pénombre qui régnait. Il s'avança vers une des portes, coincée entre un portemanteau délabré et un vieux fauteuil défoncé. Pénétrant dans les innombrables passages, il retrouva son chemin grâce aux lumières rouges suspendues à intervalle régulier dans les couloirs obscurs. Après quelques minutes, une porte d'aspect solide et lourd se dressa devant lui. Il tapa le code d'accès, présenta l'empreinte de sa paume, prononça le mot de passe oralement et après quelques secondes d'attente, pu entrer.
Aussitôt le décor changea, les murs étaient de pierre brute, des torches et autres riches lustres éclairaient faiblement l'endroit qui ressemblait à s'y méprendre à un ancien château. Les meubles riches et anciens concourraient aux objets de haute technologie, tout un réseau d'écoute et de caméra, mais la véritable salle de contrôle du repère se trouvait encore ailleurs.
Plusieurs jeunes gens étaient assis affablement dans des fauteuils et autres divans de luxe, en velours rouge sombre et aux dossiers et bras recouverts de feuille d'or.
Une jeune femme blonde releva la tête à son entrée et lui sourit, ses deux canines apparentes.
« Bonjour Sirius. Bonne chasse ? » elle porta un verre de sang à ses lèvres.
Sirius s'inclina légèrement et sourit en retour.
« Bonjour Amélia. Ma chasse fut plutôt bonne, néanmoins, ma victime avait trop peur pour que je puisse en profiter plus amplement. Et pour toi ? »
« Hm...bien dommage pour toi. » Elle pencha la tête en arrière tout en le fixant. « Ma foi, ce jeune homme était assez agréable et j'ai passé une bonne nuit. Bien le merci. » Elle détourna la tête, signifiant que l'échange de formalités et de politesse était fini.
Sirius se dirigea vers le grand escalier de marbre qui trônait au milieu de la place. Un enfant vint jouer près de lui.
« Tu m'as ramené quelque chose ? Tu m'as ramené quelque chose ? » demanda la petite fille, ses grands yeux d'un bleu limpide écarquillés.
Le jeune homme sourit et sortit habilement de sa poche une chaînette où pendait une petite croix en argent.
« Cadeau, Sylvia. » lui dit-il en tendant le bijou.
La petite fille l'attrapa vivement et l'examina attentivement.
« J'aime beaucoup. Merci Sir ! » elle se dressa sur la pointe des pieds et le jeune homme s'abaissa pour que l'enfant le prenne dans ses bras en même temps que de lui faire une bise sur la joue.
« De rien ma puce. » répondit-il en souriant et en ébouriffant gentiment ses épais cheveux bruns bouclés.
Toujours accroupi, les yeux rivés dans les siens, il lui demanda : « James est déjà rentré ? »
Sylvia secoua la tête. « Non, pas encore. » Un pli vint barrer son front pendant qu'elle fronçait les sourcils : « Maman va s'énerver s'il ne revient pas bientôt, le soleil va vite se lever. » dit-elle d'une voix inquiète tout en jetant un coup d'œil vers là où se trouvaient des fenêtres peintes en noir.
« C'est vrai ma chérie. Tu as raison, comme toujours. » Il lui déposa un baiser sur le front et se releva.
« Si jamais on me cherche, je suis dans ma chambre. » dit-il en montant les escaliers.
« Ok ! » Et la petite fille vagabonda encore dans la salle, jouant avec les autres enfants de son âge.
Sirius monta à l'étage, où se trouvaient toute les chambres des résidents plutôt fortunés. Le dernier étage était réservé aux domestiques et aux plus démunis.
Dans les couloirs, il salua quelques connaissances puis alla à l'aile est, où se trouvait sa chambre. Après maints couloirs, il arriva enfin à sa chambre, marquée à l'emblème de sa famille.
Une fois à l'intérieur de la pièce, aux tons vert foncé, noir et argent, assez joliment meublée, il s'affala avec élégance sur son immense lit à baldaquin et soupira.
Les arabesques compliqués et élégants au plafond ne l'affectaient même plus, les murs aux riches motifs, les lampes dessinées de petits serpents, le bureau d'ébène, tout cela l'indifférait.
Il fixa le haut de son lit, d'un noir d'encre pendant quelques minutes puis se releva et fixa son visage dans le miroir aux bordures d'argent.
Un visage long, fin et pâle lui faisait face. Des traits aristocratiques, une mâchoire bien dessinée, un nez fin, des lèvres rouges, des sourcils noirs et des yeux profonds de la couleur de l'argent. Le tout encadré par de longs cheveux raides et d'un noir d'ébène.
Il portait bien son nom.
Encore un soupir et il se détourna. D'épaisses tentures en velours vert foncé obscurcissaient les hautes et larges fenêtres. De toutes façons, il ne pouvait pas les ouvrir, à moins de vouloir se brûler la peau. Les vitres avaient beau filtrer les rayons ultraviolets, la lumière du soleil lui restait interdite et dangereuse.
Parfois, il aurait juste voulu pouvoir la voir, de loin, sans risquer de souffrir de son éclat mais on le lui avait toujours interdit depuis sa plus tendre enfance. Une fois, il avait eu l'audace de désobéir et la brûlure cuisante du soleil lui restait toujours en mémoire, comme celle du feu pour les enfants normaux. Mais même avec ça, il avait toujours voulu voir sa lumière, elle exerçait une sorte de fascination sur lui.
Son univers n'était qu'ombre et nuit, comme pour tous les vampires. Ses parents avaient dû le souffrir, ses grands-parents ainsi que ses ancêtres les plus anciens jusqu'au premier des vampires de sa famille, Arcturus, qui n'en était pas un vrai mais juste un humain mordu. Sa famille faisait partie des "plus pures" mais ils restaient tous invariablement des vampires de seconde catégorie.
Il dirigea son regard vers l'horloge. Sept heures. James devrait se dépêcher de rentrer s'il ne voulait pas rester coincé dans une ruelle sombre, incapable de se déplacer.
Deux secondes plus tard, on frappait à sa porte.
« Entrez. » articula-t-il clairement, un air neutre plaqué sur le visage.
Un jeune homme entra. D'à peu près la même taille que Sirius, il était habillé avec classe d'une chemise blanche en soie et d'un pantalon noir en laine, une cravate rouge et or lâchement nouée autour du cou, un aspect négligé mais qui restait chic, parfaitement calculé. Il avait des cheveux bruns foncés qui partaient en tout sens et ce, à tout heure du jour ou de la nuit, qu'importe ce qu'il fasse, des yeux noisettes cerclés de lunettes en fer et un sourire narquois aux lèvres.
« Alors Siry-chou, passé une bonne nuit ? » dit-il d'une voix profonde.
L'air neutre s'effaça aussitôt de son expression pour devenir un sourire enfantin et enjoué.
« Tu ne devrais pas rester aussi longtemps dehors, Jay ! » le réprimanda-t-il, à moitié sérieux. Puis il éclata de rire. « Alors, raconte-moi tout ! Pour rentrer à cette heure-ci, tu as dû passer une sacrée soirée ! » Il lui fit un clin d'œil.
James éclata de rire et s'assit sur le lit, où Sirius le rejoignit.
Un grand sourire déformait ses lèvres, ses yeux pétillaient de malice.
« Et non ! Je n'ai pas eu la chance que tu crois. Vois-tu, cette nuit, j'ai mal choisi ma victime...il se trouve qu'elle était accompagnée de son petit-ami, accoudé au bar pendant que je courtisais la demoiselle. Et quand ce charmant jeune homme, une vraie baraque à glace, à mon plus grand bonheur, s'est rendu compte qu'il était en train de se faire piquer sa copine, il m'a littéralement projeté le plus loin possible d'elle en me traitant d'obsédé...bien gentil de sa part. Tu connais ma répartie légendaire, mon ami, il se trouve qu'elle ne m'a pas fait le plus grand bien cette nuit. » James fit une pause dramatique, ses yeux riaient. « Il m'a empoigné et sorti dans la ruelle à côté de la boîte, sans oublier de ramener des copains avec lui. S'il avait été seul, je n'aurais pas eu de problèmes mais quand j'ai droit à une demi-douzaine de ses clones, ce n'est pas très facile. J'aurais pu tous les mordre mais ça aurait semblé un peu étrange à la police de Londres, n'est-ce pas ? Sept jeunes hommes mordus au cou et vidés de leur sang, c'est plus qu'étrange et nous savons tous deux comme les humains sont aveugles à nous. Et je n'avais pas mon arme avec moi, je sais, c'est très idiot mais enfin bon, tu excuseras mon étourderie... » Il s'arrêta, laissant sa phrase en suspens, voulant sans doute que Sirius l'interroge.
Celui-ci s'exécuta de bonne grâce, il était depuis longtemps habitué aux simagrées de son meilleur ami. Il ne put cependant s'empêcher de lever les yeux au ciel avec un sourire.
« Et comment t'en es-tu sorti mon cher ? T'es-tu au moins substanté ? » demanda-t-il, imitant le ton grandiloquent de l'autre jeune homme.
James rit.
« Mais bien entendu, cher ami ! Après avoir assommé ces sept grands gaillards, j'ai retrouvé la belle donzelle qui m'avait échappé un peu plus tôt et me suis servi. C'est bien pour ça que je suis rentré si tard. Elle n'a jamais été très fidèle si tu veux mon avis. » dit-il avec un clin d'œil. Puis il reprit avec un ton avide, les yeux brillants : « Et toi ? Ta nuit ? »
Sirius poussa un grand soupir et afficha une expression digne d'un grand tragédien.
« Pas autant de chance que toi, hélas ! Ma victime avait trop peur et je n'ai donc pu que la mordre. Pauvre de moi. »
« Victime féminine ou masculine ? » James haussa un sourcil.
« Féminine. Les mâles de cette boîte n'étaient pas prometteurs. » Sirius eut un faux air attristé.
James l'imita.
« Mon pauvre, je te plains. »
Restèrent quelques secondes de silence avant qu'ils n'éclatent de rire tous les deux.
« Sacré Sir ! »
« Tu peux parler ! Ce n'est pas moi qui me retrouve toujours dans les bagarres ! T'as toujours eu la langue trop pendue pour ton propre bien Potter. »
« Faut dire aussi que tu attires plus facilement que moi, le charme des Black sans doute. »
« Sans doute. » Sirius fit un clin d'œil et rajouta : « Tu as vu le collier que j'ai offert à ta sœur ? »
« Oui, il est très beau. A ta proie de cette nuit, j'imagine ? »
« Tout à fait. Elle avait du goût cette fille, dommage. »
James passa un bras autour des épaules de son ami.
« Allons mon cher, ne te morfonds pas, tu en retrouvera bien d'autres, des jolis spécimens ! » lui dit-il en riant.
« J'espère bien ! Mais j'ai le cœur brisé ! »
« Voyons, voyons, il sera bien vite réparé, je te le garantis ! Un petit tour cette nuit et c'en sera fini ! »
Ils rirent aux éclats tous deux.
Un peu plus tard, alors qu'ils étaient en pleine discussion, quelqu'un frappa à la porte.
« Oui ! » claironna Sirius.
Un garçon, plus jeune qu'eux entra, en pantalon noir et veste en velours rouge sombre. Les cheveux noirs coupés courts, il avait le même visage que Sirius excepté qu'il avait les yeux d'un noir profond.
« Mère te rappelle que ton entraînement d'armes a lieu dans quelques minutes, Sirius. » dit-il d'un ton froid. Il tourna le regard vers James. « Mr Potter peut y participer aussi, s'il le souhaite. »
James s'éclaircit la gorge et présenta un beau visage aimable au jeune frère de son meilleur ami.
« J'en serais enchanté, Regulus, vous pouvez faire part de mes remerciements et de ma présence à Mrs Black et au maître d'armes. »
Regulus inclina raidement la tête en sifflant à voix basse à son frère. « Ne sois pas en retard comme d'habitude. »
Sirius releva la tête et s'exprima d'un ton hautain.
« Ce que je fais de mon temps ne regarde que moi, et si je suis en retard, et bien, tant pis, ils devront attendre. »
Regulus allai ajouter une remarque acerbe mais il se retint et claqua la porte avec un bruit sonore.
« Je hais ma famille. » lâcha Sirius d'un ton venimeux.
James secoua la tête, lui donna une légère tape dans le dos avant de déclarer :
« Vu qu'apparemment ta mère ne souhaite pas de retard ni de complications, autant y aller maintenant. »
Sirius acquiesça silencieusement et sortit de la chambre pour se rendre à la salle d'armes du repère, suivi de près par son meilleur ami. Ils traversèrent maints et maints couloirs avant d'arriver là où se trouvait Constantinus, le maître d'armes. Un homme d'âge mûr et un peu grisonnant les fixa de ses yeux d'un vert éclatant.
« En forme, jeunes hommes ? » demanda-t-il avec un ton bourru.
« Toujours. » répondirent-t-ils avec un sourire poli et amusé.
Il leur lança les épées et ainsi commença l'entraînement, entre parades, coups, attaques et défenses.
Atmosphère : Lucifer's Town - Malice In Wonderland, 31 octobre 2006
Et non, Remus n'apparaît pas dans ce chap-ci finalement, désolé. J'espère que vous aimez ! Vous pouvez me dire tout ce que vous pensez, critiques, remarques, qu'importe, tout me va ! ;)
Pour ceux et celles qui ont déjà vu le film Underworld, l'univers dans lequel évoluent Sirius et James y ressemble très fort (même si je vois mieux Remus que les loups-garous du film), et si vous voulez une idée générale de la boîte de nuit ou même de la ville, reportez-vous à The Crow, mon inspiration vient directement de ces deux excellents films ;)
Merci pour vos reviews !
Sorn The Lucifer's Angel
