Chapitre 3

Le bruit sourd d'une porte qui claque et la pluie qui continue de tomber, plus forte qu'avant et qui s'abat sur les fenêtres.

Un frisson le parcourut avant qu'il n'ouvre des yeux hébétés sur ce qui l'entourait.

En un instant, il se redressa brusquement, la couverture de soie glissant sur son corps dénudé.

Il promena un regard perdu autour de lui alors qu'un autre frisson plus violent le parcourait.

Il tourna les yeux vers une fenêtre ouverte par laquelle le vent froid pénétrait dans la chambre.

Des images percutèrent soudain son esprit. Le bar, l'emo boy, l'éclat doré, l'inconnu, le baiser, la pluie, la course et puis...

Il toucha le côté du lit qui était déjà froid. Il fut secoué de tremblements incontrôlés. Il se força à retrouver son calme, respirant profondément et lentement, les yeux fermés.

Une fois apaisé, il parcourut la pièce du regard.

Simple, un sol en parquet, des murs au papier peint bleu myosotis, une lampe ronde au plafond, des meubles en bois modeste.

Impersonnelle.

Nul cadre, nul objet sur le bureau, nulle affaire qui traînait, rien, absolument rien.

Il serra les bras autour de son corps, dans une tentative vaine de se réchauffer. Il se leva du lit et avança en titubant jusqu'à la fenêtre qu'il referma. Il appuya le front contre la vitre humide de pluie. Il avait l'impression d'avoir la fièvre mais il avait si froid, tellement froid !

Au hasard, il remarqua un tas de vêtements sur le sol, au pied du lit. Il s'en empara. Blouson en cuir noir, pantalon noir, T-shirt noir, boxer noir, tous trempés. Il poussa un soupir et les renfila. Un pas plus loin, il vit ses chaussures et chaussettes. Il les remit avec une grimace.

Ses habits lui collaient à la peau, humides, et ne faisaient que le rendre plus fiévreux encore.

De la main, il dégagea quelques mèches de cheveux noirs de son visage.

Enfin, il regarda le lit.

Simple. Comme le reste de la pièce. Les draps d'un bleu pâle étaient défaits, pas étonnant vu ce qu'ils avaient fait cette nuit.
Il se rendit compte d'un coup que si on avait ouvert la fenêtre, c'était pour évacuer la forte odeur de sexe et de sueur qui régnait dans l'atmosphère de la chambre.

Il chercha frénétiquement du regard un signe de la présence de son compagnon, un mot, un numéro de téléphone, un objet, en vain.

Il sursauta soudain, pensant à regarder l'heure. Un coup d'œil à sa montre le rassura. Cinq heures.

Il se dirigea ensuite vers la porte, afin de sortir, quand il entendit celle d'entrée claquer. Il s'immobilisa et déploya ses sens au maximum. Il entendit un bruit de clés puis un miaulement plaintif suivi d'une voix de femme.

Ni plus ni moins, il ouvrit la fenêtre et sauta.

Arrivé dans la rue, il essaya de retrouver ses repères et au bout de quelques minutes, il marcha d'un pas résolu quoique encore vacillant vers le château.

Il avança comme un automate jusqu'au bâtiment, entra et adressa à peine un coup d'œil aux autres vampires en montant les escaliers.
Une fois la porte de sa chambre fermée, il s'effondra, tête en avant, dans son lit.

Il poussa un soupir de soulagement au contact d'un objet familier, à l'odeur particulière des lieux chers. Mais bientôt, l'inconfort de ses vêtements le fit se lever. Ils étaient humides de la veille et la pluie de tantôt ne les arrangeait pas.

Il tira ses vêtements, négligemment jetés à terre, et se dirigea vers la salle de bains. Il ne regarda pas son reflet et ouvrit le robinet d'eau chaude orné d'un bas-relief stylisé de serpent en argent. Une fois le bain arrivé au bon niveau, il y pénétra entièrement.

Peu à peu, ses muscles se détendirent, et il s'immergea totalement, tête comprise, dans l'eau pendant quelques minutes. Mais même un vampire avait besoin d'oxygène et il ressortit à contre-cœur son visage afin d'avaler l'air profondément.

Il resta encore un long moment dans l'eau avant de finalement en sortir. De brûlante elle était passée à moins que tiède. La peau de ses doigts était fripée.

Il se sécha rapidement, essorant ses longs cheveux noirs emmêlés. Le sol de la salle de bains était humide et de la buée recouvrait la glace.

Il passa devant sans y faire attention, n'ayant nulle envie de s'admirer ou de voir dans quel état il se trouvait.

Il enfila un boxer et sortit, s'effondrant sur son lit à son élégante manière habituelle.

Il ferma les yeux et s'endormit aussitôt.


Deux heures plus tard, un coup retentissait à sa porte.

Il gémit, la tête dans l'oreiller, son esprit encore confus n'aspirant qu'à retourner dans un sommeil tranquille et sans rêves.

La voix de son meilleur ami retentit un peu plus tard et le décida à se lever.

Quand il ouvrit la porte, ce fut pour tomber sur le visage inquiet de James. L'expression de celui-ci se changea et devint gênée, ce que Sirius ne remarqua pas.

Il lui dit d'entrer d'une voix ennuyée et encore ensommeillée.

James s'exécuta mais resta planté au milieu de la chambre, ne sachant trop quoi faire.

Il parcourut rapidement des yeux le corps de son meilleur ami, vêtu uniquement d'un boxer avant de remonter à son visage, ce pendant qu'il étouffait un bâillement.

Ce fut Sirius qui lança la conversation, l'air un peu plus réveillé mais toujours aussi aristocratiquement ennuyé.

« Tu es venu pour quoi ? »

Gêné, James baissa le regard, il était nerveux mais il évita de le montrer.

« Au départ, pour m'excuser...pour hier. Je suis désolé que tu l'aies mal pris, ma mère a...un drôle d'humour parfois. » fit-il d'un air penaud en relevant légèrement la tête avec un sourire d'excuse.

Sirius s'assit sur son lit et fixa son meilleur ami de ses yeux d'argent.

« Et ensuite ? »

James sursauta. Apparemment il ne comprenait pas. Sirius ramena une mèche de cheveux encore mouillés derrière son oreille et expliqua :

« Tu as dit "au départ", je te demande "ensuite". »

L'autre jeune homme rougit légèrement de gêne et de confusion.

« J'avais peur que tu ne m'en veuilles et juste...te voir, te parler. »

Un silence inconfortable s'installa avant que Potter ne le brise.

« Tu m'en veux ? » demanda-t-il, un peu angoissé.

Sirius sursauta, les yeux écarquillés de surprise.

« Mais bien sûr que non ! C'était déjà oublié ! Tu sais bien que je ne peux pas t'en vouloir, Jay. »

Visiblement cette réponse soulagea le vampire d'un énorme poids. Il poussa un soupir en fermant les yeux.

A nouveau ouverts, un sourire diabolique étira ses lèvres et il s'assit à côté de son frère de cœur, un air conspirateur plaqué sur le visage.

« Il faut absolument que je te raconte ce qui s'est passé cette nuit ! »

Le sourire de James était contagieux et Sirius se surprit à lui répondre, amusé.

Il écouta attentivement, riant aux éclats et se moquant de la bêtise humaine.

« Je te jure que la baraque à glace d'hier m'a pris pour un présentateur télé ! Je ne me rappelle plus comment il m'a appelé mais il s'est excusé de son attitude et m'a demandé un autographe pour sa mère qui était soi-disant fan de moi ! Il m'a payé des verres et m'a présenté des filles...tu ne peux pas imaginer quel mal j'ai eu à ne pas lui rire à la face ! »

Et comme il disait cela, il partit dans un grand éclat de rire pour lui prouver ses dires et compenser sa retenue de la nuit.

Sirius secoua la tête d'un faux air exaspéré.

James s'arrêta soudain de rire et reprit son sérieux. Un peu trop rapidement au goût de son ami.

« Et toi ? Tu ne m'as presque rien dit depuis que je suis dans cette pièce. »

Sirius haussa les épaules.

« Que veux-tu que je te dise ? »

« Et bien, raconte-moi ta nuit par exemple. » répondit James en haussant les épaules.

Il se raidit immédiatement.

« Ma nuit ? »

Le jeune Potter fronça les sourcils.

« Ne me dis pas que tu n'es pas sorti, Lucius m'a dit t'avoir vu rentrer au repaire. »

Sirius se tut et fixa sans les voir les fenêtres masquées par les lourdes tentures sombres. D'une voix monocorde il commença :

« Je suis sorti vers à peu près 21h30. J'ai été au Silver Moon, j'imagine que tu sais où il est... » James acquiesça. « J'avais repéré un emoboy sur la piste, on a dansé et j'allais le charmer quand j'ai remarqué un homme dans le fond de la salle. J'ai laissé tomber ma proie et je me suis dirigé vers lui. » Il rit. « C'est vraiment idiot de ma part, je sais. »

James perçut comme de l'amertume dans la voix de son ami mais ne dit rien.

« J'ai essayé d'engager la discussion. Rien à faire, il voulait boire tranquille. Tu aurais dû le voir. Je devais carrément lui arracher les mots de la bouche. »

« Pourquoi tu as continué alors ? »

Un rire amer s'échappa de la gorge du jeune Black.

« Excellente question...je me la pose encore ! » Il reprit avec un sourire sinistre. « Il m'a d'ailleurs bien fait comprendre que je ferais mieux d'aller voir ailleurs. Comme si l'alcool permettait d'effacer un chagrin d'amour ! » Il secoua la tête. « Mais je suis quand même resté. Je ne sais pas, il m'attirait, bizarrement, comme...comme un papillon vers le feu alors qu'il sait qu'il va se brûler. » Il s'arrêta et James crut qu'il avait finit avant que sa voix ne se fasse entendre à nouveau : « Puis je l'ai embrassé par surprise. Je crois que je l'ai charmé sans m'en rendre compte...Le reste est flou mais je me rappelle qu'on est sorti dehors et qu'il pleuvait. On a été dans son appartement et on a couché ensemble. Je me suis réveillé ce matin et il n'était plus là. Je suis rentré au repaire, j'ai pris un bain, j'ai dormi et tu m'as réveillé. »

Il fixait le riche tapis à ses pieds, suivait des yeux un motif de serpent noir et argent dans une mer de vert sombre quand James l'interrompit dans sa réflexion en se levant et en mettant une bûche dans la cheminée.

« Il n'était plus là quand tu t'es réveillé ? » James lui tournait le dos, le feu rendant son ombre étrange. Sa voix était neutre.

« C'est ça. »

Il se retourna vers Sirius, le feu projetant des éclats fantastiques dans les yeux noisette du jeune homme.

« Je dois comprendre qu'il n'est pas mort donc. »

Sirius garda le silence, essayant de se souvenir de cette nuit.

Il se rappelait des sensations diffuses, une odeur de miel mêlée de sueur, la couleur dorée de ses yeux, sa peau blanche sur les draps, le goût alcoolisé de leurs baisers, la chaleur de leur étreinte...

Il rassemblait ses souvenirs avec une impression similaire à celle de vouloir retenir de l'eau entre ses mains. Ils lui échappaient et devenaient de plus en plus confus, ne le laissant qu'avec des impressions et des sensations floues.

« Je crois...que je ne l'ai pas mordu. » il s'exprimait à voix lente, cherchant toujours à sonder sa mémoire erratique. « Je...non...en fait, j'ai juste...entaillé sa chair avec mes crocs...mais je ne les ai pas réellement enfoncés...et je n'ai pas bu son sang. »

James s'éloigna de la cheminée et s'agenouilla devant lui, les yeux plantés dans les siens.

« Pourquoi ? »

Sirius chercha la raison mais elle ne lui apparut pas.

« Je ne sais pas. » dit-il d'une voix faible. Il se prit la tête dans les mains. « Je ne sais pas. »

Un horrible silence s'installa, chargé de doute et d'incompréhension.

« C'est la première fois que ça t'arrive ? » demanda doucement James, en s'asseyant à côté de lui.

« Ouais. » Sirius semblait désespéré.

Son meilleur ami haussa les épaules et tenta de changer de sujet...avec son manque de tact habituel :

« Bah, c'est pas la fin du monde, t'étais peut-être trop crevé... » Il s'arrêta. « T'as pas pris de drogue par hasard ? »

Sirius sursauta et lui lança un regard noir.

« Tu sais très bien ce que j'en pense James. » siffla-t-il d'une voix glaciale.

« Oh, c'est bon, je demandais, c'est tout ! » James leva les mains en signe de rédemption.

Avec un sourire il ajouta :

« Ce gars t'as peut-être juste un peu trop plu et t'as pas voulu le mordre, qui sait ? »

Sirius renifla de mépris, un air mécontent d'enfant pourri gâté sur la face.

« Hmf...je déteste quand tu fais ça. » marmonna-t-il.

« Quand je fais quoi ? » demanda James innocemment.

« Quand tu passes d'un sujet gravissime à une connerie sans nom. »

« Hey ! » s'indigna-t-il, mais heureux de sa diversion. « Et puis, il n'y a que la vérité qui blesse, Sir, tu verras que "ma connerie sans nom" a des chances d'être fondée ! » Il rit.

Sirius, vexé, prit un grand oreiller et le balança sur son meilleur ami.

« Dégage de mon pieu Potter, j'veux plus te voir ! »

Il le matraqua à coups de coussins jusqu'à ce que James sorte de la chambre, riant aux éclats.

Quand enfin, Sirius le mit dehors, toujours en boxer, il lui dit d'un (faux) ton venimeux :

« Je t'interdis de squatter ma chambre ! Oh et puis va te faire foutre, Jay ! »

Une fois la porte claquée à son nez, James rit de plus belle.

Un « J'te hais Potter ! » retentit, étouffé, de derrière la porte.

« Mais moi je t'aime Siry ! »

Dans le couloir, le visage scandalisé de Regulus le fit rire de plus belle.

James continua sa route, tout en lui adressant un sourire éclatant, étouffant non sans mal maints ricanements...


Atmosphère : Silver And Cold - AFI / album Paradize - Indochine / Huomenna - Uniklubi, 26 novembre 2006

album Liberation Transmission - Lostprophets, 14 décembre 2006

Si vous prêtez attention à l'"atmosphère" vous remarquerez que ce chapitre est écrit depuis très longtemps...je m'excuse de ne pas l'avoir publié plus tôt mais mes études me prennent tout mon temps et il fallait que je le relise et le retravaille aussi...

En attendant, je vous signale que le PoV de Remus arrive au chap4 ! Mais quand à la publication de ce chap...et bien il faudra encore attendre, désolé !

PS : Je n'aime pas du tout le dernier passage, il est trop brusque, trop contrastant avec l'ambiance générale...c'est mauvais d'écrire en plusieurs jets et surtout aussi longtemps après le précédent...

Merci pour vos reviews !

Sorn