Chapitre 8
Remus était encore sidéré de l'attitude de Sirius. Il ne réagit pas quand celui-ci partit à toute allure, sans un mot.
« Oublie. Oublie tout ça, d'accord ? J'ai fait une erreur en venant ici. »
Il ne comprenait plus rien.
Lily surgit de la cuisine, telle une tornade rousse, et elle remarqua aussitôt la disparition de Sirius. Elle était furieuse contre lui, tempêtait comme jamais auparavant, le traitant d'imbécile, de pauvre con, d'idiot du village et de toutes les désinences possibles et inimaginables.
Il semblait que, elle, avait retrouvé ses esprits beaucoup plus rapidement que lui.
« Alors là, bravo ! Mais qu'est-ce qui t'a pris d'agir ainsi ! Tu n'es jamais aussi désagréable. Il ne t'a rien fait et tu lui parles comme à un chien ! » le morigéna-t-elle, sa voix vibrant de colère. Ses cheveux roux volaient autour de son visage, telle une couronne de flammes flamboyantes.
Il ne l'écoutait même pas.
Il se leva rapidement, sans prendre la peine de mettre un manteau ou quoi que ce soit et sortit en fine chemise et jeans de l'appartement. Il appela l'ascenseur qui lui sembla prendre une éternité pour arriver.
Il pesta contre sa lenteur et quand enfin il arriva, il se précipita à l'intérieur, espérant pouvoir rattraper son visiteur.
Il avait été un véritable enfoiré sur toute la ligne.
Quand il fut parvenu à l'extérieur du bâtiment, la brusque morsure du froid le prit, faisant voler ses cheveux en tout sens pendant qu'il cherchait frénétiquement des yeux le jeune homme brun.
Sans résultat.
Perdu, il resta encore un long moment dehors avant qu'une bourrasque plus forte et plus glacée que les autres ne le décide à rentrer.
Avec un soupir frustré et se maudissant de sa propre bêtise, il pénétra dans l'appartement où Lily paraissait s'être calmée.
« Alors ? »
« Parti. »
Il lâcha encore un soupir et s'effondra sur le fauteuil, fixant sans le voir le verre de cognac posé sur la table. Il frissonna légèrement.
« J'ai été con. » fit-il d'une voix monocorde
« Ça, on peut le dire. » soupira Lily avant de le rejoindre sur le canapé. Elle le frappa légèrement à l'arrière de la tête.
« Pourquoi t'as fait ça, hein ? »
« Je ne sais pas...méfiance instinctive sans doute. »
« Oh toi et ta méfiance instinctive, vous m'énervez ! Ce n'est pas une raison, tu le sais bien. »
Remus tourna son regard doré vers elle, ses yeux luisaient d'une lueur surnaturelle.
« Au contraire. » fit-il hargneusement. « C'est justement la raison qui me pousse à me méfier. Quelque chose me dit qu'il n'est pas normal, qu'il est dangereux. »
Il prit enfin une gorgée de cognac. Elle lui brûla la gorge.
« C'est un prédateur. » lâcha-t-il d'un coup.
« Pardon ? » Lily haussa les sourcils de surprise.
« Il agit comme un prédateur. » Il porta la main à son front, perturbé. « Ne me demandes pas comment je le sais, je le sens. Sa façon d'agir, d'être, de se mouvoir, de parler...tout dit en lui "je suis le maître, obéis-moi". »
« Tu déglingues Rem. » tenta prudemment Lily.
« Non. Je ne déconne pas du tout. C'est écrit dans son attitude. »
Il avala une nouvelle gorgée qui lui arracha la gorge.
« Et il est hors de question que je me soumette. »
Il se leva avec une aisance fluide, à la manière d'un félin, faisant soudain sentir à Lily que lui non plus, n'était pas tout à fait normal.
« Qu'est-ce que tu comptes faire ? » demanda-t-elle d'une petite voix, prenant soudain peur de son ami.
Il tourna brusquement le visage vers elle, sentant son angoisse. Il eut une expression peinée, qu'il dissimula presque aussitôt. Il ne devait jamais montrer ses émotions.
« Je ne sais pas encore. M'excuser peut-être. Tu as son numéro, non ? »
Dans la froide nuit, Sirius courait.
Quelle connerie de vouloir le retrouver ! Qu'est-ce qu'il avait eu en tête ? Qu'est-ce qu'il avait cherché ? Qu'est-ce qu'il avait espéré de cette rencontre ?
Maudissant sa propre stupidité et les sentiments futiles qui l'avaient assaillis depuis ce dernier mois, il marcha d'un pas rageur à travers la ville, cherchant à se défouler, à vider sa rancœur.
Une victime, n'importe laquelle, ferait l'affaire.
Il rentra dans le premier bar venu, ne faisant même pas attention à l'endroit où il se trouvait.
Il irradiait tellement de colère et de frustration autour de lui que même les humains sentirent cette aura malfaisante et le regardèrent avec crainte.
Avec un charme meurtrier, il s'arrogea une victime féminine, jeune. Trop jeune pour ça.
Il l'emmena dehors de force, alors qu'elle était paralysée de peur, des larmes roulant sur ses joues roses comme celles d'un enfant. Elle le suppliait de ne pas lui faire de mal.
Il ne l'écouta pas.
Son attitude était aux confins de celle d'un violeur et d'un meurtrier quand il se rendit compte de l'horreur de ses actes.
Malheureusement c'était trop tard.
Elle était déjà morte.
Avec dégoût envers lui-même, il laissa le corps de la jeune fille blonde contre le mur là il l'avait prise et tuée. Elle retomba à terre comme une vulgaire poupée de chiffons, écartelée.
Il se détestait.
Un homme le héla. Il ne se retourna pas.
L'homme l'appela à nouveau et ne recevant aucune réponse, il s'approcha et empoigna violemment Sirius par le col de sa chemise.
L'homme était noir de peau, grand, costaud, les traits durs, de nombreuses cicatrices marquaient son visage et ses yeux lançaient des éclairs.
Sirius lui rendit son regard furieux et se débattit pour se libérer de sa poigne.
Faisant abstraction des tentatives du vampire pour se dégager, le videur déplaça sa main au cou du jeune homme.
« Ne reviens plus jamais ici, c'est clair ? » siffla-t-il d'une voix rauque et haineuse.
Avec un sourire railleur et suffisant, Sirius cessa de se débattre et répondit un simple « Non ».
Surpris d'abord, l'homme ne fit que resserrer sa prise autour de la gorge de cet insolent.
Il ne vit pas le bras de Sirius qui cherchait son arme dans la poche intérieure de son manteau.
Un coup de feu se fit entendre.
Sirius enjamba le corps du sorteur, à quelques pas à peine du corps de la jeune fille, et sortit de la ruelle en époussetant ses vêtements, remettant tranquillement son arme dans sa poche.
D'un pas assuré et serein, il rentra au repère.
En traversant les couloirs de lumière rouge, il s'interdit de penser à quoique ce soit.
Il avait beaucoup trop pensé ce dernier mois, il était grand temps qu'il revienne à ses premiers instincts.
En passant dans le hall grandiose, les rares têtes présentes se retournèrent sur son passage.
Puissance, cruauté et magnificence ressortaient de son port. Black était revenu.
Près de l'escalier menant à l'étage, une petite main agrippa son bras.
Avec un sourire, il baissa le regard vers les grands yeux bleus de Sylvia.
« Qu'est-ce que tu as Sir ? » demanda-t-elle avec curiosité en tirant sur sa manche.
« Rien ma puce. » fit-il gentiment. Il s'abaissa et elle lui sauta dans les bras.
Il monta les escaliers et l'amena dans la chambre de James, parlant de tout et rien avec la petite fille aux lourdes boucles brunes.
Après qu'il eut frappé à la porte, son meilleur ami lui ouvrit.
A ses vêtements, Sirius comprit que celui-ci allait tout juste sortir. James affichait une mine effarée. Il avait déjà compris.
« Sir...qu'est-ce que tu as fait ? »
Avec un sourire tranquille, le jeune homme entra dans la pièce, déposa la petite fille à terre et s'assit sur le lit.
« Je suis redevenu comme avant. » déclara-t-il simplement.
James ferma la porte et le regarda, incrédule.
« Comment ça ? »
S'allongeant sur le lit, Sirius s'adressa à lui, les yeux fixés au plafond du lit à baldaquin.
« Il ne voulait pas me voir, je suis parti. J'ai fait une connerie, je ne recommencerai pas. » fit-il comme s'il s'agissait d'une évidence.
James le fixa avec incompréhension, se rapprocha et serra le pilier du lit dans sa main.
« Quelle connerie ? Sir, tu me fais peur. »
« J'ai retenu la leçon : il faut toujours tuer ses victimes. » répondit Black avec un calme glacial.
« Que... » Il s'interrompit. « Mais enfin, qu'est-ce qui te prend ? Explique-moi ! »
James semblait perdu. Il ne le reconnaissait plus, Sirius avait changé. Il était devenu une créature cruelle, sans cœur.
Avec une lueur étrange dans les yeux, le vampire se releva souplement et éclata de rire.
« Comme un con, j'ai épargné ce type il y a un mois, il m'a rejeté aujourd'hui et m'a bien fait comprendre que lui ne voulait pas me voir. Qu'est-ce que j'ai gagné à ne pas l'avoir tué ? Que des emmerdes ! Je suis parti de là et j'ai corrigé mon attitude de ces derniers temps. Ils sont morts tous les deux. »
Un sourire sinistre étira ses lèvres.
« Qui ils, Sirius ? » demanda James avec un calme qu'il était loin de posséder.
« Une fille dans un bar. Et le videur. »
James se prit la tête dans les mains et soupira violemment.
« Ce n'est pas une solution de tuer les gens à tout va Sirius ! Ce n'est pas comme ça que tu vas résoudre tes problèmes ! » explosa-t-il, lançant un regard colérique à son meilleur ami.
« Qui parle de problèmes ? Je vais parfaitement bien. » répondit celui-ci, toujours avec ce sourire insupportable.
Ne se contrôlant pas, James s'avança rapidement vers lui et le gifla avec force.
« Espérons que ça te remette les idées en place ! » cracha-t-il durement à Sirius, qui se tenait la joue, choqué.
Après un moment de stupéfaction, il lui lança un regard chargé de haine et sortit aussitôt en claquant la porte violemment.
La dernière chose qu'il vit fut le regard dur et désolé de James ainsi que les grands yeux perdus et affolés de Sylvia.
Avec des larmes de rage, il pénétra dans sa chambre et verrouilla la porte. Il saisit avec violence une chaise qu'il brisa entre ses mains.
Plusieurs objets furent fracassés, brisés, littéralement massacrés, la chambre était un véritable carnage. Il hurla toute sa douleur et sa rancœur et puis s'effondra sur son lit, miraculeusement intact, ses pleurs de colère prenant peu à peu un goût amer et désagréable.
Derrière la porte, il entendit les cris scandalisés et furieux de sa mère et de son frère, lui ordonnant de leur ouvrir. Il ne le fit pas.
Il s'endormit d'épuisement, les larmes l'avaient fatigué au-delà de ce qu'il avait pu imaginer.
Plus tard, un bruit le tira de son sommeil agité.
Hagard, il mit un temps avant de comprendre que c'était son portable qui sonnait.
Epuisé, ses mouvements désordonnés atteignirent finalement son téléphone qui vibrait et sonnait sur sa commode.
« Allô ? » fit-il d'une voix pâteuse.
« Sirius ? »
Il se raidit dans son lit.
« Oui, c'est moi. » fit-il d'une voix un peu plus maîtrisée.
« C'est Remus. » indiqua la voix au bout de la ligne.
Il se retourna et se cogna violemment la tête. Il lâcha un petit cri de douleur.
« Sirius ? »
« Oui, ça va, je viens juste de me cogner la tête contre mon lit, c'est rien. » marmonna-t-il, massant son crâne douloureux.
« Tu dors encore à trois heures de l'après-midi ? » Le ton était curieux et un peu moqueur.
Le vampire évita de rétorquer que pour lui, c'était une heure normale pour dormir.
« J'ai une vie nocturne bien remplie. » répondit-il simplement.
Il reprit : « Pourquoi tu appelles ? Je pensais avoir compris que tu ne voulais pas me voir. » Il réussit efficacement à ne pas faire transparaître l'amertume dans sa voix.
Un silence gêné lui répondit.
« Je voulais...m'excuser de mon attitude. J'avoue que j'ai été un vrai salaud sur ce coup-là... »
Avec un plaisir malsain, Sirius enfonça le couteau dans la plaie, juste pour assouvir une petite vengeance.
« C'est tout à fait vrai, si je peux me permettre. »
Il sentit l'effort qu'il avait du coûter à Remus pour ne pas lui répliquer vertement. A la place, il proposa quelque chose à laquelle Sirius ne s'attendait vraiment pas.
« Si tu veux, pour réparer mon exécrable comportement... » Il sentit une pointe d'ironie dans son ton. « Je peux te proposer de se revoir ? Je promets que je mettrais de côté toute conduite désagréable. Enfin, si tu refuses je comprendrais, c'est juste pour m'excuser. »
« Et parce que Lily t'y a poussé. »
« Hm, tu devines bien. » Il rit doucement. Sirius frissonna. C'était la première fois qu'il l'entendait rire.
Il devrait refuser. Il savait très bien qu'il ne devait pas replonger là-dedans. C'était comme une drogue, il l'obsédait, jour et nuit. A chaque fois, vouloir le revoir, le sentir, lui parler, le toucher. C'était pernicieux, malsain. Mais il aurait préféré crever que de refuser cette opportunité. Même si ça devait ruiner sa santé mentale.
« C'est d'accord. »
Une partie de lui lui hurlait qu'il était fou à lier, suicidaire, et l'autre qui éclatait de joie face à cette seconde chance.
« Quand est-ce que ça t'arrange ? » demanda Remus.
« N'importe quand, je suis toujours libre. Mais au soir ou en fin d'après-midi si possible. »
« Sans problèmes. » Un silence. « Mardi à l'appart de Lily ça te va ?»
Il ne voulait pas se retrouver seul avec lui, réalisa soudain Sirius. Il avait peut-être compris.
Cette pensée le glaça.
Jamais auparavant il n'avait eu peur qu'on découvre sa nature. Il avait toujours été fier – peut-être même à outrance – d'être un vampire. Mais il n'avait jamais été non plus à ce point proche d'un humain. Et savoir que cette révélation pouvait déjà détruire le fragile – pour ne pas dire inexistant – lien entre eux l'horrifiait.
« Ça me va. » finit-il par dire. Avec un sourire, il ajouta : « Je tacherais de ne plus être en retard cette fois. »
Remus rit. « Il vaut mieux. A vingt heures je suppose ? »
« Exact. »
« Parfait. A mardi dans ce cas. »
« A mardi. »
Remus raccrocha. Il reposa son portable sur sa commode tandis qu'un sourire béat venait étirer ses lèvres.
Il était con.
Mais un con heureux.
Atmosphère : Vampire Heart – HIM, 20 juin 2007
albums Gigahearts et Neuromance - Dope Stars Inc., 25 juin 2007
album Neuromance – Dope Stars Inc., 28 juin 2007
album Neuromance – Dope Stars Inc., 29 juin 2007
Chap très bizarre et contrasté...je ne l'aime pas vraiment :/
Sirius change d'attitude d'une seconde à l'autre et Remus révèle une autre partie de sa personnalité qui ne me plaît pas...è.é
Finalement, la suite est arrivée plus vite que je ne le pensais XD
En tout cas, le chap 9 me plaît déjà beaucoup plus et...vous plaira sans aucun doute ! x)
Le SBRL est proche, aha !
Merci de vos reviews, de lire et d'aimer !
Sorn
