Chapitre 11
Les deux hommes attendirent l'ascenseur avec impatience et panique – il était exagérément lent à leur goût. Arrivé, ils s'engouffrèrent en vitesse à l'intérieur, énervés comme des lions en cage. L'ascenseur était trop exigu, trop lent. Quand les portes s'ouvrirent, ils sortirent avec précipitation, à la quête d'air. Une fois dehors, Sirius se jeta presque dans la voiture aux vitres teintées stationnée devant l'immeuble. Quand l'obscurité rassurante et familière l'entoura, il poussa un soupir de soulagement. Il était hors de danger.
Will entra peu après à la place du conducteur, vérifia rapidement que son ami était bien installé et démarra en trombe.
La voiture était silencieuse, puissante et élégante. Les fauteuils étaient en cuir, la peinture métallisée noire. Un lecteur CD était allumé et passait un album des Ramones.
Plusieurs minutes s'écoulèrent avant que Sirius n'émette un « Merci » étouffé.
La voix de son ami s'éleva du fauteuil devant lui, basse et grave.
« Je t'en prie Sir, mais tu me dois des explications. Et vu qu'on a un peu de temps avant d'arriver au repère, tu vas pouvoir tout me raconter. »
Sirius hocha la tête distraitement et jeta un coup d'œil absent à la fenêtre.
Les rues défilaient au rythme de la voiture, images grises et sales diffuses.
Il ne savait pas quelle heure il était mais le soleil dardait déjà de ses rayons le sol gelé de Londres, cité embrumée à toute heure du jour ou de la nuit. Il y avait juste quelques passants dans les rues, des gens qui courraient pour aller au travail, des mères avec leurs enfants, des adolescents à l'école buissonnière, des sans abris assis ou allongés sur les trottoirs.
Un paysage anglais typique.
Il reporta son attention sur son "sauveur".
Il ne voyait guère de lui que ses cheveux mi-longs, bruns, légèrement bouclés, recouverts d'un bonnet noir, une légère écharpe bleu sombre nouée autour du cou ainsi qu'une veste noire en velours.
« Hm, c'est une histoire très compliquée...Pour commencer, je dois te parler de ce gars. Il s'appelle Remus et...je l'ai rencontré il y a deux mois environ au Silver Moon. J'avais tenté de le charmer, d'abord il m'a repoussé mais j'ai persévéré...il était un peu ivre. On a couché ensemble...je ne l'ai pas tué. Au matin, j'étais seul dans l'appart. Et...et depuis, j'ai pas arrêté de penser à lui, tout le temps. Au bout d'un moment, j'ai réussi à le retrouver. Enfin, pour être exact, j'ai retrouvé l'appart où il nous avait emmenés et...hm, t'es sûr que ça te dérange pas cette histoire ? Parce que je peux arr... »
« Non, non, continue Sir. Je te vois tellement peu en ce moment, autant me tenir un peu au courant de ce qui se passe dans ta vie...et apparemment, c'est très intéressant. »
Sirius put le deviner sourire et il demanda :
« J'en étais où ? »
« T'as retrouvé l'appart où il vous a emmenés. »
« Ah oui...C'est là qu'habite sa meilleure amie en fait, j'ai un peu discuté avec elle, je lui ai dit que je le cherchais et elle a dit qu'elle essaierait d'arranger une rencontre...ça n'a pas très bien tourné, il m'a plus ou moins repoussé et je suis parti, j'ai déconné mais...c'est du passé. Après, il m'a appelé pour s'excuser et proposer une nouvelle rencontre. Et là, ça fait deux, trois semaines qu'on se voit presque tous les soirs...J'ai passé le nouvel an avec eux et d'autres gens. Vers 5h du mat' je crois on est allé à son appart...On a passé la nuit ensemble et tu vois la situation maintenant. J'ai...oublié l'heure, tu comprends et...bah, il a ouvert les rideaux quand je dormais encore. Et je me suis brûlé. Il a vu mes plaies guérir toutes seules et comme j'étais parti me réfugier dans un coin d'ombre, j'ai dû lui expliquer que je ne supportais pas le soleil. Il a voulu savoir la vérité...tu sais, il avait déjà remarqué que j'étais pas...tout à fait normal...et je lui avais rien dit. Il m'a demandé ce qu'il se passait et juste avant que tu rentres j'ai dit que j'étais un vampire. Et pas de la manière la plus délicate qui soit... »
Will siffla d'admiration.
« Et bien chapeau mon gars ! Et tout ça en deux mois ? Je te félicite ! »
Il rit de bon cœur sous la grimace amère de Sirius.
Il lui fit un clin d'œil via le rétroviseur et lui sourit.
« Bon, allez, dis-moi. C'est quoi exactement pour toi ce gars ? Juste une victime quelconque ? Je n'y crois pas. Ça fait deux mois que ça dure, tu connais son nom, tu l'as cherché, vous avez couché ensemble et tu ne l'as pas tué ni mordu alors que tu en as eu plusieurs fois l'occasion. Tu n'as jamais hésité à le faire avec d'autres proies : ça cache quelque chose. »
Sirius se raidit, par peur du jugement. Mais voyant qu'il n'y avait rien d'hostile dans le ton de son ami, il se détendit. Il soupira et se renfonça plus confortablement dans le siège en cuir de la voiture. Il appuya sa tête contre la vitre froide, le regard vide et la voix pensive.
« Il m'obsède. Je sais pas, il y a quelque chose qui m'attire chez lui...Je peux pas m'en passer, j'ai besoin de sa présence. C'est déstabilisant. Tu sais, je n'ai jamais...ressenti quelque chose comme ça. Avec lui, je me sens...différent. »
Will réfléchit un instant, avant de parler d'un ton un peu hésitant, circonspect.
« C'est peut-être passager, peut-être que...qu'après avoir été repoussé tu voulais te prouver que tu pouvais l'avoir ? A ma connaissance, les Black sont assez orgueilleux pour commettre des folies dès qu'on leur refuse quoique ce soit. »
« Merci pour la psychanalyse Will. » ricana méchamment Sirius.
« Je suggère, c'est tout. » fit-il en haussant les épaules.
Un silence passa avant que l'autre homme l'interrompe.
« C'était bien au moins ? »
Sirius fut pris au dépourvu, il cligna des yeux, hébété.
« De quoi ? »
« A ton avis Sir. »
Son ton était plein de sous-entendus.
« Oh, ça. » Sans pouvoir s'en empêcher, un sourire étira ses lèvres. « C'était tout simplement...génial. » Il poussa un soupir inconsciemment. Sa chaleur lui manquait déjà.
Il était peut-être accro finalement.
« T'étais au-dessus ou en-dessous ? » le taquina son ami, le coupant encore une fois dans le fil de ses réflexions.
« Espèce de sale gros pervers. » grogna Sirius en allongeant le bras pour frapper la tête de son ami.
« Hey ! Je ne nie pas le côté pervers mais mon poids se porte à merveille ainsi que mon hygiène corporelle, s'il te plaît. » se récria faussement Will.
Sirius secoua la tête avec un sourire quand il repéra soudain par la fenêtre le petit groupe de bâtiments où se cachait le repère. Il le signala prestement à l'autre homme.
Celui-ci comprit aussitôt et arrêta la voiture non loin. Il sortit du véhicule et examina rapidement l'endroit, prenant garde de ne pas trop les exposer au soleil.
« Allez viens ma belle au bois dormant, je te raccompagne ! » charria Will en prenant le manteau de son ami. Il ouvrit la portière et s'inclina exagérément, par dérision.
« Trop aimable. » railla Sirius en sortant de la voiture et en se couvrant du manteau pour éviter les rayons du soleil.
Il entrèrent tous les deux dans le vieil immeuble aux fenêtres sales, leurs pas laissant des traces dans la poussière accumulée du sol. Cependant, Will le laissa devant la porte, coincée entre un portemanteau branlant et un vieux fauteuil défoncé, qui menait au repère.
« Je te laisse là, je ne suis pas le bienvenu dans la communauté. » dit-il simplement.
« D'accord. » Il y eut un moment de silence avant que Sirius ne murmure : « Merci. Merci d'être venu. J'aurais été coincé sans toi. »
« Bah, je te devais un service, non ? »
Will lui fit un clin d'œil, puis tourna le dos au jeune homme brun.
« Et peut-être au prochain concert ? » lança-t-il, arrivé au seuil du bâtiment.
« Ouais, j'essaierai de venir. » répondit Sirius avec un léger sourire.
« Allez, salut ! Et bonne chance avec ton humain ! » fit-il avec un dernier signe avant de disparaître dans la lumière aveuglante du soleil.
Une seconde passa.
Son sourire se fana.
Il se sentit tout d'un coup seul. Et il crevait de froid.
Il resserra les bras autour de son corps et prit une inspiration avant d'ouvrir la porte. Il traversa d'un pas égal les couloirs familiers éclairés de lumière rouge, ne prêtant même plus attention au dédale de corridors qu'il connaissait par coeur. Arrivé devant la lourde porte qui gardait l'entrée du repère, il tapa le code d'accès, présenta l'empreinte de sa paume et dit à haute voix le mot de passe.
Un cliquetis se fit entendre. La porte s'ouvrit lentement, laissant apparaître un vaste hall, richement décoré et en pierre brute. Les magnifiques lustres suspendus et les torches aux murs brillaient d'un éclat froid dans ce décor de château où même les nobles visages des vampires, assis ou allongés dans les sièges en velours rouge sombre, semblaient tous droits sortis de l'époque de Louis XIV.
Presque aussitôt une petite voix fluette se fit entendre.
« Black est revenu ! Black est revenu ! » cria un enfant aux grandes boucles blondes, les canines découvertes en un sourire victorieux et malsain.
Avec une grimace qu'il réprima aussitôt, il vit les têtes de presque tous les vampires de la communauté se tourner vers lui. Beaucoup exprimaient la curiosité, la moquerie ou la désapprobation, mais nul ne bougea.
Peu après, il entendit des bruits de pas et il vit avec dégoût sa mère descendre les escaliers et se diriger vers lui d'une démarche raide et digne.
S'il était parfaitement exact qu'elle était très belle, il était aussi vrai qu'elle était excessivement cruelle et sans pitié. Il n'y avait qu'un seul mot qui comptait chez cette femme : l'honneur.
Ses longs cheveux noir corbeau tombaient raides et lisses dans son dos, elle portait une longue et riche robe vert sombre et noire, agrémentée de quelques motifs serpentins argentés, sa longue et lourde traîne glissait sur les degrés de marbre.
Ses traits fiers et durs étaient tordus de fureur, sa voix sifflante était chargée de haine, ses mains étaient telles des serres de vautour, prêtes à enserrer la gorge de son propre fils à la moindre occasion.
« Traître ! Opprobre ! Abomination ! Honte de ma chair et de mon sang ! » éclata-t-elle violement, ses bras blancs recouverts de longues manches évasées bougeant en mouvements désordonnés et violents.
« Bonjour mère. » railla Sirius, imperturbable malgré toute l'attention tournée vers eux.
« Comment oses-tu revenir aussi impunément ? Où étais-tu passé ? Par le diable, tu nous as fait une telle peur ! »
« Comme si vous vous en souciez réellement, chère mère. » fit-il d'un ton acide, tout en conservant son sourire moqueur.
Son visage si pâle rougit brusquement de colère, altérant encore plus la beauté glaciale de ses traits.
« Je t'interdis à jamais ces escapades ridicules ! Tu ne sortiras plus jamais seul et sans nous prévenir, désormais. » déclara-t-elle, sa poitrine se soulevant au rythme de sa respiration saccadée.
« Comme si vous aviez le pouvoir de m'en empêcher. » cingla son fils.
Sa mère resta muette de rage. Sirius gravit les escaliers, passa à côté d'elle sans un regard, l'ignorant délibérément, et monta au première étage, puis fila à l'aile est. Il se tenait à peine au début du couloir où se trouvait sa chambre quand James se précipita vers lui, l'air profondément soulagé.
« Putain Sir, mais qu'est-ce que tu foutais dehors ?! »
Sirius empoigna son ami et l'emmena dans la chambre la plus proche, celle de James.
Ce dernier croisa les bras pendant que Sirius fermait et verrouillait la porte.
« Tu as vu la scène de ma mère ? » demanda-t-il inutilement. Impossible de ne pas être au courant.
« Je l'ai entendue pour être exact. » Il chassa de la main ce souci et fixa son regard dans les prunelles de Sirius. « Maintenant, tu m'expliques ce qui c'est passé. »
Sirius sourit légèrement devant le ton sans appel de son meilleur ami. Il avait toujours aimé son franc-parler.
Sirius s'assit sur une chaise en un équilibre précaire et croisa une de ses jambes sur l'autre.
Il raconta d'une voix qu'il espérait neutre – et en évitant certains points – le nouvel an ainsi que la nuit passés à son meilleur ami.
Quand il eut fini, l'autre vampire avait une mine sérieuse et pensive, détonnant avec son habituel air rieur et enjoué.
« Et qu'a-t-il répondu quand tu lui as dit la vérité ? »
Sirius s'agita un peu sur sa chaise, mal à l'aise.
« Je lui ai dit tout juste avant de partir, et pas de la manière la plus agréable qui soit...Il s'est écarté de moi comme s'il avait été brûlé. Il avait l'air horrifié. »
Sa voix se brisa malgré lui sur les derniers mots, il essayait de cacher sa peine.
L'air désolé, James se rapprocha de son ami et passa un bras autour de ses épaules.
« Hey, c'est pas si grave que ça Sir. C'est...c'est juste un humain. Et puis, peut-être qu'il ne l'a pas si mal pris, après tout, vous étiez devenus amis non ? » dit-il en une vaine tentative de réconfort, la voix douce.
Sirius secoua la tête, les yeux dans le vide.
« Tu comprends pas. C'est...c'est pas juste un humain pour moi. Dès le premier soir, y'avait quelque chose. Je sais pas l'expliquer. Y'a...y'a un truc qui me pousse vers lui et je peux rien y faire. » Il rit amèrement. « J'suis ridicule hein ? »
« Mais non va. C'est ce qu'on appelle des sentiments mon Siry-chou. Je suis même étonné que tu en sois doté. »
« J'avoue que j'ai du mal à y croire. Un vampire...ça existe ces machins-là ? »
« Je te signale que je suis un loup-garou. » grogna Remus, mécontent.
Lily tourna la tête vers lui. Elle était debout et lui, assis dans le canapé blanc. Il avait les cheveux en bataille, les yeux hagards et ses vêtements étaient froissés. Il n'avait pas dû se reposer une seule fois depuis ce matin.
Dans l'après-midi, il était venu frapper à sa porte et lui avait tout raconté, affolé. Il ne savait plus du tout quoi penser.
« Bon, d'accord, je vais éviter de dire que ça sort de contes pour effrayer les enfants dans ce cas. »
Remus maugréa une réponse inaudible puis tout d'un coup, explosa.
« Mais pourquoi il ne me l'a pas dit ? Je n'aurais pas...Enfin... » Il chercha ses mots. « Et puis, me lâcher ça d'un coup, quelle idée aussi ! » Il secoua la tête. « D'accord, je reconnais que j'aurais peut-être réagi de la même manière...que j'aurais peut-être même carrément refusé de lui parler mais...enfin, il n'aurait pas dû me le cacher ! Je croyais que... » Il se tut brusquement et se mordit violemment la lèvre pour empêcher sa voix de trembler.
« Rem, il n'y aurait pas quelque chose que tu me caches par hasard ? » demanda doucement Lily en posant une main apaisante dans le dos de son ami.
Celui-ci poussa un soupir haché et tourna un regard désespéré vers la jeune femme.
« Tu sais, je croyais que j'avais quand même un peu d'importance à ses yeux. Que j'étais au moins un ami. Il m'a cherché...ce n'était quand même pas pour rien ? Tous ces discours, ces rencontres, ce...cette amitié, ce n'était que du vent ? Je n'ai pas toujours été sympa avec lui, ni très honnête, je le reconnais mais...je pensais... »
Il s'interrompit à nouveau.
Un sourire amer effleura ses lèvres.
« Ce qu'il y a de plus ridicule, c'est que pour la première fois depuis longtemps, je me sentais bien. » fit-il avec un rire sans joie.
Il se leva brusquement et se dirigea vers la fenêtre.
Il appuya ses deux mains sur la vitre, comme s'il aurait voulu passer à travers, et y accota son front.
Son regard se perdit dans les profondeurs ténébreuses de la nuit. La lune argentée était cachée par les nuages, seules quelques étoiles brillaient faiblement dans le ciel noir. Une scène tout en nuances de gris.
« Il ne viendra plus. » fit-il, comme s'il voulait se persuader du fait tout en espérant que ses paroles ne se réalisent pas. Il était plus que jamais étreint par le doute.
Lily se rapprocha de lui et posa sa tête contre son dos et serra la main du jeune homme comme pour lui donner un peu de réconfort.
« Je ne sais même plus quoi penser. » murmura-t-il, atone. « J'étais tellement sûr... »
La jeune femme le serra avec force et douceur dans ses bras. Une étreinte rassurante, maternelle.
« Tu pourrais peut-être l'appeler ? » proposa-t-elle d'une petite voix.
Remus éclata d'un rire amer.
« Et pour lui dire quoi ? Le ton qu'il a pris pour me parler, pire qu'à un chien...il ne voulait même pas m'adresser la parole ni me regarder ! »
La jeune femme se mordit la lèvre, ne sachant pas quoi dire.
« Laisse passer un peu de temps...peut-être que ça deviendra plus clair pour toi...et lui. Avec le temps. » tenta-t-elle doucement.
Remus lâcha un soupir.
Il se sentait vide.
« Peut-être...peut-être... »
Le lendemain, sous le jet d'eau de la douche, Remus entendit son portable sonner.
Pris d'une brusque intuition, il coupa l'eau et sortit en vitesse de la salle de bains.
Mais ça a avait déjà raccroché.
Avec désespoir, il vit le numéro de Sirius affiché comme appel manqué.
Il tenta de le rappeler. Sans succès, il ne répondait pas.
Déçu, il retourna dans la pièce qu'il avait quittée avec tant de précipitation.
L'eau chaude ne parvint même pas à le détendre et à faire partir ses soucis. Il resta longtemps sous le jet brûlant, espérant sans vraiment espérer que son esprit se vide. Au bout d'un long moment, il finit par sortir et se sécha avec des gestes mécaniques.
Avec un soupir résigné, il jeta un coup d'œil à sa montre.
Il était près de vingt-trois heures, l'heure à laquelle Sirius partait tout le temps.
Avec un dernier soupir, il alla se coucher, le cœur plein d'amertume.
La musique tapait douloureusement pour ses tympans trop sensibles.
Il avait toujours détesté la techno.
Avec une grimace, il but sa bière et essaya de repérer une victime potentielle. Ses yeux errèrent sans conviction sur la salle, tentant de retrouver un semblant d'intérêt pour la chasse.
Mais il n'avait pas faim. Il avait l'appétit coupé, son estomac se tordait d'appréhension.
Remus savait.
Cette pensée l'obsédait, et ne pas savoir ce que pouvait en penser Remus le rendait fou.
Il redoutait sa réaction.
Et puis, pourquoi n'avait-il pas fait plus attention aussi !
Ça ne lui arrivait jamais de dormir aussi longtemps, il rentrait toujours avant que le soleil ne se lève. Il n'avais jamais été coincé, condamné à rester caché loin de l'astre du jour en attendant qu'il décline pour le libérer.
Peut-être sa chaleur l'avait-elle étourdi ? Il n'avait pas l'habitude de dormir avec un corps chaud près de lui...ou en tout cas, il ne restait jamais chaud très longtemps.
Il soupira, finit sa bière et ressortit dans l'air froid de janvier.
Vraiment aucune envie de chasser.
Il jeta un coup d'œil à son portable, pour remarquer que Remus l'avait appelé.
Son cœur fit un bond dans sa poitrine.
Il recomposa le numéro et attendit, le cœur battant.
La sonnerie se fit entendre.
Mais il n'y eut aucune réponse.
Il était près d'une heure du matin, et on était en semaine. Il devait certainement dormir.
Résigné, il se décida à l'appeler plus tard, maudissant leurs rythmes de vie si radicalement différents.
Il revenait de sa journée de cours, fatigué à l'extrême. C'était pour bientôt et il était sur les nerfs.
Il lâcha ses affaires sur la moquette du salon, provoquant un choc sourd. Encore tout habillé, il se laissa tomber sur le divan et un soupir s'échappa de ses lèvres pendant qu'il fermait les yeux.
Les derniers jours passés avaient été horribles.
Il n'y avait pas une minute qui passait sans qu'il pensa à Sirius. A Sirius et sa révélation.
Et il était tellement épuisé. La pleine lune était pour bientôt et sa conscience tourmentée ne l'aidait pas à se reposer.
Et là, au lieu de penser à ça, il aurait dû faire le vide dans sa tête.
Il gémit doucement. Ne pouvait-on le laisser tranquille ne serait-ce que quelques instants ?
Résigné et désirant se changer les idées, il jeta un coup d'œil à son portable.
Il fut surpris de voir l'annonce d'un message vocal.
Composant le numéro de sa boîte, il écouta la voix enregistrée sur son téléphone.
Celle de Sirius.
« Hey Remus, c'est Sirius. Voilà, ça fait plusieurs jours que j'essaie de t'appeler et j'en avais marre de te manquer à chaque fois. Je...hm, je comprendrais si tu ne veux plus jamais m'adresser la parole mais...enfin, réponds-moi si tu acceptes de me revoir, s'il te plaît. Il faut qu'on s'explique. Alors...Salut. »
Le message était court, un peu maladroit mais c'était bien lui.
La confusion s'empara de lui. Que faire ?
Mais comme dans un état second, ses doigts tapaient déjà son numéro.
Ce ne fut que quand il décrocha qu'il prit conscience de son acte.
« Allô ? » fit une voix ensommeillée.
Il resta un moment figé, ne sachant que dire.
« Allô ? » répéta la voix, plus affermie.
Il déglutit difficilement. C'était le moment.
« Sir, c'est Remus. » dit-il, la voix légèrement tremblante, à son grand désarroi.
Il y eut un silence stupéfait au bout du fil.
« Oh. » Il toussota un peu. « Tu as reçu mon message ? »
« A l'instant. Je te dérange ? »
« La sonnerie m'a réveillé. » répondit le vampire d'un air neutre.
Il avait oublié ce détail.
« Désolé. » fit-il, un brin gêné.
« C'est pas grave. »
Un ange passa.
Sirius lâcha un profond soupir.
« Parler au téléphone n'est pas une solution pour s'expliquer. Alors, dis-moi clairement : est-ce que je te fais peur ? Est-ce que je te dégoûte ? Est-ce que tu me croies ? Est-ce que tu veux me revoir ou est-ce que tu veux m'éviter comme la peste ? »
Remus fut saisi par les questions soudaines.
« Je...je... »
Il fut incapable de parler pendant un moment, mais se reprit.
« Je te crois. » Il inspira profondément. « Je te crois et je n'ai pas peur. » Il aurait presque juré entendre Sirius pousser un soupir de soulagement. Il laissa planer un silence. « Mais j'ai une question. »
« Vas-y. » répondit le vampire, la voix tendue.
« Pourquoi tu m'en a pas parlé ? »
Un silence.
« J'étais sûr que tu me demanderais ça. » Un soupir. « Réponds franchement Rem, m'aurais-tu cru ? Aurais-tu accepté de me parler ? Ne m'aurais-tu pas même tué ? » Il se tut pour le laisser s'imprégner des mots, lui laisser une occasion de répliquer. Mais il ne le fit pas. « Je ne t'ai rien dit parce que je ne voulais pas que tu me fuis avant de me connaître, que tu aies peur de moi. Je ne voulais pas que tu t'arrêtes juste à la surface des choses, à ma nature. »
Remus resta interdit.
N'était-ce pas ce que lui-même avait tant redouté de la part des autres ? Ne ressentait-il pas exactement la même peur que Sirius ? N'étaient-ils pas pareils au fond ?
« J'ai quelque chose à te dire. » murmura-t-il.
Sirius se tut, attendant la suite.
« Mais pas comme ça. Pas par téléphone. C'est trop...important. »
« D'accord. Alors dis-moi, je peux venir ce soir ou c'est trop tôt pour toi ? »
Un moment, la panique prit possession de lui. Ce soir ? Deux jours avant la pleine lune ? C'était trop dangereux, il était trop imprévisible dans ces cas-là.
Il aurait pu refuser. Mais il devait lui dire le plus tôt possible.
« Ce soir, ça va. »
« Et où ? »
Remus fut pris de cours par la question. Il n'avait pas pensé à un autre lieu que son appartement. Peut-être que Sirius ne voulait pas le brusquer et organiser ça dans un endroit public, pour éviter qu'il ne se sente mal à l'aise ou vulnérable.
Il ne se voyait pas annoncer ça à portée des oreilles de tout le monde.
« A mon appartement, à moins que tu ne veuilles aller dans un endroit précis ? »
« Non, c'est bon. J'arriverai à la même heure que d'habitude. »
« Ok. »
Encore un silence.
« A tout à l'heure dans ce cas. » déclara finalement Sirius.
« A tout à l'heure. »
Et il raccrocha.
Remus resta encore un instant, le téléphone entre les mains.
Il était trop tard pour reculer.
Atmosphère : album 30 Seconds to Mars/chansons acoustiques/album A Beautiful Lie – 30 Seconds to Mars, 17 juillet 2007
Heijaste, 18 juillet 2007
Perfect Skin – The 69 Eyes, 19 juillet
Poison Heart (acoustic) – HIM, 22 juillet
Chansons bonus – HIM / album Apocalyptica - Apocalyptica, 23 juillet
C'est étrange de voir que le chapitre où j'ai le plus de reviews se trouve être le chapitre où il y a présence de lemon...seriez-vous tous des obsédés ? x)
Ce chapitre me déçoit assez. La dernière partie a été complètement réécrite.
Merci à Tayplayrock de son aide, comme toujours. Qu'est-ce que je ferais sans toi hein ?
La suite arrivera à une date indéterminée...J'ai du mal à savoir comment tourner cette fic et surtout, à garder de la cohérence dans les réactions des personnages.
Merci d'apprécier Vampire Heart !
Sorn
