Chapitre 12
A vingt heures précises, comme Remus pouvait s'y attendre, Sirius sonna à son appartement.
Il entendit le bruit de ses pas dans le couloir comme s'ils résonnaient dans son cœur.
Il jeta un coup d'œil furtif à la fenêtre. Dans deux jours, elle serait pleine.
Il n'aurait jamais dû accepter de le voir ce soir.
Il avait peur.
Peur de lui-même.
Comme un automate, il ouvrit la porte au jeune homme en évitant de le regarder.
« Entre. » articula-t-il faiblement, attendant que Sirius s'exécute.
Le vampire obéit et lui jeta un coup d'œil. Son hôte semblait mal à l'aise, gêné. Son maintien était raide. Il se tenait à seulement quelques pas de lui mais c'était comme si il avait installé une barrière entre l'espace qui les séparait. Voyant la distance que Remus instaurait entre eux, il garda ses affaires, comme s'il pouvait partir à tout instant.
Il aurait dû s'en douter.
Un silence désagréable s'installa entre eux.
« J'aurais peut-être mieux fait de venir un autre jour. » fit Sirius après un moment.
Il retint un soupir. L'espoir qu'il avait eu fondait comme neige au soleil. Il allait partir, simplement. Et peut-être oublier cette obsession une bonne fois pour toute.
Remus releva vivement la tête pour voir le visage fermé du jeune homme. Il se mordit la lèvre.
« Non, reste. S'il te plaît. » Sa voix se fit presque suppliante, désespérée. « Excuse-moi, c'est juste...que je sais pas trop comment agir avec toi. »
Sirius haussa un sourcil d'incompréhension. Son cœur s'accéléra.
« Y a-t-il quelque chose qui ait changé nos comportements l'un envers l'autre ? Si tu parles du fait que je sois un vampire, ne... »
« Non. Non, je pensais à... » Remus s'arrêta puis secoua la tête. « Oublie, c'est stupide. »
Le sourcil se leva un peu plus.
« Parle, je ne vais pas te mordre tu sais. »
Remus afficha une grimace malgré lui. Une expression qui lui aurait paru tellement banale hier prenait un tout autre sens aujourd'hui.
« Je parlais au sens figuré. Mais ça vaut aussi pour le sens propre. Je n'ai pas faim. » expliqua simplement Sirius, un peu confus par ce lapsus involontaire.
« Ça me fait bizarre d'entendre parler de faim quand... »
Remus s'arrêta, mal à l'aise.
« Quand il s'agit de sang ? Oui, je suppose que ça doit t'être étrange...Mais si tu veux m'empoisonner ou me rendre malade, alors donne-moi de la nourriture normale, c'est rudement efficace. » répondit le vampire avec un sourire désabusé.
« Tu sais que c'est dangereux pour toi si jamais ça me venait à l'idée de t'empoisonner ? » fit Remus avec un faible sourire.
« Bah ! Qu'est-ce que je risque ? Tu n'arriveras pas à me faire avaler de la nourriture. » dit le concerné avec hauteur, mais son ton rieur démentait son expression sérieuse.
L'atmosphère se détendait.
« Je peux toujours m'arranger pour te donner du vin ? » proposa l'autre homme d'un ton penseur.
« Je ne rechigne pas contre le vin. Raté ta tentative d'empoisonnement. »
« Dommage. »
« Merci pour moi. »
Les deux hommes finirent par éclater de rire.
Ils avaient retrouvé cette complicité. Le froid avait disparu. La pièce sembla se réchauffer de l'écho de leurs rires.
« Mets toi à l'aise, je vais pas te mettre dehors. »
Sirius acquiesça et finit par enlever sa veste et son pull.
Remus se retint de l'observer de trop près. L'approche de la pleine lune aiguisait beaucoup trop ses sens pour qu'il reste insensible au vampire.
« Tu t'habilles toujours en noir ? » demanda soudain Remus, remarquant ce détail tout d'un coup.
Avec un sourire malicieux, Sirius répondit : « Toujours. Et puis je suis un Black. » Il lui fit un clin d'œil complice. « Rares sont les vampires qui portent des couleurs. Ou alors elles sont toujours dans les tons sombres : rouge profond, vert, bleu...jamais des teintes trop chaudes. »
Il haussa les épaules et se dirigea avec des mouvements fluides vers le petit canapé en cuir brun. Remus le rejoignit peu après mais se tint à une distance respectueuse de l'autre homme. Il valait mieux éviter toute tentation s'il comptait lui révéler sa condition.
« Pose tes questions. » fit Sirius avec un petit sourire.
L'autre homme rougit légèrement.
« Tu sais, j'ai toujours soupçonné qu'il y avait une part de réalité aux histoires de vampires. Je n'y ai jamais vraiment prêté attention mais compte tenu de...certaines choses, j'ai supposé qu'ils devaient exister. »
Sirius haussa un sourcil interrogateur. « "Certaines choses" ? »
Remus détourna le regard, gêné. « Je t'expliquerai après. »
Le vampire hocha la tête en signe d'assentiment.
« Alors...c'est vrai ce qu'on raconte ? Les pieux dans le cœur, l'eau bénite, les transformations, tout ça ? »
Sirius éclata de rire.
« Mon dieu non ! Pour dire en résumé, un vampire se présente sous la forme d'un humain mais est plus pâle, avec une aura et des dons qu'un mortel n'a pas. Il n'est pas question que je me change en chauve-souris ou que je disparaisse d'une minute à l'autre comme on le voit souvent dans les vieux films. Mais, même si je suis né vampire, je n'en suis pas un vrai. Le premier de ma famille a été mordu, il ne s'agit pas d'une mutation génétique comme chez ceux qu'on appelle les "anciens". Eux, peuvent voler et possèdent une force inimaginable, ce sont presque des dieux. En général, les vampires normaux sont juste des humains mordus ou des enfants de vampires, comme c'est mon cas. Pour ce qui est des croyances populaires...Et bien, je peux entrer dans une église sans problèmes, l'eau bénite ne me fait rien, ce sont juste de vieilles histoires que les premiers chrétiens ont inventées. Le pieu dans le cœur, hm, c'est plus délicat. Disons que mon corps se régénère de lui-même mais qu'il a quand même certaines limites. Tu peux me planter autant de coups de couteau que tu veux, si je ne suis pas trop faible, je ne mourrais pas. Mais si tu m'arraches une partie de moi, elle ne repoussera pas. Nous ne sommes pas vivants, mais pas morts non plus. Je suis immortel...ou peu s'en faut. Mes sens sont plus développés que ceux des humains, j'entends beaucoup plus, je vois dans le noir, assurément, je suis plus sensible aux choses qui m'entourent, mon odorat est plus développé...bref, tu vois le tableau. Oh, aussi je suis beaucoup plus fort, rapide et agile qu'un simple mortel. Quoi d'autre ? Ah, bien entendu, je suis sensible au soleil, tu l'as vu, je brûle. Expose-moi trop longtemps à ses rayons ou à la chaleur d'un feu intense et je suis mort. »
« Et les cercueils ? »
« Ah, les cercueils. Il y a encore quelques siècles, c'était indispensable mais à présent, la plupart d'entres nous vivent dans des communautés – le manoir, comme je t'en ai parlé – et nous dormons dans des lits, comme tout le monde. Mais certains parias doivent, et bien je suppose, s'enfermer dans des pièces sombres la journée. »
Remus le regarda d'une manière étrange, comme calculateur.
« Et...tu as quel âge en fait ? »
Sirius éclata de rire. S'il s'attendait à ça !
« J'ai vraiment vingt ans ! Les vampires mordus restent comme ils sont lors de leur création, mais les vampires nés peuvent "contrôler" l'aspect qu'il veulent garder tout au long de leur vie. Par exemple, mes parents doivent avoir quelque chose dans les cent ou deux cent ans...pourtant ils ont toujours l'air d'en avoir trente ou quarante. »
Au moins, il se sentait rassuré sur le fait que Sirius n'était pas une créature séculaire. Ça lui aurait paru terriblement malaisé.
« Et les dents de vampire ? »
Sirius s'autorisa un sourire, qui découvrit ses canines pointues.
Remus recula un peu, surpris. Il ne les avait jamais remarquées auparavant.
« Comme tu le vois, ce ne sont pas des histoires. Comment veux-tu que je morde mes proies sinon ? » Il rit légèrement puis fronça soudain les sourcils, comme s'il venait de réaliser quelque chose. « Hm, d'ailleurs je crois que je t'ai légèrement mordu la dernière fois. » remarqua-t-il avec une moue désolée.
Il s'approcha lentement de Remus, qui recula par pur réflexe.
« Je peux ? » demanda-t-il doucement.
Le jeune homme déglutit et hocha brièvement la tête. Il ne savait même pas ce qu'il acceptait.
Sirius tendit la main vers lui avec lenteur, pour ne pas l'effrayer et toucha la morsure dans son cou. Il n'y avait même pas prêté attention ces derniers jours. Il frissonna sous le contact. Sirius avait les mains gelées.
Le jeune homme brun poussa un soupir de soulagement.
« Ça va, je ne t'ai pas vraiment mordu, je t'ai juste légèrement entaillé la peau. » fit Sirius en reculant. On aurait dit que le poids de l'incertitude avait quitté ses épaules. Un sourire éclairait à présent son visage.
« Ce...ce n'est pas la première fois... » parvint à répondre Remus.
Il déglutit difficilement. Quand allait-il pouvoir le dire ?
Sirius fit la grimace. « Je sais. J'en suis désolé mais c'est automatique. Loin de moi l'idée de t'offenser mais tout humain est pour moi un potentiel repas. »
La question franchit ses lèvres sans qu'il ne le veuille.
« Et tu n'as jamais essayé de refouler ce côté-là de toi ? De devenir...plus humain ? »
Sirius le regarda avec incompréhension.
« "Plus humain" ? » répéta-t-il avec lenteur, comme s'il s'attendait à tout moment à ce que Remus lui dise que ce n'était qu'une question en l'air, une blague. Mais apparemment, il était sérieux.
Il soupira profondément et se leva du divan. Il se planta devant la fenêtre, en écarta doucement le rideau pour fixer la lune presque pleine.
« Je suis un vampire Rem, je n'ai pas de "côté humain". Je ne peux pas refouler ma nature, elle fait partie intégrante de moi. C'est comme si tu me demandais de m'arracher la peau, je ne peux pas. Les vampires mordus tentent bien de redevenir ce qu'ils étaient naguère, des mortels. Mais ils se rendent bien vite compte que la plus petite étincelle d'humanité en eux a déjà disparu. Ce n'est pas pour être cruel mais...je n'ai pas envie d'être humain. Bien sûr, j'aimerais une fois voir le soleil et sentir sa chaleur sur moi, voir autre chose que la lune et toujours ce froid qui m'étreint à chaque seconde. » Sa voix se fit légèrement amère et il porta un regard qui avait presque quelque chose d'accusateur sur l'astre de la nuit. « Mais je ne peux pas, je suis comme l'on m'a fait. Et c'est tellement facile, si horriblement facile d'avoir le droit de vie ou de mort sur les humains. Nous avons une espèce de charme, quelque chose qui les attire irrésistiblement. Ils sont si faciles à avoir. Tu claques des doigts et ils sont à tes pieds. Certains en abusent et chassent à outrance tous les soirs, par pur plaisir. Ils tuent pour se prouver qu'ils sont les meilleurs. »
Il s'arrêta et regarda de biais le sol. « Une fois, tu m'as demandé si j'étais un criminel ou un tueur en série. En un sens, oui, je le suis. Mais si je ne tue pas, je meurs. La mort des autres assure ma survie, Remus. Je n'ai pas le choix. »
Il se tut, se retourna et observa la réaction de l'autre homme. Il avait l'air partagé. Il reconnaissait les faits, mais ne les acceptait pas.
Sirius soupira et s'adossa au mur, les bras croisés. « Ce n'est peut-être pas le bon moment pour le dire mais...tu dois être le seul humain qui ait survécu plus de quelques heures avec moi. »
Remus sursauta et le regarda avec un mélange consternant de stupeur et de crainte.
Et il lui semblait tellement fragile avec cet air fatigué et malade, ces joues creusées, ces vêtements usés, ce corps trop maigre, ces yeux écarquillés d'horreur qu'il voulut le prendre dans ses bras. Mais il se retint.
« D'accord, c'était vraiment pas le moment pour le dire. » marmonna Sirius en portant une main à sa tempe.
Un silence inconfortable s'installa entre eux.
« Sir ? »
« Hm ? »
« Tu veux dire que...je suis le seul que tu n'aies pas tué ? »
« C'est ça. »
Un ange passa.
Sirius regardait le sol, comme si la solution d'un mystère insoluble y était inscrite. Remus essayait de digérer l'information. Ce n'était vraiment pas la chose à dire quand il était à ce point proche de sa transformation. Ça le bouleversait. Et s'il y avait bien une chose dont le loup avait horreur c'était le trouble.
« Et qu'est-ce qui me vaut cet honneur ? » demanda Remus en une vaine tentative d'humour.
Sirius haussa les épaules mais ne releva pas le regard. « Je n'en sais rien. Tu es différent des autres. » Il finit par hausser la tête et l'observa un peu plus attentivement. « Tu as vraiment quelque chose qui sort de l'ordinaire. » fit-il pensivement.
Remus semblait tout d'un coup embarrassé. Sirius le regarda d'un œil inquisiteur. Qu'avait-il dit qui puisse le déranger ?
« Sir...je t'avais dit que je devais t'avouer quelque chose, moi aussi, non ? »
Sirius acquiesça, perplexe. Où allait-on ?
« Je...je ne suis pas...tout à fait normal non plus. »
Sirius haussa un sourcil mais se tut. Il évita de lui faire remarquer qu'il était alors mal placé pour avoir jugé le vampire d'anormal.
« Je... »
Remus fixait le sol comme s'il voulait y disparaître.
Il retenta de parler mais aucun son ne sortit de sa gorge. Il semblait désespéré.
Voyant qu'il n'y arriverait pas, Sirius se rapprocha et se risqua à poser une main qui se voulait rassurante sur l'épaule de Remus.
Il se tendit sur le coup puis se calma peu à peu. Autant tout déballer maintenant.
« Je suis un loup-garou. » déclara-il dans un souffle.
Le cœur de Sirius manqua un battement.
« Quoi ? »
Remus déglutit difficilement, incapable de répéter.
« Tu es...un lycan ? »
Sirius le fixa un long moment, l'œil scrutateur.
Remus s'agita. Son regard le brûlait.
Il avait crû qu'il réagirait bien. Il avait crû qu'il accepterait.
Mais n'avait-il pas lu dans les légendes qu'il existait une haine viscérale entre les vampires et les loups-garous ? Au point même d'y avoir une guerre ? Qu'il avait été con de croire que ça ne changerait rien entre eux !
Ça avait toujours tout brisé. Sa famille, ses amis, son travail, ses amants. Et maintenant, leur relation à peine née. Ça le suivrait toute sa vie, quoiqu'il fasse, c'était son fardeau, sa malédiction.
Au bout d'un moment, Sirius prit une mèche de ses cheveux châtains entre ses doigts. Remus sursauta sous le contact et tourna le regard vers lui.
« Je n'en ai jamais rencontré. » souffla le vampire, fasciné. « Je ne savais même pas qu'il y en avait encore. » Il semblait subjugué par quelque chose que l'autre homme ne pouvait identifier. « Cette attraction s'explique à présent, tu n'es pas un vulgaire humain. Tu as vraiment quelque chose. Quelque chose de différent. D'unique. » Un sourire étira doucement ses lèvres. « Si je pouvais m'en douter quand je t'ai choisi... »
Ce fut comme si une douche glacée venait de s'abattre sur Remus.
« Alors c'est ça ? » siffla-t-il soudain, haineux.
Une vague d'émotion l'avait brusquement submergé, il ne savait plus penser correctement. Il était aveuglé, le loup prenait le contrôle. Il ne savait pas s'il était en colère ou s'il avait mal. Peut-être même les deux au final. « C'est ça que je suis pour toi ? Juste une "chose" ? Un objet que tu peux t'approprier comme bon te semble ? »
Il se releva vivement, écarta violemment la main de Sirius sur lui.
Il le darda d'un regard furieux et blessé.
Le vampire semblait perdu. Il se leva lui aussi et tenta de renouer un contact. Sans succès. Ses doigts se refermèrent sur le vide.
Remus s'éloignait de lui.
« Mais qu'est-ce que j'ai fait ? Je n'ai jamais dit que tu étais un objet ! Remus ! »
Sa voix ordinairement grave s'était cassée et avait des accents suppliants. La détresse était peinte sur son visage, ses gestes étaient éperdus, mais il n'en avait rien à faire. Il était juste un objet !
Hystérique, il répondit d'un ton acerbe : « Je suis juste une proie, c'est ça ? Une proie qui sort de l'ordinaire ! Je n'étais qu'un défi depuis le début. Tu ne m'as pas tué et ça t'emmerde ! Je t'ai repoussé et ça, tu ne le supportes pas ! C'est pour ça que je t'"obsède" comme tu dis si bien ! Parce que tu n'as pas pu m'avoir comme tes autres victimes. J'ai compris comment tu marches. Personne ne te résiste, c'est ça, hein ? Et ça te rend dingue que quelqu'un t'ait dit non ! »
Il cracha presque le dernier mot. Il avait dit tout ça d'un ton dur, haché, qu'il ne se connaissait même pas. Il respirait par à-coups, inconscient de la violence et de la colère qu'il avait contenues en lui jusque là.
Sirius avait l'air horrifié et abasourdi. Son souffle semblait s'être bloqué dans sa gorge. Au bout d'un moment, il se ressaisit et une expression de douleur passa sur son visage. Remus faillit fléchir mais il se morigéna mentalement. Hors de question qu'il se laisse avoir. Ne jamais se soumettre. C'était lui le prédateur et personne d'autre.
Voyant le manque de réaction de Remus, le vampire adopta son masque impassible. Et c'est d'un ton tout aussi froid et dur que la glace qu'il répondit.
Il s'éloigna et quelque chose de malfaisant émana de lui. Quelque chose de douloureux, cassé. C'était comme le sang qui s'écoulait d'une blessure et qu'on ne pouvait étancher.
« Oui, tu as raison. » Son ton était acide. « Au début, tu n'étais que ça pour moi. Juste une proie. Il se trouve que tu me comprends mieux que moi-même. » fit-il avec un sourire cruel d'autodérision. « Personne ne pouvait me résister, Remus. Et plus tu me résistais et plus je te désirais. Ça m'a tourné la tête, je ne pouvais pas le supporter. Et je t'ai cherché, cherché et cherché, pour qu'enfin tu me repousses encore quand je t'avais trouvé ! Et j'étais furieux et blessé. Comment un simple humain pouvait-il me faire un tel affront ? » Il éclata d'un rire guttural. Il s'arrêta soudain, il était fou de douleur. « Mais tu sais ce que c'est le comble ? C'est que j'étais heureux comme un con quand tu m'as appelé, heureux quand j'ai su que j'avais une nouvelle chance de te voir ! Même pas de t'avoir, non, contrairement à ce que tu penses, ça ne m'était même pas venu à l'idée. Simplement pouvoir être avec toi m'emplissait de bonheur. Et j'ai fini par t'apprécier. Par ne plus te considérer uniquement comme une proie qui me tourmentait de par sa seule existence mais presque comme un ami. Quelqu'un avec qui je pouvais discuter librement. Quelqu'un qui ne me regardait pas comme l'héritier des Black, le petit prince rebelle ! Quelqu'un qui ne faisait pas qu'acquiescer à mes propos, par peur de représailles ! Quelqu'un qui osait me dire ce qu'il pensait au lieu de se plier à mes idées, à me dire oui à tout va. Quelqu'un qui me voyait pour qui j'étais et non pas pour ce que j'étais. » Un sourire amer tordit sa bouche. « Quelle utopie ! Quelle bêtise ! Je n'ai jamais fait d'erreur et celle-ci est la plus horrible que je pouvais commettre. Un vampire n'éprouve pas de sentiments. Un vampire est froid, ne ressent rien. Mais toi, toi, tu étais plus qu'une victime pour moi, tu étais quelqu'un. Tu avais de l'importance. Tu étais quelqu'un à qui je tenais. Quelqu'un qui avait de la valeur. Et je me sentais bien avec toi. Meilleur. Différent. Entier. » Il secoua la tête, s'arrêta. « Ça ne vaut même pas la peine que je continue. » finit-il d'un ton âpre.
Sur cette dernière phrase, il tourna les talons et reprit vivement ses affaires. Il lui adressa à peine un coup d'œil.
« Je m'en vais. Je te laisserais tranquille désormais. Adieu. »
Remus eut l'air effaré.
Non, non, non ! Pas comme ça ! Pas maintenant !
Mais Sirius avait déjà ouvert la porte.
Avec toute la rapidité dont il était capable, il le rattrapa et enserra avec force le poignet du vampire pour l'empêcher de partir.
« Qu'est-ce que tu me veux ?! Je pars, ce n'est pas ça que tu désirais ?! » cracha-t-il, furieux. Ses yeux lançaient des éclairs.
Et sans réfléchir, Remus l'embrassa.
Ce n'était pas doux, ce n'était pas tendre. C'était sauvage, violent, comme deux forces égales qui se mesurent l'une à l'autre et qui se fracasseraient lors d'un choc.
Sirius tenta de le repousser mais Remus pesa de tout son poids et poussa le vampire contre le mur.
Si Sirius avait été un humain, il n'aurait eu aucun mal à le maîtriser, mais sa force égalait la sienne et il avait tout le mal du monde à le garder en place.
Il sentit une brûlure aiguë dans sa bouche quand il remarqua que son prisonnier l'avait mordu.
Saleté de vampire.
Mais le sang semblait affoler ce dernier et il se mit à l'embrasser à son tour, à littéralement dévorer ses lèvres.
Et peut-être que c'était vrai, peut-être que personne ne pouvait lui résister, aussi Remus se laissa totalement faire, grisé par la douleur et la sensation unique du baiser. Il sombrait peu à peu dans un état d'inconscience hébétée.
Sirius le remarqua et s'arracha brutalement à l'étreinte macabre, essoufflé.
Remus, propulsé, trébucha et faillit tomber à terre s'il n'avait heurté son bureau.
Le choc entre le meuble en bois et son dos lui soutira un gémissement de douleur.
Il avait la bouche en sang, Sirius n'avait pas fait que le mordre légèrement.
Celui-ci, la gueule ouverte, haletait comme un animal. Il essayait de reprendre ses esprits.
Ils se toisèrent tous les deux du regard, opposant leurs volontés.
Leurs yeux brillaient trop fort, d'une trop grande lueur pour être normale.
Remus passa la main sur ses lèvres, le bout de ses doigts était écarlate.
Sirius se tenait toujours au mur, semblant se retenir à lui pour ne pas lui sauter dessus.
« Ce que je désire, c'est toi. » fit Remus d'une voix rauque, en réponse à la question de Sirius.
Celui-ci secoua la tête.
« Je pars. Tu n'as pas les idées claires, tu ne sais pas ce que tu veux. » Il retenta encore une fois de sortir mais Remus le rattrapa à nouveau.
Leurs regards s'affrontèrent une nouvelle fois.
« Je sais parfaitement ce que je veux. » murmura-t-il avant de sceller leurs lèvres pour la deuxième fois.
Un gémissement s'échappa de la gorge de Sirius.
Il s'écarta presque aussitôt.
« Non. Non, je vais... »
Mais Remus mit fin à ses faibles protestations.
Cette fois, le baiser était plus discipliné que le premier, et il y avait cette ivresse qui leur était propre, et la douleur, et la sensation étrange des crocs contre ses lèvres, et le goût métallique du sang. Les mains retrouvèrent d'elles-mêmes le chemin pour parcourir la peau convoitée, impatientes. Un soupir lui échappa. Il le voulait. Tellement.
« C'est trop dangereux, je vais... » tenta encore une fois Sirius. Sa voix était suppliante.
« Chut, tais-toi. » fit Remus à voix basse. « Tais-toi. » murmura-t-il avant de l'embrasser encore et encore.
Et tant pis si la porte était à moitié ouverte, et tant pis s'il avait mal, et tant pis si Sirius risquait de le dévorer vivant, et tant pis s'il n'était pas normal, et tant pis s'il n'y avait plus rien ensuite, et tant pis s'il n'était qu'une proie.
Il voulait se sentir bien, il voulait se sentir complet.
Il voulait se sentir humain.
Atmosphère : album Sweet and Deceitful – Negative / Stumme Schreie (Zeromancer Remix) – L'Âme Immortelle , 25 juillet 2007
album Apocalyptica – Apocalyptica / Still Waiting – Entwine / The Point – Marilyn Manson, 26 juillet 2007
Je suis assez fière de ce chap Je l'ai écrit presque en entier et d'un seul jet grâce à Marilyn Manson XD
Pour ceux qui se poseraient des questions sur la réaction bizarre de Remus, je précise qu'on est juste 2 jours avant la pleine lune, son comportement n'est plus tout à fait logique par moment. ;)
Merci à Tayplayrock de son aide...comme toujours XD
Pour les explications sur les vampires, disons que j'ai fait un joli mélange entre les écrits d'Anne Rice (je lis Lestat le Vampire en ce moment ;p) et Underworld...le tout réarrangé à ma manière ;)
Petite note : je vais bientôt publier une traduction "Right Kind of Wrong" de KawaiiTenshi27, slash SBRL bien entendu ;)
Deuxième petite note : je me fais opérer dans quelques jours donc ne vous attendez pas trop à ce que je sois en état d'écrire pendant un petit moment...
Merci d'être fidèles à Vampire Heart !
Sorn
