Prière de ne pas tuer l'auteur à la fin de ce chapitre, s'il vous plaît. Je sais que beaucoup d'entre vous auraient voulu que j'approfondisse la question des anciens et la pleine lune évoqués au précédent chapitre. Si ces sujets ne sont pas abordés c'est à escient.
Chapitre 20
C'est d'un oeil morne que Sirius regardait défiler le paysage par la fenêtre du train qui le ramenait à Londres.
Il était tard et tout était obscurci, naturellement. La lumière trop vive du wagon lui agressait les yeux.
Il ferma les paupières et appuya son front contre la vitre glacée qui le séparait de l'extérieur d'un noir d'encre.
Que n'aurait-il donné pour un peu de chaleur...
Il soupira et regarda sa montre.
Il serait de retour dans environ vingt minutes.
Un sourire passa fugitivement sur ses lèvres. Il avait hâte de rentrer.
Il n'avait prévenu personne de son retour et comptait bien chasser cette nuit. Dieu savait comme il avait soif.
Lorsqu'il arriva à la gare, les odeurs et bruits familiers de la ville l'accueillirent avec brusquerie et force, apportés par le vent froid d'Angleterre.
Il sourit.
Il était enfin chez lui.
La sonnerie annonçant un message reçu sur son portable interrompit sa rêverie.
Légèrement agacé, il allongea le bras pour saisir l'importun téléphone qui se trouvait sur la table du salon. Ne pouvait-on le laisser se reposer en paix ?
C'était Lily.
« Hello Rem ! Tout va bien ? Siry est bien rentré ? Bisous ! Lil's »
Aussitôt, il fronça les sourcils.
Comment ça « Siry est bien rentré » ?
Il relut le court message une deuxième fois. Non, pas de doute, il avait bien compris.
Un sentiment de contrariété l'envahit.
Si Lily demandait des nouvelles de Sirius, ça voulait dire qu'elle était au courant qu'il allait bientôt revenir. Et lui, ne le savait pas.
Il jeta un coup d'oeil irrité à la fenêtre. Il faisait nuit noire.
Ca faisait une semaine que Sirius était à Paris et il n'avait eu que des nouvelles sommaires, de courts appels. Oui, tout allait bien, bien sûr, Paris était une ville magnifique, il devrait la visiter un de ces jours, il y faisait bien meilleur qu'en Angleterre mais Londres lui manquait...et il aurait dû voir la maison de son oncle, un vrai château! Mais rien qui concernât le but de sa visite dans la ville lumière, pas un mot.
Et James était parti le lendemain, pour Paris lui aussi ! Bien sûr, il l'avait appris de Lily. Voyons, comme si son petit ami allait prendre la peine de le prévenir.
Au fur et à mesure que les jours passaient, un fort sentiment d'irritation l'avait saisi. Sirius ne lui disait jamais rien, même Lily – qui ne connaissait pas James depuis aussi longtemps que lui, connaissait son meilleur ami – était au courant de choses qu'il ignorait !
James était à Paris avec Sirius ? La belle affaire, il ne le savait pas ! Qui Sirius était-il allé visiter ? Bah voyons, comme s'il avait été mis au courant ! Et maintenant, Sirius était revenu ? Magnifique, il n'était même pas prévenu !
Plus le temps passait, plus l'amertume le gagnait. Sirius ne prenait jamais la peine de l'informer plus que nécessaire d'où il allait, de qui il fréquentait, de quand il revenait. Jamais. Non, Remus devait juste se plier aux fantaisies de Monsieur et ne pas poser de questions.
Pour se détourner de ses sombres pensées, il jeta un coup d'oeil à sa montre.
Près de minuit. Non, Sirius ne viendrait pas aujourd'hui.
Résigné, il finit par aller se coucher, amer et blessé plus qu'il n'aurait voulu se l'avouer.
Ce ne fut que le lendemain soir que Sirius se rendit chez Remus...sans le prévenir, bien entendu. Le soleil venait juste de se coucher, il était très tôt – de son point de vue en tout cas – mais il ne pouvait décidément pas attendre plus longtemps pour le revoir.
Enthousiaste, il sortit rapidement du repère sous les yeux ahuris des autres vampires – son frère le regarda bien étrangement mais il n'y prêta pas attention – pour filer sur sa moto en direction de l'appartement de Remus.
Il faisait encore clair et la soirée s'annonçait fraîche. Il pouvait voir la lune qui décroissait faiblement dans le ciel pâle.
Au bout de quelques minutes, il parvint enfin à destination et se dépêcha, sous l'œil amusé et curieux des voisins qui avaient fini par prendre l'habitude de sa présence, d'entrer dans l'immeuble. Ayant pris en horreur l'ascenseur dès sa première visite, il monta quatre à quatre les marches de l'escalier caché par une petite porte latérale, tout à sa joie enfantine de retrouver son petit ami. Il bouscula sans le faire exprès une jeune femme et s'excusa avec empressement auprès d'elle avant de continuer de monter les marches, avec un peu moins d'ardeur que précédemment...juste au cas où.
Avec une grimace, il passa de la pommade sur une nouvelle blessure qu'il s'était faite à l'épaule. Elle était longue mais pas profonde, heureusement. Mais il n'arrivait malheureusement pas à pouvoir étaler totalement la crème sur sa plaie.
De la pleine lune, il ne gardait que des souvenirs confus, des images brouillées, des odeurs, des sons, rien de plus. En revanche, il se rappelait nettement son odeur.
Son absence avait été à la fois plus difficile et facile à supporter qu'il ne l'aurait cru. Plus facile car le loup n'était pas encore aussi habitué que ça à sa présence. Mais plus difficile parce que le côté humain, lui, ressentait ce vide atrocement. Les deux consciences étrangement mêlées avaient fini par remarquer ce trou béant dans l'âme qu'ils partageaient et la partie animale de lui l'avait mal supporté.
Malgré tout, le réconfort artificiel de l'odeur avait réussi à apaiser le loup pendant quelques temps...mais guère longtemps. Quand l'absence s'était fait trop flagrante, il s'était déchaîné et avait recommencé à s'automutiler, plus meurtri en son for intérieur que jamais auparavant.
Même si la prise de conscience s'était déroulée assez tardivement, des dégâts plus ou moins importants avaient déjà été commis. Mais par chance, rien de trop grave ni d'irréparable. Il avait déjà vu pire que ça.
Un bruit de clé qui tournait dans la serrure le tira brusquement de ses pensées.
Aussitôt, il fronça les sourcils. Qui cela pouvait-il être ? Personne n'avait la clé de l'appartement à part le concierge, lui, Lily et...
« Rem ? » fit une voix hésitante, venant du hall.
Son cœur fit un bond en la reconnaissant.
Il entendit la porte claquer et reboutonna rapidement sa chemise en sortant de la salle de bains, essayant de ne pas prêter attention à la douleur aiguë qui avait traversé son épaule au contact direct de la plaie ouverte avec le tissu.
Un grand sourire éclaira le visage de Sirius quand il le vit.
Il se dirigea rapidement vers lui et vint l'enserrer dans ses bras, nichant son nez dans son cou pour respirer son odeur. Un petit sourire affleura à ses lèvres.
Remus se laissa faire avec joie, oubliant l'amertume ressentie tout au long de la semaine pour s'enfoncer dans l'étreinte du vampire avec délice. Il n'arrivait pas à être en colère contre lui.
Quelques instants plus tard, celui-ci le relâcha, ses yeux couleur d'argent étincelant dans la légère pénombre.
« Tu m'as manqué Moony. » fit-il doucement en venant déposer un léger baiser sur ses lèvres.
Remus lui sourit en retour, mais d'un rictus moqueur. « Cette scène fait horriblement cliché, Sir. » Sirius grimaça mais il ne put s'empêcher d'ajouter « Toi aussi tu m'as manqué, idiot. »
Le grand sourire fit son retour et Sirius revint l'entourer de ses bras, touchant par mégarde son épaule meurtrie. Il ne put s'empêcher de grimacer. Ce qui alerta le jeune homme brun.
« Ça va ? »
Remus eut un sourire crispé. « Ça va...C'est juste une blessure due à la pleine lune...rien de très grave. »
Pour éviter que le vampire ne se mette à s'excuser et à culpabiliser, il changea de sujet : « Ça a été à Paris ? »
Le sourire de Sirius s'évanouit l'espace de quelques secondes, avant de revenir, forcé et faux.
« Ouais, ça a été... » fit-il vaguement, l'air mal à l'aise.
« Pourquoi tu n'es pas rentré en même temps que James ? »
Sirius se raidit et lui lança un regard indescriptible, comme mêlé de crainte et de suspicion.
« Qui t'a dit ça ? »
« Lily. » Remus fronça les sourcils devant sa réaction. « Il est parti après toi, à Paris aussi. Vous étiez à deux ? »
Sirius eut l'air soulagé et la tension se relâcha dans son corps.
« Oui. Mais je ne savais pas qu'il viendrait aussi. Nous étions convoqués pour un genre de...rassemblement de jeunes vampires des anciennes familles nobles. Rien de bien important. »
Remus sentait dans son ton, que, au contraire, la réunion était justement un sujet capital, essentiel, mais il ne put rien ajouter, Sirius détournait déjà la conversation.
« On est le 9 mars, non ? »
Remus acquiesça, légèrement perdu. Pourquoi lui demandait-il ça ?
Un sourire étira les lèvres du vampire.
« C'est demain ton anniversaire, pas vrai ? »
Ses yeux s'écarquillèrent de surprise.
« Comment tu sais ça, toi ? »
Sirius eut un petit sourire vainqueur et narquois.
« Lily. »
Remus grogna.
« Impossible qu'elle se taise, celle-là. »
Sirius rit.
« Quoi, j'ai même pas le droit de savoir ? »
Remus grogna.
« Non. »
Le rire cessa brusquement.
« Pourquoi ? » La surprise et l'incrédulité perçaient dans son ton.
Remus eut l'air mécontent.
« J'me sens vieux à côté de toi. »
Sirius éclata derechef de rire face à la remarque, pendant que l'autre homme se renfrognait.
« C'est ça, vas-y, fous-toi de moi ! »
« On a pas beaucoup d'années d'écart, va ! »
Le loup-garou grogna. « J'ai des élèves qui ont ton âge. »
Sirius roula des yeux. « Et alors, quelle importance ? »
« C'est juste...chiant. »
Le vampire revint nicher sa tête dans son cou et souffla doucement : « Tu fais un truc ce jour-là ? »
Remus frissonna légèrement mais secoua la tête en signe de dénégation. Il avait perdu l'habitude du froid permanent qui émanait de Sirius.
Il sentit son petit ami sourire dans son cou cependant qu'il y déposait un baiser.
« Alors, je t'emmènerai au Nosturi. »
Il fronça les sourcils.
« Le "Nosturi" ? C'est quoi ? »
Sirius recula un peu et lui sourit largement.
« Un bar où il y a parfois des concerts...un peu comme le Tavastia. Un groupe dont on m'a parlé joue en ce moment. Ça te dit ? »
Remus eut un faux soupir exaspéré. « Quel groupe ? »
Son sourire s'élargit encore plus. « Helsinki Vampires. »
« Bah voyons ! » Il rit légèrement et secoua la tête avec un sourire. « Quel genre ? »
Sirius prenait apparemment sa question pour un "oui".
« A peu près comme Sa Majesté Infernale, mais en plus...gothique on va dire. »
« Pas un truc qui va me péter les oreilles ? »
« Nope. Je les ai encore jamais vu mais il paraît qu'ils sont supers sur scène. J'ai entendu une ou deux de leurs chansons...je crois que tu devrais aimer. »
Il y eut un instant de silence.
« Bon, va pour le Nosturi demain alors. » fit finalement Remus en déposant un baiser sur ses lèvres, comme pour sceller leur accord.
Il sentit Sirius sourire face à son approbation.
Le lendemain, Sirius vint le chercher, enthousiaste, chez lui pour l'emmener au dit bar qui faisait aussi office de salle de concert, le Nosturi.
Le trajet se fit en moto, étant assez long. Et puis ce n'était pas comme si Remus détestait cet engin.
Plus tôt dans la journée, il avait reçu quelques appels – sa tante surtout, qu'il considérait presque comme sa mère – et quelques cartes venant de quelques camarades ou amis qui étaient trop loin pour venir en personne. Lily était aussi venue le voir, accompagnée de quelques autres amis pour lui souhaiter un bon anniversaire – vingt-quatre ans déjà !
Le jour était passé comme dans une sorte d'atmosphère irréelle, une petite bulle de bonheur prête à éclater à tout moment.
Etant en plein week-end – quelle aubaine ! – il n'avait donc pas donné cours et avait pu faire la grasse matinée jusqu'à une heure assez tardive. Le reste de la journée avait filé à une vitesse ahurissante et c'est presque surpris qu'il avait vu Sirius pénétrer dans l'appartement, tout sourire, avec un « On y va ? » joyeux.
A présent, la moto cachée dans un coin isolé, lui et le vampire avançaient vers une petite salle d'où s'échappait une musique bruyante. Un moment, il pensa réprimander son petit ami pour la garantie qu'il lui avait donné sur le non-danger pour ses oreilles trop sensibles mais il se tut. Peut-être qu'à l'intérieur, ce ne serait pas aussi infernal.
Une file de gens attendait déjà devant la porte, pour la plupart des adolescents en train de fumer, quelques rares motards un peu plus vieux venaient s'ajouter au lot, ainsi que de jeunes adultes citadins, l'air un peu déplacés parmi cette mini foule compacte et noire.
A son étonnement, Sirius ne se dirigea pas vers la file mais l'entraîna vers une porte de service, située dans une rue annexe.
Arrivé devant, il frappa deux coups précis et prononça un mot que Remus identifia comme étant de langue étrangère d'une voix claire.
Aussitôt, on les fit entrer.
Une jeune femme brune sourit à leur passage et dit d'un ton amical ce qui devait être une forme de bienvenue. Les consonances de la langue n'étaient pas familières au loup-garou.
Après un rapide examen de la salle, elle leur indiqua une petite table située un peu à l'écart mais avec une bonne vue sur la scène.
Sirius acquiesça avec un sourire et emmena Remus au lieu désigné, jetant un rapide coup d'œil à la scène. La première partie était assurée par un petit groupe de sleaze rock aux allures excentriques et à la voix nasillarde. Le jeune homme châtain n'appréciait pas vraiment.
Une fois assis à leur place, il murmura à l'intention de Sirius :
« Tu passes toujours par la porte de service ? »
Celui-ci sourit. « Pourquoi se casser la tête à attendre dans une file quand on peut entrer si facilement ? »
Remus rit légèrement. « Pas faux. Mais tu ne paies jamais, ce n'est pas très juste. »
« Ne t'inquiètes pas pour ça. Je paierai au patron tout à l'heure en passant au bar. »
Il allait répondre quand une voix l'interrompit.
« Hey, Sirius ! »
Sirius se retourna, surpris, avant de remarquer qui l'avait appelé. Un sourire illumina son visage et il se leva précipitamment à l'encontre de son ami.
« Will ! Je croyais que tu étais parti en Allemagne ! »
Le chanteur de Sa Majesté Infernale rit chaudement en rendant son étreinte à Sirius.
« Je suis rentré hier. J'ai entendu dire que Helsinki Vampires venait jouer à Londres aujourd'hui, il était hors de question que je rate ça. »
Le vampire sembla remarquer Remus et s'avança rapidement vers lui pour lui serrer la main, une expression amicale sur les traits.
« Heureux de te revoir Remus. »
Sa bonne humeur était communicative. Le loup-garou se surprit à lui rendre son sourire.
« Alors, quelles nouvelles ? Tout va bien ? J'ai entendu dire que tu avais été convoqué à Paris ? » Il haussa un sourcil interrogateur en direction du jeune homme brun, débout à son côté.
Remus vit Sirius lui jeter un rapide coup d'œil gêné. « Ouais. Alphard m'a fait venir pour la réunion. » Il continua rapidement, souhaitant clairement ne pas évoquer le sujet. « Sinon tu sais quoi ? James et Lily sont ensemble...tu sais, la fille rousse qui était avec nous au Tavastia la dernière fois ? »
Will sembla surpris. « Vraiment ? James...James Potter ? » Sirius acquiesça, avec un grand sourire. « Et bien...Je ne sais pas quoi dire... » L'incertitude se lisait dans ses yeux. « J'imagine que...je suis heureux pour eux. » Il eut soudain l'air accablé, amer. « Ça n'apporte pas que du bon, tu sais. »
Une tristesse fugace passa sur les traits de Sirius. « Je sais. »
Le silence se faisait tendu. Sirius avait l'air mal à l'aise et Will paraissait nostalgique, comme hanté par de vieux souvenirs. Pendant ce temps-là, le groupe de sleaze rock finit sa dernière chanson et sortit de scène, sous les applaudissements d'une bonne part de la salle. Remus avait à peine écouté ce qu'ils avaient joué.
Will sembla retrouver son entrain habituel :
« Oh oh, c'est bientôt au tour des Helsinki Vampires de commencer leur show ! Je vous laisse, à plus ! » fit-il en s'écartant d'eux, marchant vers la scène.
Il était déjà assez loin quand il sembla tout d'un coup se rendre compte de quelque chose.
« Sir ! » appela-t-il. Sirius se retourna vers lui, un sourcil haussé. « Il y en a beaucoup ce soir, fais gaffe. »
Une expression troublée traversa le visage du vampire avant qu'il n'acquiesce, un peu raidement et que Will reparte vers le devant de la salle, glissant à travers les fans comme une ombre.
Il se rassit, légèrement agité et jeta de rapides coups d'œil autour d'eux. Il était clair qu'il était anxieux.
« Il y a beaucoup de quoi, ce soir ? » demanda Remus, intrigué par le comportement du jeune homme brun.
Celui-ci tourna le regard vers lui et lui fit un sourire crispé.
« De vampires. Je crois que ceux du groupe en sont vraiment et...bon, ils viennent de loin et...le Nosturi est assez fréquenté par...ceux de notre espèce. »
La fin de son explication mourut sous le bruit de la salle. Des cris retentirent soudain dans la foule et ils reportèrent leur attention au concert. Il y avait une sorte de tension électrique dans l'air. Remus en aurait suffoqué.
« Tervetuloa jokainen Nosturiin. » fit une voix grave et profonde, surgissant des ténèbres de la scène.
Les projecteurs s'allumèrent brusquement et éclairèrent d'un halo blême l'homme qui avait parlé. Grand, pâle de peau, les cheveux noirs lui arrivant aux épaules, spécialement ébouriffés grâce à la laque, il avait un visage allongé et ses yeux bleu glace étaient cernés de crayon noir. Il portait une fine chemise noire dont les deux premiers boutons étaient détachés, révélant un chapelet noir passé autour de son cou. Un pantalon en cuir noir moulant, retenu par une ceinture à carreaux métalliques et agrémenté de chaînes sur les côtés, ainsi que des New Rock complétait sa tenue. On ne comptait pas le nombre impressionnant de bagues en argent ni le bracelet en cuir noir qui enserrait son poignet droit.
Les gens se rapprochèrent de la scène, captivés. Le chanteur sourit et s'approcha une nouvelle fois du micro.
« We are the Helsinki Vampires and tonight...we gonna rock ! »
Des cris se firent entendre parmi la petite foule qui s'était rassemblée devant les barrières. Les projecteurs illuminaient à présent faiblement l'estrade, les lumières étaient dans des tons froids, vert, bleu, blanc pâle, donnant au tout un aspect spectral. Beaucoup d'adolescents arboraient une ânkh étrange, déformée, altérée, sous n'importe quelle forme, collier, patch, badge, tatouage ou T-shirt. Remus ne comprenait pas cette signification mais ne se posa pas plus de question, surtout intrigué par le chanteur. Il n'était pas spécialiste dans la "détection de vampires" mais il était certain que cet homme sur scène en était un. Le physique, le timbre de voix, le charme surnaturel, cette aura, tout ça ne trompait pas. Il jeta un coup d'œil aux autres membres du groupe qui venaient d'arriver à la suite de leur leader. Tous avaient ce style propre aux gothiques et cette pâleur, ces traits glacés caractéristiques aux vampires...impossible de se tromper.
Une première chanson fut amorcée.
Lente, entêtante, mélangeant habilement claviers et guitare, elle avait quelque chose de fantomatique et de séduisant en même temps. La voix d'outre-tombe du chanteur ne faisait qu'accentuer le côté étrange de la mélodie. Il y était question d'anges, de douleur, de rêves et de mort.
« Pourquoi une ânkh ? » demanda-t-il soudain, remarquant que le symbole se trouvait aussi sur le dos de la veste du bassiste.
Sirius sourit. « L'ânkh est le symbole de la vie éternelle. Quoi de mieux pour représenter des vampires ? » Il fit un vague geste de la main en direction de la foule, un rictus moqueur aux lèvres. « Même quand c'est à ce point flagrant, ils ne remarquent rien. »
Remus réprima un frisson.
Il se sentait étrangement mal à l'aise. La peur, l'angoisse l'étreignaient peu à peu. Il n'avait jamais vraiment craint ni prêté attention aux risques que pouvaient représenter les vampires jusqu'à présent. Il fallait dire que ses pauvres connaissances en la matière se résumaient à Sirius, James, Will et à ses différentes lectures, d'ailleurs certainement pas très exactes. Mais voilà que le bar en était infesté. Il savait que beaucoup d'entre eux n'avaient pas autant de scrupules que ceux qu'il connaissait – d'ailleurs, ceux-là étaient des exceptions – et cela ne faisait que renforcer son malaise. Y'en avait-il un, caché là, tapi derrière lui, qui n'attendait qu'une faiblesse de sa part pour le prendre ? Mais il savait que tant que Sirius serait à côté de lui il ne risquait rien.
Presque comme s'il avait deviné ses pensées, celui-ci se leva et lui glissa à l'oreille : « Je reviens dans deux minutes. »
La gorge trop nouée pour parler, il ne put pas le retenir et regarda, presque impuissant, l'ombre noire de Sirius filer dans les ténèbres du bar.
Une nouvelle chanson débutait, plus entraînante, plus rock. Le chanteur avait un sourire moqueur aux lèvres. Il ne tarda pas à comprendre pourquoi.
We are dead until dark
But it's another thing
Nothing really matters
Behind the shades of blue
Il sursauta quand le visage d'une jeune fille se retrouva face à lui.
Jolie, ses cheveux blonds – presque blancs – bouclés retombaient en mèches soignées de part et d'autre de son visage, le reste étant attaché en un chignon lâche d'où s'échappaient quelques mèches, le tout en une coiffure élégante et sophistiquée. Elle avait la peau pâle, blanche, presque opalescente. Ses yeux brillaient d'un éclat étrange dans le noir, à la fois bleu et violet. Elle devait avoir environ dix-sept ou dix-huit ans au vu de ses traits encore juvéniles. Elle était habillée comme une aristocrate sortie des temps passés, un corset noir serrait sa poitrine et une jupe, noire elle aussi, à volants et dentelles lui descendait jusque par terre. Ses bras fins et blancs étaient décorés de bracelets serpentins s'enroulant autour de ses poignets et ses doigts étaient décorés de quelques bagues en argent et aux motifs tout aussi serpentins. Un collier fait de minuscules pierres noires tressées ensemble enserrait son long cou délicat.
Directement, il prit peur devant l'aura que dégageait cette fille. Pas humaine, pas humaine ! lui criaient son esprit et le loup en lui.
You say
You wanna live like I do
But it's another thing
Nothing really matters
Behind the shades of blue
Elle prononça des mots qu'il ne comprit même pas. Elle se rapprochait dangereusement de lui et il était paralysé par son regard. Il ne pouvait plus bouger, il avait l'impression d'être une souris fascinée face à un serpent charmeur. Tous les sons, les couleurs, les odeurs s'étaient évanouis autour d'eux, ne restait plus qu'elle. Qu'elle et son sourire séducteur et dangereux, elle et sa peau blanche, oh si blanche, elle et ses yeux fascinants.
'Cause in the end
We're just reborn again
Une main s'abattit durement sur son épaule et brisa le contact visuel, le ramenant brutalement à la réalité.
« Dégage. »
La voix de Sirius résonna derrière lui, calme, basse, pleine d'une colère froide et contenue. Il pouvait presque deviner le regard glacial qu'il lançait à la jeune inconnue.
Sa bouche rouge et pâle se tordit en une moue boudeuse.
« Tu n'as pas le droit de me voler mes proies. » fit-elle, sa voix flûtée et légère sonnant comme un doux carillon dans l'air soudain trop étouffant pour Remus.
« J'étais là avant toi. » répliqua calmement Sirius.
« Tu étais parti. » Elle ne démordait pas, le pli désapprobateur s'accentuant à chaque fois un peu plus. Elle jeta un coup d'œil au loup-garou et eut l'air ennuyée.
« Tu n'as pas le droit de chasser. » fit Sirius, agacé.
Un sourire victorieux tordit la jolie bouche et Remus devina l'espace d'un bref instant les petits crocs cachés derrière ces lèvres qui paraissaient si douces.
« J'ai l'âge. »
La pression sur son épaule se fit plus forte, presque meurtrissante, et il tourna la tête pour voir Sirius darder d'un regard dur et glacé la jeune fille.
« Il est à moi, va trouver quelqu'un d'autre. »
Le sourcil blond se haussa délicatement.
« Alors pourquoi tu n'étais pas là ? Il était à la merci de tout le monde. Qui va à la chasse perd sa place Siry, maintenant il est à moi. »
Sirius fit un geste violent de la main en direction de la jeune fille mais ne la toucha pas.
« C'est ta première chasse, hein ? Tu ne sais même pas t'y prendre. »
« Qu'est-ce que tu en sais ? Je me débrouillais très bien avant que tu n'arrives. »
Sa moue boudeuse ne quittait pas ses traits et ainsi, elle avait l'air d'une petite fille gâtée pourrie qu'on aurait vexée – ce qu'elle était sûrement par ailleurs. Son ton était irrité, contrarié.
« Tiens donc ? » fit-il, méprisant. « Alors observe et apprends. »
Et soudain, d'un geste brusque mais étonnamment doux, Sirius saisit la nuque de Remus et se rapprocha de lui. Il sentit le charme que le vampire développait et y succomba. Leurs lèvres se rencontrèrent en un baiser fiévreux et la surprise passée, il eut un brusque éclair de lucidité, se souvenant que c'était comme ça que tout s'était passé la première fois.
Mais cette fois-ci, il n'avait pas l'intention de le repousser et amena plus étroitement Sirius à lui. Il sentit le sourire satisfait du vampire contre ses lèvres. C'était justement ce qu'il attendait.
Il entendit un petit reniflement dédaigneux près d'eux et ouvrit les yeux – qu'il ne se souvenait pas d'avoir fermés – pour observer l'inconnue les fixer d'un œil furieux et vexé.
Sirius s'écarta de lui avec un sourire et s'adressa moqueusement à la vampire, la toisant avec hauteur : « Tu as retenu la leçon, ma chérie ? »
« Tu me dégoûtes Sirius. »
« Tant mieux, peut-être qu'au moins comme ça tu ne m'emmerderas plus. »
« Je dirai à ta famille que tu couches avec des hommes. »
Elle dût se rendre compte de la puérilité de sa phrase et ses joues rosirent d'indignation.
« Et alors ? Qu'est-ce que j'en ai à faire qu'ils soient au courant ? » répondit Sirius avec un grand sourire railleur.
La jeune fille eut une mine horrifiée et révulsée.
« Et tu ne le nies même pas ! »
« Bien sûr que non. Je ne suis pas le parfait parti que tu croyais, tu vois ? »
« Je ne comprends pas pourquoi elles veulent toutes t'avoir. » fit-elle avec une mine dégoûtée.
« Tu leur poseras la question dans ce cas, je suis sûr qu'elles voudront volontiers échanger leur place contre la tienne. » répondit Sirius avec sarcasme.
« Pas question. Je t'aurai, que tu le veuilles ou non. » Son ton était déterminé et assuré. Son regard était enflammé et une lueur de ferme résolution y brillait.
Mais Sirius avait déjà détourné son attention et fixait Remus, l'ignorant superbement.
« Mais c'est ça ma chérie, c'est ça, va faire joujou ailleurs et laisse-moi tranquille. » ricana-t-il avec un geste de la main signifiant qu'elle pouvait prendre congé.
Vexée, humiliée, elle partit à toute allure – non sans lancer une dernière insulte – vers un autre coin de la salle, sous le regard victorieux et méchamment moqueur de Sirius.
Remus mit un temps à se remettre de l'altercation. Tout ça lui paraissait trop irréel. La musique lui parvint à nouveau, avec brutalité. La voix du crooner vampirique se faisait moqueuse et rageuse à présent, un rire dément venant s'insérer entre des paroles qui se référaient au diable. Il retomba sur terre. Ces deux fiers aristocrates immortels se l'étaient disputés comme un vulgaire bout de viande ! Le jeune homme brun se rassit à côté de lui et passa un bras possessif autour de sa taille tout en déposant un baiser appuyé dans son cou. Avec horreur, il sentit ses crocs contre sa peau. Il refusait de se faire prendre sa victime.
« Sirius, qui c'était ? » parvint-il néanmoins à demander, plus que saisi.
Le vampire s'écarta de lui, le regard légèrement troublé et contrarié; il ne semblait pas comprendre sa question. Puis, il réalisa.
« Oh, elle ? C'est ma fiancée. »
Atmosphère : album Getting Away With Murder – Papa Roach / Out of Control – Hoobastank, 2 septembre
album The Reason – Hoobastank / album Blessed Be – The 69 Eyes, 3 septembre
The Sacrament – HIM / album The Silent Force – Within Temptation, 5 septembre
album Blessed Be – The 69 Eyes, 7 septembre
album Rakkautta Ja Piikkilankaa – Uniklubi, 14 novembre 2007
album Deep Shadows and Brilliant Highlights – HIM, 15 novembre 2007
Killing Loneliness – HIM, 17 novembre 2007
Poison Heart (acoustic) – HIM, 18 novembre 2007
Rebel Yell – HIM, 19 novembre 2007
C'est le début de la chute...Qui a dit que j'étais une auteur sadique ?
Voici donc le chapitre 20 qui amorce la "cassure" dans Vampire Heart.
Pour clarifier les choses, le plan idéal de cette fic c'est un prologue pour "la mise en scène", 10 chaps pour amorcer le début, 10 chaps de "relation", 10 chaps pour préparer la fin et un épilogue en plusieurs parties (mais toutes comprimées en un seul et long épilogue logiquement). Donc, au moment où j'écris, rien n'est encore tout à fait sûr...mais j'ai les idées globales en tête et une grande partie du dernier chapitre ainsi que les deux premières parties de l'épilogue sont déjà écrites.
Pour parler du chapitre en lui-même...eh bien, Helsinki Vampires est le nom officieux du groupe de gothic rock finlandais The 69 Eyes (qui a une ânkh modifiée pour symbole) et le Nosturi est une autre salle de concert bien connue à Helsinki.
Pour information, " Tervetuloa jokainen Nosturiin" veut dire "Bienvenue à tous au Nosturi. " en finnois.
Et la chanson utilisée dans ce chapitre est "Lost Boys", de The 69 Eyes sur leur album Devils. Elle parle bien sûr de vampires ;p Voici la traduction :
Nous sommes morts jusqu'à l'obscurité
Mais c'est autre chose
Rien ne compte vraiment
Derrière les teintes de bleu
Tu dis
Que tu veux vivre comme moi
Mais c'est autre chose
Rien ne compte vraiment
Derrière les teintes de bleu
Parce qu'à la fin
Nous renaissons tout simplement
