Chapitre 22

Trois jours.

Trois jours passés sans aucune nouvelle.

Il allait devenir fou.

Pourquoi lui en voulait-il autant ? Qu'avait-il fait de si mal ?

Il avait réessayé de l'appeler, plusieurs fois, et il n'avait pas répondu ni retéléphoné.

Et ses derniers mots, si durs !

« Laisse-moi. »

Il désespérait. Il ne savait pas quoi faire pour le récupérer. Il ne répondait pas aux appels et il doutait que Remus apprécie qu'il fasse irruption dans l'appartement après lui avoir clairement fait comprendre que leur relation était finie.

Une boule se forma dans sa gorge et il ravala le sentiment d'abattement qui le saisit.

Il était perdu.

Et Vitany qui paradait dans le manoir comme une reine ! Elle était enfin admise dans le cercle des adultes et s'en targuait !

Et quand on lui demandait pourquoi elle était venue à Londres, elle répondait « Pour voir mon fiancé » comme si c'était son souhait à lui ! Elle aurait tout aussi bien pu rester à Cardiff, ça ne lui aurait pas déplu.

Comme il pouvait la haïr !

C'était de sa faute si Remus refusait de lui parler, pourquoi avait-il fallu qu'elle le choisisse lui au lieu de n'importe quelle autre victime ? Attirait-il tous les vampires ?

Cette pensée le glaça. Non, non, non, il refusait ! Remus était à lui et à personne d'autre !

Et soudain, avec une force brutale et violente, les mots du jeune homme lui revinrent en tête.

« C'est ça que je suis pour toi ? Juste une "chose" ? Un objet que tu peux t'approprier comme bon te semble ? »

Et peut-être que c'était ça qu'il lui reprochait. De le considérer comme un objet.

Pourtant, il ne l'avait jamais considéré comme tel !

Mais peut-être que son attitude s'y prêtait. Oh dieux, non !

Il était paniqué à l'idée que Remus lui en veuille et ne souhaite plus le voir.

Être coupé de lui l'horrifiait.

Il avait besoin de lui, il avait besoin de sa présence, de sa chaleur.

Le voir était vital, lui parler essentiel, le toucher primordial.

Il ne pouvait pas s'en passer, c'était une vraie drogue, une obsession.

Il gémit de consternation et se prit la tête entre les mains.

Il avait désespérément besoin de lui.

Un coup frappé à sa porte se fit entendre, suivi de deux autres, très caractéristiques.

Il se raidit puis soupira avant de lancer un « Entre » en direction du panneau de bois.

Presque aussitôt, un garçon, plus jeune que lui, entra. Les cheveux noirs coupés courts, portant un habit de brocart d'un bordeaux profond, il le fixa quelques instants de ses yeux noirs avant de fermer la porte derrière lui. En voyant la tension qui habitait le corps de Sirius, un sourire étira ses lèvres pâles.

« Je n'ai aucune mauvaise nouvelle, ne t'inquiète pas. »

Inconsciemment, Sirius lâcha un soupir de soulagement en fermant les yeux, laissant les muscles qu'il ne se rappelait pas avoir bandé se détendre lentement.

Regulus eut un sourire incertain puis se rapprocha de son frère, mal à l'aise.

« Je peux m'asseoir ? » s'enquit-il en montrant la place sur le lit à côté de Sirius.

Celui-ci hocha la tête, vaguement surpris de la réserve de son cadet.

« Tu viens pour quoi ? »

Regulus grimaça. « Je n'ai pas grand-chose à faire, je m'embêtais et...je me posais des...questions. »

Sirius haussa un sourcil. « Des questions ? »

Le jeune vampire acquiesça, un peu embarrassé.

« Sur...ton humain et toi. »

« Oh. » Il tenta d'ignorer la douleur sourde qui se rappela à lui dans sa poitrine. « Qu'est-ce que tu veux savoir ? » demanda-t-il, légèrement intrigué. Il était surpris que Regulus cherche à savoir quelque chose sur la relation que lui et Remus avaient.

Si leur attitude – presque – cordiale l'un envers l'autre aurait pu paraître déplacée auparavant, ce n'était plus le cas maintenant. Son frère s'était énormément rapproché de lui ces derniers temps. Ces derniers jours pour être franc. Ça c'était passé d'une manière étrange, fortuite presque...

xXx

« Sirius. »

Celui-ci se retourna, surpris, vers son cadet.

« Qu'est-ce qu'il y a Regulus ? »

Le jeune vampire tourna la tête à gauche, à droite puis saisit la main de son frère pour l'emmener dans la chambre. Il n'eut pas le temps de protester que la porte se fermait et que son frère lui adressait la parole en un chuchotis pressé et inquiet :

« Je sais. »

Sirius haussa un sourcil et eut un sourire moqueur.

« Tu sais beaucoup de choses, Reg, mais là, vois-tu, je ne sais pas de quoi tu parles. »

Celui-ci le fixa d'un oeil agacé.

« Je sais. Pour ton humain. »

Sirius sentit son sang se glacer dans ses veines mais il réussit à garder une expression froidement railleuse. Il espérait que Regulus n'avait pas remarqué son hésitation.

« Mon humain ? Depuis quand j'ai un humain attaché au bout d'une laisse, frérot ? »

Sa bouche se tordit d'exaspération.

« Ne joue pas avec moi Sir, je ne suis pas con. »

« Non, tu es loin de l'être, c'est juste que tu ne fais pas assez fonctionner ta cervelle indépendamment de la volonté des autres. »

« Laisse-moi parler ! »

« Tu ne fais que ça depuis le début. »

Regulus enserra soudain son poignet avec force, ses doigts fins l'entourant solidement. Sirius tenta de l'écarter, sans succès.

« Je suis sérieux. Je sais pour celui que tu vois. Je suis au courant que tu as une relation avec un humain. »

Sirius sentit la panique l'étreindre. Non, non, non ! Ça ne pouvait pas arriver, pas maintenant !Par miracle, il parvint à garder son ton calme et suffisant.

« Tiens donc ? Et depuis quand les vampires se lient-ils à des humains, Reg ? »

Son frère soupira et secoua la tête, faisant voler quelques courtes mèches devant ses yeux.

« Ne me prends pas pour un vampire arriéré – un putain de sang-pur de Black qui plus est. Ne me mens pas, c'est inutile. Je veux juste te dire que si moi je le sais, les autres aussi peuvent être au courant. Tu n'es pas discret Sir, loin de là. Et tu sais que si tu ne fais pas un peu plus attention, ton cher humain risque d'en pâtir. Tu ne veux quand même pas qu'on le chasse et toi avec ? »

Il haussa un sourcil interrogateur et afficha un sourire cynique. Sirius eut soudain l'horrible impression de se trouver face à un double de lui-même, aussi rusé, habile et moqueur. C'était déstabilisant, et loin d'être agréable.

Il résista un long moment devant l'air sûr de son frère avant de finalement laisser tomber le masque. Il poussa un soupir défaitiste.

« Ok. Comment tu as su ? »

Le sourire de Regulus s'élargit devant sa victoire. Il avait réussi à faire plier son indomptable aîné.

« Vitany. Elle est rentrée furieuse de sa première chasse, te maudissant et jurant à tout va que tu n'étais qu'un horrible goujat dégoûtant. »

Sirius grimaça.

« Charmant portrait. »

« Elle a aussi précisé que tu étais une aberration de la nature et qu'elle ferait tout pour te remettre sur le droit chemin. Te faire changer de trottoir pour reprendre ses mots. »

« Très subtile cette fille. »

Regulus ricana.

« Tu ne l'es pas non plus Sirius. Quelle idée de t'afficher ainsi ! Plein de vampires ont vu cette scène ! »

« Comment ça, "plein" ? » s'enquit-il, tendu, sans réussir à cacher son inquiétude.

« Lucius s'est fait un plaisir de raconter au petit salon du premier étage ce qu'il en était de ton choix de victimes et de ton incapacité à tenir tranquille ta future femme. Et surtout ta piètre performance de charme vu que ta proie t'a échappée. »

Regulus eut un sourire moqueur et Sirius grimaça.

« Tu es trop Black pour ton propre bien, Reg. »

« Je pourrais dire la même chose de toi, Sir. »

Les mêmes sourires narquois et complices.

« Tu me surprends Regulus. »

« Tu m'as trop souvent sous-estimé Sirius. »

Un sourire tordit la bouche de l'aîné des Black.

Un silence confortable s'installa entre eux. Le premier depuis très longtemps.

« Comment on a pu en venir à ça ? » demanda soudain Sirius.

« L'âge. » répondit Regulus en haussant les épaules, comme si c'était sans importance. « J'étais trop jeune pour toi, tu t'es tourné vers quelqu'un d'autre, ton côté rebelle s'est accentué et on s'est éloigné. » Alors que Sirius ouvrait la bouche pour répliquer, il ajouta : « Il est trop tard pour essayer de rattraper le temps perdu et de toute façon, le mal est déjà fait. » Un soupir. « Mais revenons au problème dont on parlait en premier lieu. Fais plus attention Sirius ou tu auras vraiment des ennuis. »

Un sourire amer tordit ses lèvres.

« C'est facile, il refuse de me parler pour l'instant. »

Regulus haussa un sourcil interrogateur, surpris.

« Pourquoi ? »

« Vitany. Je ne lui ai pas dit que j'étais fiancé. Il l'a mal pris. »

« Ca fait combien de temps ? »

« Un peu plus de deux mois. »

« Finalement, tu es plus doué que je ne l'aurais crû. »

« Merci bien Reg. »

Un éclat de rire. Regulus secoua la tête avec un sourire désabusé.

« Je ne peux pas te juger et te dire que ce que tu fais est stupide, interdit et mal. » Son sourire ironique disait pourtant qu'il n'en pensait pas moins. « Mais sache que...si tu as un problème, je ferais de mon mieux pour te couvrir...dans la mesure de mon possible. Je ne promets rien, sois en bien conscient. »

« Fin stratège. »

« Pas un Black pour rien. »

Un sourire.

« En effet. »

xXx

Regulus tritura machinalement ses doigts.

« Je...je sais que ça va paraître très stupide mais...ne te moque pas de moi, d'accord ? » fit-il en essayant de cacher son embarras.

Sirius fronça les sourcils. Pourquoi se moquerait-il de lui ?

Puis il réalisa que c'était l'attitude qu'il aurait adoptée...avant. Il y avait juste trois jours. Il ne put empêcher une pointe de culpabilité l'envahir. Il avait été odieux avec son frère.

« D'accord. Vas-y, demande-moi. » dit-il avec un sourire rassurant.

Regulus le lui retourna, en un peu plus chancelant néanmoins.

« Je me demandais...c'est...comment de...de ressentir ça pour quelqu'un ? »

Le mot "amour" était presque tabou dans leur famille.

Sirius grimaça légèrement.

« Si tu ne veux pas répondre, je... » fit précipitamment son frère, en remarquant son expression.

« Non, non, c'est rien, c'est juste que...en ce moment, ça ne va pas trop fort, tu vois ? »

Regulus hocha la tête, contrit et marmonna un rapide « désolé ».

Sirius réfléchit soigneusement aux mots qui conviendraient. Il ne savait pas comment s'exprimer.

« Disons que c'est...étrange. C'est comme...de l'amitié mais en beaucoup plus fort. Non...en fait, c'est très différent de l'amitié. » se rattrapa-t-il en songeant à James. « C'est...c'est quelque chose qui t'attire, irrésistiblement vers quelqu'un. Tu ne vois, ne penses qu'à lui. Ça devient une obsession. C'est...tellement puissant que tu ne peux rien faire contre, c'est comme si tu voulais nager à contre courant mais que le fleuve t'emportait, tu vois ? » Regulus hocha la tête. « Et ça fait mal...horriblement mal quand ce n'est pas réciproque. » Il eut une grimace amère. « Ça peut te faire commettre des folies, te faire changer du tout au tout, juste pour plaire à cette personne. Tu serais prêt à tout pour elle. Absolument tout. Sacrifier tout ce que tu es, tout ce que tu as juste pour pouvoir l'avoir un peu plus, elle. Je ne sais pas si tu comprends...C'est difficile à expliquer. » s'excusa-t-il.

Regulus lui fit un léger sourire. « Non, c'est bon, je comprends. »

Sirius reprit : « Et ça te transporte, complètement. C'est formidable quand tu as enfin réussi à...être avec elle, disons. Tu te dis que plus rien d'autre n'a d'importance. Que tout ce qu'il y avait avant ne compte pas, que ta vie commence maintenant. » Il eut un léger sourire. « Être loin de lui est une torture, tu sais ? J'ai parfois l'impression de perdre l'esprit quand il n'est pas près de moi. C'est mon oxygène, lui qui me permet de vivre. Il est ma raison de vivre. »

Il s'arrêta, choqué par ses propres mots. Il n'avait jamais songé à Remus ainsi...jusqu'à présent. Quelque chose était irrévocablement en train de changer mais il ne parvenait pas à dire quoi.

Regulus sembla remarquer son trouble et posa avec hésitation une main sur son épaule.

« Sir...ça va ? »

Son frère lui fit un pauvre sourire. « Oui...oui, ça va. » Il prit une profonde inspiration, cherchant à reprendre ses esprits. « Tu n'imagines pas à quel point j'ai mal en ce moment. » Il eut un rire cassé. « Je ne veux pas que ça finisse. Jamais. Et je ferais tout pour lui, absolument tout. » Il se prit la tête entre les mains. « Et en même temps, je le comprends. Je sais que c'est mal de lui mentir mais il y a tout simplement des choses qu'il ne peut pas savoir. Je sais que j'aurais dû lui dire que j'étais fiancé mais...ça me paraissait tellement sans intérêt. Je ne pensais pas qu'il en serait aussi préoccupé. Pour moi, il y a juste lui qui compte, les autres ne valent rien. Mais il ne comprend pas. Il ne me croit pas. Je ne représente pas autant pour lui que ce qu'il est pour moi. » Rire amer. « Il y en a eu d'autres comme moi. Et il y en aura sûrement d'autres encore. Je n'en suis qu'un parmi tout ceux-là. Je n'ai même pas de valeur particulière. Je suis juste moins commode. Je ne peux pas être avec lui en plein jour, je ne peux pas rester tout le temps avec lui au risque de lui sauter dessus, je ne peux pas me passer de me nourrir d'autres pour lui. Je ne vois même pas ce qu'il fait avec moi. Il pourrait trouver tellement mieux. Quelqu'un qui ne pète pas un câble et manque de tuer juste parce qu'il est jaloux. Quelqu'un qui ne risque pas de le dévorer toutes les deux minutes. Quelqu'un qui ne lui ment pas sans arrêt. Quelqu'un qui puisse être sans danger pour lui, qui puisse... » Il cala sur le mot. « ...l'aimer comme il devrait l'être. » Il s'arrêta, secoua la tête et éclata d'un rire amer . « Je ne suis qu'un putain de crétin égoïste. »

Regulus se mordit la lèvre, incertain de ce qu'il devait faire. Il voyait bien la détresse dans laquelle se trouvait Sirius mais ne savait que faire pour y remédier. Pendant un moment, il se maudit d'être un vampire.

Hésitant, il passa un bras autour des épaules de son frère. Celui-ci sursauta violemment et tourna un regard abasourdi et choqué vers lui. Précipitamment et en rougissant, il recula, s'excusant de son geste. Il se morigéna intérieurement. Qu'est-ce qu'il lui avait pris d'agir ainsi ? Il était un vampire, un Black. Il n'était pas censé consoler les gens !

Sirius eut une mine triste.

« On fait pitié, hein ? On est même pas capables de montrer des sentiments. »

Il secoua la tête puis se rapprocha de son frère et le serra fortement dans ses bras. Regulus se figea dans l'étreinte. Un moment, son cerveau arrêta de fonctionner.

C'était la première fois qu'on l'enlaçait.

Un peu maladroitement, il rendit son accolade à Sirius. La sensation était étrange. Et nouvelle.

« Je suis désolé, Reg. Désolé pour tout ce que j'ai dit et fait. Désolé d'avoir été aussi cruel avec toi, tu ne le méritais pas. » lui souffla son frère.

Il sentit quelque chose de chaud rouler sur ses joues. Avec stupéfaction, il remarqua qu'il pleurait. Un goût métallique, rouillé et salé toucha ses lèvres. Du sang.

Au bout d'un moment, la pression des bras de Sirius autour de lui se relâcha et il fut déstabilisé du brutal sentiment de perte qu'il en ressentit.

« Mêmes nos étreintes sont glacées, c'est comme si nous étions déjà morts. » fit-il avec un rire cassé.

Incapable de supporter plus longtemps l'affliction de son frère, Regulus se jeta à son cou et l'enserra avec une force presque meurtrissante, enfouissant la tête dans son épaule pour cacher ses larmes.

« Je ferai tout pour t'aider, Sirius. Je te le jure. »

Dans le silence et le froid qui régnaient dans la chambre se révélèrent les vestiges d'un ancien lien entre eux. Un lien abîmé par le temps, usé par la fatigue et l'incompréhension, distendu par l'éloignement, fragilisé par les répliques cinglantes et les remarques acerbes, mais un lien présent tout de même.

Ils étaient du même sang.

Ils étaient frères.


Accoudé au bar d'un pub dont il avait déjà oublié le nom, il fixait la piste, essayant de repérer une potentielle victime entre les formes mouvantes qu'il apercevait entre les faisceaux lumineux. Ces flashs de lumière lui donnaient mal à la tête, lui tournaient les sens, mais il devait s'en accommoder s'il voulait chasser.

Il y avait des tas de jeunes à cette soirée, autant de junkies que de stupides écervelés.

C'est un bar à vampire, bande de crétins, avait-il envie de leur dire alors qu'il buvait lentement sa bière avec un sourire désabusé.

Même pas foutus de reconnaître un buveur de sang quand ils l'ont en face d'eux. Pathétique.

Il sentit plus qu'il ne vit quelqu'un s'asseoir sur le siège vide à sa gauche. Il n'y prêta pas attention.

Quelques secondes plus tard, une deuxième personne se posa à sa droite mais il ne s'en formalisa pas. Après tout, ils pouvaient bien choisir leur place librement, non ?

Mais un regard fixe posé sur sa nuque l'agaça et il résista à l'envie brutale de se retourner et de foudroyer l'opportun du regard. Ce n'aurait pas été une attitude tout à fait normale.

L'homme à sa gauche fit un signe au barman. Sirius supposa que c'était pour passer commande.

Le barman acquiesça, lança une instruction à un de ses garçons qui se dépêcha d'aller filer dans un coin derrière le bar.

Aussitôt, le volume de la musique augmenta.

Sirius grimaça. Encore cette foutue techno qui lui cassait les oreilles !

Il prit une nouvelle gorgée de bière et l'homme à sa droite sortit un petit flacon et l'ouvrit. Presque aussitôt, une odeur désagréable s'en échappa. Elle agressa ses narines et le fit suffoquer. Il tenta de s'éloigner de la senteur et se pencha un peu en arrière pour trouver un courant d'air frais.

Un serveur inattentionné le bouscula et le verre brisé qu'il ramenait écorcha Sirius au passage.

Ce bout de verre était sacrément aiguisé ! Il avait transpercé avec une facilité déconcertante la fine chemise qu'il portait et légèrement entaillé sa peau. Sa blessure se refermait déjà d'elle-même.

Il soupira et lança un regard noir au pauvre serveur qui se répandait en milles excuses auprès de lui.

Il lui lança un acide « Faîtes plus attention la prochaine fois » avant de détourner la tête.

Mais l'odeur l'assaillit de nouveau et il eut l'impression que les sonorités bourrines de la musique qui passait avaient encore doublé de volume. Ses oreilles bourdonnaient.

Il eut une grimace et se décida à partir. Il ne saurait pas supporter ça une soirée entière.

Il vida son verre, paya la note en vitesse, enfila son manteau et sortit précipitamment du bar.

Il soupira de soulagement quand il fut à l'air libre. La musique lui parvenait en un volume assourdi et seules lui parvenaient les effluves d'essence, de goudron, de cigarette, de vapeurs chimiques et autres.

Résigné, il choisit de se rendre dans un autre bar. Il ne s'était pas encore nourri cette nuit.

Il marchait depuis cinq minutes dans les ruelles sombres et vides de Londres quand il entendit des pas derrière lui.

Un homme encapuchonné, pelotonné dans son manteau, avançait tranquillement derrière lui pour sa promenade nocturne. Rien d'inquiétant.

Il soupira une nouvelle fois et essaya de se rappeler un pub dans le voisinage. Malheureusement, aucun ne lui venait en tête et le plus proche se trouvait à un quart d'heure de là.

La soif le tiraillait.

Oh et puis, au pire des cas, il prendrait ce passant pour victime et voilà !

Mais il n'entendait plus les pas de l'homme derrière lui.

Il fronça les sourcils et se retourna, intrigué, pour ne voir que du vide derrière lui.

D'accord, il avait peut-être halluciné finalement, il n'y avait personne d'autre que lui dans cette rue.

Mais alors qu'il continuait sa marche, il remarqua une ombre qui se profilait au bout du chemin, entourée de brume, lui donnant un air fantomatique.

Une sueur froide lui coula le long de l'échine.

Quelque chose n'allait pas.

Puis, d'un coup, un sifflement atroce retentit et faillit lui déchirer les tympans.

Il poussa involontairement un léger cri de douleur et porta les mains à ses oreilles, par réflexe.

Mais le sifflement ne s'arrangeait pas et devenait insupportable. Puis, l'odeur, l'odeur de tout à l'heure revint avec force, envahit ses narines, l'étouffant presque.

Il avait été pris au piège.

Il sentit un coup dans son dos, un autre dans le creux de ses genoux le fit tomber à terre. Il n'eut pas le temps de se relever ou même de réagir qu'un autre atterrit sur sa tête.

Un gémissement de douleur lui échappa avant qu'une rage froide ne s'empare de lui.

Il ne se laisserait pas attraper, jamais !

Mais alors qu'il pensait cela, on lui appliqua quelque chose sur le visage et il perdit connaissance.


Il avait l'impression qu'on venait de le réveiller il y avait à peine une seconde quand il ouvrit les yeux.

La pièce était blanche, trop blanche. Trop lumineuse. Il ferma les paupières par pur réflexe.

Il entendit un rire puis une voix grave dire : « Il est réveillé. »

Quand il rouvrit les yeux, ce fut pour tomber sur deux yeux noirs moqueurs.

« Bonjour, bonjour jeune homme. » l'accueillit-on.

Sirius avait la bouche pâteuse.

« Qui êtes-vous ? »

L'homme recula et fit mine d'être surpris.

« Nous ? Nous faisons partie d'une organisation qui se charge de chasser les vermines comme toi mon grand. »

Sirius eut une grimace au mot "vermine".

« Et quel genre de vermine suis-je ? »

L'homme eut un sourire qui découvrit ses dents blanches.

« Comme si tu ne le savais pas. Nous sommes au courant tu sais ? Nous ne sommes pas comme les humains que tu peux si facilement berner, Sirius. »

Il avait beau lutter, il était incapable de mobiliser toute sa concentration en un seul point. Ses sens étaient chamboulés et il avait perdu toute notion d'espace et de temps. Néanmoins, un coin de son esprit embrouillé réussit à noter que l'homme connaissait son nom avec une vague surprise.

Comme s'il avait deviné ses pensées, le sourire de l'homme s'élargit et il répondit :

« Nous avons un dossier pour presque chaque vampire adulte de cette ville. Inutile de dire que nous connaissons beaucoup de détails sur toi, cher Mr. Black. »

« Qu'est-ce que vous me voulez ? » marmonna Sirius, clignant des yeux tellement la lumière le blessait. Tout fonctionnait au ralenti en lui.

On l'avait drogué.

« Oh, te rayer de la carte. Et peut-être que nos chercheurs te disséquerons aussi, il faudra voir s'ils trouvent que tu es un spécimen intéressant. Je crois savoir qu'ils n'ont pas encore eu un gars de pure souche. »

Sirius renifla de mépris. « Allez vous faire foutre avec vos idées tordues. »

« Hm, donc ce qu'on disait sur le côté rebelle était vrai. Bien, je note, je note. »

Cependant il ne bougeait pas. Alors seulement, Sirius se rendit compte qu'il était attaché à une plaque métallique verticale et que ses poignets, cou, taille, et pieds étaient liés à cette même plaque. Il testa la solidité des matériaux. Non, décidément trop solides.

« Impossible de t'échapper mon garçon, cette table a été conçue spécialement pour les vampires. »

Sirius roula des yeux. Il fallait qu'il essaie d'avoir l'air sûr de lui. Une bonne comédie pourrait peut-être lui sauver la vie, ou au moins lui accorder quelques minutes supplémentaires.

« Et si vous me disiez qui vous êtes et que vous arrêtiez ce ton condescendant ? Ça m'agace. »

« Parfait monseigneur, cela vous plaît-il plus ainsi ? »

« Je ne prétends pas au titre de seigneur mais je préfère, merci. »

Il eut un sourire moqueur et une lueur amusée, teintée de frustration, passa dans ses yeux.

« Maintenant, si vous pouviez me détacher et me laisser partir, ce serait parfait. »

L'homme secoua la tête.

« Tut tut tut, tu ne bouges pas d'ici, toi. Le chef n'est pas encore arrivé. »

« Je n'ai pas très envie de le voir. »

« Oh, ce serait si impoli de lui refuser cette entrevue. »

« J'ai été mal élevé, excusez-moi. »

« Je vous pardonne, cher ami. Mais dîtes-moi, n'auriez-vous pas soif ? »

Touché.

« Du tout. »

« Pourtant mes hommes ne vous ont pas vu vous nourrir. »

« Je n'ai pas besoin de sang tout le temps. » mentit Sirius.

« Aussi jeune et ayant déjà acquis un tel degré d'indépendance ? J'en doute. »

« Je suis meilleur que vous ne le supposez. »

Sciemment, Sirius lui fit un sourire qui découvrit ses crocs.

« Jolies dents. »

« Merci bien. »

« Mais votre tentative d'intimidation est ratée. »

« Ce n'en était pas une. » répondit-il, toujours en souriant.
A présent, il parvenait à distinguer la présence de quatre autres hommes dans la pièce.

Aurait-il le temps de tous les tuer ?

Mais il ne sut jamais combien de temps il aurait dû attendre ce fameux chef.

La fenêtre avait déjà volé en éclats.


Atmosphère :album Love Metal – HIM, 6 octobre 2007

album Filthy Notes for Frozen Hearts – Lacrimas Profundere, 7 octobre 2007

Bye Bye Beautiful - Nightwish, 23 octobre 2007

Pretty In Scarlet – Guano Apes, 16 décembre 2007

C'est...effrayant de voir la régularité avec laquelle je publie x.x

Ce chapitre a été écrit de manière très aléatoire, il s'agit en fait d'idées et de passages écrits pêle-mêle et mis ensemble. Comme vous le remarquerez peut-être, il a été écrit il y a pas mal de temps mais en éternelle maniaque que je suis (mais uniquement pour mes fics), je dois l'avoir relu et corrigé au moins une bonne vingtaine de fois...J'espère que ça en valait la peine !

Merci à Mi, qui a reviewé au chap14 et qui m'a donné l'idée d'écrire sur des chasseurs de vampires ;)

Sorn