Chapitre 25
« Tu n'as pas sommeil ? »
« Non. »
« Tu veux...quelque chose ? »
« Non merci. »
« Tu vas bien ? »
« Oui, ça va. »
Cela faisait plusieurs jours que leurs conversations se limitaient parfois à ces simples formules de politesse.
Formelles.
Impersonnelles.
Si Remus avait crû pouvoir briser les murailles que Sirius avait dressé autour de lui, il n'avait eu qu'à moitié raison.
Si leurs retrouvailles avaient été prometteuses, l'attitude de Sirius restait un blocage à l'épanouissement de ce début de quelque chose.
Il avait l'impression d'avoir à faire à deux Sirius : d'un côté, il était plus distant et froid, l'évitait et refusait tout contact. De l'autre, il était plus proche de lui que jamais, mais comme un drogué qui a besoin de sa dose.
Certes, il parlait plus, révélait un peu de sa vie quotidienne au repère – il parlait surtout de son frère, des Potter ou des coutumes vampiriques – mais il n'abordait jamais de sujets importants. Il mettait par exemple un point d'honneur à éviter toute discussion se rapprochant de près ou de loin à la réunion de Paris.
Et il y avait aussi cette inexplicable distance qu'il plaçait entre eux. Soit, il évitait à tout prix de le toucher, soit il recherchait les contacts physiques presque maladivement. Il semblait perdu, déchiré entre ce qu'il savait devoir faire et ce qu'il voulait faire.
Remus le surprenait souvent à rêvasser, fixant un point dans le vide, une expression soucieuse sur ses traits. Quand il lui demandait s'il allait bien, le vampire ne répondait que par un sourire et un hochement de tête.
Ce mutisme l'énervait au plus au point mais il ne savait pas quoi faire pour y remédier. Le vampire avait appelé James après son réveil, pour le rassurer, et avait dit qu'il resterait encore chez Remus pour un temps indéterminé.
Quand Remus lui avait demandé pourquoi il ne voulait pas rentrer, Sirius l'avait longuement fixé, ses yeux sondant son visage et avait répondu : « Parce que je ne veux pas voir leurs regards accusateurs, moqueurs ou empreints de pitié. Parce que je ne supporterais pas de voir le visage de ma mère. »
Quand il avait demandé si personne ne s'inquiétait de son absence, le vampire avait éclaté d'un rire amer. « Pourquoi quelqu'un s'inquiéterait pour cette pourriture de Black ? Il est mieux mort que vif ! »
Certains de ses propos étaient choquants, ou incompréhensibles. Il ne cessait de dire que c'était de sa faute si Regulus avait été pris. Il tournait en rond, comme un animal en cage, s'accusait, se blâmait de tout, refusait que Remus lui trouve une excuse à son comportement.
« Tu ne comprends pas. C'était moi qu'ils devaient prendre. Moi, pas lui. Il n'est même pas majeur et chez les vampires, il est interdit aux moins de dix-huit ans de chasser et de sortir du repère. Regulus est intelligent et sait manier les armes dans un combat préparé. Mais il ne connaît rien à la vraie vie. Ce n'est qu'un môme, putain, il est incapable de tenir tête à des chasseurs de vampires expérimentés ! C'est de ma faute si tout ça est arrivé. Si je n'avais pas fait le con...si je ne t'avais pas harcelé...tout ça ne serait jamais arrivé. Jamais. »
Dans ces moments-là, il semblait comme fou et Remus était bien incapable de le raisonner. Sirius se faisait plus distant que jamais, plus froid. Il était presque comme un étranger. Ses propos étaient violents, agressifs envers lui-même, à tel point qu'il craignait parfois pour la santé du vampire.
« J'ai toujours été un lâche et un salaud, depuis que je suis gosse. J'aurais mieux fait de crever à la naissance. Je n'ai pas arrêté d'enchaîner connerie sur connerie et c'est Reg qui s'est ramassé tous mes dégâts. "Ce que ton aîné ne fait pas, c'est à toi de le faire", c'est la logique de timbrés de mes parents ! Et il va mourir pour moi si je ne fais rien. » Sur le moment, il avait relevé la tête, fixé Remus longtemps dans les yeux avant de continuer : « Et maintenant c'est à toi que je nuis en restant là. Je risque ta sécurité et ta vie pour un simple caprice. Les chasseurs savent qui je suis. Peut-être même qu'ils sont au courant pour nous. Ils risquent de te trouver, de t'utiliser comme un moyen de pression afin de m'avoir. La meilleure chose à faire est de me supprimer. Alors tue-moi Rem, cela vaut mieux...pour nous tous. »
La gifle était partie toute seule.
Sirius le fixait, estomaqué par la force du coup. Il posa une main hésitante sur sa joue meurtrie où nulle trace ne restait des doigts de Remus.
Il ouvrit la bouche une première fois, mais se ravisa devant le regard furieux du loup-garou.
« Excuse-moi. » fit-il enfin après un long moment.
« Ne dis plus jamais ça. » siffla Remus, passablement énervé. « Il a besoin de toi. Tu ne peux pas le laisser maintenant. »
« Mais je ne sais même pas où il est ! » Sa voix avait des accents désespérés. « Comment je vais le retrouver ? Et si je le retrouve, dans quel état il sera ? Comment j'arriverais à le sortir de là ? Il faut être réaliste, il est sûrement déjà mort. »
« Sirius, c'est ton frère ! »
« Je sais bien ! » répliqua Sirius, un peu durement. « Je ferais tout ce que je peux pour le sortir de là, mais je n'ai rien qui puisse m'aider à le retrouver, rien ! Je suis retourné à l'entrepôt pour chercher des traces, il n'y a rien. J'ai été voir Will pour savoir s'il était au courant de chasseurs qui seraient passé en ville, il ne sait rien. J'ai même été voir des vampires à qui je n'adresserais jamais la parole en temps normal ! J'ai cherché des humains, j'ai cherché des... »
Il se tut brusquement, l'air horrifié.
« Tu as cherché des quoi ? »
« Rien. Rien du tout. » fit-il précipitamment, cherchant à reculer, à s'éloigner de lui.
« Sirius... »
« Non. S'il te plaît. Ne me force pas. S'il te plaît Rem, je ne peux vraiment pas. »
Et il avait l'air tellement terrifié que Remus n'insista pas.
« Hey, Rem, t'as fini ta journée, non ? »
Remus se retourna vers un de ses collègues professeurs. L'homme avait les cheveux blonds cendrés, les yeux marron, un beau visage aimable. Son sourire était communicatif ainsi que sa bonne humeur et il avait toujours été un des plus agréables avec lui. C'était lui qui lui avait donné des conseils le premier jour où il avait donné cours.
« Ouais, pourquoi ? » demanda-t-il tout en enfilant son manteau, s'apprêtant à sortir sous la pluie de mars.
« J'me demandais...tu veux pas venir prendre un verre avec moi ? Il fait super moche et puis il est pas vraiment tard...Ce serait mieux de passer son temps dans un pub avec un ami plutôt que seul chez soi, non ? » répondit son collègue avec un sourire engageant et un clin d'œil.
Remus lui rendit son sourire.
« C'est pas une mauvaise idée...Tu proposes quoi ? »
« Je connais un pub sympa...Le Chester's. Tu devrais sûrement aimer. »
Et sans qu'il lui laisse le temps de répondre, son collègue entraîna Remus hors de la salle des profs, un large sourire aux lèvres. Remus se surprit à rire devant son enthousiasme et sa joie enfantine.
« Hey, doucement, on n'est pas pressés ! » fit Remus en riant de l'ardeur de son ami tandis qu'il le tirait à travers les rues de Londres, entre tous les passants et les voitures.
« Je gèle ! Je veux vite rentrer dans le pub. Allez, Rem, on est plus très loin ! »
Remus ne fit que secouer la tête, faussement exaspéré, tout en suivant son collègue.
Une fois qu'ils furent entrés dans le pub, Remus ne put qu'approuver le choix de son ami. Le café était assez classique, l'ambiance, agréable et douce, pas saturée de fumée comme dans d'autres bars. La lumière tamisée des lampes accrochées aux murs lambrissés rendait l'endroit accueillant et donnait une atmosphère assez intime au lieu. Les bancs étaient en bois laqué d'un brun chaud et les sièges étaient recouverts de coussins vert foncé. Le sol était par endroit recouvert d'une moquette rouge bordeaux et on pouvait deviner quelques motifs dorés sur les plinthes disposées dans toute la salle. Un pianiste jouait dans le coin de la salle, sur une plate-forme légèrement surélevée au reste du bar. C'était un élégant piano à queue, noir, au son clair et dont les notes semblaient résonner doucement dans l'air.
« Alors, t'en penses quoi ? Chic, hein ? » demanda son collègue, juste à côté de lui, avec un sourire charmant.
« Oui. Je l'aime déjà. » répondit Remus, sincère.
Le sourire du jeune homme s'élargit. « Allez, viens, on va s'asseoir. Ça te dérange pas d'être près du piano ? J'aime l'ambiance que ça donne à l'endroit. »
Remus secoua la tête et suivit son ami. Quelques minutes plus tard, un serveur vint prendre leurs commandes. Ils prirent deux Irish Coffe.
« Alors, tes élèves ne te fatiguent pas trop ? » plaisanta son collègue, prof d'anglais.
« Du tout. La plupart sont vraiment sympas et comprennent bien. Je n'ai vraiment pas à me plaindre d'eux. » Il hésita deux secondes. « Je sais que la question va te paraître bête mais...je ne sais même pas quel âge tu as, Stephen. »
Stephen rit. « Vingt-huit ans, cher ami. Quatre ans de métier. » Il lui fit un clin d'œil. « Pourquoi tu me poses la question ? »
« Oh, comme ça, par curiosité. Et aussi pour savoir combien de temps je saurais tenir le coup. »
Stephen éclata de rire. « Ne t'inquiète pas, les élèves t'adorent, ils ne vont jamais te faire de sale coup...Mais si ça arrive, tu peux compter sur moi, n'oublie pas. »
« Je retiendrais. »
Un silence confortable s'installa entre eux, pendant qu'on jouait la sonate Au Clair de Lune à côté d'eux.
« Je ne savais pas que tu aimais la musique classique. » fit remarquer Remus quand il vit son ami fixer avec révérence les touches en mouvement du piano.
« J'adore. J'ai toujours voulu apprendre le piano mais mes parents ne voulaient pas. Ils n'avaient pas les moyens de me payer un piano ou même des leçons. » Il eut un sourire un peu amer. « Du coup, je me suis vengé en achetant tous les disques de musique classique que je pouvais. » ajouta-t-il en riant un peu.
Remus le rejoignit dans son rire.
Plus tard, alors que le ciel s'obscurcissait peu à peu, il ressortit du café accompagné par Stephen. Ils avaient passé plus de deux heures au Chester's et il n'avait pas vu le temps filer. Ça faisait un long moment qu'il n'avait pas passé un après-midi ainsi, à simplement discuter avec quelqu'un, tranquillement. Quelque part, cette "normalité" lui avait manquée. Parfois, il oubliait que, lui aussi, pouvait avoir une vie comme tout le monde.
Stephen fit la route avec lui pendant un bout de chemin puis dût rentrer chez lui. Il lui souhaita une bonne soirée et partit de son côté, souriant. Après son départ, Remus se sentit bizarrement déstabilisé, comme si on venait de lui retirer quelque chose. Chassant ces idées de sa tête, il rentra chez lui.
Le trajet durait environ vingt minutes mais il faisait assez sombre. La rue était déserte à l'exception de quelques groupes de jeunes ou des passants. Mais il avait l'étrange impression d'un regard fixe posé sur lui. Voire de plusieurs. Il tenta de faire fi de cette sensation mais n'y parvint pas. Cette attention le rendait nerveux sans aucune raison apparente et il ne savait pas comment savoir qui lui adressait ces regards.
Au bout de deux minutes, n'y tenant plus, il tourna les yeux vers l'endroit d'où il croyait provenir les regards. Il eut le temps d'apercevoir une brève lueur jaune dans l'angle d'une rue mais ensuite, plus rien.
Il s'arrêta quelques secondes, puis, voyant que rien d'autre ne se produisait, poursuivit sa route. L'étrange impression avait disparue.
Il n'eut pas l'occasion de percevoir les propos chuchotés, dans le recoin d'une ruelle, sur son dos.
« Tu crois que c'est lui ? »
« Sans aucun doute, il a l'odeur sur lui. »
« Il acceptera, tu penses ? »
« Je ne sais pas...j'en doute. Il est trop engagé pour qu'on puisse le faire changer d'avis. Mais peut-être qu'avec le temps, il comprendra que ce n'est pas bon pour lui de rester ainsi. Il faut juste...l'aider à lui faire réaliser. »
Dès qu'il pénétra dans l'appartement, la voix de Sirius retentit: « Rem ? »
« Oui, c'est moi. » fit-il en fermant la porte et en allumant la lumière du salon, tout l'appartement étant plongé dans l'obscurité.
Il vit Sirius se lever du sofa et le fixer intensément. D'un geste rapide, il se rapprocha de lui, ne le touchant pas, mais le frôlant presque.
Un Sirius distant donc.
Il ne tenta pas de faire un geste vers lui, sachant que c'était inutile et que le vampire reculerait aussitôt.
Cette distance qu'il instaurait entre eux et ce masque d'indifférence l'agaçaient au plus haut point.
« Où tu étais ? »
Remus fronça les sourcils, légèrement mécontent. « A un café, avec un ami. »
Hochement de tête impersonnel.
Bon sang ! Il aurait voulu qu'il réagisse un peu, ne serait-ce que faire preuve d'un peu de curiosité, voire de jalousie !
Alors qu'il allait dire quelque chose, n'importe quoi qui puisse pousser Sirius un peu hors de ses gonds, la sonnerie de son portable retentit.
Quand Sirius vit le nom de l'appelant, son visage pâlit atrocement. Il serra les dents, ferma les yeux, et décrocha.
« Black. » fit-il d'une voix froide. Quelques mots à l'autre bout du fil. « Bien. Au revoir. »
L'appel avait duré à peine quelques secondes.
« Désolé. Je dois y aller. » fit rapidement Sirius en allant chercher son manteau et en l'enfilant en vitesse.
« Où tu vas ? » voulut savoir Remus, intrigué.
Un court instant d'hésitation. Le vampire lui jeta un coup d'œil furtif, puis détourna les yeux.
« Chasse. Je ne reviendrais pas après. »
« Tu vas au repère ? »
Hochement de tête.
« Merci pour m'avoir autorisé à rester quelques jours chez toi. » dit-il tout en boutonnant son manteau. Un bref instant, Remus entrevit l'éclat métallique du revolver glissé dans la poche intérieure de sa veste.
Il voulut le questionner mais Sirius choisit ce moment-là pour s'adresser à lui :
« Au revoir Rem. » fit-il doucement tout en passant à côté de lui, sans un regard.
Ses mots sonnaient étrangement comme un adieu.
Remus saisit son poignet, l'empêchant de partir.
« Tu reviendras ? » ne put-il s'empêcher de demander, pris par un étrange pressentiment. Il exerça une pression sur son bras pour qu'il le regarde.
Le sourire du vampire était triste, amer, énigmatique quand il tourna la tête vers lui.
« Qui vivra verra. »
Le lendemain, en sortant de l'école où il donnait cours, alors qu'il était occupé à discuter avec Stephen, il fut abordé par deux hommes. Ils avaient tous les deux les cheveux coupés courts, l'un était blond, l'autre, les cheveux brun foncé, ils avaient la quarantaine environ. Ils portaient tous les deux des lunettes noires et un costume. Ce fut cet aspect solennel qui le frappa en premier.
« Mr. Lupin ? » fit l'homme aux cheveux foncés, en se dirigeant vers lui. L'autre homme restait en retrait, appuyé à une voiture à la peinture grise métallisée.
« Oui ? » répondit-il, se tournant vers l'homme. Il vit Stephen les considérer d'un œil soupçonneux avant de lui jeter un rapide coup d'œil. La question était claire : tu les connais ?
« Nous aimerions vous parler, Monsieur. » continua l'homme.
« A propos de quoi, je vous prie ? » s'enquit-il poliment, redoutant déjà la réponse.
« De Sirius Black. »
Il y eut un silence tendu.
« Je ne vois pas de qui vous parlez. » mentit Remus.
Peu de gens savaient qu'il était avec Sirius. Si ces hommes étaient au courant, ça n'augurait rien de bon.
« Peut-être vous a-t-il donné un autre nom, mais j'en doute. Nous savons qu'il passe beaucoup de temps chez vous, Mr. Lupin. » poursuivit l'homme, dont le ton trahissait un peu d'agacement. Il se doutait sûrement que Remus lui mentait.
« Je ne connais pas de Sirius Black. » insista-t-il, sans apparemment convaincre l'homme de la véracité de ses propos.
Il était habitué à mentir, il y était même plutôt doué. Alors pourquoi cet homme ne pouvait-il tout simplement pas accorder de crédit à ses paroles ?
L'homme jeta un rapide coup d'œil à Stephen et le jaugea du regard. Malgré les lunettes noires, Remus pensait pouvoir affirmer sans trop se tromper qu'il le fixait de manière insistante, cherchant à déterminer si Stephen était proche de lui ou non. Il reporta rapidement son attention sur Remus.
« Mr. Lupin, je suis certain que ni vous ni moi ne voulons avoir cette conversation à portée d'oreille de quiconque. Si vous vouliez bien me permettre d'aller chez vous. »
Le jeune homme sentit son sang se glacer dans ses veines et il entendit le bruit étranglé qu'émit Stephen à côté de lui. D'un geste de la main, il lui fit signe de ne pas intervenir.
« Je ne vous permets pas. » répondit-il, les yeux fixés sur le visage de l'homme, qui restait impassible.
« Bien. » répondit-il après quelques secondes, d'une voix dure, mécontente. Cependant, il n'ajouta rien, lui fit un signe de tête et se dirigea vers son homologue.
Ils montèrent tous les deux dans la voiture et partirent.
Remus sentit qu'il n'en avait pas fini avec eux.
Quand il rentra chez lui, vingt minutes plus tard, il ne fut pas heureux de ce qu'il trouva dans son appartement.
En effet, les deux hommes aperçus juste quelques instants plus tôt étaient là, feuilletant sans honte ni gêne ses livres, fouillant ses tiroirs, inspectant ses meubles. Il claqua fortement la porte pour leur indiquer sa présence.
« Que faîtes-vous ici ? » siffla Remus. « Sortez de chez moi ! »
« Non, Mr. Lupin, c'est pour votre sécurité que nous sommes là. »
Encore une fois, ce fut l'homme brun qui s'adressa à lui.
« Je sais très bien m'occuper de moi-même, merci. »
« Non, certainement pas. Savez-vous qui est Sirius Black ? »
« Je vous ai déjà dit que je ne... »
Et presque aussitôt, l'homme s'avança rapidement vers lui et enserra son poignet d'une main de fer, les yeux ardents. Remus ne se laissa pas faire et se dégagea de sa poigne, résistant à l'envie de se frotter le poignet. Il le défia du regard d'oser recommencer.
« Sirius Black vient chez vous pratiquement tous les soirs depuis au moins deux mois. Il est inutile de nous mentir. Nous tenons nos informations de source sûre. Quelqu'un qui vous veut du bien, au contraire de Mr. Black. »
« Qui est votre source ? »
« Votre ancien compagnon. Celui que vous avez quitté pour Mr. Black. »
« Je n'ai quitté personne pour qui que ce soit. »
« Arrêtez votre mascarade, Mr. Lupin ! » cria l'homme, perdant enfin son sang froid.
« Vous n'avez aucun ordre à me donner ! » rugit Remus.
« Vous rendez-vous compte de la stupidité de vos actes ? Vous rendez-vous compte de quel monstre vous côtoyez ? Cessez de prétendre que vous ne connaissez pas Sirius Black, je sais très bien qu'il vient ici régulièrement, je pourrais même vous dire précisément à quelle heure il vient et quand il part de chez vous habituellement ! »
Remus s'enferma dans un silence buté et effrayé. Que voulaient-ils de lui ? Etaient-ce les chasseurs dont Sirius lui avait parlé ?
« Qui êtes-vous et que me voulez-vous ? »
« Vous mettre en garde contre les dangers que vous courrez en fréquentant quelqu'un comme Mr. Black. C'est pur hasard et miracle si vous êtes encore vivant à l'heure qu'il est ! »
Incapable de se retenir, Remus siffla, en rage : « Sirius ne m'a jamais rien fait. »
« Ah ! Ainsi donc vous connaissez finalement Mr. Black ? » railla l'homme, un horrible sourire victorieux et satisfait aux lèvres.
Remus resta obstinément silencieux et défia silencieusement l'homme du regard.
« Bien, bien, je vois que vous êtes têtu, tout comme l'est votre actuel...compagnon. » fit-il avec un sourire moqueur. « Savez-vous qui il est, Mr. Lupin ? Savez-vous quel monstre partage votre lit ? »
« Sirius n'est pas un monstre. » rétorqua Remus, acide.
« Vraiment têtu, hein ? Bien, je vous accorde le bénéfice du doute. Après tout, pareille vermine est habituée aux pires bassesses. Ça ne m'étonnerait même pas qu'il vous ait menti là-dessus. » Il eut un sourire mauvais. « Mr. Lupin, je me dois de vous informer que Sirius Black fait partie de cette espèce dangereuse et mythique de créatures ténébreuses, ces êtres qui ne sortent qu'à la nuit tombée, assoiffés de chair et de sang humains, semeurs de mort et monstres sans scrupules, ces... »
« Epargnez-moi ce ton grandiloquent. Je déteste le mélodramatique. » coupa Remus, les mâchoires serrées. Il n'aimait pas la tournure que prenaient les événements.
L'homme eut un sourire forcé.
« Ce que je m'efforce de vous dire, Mr. Lupin, c'est que vous accordez impunément votre confiance à un vampire qui n'hésiterait pas une seule seconde à vous tuer à la moindre occasion. »
Remus mit quelques secondes avant de réagir. Ainsi, c'était vraiment eux. Il força un rire moqueur.
« Les vampires n'existent pas. Pas plus que les loups-garous ou les goules ou les fantômes ou les revenants ou toute autre créature sortie de contes pour effrayer les enfants, cessez vos âneries immédiatement ! »
L'homme se planta devant lui, menaçant, imposant. Leurs visages n'étaient éloignés l'un de l'autre que d'une quinzaine de centimètres.
« Les vampires existent Mr. Lupin. Peut-être n'est-ce pas le cas des autres créatures que vous avez citées mais cette espèce existe bel et bien et je fais partie d'une organisation qui se charge de les traquer et de les éliminer, un à un. » Il avait exagérément articulé ses derniers mots avec un sourire narquois.
L'homme lui tendit une petite carte, que Remus ne prit pas, les lèvres serrées jusqu'à ce qu'elles ne forment plus qu'une mince ligne blanche. L'homme eut un petit rire face à son dédain.
« Je ne veux que votre bien, Mr. Lupin. C'est pour cela que votre ex-petit ami m'a engagé, pour vous protéger. Il a vu quel être infâme était Sirius Black. Vous ne savez pas quel danger vous courrez en refusant d'admettre la vérité. »
« Seb ne connaît pas Sirius, il n'a inventé que des conneries à son sujet pour lui attirer des ennuis. Vraiment, vous êtes ridicules de croire à de telles idioties...des vampires, franchement ! »
« Bien, vous refusez de me croire ? Je vais vous donner des preuves. » fit l'homme, un sourire mauvais aux lèvres. Il fit signe à son coéquipier, qui jusqu'alors avait plus l'allure d'une statue qu'autre chose, et celui-ci lui tendit un dossier cartonné jaune. Tout avait déjà été prévu.
Lentement, l'homme le prit et commença à le feuilleter, cherchant après les documents à présenter à Remus.
Ce qu'il vit le rendit malade.
Des photographies de vampire mutilés, des mâchoires mises à nu, des radiographies complètes, des rapports, des analyses ADN, des analyses d'échantillons de sang, les résultats d'expérience telles qu'à fréquence les tympans des vampires éclataient, quelle odeur les insupportait, quel degré de chaleur ou de lumière ils pouvaient supporter et toutes sortes d'autres images barbares.
« Cela vous convainc-t-il, Mr. Lupin ? » fit l'homme, d'un ton doucereux.
Remus le fusilla du regard.
« Vous n'êtes qu'un monstre. » grogna-t-il.
« Pas moi, eux, Mr. Lupin, eux. » Le sourire se fit encore plus insupportable. « Ce sont eux qui tuent des innocents chaque nuit pour s'abreuver de leur sang. Ce sont eux les méchants. J'élimine des criminels, est-ce un péché ? » Il ne lui laissa pas l'occasion de répliquer. « Mr. Lewis et un de vos voisins ont tenté de téléphoner à la police pour signaler le danger ambulant que représentait Sirius Black. Mr. Lewis leur a indiqué l'attitude étrange de Sirius Black, son pouvoir paralysant, le changement de couleur de ses pupilles et la présence de canines anormalement pointues. Et votre voisin a indiqué que votre petit ami possédait une arme à feu et n'aurait apparemment eu aucun remords à s'en servir sur Mr. Lewis. Bien sûr, les policiers n'ont pas crû Mr. Lewis et faute de preuves, la déclaration de votre voisin n'a pas eu de suite. Cependant, nous sommes tenus informés de toutes les affaires de police qui sortent un peu de l'ordinaire. Nous sommes des spécialistes en ce qui concerne la traque des vampires, voyez-vous ? »
« Vous racontez n'importe quoi, les vampires n'existent pas. »
Un éclair de fureur transparut dans les yeux de l'homme.
« Ah non ? Vous êtes sûr de ça ? N'avez-vous jamais remarqué que votre petit ami ne venait que le soir chez vous ? Qu'il détestait le soleil ? Qu'il ne mangeait jamais ? Qu'il avait une aura inhumaine ? Qu'il était toujours anormalement froid ? Vous devriez vous être rendu compte de ça, depuis le temps que vous le fréquentez, Mr. Lupin. »
Devant le silence obstiné de Remus, il continua, implacable. « Sirius Black prend la vie qui est en vous. S'il a par miracle quelque chaleur, c'est parce qu'il la tire de vous. Il n'a chaud qu'à votre contact, un contact prolongé. Autrement, il est aussi glacé qu'une pierre. Vous n'avez pas de trace de morsure mais il est facile pour lui de vous mordre et d'ensuite refermer la plaie grâce à son sang maléfique et puis de vous effacer la mémoire. Les vampires ont de nombreuses facultés, vous savez. Mais ce sont tous des monstres assoiffés de sang et rien d'autre. Il faut que vous réagissiez, Mr. Lupin, cette cohabitation n'est pas sans conséquence. Il vous tuera. Si ce n'est en buvant votre sang, il vous tuera en prenant toute votre énergie. Il ne peut pas se passer de vous parce qu'il devient plus fort en votre présence. Il ne reste avec vous que par profit. Il a remarqué qu'un mortel lui était bien plus utile vivant que mort. Il peut s'abreuver du sang d'autres et les tuer aussitôt mais vous, il vous garde en vie pour vous soutirer votre force. Quand vous serez complètement usé, il vous tuera comme les autres, parce que vous ne serez plus utile. » Un sourire machiavélique étirait ses lèvres. « Ne croyez pas qu'il vous aime. Les vampires sont incapables de sentiments. Leur cœur est mort et ne bat que parce qu'il est alimenté par le sang de leurs victimes. Rien d'autre. Vous ne représentez rien d'autre à ses yeux qu'un réservoir de sang et d'énergie. Vous êtes naïf d'avoir pu croire à autre chose. Mais il est vrai que les vampires sont beaux parleurs et ont un pouvoir séduisant sur les humains, il est facile pour eux de les tromper. »
C'en était trop pour Remus. Vraiment trop.
« Taisez-vous. » ordonna-t-il d'un ton haché.
« C'est trop dur de voir la réalité en face, Mr. Lupin ? » ricana l'homme.
« Sortez de chez moi. Tout de suite. » siffla-t-il entre ses dents.
Le rire de l'homme se fit entendre une nouvelle fois. Cependant, Remus sentit que c'était la dernière fois qu'il l'entendrait aujourd'hui.
« Votre obstination à vous aveugler vous perdra. » fit l'homme avec un petit reniflement dédaigneux tout en faisant signe à son coéquipier de sortir. « Bien le bonsoir Mr. Lupin. » ajouta-t-il avec un signe de tête et en claquant la porte derrière lui.
Remus fixa un long moment la porte avec hargne.
Comment avaient-ils pu oser le suivre ? Comment avaient-ils pu oser pénétrer dans son appartement ?
La rage prenait possession de son cœur. Ces individus étaient méprisables, exécrables. Ils éliminaient des vampires au nom de l'humanité mais leurs méthodes et leur façon de penser étaient des plus barbares. S'ils étaient humains, alors il préférait ne pas en être un.
Un instant, il eut l'envie folle de descendre les escaliers, rattraper ces chasseurs et leur rendre la monnaie de leur pièce, pour qu'ils comprennent qu'ils ne devaient pas se jouer de lui.
Mais alors seulement, il prit conscience de ce qu'ils lui avaient révélé.
C'était Seb qui les avait renseigné sur Sirius. C'était lui qui l'avait vendu. C'était à cause de lui qu'ils en étaient là maintenant.
Son cerveau se mit à tourner à toute vitesse. Comment avait-il pu savoir ? Avait-il deviné la vérité ou pensait-il avoir simplement rapporté des faits étranges à la police ?
« Je t'aurais, tu vas voir ! Tu ne peux pas me faire ça ! Monstre ! »
Ces mots avaient-ils été prononcés sciemment ? Avait-il prévu déjà à ce moment-là de détruire leurs vies ? Peut-être, peut-être pas. Seb n'était pas quelqu'un de très droit mais il doutait qu'il puisse en venir à de telles extrémités. Il ne tuerait jamais un homme.
Contrairement à Sirius.
Il se prit la tête entre les mains, confus.
Malgré toute sa volonté, il ne pouvait s'empêcher de penser aux mots des chasseurs. Etaient-ils vrais ? Sirius restait-il avec lui uniquement par profit ? Jouait-il la comédie, feignant de s'intéresser à lui ? Il n'y avait aucun moyen d'être sûr.
Il poussa un soupir agacé.
Pourquoi, bon Dieu, pourquoi devait-il toujours douter de Sirius ?
Il donna un coup de pied rageur dans une chaise, se retenant à grand peine de hurler de frustration.
Rien ne se passait comme prévu, rien ! Normalement Sirius aurait dû plus lui parler, il aurait dû s'ouvrir et au lieu de ça il s'enfermait encore plus, cachait plus de choses !
Il était dégoûté, tellement dégoûté par cette irréciprocité dans leur relation.
Un instant, il fut tenté de croire que ce que disaient les chasseurs était la vérité. Leurs raisons et leurs arguments étaient tellement logiques, tellement rationnels.
Il joua quelques instants avec cette supposition : « et si c'était vrai ? »
Incertain de qui il devait croire, de ce qu'il devait penser, il se dirigea vers la fenêtre pour observer le ciel obscurci.
La lune ne tarderait pas à être pleine.
Atmosphère : album Silence – Sonata Arctica, 27 janvier 2008
Beautiful (rock version) – HIM / album Deep Shadows And Brilliant Highlights – HIM, 2 mars 2008
Morning Glow (instrumental) – Mayuko Aoki, 9 mars 2008
album Kehä – Uniklubi / Demo – SaraLee, 19 avril 2008
Last of the Wilds – Nightwish, 20 avril 2008
album Deep Shadows and Brilliant Highlights – HIM / Poison Heart (acoustic version) – HIM, 30 mai 2008
Chapitre assez long qui a été de nombreuses fois repensé, récrit, effacé et retapé. J'espère que cette version finale sera enfin satisfaisante. Je lui trouve encore beaucoup de défauts mais je n'ai vraiment pas le courage de tout recommencer. Rien n'a été écrit dans l'ordre, suivant ma logique tordue habituelle, donc il est normal que le chapitre soit assez...heurté et manquant de cohésion. Je suis désolée de ne vraiment pas pouvoir faire mieux. A l'origine, la première partie du chapitre faisait partie du chap24.
Normalement le prochain chap sera du PoV de Sirius et...riche en révélations (enfin un peu de vérité, me direz-vous) et en action (quelqu'un m'avait réclamé du sang et de la mort, non ?). Par contre, je n'ai aucune idée de quand il pourra paraître vu qu'il n'est pas du tout fini (d'habitude, j'ai toujours un chapitre d'avance avant de publier mais cette fois-ci j'ai dérogé à ma règle) et que mes examens approchent à grands pas avec leur lot de soucis...Et puis, je pars en vacances tout le mois de juillet...pas très sûr que je pourrais écrire à ce moment-là...mais j'essaierais !
Mes examens débutant dans à peine quelques jours, il serait bienvenu d'avoir quelques reviews...ça motive, vous savez ? Et je manque cruellement de motivation ces derniers temps...enfin, je dis ça, je dis rien...Néanmoins, on pourrait m'expliquer comment ça se fait que j'ai de plus en plus de gens qui me mettent dans leurs alerts et de moins en moins de reviews ? C'est un truc inversement proportionnel ?
ANNONCE ! Si jamais certains d'entre vous sont très doués en anglais (presque bilingues si possible), ont beaucoup de temps libre et n'ont rien contre l'idée d'être bêta-reader, vous pouvez me contacter car je manque aussi cruellement de bêtas (disponibles) pour mes traductions !
Bonne merde à tous ceux qui sont en examens ! ;)
Sorn
