Chapitre 27

« Qui est-ce ? »

« Quoi ? »

« Cet homme que je vois dans ta tête en ce moment. »

Sirius se retourna violemment vers Antoine, qui lui souriait narquoisement.

« N'essaie pas de lire mes pensées ! » fit Sirius, contenant difficilement son irritation.

Quelque part en cours de route, au fil des jours et des conversations, il avait dû laisser tomber inconsciemment le "vous" formel qu'il utilisait au départ envers l'Ancien.
« Pourquoi ? C'est plaisant de fouiller ton esprit. » répondit Antoine, un sourcil levé.

« Ça ne t'en donne pas le droit. »

« J'ai tous les droits. »

« Pas sur moi. »

« Quel dommage, ç'aurait été tellement plus facile. » soupira Antoine. « Mais je réitère ma question : qui est-ce ? »

« Ça ne te regarde pas. »

« Hm, un amant fixe ? C'est tellement rare de nos jours. »

Sirius ne répondit pas.

« Ce n'est pas un vampire, n'est-ce pas ? »

Sirius se raidit et se tourna pour cacher son visage. Il s'efforça de fermer son esprit. Surtout il ne fallait pas qu'Antoine découvre la vérité, surtout pas ! Il entendit le rire de l'Ancien résonner quelques secondes plus tard.

« Ne t'inquiètes pas, je ne vais pas forcer tes barrières, je suis juste curieux. Mais tu pourrais quand même répondre à ma question, non ? »

« Je n'en ai pas envie. » répondit-il, sur la défensive.

« Oh quelle mauvaise foi ! Mais je suppose que j'ai raison si tu réagis ainsi. » fit Antoine avec un sourire vainqueur et mauvais. « Comment s'appelle-t-il ? »

« Qu'est-ce ça peut te faire ? Ça ne regarde que moi. » fit Sirius d'un ton glacé.

« Ah, tu es peut-être très beau mais tu as un caractère de chien. »

« Venant de toi, je prends ça pour un compliment. »

Antoine éclata de rire.

« Et tu as de la répartie. Il n'y a pas beaucoup de gens qui oseraient s'adresser à moi de cette façon, tu sais ? »

Sirius hésita deux secondes avant de répondre.

« J'en suis parfaitement conscient. »

« Tu n'as pas peur ? »

Moment de silence.

« Non. »

« Pourquoi ? » s'enquit curieusement l'Ancien.

« Je sais que je te plais trop. » fit Sirius avec un sourire cynique.

Un éclat de rire. « Je t'apprécie de plus en plus, Sirius ! » Antoine se rapprocha du jeune vampire et glissa sa tête dans son cou afin de l'embrasser. Sirius se raidit et fit son possible pour ne pas le repousser.

« Je déteste que tu fasses ça. » marmonna Sirius.

« C'est bien pour ça que je le fais. » répondit Antoine, avec un sourire dans son cou. « Tu sais que tu ne peux pas te permettre de refuser tout net, hm ? Ah, quels avantages d'être un Ancien ! » Il déposa d'autres légers baisers dans le cou de Sirius. « Tu es sûr que tu ne veux pas rester à Paris ? Tu aurais tout à fait ta place dans mon clan. Tu seras même privilégié. » chuchota-t-il.

Sirius frissonna. Les baisers d'Antoine étaient tellement froids par rapport à ceux de Remus. « Pour combien de temps ? Tu finiras bien par te lasser de moi à un moment ou un autre. »

« Tu pourras toujours rentrer. Sauf si je décide que tu me plais vraiment trop. »

« Et tu me garderas ? Non, je n'ai pas envie de courir ce risque. »

« Tu m'as dit que tu n'aimais pas ta fiancée. »

« Je m'en fous d'elle. »

« C'est de lui dont il s'agit alors ? » Antoine se sépara de lui et le tourna pour fixer Sirius dans les yeux. « C'est un humain. » dit-il, comme si cela expliquait tout.

« Et alors ? » répondit un peu abruptement le jeune vampire.

« Tu pourrais avoir qui tu veux. Pourquoi choisir un mortel ? »

« Si j'étais toi, j'aurais répondu que c'est pour changer plus souvent. » fit Sirius, le ton glacé.

Antoine eut une grimace. « Quelles mauvaises intentions tu me prêtes ! Non, sérieusement, dis-moi, je t'en prie. Ça m'intrigue. »

« On m'a toujours enseigné que la curiosité est un vilain défaut. » répliqua Sirius en souriant. Devant la moue d'Antoine, il répondit tout de même. « Tu m'apprécies, non ? »

« Ce n'est pas assez clair ? » répondit Antoine avec un sourcil haussé et un sourire narquois. « Tu veux des preuves peut-être ? » continua-t-il, le sourire carnassier tout en posant ses mains sur les hanches de Sirius. Celui-ci le repoussa aussitôt, sous le rire amusé de l'Ancien.

« Je ne te demande pas de preuves, idiot. » fit Sirius, agacé. « Tu peux comprendre que je l'apprécie, lui, non ? Ce n'est pas une question qu'il soit mortel ou non, c'est juste lui. »

Antoine sembla songeur un instant. « Tu es étrange Sirius. » Il pencha la tête de côté, comme pour mieux examiner le jeune homme. « Tu n'as pas peur de moi et tu me résistes. Pourquoi ? Est-ce que c'est à cause de lui ? »

Sirius finit par hocher la tête devant le regard insistant d'Antoine.

« Et s'il disparaissait, je pourrais t'avoir à moi ? »

Les yeux de Sirius s'étrécirent, méfiants. « Quoi ? »

« S'il n'était plus là...est-ce que tu consentirais à rester dans mon clan ? » demanda Antoine, le regard perçant.

« Non. » fit durement Sirius, bien qu'intérieurement anxieux, comprenant ce que la question sous-entendait. « Ne t'avise même pas d'essayer de toucher à lui. »

Antoine fit une grimace. « Tu devines trop bien mes pensées. Mais Sirius...si je n'ai pas ton accord, je n'hésiterai pas à agir contre ton gré. »

La panique s'empara du cœur du jeune vampire.

« Qu'est-ce que tu entends par là ? »

« Chantage, Sirius. Si c'est le seul moyen qui fonctionne alors je l'utiliserai. Reste à Paris et je ne dirai rien au sujet de...Remus à ta famille. » répondit Antoine, sournois. Il rit devant le visage soudain livide de Sirius. « Ils ne seraient pas d'accord, n'est-ce pas ? Les Black sont obsédés par le sang pur. S'ils savaient que leur fils aîné couchait avec un humain... » Il continua, impitoyable. « D'autant plus que les conséquences seraient graves pour lui aussi, hm ? Pas sûr qu'il s'en tire vivant de là. » fit-il, faussement songeur.

Il y eut un long moment de silence, les deux vampires se contentant de se fixer, l'un avec un sourire narquois et satisfait, l'autre, blême de peur et de rage.

« Qu'est-ce que tu veux de moi ? » demanda Sirius, la voix blanche et ses poings serrés, tremblants.

« Ce que je veux ? Toi, tout simplement. »


La nuit venait de tomber quand il se réveilla. Il se sentait contusionné et malade. La tête lui tournait et il avait mal partout. Son estomac se retourna désagréablement et il eut tout juste le temps d'atteindre la salle de bains avant de cracher le sang et la bile qu'il contenait.

Les jambes flageolantes, il se tint au lavabo des deux mains avant d'asperger son visage d'eau froide. Quand il releva la tête, l'image que lui renvoya le miroir était tout sauf flatteuse.
Il avait l'air d'un cadavre ambulant avec son teint cireux et ses joues creusées. Ses yeux hagards et vitreux n'arrangeaient rien à son apparence, pas plus que ses cheveux emmêlés et collant à son front à cause de la sueur. Non, vraiment, il n'était pas à son avantage ces derniers jours. Il grimaça devant son reflet puis sortit de la salle de bains, se sentant déjà un peu mieux bien que toujours fiévreux.

Ses yeux cherchèrent l'horloge sur le manteau de sa cheminée mais tombèrent sur autre chose, d'assez inattendu.

« Qu'est-ce que tu fais là ? » demanda-t-il, trop surpris pour être en colère.

Vitany lui sourit et s'arrêta dans son inspection de la chambre. Elle lissa du plat de la main un pli dans sa robe lavande. Elle était comme une apparition de pureté comparé à lui. Si blanche. Mais il savait bien que ce n'était qu'apparence. Tout était calculé, la façon dont ses mèches blondes retombaient dans ses yeux, la façon dont ses doigts effleuraient doucement le marbre de la cheminée, la façon dont elle pouvait le fixer avec un semblant de tendresse alors qu'elle n'en ressentait pas la moindre once à son égard. Cette fille était aussi corrompue que le diable. Et malgré son joli visage et ses moues enfantines, elle avait un esprit retors à faire pâlir les plus vils personnages.

« Bonjour Sirius. » répondit-elle, la voix mielleuse.

« Pas de formalités avec moi. » fit-il, agacé. « Tu es là pour quoi ? »

Elle fit la moue face à son ton brusque.

« Je venais juste voir comment tu allais. J'en ai bien le droit, en tant que fiancée, non ? »

Sirius ne releva pas. « Pourquoi est-ce que tu es là ? » persista-t-il.

Vitany lui sourit et s'assit sur son lit. Elle fit mine de ne pas voir le regard furieux que lui lança Sirius.

« Je suis venue discuter. » finit-elle par répondre au bout de quelques secondes de silence tendu.

« A propos de ? » demanda Sirius, retenant difficilement son agacement.

« Nous. » répondit-elle calmement.

Sirius siffla. « Bon sang, quand est-ce que tu vas comprendre que je ne veux pas me marier avec toi ? C'est rien qu'un mariage arrangé et je n'ai pas du tout l'intention qu'il ait lieu ! »

Pour la première fois depuis qu'il la connaissait, Vitany laissa tomber son masque trop parfait et il put lire sur ses traits toute la fureur et la haine qu'elle ressentait à son égard. Quelque part, voir ce spectacle glaçant était rassurant. Il n'avait pas à faire à une statue articulée.

Mais bien trop vite, elle réussit à retrouver son calme et le masque fut bientôt remis sur son visage aux traits délicats. Sirius poussa un soupir. Cette fille avait été conditionnée à paraître depuis sa plus tendre enfance, ce n'était pas maintenant que ça allait changer.

« Ce n'est pas du mariage que je voulais te parler Sirius. Car il aura lieu, sois-en assuré. » Elle un sourire mauvais à son encontre. « Non, c'était d'une chose plus...compromettante que je voulais parler. »

Son sourire, son ton bas et entendu et ses yeux qui brillaient de malfaisance achevèrent d'aviver la méfiance de Sirius. Cela ne s'annonçait pas bon. Pas bon du tout.

« Tu peux t'expliquer clairement s'il te plaît ? Je déteste les énigmes. »

Le sourire de sa fiancée s'élargit, laissant apparaître deux canines pointues. Sirius se retint de paraître ébranlé. Il était rare que les vampires affichent aussi ouvertement les signes distinctifs qui prouvaient leur race, même entre eux.

« Il y a une étrange odeur sur toi. » fit-elle remarquer d'un ton badin.

« C'est celle du sang ma chérie, tu devrais la connaître depuis le temps. Le sang de lycan n'a pas une odeur différente de celui d'un humain. » répondit Sirius d'un ton acide et avec un sourire hypocrite.

Vitany ne releva pas. Son sourire s'agrandit encore et devint encore plus malveillant. Malgré lui, Sirius sentit un frisson de peur parcourir son échine. Imbécile ! Tu ne devrais pas la craindre !

« Ce n'est pas l'odeur du sang, chéri. » fit-elle narquoisement. « C'est celle d'un humain. »

Sirius ne put s'empêcher de pâlir.

« Ah, je vois que j'ai touché une corde sensible. » Son rire cristallin se fit entendre. « Alors maintenant, dis-moi la vérité Sirius. Que fait l'odeur d'un humain sur toi ? Depuis que je suis arrivée ici, je la sens sans cesse, elle s'est littéralement imprégnée à ta peau. Ça ne peut pas être l'odeur d'une victime, elle ne resterait pas aussi longtemps. Alors ? J'attends tes explications. »

Sous son air patient, Sirius sentait bien qu'elle était aussi curieuse et frustrée. Peut-être avait-elle deviné quelque chose mais elle n'avait rien de tangible et ça l'énervait.

« Ça ne te regarde pas. » fit-il sèchement.

Pourquoi le devinaient-ils tous, pourquoi ?

« Si, ça me regarde. C'est l'odeur de cet humain avec qui tu étais lors de ma première chasse. »

Sirius devint encore plus livide, réellement paniqué à présent. Seigneur non, pas ça !

Vitany continua, implacable. « Tu as disparu pendant plusieurs jours après l'enlèvement de Regulus. Où les as-tu passés ? »

« Chez un bâtard. »

« Non ! » rétorqua furieusement sa fiancée. « Je sais bien que tu étais chez lui. J'ai reconnu son odeur Sirius, je ne peux pas me tromper, c'était bien la sienne sur toi. Pourquoi tu ne l'as pas tué ? »

« Tu nous a interrompu, tu te rappelles ? C'est à cause de toi qu'il est parti. » fit Sirius, retenant l'amertume de percer dans son ton.

Tout est de ta faute.

« Et alors ? Ce n'était que le premier soir. Ne me dis pas que son odeur est resté présente pendant tout ce temps, elle était plus faible quand tu es resté au repère après ma première chasse. Et après l'enlèvement de ton frère, quand tu es revenu, elle était de nouveau là, beaucoup plus forte qu'avant. Ça veut dire qu'il n'est pas mort. Est-ce que cet humain est ton amant ? »

« Tu divagues ma pauvre ! C'est un humain ! Pourquoi je prendrais la peine de garder en vie un réservoir de nourriture ? » répliqua Sirius, utilisant les arguments qu'un vampire normal aurait employé.

« Depuis quand agis-tu comme tout le monde ? Ne fais pas semblant avec moi Sirius, je sais très bien ce qu'il se passe avec toi. Je sais que ça dure depuis un bon moment. Je sais que tu as une relation avec un humain. »

« Tu ne sais rien du tout. » siffla Sirius, venimeux. Le regard qu'il portait sur sa fiancée était de la pure haine.

« J'ignore encore qui il est pour l'instant, mais crois-moi, ça ne saurait tarder. Je le trouverais Sirius, et tu pourras lui dire adieu pour toujours. »

« Ne t'avise même pas d'essayer de toucher à lui ! » éclata le vampire, en rage.

Vitany rit devant la colère de son fiancé.

« Tu es tellement pathétique Siry ! » Elle secoua la tête d'un faux air affligé, tout en continuant de se moquer de lui. « Tu me menaces alors qu'il y a à peine quelques secondes tu niais en bloc tout ce que je disais ! » Elle reprit, le ton doucereux. « Mais rassure-toi mon amour, si tu renonces à lui, je le laisserais tranquille. Ton petit humain vivra comme n'importe quel autre mortel, la conscience en paix et sans méchant vampire à ses trousses. »

Elle ne lui laissa pas le temps de répliquer ou de songer à ce qu'il allait dire, elle se leva et posa doucement un doigt sur ses lèvres. « Chut Siry. Je te laisse réfléchir pour l'instant. Prends la bonne décision. Tu tiens à lui, n'est-ce pas ? » fit-elle avec un sourire candide.

Paralysé, Sirius n'eut pas le temps de répondre.

La porte claqua avec un bruit sinistre.

Il ne remarqua pas que son téléphone portable n'était plus à la même place qu'avant.


Quelques jours plus tard, il se rendit à l'appartement de Remus.

Il était nerveux et même si en apparence ses blessures dues à la traque – qui avait eu lieu quatre jours auparavant – s'étaient refermées, il n'était toujours pas en grande forme.

Le virus de la lycanthropie, pour un vampire, était mortel et il avait été salement blessé lors de la traque, perdant beaucoup de sang et se brisant beaucoup d'os.

Aucun étonnement dans ce cas à ce que les gens le regardent d'un air effaré dans la rue. Une peau trop pâle pour des vêtements et des cheveux trop noirs, des yeux d'une couleur trop singulière, un visage trop marqué par la fatigue et continuellement alerte. Pas très séduisant en somme.

Il poussa un soupir qui se perdit dans le vent tandis qu'il se faufilait lentement entre les rues de Londres sur sa moto. Même ce genre de ballade nocturne ne l'apaisait plus.

Les mots de Vitany tournaient inlassablement dans sa tête. Elle savait. Pas l'entière vérité, non, mais elle en savait suffisamment que pour ce soit dangereux.

Il espérait juste qu'elle ne trouverait rien de plus.

Par mesure de précaution, il gara sa moto à deux rues de l'immeuble de Remus et continua le reste du trajet à pieds, prenant soin de rester le plus dans l'ombre possible. Mieux valait se méfier.

Il avait peur de ce qu'il trouverait dans l'appartement. Est-ce que le corps de Remus s'y trouverait, sans vie, assassiné froidement par Vitany ? Ou est-ce que Remus serait avec son nouvel amant, dont il ignorait le nom et l'identité mais connaissait l'odeur ?

A dire vrai, il ne savait pas vraiment quelle solution il préférait.

Ce qu'il faisait était risqué, il le savait, mais il ne pouvait pas s'en empêcher.

De façon puérile, il espérait que s'il était suffisamment présent chez Remus la nuit, cet autre amant pourrait se lasser d'attendre un autre moment pour s'accaparer le lycan.

Confronter Remus et lui demander « comment il s'appelle ton nouvel amant ? » aurait été trop direct. Mais il ne pouvait empêcher son cœur de se serrer douloureusement en imaginant cet autre prendre sa place dans la vie du jeune professeur.

Dieu savait comme elle était réduite à présent.

Et il était jaloux. Horriblement jaloux. Il avait honte de se laisser aller à un tel sentiment – ridicule ! futile ! – mais n'y pouvait rien.

Il espérait juste ne rien dire ou faire de déplacé. Ses accès de jalousie s'étaient malencontreusement avérés assez violents par le passé.

Avec un soupir, il se rendit compte qu'il était devant l'immeuble de Remus.

Autant se jeter tout de suite dans la gueule du loup.

Un coup d'œil à la fenêtre de la chambre. Eteinte.

Ça voulait tout et rien dire à la fois.

Il serra le poing, s'empêchant de penser à ce qui pouvait bien l'attendre en haut.

N'avait-il pas toujours compté sur son instinct ?

D'un pas résolu, il monta les quelques escaliers du perron, puis, une fois entré, les degrés menant à l'appartement.

Son cœur cognait avec force dans sa poitrine quand il se trouva devant la porte sur laquelle était inscrite un "C" en peinture noire écaillée.

Mais sa main était ferme quand il enfonça la clé dans la serrure et tourna, jusqu'à ce que le cliquetis familier se fasse entendre.

Un pas. Tout était plongé dans l'obscurité.

Remus était-il absent ?

Il avança encore un peu, aux aguets. Il avait l'impression que quelque chose n'allait pas.

Trop d'odeurs inconnues. Et parmi elles, son odeur.

Il fit encore quelques pas, le noir ne lui posant aucun problème, avant que la lumière du salon ne s'allume avec un crak! sonore, éclairant d'un coup toute la pièce.

Sirius dut cligner des yeux à deux reprises pour que sa vue s'adapte à la soudaine luminosité.

Remus le fixait à l'autre bout de la pièce, un doigt posé sur l'interrupteur. Et les yeux meurtriers.

Douché par l'accueil plus que froid et inattendu, Sirius resta muet quelques secondes.

Puis, comme s'il l'avait reconnu, l'expression du jeune homme châtain s'adoucit et il poussa un soupir de soulagement.

Ça ne fit que renforcer l'air fatigué imprégné sur ses traits. Des cernes impressionnants et violets s'étalaient sous ses yeux, comme le maquillage grotesque d'un mauvais clown. Ses yeux dorés qui brillaient de méfiance à son entrée, reflétaient maintenant une immense lassitude. Et sa manière raide de se tenir trahissait une tension qui n'avait pas été relâchée depuis longtemps.

Avait-il eu des ennuis ?

« Sirius. » fit doucement Remus.

Et le seul nom sonnait comme autant de discours dans l'atmosphère pesante de la pièce.

Le vampire se rapprocha, n'écoutant que l'inquiétude qui s'était emparée de son cœur. Ses doigts étaient à quelques centimètres du visage de Remus quand il se rendit compte de son geste. Il recula aussitôt, comme s'il avait été brûlé.

Avant, les contacts entre eux étaient courants, naturels. Une main apaisante posée sur l'épaule, l'étreinte sécurisante des bras, les légères caresses, l'effleurement délicat des lèvres, le poids rassurant de l'autre sur soi...c'était leur quotidien d'une époque révolue.

Maintenant, il avait presque peur de le toucher.

Quelque chose passa dans les yeux de Remus, mais ç'avait été si rapide qu'il n'avait pas pu identifier cette lueur. De l'incompréhension ? Du dépit ? De la méfiance ? Il n'en savait rien.

« Tu vas bien ? »

Son cœur se déchira presque à la douceur de cette voix.

« Je...oui, ça va. Et toi ? Tu as une tête épouvantable. »

Aussitôt il se mordit la lèvre devant son manque de tact. Quel idiot ! Il avait tant désiré le voir ces derniers jours et voilà qu'il l'insultait ! Sombre crétin !

Remus eut un rire un peu cassé. « Dans le genre "mine affreuse", t'es pas mal non plus. »

Sirius eut un sourire contrit. « Désolé. »

« C'est rien. »

Il y eut un silence tendu pendant lequel les deux hommes ne firent que se regarder sans bouger.

Ne supportant plus cette distance entre eux, Sirius marmonna un « oh et puis merde » et se dirigea vers le loup-garou, le prenant fermement dans ses bras.

Remus eut l'air choqué face à son geste. Ses yeux étaient écarquillés de surprise et il ne semblait pas savoir comment réagir.

Sirius poussa un soupir. Son souffle, tiède, balaya le visage du jeune homme châtain. Celui-ci ferma les yeux et se détendit dans les bras du vampire, inhalant son odeur.

Il lui semblait que ça faisait une éternité qu'il n'y avait pas eu d'étreinte de ce genre entre eux.

Faisant valser au loin ses réticences, Remus enserra à son tour la taille de Sirius et enfouit sa tête dans son cou, souhaitant un contact.

Ils laissèrent passer un moment sans parler, à simplement partager de la chaleur.

« Tu n'as pas froid. » fit remarquer le lycan, comme si ce fait était merveilleux.

Sirius fronça légèrement les sourcils. « Non. Je n'ai jamais froid quand je suis avec toi. »

Le corps de Remus sembla se tendre dans ses bras. Le vampire recula légèrement, intrigué.

« Qu'est-ce que tu as ? »

Remus releva la tête et lui fit un sourire crispé.

« Rien. Juste fatigué. Avec la pleine lune, tu comprends. »

Les yeux de Sirius s'élargirent sous le choc de la réalisation. « Oh non. Excuse-moi, j'avais complètement oublié ! »

Le lycan lui fit un pauvre sourire. « Pas grave. Et toi, qu'est-ce que t'as fait pour te mettre dans un état pareil ? »

Sirius détourna légèrement le regard, mal à l'aise.

« J'ai dû participer à un combat. J'ai été salement blessé. » Devant l'air inquiet de Remus, il ajouta aussitôt : « Mais c'est bon, je n'ai plus rien. On m'a soigné directement. »

« Je pensais que les corps des vampires se régénéraient tout seuls ? »

Sirius hésita deux secondes. « J'ai perdu beaucoup de sang. Et j'avais vraiment des sales blessures. Mon adversaire était beaucoup plus fort que moi. »

Voyant que Remus allait encore parler, il le coupa : « C'est fini. N'en parlons plus, s'il te plaît ? Je n'aime pas vraiment ça. »

Le loup-garou sembla se résigner au silence et le vampire se maudit pour ses mots. Il mentait encore ! Combien de temps pourra-t-il continuer avant que Remus ne décide qu'il en avait plus qu'assez de ses mystères ?

« Tu veux que je vienne demain ? » demanda-t-il, pour changer le sujet.

Remus haussa juste les épaules. « Si tu le désires. » répondit-il évasivement.

Quelle indifférence ! Seigneur, depuis quand était-ce ainsi ?

« Tu es tout le temps à prendre la fuite ou à m'éviter en ce moment que je peux compter sur les doigts d'une main les minutes où je t'ai vu cette semaine. » ajouta-t-il à voix basse, comme pour lui-même.

Sirius se sentit malade. C'était d'une cruelle vérité.

Pas étonnant que Remus cherche un autre amant s'il était toujours absent.

« Excuse-moi. Ce n'était pas mon intention. » murmura-t-il.

Remus sembla tout d'un coup furieux, ses yeux le fixaient avec colère.

« Si, ça l'était. Ne vas pas t'inventer des prétextes. Si tu ne veux plus me voir, dis-le tout de suite. »

Sirius répliqua aussitôt, son ancienne combativité retrouvée. « Mais qu'est-ce que tu vas t'imaginer ! Tu crois que je serais venu ici ce soir si je voulais t'éviter ? Je ne te demande pas ce que tu fais, toi. »

Les yeux de Remus se firent durs. « Ça voulait dire quoi, ça ? »

Au moment où il allait répondre qu'il savait qu'il avait un autre amant et qu'il ne fallait pas le lui cacher et se moquer de lui, il sentit son portable vibrer et sonner. Il jura et chercha son téléphone dans une des poches de son manteau, se détachant de Remus par la même occasion. Il décrocha sans faire attention au numéro de l'appelant.

« Allô ? » fit-il, plus qu'agacé.

« Bonsoir Sirius, je ne t'ai pas trop manqué ? »

Sa mâchoire faillit se décrocher sous le choc.

« Antoine ? Comment t'as eu mon numéro ? »

Du coin de l'œil, il vit Remus le fixer étrangement et les lèvres pincées. Avec Antoine, Sirius parlait français, ça lui paraissait naturel, vu qu'il venait de Paris, mais il ne pensait pas avoir mentionné à Remus qu'il pratiquait sans problèmes cette langue.

« Je ne t'avais pas dit que je ferais tout pour t'avoir ? » répondit l'Ancien avec un rire.

« Pourquoi tu m'appelles ? » demanda Sirius.

Pourquoi avait-il fallu qu'Antoine choisisse précisément ce moment-ci pour l'appeler ?

« Je me disais que ce serait bien de te rendre une petite visite. Et puis, je dois voir cet incapable de Thomas, pour affaires. »

Son cœur rata un battement.

« Tu es à Londres ?! »

« Oui. J'arrive bientôt au repère. Et toi, où es-tu ? »

« Ça ne te regarde pas. »

« Avec lui ? » fit la voix d'Antoine avec sarcasme.

« C'est pas tes affaires. » répliqua durement Sirius, plus qu'irrité.

« Oh, du calme, Sirius. J'avais presque oublié à quel point tu pouvais être désagréable, parfois. »

« Qu'est-ce que tu veux ? »

« Viens au repère. Tout de suite si possible. »

Sirius ravala sa réplique mordante et se contenta de grogner un « D'accord » peu amène.

« Bonne soirée Sirius. » fit moqueusement Antoine avant de raccrocher, ne laissant pas le temps au jeune vampire de répondre.

Sirius fixa d'un œil furibond son portable. « T'as vraiment décidé de me pourrir la vie. »

Il avait l'envie furieuse de claquer son téléphone à terre.

Ça faisait près de trois semaines qu'il avait quitté Paris et Antoine avec. Pourquoi devait-il refaire surface maintenant ?

Il songea avec panique. Et s'il avait finalement décidé de révéler la vérité à sa famille ? Et s'il avait décidé de mettre ses menaces à exécution ?

Aussitôt, Sirius se sentit mal. Non seulement Vitany mais aussi Antoine ! S'étaient-ils liés pour faire de sa vie un enfer ?

Mais non, ce n'était pas possible. Cela faisait trois semaines et l'Ancien n'avait fait aucun geste pour l'empêcher de retourner à Londres. Il ne l'avait pas contacté depuis qu'il avait quitté Paris. Si c'était Sirius qu'il avait voulu, il aurait agi, n'est-ce pas ?

Pourquoi maintenant alors ?

Sentant le mal de tête arriver et le regard lourd de reproches qu'on posait sur lui, Sirius finit par relever la tête.

Il n'aurait pas dû.

L'air dégoûté de Remus lui fit plus mal qu'aucune de blessures ses physiques.

« Tu vas encore te barrer en courant et sans aucune explication, hein ? »

« Je suis désolé. »

Remus secoua la tête, à la fois las et résigné.

« Je prends l'habitude maintenant. » fit-il le ton acerbe.

« Je suis désolé. » persista Sirius, presque suppliant.

Le loup-garou s'éloigna un peu plus de lui et lui tourna le dos.

« Vas-y. Tu ne voudrais pas te faire attendre. »

Le vampire essaya de ne pas prêter attention au coup au cœur qu'il reçut face à ce ton cassant et moqueur.

Ce n'était plus Remus.

Ce n'était plus son Remus.

« Je viendrais. » promit-il la main sur la poignée. L'autre homme ne se retourna pas et ne répondit pas.

Dépité, Sirius ouvrit la porte et fuit l'appartement comme un voleur.

Il n'entendit jamais les mots que Remus prononça à son départ.


« J'espère que tu as une bonne raison pour m'appeler ! » fit furieusement Sirius en entrant en trombe dans le salon privé où Thomas et Antoine se trouvaient.

Son chef de clan, Thomas, un vampire très jeune pour être dirigeant – il avait à peine un siècle – le regardait, effaré. Sa chemise empesée – ridicule ! il n'était même pas de cette époque ! –, d'un bleu nuit profond, sa peau trop pâle, son teint livide et ses grands yeux bleu marine écarquillés le rendaient ridiculement grotesque. Ses mains qui tenaient un verre en cristal tremblèrent violemment et Antoine rattrapa in extremis la coupe avec un sourire narquois.

Bientôt, l'Ancien de Paris se tourna vers lui, son sourire suffisant toujours accroché aux lèvres. Il était tel que Sirius l'avait vu la dernière fois. Insupportablement parfait.

« Mais toujours Sirius. » répondit Antoine avec un sourire rayonnant. « Je suis une raison suffisante, non ? »

« Certainement pas. » répliqua vertement le jeune vampire, tremblant de rage.

« Black ! » le rappela Thomas, choqué par son attitude insolente envers l'Ancien. Celui-ci leva une main, son regard toujours dirigé vers Sirius.

« Laissez-le Thomas, j'aimerais voir s'il arrive à se contrôler. » fit-il doucement avec un sourire moqueur.

Sirius, se sentant pris en faute comme un gamin, prit une profonde inspiration pour calmer ses nerfs. Ne jamais perdre son sang-froid devant un aîné.

« Pourquoi m'avez-vous convoqué, Monsieur ? » reprit-il, plus posément cette fois.

Antoine eut un sourire satisfait et vainqueur. « Je voue prie de vous asseoir, Mr. Black. Nous avons à parler. »

Sirius s'exécuta, méfiant, et s'assit dans un lourd fauteuil en velours vert sombre, le plus éloigné d'Antoine possible.

L'Ancien eut un sourire devant son attitude puis se tourna vers l'autre vampire présent.

« La mission des Agents de la Mort se passe-t-elle bien, Thomas ? »

Le dirigeant du clan de Londres sembla retrouver sa contenance et se tint droit devant l'Ancien. « Oui, Monsieur. Il y a quatre jours, nous avons éliminé douze lycans, dont un des chefs de meute de cette ville. »

« Pas de blessés dans notre camp ? »

« Si, Mr. Black ici présent et deux autres Agents. Ils ont tous récupérés de leurs blessures. »

Sirius ne baissa pas les yeux sous le regard perçant d'Antoine, ostensiblement provoquant. Le message était clair : ne me critique pas.

« Bien. Pour quand est prévue la prochaine traque ? »

« Pour demain soir. Nous espérons que lors de la pleine lune, nous pourrons en éliminer un plus grand nombre. » répondit Thomas, toujours aussi formel.

Sirius se sentit devenir livide à cette déclaration. Ses mains se crispèrent automatiquement sur les accoudoirs du siège.

Antoine sembla remarquer son malaise et le fixa d'un regard étrange.

« Vous sentez-vous bien, Mr. Black ? » demanda-t-il, le regard pénétrant.

« Je...je... » bégaya Sirius, en proie à la panique. Il sentit l'esprit d'Antoine pénétrer le sien, puissant et impossible à contrer. Il le sentit fouiller parmi ses souvenirs, chercher la cause de son malaise. Il était trop faible pour pouvoir le bloquer.

Dis que non. Dis que tu te sens encore mal, fit impérieusement résonner la voix d'Antoine dans sa tête.

Trop fatigué et incapable de réfléchir correctement, le jeune vampire obéit à l'ordre de l'Ancien.

« Je...Non, à vrai dire, je ne me sens pas encore très bien. Je suis...fatigué. » bredouilla Sirius tout en se levant. « Je crois que je vais monter dans ma chambre. Puis-je prendre congé, messieurs ? »

Les deux anciens vampires lui donnèrent leur accord et aussitôt, Sirius sortit de la pièce, le sang bourdonnant à ses tempes. Il ne put pas faire beaucoup de pas avant de s'effondrer sur le premier mur venu. Il porta les mains à sa tête, essayant d'empêcher le flot de pensées qui le submergeait.

La pleine lune, Remus, la traque, Antoine,...Non, non, NON !

Il ne savait pas combien de temps il avait passé là, à essayer d'endiguer ses craintes quand il sentit une main ferme s'abattre sur son épaule.

Bientôt, deux yeux d'un marron lumineux fixèrent les siens, l'empêchant de détourner le regard. Automatiquement, il ferma les yeux.

« Sirius, regarde-moi. » ordonna une voix en français.

Le vampire poussa un gémissement pitoyable et secoua la tête frénétiquement.

« Sirius. » recommença la voix, impérieuse. « Tu agis comme un enfant, regarde-moi ! »

Le jeune homme consentit enfin à obéir, pour voir comme de l'inquiétude se refléter dans les yeux de l'Ancien.

Mais l'impression fut vite dissipée, devant le masque dur qu'affichait Antoine. Il semblait impassible et malgré le contact de sa main sur son épaule, il était distant.

« Tu sauras marcher ? » demanda-t-il, soucieux. Comment faisait-il pour garder un masque si indifférent et avoir une voix qui démentait tout son dédain ? C'était la première fois que Sirius l'entendait prendre un tel ton. Trop épuisé pour être méfiant, le jeune vampire acquiesça et essaya de faire quelques pas. Il tenait à peine debout et ses jambes tremblaient. Grâce à Antoine, il évita une rencontre directe avec le sol.

« Saleté de Black arrogant. » soupira Antoine tout en le soutenant par la taille. « Où est ta chambre ? »

« Pas question que tu rentres. » marmonna Sirius, en essayant de se déloger de la prise de l'Ancien.

« Imbécile, tu tiens à peine sur tes jambes, tu ne sauras jamais monter. Et je ne vais rien te faire si c'est de ça dont tu as peur, je ne suis pas aussi immoral. » répliqua sèchement Antoine.

Sirius poussa un long soupir, vaincu. « Prends le grand escalier, premier étage, aile est. »

Antoine acquiesça sans rien dire et le soutint – le porta plutôt – jusqu'à sa chambre.

Sirius sentit les regards incrédules qu'on posait sur eux à travers les couloirs. La puissance que dégageait l'Ancien ne passait pas inaperçue et voir Antoine – le Maître de la région – soutenir le vampire rebelle du clan était une image plus qu'incongrue. Mais il ne pouvait pas y prêter attention, il se sentait trop faible.

« Qu'est-ce que tu m'as fait ? » murmura Sirius.

« Rien du tout. Ton esprit est trop fragile, il n'a pas résisté à la nouvelle et à mon intrusion. » rétorqua l'Ancien. Il s'arrêta. « Maintenant, par où ? »

Sirius ouvrit péniblement les yeux. Il avait la vision trouble.

« Couloir de droite jusqu'au bout ensuite à gauche, troisième porte sur la droite. »

Antoine hocha la tête et continua son chemin, soutenant toujours le jeune vampire.

Arrivés devant la porte, il la poussa. Elle était heureusement ouverte.

Précautionneusement, Antoine pénétra dans la chambre et déposa Sirius sur son lit. Ensuite, il retourna à la porte et la verrouilla. Il attendit un moment que le jeune vampire se réveille.

« Pourquoi tu restes là ? » marmonna Sirius.

« Je dois te parler. »

« Non, sans blague ? Qu'est-ce que tu vas encore m'apprendre cette fois ? Je suis condamné à cuire au soleil dans deux jours ? »

« Arrête d'être aussi caustique, Sirius. Tu me dois le respect. » claqua Antoine, mécontent.

Sirius se tut et l'Ancien demanda abruptement : « Pourquoi ne m'as-tu pas dit que c'était un lycan ? »

Le jeune vampire éclata d'un rire sans joie. « Et tu oses me poser la question ? Tu les détestes ! »

Un soupir irrité.

« Pourquoi une imbécillité pareille ne m'étonne pas de toi ? Seul un idiot dans ton genre peut vouloir s'accoquiner à un lycan ! » siffla-t-il, les yeux étincelants de réprobation.

Plus une once d'inquiétude ni de souci chez ce majestueux et froid vampire. Sirius avait l'impression d'avoir à faire à une statue de glace, aux yeux ardents.

Piqué au vif, le jeune vampire contra violemment.

« En quoi ça te concerne, d'abord, je peux le savoir ? » répliqua-t-il, acide. « Tu croyais franchement que j'allais t'annoncer que mon amant est un loup-garou pour que t'ailles l'éliminer ensuite ? »

L'Ancien resta silencieux un long moment, le visage fermé. On aurait été incapable de dire, à son maintien droit et digne, qu'il bouillait de rage.

« Je concède que ç'aurait probablement été ma réaction première. Même si je t'aurais éliminé d'abord. » répondit-il, le ton étrangement calme et neutre, les traits impassibles.

« Qu'est-ce qui t'en empêche, maintenant ? T'es pas sur ton territoire, c'est ça ? »

« Cesse d'être insolent. Tu me dois le respect. »

Sirius s'emmura dans un silence buté. Involontairement, il tremblait de peur.

Il avait dépassé les limites. L'Ancien ne lui pardonnerait pas son impertinence cette fois.

Après quelques secondes à se regarder en chiens de faïence, Antoine eut un sourire amer. « Je suis un Ancien, j'ai une autorité quasi absolue sur les clans de vampires du monde entier ainsi que sur les sujets qu'ils abritent. De plus, je suis le Maître de cette région. Je pourrais éliminer qui je veux, simplement parce qu'il me déplaît. » Il détourna la tête, fixant ses yeux sur les lourdes tentures en velours vert foncé, sans réellement les voir. « Non. » reprit-il plus lentement. « Non, la raison pour laquelle je ne ferais rien, ni contre toi, ni contre lui, est simple : vous m'intéressez. En particulier, toi, tu m'intéresses. Non pas d'un point de vue purement sexuel comme tu le crois mais votre...cas me fascine. Rares sont les unions entre vampires et lycans et dès qu'elles sont découvertes, les deux intéressés sont directement rayés de la carte. » Il se retourna et posa sur le jeune Black un regard étrange, presque avide. « Je ne serais jamais favorable à ce genre de liaison, sois-en conscient. Mais j'ai la possibilité de comprendre pourquoi cette attirance a lieu et je n'ai pas l'intention de faire la même erreur que mes prédécesseurs en vous condamnant à mort. Cela serait du gâchis. »

« Donc, je suis un sujet d'expérience, en gros ? »

« Pour résumer, oui. »

Un silence s'écoula. Antoine avait répondu avec un tel flegme ! Comme s'il était naturel de considérer Sirius comme un cobaye et d'énoncer ce fait à voix haute !

« Et ça ne t'est jamais venu à l'esprit que tout n'était pas une question d'espèce mais plutôt de sentiments ? » demanda Sirius, se relevant sur ses coudes et fixant avec défi le vieux vampire.

L'Ancien eut l'air incrédule quelques secondes, puis il éclata de rire. « Sentiments ! Ce mot n'existe même pas dans le vocabulaire d'un vampire ! Les sentiments sont réservés aux humains, Sirius, pas à nous. »

« Et pourquoi ça ? Ne me sors pas "ça a toujours été ainsi et ça le sera toujours", c'est vraiment l'excuse la plus bidon que j'ai jamais entendu de ma vie ! »

Antoine poussa un soupir et se déplaça jusqu'à Sirius, puis s'assit sur le lit. Il fit mine de ne pas remarquer l'appréhension et la désapprobation dans le regard du jeune vampire.

« Tu es un vampire-né et je suis un Ancien. Seuls les vampires mordus ont été humains. En ce cas, pourquoi me parles-tu de sentiments ? Tu n'es même pas censé savoir ce que c'est. »

Sirius soupira et se passa la main sur les yeux. Un moment, il oublia qu'Antoine pourrait le tuer pour les mots qu'il allait prononcer. L'Ancien en savait déjà bien assez pour complètement le détruire, de toute manière.

« Je ne sais pas d'où vient cette affirmation que les vampires ne peuvent pas éprouver de sentiments mais c'est vraiment une connerie. Nous ne sommes pas si différents des humains que ça. Enfin, je veux dire au niveau de l'esprit, métaboliquement parlant, c'est clair que nous ne nous ressemblons pas. Ma famille n'est pas aimante et la plupart des vampires sont sans cœur, aussi est-ce normal que j'ai été dépourvu de sentiments comme eux. Mais mon meilleur ami – James Potter si tu le connais – vit dans un milieu privilégié. Ses parents s'aiment et aiment leurs enfants. Il sait ce que signifie le mot "amour" qui répugne pour ainsi dire presque tous les vampires. Grâce à lui et un ami bâtard – oui, je fréquente des bâtards et non, je ne te dirais pas qui il est – je sais que les sentiments ne sont pas impossibles pour les vampires. Après, il y a une différence entre savoir et connaître. Ce n'est que...ce n'est que grâce à Rem que j'ai pu...comment dire ? Eprouver des sentiments. Je sais que tu dois trouver ça incompréhensible ou ridicule. Ou les deux. Mais c'est vrai. Tu sais, il m'a fallu du temps pour que je comprenne...d'ailleurs maintenant j'ai encore du mal à comprendre mais...ça se sent juste. Ce n'est pas une question de savoir ou pas, de devoir apprendre ou de l'avoir pour acquis. Tout le monde peut éprouver des sentiments. Et ce n'est pas une question de ce qu'on est mais de qui on est... » Sirius éclata soudain d'un rire nerveux. « Bon sang, j'ai l'impression que c'est idiot ce que je raconte ! »

L'Ancien resta silencieux un long moment, l'air de réfléchir profondément.

Enfin, il brisa le silence : « Et bien, quel discours ! Me cacherais-tu des talents d'orateur aussi ? » Alors Antoine eut un sourire. Non plus un sourire railleur, satisfait, mauvais ou victorieux comme il en avait tant vu au cours de la semaine écoulée à Paris, non, un vrai sourire. Simple et sincère. Un sourire comme Sirius n'aurait jamais crû en voir sur ces lèvres. « Je dois t'avouer que je ne sais pas quoi dire. Ce que tu me racontes me paraît fou et atrocement risible...et en même temps...je crois comprendre ce que tu dis. » Il eut l'air légèrement confus, puis rit doucement. « J'ai des siècles d'expérience et c'est un jeune d'à peine vingt ans qui vient me faire des leçons...on frôle le ridicule ! »

« En fait, je dirais qu'on nage en plein dedans. » rétorqua Sirius avec un sourire. Il se releva en position assise, de telle façon à ce que le visage de l'Ancien soit face au sien. Il le scruta un long moment, le voyant peut-être réellement pour la première fois. Voyant qu'il ne faisait aucun geste envers lui et que son expression était calme et sereine, il dit avec un léger sourire : « Tu sais, je finirais presque par t'apprécier, Antoine. »

Le vieux vampire eut un sourire. Il sembla songeur un moment, paraissant considérer quelque chose. Au bout de quelques secondes, un sourire étrange prit place sur ses lèvres et il dit simplement : « Apprends-moi. »


Le séjour d'Antoine à Londres ne fut pas long. Son départ était prévu le lendemain soir, et il partit comme prévu, ayant encore une dernière entrevue avec Thomas, le chef du clan, juste avant de quitter la ville.

Les motifs de sa visite, officiellement, n'étaient que politiques.

Cependant Sirius dût bien se rendre compte que, malgré qu'il fût un Agent de la Mort, ce n'était pas vraiment de politique dont l'Ancien l'avait entretenu.

Etrangement, il était au courant que l'héritier des Black avait été poursuivi par des chasseurs de vampires et que son jeune frère, Regulus Arcturus Black, avait enlevé.

Face à cette déclaration plus qu'inattendue, Sirius avait voulu savoir d'où Antoine tenait ses informations. L'Ancien avait simplement souri et répondu qu'il se devait d'être au courant de tout ce qu'il se passait dans la région qu'il contrôlait. Face à cette réponse plus que vague, Sirius avait demandé des explications. Antoine avait fini par avouer qu'il le faisait surveiller.

L'indignation qu'éprouva le jeune vampire fut sans pareil. Comment Antoine avait-il seulement osé l'espionner ! L'Ancien avait ri devant sa colère et avait précisé qu'il surveillait chacun de ses sujets à risques. Simplement, il avait un peu plus Sirius à l'œil qu'auparavant.

Il n'y avait rien de dégradant à être sous la protection d'un Ancien, et Dieu savait comme Sirius avait assez d'ennuis comme ça. Il n'allait quand même pas refuser son aide, si ? De plus, il pourrait peut-être l'aider à retrouver son frère, non ? Il était puissant et avait un réseau d'informations hors du commun, assurément un renseignement sur Regulus ne passerait pas inaperçu à ses yeux. Et il préviendrait directement Sirius, bien entendu.

Le jeune Black n'avait pas pu discuter la décision de l'Ancien et s'y était plié. Peut-être même y trouverait-il un avantage, bien que pour l'instant, il doutait fort que la surveillance constante dont il faisait l'objet soit très utile. Et pratique.

Enfin, il devait déjà s'estimer heureux d'être en vie. Un autre Ancien ne l'aurait certainement pas laissé s'en tirer aussi facilement en sachant qu'il avait un amant lycan.

Cependant, Antoine avait tenu sa promesse.

Quelques heures à peine après son arrivée à Paris, Sirius reçut par mail et par fax des rapports sur l'organisation qui avait enlevé son frère, Cyanide Sun.

Il avait déjà mené des recherches auparavant. A vrai dire, il avait l'impression qu'il ne faisait que ça : des recherches. Et pourtant, presque aucun résultat. Ses soirées entières étaient occupées à parcourir des livres, des journaux, des rapports de police, à naviguer sur Internet, à questionner les personnes qu'il suspectait pouvoir le renseigner. Il était à l'affût de la moindre petite information. C'était comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Tout ce qu'il avait pu obtenir, au bout de jours et de jours d'enquête, c'était le nom de l'organisation et quelques renseignements superficiels sur elle.

Les chasseurs n'avaient pas de point d'attache – en tout cas, il ne semblait pas qu'ils en aient un – puisqu'ils passaient d'un bout à l'autre de la Grande Bretagne du jour au lendemain. En fait, l'organisation dont ils faisaient partie semblait suffisamment importante pour avoir des membres en France, en Italie, aux Etats-Unis et en Russie. Cela n'était pas pour lui faciliter la tâche car cela pouvait très bien signifier que, si Regulus était en vie, il pouvait se trouver à l'autre bout du monde !

Avec un soupir, il tira les documents qu'Antoine lui avait envoyés de l'imprimante et les posa sur son bureau, déjà couvert de livres et de feuilles de notes.

Il avait à peine saisi le premier papier qu'un coup frappé sur sa porte retentit.

Fermant les yeux pour tenter de calmer son irritation, il prononça un clair « Entrez ».

Il lui sembla que sa porte s'ouvrait avec une lenteur exagérée. Mais bientôt, il reconnut le pas familier et l'odeur caractéristique de son meilleur ami. Celui-ci ferma sans bruit la porte.

Ils ne s'étaient pas adressés la parole depuis leur dispute, il y avait de ça trois jours.

Le silence qui s'instaura dans la pièce était lourd d'accusations, de reproches et de non-dits.

« J'ai entendu dire que des Anciens sont venus au repère et qu'ils ont demandé à te voir. » fit entendre la voix de James, proche de la cheminée. Dans son dos.

Sirius ne se retourna pas.

« Un seul Ancien. » répondit-il calmement, en retournant à ses papiers – des cartes de Londres, d'Angleterre et de Grande-Bretagne, les notes qu'il avait prises lui-même sur Cyanide Sun, le fax envoyé par Antoine, le mot rédigé par les chasseurs, la liste des personnes qu'ils avaient déjà exécutés et des fiches détaillées sur ces personnes –, prétexte pour éviter de regarder James.

Il ne put s'empêcher de penser que les nouvelles allaient vite. Antoine venait juste de partir.

Un silence.

« Qu'est-ce que tu fais ? » demanda James, le ton comme indifférent.

« Des recherches sur les chasseurs qui ont emmené Reg. » dit Sirius, sa main tournant avec rapidité les pages d'un livre sur les meilleurs moyens d'éliminer les vampires – rédigé par des humains bien entendu – sans réellement le lire. La présence de James le perturbait.

Il entendit l'autre vampire s'asseoir sur son lit et se racler la gorge.

Devant le manque de réaction de Sirius, il poussa un soupir légèrement irrité et dédaigneux.

« Alors, tu me dis c'est quoi cette histoire avec l'Ancien ? » demanda-t-il finalement, parvenu à ses dernières réserves de patience.

James n'avait jamais été très habitué à devoir attendre pour obtenir quelque chose.

« Ça ne te regarde pas. » rétorqua calmement Sirius.

James répondit un peu plus vivement cette fois-ci : « Comment ça, ça ne me regarde pas ? Qu'est-ce que tu entends par là ? »

Sirius pouvait presque le deviner serrer poings et dents, s'empêcher de lui crier dessus.

Les réactions de James avaient toujours été prévisibles pour lui. Il pouvait lire en son meilleur ami comme un livre ouvert.

« Rien du tout. Juste que ça ne te regarde pas. Ça concernait les Agents de la Mort et aux dernières nouvelles, tu n'en fais pas partie. »

Son ton était plus mordant et plus sec qu'il ne l'avait voulu. Ah! Tant pis. Il en voulait à James pour sa liberté.

Sirius ne vit pas le visage de son meilleur ami mais il pouvait deviner sans mal son expression : les yeux écarquillés sous l'incrédulité, la bouche légèrement entrouverte, l'immobilité stupéfiée, mais surtout, le regard blessé, déçu et furieux.

Il le connaissait par cœur.

« Ce n'est pas la peine de déverser ta rancœur sur moi. Ce n'est pas ma faute si j'ai eu le choix. »

« Peut-être. Mais alors, arrête de me rappeler que moi je ne l'ai pas eu. »

Les mots claquèrent comme un coup de fouet dans le silence de la pièce.

Il entendit l'autre vampire se lever brusquement du lit et bientôt, une main le tourna de force, l'obligeant à fixer son meilleur ami dans les yeux. Des yeux noisette qui brûlaient de colère.

Ils se fixèrent un long moment sans un mot, se fusillant du regard.

Peu à peu, l'expression de James se fit moins dure, plus triste.

« Dis-moi ce qu'il ne va pas. » demanda-t-il, le ton soudain plus calme, presque...affligé.

Sirius détourna les yeux.

« Tout va bien. »

Un soupir. Le souffle tiède balaya le visage de Sirius.

En relevant les yeux vers lui, le vampire vit ses joues légèrement colorées de rouge – résultat du sang absorbé plus tôt dans la soirée –, ses yeux brillants – si chaleureux et si vivants, même quand ils étaient tristes – et sentit comme de la chaleur émaner de sa peau.

Il semblait si humain.

« Tu mens, Sir. Laisse-moi t'aider. »

Sirius recula imperceptiblement, faisant glisser la main de James de son épaule.

« Tu ne peux pas m'aider. » répondit-il, tout en se levant, se dirigeant vers la fenêtre, tournant le dos à son meilleur ami.

« Tu t'enfermes dans un cercle infernal, tu le sais ça ? » fit retentir la voix de James dans le silence pesant de la pièce.

Sirius serra les dents et ne répondit pas.

« Et Rem ? » dit-il, peut-être une minute plus tard.

« Quoi, Rem ? » répondit agressivement Sirius, tout en se retournant vers James.

« Pourquoi tu n'es pas avec lui, maintenant ? » demanda son meilleur ami, en arquant un sourcil, interrogateur.

Le corps du vampire se raidit.

La pleine lune.

Oh non. Oh non, oh non, oh non.

Il avait manqué à sa parole.

Encore.

Il se passa la main sur les yeux, déstabilisé et honteux.

« Je...j'ai complètement oublié. Antoine...il m'a... »

« Qui est Antoine ? » le coupa James, clairement intrigué.

« C'est l'Ancien. » répondit Sirius d'une voix distraite, complètement focalisé sur le fait que Remus endurait seul la pleine lune, alors qu'il lui avait promis d'être là.

Il n'était qu'un crétin sans parole.

« Qu'est-ce que l'Ancien vient faire là-dedans ? »

« Il devait y avoir une traque ce soir. Je ne me sentais pas bien. Il m'a...dispensé. Mais je ne peux pas sortir du repère de toute la soirée, pour me...remettre. »

Ce n'était pas tout à fait la vérité mais ça y ressemblait suffisamment pour éloigner toute trace de culpabilité de son esprit.

Il ne mentait pas à James. Jamais.

xXx

« Oh, et Sirius... » l'appela Antoine, en se levant du lit, où se trouvait toujours le jeune vampire. « Tu ne participes pas à la traque. Je vais voir Thomas pour lui en parler. Le motif officiel est que tu ne te sens pas bien et que tu te reposes, d'accord ? »

Sirius hocha la tête, légèrement étourdi et trop groggy pour pouvoir protester.

« Merci Antoine. »

Le vieux vampire eut un sourire.

« Ne prends pas ça comme un acte de sollicitude envers toi. Je n'ai juste pas envie qu'un de mes Agents meure. » Il se dirigea vers la porte, puis se retourna une dernière fois, la main sur la poignée. « Oh, et ne sors pas du repère jusqu'à ce que la traque soit passée sinon ton alibi ne tiendra pas. Tu ne verras aucun lycan lors de la pleine lune, est-ce clair ? »

Sirius acquiesça une nouvelle fois, ailleurs.

« Mais lors des prochaines traques, je veux compter sur toi. Ne me déçois pas, Sirius. A bientôt. »

Et il était sorti en claquant la porte, avec un de ces sourires dont Sirius ne savait s'il était moqueur ou sincère.

Peut-être un peu des deux, au final.

xXx

Il ne comprenait la manœuvre d'Antoine qu'à présent.

Il avait cherché à le tenir éloigné de Remus. Il avait vu la promesse qu'il lui avait faite un peu plus tôt. Sûrement, il avait manipulé son esprit pour lui faire "oublier" ce détail.

C'était un beau salaud.

« Qu'est-ce que tu as eu ? » fit la voix de James, le coupant dans ses pensées.

« Je...je ne sais pas. Tout d'un coup, je me suis senti mal. J'ai été pris d'une sorte de vertige et Antoine m'a raccompagné jusqu'à ma chambre. »

Il vit son meilleur ami hausser un sourcil.

Un Ancien, aider un jeune vampire ? Impossible.

« Je vois. » fit-il, tout en appuyant son dos à la colonne du lit et en fixant son regard sur Sirius.

Les deux amis restèrent silencieux.

Il avait tant à dire, tant à avouer, mais les mots ne voulaient tout simplement pas franchir ses lèvres. Il se maudit de ne pas trouver le courage pour faire face.

Mentir, mentir, tu ne sais faire que ça.

Il se mordit la lèvre et passa la main dans ses cheveux.

« Jay ? » tenta-t-il doucement.

Deux yeux noisette se levèrent vers lui. Le vampire aux cheveux en bataille décroisa les bras.

« Oui ? »

Les mots restèrent bloqués dans sa gorge.

Il y avait tant de choses qu'il aurait voulu dire, tant de choses qu'il ne voulait plus taire ! James pourrait l'aider, James pourrait le comprendre, James pourrait...

« Non, rien, oublie. Ce n'est pas important. »

James acquiesça et lui sourit doucement.

Il lui rendit faiblement son sourire.

Pour le bien de tous, il prétendrait qu'il allait bien.

Parce qu'au fond, qu'importe si l'intérieur est pourri, c'est la façade qui compte.


Atmosphère : album Reign of Light – Samael, 14 juin 2008

EP Sucessor / album Unia / album Winterheart's Guild / album Ecliptica – Sonata Arctica, 16 juin 2008

EP Vên – Eluveitie / album Slania – Eluveitie, 17 juin 2008

album New Protection – Ride The Sky, 25 juin 2008

Standin' On The Verge – Hardcore Superstar, 26 juin 2008

Life Burns! – Apocalyptica / Compilations Celtic Pride 1 & 2, 2 juillet 2008

album Reflections – Apocalyptica, 3 juillet 2008

Living In A World Without You – The Rasmus / Ten Black Roses – The Rasmus, 24 juillet 2008

Little Angel – Charon, 27 juillet 2008

Zauberschloss (L'Âme Immortelle remix) – In Strict Confidence, 14 août 2008

album Monster – Oomph!, 23 août 2008

Little Angel – Charon, 26 août 2008

Living In A World Without You – The Rasmus, 27 août 2008

Hero – Chad Kroeger feat. Josey Scott, 1er septembre 2008

Rakkaudesta Hulluuteen – Uniklubi, 3 septembre 2008

Excusez-moi pour le temps que j'ai mis à écrire ce chapitre mais je n'avais pas vraiment la tête à ça, cet été. Je vais bientôt rentrer à l'université et je doute pouvoir consacrer beaucoup de temps à l'écriture, aussi la date de parution du chapitre 28 est complètement incertaine et inconnue. Ce qui est sûr, c'est que Vampire Heart aura deux ans et ne sera toujours pas finie.

Pour compenser l'attente, je dirais que le chapitre est très long (ils vont en s'allongeant de toute manière...j'en suis à 15 pages alors que le premier chap en faisait à peine 4) et qu'il comporte nombre d'éléments sur lesquels vous pourrez exercer vos capacités de réflexion ;)

Le nom de l'organisation dont les chasseurs font partie, Cyanide Sun (à traduire par "soleil de cyanure") est le titre d'une chanson de HIM.

Si certains d'entre vous ont des idées, des remarques, des requêtes ou envie de voir une scène spéciale (réalisable et concordant avec mon idée de la fic, bien entendu) dans VH, dîtes-le moi s'il vous plaît ! Ca me servira sûrement.

Pour mettre quelques petites choses au point, il reste encore 3 chapitres et un épilogue pour terminer cette fic. Il est possible que je rajoute un chapitre (inspiration soudaine peut-être) mais c'est très peu probable. Le dernier chapitre est déjà prêt (il est possible que je rajoute des choses) et l'épilogue a eu plusieurs versions inachevées et abandonnées (bref, il n'est pas écrit). Quand la fic sera finie, j'ai envie de faire une page "bonus" où je mettrais quelques petites choses concernant VH, par exemple les projets que j'ai la concernant, les titres officieux des chapitres et surtout les réponses à toutes les questions que vous poserez. Une bonne idée ou j'abandonne tout de suite ? Si l'idée vous plaît...les questions et requêtes, ça commence maintenant !

Bonne rentrée à tout le monde !

Sorn