Toujours ravie que ça vous plaise.
Disclaimer: rien à moi, pour le coup! Pas même la correction ! Merci Evalyre ...
Chapitre 3
Un grésillement, un peu lointain, mais assez audible pour sortir Owen de son semi sommeil. Les yeux fermés, il tâtonna le sol pour mettre la main sur l'origine de ce bruit agaçant. Son oreillette. Maugréant quelques jurons, il se redressa tant bien que mal et l'accrocha à son oreille encore endormie.
- Qui me dérange?
- Owen? C'est toi?
- Quelle question ! Du nouveau, Ianto?
- Mais que faisais-tu à ne pas répondre à nos appels?
- J'écoutais pousser mes cheveux !
- Owen, écoute-moi attentivement. Dis-moi …
- Tu veux que je t'écoute ou que je te dise? Faudrait savoir !
- Arrête un peu tes sarcasmes, tu veux! Tosh n'arrive pas à te localiser dans les éboulements mais les hommes qui ont tenté de te venir en aide sont nettement localisés. Tu peux me dire avec précision où tu te trouves?
- Pour être précis, je vais l'être. Je n'ai pas bougé d'une semelle depuis tout à l'heure, quand vous m'avez annoncé la bonne nouvelle…
- Mais c'est impossible !
- Owen? C'est Gwen. Tosh t'a localisé à la bijouterie Harvey's, à 23h56, hier soir. Cela te rappelle quelque chose?
- Tosh? Elle biberonne du saké ou quoi? De quoi tu me parles?
- C'est un dérèglement du temps et non de l'espace qui est à l'origine de ta situation actuelle. Mais pour le moment, on ne sait pas comment..
- Pour le moment, tu es toujours coincé dans les murs et les hommes aussi. Seulement tu es aussi ailleurs dans le temps, à la bijouterie, expliqua Ianto.
- J'ai un double qui se balade à l'air libre mais il ne sert à rien, c'est ça?
Owen tenta de comprendre l'ineptie de ce qu'il venait d'énoncer. L'angoisse lui aurait coupé les jambes si celles-ci n'étaient pas déjà à moitié mortes sous son poids.
- On ne sait pas encore si ton double dans le temps va nous servir ou pas, Owen. Nous n'arrivons pas à entrer en contact avec lui.
- Bien, super ! On fait quoi maintenant?
Ianto et Gwen se regardèrent un moment, désarmés.
- Tosh. Qu'a-t-elle vu sur ses écrans? Et qu'a-t-elle bu avant?
Gwen sourit à la blague.
- Elle nous a vus, toi et moi débarquant à la bijouterie, hier soir. Puis, le temps d'un pépin informatique, j'avais disparu et toi tu étais seul sur les lieux. D'ailleurs, tu y serais toujours.
- C'est donc toi, Ianto Jones, qui fournis sa bibine à Tosh. Bravo !
- Tu peux arrêter oui? Tu n'as aucun souvenir de la bijouterie? Qu'est-ce que tu faisais à l'instant avant de nous répondre ?
- Je m'enlisais dans la mort, ça te va? Dois-je te rappeler que je vais manquer d'air et que j'ai déjà mal au crâne? C'est un des signes avant-coureurs de l'asphyxie.
Gwen secoua sa crinière noire.
- Non, Owen. J'ai ma petite théorie qui est la suivante : si Tosh ne te localise pas sous les décombres et si un autre toi se trouve en ce moment même dans la bijouterie, Tosh est formelle à ce sujet, c'est peut-être que celui que l'on doit secourir se trouve quelque part, libre, dans ce magasin et pas dans les murs, non?
- Et que fais-tu des quatre hommes qui ont disparu? Lui demanda Ianto, perplexe.
- Chaque chose en son temps. Je cherche d'abord à expliquer ce qui arrive à Owen.
- Très humaniste en effet, ironisa Ianto.
- Oui. Autant que ton idée de demander aux flics de défoncer le mur, quitte à disparaître à leur tour !
- Quoi, c'est quoi cette histoire de flics? Fit Owen, intéressé.
- Rien. Répondit Ianto, lapidaire.
- C'est ça. Rien, renchérit la jeune femme, en colère.
- Vous vous crêperez le chignon plus tard , les filles. Si je comprends ton raisonnement, Gwen, je suis en train de vous parler, de vous dire que je n'en ai plus pour longtemps mais vous préférez aller sauver le Owen qui figure sur les écrans de Tosh mais qui ne parle à personne? Saint-Thomas, qui ne croit que ce qu'il voit….
- Tu as une autre idée?
- Non, Gwen. Je fais mon possible pour rester en vie, ne me demande pas de réfléchir. J'ai quand même une question : que fait l'autre Owen dans la bijouterie? Je veux dire? Il marche? Il bouge? Il mange? Il baise?
- Owen !
Gwen étouffa un petit rire nerveux. Ianto, quant à lui, ne trouvait pas ça drôle.
- Tosh a une image figée sur la bijouterie. Le timecode ne bouge pas : il indique 23h56, mais l'écran travaille. Tosh a des images éclairs de toi où tu marches, effectivement. Puis tu es sur les marches de l'escalier. Et tu n'es pas seul non plus…
- Quoi?
- Elle a vu des visages. Une femme et un jeune homme.
- Les enquêteurs ont confirmé que sept personnes avaient disparu depuis hier, 23h56. Ce sont sans doute ces personnes qui sont avec toi, conclut Gwen, confiante.
- Je n'y comprends rien! La vache !
- Calme-toi, Owen. Surtout tu gardes le contact avec nous, ok? Tosh doit nous rappeler d'une seconde à l'autre pour nous dire si elle réussi à dépatouiller ce sac de nœuds.
- Ok, je reste à l'écoute. Mais faites vite les gars, je commence à perdre mes esprits, et ce ne sont pas vos histoires à dormir debout qui vont arranger ça.
- Owen, es-tu certain de ne pas pouvoir accéder à un endroit moins…fermé?
- En voilà une bonne question, à la Ianto, comme je les aime!
- Tu as cherché au moins? S'énerva le jeune homme.
- Cherché quoi? Une trappe magique? Tu le fais exprès pour que je m'égosille c'est ça?
- Non j'essaie d'avoir les informations exactes sur la situation. Et tu ne les as peut-être pas en ta possession.
- J'ai cherché partout où j'ai pu, Ianto ! Mon problème c'est que je suis mal placé pour explorer le moindre centimètre carré de..
- Quand on a un problème, et qu'on ne trouve pas de solution à ce problème…
- Oui?
- …C'est que l'on fait partie du problème.
- En clair, tu veux dire quoi? Fulmina Owen.
- Rien. Je tentais juste de t'énerver un peu plus. Pour tester tes shakras !
- Confucius, le scarabée divin te dit « Amen ». Va prêcher la bonne parole aux Autorités. Que foutent les pompiers? Les flics? Les maître-chien? Hein?
Gwen lorgna vers la rue. Owen n'avait pas tout à fait perdu la raison.
- C'est pourtant vrai ! S'exclama-t-elle avant de foncer dehors.
Ianto la vit lever les bras au ciel puis se courber en avant, comme prise d'un mal de ventre lancinant. Il s'apprêtait à lui venir en aide lorsqu'elle se tourna vers lui en secouant le tête, dépitée.
- Personne. Il n'y a plus personne, Ianto. C'est à devenir dingue …Soupira la jeune femme, sous le choc.
Ianto l'était tout autant qu'elle mais ne laissa rien paraître. Il fit la moue et fronça les sourcils, l'air concentré mais pas paniqué, en façade.
- Ils se sont peut-être dit que Torchwood s'en chargeait. Après tout , c'est ce qu'on leur dit à chaque fois, non?
Ianto avait toujours le mot qui détend, qui rassure.
- Tu as raison…Mais tout de même…
- Torchwood s'en charge c'est ça ! Marmonna Owen. Ce qu'il en reste en tout cas, et c'est pas dit qu'il n'en perde pas encore un petit peu, le Torchwood !
- Jack ne serait rien sans nous ! Objecta Gwen, offusquée.
- On n'est rien sans Jack, ouais !
- Taisez-vous ! Ordonna Ianto. Tosh me parle.
Un silence de cathédrale s'installa dans la brasserie.
- Mets le haut-parleur, Ianto!
- Une seconde, rétorqua ce dernier, happé par les paroles de la scientifique. Son visage se déridait légèrement, il répéta une procession de « oui, Tosh » et cela suffit à Gwen pour reprendre du poil de la bête avant même de connaître la raison de ce changement soudain et plutôt positif.
- Très bien, Tosh. Continue, tu es brillante.
- Alors? Entendit Ianto, à sa droite et dans son oreillette.
- c'est fou. Tosh a aperçu une jeune femme dans la bijouterie, avec Owen et les deux personnes déjà présentes sur les moniteurs. Cela fait le compte: sept personnes en tout, comme les sept disparus. Si on ajoute les quatre hommes.
- Et alors? Répéta Gwen.
- Alors Owen ne figure pas parmi les disparus. Il est juste « égaré », il servirait de lien entre les deux mondes, les deux fragments de temps, pour être exact.
- Ouais, super. Tout ceci reste virtuel, je suis un lien google en somme!
- Le chaînon manquant je dirais, rectifia Ianto, soulagé.
Mais Gwen ne partageait visiblement pas ce soulagement.
- Tu veux nous dire ce que Tosh t'a dit au juste? Car j'avoue que c'est du chinois pour moi.
- Du japonais, plutôt, dit Owen en éclatant de rire. Je suis drôle.
- Clairement. La Faille a provoqué une fragmentation du temps au moment où Owen et moi étions dans la bijouterie, hier soir. Un résidu nous a suivi jusqu'ici, dans cette brasserie. D'accord?
Gwen acquiesça sans tonus.
- La Faille s'étend donc de la bijouterie jusqu'ici. Owen est coincé entre ces deux endroits mais la Faille est encore active. On peut l'utiliser pour le faire revenir, lui et les autres personnes. Le seul problème…
- Ah, tu me rassures, il y a un problème !
- Oui, Owen. Il est dans le fait qu'on ne sait pas encore lequel des deux Owen est récupérable.
- Je suis irrécupérable depuis bien longtemps, mon pauvre Ianto.
Gwen sourit malgré elle.
- Et comment le savoir? Demanda-t-elle.
Ianto ne répondit rien mais lui fit comprendre qu'il n'en avait pas la moindre idée et Tosh non plus.
- Hey, je vous vois en train de vous faire des signes ! Râla Owen. C'est bon, choisissez celui qui vous plait le plus et basta!
- Mais Owen reste Owen, et c'est lui qui nous plait tant, le taquina Gwen, mutine.
- A mon avis, c'est celui qui prend racine dans les murs, affirma Ianto, l'oeil fourbe.
- Pourquoi?
- C'est le plus chiant, jusque là. C'est le bon Owen.
- Ah ah ah, je me gausse. Normal, vous n'avez eu aucun contact avec l'autre qui arpente les rayons d'une bijouterie de luxe. Tu m'étonnes ! Il doit s'en mettre plein les poches, ouais. C'est ce que je ferais moi, à sa place.
- Je confirme, on tient le bon médecin ! Répéta Ianto, amusé.
- Bien. Supposons que le problème du bon Owen soit réglé, on fait comment pour le sortir de là? S'enquit Gwen, plus pragmatique.
- On attend les ordres de Tosh. D'ici on ne peut rien décider.
Ianto osa un regard vers la jeune femme, propulsée depuis peu cheftaine du groupe. L'annonce ne la dérangea pas, bien au contraire.
- Ok. Owen, ça va aller?
- Mais oui. Je vous fais confiance, confessa-t-il, sincère. Et Ianto, pense à consulter tes textos, sait-on jamais, un certain Jack pourrait avoir envie de t'envoyer de ses nouvelles…
- On peut rêver, en effet. Répondit le jeune homme.
Il n'avait nullement besoin qu'Owen le lui rappelât. Il ne se passait pas une minute sans qu'il n'allume son portable. L'espoir fait vivre.
- Pourquoi dis-tu ça? Lui demanda Gwen, surprise. Ianto secoua la tête.
- Comme ça.
Il s'éloigna vers les tables et s'installa sur une des banquettes recouvertes de velours. Gwen le rejoignit.
- Il va revenir, c'est obligé., le rassura-t-elle. Il a sûrement aperçu ce Docteur dont il m'a parlé, comme nous avons vu nos proches. Rhys, Lisa, et Diane. Il a aperçu son ami mais un peu plus tard que nous. Et si tu veux mon avis, ce Docteur doit beaucoup compter pour lui. Il a besoin de cet homme pour détruire ses démons du passé, tu ne crois pas?
- Sans doute, mais jusqu'ici Jack ne nous a jamais abrutis avec son passé. C'est un homme du présent, et de l'avenir. Il a tout fait pour éviter l'ouverture de la Faille et il n'avait pas tort. Il a la tête sur les épaules et le cœur a sa place, bien caché dans sa poitrine. C'est un homme d'action et de décisions justes. Je le vois mal partir sur un coup de tête, sans aucune explication. Pas toi?
- Non, Ianto. Je suis certaine qu'il avait une bonne raison . Mais c'est vrai, partir sans crier gare, c'est pas correct du tout.
- Mais c'est du Jack tout craché !
Owen s'était invité dans la discussion, sans crier gare lui non plus.
- Je ne suis en aucune manière étonné par ce comportement de voyou.
Les deux autres se mirent à rire. Owen continua.
- Et si tu as raison, ma chère Gwen, cela risque de prendre des années avant que ce Docteur de pacotille parvienne à nous le rendre aussi vierge qu'un nourrisson, sans blague.
- Touché, Owen! Admit Gwen en riant toujours. Bon, il s'agit de se bouger si on ne veut pas croupir ici, allez Ianto.
Elle se leva et claqua dans ses mains, l'air décidé.
- Que je vienne où? Osa Ianto en se levant à son tour.
- On va faire le tour du quartier. Voir si on ne trouve pas une autre issue à cet éboulement inter- dimensionnel.
- Pas bête, avoua Owen.
- Effectivement. Tosh ne peut décemment pas avoir les yeux, euh…les caméras partout. Je te suis.
Ianto et Gwen sortirent de la brasserie et arpentèrent le trottoir qui menait vers la bijouterie Harvey's. Chacun muni de son détecteur de résidus ioniques et inspectant chaque recoin, chaque ruelle, chaque ombre qui venait à passer devant leurs yeux de lynx.
Il était près de midi. La rue se vidait des derniers passants qui rentraient déjeuner. Le ciel très gris, et lourd, risquait de passer en mode déluge d'ici peu. Arrivés à la bijouterie, les deux jeunes gens hésitèrent à franchir le pas de porte de la boutique frappée par la Faille.
- Et si on restait aussi coincé à l'intérieur, si jamais on entrait? S'inquiéta Gwen, les mains enfouies dans son blouson de cuir.
Ianto regarda à travers la porte vitrée fermée. Il y avait du monde à l'intérieur mais pas ceux qu'ils cherchaient. Pas d'Owen ni les deux femmes et le jeune homme aperçus sur les moniteurs. Logique, ceux-là étaient figés dans le temps, ils restaient fixés sur l'heure de l'ouverture de la Faille, à savoir 23h56. Owen partageait l'expérience de vivre continuellement sans craindre la mort, comme Jack. D'une façon différente, certes, et certainement plus facile à vivre, mais le résultat était le même, se dit Ianto.
Des policiers en faction devant les étals de bijoux discutaient joyeusement tout en avalant un sandwich et une limonade. Ianto ne reconnut pas les deux hommes en civils qui s'agitaient autour des agents , l'air inquiet et paniqué.
- C'est qui ces types? Demanda Gwen qui avait collé son nez contre la vitre.
- Aucune idée mais s'ils ont pu éviter de disparaître c'est que la Faille n'est plus active à ce niveau. Viens, on entre.
- Attends !
- Qu'est-ce qu'il y a?
- Regarde bien , Ianto. Ils ne nous voient pas. Ils ne sont pas dans notre dimension.
Le jeune homme considéra la remarque un instant puis secoua la tête.
- Mais si, Gwen. Le policier à droite , avec la bouteille à la main, il nous regarde. Tu le vois?
- Ah, tu crois qu'il nous voit, lui?
Gwen parlait doucement, d'une voix hésitante. Elle cacha ses grands yeux noirs derrière une mèche de cheveux qu'elle rabattit sur son visage. Les chats sont persuadés d'être invisibles quand ils se cachent les yeux, pensa Ianto, amusé, en observant la réticence de Gwen à franchir la porte.
- Allez, viens.
Ianto lui prit le bras et la poussa doucement vers l'entrée.
- J'ai peur, Ianto. Pas toi?
- Pas pour le moment. Mais ça ne change rien.
Ianto poussa la porte de la bijouterie et 5 paires d'yeux se tournèrent vers lui et Gwen qui le suivait de près. Il arbora un sourire de connivence et se présenta aux policiers, puis aux deux hommes.
- Que se passe-t-il ici, agent….?
- Wilkinson. Vous êtes forcément au courant si vous êtes bien de Torchwood, non?
- Oui, mais ce qu'il veut savoir c'est ce que vous faites ici? Les lieux ont été bouclés à la population civile, expliqua Gwen en regardant les deux hommes derrière les caisses.
- Je suis Nolan Parker, le frère du propriétaire de Harvey's. Mon frère a tout bonnement disparu. Et il faut quelqu'un pour garder la marchandise, vous ne croyez pas, mademoiselle? Lui répondit le plus âgé, d'un ton sec.
- Et où sont passés les employés de la bijouterie? Demanda Ianto, plus posément, afin de calmer l'atmosphère électrique, qui n'était pas imputable pour le coup aux caprices de la Faille.
Nolan Parker fixa Ianto, sans vraiment le voir. Il semblait avoir oublié le personnel et réalisa soudain l'absurde de sa réaction.
- Mais je n'en ai aucune idée, à vrai dire. Ils ne sont pas joignables. Miss Harrington et miss Louise vivent ici, dans les appartements attenants à la remise, là, à votre gauche. Et le petit gars, je ne sais plus où il loge, en vérité.
- Vous feriez mieux de quitter les lieux, leur conseilla Ianto. Comme vous le savez , Monsieur l'agent, Torchwood s'en occupe.
- Mouais, contre vous deux, c'est certain, les malfaiteurs n'ont aucune chance. Ironisa Wilkinson en se traînant vers la sortie.
Ianto empêcha Gwen de répondre à cet insolent en lui assénant un coup de coude bien senti dans les côtes. Elle le dévisagea, stupéfaite.
Ils attendirent que le dernier policier soit sorti pour aller fermer à la porte d'entrée à clé.
- Ianto, je n'ai pas un bon…
- Une seconde, Gwen, la coupa le jeune homme.
Il appuya son oreillette et appela Owen. Plusieurs fois. En vain. Son front se plissa méchamment et Gwen s'approcha de lui, encore plus soucieuse.
- Il n'y a plus de contact ?
- C'est mort. Et pas moyen d'avoir Tosh, non plus. Il se peut que je me sois un peu trompé. La Faille est encore active. Je ne vois pas d'autre explication à ce black-out des ondes.
Gwen fit un tour sur elle-même pour épouser du regard l'ensemble de la boutique de luxe. Tous ces diamants, ces bagues cerclées d'or et de rubis. Ses jolis colliers assortis de pendentifs en cœur, ou en roses. Quelle féerie ! Et ces perles sur le sol, nacrées et rouge vermillon, qui s'entassaient au pied des marches de l'escalier unique de ce magasin enchanteur.
L'escalier!
Ianto se rappela l'instant où le plafond fissuré et rougeoyant les avaient forcé à trouver un abri. Lui, dans les étages inférieurs, Owen au premier étage, via l'escalier, au pied duquel dormait cette rivière de perles.
- L'étage ! Cria-t-il en se ruant vers l'escalier.
- Ianto, non!
Ianto s'arrêta au milieu et se retourna vers Gwen, qui n'avait pas bougé de place.
- C'est à l'étage que tout s'est passé. Owen est monté voir. Puis on s'est retrouvé coincé , moi dans la gaine d'aération et lui dans les débris. Il faut que j'aille voir.
- Non! Et si par malheur tu tombais sur l'autre Owen? Celui qui est encore dans cette bijouterie avec les trois disparus?
- Ils ne sont pas disparus, Gwen…
- Alors dis-moi où on les trouverait, hein?
Gwen était partagée entre l'envie de rejoindre Owen à l'étage et la peur de ce qu'il pourrait leur arriver une fois là-haut.
- Gwen.
- Non, toi tu m'écoutes ! Depuis que Jack est parti, la seule mission qu'on ait eue a été de capturer une lamentable bande de weevils égarés. Mais là, Ianto, c'est autre chose. On n'a pas de moyen tangible pour combattre la Faille et tu le sais. Alors on ne tente rien sans connaître les risques. C'est compris?
La jeune femme, bien qu'affolée, avait parlé durement avec autorité et détermination. Ianto, toujours à mi-chemin, hésita.
- Tu proposes quoi?
- On fait demi tour et on retrouve le contact avec Tosh et Owen.
Ianto, indécis, pesa le pour et le contre. Il n'avait qu'une envie : monter les quelques marches qui le séparaient peut-être de la solution mais Gwen avait raison. Sans Jack, ni Owen, les chances de mener à bien cette mission étaient minces, voire nulles. Il redescendit auprès de Gwen. Mais la curiosité le guida vers les appartements des vendeuses.
- Oi, où tu vas?
- Reste tranquille, Gwen Cooper. Je vais juste jeter un œil dans les chambres et je reviens.
Il disparut derrière une porte en bois couleur merisier. Gwen tapota nerveusement du pied. Le son de sa bottine sur le sol carrelé résonna dans tout le bâtiment. Elle sursauta quand un bruit de tous les diables tonna à l'étage. On aurait dit un plafond qui s'écroule. Du béton armé qui se briserait comme de la porcelaine. Elle se renfrogna. Et si son pied avait achevé de démolir la pièce du haut?
Gwen ou la folie des grandeurs!
-Ianto? Ianto ! Tout va bien?
Elle n'eut pas de réponse. Elle se précipita vers les appartements.
- Ianto ! Réponds-moi !
- Par ici, Gwen.
Soulagée d'entendre à nouveau la voix de son ami, Gwen se dirigea vers ce qui lui sembla être un débarras, dont la porte coulissante était à moitié ouverte. Gwen la tira complètement et faillit tomber à la renverse quand elle entendit Ianto l'appeler à nouveau.
- Je suis là. Tu me vois? Dans la penderie, derrière les fringues.
Mais Gwen avait beau écarquiller ses grands yeux, elle ne voyait rien d'autre que des manteaux de laine fripés et des chemisiers d'une mode passée.
- Ianto? Je ne vois rien dans cette penderie ! Il y en a une autre j'espère?
- Lève les yeux, Gwen!
La voix de Ianto semblait venir d'outre-tombe. Gwen leva la tête et elle s'accrocha machinalement à un manteau suspendu pour ne pas tomber définitivement dans les pommes. Un trou noir, pire, une absence de masse, rien, du vide indescriptible, comme un morceau de l'espace sidéral enfermé dans cette minuscule penderie. Sans la moindre étoile. Sans luminosité. Sans personne prénommé Ianto. Sans personne ni quoi que ce fut. Gwen sentit son cœur battre plus fort, ses oreilles se mirent à siffler.
Elle avait soudain terriblement chaud. Elle cligna des yeux et murmura:
- La vache!
Avant de s'évanouir au milieu des vêtements qu'elle entraîna dans sa chute.
- Hey, Gwen ! Gwen debout !
- Rhys? C'est toi?
Gwen émergea de son étourdissement, toujours assise près de la penderie.
- Non ce n'est que moi, Ianto.
Gwen se réveilla totalement.
- Bon sang. Mais que s'est-il passé? Où étais-tu ?
- Difficile à décrire. Ce n'était pas le vide, pas le néant. Plutôt comme si j'étais au fond d'une piscine, je sentais la pression de l'eau sur mon corps mais je ne voyais rien. Bizarre, vraiment très bizarre. Et toi?
- Oh, moi. Pas original pour deux sous. J'ai vu tout en vert puis je me suis évanouie. Tu vois, le truc classique.
Ianto l'aida à se relever.
- On est mal, Gwen. Mais si je n'ai pas été victime d'hallucinations, je parierais avoir entendu Owen, quelque part. Il est perdu quelque part à ce niveau mais où? Enfin, c'est un début de solution, non?
- Que tu crois! Ianto, il faut sortir d'ici au plus vite. La Faille est là, en action, ça craint.
Les deux jeunes gens se mirent d'accord et se dirigèrent vers la sortie.
- Les policiers sont toujours là, dehors. Remarqua Ianto en ouvrant la porte d'entrée. Essaie d'avoir l'air normal, montrons-leur qu'on est des professionnels, ok?
- Deux scouts égarés et affolés oui, plaisanta Gwen. Mais tu as raison, comportons-nous en héros.
Ils sortirent enfin de la bijouterie en souriant et saluèrent d'un geste furtif les agents postés de chaque côté de la boutique. Ils pressèrent le pas pour retourner à la brasserie.
- Je n'en reviens pas, on fait du sur place. On n'avance pas. Et quand on s'approche de la Faille, toutes les communications sont coupées. Qu'est-ce qu'on va faire? demanda Gwen en s'affalant sur une banquette face au mur cannibale.
Ianto faisait les cents pas et surveillait via son oreillette le moindre retour satellite.
- La liaison va revenir. C'est obligé.
- Enfoiré de Jack ! Comment a-t-il osé nous faire ça? Partir en nous laissant seuls avec le pire danger incontrôlable qui menace la race humaine !
- Il avait ses raisons. Tu me l'as dis toi-même.
- J'avais tort ! Il n'a pas le droit de déserter Torchwood. Nous ne bossons pas dans une cantine ni même dans un ministère de confort. Nous sommes Torchwood ! Nous avons tous fait des concessions pour travailler ici ! Il ne s'agit pas de se porter pâle dès qu'on a un furoncle au derrière !
Ianto sourit. Il partageait sa colère, même si cela ne leur servait à rien de casser du sucre sur le dos de Jack. Les absents ont toujours tort, de toute façon.
- Ce Docteur dont il t'a parlé. C'est pour lui qu'il est parti. Il est amoureux de ce type, si tu veux mon avis.
- Jack est amoureux de tout le monde. Même de toi ! Ianto leva le nez de son blackberry, médusé et blessé.
- Excuse-moi, Ianto, fit Gwen. Je ne sais plus ce que je dis…
- En effet. Tu ne sais plus ce que tu dis, lui répondit-il durement.
Il se replongea dans ses lectures, mais le cœur n'y était pas. Gwen n'avait pas toute sa tête, sans doute, mais elle se trompait rarement sur les affres de la vie amoureuse de ses compatriotes.
Un silence de plomb s'en suivit.
- Et si tu avais rencontré l'autre Owen, celui de la bijouterie. Qu'est-ce qui se serait passé? Demanda la jeune femme pour changer de sujet.
- Peut-être que c'est impossible. Peut-être que la Faille évite d'elle-même ce genre de clashs qui peuvent s'avérer désastreux. J'ai entendu Owen, pris dans les murs, j'en suis certain. Sa voix résonnait en écho court, comme si elle se répondait toute seule contre les murs serrés qui le retiennent prisonnier.
- Bonne déduction, mon cher Watson .
Ianto et Gwen échangèrent un timide sourire.
- Bien, s'écria la jeune femme en se levant. Toujours est-il que notre chef devra répondre de ses actes, pas vrai? Il aura droit à son tribunal militaire particulier et extraordinaire!
- Je plaiderai en sa faveur, Gwen. Il n'a pas hésité à se sacrifier pour l'Humanité. Au péril de sa vie, il a…
- Péril? Quel péril, Ianto?
Gwen se rassit à côté du jeune homme pour lui murmurer, d'une voix grave mais claire.
- Jack est immortel, Ianto. Il ne peut pas mourir. Jamais ! J'ai vu Suzie lui tirer une balle en pleine tête, il s'est écroulé et trente secondes après il était debout, droit comme i, dans son dos ! Je l'ai vu ! Et en plus il me l'a avoué dès qu'il m'a engagée.
Gwen fit claquer sa langue. Elle jubilait comme si elle venait de réussir un strike au bowling. Ianto la fixa, la mine déconfite.
- Tu es sérieuse?
- Absolument. Bon, j'admets que cela n'enlève rien à son courage mais il faut relativiser. Si j'étais toi, je peaufinerais ma plaidoirie au risque de te rendre ridicule.
- Pourquoi te l'a-t-il dit à toi et pas à…nous?
- Parce qu'il n'avait pas le choix. Je l'ai vu ressusciter. Soit il m'éliminait, soit il m'engageait. J'ai été soulagée qu'il choisisse la deuxième option.
- Il aurait aussi pu te retconner …
- Mais il l'a fait , le monstre ! Juste avant, seulement la molécule n'a pas d'effet notoire sur moi. Je suis une forte tête.
- Je suis au courant, soupira Ianto, songeur. Tu as d'autres secrets en réserve le concernant? Ajouta-t-il, l'air innocent.
Gwen gloussa .
- Autant que toi, j'imagine, espèce de cachottier !
- Il ne se parfume jamais. Ce qui ne l'empêche pas de sentir bon, non?
- Oh mais c'est un détail intime, dis-moi.
- Pas du tout ! C'est Myfawny qui trouve ça excitant, son odeur naturelle…
- Mais bien sûr. Je vais être franche avec toi, Ianto. Tu serais nul en tant qu'avocat !
Ianto opina du chef, en souriant.
- Assez parler de Jack, estima Gwen, en se relevant. Owen nous attend, quelque part à l'étage de la bijouterie. Tu avais donc raison, Ianto. C'est là-bas qu'il faut chercher. Mais c'est trop risqué, et puis…
Ianto se leva d'un bond et s'approcha du mur, tout en collant son oreillette.
- Tosh me parle…
Gwen le rejoignit près du mur.
- Elle dit qu'elle a trouvé Owen, dans la bijouterie.
- Quoi?
- Une seconde, Gwen.
- Ok, Tosh, on va essayer. Dit-il en courant vers les mallettes que les policiers avaient apportées.
- Alors? Ianto?
- Le temps presse, Gwen. Apparemment le Owen de la bijouterie est celui qu'il faut sauver.
- Quoi? Mais on avait dit l'autre ! S'exclama Gwen, paniquée.
- Tosh a compris que la Faille est toujours active là-bas et que c'est le seul moyen de les faire revenir en l'utilisant sciemment.
- Sciemment? Tu veux développer?
Ianto se releva, les mains chargées de marteaux et de tournevis.
- Il faut retourner dans la penderie et la démonter, Owen se trouve au dessus.
- Quel Owen, Ianto? Quel Owen ?
- On ne sait pas. Mais les deux sont probablement proches l'un de l'autre. Il faut à tout prix éviter qu'ils ne se croisent.
- Mais on ne devrait pas tenter de le trouver de ce côté en défonçant le mur? Objecta-t-elle, désemparée.
- Si on touche à ce mur, on ouvre une brèche dans la Faille qui s'est refermée de ce côté. Interdiction d'y toucher ! Tu as vu ce qui s'est passé quand ils ont essayé, non? Il nous faut utiliser la Faille qui est active seulement depuis la bijouterie. Le temps et une infime portion d'espace s'y sont emmêlés. Reste à trouver comment les délier, sans impacter le cours du temps, tu comprends?
- Oui. Mais je le répète, c'est trop risqué, Ianto. Demande à Tosh de trouver une autre solution.
- Hey Forrest, on ne pioche pas dans une boîte de chocolats pour choisir le meilleur. On en prend un et on doit fatalement le goûter pour savoir si c'est le meilleur. Allez, viens.
- Comme tu voudras, Grand Sage.
Ianto et Gwen sortirent de la brasserie. Le jeune homme s'arrêta net après deux pas en direction de la bijouterie.
- Owen? Quoi?
Gwen revint sur ses pas et tendit l'oreille. Pourquoi n'arrivait-elle pas à entendre son ami via sa propre oreillette?
- Tosh m'a conseillé l'inverse, Owen. On est en route, d'ailleurs.
- Surtout pas, malheureux! L'avertit le médecin. Tosh sait taquiner le mulot mais elle n'est pas un chat !
- C'est-à-dire?
- C'est-à-dire que le Owen que vous projetez de sauver n'est pas le bon Owen ! C'est-à-dire que ce n'est pas parce que Tosh le voit que c'est le vrai. Il est coincé dans le temps. C'est moi mais dans une autre dimension, abruti ! Réfléchis un peu, bordel ! C'est à moi que tu parles et je ne vais pas tarder à tourner de l'œil si vous ne vous magnez pas !
- On ne peut pas prendre ce risque, Owen. Je suis désolé.
- Ok. Voilà mon plan. Vous venez ME chercher et si je ne fais pas l'affaire, vous irez sauver l'autre. Lui n'est pas en danger de mort, que je sache ?
Ianto et Gwen continuaient de marcher malgré les avertissements du médecin. Ils ne savaient plus qui croire. Qui sauver?
- Si on te sort de là et que tu croises ton double, tu réalises que tu devras te faire disparaître pour ne pas dérégler la ligne du Temps?
- Je sais. C'est un risque que je suis prêt à prendre, Ianto Jones. Je n'ai pas d'autre choix de toute manière. Allez, je vous attends. Vite !
Ianto et Gwen se regardèrent un long moment avant de prendre leur décision. Ianto coupa la communication.
- On fait quoi? Demanda-t-il, dépité.
- On va le chercher. On trouvera un moyen d'éviter la collusion des deux Owen. Il a raison, il est en danger, pas l'autre. Pour le moment du moins.
- Ok, fit Ianto en rebranchant son intercom. On arrive, Owen. Tiens bon…
Ses derniers mots restèrent en suspens dans l'air frais de cette matinée d'hiver. Ianto aperçut une seconde avant Gwen le spectacle inattendu qui s'offrait à eux, devant le parvis de la bijouterie. Les deux jeunes gens écarquillèrent leurs yeux : une foule de badauds que des dizaines de policiers en uniforme tentaient de maîtriser s'était rassemblée devant le magasin. Des voitures de police et des ambulances bloquaient l'accès direct à la boutique. Des journalistes se faufilaient avec art à travers la masse curieuse pour collecter le maximum de photos des rescapés.
Ianto et Gwen se fixèrent avec effroi. Puis une lueur d'espoir raviva leur regards pleins de surprises. Deux femmes et un jeune homme, mitraillés de flashs et de questions, se cachaient comme ils pouvaient sous des couvertures en laine grises.
Les trois disparus de la bijouterie Harvey's.
Mais alors, où était passé Owen Harper?
A suivre et pas d'inquiétude, je vais simplifier tout cela , enfin je vais essayer ^^^
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