Attention, ceci est un chapitre EXTRÊMEMENT dark ! Je déconseille cette fic aux jeunes lecteurs. Ne prenez pas cet avertissement à la légère ! Âmes sensibles s'abstenir !
Chapitre 29
...Et soudain, je le trouvai. Le moyen idéal.
Mon esprit avait enfin réussi à se fixer sur une idée précise. Et si une part de moi, une infime part qui ressemblait encore à l'ancien moi, me hurlait de n'en faire rien, de me ressaisir, je ne l'écoutai pas.
Sous la pluie, j'avançai, à l'aveuglette presque. J'avais toujours évité soigneusement ce quartier.
Mais je ferais tout pour oublier. Même si ce n'est que temporaire. Même si ça risque de me détruire complètement.
Deuxième partie
D'ici, je pouvais déjà voir les néons du Requiem For A Dream cligner d'un bleu agressif et la foule qui attendait devant le bar et ne désemplissait jamais.
Mes pieds avançaient sans me consulter et bientôt je me retrouvai mêlé à cette masse compacte et noire. Je ne croisai aucun regard, ne regardai aucun visage.
Parce qu'ici, nous sommes tous semblables, nous n'avons pas d'histoire, nous n'avons personne pour nous juger et nous dicter. Nous vendons des rêves, nous apportons l'oubli.
Tel était le slogan de Requiem For A Dream. Des rêves et l'oubli.
Je ne voulais que l'oubli. Je n'avais pas de rêves.
Après un moment indéfinissable passé à attendre, je pénétrai enfin dans le bar.
La musique était assourdissante, mélange de sonorités bourrines et agressives, répétitives. Sur les murs blancs du bar plongé dans le noir se reflétaient des dessins psychédéliques bleu ondoyants sans fin. C'était déstabilisant, ça me donnait mal à la tête.
Mes sens perturbés, j'avançai, perdu et percutai quelqu'un.
Il était pâle, il était maigre. Des cheveux noirs en broussaille, des yeux où l'on distinguait à peine une fine ligne de bleu qui renseignait sur la couleur de son iris. Ses bras n'étaient même plus cachés et l'on voyait dans le creux de ses coudes des traces bleues violacées. Des vêtements froissés et sales. Allongé sur les coussins qui parsemaient ça et là le club, il me faisait l'impression d'être mort.
Depuis combien de temps était-il accro ?
Dans mon exploration désordonnée, je tombai encore sur d'autres êtres. Jeunes, vieux, garçons, filles, tous étaient ici. Tous avec ce même air hagard, tous avec ce regard vide. Certains avaient encore l'air encore vivant, riaient pour un rien, souriaient béatement face à leurs visions paradisiaques. D'autres étaient des squelettes ambulants. Peut-être même y avait-il de vrais cadavres ici, je parvenais à sentir la mort, mêlée au désespoir, à l'ivresse, à l'euphorie et au sexe.
Le Requiem For A Dream était appelé Paradize en un autre temps.
Je l'aurais plutôt baptisé Enfer.
Quelqu'un me percuta, je relevai les yeux.
Un garçon vivant et sain d'esprit.
Mais pour combien de temps ?
« T'es nouveau ici ? »
Sa voix était rauque, un peu brusque. Je pouvais sentir l'odeur tenace d'alcool bon marché, de parfum de femme et de sexe sur lui.
J'acquiesçai sans ajouter un mot.
« Ici, on paie cash. Tu veux juste une dose pour commencer ? »
« Ouais. »
De combien de doses aurais-je besoin pour oublier ?
J'étais prêt à dépenser tout ce qu'il fallait si ça me permettait de vivre tranquille.
Ou de m'apporter une mort avec le sourire aux lèvres.
Il m'annonça le prix. Je payai. Il me refila une seringue et s'en alla vers un autre client.
Tous si différents et semblables à la fois. Tous avec leur propre histoire, et pourtant souvent la même. Tous avec leur parcours, presque trop linéaire, presque trop prévisible.
Tous rassemblés ici.
Je me dirigeai vers un coin pas trop encombré. Je tombai sur un enchevêtrement de corps qui s'envoyaient en l'air avec des gémissements sourds et des râles muets et des spectateurs pervers qui se masturbaient, encourageants les junkies à force de cris et remarques vulgaires. Certains rejoignaient le ballet improvisé, prenant part à cette danse macabre et sordide. Je les voyais maltraiter les corps, pétrir la chair, ravager les bouches, saisir les membres comme si ces êtres-là n'étaient que des jouets à assouvir leur monstrueux appétit sexuel.
Je me détournai de cette vision et de ces bruits. Malgré tout, je ne parvenais pas à m'empêcher de ressentir du dégoût et de la pitié devant ce spectacle.
Mais ils l'avaient cherché. Ils l'avaient voulu. C'était leur enfer et ils avaient payé pour ça.
Tout comme j'avais payé pour mon oubli.
Je fixai la seringue et le liquide blanchâtre qu'elle contenait. Avait-elle été stérilisée ? Avait-elle déjà servi ? Et si oui, à combien de gens ?
Je balayai toutes ces questions.
Les vampires ne tombaient pas malades. Et même si j'étais contaminé, ne serait-ce pas mieux ? Au moins je mourrais tranquille.
Me posant dans un coin plus calme que les autres, ma seringue sur mes genoux, je relevai ma manche, fixai mon bras quelques secondes. Réalisai-je l'énormité de ce que j'allais faire ?
Oui.
Et c'était peut-être ça le pire.
« Hey, t'as un garrot, vieux ? »
Je secouai la tête et une jeune fille – quel âge avait-elle ? Quinze, seize ans ? – me tendit un morceau de plastique.
« Tu m'en laisseras un peu ? »
Elle avait les yeux verts et les cheveux blonds. Elle aurait pu être jolie si son visage n'était pas aussi émacié.
« Sans problème. »
Le garrot serré autour de mon bras, la piqûre aiguë de la seringue ne me fit rien. J'appuyai jusqu'à faire passer une bonne quantité du produit dans mon sang, puis tendit la drogue à ma compagne d'infortune.
L'effet fut presque immédiat.
La tête penchée en arrière, bercé par les sonorités bourrines, les lumières bleues s'imprimèrent sur ma rétine, mon cerveau se vida et mes muscles se relâchèrent. J'avais envie de rire. Je me sentais bien.
J'oubliais tout.
Bam, bam, bam, bam
Des cachets mauves, bleus, oranges, vert, rouges, roses.
Bam, bam, bam, bam
Des seringues, de l'alcool, de la poudre, des joints, des vapeurs.
Bam, bam, bam, bam
Des milliers de corps, des milliers de bouches, des milliers de mains.
Bam, bam, bam, bam
Un monde coloré. Visions fantastiques. Goût délicieux.
Bam, bam, bam, bam
Extase. Euphorie. Jouissance.
Oubli.
Des bouteilles brisées tout autour de moi, du verre aiguisé. Des corps morts. Ou ce qui y ressemblait.
Mal de tête. Lumière bleue. Murs blancs.
Je regardai autour de moi, ma tête tournant, pulsant, brûlant.
Je ne me sentais plus bien à présent. Je me sentais vide, et j'avais besoin de quelque chose.
Besoin de quoi, exactement ?
Je ne voulais pas vraiment le savoir.
Alors je saisis la première chose qui me passait sous la main et me perdis, encore une fois.
Je perdais la notion du temps. Des cris et des rires extatiques résonnaient à mes oreilles comme des paroles dénuées de sens sur la musique électronique qui passait.
Les yeux vagues, je fixais les alentours, comme ailleurs.
J'avais une impression de légèreté, d'immense compréhension, tout me semblait si clair.
Autour de moi les gens étaient comme des formes allongées, fantastiques, irréelles. Des ombres colorées, des fantômes palpables.
Des cadavres ambulants pour la plupart.
Un poids sur mes genoux. Je plantais mon regard sur la forme devant moi.
« T'es vachement mignon, toi. Ça te dit ? »
J'hochai la tête, sans trop savoir ce que j'acceptais. Une bouche vint se fixer à la mienne. Je sentais les vibrations de la musique dans mon corps, je sentais la chaleur de l'humain qui se trouvait sur moi. C'était suffisant pour me faire perdre la tête.
Ici, les valeurs n'avaient plus de sens. Il n'y avait plus de règles, plus de lois. C'était un monde en soi, le monde dont on rêvait et qu'on créait avec ses mains, inaccessible aux autres, protégé et Ô si précieux.
Les doigts qui se glissaient sous mes vêtements me faisaient frissonner. J'avais l'impression que j'avais moins froid depuis que j'étais ici. C'était agréable.
Je me laissai faire, totalement soumis aux lubies de mon partenaire. Je fermai les yeux, laissai mes sens capter toutes les sensations.
Les contacts n'étaient pas doux, ni tendres. Ce n'était pas brutal non plus, ni passionné, ni quoique ce soit. C'était juste du sexe pour du sexe, un moyen comme un autre de passer le temps, un moyen comme un autre d'oublier la vraie vie.
Je ne savais pas vraiment où j'étais. Je savais qu'il y avait des gens autour de moi. Combien, je n'en savais rien. Peut-être regardaient-ils. Peut-être auraient-ils envie de participer. Personnellement, je m'en foutais. Un objet a une vie tellement plus facile parfois.
Je sentais des lèvres sur mon cou, les doigts me retirer un peu brusquement ma chemise, mais pas entièrement.
Nous n'avions pas besoin d'être complètement déshabillés pour baiser. C'était du temps perdu et même si le temps n'avait plus aucune notion ici, l'humeur était à la rapidité, à l'assouvissement des désirs et je n'allais pas empêcher ça.
C'était facile. C'était bon. Et c'était tout ce que je voulais.
Les ongles qui s'enfonçaient dans ma chair, le corps qui se mouvait sur moi en un rythme tantôt lent, tantôt effréné, les râles rauques, les gémissements, les morsures, les cris de jouissance...si tout pouvait être comme ça. Tellement accessible et à portée de main. Pas besoin de demander, il n'y avait qu'à prendre, à utiliser, à maltraiter, à adorer, à reprendre si on le voulait et à jeter quand on en avait plus envie.
La cadence s'accélérait. Automatiquement, je suivais le rythme imposé, les yeux fermés, la tête posée sur le dossier du fauteuil, à peine intéressé par ce que je faisais. Je laissai l'entière charge au cavalier, il prendrait le plaisir, j'en aurais ma part et il s'en irait ensuite, laissant certainement place à un autre bientôt.
Bientôt, je sentis qu'on m'empoignait les cheveux, qu'on tirait dessus avec instance et force. Je ne protestais pas. Ça ne me faisait rien.
« Regarde-moi. » me souffla-t-on d'un ton urgent, l'air chaud venant à mon visage par vagues brûlantes.
J'eus à peine le temps d'ouvrir les yeux que ceux de mon vis-à-vis se fermaient, ne me laissant même apercevoir leur couleur.
Je refermai les yeux, ne voyant pas l'utilité de voir son visage et me laissai submerger par les émotions.
Le rythme s'accéléra. Les bruits émis par mon partenaire se faisaient de plus en plus forts, de plus en plus présents. La pression de ses doigts, son poids sur moi aussi. Mais ce n'était pas désagréable. Ça ne faisait que rendre l'acte plus réel.
Je sentais ses ongles s'agripper à moi et inconsciemment, je l'amenai plus près de moi, toujours plus près, comme si l'on pouvait réduire la distance entre nous et ne former plus qu'un seul être, entier.
Un cri étouffé s'échappa de ma gorge. Mon corps me trahissait.
Un tremblement. La cadence frénétique, presque trop rapide, presque trop brutale, presque trop insupportable mais Ô comme la douleur était si bonne, Ô comme la brûlure était intense !
Je me sentais vivant.
Il y eut l'immobilité caractéristique et puis l'éclatement, l'orgasme. Le vide, le blanc total. Des frissons nerveux me parcoururent l'échine, l'espace de quelques secondes, je me sentis comme sur le point de tomber.
Une petite mort.
Peut-être que la drogue aidait à décoller ?
Je sentis le corps flasque de mon partenaire retomber sur moi. Pendant plusieurs secondes, il n'y eut aucun mouvement, je sentais son souffle chaud sur mon cou, le feu qui semblait embraser ma peau là où nos épidermes entraient en contact, chaque détail de son corps, chaque os, chaque cheveu sur ma joue.
C'était trop. Mes sens étaient trop exacerbés. J'en voulais plus et c'était trop.
D'un geste qui n'avait rien de doux, je saisis le cou de mon partenaire, inclinai sa tête sur le côté.
Mon vis-à-vis était trop sonné pour seulement réaliser ce que je faisais. Peut-être prenait-il ça pour un jeu sexuel ou une simple tendresse incongrue.
Rapidement, j'approchais ma bouche de sa gorge, respirai l'odeur de sueur, goûtai le sel de sa peau, caressai de la langue la chair palpitante, rougie par l'effort et l'émotion violente et puis mordis.
Il n'émit aucune protestation, seule sa bouche s'ouvrit en un cri muet. D'extase ou de douleur ? Peut-être était-ce des deux.
Je sentais une partie de moi se déchaîner, gronder, faire rage à l'intérieur. Le plaisir charnel n'était pas assez, il lui fallait du sang, il lui fallait de la vie, toujours plus de vie !
Je mordais, déchiquetais la chair.
Peu m'importait la propreté, peu m'importait la discrétion. Le sang coulait et c'était si bon, tellement bon !
Autour de moi, les rires résonnaient avec puissance, comme si mille voix éclataient de rire toutes en même temps à l'intérieur de mon crâne. J'avais conscience de tout, mais le goût salé et rouillé sur ma langue accaparait presque toute mon attention.
Peu à peu, je sentais le corps s'amollir dans mes bras, peu à peu, la vie le quittait et s'immisçait en moi.
Ma victime m'avait demandé regarde-moi. Mais je n'accordais pas un seul coup d'œil à son cadavre.
Il y en avait d'autres, tellement d'autres ici, pourquoi m'encombrer d'une seule ?
Je laissai retomber son corps sur mes genoux, complètement avachi, vidé, avant de le mettre sur le côté quelques minutes plus tard.
Déjà quelqu'un d'autre se dirigeait vers moi. Peut-être un des spectateurs de notre spectacle privé ? Peut-être voulait-il essayer, lui aussi ?
Lui ou un autre, je m'en foutais.
Tout était bon à prendre pour oublier.
Les jours passèrent. Se succédèrent. Tous semblables. Peut-être même cela faisait-il des siècles que j'étais là, je n'en savais trop rien, ma mémoire défaillait.
Ce lieu était devenu comme mon chez moi. J'y avais mes habitudes. Je connaissais les têtes, on me connaissait.
J'étais allongé sur un canapé, la tête d'une fille posée contre mon abdomen. Etait-elle morte ou dormait-elle seulement ? J'étais trop abruti pour pouvoir le dire. Je ne sentais plus rien.
Mon estomac se révolta soudainement, j'étais pris de nausée.
Sans faire plus attention au corps qui pesait sur moi, je me levai, titubai vaguement – combien de litres d'alcool avais-je bu ? – puis m'arrêtai et vomis le sang absorbé un peu plus tôt.
Hagard, déséquilibré, je m'appuyai d'une main au mur pour ne pas tomber. Des mèches vinrent se coller à mon front en sueur pendant que j'haletais, reprenant avec peine ma respiration. Mes genoux tremblaient violemment sous moi, comme s'ils allaient céder à tout moment, incapables de supporter mon poids. Je crevais de chaud. Et j'avais la chair de poule. Des frissons maladifs parcouraient ma peau.
Personne ne faisait attention à moi.
Les gens malades étaient tellement courants ici. Il y avait tellement de morts que plus personne ne les distinguait des vivants à force.
Sans plus faire attention où j'étais, je finis par me laisser glisser à terre et appuyai ma tête au mur.
Je me sentais tellement...sale.
J'étais faible. J'étais immonde.
Je me dégoûtais.
Ravalant avec rage ce chagrin que je ne pouvais pas éprouver, ne devais pas éprouver, je me forçai à me relever, vacillant encore, ma tête pulsant avec force, et saisis la première chose qui me passa sous la main.
J'y jetai à peine un coup d'œil.
Une bouteille de whisky de qualité médiocre.
La première gorgée, bue au goulot, me brûla la gorge. J'en avalai une seconde, une autre et encore une autre. Jusqu'à ce que la bouteille soit presque vide.
Et quand je reportais mon regard sur le liquide doré, je sentis une part de l'ancien moi refaire surface.
J'étais répugnant.
Je jetai violemment la bouteille au sol, la laissant s'éclater en morceaux, laissant l'alcool bon marché s'étaler au sol.
« Hey, mais ça va pas de gaspiller comme ça ! »
Je ne relevai pas et me dirigeai vers ce coin détesté dès le premier jour. Ce lacis de corps jetés pêle-mêle, s'adonnant à un plaisir tellement bestial, tellement primitif que c'en était tout bonnement dégueulasse.
Et pourtant, auquel je revenais sans arrêt.
Parce que le sexe est comme une drogue, il donne l'impression de guérir les blessures mais ne fait que les ouvrir un peu plus.
Je me fondis dans la foule compacte, sifflante et criante qui encourageait cet amoncellement d'êtres.
Des billets jonchaient le sol. Pleuvaient sur les hommes et les femmes en sueur qui les ramassaient comme si c'était la chose la plus précieuse au monde, comme si seul ça pouvait leur apporter le bonheur.
Comme si c'était un spectacle d'animaux.
Bientôt, je finis par me fondre moi aussi dans cette mêlée, anonyme consentant aux traitements les plus divers, aux jeux les plus pervers.
Milles bouches, milles mains, milles membres, milles contacts, milles coïts, milles jouissances, milles soupirs, milles gémissements, milles cris, milles râles, milles morts.
Parce que la douleur est extase.
Un jouet démembré, écartelé en morceaux épars, tour à tour bourreau et victime, possesseur et possédé, propriété de tous, sans aucun prix à payer et utilisable à souhait.
Je ne demande qu'une chose. Ne me reconstituez pas.
Le blanc. Rien d'autre que le blanc. Et des bruits lointains. Comme...le vent dans les feuilles. Et comme des rires. Des éclats de voix.
Des voix d'enfants ?
Et puis le blanc s'atténue peu à peu, devient moins aveuglant. Et le bruit est plus distinct, moins confus.
On dirait...une fenêtre. Une grande fenêtre, haute, si haute. Et les tentures à côté...elles n'existent pas, c'est comme s'il n'y avait pas de verre, c'est comme s'il n'y avait aucune séparation entre la pièce et l'extérieur.
Le ciel est bleu. D'un bleu si clair, si limpide, si éblouissant que l'éclat lui fait mal.
Il n'y a pas de nuages dans le ciel, il n'y a rien, rien d'autre que cette immensité bleutée, il ne voit pas les arbres, ni les oiseaux. Rien que ce ciel si bleu, tellement bleu, tellement clair, que ça ne lui paraît pas normal.
Non. Non, là, il y a quelque chose. Le bruit se fait plus fort. Les rires sont bien là, légers, flûtés.
Des voix d'enfants.
Une silhouette rouge appuyée sur la balustrade, dressée contre le ciel bleu. Comme suspendue dans l'air, comme s'il n'y avait rien que cette silhouette et l'immensité du ciel.
Les rires se font encore plus forts, tellement présents qu'il a l'impression que son crâne va exploser sous leur pression, tellement puissants qu'ils en deviennent presque réels et tangibles.
Il crie mais n'entend pas sa voix. Pourtant la silhouette se retourne, elle est là...juste là, il n'aurait qu'à tendre la main la main pour l'attraper.
Ce n'est pas un visage d'enfant qui se tourne vers lui. Les yeux tournés vers lui l'aspirent, comme deux trous noirs, comme s'ils absorbaient toute la lumière, toute la matière alentours, comme si ils obscurcissaient ce ciel bleu, trop bleu.
Un sourire fend le visage et la silhouette l'appelle, l'invite à le rejoindre, ses lèvres ne produisant aucun bruit, comme si le son avait été coupé.
Alors il sourit en retour et avance, mais il a l'impression que la silhouette s'éloigne et que le ciel change, que le bleu tourne peu à peu au blanc, au même blanc aveuglant que tout à l'heure et que la silhouette devient noire, qu'elle perd sa couleur, son si brillant rouge, son si riche bordeaux.
Il accélère, il court maintenant, il tend la main et puis, quand enfin il arrive à cette fenêtre, il s'y cogne et de la silhouette il ne reste rien que la main tendue, ce sourire triste, oh si triste, et ces yeux noirs, tellement noirs que ça en fait presque peur parce que c'est comme des pierres et qu'il n'y a rien de vivant là.
Il frappe sur la vitre, il crie, il hurle et le visage s'altère peu à peu, le blanc devient gris, le bruit s'intensifie mais devient masse grouillante, parasites, comme si le signal était brouillé, et la peur le prend au ventre, parce qu'il doit passer de l'autre côté, il doit rejoindre la silhouette mais il ne peut pas, il ne peut tout simplement pas.
Et alors la vitre cède, enfin, mais c'est trop tard, c'est trop tard parce que le ciel est noir maintenant et que la silhouette n'est plus là et que le visage a eu l'air déçu, oh tellement déçu qu'il ne l'atteigne pas, et qu'il murmurait quelque chose qu'il ne comprenait pas, quelque chose comme c'est fini ou c'est trop tard et que ça fait mal, parce qu'il avait l'air tellement joyeux et puis il a disparu et maintenant il n'existe plus et tout ça est de sa faute parce qu'il aurait dû l'atteindre plus tôt, parce qu'il aurait dû briser cette vitre, parce qu'il aurait dû le rejoindre, parce qu'il aurait dû...
Et maintenant, autour de lui il n'y a plus rien, rien que le noir, plus rien d'autre que le noir, il n'y a plus de fenêtre, plus de balcon, plus de ciel, alors il recule, il recule parce qu'il a peur mais là non plus il n'y a plus rien et puis c'est trop tard, c'est toujours trop tard et il tombe, tombe et c'est comme si sa chute ne pouvait pas avoir de fin, comme si rien ne pouvait jamais s'arrêter, que le cercle recommençait encore et encore, comme si il n'y avait plus rien pour le rattraper et il y avait cette voix qui criait, qui le suppliait, qui l'appelait, qui lançait milles choses confuses, comme je te hais et sauve-moi et d'autres mots qu'il ne distinguait pas, qu'il n'entendait pas, et lui, criait à plein poumons mais rien ne sortait de sa gorge, et c'était comme si ça ne pouvait jamais s'arrêter, comme si le sourire devait toujours le hanter, encore et encore et que les voix se répètent en écho dans sa tête et qu'il y avait toujours le même cri silencieux sur ses lèvres, incapable de sortir de sa gorge.Regulus.
Le froid.
La chaleur.
Le bruit.
Le silence.
La peur.
L'excitation.
Le vide.
Le plein.
C'est tout ça que je sens et plus.
Les images sont confuses. Les sensations, brouillées. Je tangue, comme suspendu par un mince fil au-dessus d'un gouffre.
Je sens à peine le mouvement autour de moi, j'entends à peine les échos des voix qui crient au-dessus de ma tête. Suis-je allongé ? Suis-je debout ? Je ne sais pas, c'est comme si j'étais paralysé, ankylosé.
J'entends comme une marche funèbre dans ma tête.
Est-ce que j'hallucine ?
J'ouvre les yeux mais ne voit rien d'autre que du blanc et puis du noir.
Que se passe-t-il ?
Je me sens mal. Mon estomac se révolte. La tête me tourne. Mon rythme cardiaque accélère puis ralentit. Mon corps m'échappe. Je tremble et je ne peux rien contrôler.
Je m'écroule, à genoux.
Et alors que de l'eau glacée tombe drue sur ma tête, je perds pied.
La dernière chose que j'entends avant de m'évanouir, c'est un couple de rire.
Des secousses. Le froid. Une voix. La chaleur. La lumière, violente, blanche, trop blanche qui filtrait à travers mes paupières fermées.
Instinctivement, j'essayais de me protéger les yeux mais me découvris comme paralysé, comme si mon corps ne me répondait plus.
J'avais l'impression que mon crâne éclatait en milles morceaux.
Un goût de sang emplissait ma bouche. Le mien ?
J'avais envie de vomir.
Je tentai de bouger et remuai un peu. Mes paupières s'ouvrirent d'elles-mêmes, pour se refermer aussitôt.
Brûlure. J'avais l'impression d'être aveugle.
Quelque chose de tiède se posa sur mes yeux, je n'eus pas la force de le repousser.
Je tremblais. J'étais gelé.
J'entendais quelqu'un parler mais je ne discernais pas les mots qu'il prononçait. Comme si j'avais perdu les capacités de comprendre le langage.
Un mot. Deux syllabes. Qui se répétaient toujours.
« Sirius. Sirius. »
Je tentai encore une fois d'ouvrir les yeux.
Cette fois la lumière avait disparue. Mais je ne voyais, ne distinguais rien d'autre qu'un marasme de noir, de brun et des ombres.
« Sirius ? Sirius, tu m'entends ? »
Mes yeux bougeaient sans arrêt, incapables de se fixer sur quoique ce soit.
Et finalement, je distinguai une ombre un peu plus sombre au-dessus de moi, je sentais sa chaleur.
Je me forçai à me focaliser dessus, certain que c'était là la chose qu'il fallait faire, même si j'aurais bien été incapable de dire pourquoi.
« Sirius ? Réagis s'il te plaît. Fais, dis n'importe quoi, je m'en fous. »
La voix. Elle m'était familière. Où l'avais-je entendue ? Que disait-elle ? C'était comme si elle me parvenait de loin, de si loin...
Je m'accrochai, comme si ce son, cette chaleur et cette ombre étaient mon seul repère.
Une quinte de toux me saisit, je roulai sur moi-même, violemment secoué.
J'avais l'impression de cracher mes poumons.
« Sirius ? Sirius, tu vas bien ? Réponds-moi. »
Un bras me saisit doucement et me força à me détendre. Je voulus résister au début, mes muscles étaient endoloris, ankylosés, comme incapables de pouvoir bouger. Mais à force, avec patience, on déplia mes membres, comme si j'étais un pantin à prendre précautionneusement.
« Sirius, s'il te plaît... »
Quelque chose roula sur mes joues. C'était tiède. Ça venait de mes yeux.
Une main chassa les larmes, d'un geste doux, et un sanglot déchira ma gorge.
Je pleurais ?
Je sentis des bras me saisir, avec toujours autant de douceur, et la voix me murmurer, sur un ton à peine audible, apaisant.
« Chut...ça va aller...ça va aller...Je suis là, je ne te laisse pas tomber... »
Peut-être était-ce la chaleur, peut-être était-ce la voix dont je ne comprenais pas les paroles, peut-être était-ce la fatigue, peut-être encore autre chose, je n'en sais rien, mais bientôt, mes yeux se refermèrent d'eux-mêmes et je me sentis sombrer encore une fois.
Mais cette fois...le noir me semblait accueillant.
Du mouvement. Déplacement de la chaleur. Du bruit. C'est cela qui me réveilla.
Hébété, je papillonnai des yeux, perdu.
Autour de moi, les murs étaient...d'une couleur indéfinissable. Peut-être vert. Peut-être gris. Peut-être avaient-ils été blancs dans une autre vie.
La pièce était sombre. Pas trop petite mais certainement pas grande. Un désordre total y régnait, des partitions, des feuilles, des tonnes de feuilles couvertes d'encre – autant de mots que de notes – jonchaient le sol parmi des cadavres de bouteilles, une guitare sèche, des paquets de cigarettes vides, des vêtements, des verres, un ordinateur portable, une baguette de batterie, des câbles et d'autres choses que je ne discernais pas.
Où étais-je ?
Aux murs il n'y avait rien sinon des traces passées d'autocollants et des post-it jaunissants. Rien qui pouvait me renseigner sur l'endroit où je me trouvais.
Je frissonnai. J'avais froid.
Une porte s'ouvrit, peu après, laissant entrer un homme de haute taille. Il avait les cheveux bruns, légèrement bouclés, qui lui arrivaient aux épaules. Ses habits constituaient en une chemise noire, recouverte d'une veste noire en coton et un jeans foncé. Et ses yeux verts, trop soulignés de noir, brillaient d'une étrange lueur dans la pénombre.
Il avança d'un pas dans ma direction puis s'arrêta, semblant hésiter.
« Sirius ? » demanda-t-il, comme s'il redoutait quelque chose.
Je le fixai, sans comprendre, quelques secondes.
J'avais l'impression que cela faisait des siècles que je n'avais plus entendu mon nom.
« Will ? »
Ma voix se fêla, se cassa d'une manière lamentable. Je toussai.
J'entendis Will souffler un « merci Seigneur », avant qu'il n'arrive à mes côtés, passant une main rassurante dans mon dos.
Quand ma toux se calma, je tournai le regard vers mon ami, désorienté.
On pouvait voir le soulagement se peindre sur ses traits fatigués. Des cernes s'étalaient sous ses yeux exagérément maquillés, accentuant encore l'éclat trop vert de ses yeux.
Il semblait malade, il semblait vieux.
« Qu'est-ce que je fais ici ? Où on... »
Une nouvelle quinte de toux me saisit avant que j'aie pu terminer ma dernière phrase. Combien de temps cela faisait-il que je n'avais plus prononcé un mot ?
Will me tendit un verre. Sans réfléchir, je bus son contenu...avant de le recracher. De l'eau !
Will fronça les sourcils devant ma réaction violente. « C'est juste pour que tu arrêtes de tousser. Je n'ai pas de stock. »
Je secouai la tête, mais bus tout de même, souhaitant apaiser la brûlure de ma gorge.
L'eau n'était pas agréable. Mais c'était assez pour hydrater et c'était tout ce dont j'avais besoin pour l'instant.
« Et pour te répondre, tu te trouves au Tavastia. Dans ma chambre, comme tu peux t'en douter. »
Il y eut un silence malaisé. Will semblait répugné à aborder un sujet. Cela se voyait à la façon nerveuse qu'il avait à ne pas pouvoir rester complètement immobile et à se tordre les mains tout le temps.
En voyant ses longs doigts pâles se tordre ainsi, je me dis qu'il aurait dû être pianiste.
« Je t'ai trouvé ce matin. » dit-il soudainement, brisant abruptement le silence. « Dehors. Sous la pluie. »
Un soupir.
« Ça fait des jours qu'on te cherche, Sirius. »
Je le regardai, perdu. Où voulait-il en venir ?
« Tu ne te rappelles pas ? »
C'était à moitié une question, à moitié une affirmation. Il me fixait, les yeux brûlants, comme s'il cherchait à découvrir la vérité dans mes yeux.
Dis-moi.
Je cherchai. J'avais l'impression que ma mémoire rechignait à fonctionner. Comme si, quelque part, elle était bloquée.
Pour la première fois depuis que j'étais réveillé, je regardai mes vêtements froissés, encore humides, parfois déchirés, mes mains, mes bras. Des traces de sang. Puis je levai la tête et tombai sur un miroir.
Un visage décharné. Blanc comme la mort. Rongé de noir. Comme dévoré de l'intérieur. Aux yeux à l'éclat fantomatique.
Cet être-là était-il vivant ?
Le reflet me faisait peur. Peur parce que je ne me reconnaissais pas. Peur parce que je n'avais pas l'impression que c'était moi.
Ou peut-être était-ce trop moi.
Dorian Gray avait-il ressenti la même chose en découvrant l'horreur que son portrait anciennement magnifique était devenu ?
Et puis, tout d'un coup, je me souvins.
« Requiem. » articulèrent les lèvres pâles du reflet. Le son déformé de ma voix.
Et alors que le nom résonnait dans l'air, tout me revint, avec tant de violence que c'était comme un coup reçu en pleine poitrine. Les sensations confuses, le plaisir, l'exaltation, la douleur.
L'impression que mon cœur cessait de battre.
Je tournai un regard perdu vers Will mais je ne voyais rien, ne distinguais rien, comme si j'étais aveugle.
Ma bouche s'ouvrit mais aucun son n'en sortit.
Que pouvais-je dire, de toute façon ?
« Alors c'est vrai...tu étais vraiment au Requiem ? »
Et il y avait tant de tristesse, tant de déception dans le regard de Will...que c'en était insupportable.
Le silence s'étira. Indéfini. Immonde.
« Sirius... » fit Will, au bout d'un moment, sa main tentant de m'atteindre.
Je connaissais ce ton. Je ne voulais pas. Je reculai.
« Non. Je ne veux pas t'entendre. »
Chagrin. Infini.
Will est le seul vampire que je connaisse qui soit aussi...triste. Tellement humain qu'il porte toute leur détresse mais multipliée cent, mille fois.
Combien de fois avait-il été maltraité, injustement rabaissé, parce qu'il était un bâtard ?
« Sirius...écoute-moi. »
« Non. » Je secouai la tête, m'éloignai un peu plus.
Colère. Enervement.
« Sirius, il faut que tu te reprennes, tu ne peux pas continuer comme ça ! Tu t'enfonces et tu déconnes complètement...je ne peux pas fermer les yeux sur la situation actuelle. »
« Je ne t'ai rien demandé ! » crachai-je.
Will recula, comme s'il avait été frappé.
Il se leva, brusquement, et l'air sembla s'épaissir autour de lui, tandis que ses yeux s'obscurcissaient et que ses poings étaient serrés à tel point que ses jointures en devinrent blanches.
Sa voix, quand il parla, était puissante et emplie de colère. C'était comme s'il hurlait.
« Tu te pourris la vie ! T'es en train de tout foutre en l'air ! Pourquoi tu fais ça ? Il s'est passé quoi pour que tu sois dans cet état-là ? »
Il me saisit le bras, et serra. Ça faisait mal et je ne pouvais pas me dégager de sa poigne.
« Ça ne te regarde pas. » sifflai-je. « Maintenant, lâche-moi. »
Il ne m'écouta pas et au contraire, resserra son étreinte.
Ses yeux brillaient de fureur.
« Espèce d'imbécile arrogant ! Tu ne peux pas t'en sortir tout seul, tu ne peux pas ! Quand on entre dans le Requiem, c'est qu'on a un problème et qu'on veut y échapper. Pourquoi t'es rentré là-dedans ? Dis-moi ! »
Je détournai les yeux et restai obstinément silencieux pendant qu'il me secouait, désespéré et en rage.
« Oh et puis merde, va te faire foutre Sirius ! » claqua-t-il, perdant patience, tout en laissant partir mon bras.
Il atteignit la porte en deux enjambées et sortit, claquant violemment le battant de bois. Il trembla derrière lui.
Je restai seul, assis dans ce lit qui n'était pas le mien. Dans cette chambre qui n'était pas la mienne.
Il n'y avait plus personne. Et même si j'avais dénigré toute forme d'aide...je me sentais comme abandonné.
Et c'était peut-être ça, le plus douloureux.
Des heures durant, je gardai les yeux ouverts, fixant les chiffres rouges évoluer sur le minuscule réveil perché dangereusement au bord d'une étagère en bois qui prenait la poussière.
Je mourrais de fatigue. Et j'étais incapable de dormir.
Combien de temps depuis que Will avait quitté la pièce ? Plus de cinq heures, facilement.
Et aucune réapparition, aucun signe depuis.
Un brusque haut-le-cœur me saisit. Je le réprimai.
Plusieurs minutes passèrent tandis que j'essayais de calmer ma respiration, me stabilisant vaguement sur mes bras tremblants.
Ma gorge brûlait.
Quand les effets furent passés, je me rallongeai, me sentant comme flageolant.
Mon corps protestait. Et je savais ce qu'il voulait.
Mais nous étions en plein jour. Je ne pouvais pas retourner au Requiem For A Dream.
Et Will...non, Will n'avait pas de drogue, j'avais déjà vérifié deux heures auparavant.
Une quinte de toux me secoua, déchirant un peu plus ma gorge.
De la sueur recouvrait ma peau. Mon cœur battait à un rythme irrégulier. La tête me tournait. J'avais l'impression que mes boyaux se tordaient comme des serpents. Et des tremblements convulsifs agitaient mon corps.
J'étais en manque.
Et j'avais mal. Je crevais de mal.
Il n'y avait rien qui me retenait là mais je me sentais comme enfermé, oppressé, comme si, si je poussais la porte, Will arriverait sur le champ pour me faire rentrer derechef.
Et probablement que ce serait le cas.
La panique commença à m'envahir.
Et s'il m'empêchait de retourner au Requiem dès que le soleil serait tombé ? Et s'il me retenait là ? Et si, même si je parvenais jusqu'au bar, il venait me ramener de force ici ? J'avais besoin de ça...j'avais à tout prix besoin de ça.
Déjà, des cris retentissaient dans ma tête, des mots qui n'avaient encore aucun sens mais je reconnaissais le propriétaire de cette voix. Et je savais qu'il était dangereux que je m'en rappelle.
Nous vendons des rêves, nous apportons l'oubli.
J'avais besoin d'oublier. Sinon, je deviendrais totalement fou.
Dix-neuf heures indiquait le réveil.
J'avais réussi à dormir plus d'une heure. Miracle.
Une odeur de cigarette. Un poids à mon côté.
Levant les yeux, je tombai sur le regard froid de Will, qui me dévisageait, un mégot rougeoyant aux lèvres.
« Ça fait des heures que tu trembles et que tu as des nausées. T'es malade comme un chien, Sirius. »
Je ne répondis pas. Ça n'aurait servi à rien.
« Laisse-moi sortir. »
Il tira une nouvelle fois. Souffla la fumée par la bouche.
« Je te retiens pas. » dit-il simplement tout en haussant les épaules.
Je ne pus m'empêcher de le fixer, interloqué.
Comment son attitude avait-elle autant...changée ?
Et puis, alors seulement, je me rendis compte que la porte était ouverte.
« Tu me laisserais retourner là-bas ? » demandai-je soupçonneux.
Il y avait quelque chose de pas normal. J'en étais certain.
Will sourit. Mais c'était un sourire qui n'avait rien de joyeux. C'était le genre de sourire plein de cynisme et en même temps...complètement cassé.
« Quoique je fasse, tu retourneras là-bas. Je n'ai pas envie de me battre avec toi. Tu crèverais. »
Nouvelle bouffée. Le bout rougeoya jusqu'au filtre.
Saisissant un cendrier, Will écrasa sa clope, pour en sortir une nouvelle de son paquet quelques secondes plus tard.
La tige en bouche. Les mains en coupe. Le maniement du briquet. La première bouffée. Le soupir de bien-être. Tout ça trahissait une longue habitude.
Se levant d'une manière féline – Will n'était pas un bâtard pour rien – et sachant que je suivais ses mouvements des yeux, mon ami se rendit à la porte, pourtant sans un regard pour moi.
Je ne l'avais vu qu'à de très rares occasions aussi hautain, aussi froid, aussi méprisant.
Dans ces cas-là...Will oubliait la part d'humain qu'il y avait en lui. Hégémonie du vampire.
Au fond...c'était le pire salaud que la terre ait enfanté.
« Black ? » Pose dramatique savamment étudiée sur le pas de la porte, visage légèrement tourné vers moi, vers le bas, de profil mais dont on ne pouvait pourtant rien distinguer grâce à un jeu d'ombre habile.
Une tâche sombre sur une lumière jaune.
Will aurait pu être un parfait comédien.
« Si t'avais encore un tant soit peu d'amour-propre...tu retournerais pas là-bas. »
Réplique courte, sur un ton bas, presque confident, et pourtant...puissamment ironique.
Oui. Il aurait fait un parfait acteur.
Et sur ce, il franchit le seuil d'un pas et se perdit dans le couloir, le bruit de ses pas s'assourdissant au fur et à mesure.
Il n'y avait plus personne.
Et la porte était grande ouverte.
Je me sentais perdu, désorienté. Comme si...tout ça ne me convenait plus, me faisait peur, m'inspirait pitié.
Je n'avais jamais été conscient – ou jamais vraiment – quand j'étais dans ce lieu. J'étais toujours comme dans un état second, transporté par la drogue ou abruti par mon chagrin. Je n'avais jamais été vraiment moi-même. Etait-ce pour ça que je me sentais si décalé ?
Tout me semblait trop violent, excessif. La musique électronique, bourrine, répétitive me donnait mal à la tête, les lumières, trop vives, trop aveuglantes et trop peu diversifiées – bleues sur fond blanc dans l'ombre – agressaient ma rétine trop sensible. Les odeurs me faisaient suffoquer, mélange écoeurant d'alcool, de vapeurs diverses, de corps en sueur et de mort. Et tous ces gens...c'était comme des spectres, de pâles fantômes qui traversaient la vie, sans faire plus attention à rien, à la recherche constante d'évasion. Squelettes à peine vivants.
J'étais partagé entre la peur, le dégoût et l'envie.
Peut-être parce que pour la première fois, j'étais conscient. J'avais été ainsi. J'étais toujours ainsi. Une ombre parmi les ombres.
En moi, je sentais comme un conflit intérieur. Mon ancien moi semblait vouloir percer la surface, vampire fier et hautain qui ne voulait dépendre de personne, qui refusait de devenir l'esclave de quoique ce soit. J'en étais si éloigné. Comme si ce moi-là n'avait jamais vraiment existé. Ma fierté avait-elle éclaté en morceaux ?
Et pourtant...est-ce que ce moyen-là d'oublier était le meilleur ?
Pendant que je regardais les gens autour de moi, j'hésitais.
C'est lâche, Sirius, tellement lâche de se réfugier dans un monde imaginaire au lieu de faire face.
J'avais l'impression d'être déchiré, morcelé. Partagé entre mon esprit qui luttait pour me faire revenir à la raison et mon corps qui hurlait d'agonie, qui ferait tout pour soulager la souffrance.
N'importe quoi pour ne pas avoir mal.
Une ombre surgit devant moi. J'avais été tellement plongé dans mes idées que je ne l'avais même pas entendue, même pas sentie, même pas vue.
Pris en faute comme un débutant.
« Tu veux une dose ? »
Je bougeai la tête. Ni oui, ni non. A lui d'interpréter ça comme il le voulait. Je n'arrivais pas à prendre de décision.
« Hey, c'est pas toi qu'on a viré ce matin ? »
Je fixai l'ombre. C'était un homme. Sûrement avait-il dans la vingtaine, mais il paraissait tellement plus vieux, comme...décharné. Ses cheveux d'un châtain terne étaient broussailleux, ses yeux, bleu glace, semblaient presque morts. Pourtant, une flamme de curiosité malsaine brillait à l'intérieur.
Je voulus me défiler mais son bras me rattrapa. Son bras mince avait de la force.
Mon ancien moi voulait sortir de cette bulle hermétique où je l'avais enfermé. Je ne pouvais pas me laisser faire ainsi, permettre à ce ridicule humain, ce maudit insecte de me prendre de haut, moi, Sirius Black, vampire-né de famille noble !
Mais c'est avec un air las que je lui demandais de me lâcher, sans plus d'inflexion dans la voix qu'un être dépourvu de volonté.
L'humain n'y prêta pas attention.
« Paraît que les morts tombent comme des mouches autour de toi. On dit que t'as une sale aura ou bien que tu les tues. C'est vrai ? »
De nouveau cette curiosité malsaine.
J'étais las, tellement las. Qu'on me laisse tranquille.
« Si c'était le cas...tu devrais pas plutôt te tenir à l'écart ? Alors, lâche-moi. »
Encore une fois, il ne releva pas mes mots. Petit être imbu de confiance.
« C'est vrai ou pas ? »
Sa morgue commençait à m'énerver. Sale junkie qui se croyait plus fort que moi.
« En quoi ça te concerne ? » répliquai-je d'un ton un peu plus mordant. « Lâche-moi avant qu'il ne t'arrive un truc. »
« T'as été viré du Requiem. Y'en faut beaucoup pour que ça en arrive à ce point-là, on vire pas les clients qui rapportent du fric. Alors, j'veux savoir pourquoi on t'a expulsé. »
« Tu veux vraiment le savoir ? »
Ses yeux semblaient comme deux saphirs délavés ardents à présent. La curiosité et le danger agissaient comme une drogue. Décharge d'adrénaline dans son système nerveux.
« Ouais. »
Je souris.
Mon ancien moi était revenu.
« Lâche-moi et je te le dirais. » susurrai-je.
Docilement, il relâcha mon bras. Son corps tremblait d'excitation. Avait-il un assassin en face de lui ?
« Qu'est-ce qu'on dit sur mon compte ? » demandai-je, curieux de savoir ce qu'on pensait de moi.
« On dit que le nombre de morts a explosé depuis que t'es là. Surtout aux alcôves. Y'a de moins en moins de gens et les mateurs aiment pas ça, ça casse tout leur trip de voir des morts au milieu de ceux qui s'envoient en l'air. Ça les fait débander en moins de deux. C'est pas des nécrophiles pour la plupart. Alors ils ont demandé à ce qu'on te fasse dégager. Alors la sécu t'a fait sortir quand t'étais encore des les vapes, au petit matin, quand il y avait moins de clients. » Il s'arrêta, me fixa avec intensité. « Paraît que tous les morts qu'on retrouve autour de toi ont la gorge tranchée. Parfois, les os broyés. Et la plupart sont complètement vidés de leur sang. C'est toi qui leur as fait ça ? »
J'esquissai un sourire. Alors comme ça on m'avait renvoyé juste parce que je causais des ennuis d'érection à certains voyeurs ? C'était la meilleure.
« Ouais, c'est moi. » dis-je simplement, souriant un peu plus largement.
Il recula imperceptiblement. Sa joyeuse expression bravache se fanait à vue d'œil.
Avait-il vu mes canines ?
Il déglutit difficilement. Je voyais la peur dans ses yeux.
« Arrête ce truc. »
Je m'approchai. « Quel truc ? »
« Arrête ça, putain ! » Il recula d'un pas.
Il semblait réellement paniqué à présent. Je pouvais respirer sa peur et goûter sa saveur sur ma langue. C'était excitant. Comme le jeu du chat et de la souris.
Je souris. « Je t'avais dit de faire gaffe. »
« Qu'est-ce que tu veux ? De l'héro, j'en ai ! De l'exta ! De la coke ! Du speed ! Tout ce que tu veux ! »
Je m'arrêtai une seconde. Le besoin venait de se rappeler à moi. Si fort que je faillis en tomber. Mon corps hurlait pour sa dose.
Mon hésitation n'était pas passée inaperçue. Le dealer eut tôt fait de saisir sa chance. Fouillant dans ses poches à la recherche des substances psychotropes, il me tendit une pleine poignée de ce que je jugeais comme des cachets d'ecstasy.
« J'ai tout ce que tu veux, tout ce qu'il te faut ! Et gratuit ! Promis, c'est entièrement gratuit ! »
Il me faisait pitié, cet humain qui me tendait son gagne-pain pour que j'épargne sa vie. Même si j'ingérais maintenant les comprimés, il faudrait environ trente minutes pour que les premiers effets se fassent sentir. Ça me laissait largement le temps de le tuer. En avait-il conscience ?
Mais son esprit était paralysé par la peur, il était incapable de raisonner. Il ferait tout pour m'échapper.
Dans ses yeux, je pouvais voir le reflet du monstre que j'étais. Ce monstre aux yeux bleu électrique.
Et ce n'était pas dû à l'éclairage.
Dans sa paume tremblante, je saisis quelques cachets, et les portaient à mes yeux, comme pour les examiner.
Je sentais mes entrailles se tordre, comme pour me supplier d'ingérer la drogue.
Je reportais mon regard sur lui.
« Désolé. » Je laissais tomber les cachets à terre. « Ça m'intéresse pas. »
Et avant qu'il ait pu réaliser l'ampleur de mes mots, je le saisis par la nuque, découvris son cou et plantai mes crocs dans sa gorge.
Le sang coulait dans ma bouche comme un flot puissant, comme s'il s'était s'agit d'une fontaine à laquelle je pouvais boire, me repaître sans jamais m'arrêter.
Je sentais mes pupilles s'écarquiller, mes yeux se fermer sous l'intense bonheur, mes narines respirer l'odeur particulière, chaude et vivante, de l'être que je tenais entre mes bras. Ça, c'était la réelle extase.
L'humain bredouillait des mots sans queue ni tête à mes oreilles, troublant ma félicité. Imbécile qui priait à présent alors qu'il n'avait jamais crû en quoique ce soit de sa vie !
Et il suppliait, me suppliait de le laisser partir, de lui laisser la vie sauve. Oh mais mon vieux, même si je te lâchais maintenant, tu mourrais ! Il ne restait plus assez de sang dans son corps pour qu'il puisse continuer à vivre. Juste assez pour qu'il délire.
Et les mots s'étouffèrent peu à peu en un gargouillis immonde. Et puis, le corps cessa de se débattre et retomba mollement entre mes bras. Un dernier battement et fini. Il était mort.
Doucement, délicatement, je lâchai son corps et le déposai contre le fauteuil le plus proche de moi.
Je m'agenouillai à ses côtés et me mit à fouiller ses poches. Je trouvais bien vite ce que je cherchais dans un petit sac plastique.
Il n'avait jamais été dit que j'abandonnerais aussi facilement. Le jeu avait été tellement amusant.
Maintenant, la récompense.
Je crachais le sang dans un lavabo en porcelaine blanche, m'agrippant aux bords pour ne pas tomber.
J'avais l'impression que ça faisait des heures que je vomissais mes tripes.
Je toussai, m'étouffai, crachai. Mes jambes flageolaient sous moi.
La came était-elle trop pure ?
Sans pouvoir m'arrêter, je me vidais du sang absorbé plus tôt. Me vidais au point que j'en devenais faible et que la tête me tournait.
Ce connard m'avait arnaqué. Ce n'était pas possible autrement. Sale chien !
Une quinte de toux plus violente me fit cogner la tête contre le miroir face à moi. Je ne regardais même plus mon reflet. Je savais parfaitement dans quel état de délabrement j'étais.
Des pas derrière moi. La sécurité qui m'embarquait parce que je venais d'encore faire un mort ?
« La drogue est un poison pour les vampires. Tu aurais dû m'écouter, Sirius. »
Je sursautais de surprise mais ne pus pas me retourner. Un nouveau haut-le-cœur m'avait pris.
« Will. » soufflai-je. « Qu'est-ce que... » Toussotement. « ...tu fais ici ? »
« Je suis là depuis le début. Depuis que tu es entré ici. J'ai tout suivi de tes petites aventures. »
« Comment... » Un nouveau flot de sang jaillit de ma bouche.
Combien pourrais-je encore en perdre ?
« Comment je savais que tu irais là ? Parce que tu es tellement prévisible, Sirius. Je t'ai laissé le choix. Tu pouvais rester et essayer de t'en sortir mais non, tout ce que tu as vu c'est que tu étais libre alors tu as foncé, sans réfléchir, pour ton moyen si miraculeux d'oubli. »
Je relevais la tête, dans un court moment de répit.
Will me fixait à travers le miroir – sale, si sale qu'on voyait à peine son propre visage –, une expression désolée teintée de mépris sur le visage. La faible lumière verdâtre des toilettes rendait son teint blafard et malade.
Les bras croisés, appuyé contre ce mur couvert de graffitis, dans ses vêtements classes, lui au milieu de toute cette crasse et ces flaques d'eau, ses yeux verts ressortant avec tant d'intensité que c'en était troublant...il paraissait encore plus surréel.
« Je ne...t'ai pas vu. » fis-je entre deux toussotements.
« Normal. Tu étais trop préoccupé par tes besoins que tu n'avais même plus conscience du monde autour de toi. Je t'ai suivi un peu après que tu sois sorti. Tu n'as même pas senti ma présence. Et je t'ai surveillé en permanence dans le bar. Ta petite scène avec le dealer. Ta prise. Et ta ruée ici. Cet endroit est immonde. »
J'appuyai mon front contre la vitre froide. J'avais mal.
« Je pensais que, si on te laissait une chance de réfléchir...ça changerait peut-être quelque chose mais non, même pas. »
Un bruit de pas dans les flaques d'eau. Est-ce qu'il s'éloignait ?
« Tu es mon ami, Sirius. » Il soupira près de mon oreille. Ses cheveux chatouillaient ma joue. « J'ai essayé de t'aider mais tu n'as pas voulu. Si tu veux t'en sortir, tu le pourras. Mais est-ce que tu le veux ? »
Les mots faisaient mal. Bien plus mal que la douleur qui lançait mes poumons, bien plus mal que la brûlure dans ma gorge, bien plus que toute douleur physique.
Parce que je le décevais et que chaque mot dans sa bouche était sincère. Et ça, ça faisait bien plus mal que tout le reste.
« J'ai prévenu James. »
Je sursautais pour la deuxième fois. Un gémissement s'échappa de ma gorge.
« Ça fait des jours qu'il s'affole. Je ne lui ai pas dit où tu trouvais au début, juste que je t'avais trouvé et que tu étais avec moi. La nuit est tombée il y a quelques heures. Depuis, il me harcèle pour savoir où tu es. »
« Il va venir ici ? » articulai-je.
Le sang avait enfin cessé de couler. Tout mon corps tremblait. Je me sentais faible.
« Il ne devrait pas tarder. » acquiesça Will.
Je ne voulais pas que James vienne. Pas qu'il me voie dans cet état-là.
Parce que je me faisais déjà honte à moi-même.
Theme from Requiem For A Dream – Clint Mansell, 12 février 2009
Theme from Requiem For A Dream – Clint Mansell, 22 février 2009
album Blessed Be – The 69 Eyes, 26 février 2009
Every Failure – Charon / Theme from Requiem For A Dream – Clint Mansell, 3 mars 2009
Cain – Tiamat, 8 mars 2009
Anteeksi – Uniklubi, 20 mars 2009
album Syvään Valoon – Uniklubi, 26 mars 2009
Heroine – Negative, 28 mars 2009
Theme from Requiem For A Dream – Clint Mansell, 5 avril 2009
Le Monde à l'envers – Pleymo / Theme from Requiem For A Dream – Clint Mansell, 18 avril 2009
Avant toute chose, avant toute réclamation ou critique que vous pourrez me faire je tiens à préciser que je suis complètement contre l'attitude que Sirius adopte dans ce chapitre. Je suis contre l'usage de drogues, je suis contre le comportement passif et auto-destructeur qu'il a. Ceci est une fic, je sais que la charte de bienséance ne me permet techniquement pas de publier ce chapitre à cause du caractère illicite et inconvenant de certaines actions mais j'espère que vous comprendrez que ceci est nécessaire à l'histoire, qu'il s'agit d'un support, d'un poids que je donne à Vampire Heart et non une incitation à la prise de substances illicites et aux comportements licencieux.
J'ai fait mon possible pour être la plus fidèle possible à la réalité. S'il existe des incohérences, ne m'en blâmez pas, s'il vous plaît.
Quant au Requiem For A Dream, il se réfère directement au film du même nom, sorti en 2000. C'est un film axé sur le destin de quatre personnages et leur descente aux enfers, entraînés par leurs addictions (aux drogues, notamment). Je m'en suis énormément inspirée pour ce chapitre, ceux qui l'ont vu reconnaîtront, je crois, sans problèmes les références que j'y fais. C'est un film dur, choquant, marquant et extrêmement bien fait. A voir.
Le chapitre est finalement coupé en trois. Question de facilité, de commodité, de cohérence et de symbolique. Ceux qui ont vu Requiem For A Dream comprendront peut-être.
Quant à la parution de la suite...Il reste la troisième partie du chapitre 29 et le chapitre 30. Possiblement un épilogue, ça dépend de vous, de mon état et de mon temps.
Venant de terminer une session très longue et très pénible d'examens, mon état physique et mental peut être qualifié de "lamentable". Je suis plus ou moins à l'état de loque humaine pour le moment, donc niveau inspi, ça marche forcément pas très bien non plus. Les brouillons de la suite s'entassent dans mon PC et tous sont mauvais, bref, j'ai le syndrome de la page blanche. A comprendre : je ne sais pas quand paraît la suite vu qu'elle n'est pas écrite et que je ne sais pas écrire. Merci d'essayer de me comprendre et de ne pas me harceler pour la suite.
PS : lalalah, je n'ai pas pu faire ta RAR vu que tu as désactivé les MP, tu peux corriger ça dans ton "peanneau d'utilisateur" quand tu cliques sur Log In.
Bonnes vacances à vous tous !
Sorn
