Un big Merci à ma super beta Evalyre, et à tous mes lecteurs(rices). Et merci à Owen pour ses bons mots et à Ianto (car faut toujours remercier Ianto ^^^)
Tétanisé et désemparé, Ianto ne répondit pas. Owen hurla dans son oreille.
- Ianto Jones ! Où sont les beaux pompiers que tu m'avais promis ?
Ianto sourit malgré l'horreur de la situation.
- Calme-toi, Owen Harper. Tu n'as pas vu les pompiers car à priori tu étais encore occupé à faire autre chose mais ils ont bien démoli le mur qui bloquait l'accès à l'étage. D'ailleurs, dit-il en hésitant une seconde, je me trouve actuellement à cet étage, je t'expliquerai plus tard.
- Ouais , je faisais une partie de golf en vous attendant, abruti ! Mais… la Faille s'est refermée? Demanda un Owen soudain pris d'angoisse.
- Non, non. Rassure-toi, elle est drôlement active et c'est ça qui va nous sauver.
- Pourquoi tu parles comme Jack? Il t'a donné de ses nouvelles?
- N'importe quoi, bien sûr que non. Je cherche juste à garder le moral.
- Bien. Quelle est la suite des évènements, jeune scarabée à qui il ne reste plus que les crochets?
- Il faut d'abord que je te dise qu'il se passe quelque chose de totalement impossible, d'insensé et que je ne m'explique pas.
- Oh c'est pas vrai? Vraiment? Je suis tout étonné…
- Je vous ai eus en contact quasiment en même temps et ça, ce n'est juste pas possible !
- Vous?
- Owen et…toi, rappelle-toi ! Il y a deux Owen ..
- Ah bon?
- Bon sang, je te l'ai déjà expliqué, fit Ianto, énervé.
- Je sais ça. Je m'étonne du fait que tu nous aies eus ensemble. Tu as raison, ça sent mauvais.
- Je contacte Tosh et Gwen. Surtout reste où tu es, Owen, ok?
- Oui maman. Promis, je sors pas de ce blocus !
Des dizaines de questions se bousculaient dans le cerveau échauffé de Ianto. Que faire à présent? Qui sauver? Comment être sauvé? Que faisait Tosh à ne rien découvrir qui puisse les tirer d'affaire? Pourquoi était-il le seul à pouvoir communiquer avec Owen?
- Tosh?
- Oui, Ianto.
- Du nouveau?
- Peut-être, mais…
La jeune femme hésitait.
- Quoi?
- Tu es toujours en relation avec les deux Owen?
- Oui mais comment le sais-tu?
- Peu importe. Ianto, tu es le seul capable de dénouer cette situation. L'enjeu est grand, je ne te cache pas. Tu dois prendre seul la décision. Celle de choisir le bon Owen.
- Quoi? Mais pourquoi?
- Parce que tu as traversé la Faille en même temps que lui et c'est ce qui explique pourquoi tu peux lui parler et pas nous. Tu comprends, tu es depuis hier soir dans un résidu de la Faille. Il va falloir en sortir très vite avant que tu ne sois envoyé dans l'inconnu pour toujours. Comme Owen.
- Comment faire? S'inquiéta Ianto, affolé. Comment sortir?
- Ce n'est pas le problème, Ianto. La Faille est en perpétuel mouvement dans ces murs, on peut utiliser son énergie négative pour inverser le processus. Gwen est déjà en place, prête à activer tous nos ordinateurs.
- Alors quel est le problème?
- C'est Owen. Maintenant que tous les civils sont hors de danger, Owen doit être sauvé le plus vite possible mais si on se trompe de bonhomme, …les deux Owen seraient…Et toi aussi peut-être.
- Ok, Tosh, s'empressa de dire le jeune homme qui entendait déjà le déchirement dans la voix de son amie. Ne vous inquiétez pas les filles, je vais vous ramener votre Owen. Le seul, le vrai, l'unique.
Lui-même avait du mal à croire à sa promesse, mais avec un peu de chance, et pas mal de veine, il devrait réussir. Après tout, il avait une chance sur deux de se tromper.
Il s'assit en tailleur en plein milieu de la pièce, au dessus de ce qui restait du plafond. Il suivait à la lettre les instructions de Tosh. Puis il rassembla ses esprits et résuma la situation.
Owen avait traversé la Faille, en deux espaces différents. Lui-même avait déambulé sans le savoir de la bijouterie à la brasserie avec un résidu de Faille à ses trousses. Le premier Owen avec lequel il avait pu parler était bloqué entre quatre murs. Le second jouait apparemment avec les allumettes que le premier Owen avait juré d'avoir abandonnées. Ianto secoua la tête. Quel sac de nœuds! Il se consola comme il put en se disant qu'il avait sans doute bien fait de plonger dans la Faille puisque celle-ci le collait déjà au train.
Les deux Owen étaient proches l'un de l'autre. C'était en soi inquiétant. Mais ils étaient aussi proches de Ianto. Ce qui était risqué. Si ce dernier pénétrait dans l'espace du mauvais Owen, ils seraient tous les trois fichus. Tous les deux, rectifia le jeune homme. Non, tous les trois!
Ianto frappa son poing sur le sol en parquet. La douleur le soulagea de la migraine qui commençait à gagner sa cervelle.
Il pensa à Jack mais se ravisa aussitôt. Penser à Jack ne le faisait jamais progresser intellectuellement. Charnellement c'était différent.
- Ianto?
La voix d'Owen semblait venir d'outre-tombe.
- Ianto, je crois avoir trouvé la solution.
- Tu es sérieux?
- Devine !
- Je t'écoute. Attends une minute, qui es-tu?
- Owen Harper.
- Pas le temps de plaisanter, Owen. Lequel es-tu?
- Le seul, le seul Owen. Celui qui a une folle envie de jouer à la poupée rousse de chez Harvey's..
- Ok tu es celui qui peut bouger.
- Si on veut. Je n'ai pas non plus l'envergure d'un flamant rose.
- Non mais tu en as la silhouette.
- Très drôle. Je croyais qu'on n'avait pas le temps pour les blagues?
- Ok, Owen. Quelle est ton idée?
- On va bouger le maximum en gardant le contact direct, toi et moi. Lorsque nos ondes commenceront à saturer, cela signifiera que nous nous rapprochons l'un de l'autre.
- Et alors? Demanda Ianto, perplexe.
- Alors, on tentera d'entrer en collision tous les deux pour attendre ensemble le bon vouloir de la Faille qui nous ramènera à la maison. Pas mal, non?
Ianto soupira.
- Owen, tu oublies Owen. L'autre Owen.
- Mais c'est moi ! L'autre est coincé dans le temps, il est perdu. Mais ce n'est qu'une idée de moi. Le vrai Owen c'est moi, bordel !
- Qui peut le confirmer? Osa Ianto.
- Mais ce n'est pas poss…
- Owen, je ne sais absolument pas lequel de…vous je dois sauver.
- Si tu fais ce que je te dis, tu sauras lequel !
- Bon, je te fais confiance. De toute façon, a-t-on vraiment le choix? Se dit Ianto, plus pour lui que pour Owen.
- Ok. Pour l'instant la liaison entre nous est bonne. Pour une fois…Il faut que l'on fasse crépiter la tension qu'il y a entre nous le plus fort possible. Pour cela il faut bouger. Trouver l'impact zéro de la Faille, sa source. Son point G, si tu préfère. Je t'expliquerai quand tu seras grand, jeune novice. Je suis en train de marcher à vive allure. Fais pareil.
- Tu marches où? Demanda Ianto sans réagir à l'allusion sexuelle.
- Dans la bijouterie, cette blague!
- Je comprends pourquoi c'est ce Owen qui a trouvé cette solution de bouger. L'autre ne le peut pas.
- Oh mais c'est drôle ça. Tu te bouges?
- Oui je marche, comme toi.
- Attends, tu entends? J'ai de la fioriture de mon côté, et toi?
- Rien.
- Merde! Continue de marcher.
- Owen, sans vouloir te vexer, je doute que ton truc fonctionne. Et c'est risqué de vouloir entrer dans l'espace personnel de l'autre, en pleine Faille, non?
- T'inquiète pas pour ça! Tu as de la marge avant d'entrer dans mon espace personnel. C'est un terme psychanalytique, n'utilise pas de mot qui te dépasse, veux-tu?
- Et ça veut dire?
- Cela implique que l'on tombe nez à nez !
- Ah bon? Tu es sûr?
- C'est le moment de pérorer, tu crois? S'énerva le médecin qui se délectait d'avoir le dessus sur le jeune homme.
- Bon…
Le silence remplaça la leçon de sémantique. Ianto faisait les cents pas dans la pièce en ruine.
- Si tu boudes, ce sera difficile de juger de la qualité de notre relation, dit Owen.
- Je ne relève même pas.
- Tu n'es pas marrant, Ianto.
- Non. Pas quand je cherche à sauver notre peau.
- C'est quoi ça?
- Quoi? ...Owen?
Ianto s'arrêta de marcher et colla sa main à son oreille pour réduire les bruits extérieurs.
- …
- Owen?
- Oui, Ianto je t'entends. Alors?
Un doute terrifiant s'immisça dans la chair de Ianto. La liaison avait hoqueté. Un millième de nanoseconde mais elle avait hoqueté.
- Tu es…où? Demanda Ianto, soucieux de la réponse.
- Au même endroit depuis hier soir. Dans les murs, et résigné. Je voulais savoir si tu avais réussi à te sortir de là.
- Owen, on va sortir tous les deux d'ici. Je te le garantis. Entonna un Ianto plus bluffeur que jamais. Tosh et Gwen sont sur le qui-vive. Il ne nous reste plus qu'à se retrouver, toi et moi.
- Vaste problème…Et que fais-tu de l'autre Owen?
- Ah non ! Tu ne vas pas t'y mettre toi aussi !
- Quoi? Qu'est-ce que j'ai encore dit de travers?
- Owen, cela sera enfantin de sortir d'ici par la Faille. Mais j'ai un gros problème : j'ignore comment le résoudre. Je dois choisir le bon Owen, sinon tu réalises la catastrophe?
- Et ton instinct te dit que c'est l'autre? Il ne t'a sûrement pas vexé en te parlant de Lisa comme je l'ai fait. Je te demande pardon, Ianto. Je suis à cran, faut me comprendre…
- Tu cherches à faire quoi? A gagner mon approbation pour que je te choisisse? Tenta de plaisanter Ianto, ému par les excuses du médecin.
- Touché! Rétorqua Owen en riant faiblement.
- Owen, c'est horrible, comment savoir ? Je suis complètement perdu.
- Fie-toi à ton instinct. C'est la seule solution.
- Je suis réceptionniste, Owen, je n'ai pas d'instinct.
- Mais si ! Allez, Ianto, fonce !
- C'est un cauchemar, je vais me réveiller ! Hurla le jeune homme, à bout de nerfs.
- Allez, Ianto! Insista Owen, toujours sans force.
- Ok !
Ianto Jones se releva, prit une profonde inspiration et grimpa sur un monticule de béton pour se rapprocher du plafond rempli de néant. Il cessa de réfléchir, ni même de penser, il donna libre court et quartier libre à son corps. Et fonça droit vers l'inconnu. Une chance sur deux, se répéta-t-il, alors que sa tête atteignait les hauteurs de la pièce détruite.
Au Hub
Les deux jeunes femmes, rongées par l'angoisse, étaient prêtes à faire marcher les machines dès que Ianto leur donnerait le feu vert. Elles avaient toutes les deux les yeux rivés sur le gros bouton rouge.
Dans les décombres.
Il faisait noir. Ianto tâtonna devant lui pour deviner l'endroit quand une voix le fit bondir.
- C'est toi?
- Owen?
- Oui, je suis là, à ta droite. Je continue de parler pour te guider, ok?
Ianto marcha rapidement, les bras toujours tendus vers l'avant. Il avait hâte de pouvoir toucher son ami. Mais plus il avançait, plus la voix s'éloignait.
- Owen, j'avance et ta voix recule. Comment veux-tu? Quel Owen es-tu?
- Je te laisse trouver.
- C'est pas drôle, Owen !
- Je sais.
- Je n'y comprends rien. Tosh? Tosh !
- Oui, Ianto je te reçois. Alors?
- Je suis dans le noir complet et Owen est là mais il s'éloigne quand j'avance vers lui. Je fais quoi?
- Tu as trouvé lequel?
- Il ne veut pas me le dire. Il s'amuse.
- Tu es sérieux?
- Toujours. Pas lui.
- Owen, tête de mule, réponds !
- Tosh, cria Owen, de plus en plus loin. C'est toi? Je t'entends !
- Owen où es-tu? Cria tosh.
- Dans la bijouterie, c'est moi le seul et unique Owen, je lui ai dit et répété!
- Ianto, tu as entendu? C'est le Owen de la bijouterie. C'est lui qu'il faut garder !
- Mais j'ai tellement parlé avec l'autre ! Lâcha Ianto, se rappelant de la vive discussion qu'il avait eue avec le premier. Une discussion saine bien que difficile.
Ianto ne pouvait se résoudre à le laisser derrière eux. Pas après cette franche explication qui allait les aider à renouer des liens plus chaleureux.
- Ianto, il faut agir maintenant ! Le supplia Tosh.
- D'accord, d'accord, Tosh. Je ne bouge plus. Owen reste où tu es. Les filles vont faire le nécessaire et nous sortir de ce merdier.
- Ok, Tosh, Gwen, à vous de jouer.
- D'accord, Owen, je suis si contente de t'entendre.
- Moi aussi, Tosh.
La Faille s'activa d'elle-même, avant que les jeunes femmes ne puissent enclencher le processus d'inversion. Ianto bascula sur le côté et tomba sur les genoux. Il appela Owen mais n'eut aucune réponse. Il sentit son cœur se soulever et fut pris de nausées.
Un bourdonnement de 1000 décibels au moins le terrassa et l'envoya tutoyer Morphée. Avec une force centrifuge mille fois plus grande que celle des montagnes russes de Disneyworld. Il n'y avait jamais été mais était certain de son jugement. Avant qu'il ne perde connaissance, Ianto avait senti ses entrailles tambouriner sous sa peau ! Il vivait son dernier quart d'heure…Perdu dans une dimension inconnue et fatale.
Mais Morphée n'avait pas la voix d'Owen. Morphée n'avait pas de voix. Alors si les cris qu'il entendit à travers le voile de l'inconscience étaient réels, ils ne pouvaient appartenir qu' à ce fieffé collègue. Cependant, Ianto ne distingua pas un broque de ce que son ami hurlait. Une vague allusion à un mur qui s'écroule, puis un mot qui ressemblait à la « Faille », ou était-ce « ferraille »?. Et des cris, encore des cris…
Un « schtoump » fracassa ses oreilles déjà mises à mal. Ianto avait mal à la gorge, mal aux yeux et mal au derrière. Quand il refit surface, quelque part dans le noir absolu, il reconnut pourtant les lieux. Le lieu. La gaine d'aération. Tosh avait vu juste. Brillante Tosh. Une masse venait de s'abattre sur ses fesses. Comme un taureau qui fonce sur le rouge. D'où le choc au derrière.
- Owen?
- Désolé, on est où?
- Dans la gaine d'aération, tout va bien. C'est le chemin vers la sortie. On va atterrir dans la brasserie Parker, si on arrive à avancer. Tu veux bien reculer, s'il te plait?
- Oui, désolé. Il fait un de ces froids ici, tu avances ou quoi?
- Ce n'est pas évident, crois-moi. Je suis déjà passé par là.
- Je te pousserais bien au cul mais tu risques de bien le prendre alors je vais m'abstenir.
- Ravi de voir que tu n'as pas perdu ton humour désopilant.
- Avance ou je te rentre dedans ! Ah, je me servirais bien de ta queue pour accélérer les choses…
- Quoi ? Hurla Ianto, figé et sidéré.
Le rire gras derrière lui le raidit davantage.
- Ben oui. Rappelle-toi, je suis un lien Google. Et tu m'as sorti de mon trou, tu es donc ma petite souris. Souris, ordi…Je peux te cliquer, les souris ont une longue queue, parfois plus longue que le corps . Ça fait envie pas vrai?
- Owen, tu es …pfff…Sans commentaire.
- Allez, rabat-joie ! Dépêche-toi ! Je vais hurler si je ne sors pas d'ici très vite.
- Ok. Mais garde tes blagues pourries.
- Tsss….
Les deux jeunes gens rampèrent jusqu'à la petite trappe et furent soulagés de poser le pied dans la fameuse brasserie. Ianto aida Owen à sortir de la trappe et le serra dans ses bras. Malgré les protestations du médecin, Ianto continua de le serrer chaudement en riant.
- C'est bon, ne t'excite pas trop, Ianto!
- Comment ça va? Tu te sens comment? S'enquit le jeune gallois tout sourire.
- Bien , je vais bien, je te remercie. Pour tout. Répondit le médecin, pudiquement.
- Tu étais dans la bijouterie , avec les deux femmes et le jeune homme?
Owen fronça les sourcils.
- Je ne sais plus..
-Arrête Owen, c'est pas marrant.
- Je t'assure. Je ne m'en souviens plus. Mais en effet, je crois que c'est là que j'étais. Forcément.
- Tu te souviens de la poupée rousse?
- La poupée russe? Ah si, la jolie vendeuse, quel canon ! Gironde juste ce qu'il faut et…bref. Alors c'est bon, on est tirés d'affaire?
- Yep.
- Tout le monde est sain et sauf?
- Yep.
Ianto était aux anges.
- J'y crois pas! Tu m'as sauvé la vie?
- Yep. A charge de revanche.
- Pas du tout! Tu m'as déjà tiré dessus. On est quitte. Rouspéta Owen, faussement contrarié.
- Ok. Tu vois qu'on peut s'en sortir sans Jack.
- Avec de la chance oui. Mais je persiste à dire qu'on ne va pas faire de vieux os s'il ne revient pas.
- Je ne suis pas de ton avis, Owen. On est capables et on vient de le prouver. Je m'étonne de t'entendre louer les qualités de Jack, je l'avoue.
- Et c'est toi qui me dis ça? Toi qui le suis comme son ombre!
- C'est faux. Je vous suis tous à la trace, c'est mon job! Se défendit Ianto, offusqué.
- Comme tu veux. Mais moi je n'ai pas honte de le dire. Jack est notre patron, et il le restera.
- Oui mais…qu'y a-t-il, Tosh?
- Ianto, vous êtes saufs. Dieu soit loué !
- Dieu n'a rien à voir là-dedans, Tosh. C'est ton génie qui nous a sauvé.
- Tu n'oublieras pas de le répéter à qui de droit, d'accord? Fit-elle en riant.
- Oui, il sera fier de toi.
- Allez, Gwen va vous rejoindre pour remettre de l'ordre à la bijouterie. Il y a foule là-bas. Dépêchez-vous d'aller mettre les choses au clair.
- A vos ordres.
Ianto et Owen sortirent de la brasserie, épuisés mais heureux et libres.
- Si j'ai bien tout compris, dit Owen tout en marchant vers la foule, il y a un Owen qui est emmuré vivant quelque part dans ces locaux et on doit le laisser agoniser et s'asphyxier?
- Exactement.
- C'est tout de même bizarre…Et tu as parlé avec lui? Tout ce temps?
- Yep.
- Que t'a-t-il raconté de beau?
Ianto haussa les épaules, un peu gêné.
- Rien de palpitant.
- Ah…
Ils arrivèrent devant l'entrée de la boutique de luxe, toujours gardée par un peloton de policiers. La rue entière était noire de monde. Ils durent jouer des coudes pour approcher le pas de porte dont il ne restait presque rien, un souffle venu des enfers avait dévasté la place. Des camions de pompiers et des carcasses de voitures étaient entassés à quelques mètres de là, au milieu de la rue.
- Je vais parlementer avec ces crétins de flics, fit Owen décidé. Toi, tu te charges de la ferraille, Ok?
- De quoi? Demanda Ianto, estomaqué par le mot qui lui avait secoué les entrailles.
- Fais le ménage, Ianto, lui répondit le médecin en lui désignant les voitures à moitié cramées. C'est ton rayon, non? Personne ne doit approcher le site, ok?
Ianto le fixa, incertain. Owen avait les yeux qui brillaient d'un éclat étrange. Il lui adressa un sourire satisfait et disparut dans la boutique. Le jeune gallois marcha à reculons vers la rue, perdu dans des pensées contradictoires. Pourquoi Owen avait-il parlé de ferraille? Aurait-il sauvé le Owen qui lui avait parlé de Lisa, et de ses erreurs? Celui avec lequel il avait remis les compteurs à zéro?
Avec Owen, il fallait s'attendre à tout.
Ianto chassa cette drôle d'idée. Il était impossible que les deux Owen aient pu exister dans le même espace temps. Le médecin s'était en quelque sorte dupliqué. Normal qu'il ait utilisé le même langage outrancier et blessant. C'était un seul et même individu qui avait parlé à Ianto. Avec ses mots à lui. Et en dépit de sa leçon de jargon psychologique. Psychotique oui, pensa Ianto, amusé. Il n'en restait pas moins désespérément affligeant de grossièretés.
Ianto s'occupa donc de la ferraille, et Gwen ne tarda pas à le rejoindre. Elle lui donna un coup de main, en s'occupant d'aller divertir les agents de police flanqués autour des carcasses de voitures. Soudain elle aperçut la jeune vendeuse Louise et le stagiaire Ewen qu'elle croyait partis pour l'hôpital depuis longtemps.
Les deux jeunes gens étaient en train de boire un café chaud, assis à l'arrière d'une des ambulances qui avaient échappé au souffle exterminateur. Elle avait été soulagée de savoir que personne dans l'assistance n'avait été sévèrement blessé et en avait fait part à Ianto qui s'était réjoui de la bonne nouvelle.
- Ianto, je vais voir la vendeuse de la bijouterie et le jeune Ewen pour m'assurer qu'ils vont bien. Ok? Je n'en ai pas pour longtemps. Après tournée générale de retcon, c'est moi qui régale !
- La vendeuse? Elle est rousse, non? Demanda Ianto en se relevant.
- Oui, et alors? Fit la jeune femme, surprise.
- Préviens Owen. Il a eu le béguin pour elle, lui rétorqua-t-il, d'un air désinvolte.
- Ok, je vais lui dire.
Le visage de la jeune femme s'était assombri. Ianto aurait-il frappé là où le bats blesse? Il pensait que leur relation était termine depuis longtemps mais avec ces deux énergumènes, rien n'était moins sûr. Lui voulait uniquement en avoir le cœur net quant à ses doutes sur Owen. Lequel avait-il récupéré? Il faillit s'écorcher le poignet avec un reste de rétroviseur pulvérisé, lorsqu'il vit le médecin ressortir de la boutique et marcher dans sa direction. Ianto lui cria, sans bouger.
- Owen, ta vendeuse est là-bas ! Avec Gwen !
- Quelle vendeuse?
- La rousse. Tu l'as déjà oubliée?
Owen stoppa net, à mi-chemin entre Ianto et Gwen. Il l'aperçut en train de parler à deux jeunes personnes et son visage s'illumina. Ianto ne le quittait pas des yeux. Owen lui décocha un clin d'oeil et s'en fut vers Louise.
Ianto poussa un soupir de soulagement. Il se serait giflé d'avoir tant cogité dans le vide. Il avait le bon Owen sous les yeux. Il se remit au travail, apaisé, et pensant à tout ce qu'il aurait à raconter à Jack. Maudit Jack qui lui manquait tellement. Gwen avait Rhys - elle avait tous les hommes qu'elle voulait, ou presque tous- Owen allait avoir Louise. Cela coulait de source rien qu'à les voir discuter. Et lui, Ianto Jones, n'avait personne. Pour le moment. Car dans un futur proche, espérait-il, le jeune homme aurait droit à un menu de premier choix, sitôt que le menu en question daignerait revenir. Ianto était fatigué de baigner seul dans ses fantasmes, il avait hâte de rentrer à la base. Qui sait? Peut-être que la table de maître était déjà dressée? Anxieuse de le voir s'y installer.
Gwen le fit sursauter en lui tapant sur l'épaule. Elle vit fatalement le sourire niais sur son visage coloré mais son regard trahissait une inquiétude profonde qui fit écho dans la poitrine du jeune Gallois.
- Ianto, c'est bizarre. Owen…
- Quoi? S'entendit-il répondre, nerveusement.
- Je délire sûrement mais…
- Mais quoi?
Ianto sentit son cœur s'emballer.
- Il n'arrête pas de dire que…
- Que quoi? Bon sang Gwen, dis-moi!
- Que…Jack lui manque…
- Quoi?
Gwen secouait la tête, incrédule.
- Il faut le ramener à la base le plus vite possible. Je crois qu'il nous fait une commotion cérébrale!
Ianto se força à sourire. Commotion ou déprime, le mystère Owen Harper restait entier.
Épilogue.
Tard dans la nuit, Ianto n'arrivait toujours pas à dormir. Il s'était aménagé un petit coin repos à la base. Tosh leur avait expliqué de mille façons sa version des évènements mais aucune ne parvint à convaincre le jeune homme. Selon elle, les réminiscences de ses conversations avec Ianto n'avaient rien d'inquiétant. C'était Owen, celui que tous côtoyaient et qui dérapait bien souvent. Et c'est pour cela qu'ils l'aimaient aussi. Pour son impulsif caractère de cochon de tête de mule libidineuse !
Et son courage, son abnégation face à l'inévitable. Owen Harper avait décidé de se sacrifier ! Seul, sans un chef pivot et fédérateur pour le tempérer, mais aussi pour le provoquer sainement, Owen avait peut-être perdu le goût de vivre?
Ianto avait noté noir sur blanc dans son carnet intime les zones d'ombres qui flottaient sur l'étrange dématérialisation corporelle du fringant médecin. Puis il s'était allongé sur le sofa, tout habillé, pour attendre un sommeil réparateur qui hélas ne venait pas.
Après tout, lui aussi avait eu une attitude changée durant cette mission. Il sourit en imaginant ce que les autres allaient dire à Jack. « Il parlait comme toi, il agissait comme si c'était lui le chef.. » etc…Personne ne dirait à Jack la vérité, cependant. Lui seul savait pourquoi il s'était subitement transformé en meneur d'hommes arbitraire et efficace. Jack comprendrait. Jack savait. Jack…
Mais chaque chose en son temps.
La main dans la poche de son pantalon, Ianto sentit le métal froid d'un anneau relativement massif. Or certifié. Une alliance de toute beauté. Et pour pas cher. Elle lui irait à ravir.
Ianto avait toujours eu un compas dans l'œil.
Reviews pliz ^^
FIN FINALE
