Chapitre 3 : Entraide
par Cellenia
La première chose qu'Ali remarqua dans cette maison, ce fut... son originalité. Elle qui avait eu l'habitude d'une grande maison avec plusieurs pièces par le passé, elle fut assez décontenancée par la petitesse et la simplicité de la maison : les tables étaient des boutons de chemise, les lits des boites d'allumettes, etc... Sa surprise ne fut pas discrète, car tout le monde le remarqua.
« Qu'y-a-t-il, mon enfant...? sourit tendrement la dénommée Brisby. Quelque chose ne va pas ?
O-Oh non, p-pas du tout ! Tenta de s'expliquer Ali en rougissant. C-C'est juste que j-je n'ai plus l-habitude d-de... de vivre... d-dans...
Si cela ne vous convient pas, vous pouvez tout aussi bien dégager... grogna le rat Padraic.
PADRAIC ! s'outra Brisby.
Espèce d'incapable, on ne peut pas faire pire ! Hurla dans sa tête l'Ange Noir. Tu es UNE SOURIS, et les souris, ça vit dans des maisons comme ça, mets-toi ça dans la cervelle ! Enfin, suis-je bête, une cervelle, mais tu n'en as pas ! »
Recommençant à trembler, Ali joignit ses pattes, et ne put s'empêcher de pleurer silencieusement, au plus grand désarroi de ses compagnons.
« M-Mon enfant, a-allons, ce n'est pas grave, e-enfin ! »
Brisby posa gentiment la jeune souris sur un tabouret, lui caressant doucement le dos.
« Là... Là... C'est fini, ce n'est rien, séchez vos larmes, vous êtes tellement plus jolie sans. »
Écarquillant les yeux, Ali scruta la souris avec des yeux brillants. Celle-ci affichait un grand sourire, et continuait à caresser doucement ses cheveux pour la réconforter, ne semblant pas se soucier de la saleté. Elle respirait... la bonté... Quand elle y pensait, elle ressemblait énormément... à sa mère... Le cœur déchiré, elle cacha son visage dans ses mains, tremblant de plus en plus.
Les lèvres pincés, la mère contempla son fiancé avec hésitation. Celui-ci, indifférent, observait la scène silencieusement. Quoi penser de tout ça ? Il ne savait pas trop... Il hésitait entre pathétique et mélodrame...
« Padraic, cette jeune personne semble avoir traversé des épreuves douloureuses... Ne crois-tu pas que nous...
… pourrions l'héberger...? finit Ratigan en sifflant entre ses dents. Chérie, tu ne devrais pas faire confiance au premier venu, on ne sait jamais, elle pourrait...
Je ne juge pas sur l'apparence, mon amour, et tu le sais... renchérit-elle tendrement. »
Oh oui, ça, pour sûr, il le savait... L'Ange Noir, toujours cachée au fond d'Ali, nota cette information pour elle. Ce rat semblait en cacher beaucoup plus qu'il n'y paraissait... Intéressant...
Soupirant, Ratigan s'inclina, prit la main de sa douce et la baisa amoureusement, disant :
« Ta bonté te perdra, ma douce... Mais cela te rend encore plus radieuse que tu ne l'es déjà... »
Rougissant et souriant, elle ne rajouta rien, reportant son attention sur la malheureuse.
« Teresa, pourrais-tu, s'il te plait, faire couler un bain à notre invitée ? Cynthia chérie, accompagne-moi pour lui choisir quelques vêtements... plus propres. Martin, toi, va lui préparer s'il te plait la chambre d'ami.
Mais mamaaaaan ...! gémit-il. »
Les yeux qu'elle lui lança eurent raison de sa mauvaise volonté, et il monta à l'étage en trainant le pied, suivant de près par ses deux sœurs.
« Padraic, je compte sur toi pour t'occuper de notre invitée, le temps que j'aide les enfants, d'accord ?
Mmmm... soupira-t-il en haussant des épaules. »
Lui envoyant un petit baiser de la main, Brisby les laissa... seuls, à la plus grande joie de l'Ange Noir.
« Vas-y, fais le premier pas ! Ordonna-t-elle, exaltante. Séduis-le ! »
Cette idée la faisait vomir... Ce couple parfait... Elle devait le briser... Jusqu'où la monstruosité de l'Ange Noir pouvait aller...? Ali le contempla avec une certaine crainte, tremblant toujours. Lui aussi la regardait, avec un mélange de dégoût et d'intérêt. Cela lui fit monter le feu aux joues, et elle détourna à nouveau le regard.
« Je... Je vous dégoûte... N-N'est-ce pas...? demanda-t-elle avec peur.
Croyez-moi, j'ai déjà vu pire que vous, et vous n'auriez pas souhaité me voir dans certaines... situations... répondit-il calmement, avec un ton un peu nostalgique. »
Surprise, elle le scruta en clignant des yeux. Lui ? Un rat si superbement habillé ? Bon, d'accord, c'était plus que surprenant, mais cela paraissait, maintenant qu'elle le pensait... étonnant !
« Raaah, espèce de boulet, rentre-lui dedans, tourne pas autour du pot ! Rajouta la démone en sifflant.
A-Ah oui...? C-Comment ça...? osa-t-elle.
Je vous en pose des questions...? grogna-t-il, peu désireux de se souvenir du passé.
N-Non, p-pardonnez-moi, j-je ne souhaitais pas vous... Oh, bon sang, je foire tout... fit-elle d'une manière las. »
Elle regarda ailleurs, replongeant dans sa dépression habituelle. Haussant un sourcil, Ratigan l'observa avec plus d'attention : elle était... différente... Il le sentait (Et il ne parlait pas de son odeur infecte...), mais elle dégageait quelque chose... d'inhabituel. D'assez... particulier... Pas forcément désagréable, mais plus étrange...
« Et vous venez d'où pour être ainsi... accoutrée...? s'interrogea-t-il en croisant les bras.
Eh bien... Euh... gaspa-t-elle, se sentant coincée. En fait... Je...
Mademoiselle ? Le bain est prêt, vous pouvez monter ! Fit la voix « lointaine » de Brisby. »
Sauvée par le gong ! S'inclinant pour lui demander de l'excuser, elle s'apprêta à faire demi-tour.
« Je suis Padraic Ratigan, et vous ? »
Clignant des yeux, elle se retourna, observant le rat qui souriait d'une manière on ne peut plus gentleman. Rougissant, elle bégaya :
« J-J-Je suis A-A-Ali N-N-Naomi... V-V-Veuillez m'excuser ! »
Entièrement rouge, elle courut jusqu'à l'étage, sous les ricanements du rat. Outrée, l'Ange Noir cria dans sa tête :
« Tu vaux encore moins que d'habitude ! Bon sang, je t'ai dit que tu devais le séduire, pas faire en sorte d'être plus ridicule que tu ne devais l'être déjà !
Je... Mais il... Et je...
Raaaah, à quoi bon discuter avec toi ! A part bégayer et pleurer, tu ne sais rien faire ! Bon, pour une fois, je vais être « gentille » : utilise toutes les méthodes que tu veux ! Je veux juste qu'il soit tombé dans tes bras avant leur stupide mariage, au museau de l'autre rongeur, me suis-je bien fait comprendre ! »
Le cœur encore plus serré, Ali essuya sa dernière larme. Elle se dégoûtait... Devoir obéir à un tel ordre... Elle ne valait pas mieux qu'une... qu'une... qu'une prostituée... Elle était immonde, et cela lui faisait mal que de devoir briser cette si jolie vie de famille... Jamais plus elle ne pourrait se regarder dans une glace...
Soudain, le jeune Martin déboula de l'escalier, et vint percuter violemment ses jambes. Juste avant qu'il ne tombe, Ali le rattrapa de justesse par la taille.
« Ohla, doucement bonhomme ! Fit-elle doucement en le remettant sur pattes, souriant. »
Les yeux écarquillés, et le museau renfrogné, il la contourna, et courut loin d'elle.
« Brave petit... Il sait comment réagir avec les déchets... ricana la démone. »
Tremblant, elle rejoignit la jeune Brisby, qui l'attendait dans la drôle de salle de bains, composée d'une pierre cisaillée en son centre qui servait de baignoire, que l'on remplissait d'eau grâce à des gouttes de pluie.
« Vous sentez-vous un peu mieux...? sourit-elle tendrement, lui caressant gentiment le dos.
Oh... Mmm... Oui... Oui, merci beaucoup, Mme... Brisby... approuva-t-elle sans réelle conviction.
Allons, appelez-moi tout simplement Brisby, mademoiselle... Ali ? La stoppa-t-elle en lui ôtant son manteau sale.
O-Oui, c-c'est exact... Je... Je tenais à... à vous remercier pour votre a-accueil... et votre gentillesse... P-Personne n'a été aussi gentil a-avec moi... depuis longtemps...
On les comprend, vu la mocheté que tu es... ricana l'Ange Noir.
Nous n'allions pas vous laisser là dans cet état, voyons ! Rit doucement la souris. Mais pourquoi dites-vous cela, mon enfant ? Enfin, si cela n'est pas trop indiscret...? »
Ali savait très bien qu'elle ne pourrait jamais dire la vérité... Il lui fallait inviter une histoire, et vite... Soupirant, elle conta :
« Mes... Mes parents... ont été tué par... un chat... il y a de cela deux ans... J'ai été obligé de fuir... De vivre dans la rue... Rejetée... Humiliée... Détestée... Obligée de vivre dans cet état si... si écœurante...
Oh... J-Je suis vraiment désolée... Je ne peux que vous comprendre... Mon premier mari... a également été tué par un chat... fit tristement Brisby. »
Intéressant, se dit la démone... Voilà quelque chose qu'il lui faudrait également résoudre plus tard...
Recommençant à être déchirée, Ali versa à nouveau des larmes, sous les yeux attristés de la souris. Oui, elle en était sûre, sa vie n'avait pas du être tout rose... Sans se préoccuper de la saleté qui l'entourait, elle la prit tendrement dans ses bras, telle une mère, provoquant la surprise de la jeune femme.
« B-Brisby...? bégaya-t-elle en rougissant.
Je sens que vous avez traversé des périodes difficiles... Nous ne sommes pas riches, mais nous avons beaucoup d'amour à donner. Vous pouvez rester en notre compagnie pendant tout le temps que vous le souhaiterez ; je serai ravie que de pouvoir vous aider, car vous me paraissez être une jolie jeune femme au grand cœur. »
Par pitié, qu'elle cesse de voir en elle un ange, alors qu'elle allait devoir la briser... Essayant d'arrêter ses pleurs, elle la serra contre elle, retrouvant pendant un court instant une chaleur maternelle. Sous le « regard » dégoûté de l'Ange Noir... Allons bon, qu'elle continue comme ça, et elle finirait par s'y attacher ! Oooh, mais ce ne serait pas plus mal, en fait... La douleur n'en serait que plus grande pour les deux côtés !
Reculant d'un pas et séchant ses dernières larmes, Brisby sourit :
« Prenez un bain mon enfant, cela vous fera le plus grand bien, et enfilez cette robe. Teresa et Cynthia se feront une joie de vous coiffer, pendant que j'irai préparer le diner.
Oh Brisby... trembla Ali en souriant comme jamais. Merci... »
Inclinant la tête en guise de réponse, la souris la laissa tranquillement se déshabiller, et plonger dans l'eau (Froide, certes, mais ce n'était pas grave, c'était de l'eau propre !), tout sourire. Cela faisait un bien fou ! Mais la tristesse revint vite en elle... Une souris aussi gentille, cela n'existait que dans les contes de fée... Et elle formait un si joli couple avec ce... Ratigan... Le cœur serré, elle ferma les yeux, serrant les poings. C'était contraire à ses opinions...!
« Mais on s'en fout de ce que tu penses, hehehe... ricana l'Ange Noir. Moi, je veux des résultats, et des larmes !
Tu es immonde... grogna Ali en tremblant.
Hehehe, je sais... Mais avoue que ce rat est plutôt bien foutu, ce ne sera pas pour te déplaire, hehehe...
T-Tais-toi ! Fit-elle en se bouchant les oreilles, rouge et frémissant encore plus. Moi, j-je vois surtout un rat qui forme un merveilleux c-couple avec une souris, q-que je vais devoir b-briser !
Parfaitement, pour mon plus grand plaisir... J'ai tellement hâte de voir la tête de cette Brisby... quand elle vous découvrira ensemble dans le même lit, muahahahahah ! »
Plongeant sa tête sous l'eau, elle hurla, contenant son cri de désespoir. Elle la détestait... Elle se détestait... Pourquoi tout devait se terminer ainsi...?
Pendant ce temps, la mère souris rejoignit son fiancé et son fils dans la cuisine, tout sourire, sans se douter de rien.
« Cette jeune souris m'a l'air très correcte, tu ne trouves pas Padraic ? Fit-elle.
Mmm... Je sais pas trop... souffla-t-il en la contemplant avec sérieux. Il y a quelque chose chez elle qui ne me plait pas... Je crains le pire... Nous n'aurions jamais du l'accueillir chez nous.
Oh, chéri, tu exagères ! Rit-elle en allant lui prendre les mains. Moi, je suis certaine que nous pouvons lui faire confiance. J'ignore pourquoi... Mais je le sens ! Et qu'importe ce qu'elle peut être... Après tout, je suis bien tombée amoureuse d'un ancien criminel... finit-elle plus doucement, afin que Martin ne l'entende pas. »
Le cœur serré, Ratigan détourna le regard, repensant à ce qui avait failli les séparer... Quand Basil avait tout avoué sur ses origines... Son emprisonnement... Le fait que Brisby voulait mettre fin à leur relation... Rien que d'y repenser, les larmes lui montèrent aux yeux. Il avait cru devenir encore plus fou qu'il ne l'était déjà...
Brisby remarqua la peine dans son regard, et caressa amoureusement sa joue pour tenter de le calmer.
« Je sais à quoi tu penses... susurra-t-elle. Et je te demande d'oublier... C'est le passé...
Mais... A cause de ce passé... j'ai bien failli te perdre... gémit-il en tremblant légèrement.
Mais à ta libération, tes changements pour me reconquérir ont été plus que remarquable... Tu es devenu chef d'entreprise, acceptant d'abandonner ta vie de criminel... Tu m'as laissé le temps, sans me forcer à revenir dans tes bras... Et tu étais même prêt, malgré la douleur, à me laisser vivre sans toi pour que je sois heureuse... Tu étais prêt à tout sacrifier pour moi, parce que...
Parce que je t'aime... sourit-il en caressant tendrement son cou.
Exactement... acquiesça Brisby en se rapprochant. C'est à ce moment que j'ai compris que je ne pouvais vivre sans toi, et que... je t'aimais toujours... Même Basil a avoué que tes changements étaient remarquables.
Pour toi, je suis capable de tout...
Je le sais, et moi aussi... Et d'ici une semaine, nous serons ensemble pour toujours... »
S'enlaçant tendrement, leurs lèvres se touchèrent, tandis qu'ils fermaient les yeux pour profiter encore plus de ce vrai baiser d'amour. Un idylle qu'ils espéraient tous les deux sans encombre... Sans plus jamais d'obstacles...
Lorsqu'ils stoppèrent ce doux échange, ils se regardèrent avec des yeux brillants, avant de préparer le diner en compagnie de leur fils, papotant joyeusement de tout et de rien. Une demi-heure plus tard, lorsque tout fut enfin prêt...
« Maman, papa ! Fit la voix de Cynthia. On a fini, Miss Ali ressemble à une vraie princesse, regardez ! »
Ravies, les deux petites souris descendirent à toute berzingue les escaliers, se jetant dans les bras de leurs parents. Ceux-ci, intrigués, contemplèrent l'invitée... et eurent le souffle coupé. Le changement était... radical ! N'étant plus sale, son pelage prenait une jolie couleur auburn, la même que ses cheveux mi-longs que les filles avaient attaché en queue de cheval ; ses yeux, malgré qu'ils soient encore cernés, dégageaient un joli éclat marron. Ses vêtements étaient composés d'une longue jupe serrée verte, d'un petit corset orange et du même type de voile que Brisby, mais vert.
Cette dernière était enchantée de cette vision : elle le savait, la saleté qui l'avait entouré cachait un joli petit brin de souris. Martin, lui, était sous le choc : ça, pour avoir changé, elle avait changé ! Il en revenait à regretter ses paroles méchantes ! Quand à Ratigan, malgré qu'il joue l'indifférent, il ne comprit pas pourquoi un grand « BOUM » se fit dans sa poitrine. Oui, d'accord, il l'avouait, elle était mignonne... Mais personne ne valait SA Brisby ! Non, PERSONNE, et surtout pas cette souris qui semblait sortir des égouts !
Ali, mortellement gênée, n'osait regarder personne. Cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait pas été aussi féminine... Cela lui faisait tout drôle...
« Tsss ! Ricana l'Ange Noir. Tu peux être habillée de ce que tu veux, rien ne changera, tu resteras toujours un dé...
Magnifique... fit Brisby en s'approchant et en lui encadrant le visage de ses mains. Tu es juste magnifique...
QUOI ? s'étouffa la démone. Ah non non non, elle n'est pas magnifique, elle est horrible, vous m'entendez, HO-RRI-BLE ! »
Mais, pour la première fois de sa vie, la jeune femme ne fit pas attention aux railleries de l'Ange Noir, à sa plus grande rage. Les paroles de Brisby valaient dix fois plus les sarcasmes de l'être maléfique... Les yeux brillants, elle ne put que dire :
« M-M-Merci...
Raaaah, que c'est immonde ! Grogna son alter-ego. Et puis zut, profite de cette beauté pour séduire le rat, pendant que tu y es ! »
L'estomac serré, elle jeta un rapide coup d'œil à Ratigan, qui paraissait... éviter son regard...?
« Ooooh, mais que vois-je...? pouffa-t-elle. Il n'ose plus te contempler ? Mmmm... Tu dois lui faire de l'effet, je ne vois pas d'autres solutions !
N-Ne dis pas n'importe quoi... répondit Ali en essayant de ne pas rougir. I-Il n'arrive pas à me s-supporter, c'est tout...
Oui, bien sûr, et moi, je suis le petit Jésus... ironisa sa compagne. »
Gémissant de l'intérieur, elle approuva silencieusement. Elle se sentait mal que de briser la confiance que lui donnait la souris... mais elle n'avait pas le choix... L'Ange Noir l'avait bien averti... Qu'elle désobéisse, et il lui en couterait...
Elle s'apprêta à dire quelque chose, quand elle sentit quelque chose s'agripper à ses pattes. Clignant des yeux, elle baissa le regard, et fut étonnée de voir qu'il s'agissait de Cynthia.
« Dites, Miss Ali, vous restez avec nous ? supplia-t-elle avec un regard doux.
Hein ? rougit-elle violemment. Euuuuh...
Allons ma chérie, tu ne peux pas forcer les gens à rester vivre dans la maison indéfiniment... fit Ratigan en haussant un sourcil.
Oooh... renifla la petite souris en se détachant d'elle. Mais, en tout cas, moi, je vous trouve très jolie ! »
Riant d'une manière adorable, elle alla se cacher derrière les pattes de son père, sous le regard attendri d'Ali. Une famille tout bonnement adorable... Qu'elle allait devoir briser... Honte sur elle...
« Bieeeeen... Qu'ils te fassent confiance... La douleur n'en sera que plus forte...
Allons, viens t'asseoir parmi nous, le diner est prêt, sourit tendrement Brisby en lui tirant un tabouret. »
Devenant encore plus rouge qu'elle ne l'était déjà, elle vint s'asseoir entre Teresa et Cynthia qui, enchantées, lui prirent chacune un bras en riant gentiment. Faisant un petit 'Awww' attendri, leur mère s'écria :
« Je crois qu'elles t'ont adopté, Ali.
Je... Je le crois aussi... fit avec émotion la jeune femme, leur caressant doucement les épaules. »
Elle regarda alors Ratigan qui, malgré qu'il reste silencieux, semblait aussi attendri que sa fiancée, contemplant ses deux enfants adoptives avec tendresse. Son regard croisa alors le sien et, à son plus grand étonnement, il lui fit un clin d'œil complice ; souriant avec charme, elle hocha la tête pour le remercier, à la plus grande extase de l'Ange Noir en elle.
« Euh... E-En tout cas, vous... vous... vous sentez très... bon... mademoiselle... osa avec beaucoup d'embarras Martin, sous les éclats de rire de la petite compagnie. »
C'est ainsi que passèrent ces quelques jours en compagnie de la si sympathique famille. Malgré qu'elle n'oubliait pas son horrible mission, Ali tentait au maximum de ne pas entendre les méchancetés de son alter-ego, profitant de chaque seconde passée avec ses nouveaux compagnons. Depuis qu'elle avait tué ses parents, elle n'avait plus connu un seul instant de bonheur. Et ce n'était qu'après être devenue une souris qu'elle regoutait à la joie... Pour une fois, elle remerciait l'Ange Noir : grâce au sort qu'elle lui avait lancé, elle était heureuse. Cela remplissait la démone d'une colère noire. Qu'elle n'oublie pas sa mission, oh non...
Elle était surtout proche de Brisby, avec qui elle entretenait une relation... qui ressemblait de plus en plus à mère-fille... Elles se partageaient énormément de choses (Malgré qu'à sa plus grande tristesse, elle était obligée de lui cacher la vérité...), rigolaient ensemble, s'aidaient l'une et l'autre, etc... En sa compagnie, toutes ses peines s'envolaient. Même l'Ange Noir ne lui faisait plus rien une fois qu'elle était avec Brisby. Plus le temps avançait, plus elle adorait cette souris, malgré qu'elles n'appartenaient pas au même monde... Savoir qu'elle devrait la blesser lui faisait de plus en plus mal...
A sa plus grande joie, les quatre enfants (Elle fit la connaissance de Timothee, dont elle s'occupa grandement pour lui faire oublier un peu sa maladie) la considèrent de plus en plus comme une grande sœur, jouant et discutant au maximum avec elle quand elle avait du temps libre. Même le jeune Martin paraissait de plus en plus l'apprécier (Seulement...? Car vu ses yeux brillants quand il la regardait, on se demandait...) ! Elle qui n'avait jamais eu de petit frère ou de petite sœur, elle était ravie ! Et celui qui la faisant le plus craquer était Riley, le nouveau-né : un petit bout de chou qu'on ne demandait qu'à croquer !
Mais ce fut surtout avec Ratigan que les relations s'améliorèrent encore plus. Intrigué par cette souris, il l'invitait souvent à venir se promener en sa compagnie, et lui posait sans cesse des questions, désireux d'en apprendre plus sur elle. Gênée, elle invitait au fur et à mesure une histoire, évitant au maximum de faire des boulettes (Elle savait que l'Ange Noir surveillait le moindre de ses faits et gestes...). Et, à sa plus grande surprise, lui aussi se dévoilait, et ce qu'elle découvrit la choqua : lui, un ancien criminel ? A son plus grand malaise, elle savait que l'Ange Noir écoutait avec attention tous ses propos, sachant que cet ancien puits de maléfice pourrait lui être utile un jour... Il lui avoua dès lors que, comme les membres de sa famille, il faisait de plus en plus confiance à la souris, et regrettait ses méchantes opinions à son sujet. Le cœur battant, elle ne disait rien, se contentant de sourire et de hocher la tête. Et plus le temps passait, plus une solide amitié liait les deux individus. Joyeuse, et ne se doutant absolument de rien, Brisby observait tout cela, ravie que son fiancée, et celle qu'elle considérait de plus en plus comme une fille, s'entendent si bien.
Cela enrageait l'Ange Noir qui voulut, deux jours avant le mariage, remettre les pendules à l'heure. Mais la suite la calma vite... En effet, ce jour-là était prévu une répétition pour le mariage, organisée par des proches de la famille. La démone se dit qu'Ali pourrait gâcher un peu l'ambiance, mais ce qui arriva plus tard la ravit...
Tout passa : répétition pour les places des invités, répétition de la cérémonie, répétition de la sortie des mariés, répétition du repas, etc... Ali observait tout cela de son côté, souriant... tristement. L'apothéose du plan de l'Ange Noir était prévu pour le jour du mariage... Tout était si parfaitement organisé, et le couple était si resplendissant... Pourquoi devait-elle tout gâcher...?
« Parce que je déteste le sentiment d'amour, voilà pourquoi ! Répondit méchamment la beauté fatale. Et parce que j'adore voir les gens souffrir... Toi la première ! Alors, on est de plus en plus proche de la famille... et du rat...? Très belle manipulation, si je le pouvais, j'applaudirais !
Tout ce que je fais avec eux est purement sincère... grogna intérieurement Ali.
Beurk... Et si je le pouvais, je vomirais sur place ! Mais, remarque, ce n'est pas plus mal que vos relations soient vrais : la souffrance n'en sera que plus grande, muahahahah ! »
Les lèvres pincées, elle replongea dans sa dépression habituelle, le regarda baissé. Mais une voix vint la sortir de ses sombres pensées :
« Allons, tu ne vas pas retomber dans ta mélancolie, rassure-moi ? »
Sursautant légèrement, elle contempla Ratigan qui, ricanant, l'observait, bras croisés. Il se posa à ses côtés.
« Quelque chose ne va pas...? Souhaites-tu en parler...?
N-Non, j-je te remercie, c-ce n'est rien... soupira-t-elle en essayant de ne pas pleurer. Juste... quelques souvenirs...
Je vois... Mais tu sais, Brisby s'inquiète pour toi, et s'il n'y avait pas l'autre musaraigne qui n'arrête pas de l'emmerder toutes les deux minutes, crois-moi qu'elle viendrait s'enquérir de ton état. »
Souriant tendrement, elle fixa la splendide souris avec des yeux brillants. Elle avait tellement hâte de la voir en robe de mariée...
« Brisby est une souris formidable... Mais elle ne devrait pas trop s'en faire pour moi... Toi non plus, d'ailleurs... C'est votre journée, passez-la ensemble, ne vous occupez pas de moi. »
Silencieux, il la contempla avec ses pupilles à moitié fermés. Il avait mal pour elle... Il n'était pas dupe, elle leur cachait encore beaucoup de choses, et il savait que ces choses étaient encore plus horribles qu'il n'y paraissait... Quand elle se sentirait prête, elle pourrait tout lui dire... il serait là...
Soudain, une musique assez entrainante commença. C'était l'heure de la répétition pour la danse ! Il aperçut alors sa dulcinée qui, sans qu'il comprenne bien au début, pointait d'abord lui, puis Ali, puis la piste. Quoi ? Il devait l'inviter à danser ! Il n'oserait jamais, il devait d'abord s'occuper de sa future femme ! Mais il vit dans son regard qu'elle y tenait. Oui, Ali comptait vraiment pour Brisby, cela se voyait... Bon, autant lui changer les idées !
Soupirant, il se releva, et, s'inclinant comme un parfait gentleman, ricana :
« Je vous laisse si je veux, ma chère ! M'accorderez-vous cette danse ?
Q-QUOI ? explosa-t-elle presque en rougissant comme jamais. »
Mais, sans lui laisser le temps de répondre, il lui prit ses pattes, et la tira, non sans quelques difficultés, sur la piste. Bégayant des mots incompréhensibles, elle tentait de se tirer de là, mais...
« C'est ta chance, petite idiote, rentre-lui dedans ! »
L'Ange Noir exaltait : une danse ! Rien ne valait une danse pour rapprocher deux êtres ! Soupirant, Ali se laissa faire, et frémit comme jamais quand Ratigan la colla à elle, l'enlaçant par la taille et lui prenant la main, souriant sournoisement.
« Prête ?
Euuuh... »
La jeune femme supplia du regard Brisby, mais celle-ci, lui montrant son pouce, porta son attention sur autre chose, souriant. Bon sang, il y avait d'autres manières pour lui remonter le moral !
Ainsi commença une valse entre le rat et la souris. Bon, d'accord, une valse n'était pas très en accord avec la musique entrainante, mais qu'importe ! Faisant particulièrement attention à où elle marchait, Ali suivit son partenaire, souriant avec gêne.
« E-Excuse-moi, j-je ne suis pas t-très douée...
Au contraire, ma chère, au contraire, sourit-il avec sincérité. »
Riant doucement, elle commença à apprécier la danse, et à ne faire qu'un avec son partenaire. En fait, c'était très agréable, elle y prenait un certain plaisir ! Qui plus est, Ratigan était un danseur hors paire, et qu'est-ce qu'il était gentleman !
Mais plus la musique avançait... plus le charme opérait, pour le plus grand bonheur de l'Ange Noir... Petit à petit, les gens autour commençaient à disparaître de leurs esprits... Il n'y avait plus qu'eux... Ali se sentait étrangement... sereine... Plus elle le fixait, plus elle le trouvait... attirant... Il avait tout pour être un mari idéal... Brisby avait une de ces chances... Et Ratigan, lui, à son plus grand désarroi, se sentait se perdre dans ses beaux yeux marrons... Elle était mignonne, et douce... Il était dommage qu'elle n'avait encore jamais trouvé l'amour...
Quand la musique se stoppa, les deux danseurs s'arrêtèrent, se regardant les yeux dans les yeux, silencieux et rougissant légèrement. Elle parvenait à sentir son cœur... Qui battait un peu plus fort... En harmonie avec le sien... Mon Dieu, mais que venait-il de leur arriver...?
Embarrassée, elle recula, le regard détourné.
« Je... Mmm... M-Merci pour cette danse... murmura-t-elle, emmêlant et démêlant ses mains.
Mmm... P-Pas de quoi... hésita le rat, regardant ailleurs. »
Les pupilles brillantes, elle fit demi-tour, et s'éloigna d'un pas lourd et hésitant, sous le regard attentif de Ratigan. Posant une patte à l'emplacement de son cœur, il serra un poing, se mordant les lèvres : pourquoi, tout d'un coup, il s'était senti si... étrange...? Ce n'était pas normal... Du tout...
« Chéri ? Pourquoi Ali s'en va-t-elle ? Quelque chose s'est passé ? »
Encore chamboulé, il ne fit pas attention à Brisby, qui se tenait à ses côtés, le regard inquiet. Voyant que son fiancé ne semblait pas bien, elle prit doucement sa patte, susurrant :
« Padraic...? Tout va bien...?
Mmm... Oh, chérie, excuse-moi, je... J'étais perdu dans mes pensées... Oui... Tout va bien, elle... Elle est partie parce qu'elle... ne se sentait pas bien... chuchota-t-il avec embarras, la serrant amoureusement contre lui.
La pauvre... J'espère qu'elle n'a rien de grave... »
Il ne rétorqua rien... De toute façon, quoi dire... Il se sentait perdu... Que venait-il de lui arriver...?
Ali, quand à elle, s'éloignait en silence, le regard perdu. Triomphante, l'Ange Noir exaltait en elle :
« Magnifique, MAGNIFIQUE ! Même moi, je n'aurais pas pu faire mieux ! Pour une fois, tu me surprends agréablement, petite idiote ! Si tu le titilles encore un peu, bientôt, il tombera dans tes...
Tais-toi...
P-Pardon...? T-Tu viens de me dire quoi, là...? s'étonna-t-elle, complètement dépourvue.
Je t'ai dit de te taire... supplia-t-elle, la voix brisée. Par pitié, laisse-moi tranquille un peu, par pitié... »
Se collant à un tronc d'arbre, elle laissa son chagrin prendre le dessus, et se mit à pleurer. Pourquoi se sentait-elle si vide...? Si mal...? Pourquoi souffrait-elle...? L'Ange Noir, folle de rage, ne fit et dit rien, mais n'oublia pas cet affront... Elle venait de lui dire de se taire... Elle allait payer... Elle n'était pas aveugle, elle avait bien vu leurs regards quand ils dansaient... Dès demain, Ali achèverait le travail... Et en souffrirait, plus qu'elle ne le croyait...
