Chapitre 5 : Trahison

par Cellenia

Aux alentours de midi, l'heure H arriva enfin. Les préparatifs enfin achevés, les invités commençaient petit à petit à arriver, tous plus excités les uns que les autres. Enfin, le couple qui faisait la fierté de la région allait se marier ! Tout le monde avait attendu ce jour avec grande impatience, et avait désormais hâte d'entendre les fameux « Oui » . Mais tout le monde, la mariée comprise, ignorait l'horreur qui se passait dans la tête de Ratigan...

Celui-ci, encore sous le choc et dégoûté par son attitude, attendait caché, quelques mètres plus loin derrière l'autel. Les mains entourant son visage, il s'était recroquevillé sur lui-même, et tremblait, les yeux brillants. Il avait honte... Il avait mal... Il avait peur... Comment avait-il pu ainsi tromper la femme de sa vie, pour qui il avait tout abandonné...? Comment avait-il pu tomber aussi bas, et embrasser ainsi Ali...? Ils avaient failli commettre l'irréparable...

Les yeux vitreux, ils regardaient toutes les dix secondes les invités qui arrivaient. Tous les proches de Brisby étaient là : Justin, le fils de Basil ; Mr Age, le susceptible docteur ; l'affreuse Tatie Musaraigne ; etc... Personne ne manquait à l'appel. Même ses amis rats qu'il avait rencontré dans le futur, Crusty, Dagobert, Crocdur, Odin et Percy, avaient fait le déplacement pour le soutenir pour le jour le plus important de sa vie. En les voyant tous réunis, il aurait du se sentir heureux, et plus serein. Il n'en était rien...

Chaque seconde, il craignait de voir le doux visage larmoyant d'Ali... Chaque seconde, il craignait de la voir arriver... Chaque seconde, il craignait de perdre ses moyens... Il ne devait surtout pas, pour la SEULE femme qu'il aimait ! Mais, alors, dans ce cas... pourquoi leurs deux visages ne cessaient-ils d'apparaitre dans son esprit...? Il ne pouvait aimer les deux en même temps, il le savait bien... Alors, pourquoi avait-il si mal...?

« Papa, papa, tu as vu ma robe ? »

Sursautant de surprise, Ratigan contempla en clignant des yeux brillants la petite Cynthia. Elle rayonnait encore plus avec sa jupe blanche, brodée avec du tissu rose aux extrémités. Souriant tendrement, il la prit dans ses bras, et lui embrassa délicatement le front, disant doucement :

« Tu es magnifique, ma chérie... »

Puis, silencieux, il la serra contre elle, les yeux fermés, tentant, en vain, d'oublier. Cynthia ne fut pas dupe, et remarqua avec étonnement la tristesse de son père. Caressant son visage de ses petites mains, elle demanda avec une once d'inquiétude dans la voix :

« Papa...? Qu'est-ce qu'il y a...? Tu es triste de te marier avec maman...?

Bien sûr que non ! Renchérit-il froidement, craignant un sous-entendu. »

Tremblant un peu, elle crut qu'il était fâché contre elle, et baissa le regard, honteuse. Soupirant, il la berça, continuant plus calmement :

« Non, ma chérie, bien au contraire, je n'ai jamais été aussi heureux de toute ma vie. C'est juste que... Papa est un petit peu stressé, tu comprends...?

Tu as peur que Dragon ne vienne nous attaquer ? frissonna-t-elle.

Non, non, il n'a pas intérêt ! Rit-il doucement. Ne t'inquiète pas, papa va bien...

Tant mieux, parce que moi, je suis contente, tu vas vraiment être mon papa, maintenant ! Fit-elle avec joue, lui embrassant le museau avant de rejoindre les autres invités en sautillant. »

Souriant avec tendresse, il se leva, s'époussetant un peu son costume blanc de marié. Il ne devait plus s'inquiéter... Plus penser à Ali... Il devait se tourner vers son nouvel avenir radieux, vers sa nouvelle famille... Et ne pas laisser ses doutes obscurcir ses pensées... Il observa une dernière fois la foule, qui s'était installée depuis : pas une trace d'Ali... S'était-elle enfuie pour de bon...? Il regrettait sincèrement de l'avoir fait souffrir... Mais même si cela faisait mal, elle devait comprendre que leur amour était impossible...

« … Je ne suis qu'un salaud... pensa-t-il tristement, honteux. »

Essayant de paraître le plus classe et normal possible, il alla se poser devant l'autel, sous les yeux éblouis des invités. Il remarqua avec un certain amusement que ses cinq amis lui faisaient de grands signes, ce qui lui fit revenir son fameux sourire de gentleman. Tout allait bien se passer...

Soudain, la musique commença à se faire entendre et, le souffle court, tout le monde observa les hautes herbes derrière eux, recherchant du regard la mariée... Qui ne mit pas longtemps à les rejoindre... Lorsqu'il la contempla, Ratigan crut qu'il allait défaillir... Brisby semblait juste... tombée du ciel... Une jolie robe blanche courte, en dentelles, mettait en valeur ses formes superbes, et elle avait attaché un voile en magnifique toile d'araignée à ses cheveux, qui resplendissait au soleil avec les fils. Elle était... parfaite...

Pour la seconde fois, il retomba amoureux d'elle, et sentit son cœur battre la chamade dans sa poitrine. En un instant, tous ses doutes, toutes ses peines s'envolèrent ; il ne voyait plus que Brisby... Plus que sa fiancée... Plus que sa future femme... Leurs regards se croisèrent, et un sourire amoureux vint percer leur visage, déjà débordant de bonheur. Trop enivré par ses sentiments, il ne fit pas attention aux regards discrets qu'elle portait aux invités.

Où était Ali, se disait-elle...? Ratigan avait pourtant assuré qu'elle serait là au commencement du mariage, afin de leur réserver une petite surprise... Il n'aurait quand même pas... menti...? Elle l'avait trouvé étrange, ces derniers temps, mais c'était certainement le stress d'avant le mariage... Non, elle lui faisait confiance, elle savait que tout irait bien, et qu'Ali n'allait pas tarder... Elle le savait...

Quand elle arriva aux côtés de son fiancé, elle lui lança un sourire parfait, qui le fit encore plus fondre. Magnifique... Le vieux prêtre, affichant un sourire attendri, commença :

« Mes biens chères sœurs, mes biens chers frères... Nous sommes réunis ici aujourd'hui pour célébrer l'union de deux êtres partagés par le même amour... Amour qui... »

Les deux tourtereaux entendaient à moitié ses paroles, ne cessant de se lancer des regards amoureux et des sourires complices. N'y tenant plus, Ratigan se pencha vers elle, et murmura à son oreille :

Soleil de mes jours

Lune de mes nuits

A jamais je te donne mon amour

Belle reine, je t'en prie, dis-moi oui

A son tour, la souris crut qu'elle allait défaillir. Des larmes de pure joie montèrent à ses yeux, tandis qu'elle scrutait avec tout l'amour qu'elle pouvait son cher et tendre. Si cela n'avait tenu qu'à elle, elle aurait dit « Oui » tout de suite, mais elle se devait d'attendre.

« Si quelqu'un dans l'assemblée désire rajouter quelque chose avant qu'ils ne prononcent leurs promesses, qu'il parle maintenant ou se taise à jamais. »

S'il savait...

A la surprise générale, des applaudissements lents se firent au niveau des hautes herbes. Écarquillant les yeux, tous et toutes se retournèrent pour contempler l'invité surprise. Et Ratigan crut qu'il allait hurler... C'était Ali...

Cette dernière, un sourire froid aux lèvres, les contemplait un à un avec un regard noir, tapant des mains de manière saccadée. A la honte générale, elle était habillée dans une robe très sexy, décolletée et ouverte le long de sa jambe droite... noire. Tout le monde aurait pu la trouver splendide... s'il ne frissonnait pas devant l'aura qu'elle dégageait... Une aura malsaine...

Ratigan fut le premier à le sentir. Il avait du mal à la reconnaître... C'était bien elle, et pourtant, elle ne sentait plus l'innocence et la gentillesse incarnées... Était-ce à cause de ce qui s'était passé entre eux quelques heures plus tôt...? Pris d'un doute, il cacha Brisby derrière lui, qui le regarda avec anxiété, chuchotant :

« Chéri...? Qu'est-ce qui se passe...? Pourquoi Ali est-elle ainsi...?

… Je... Je n'en sais rien... répondit-il, la gorge serrée.

Oh, vraiment ? »

Ricanant méchamment, la jeune souris finit enfin par parler, ce qui effraya encore plus l'assemblée. Sa voix était juste... démoniaque... Emplie de méchanceté pure... Ce n'était plus du tout la même voix douce qu'elle avait normalement...

Les yeux pétillants de sournoiserie, Ali s'approcha lentement du couple, d'une manière féline, ne cessant de scruter le rat en se léchant parfois les lèvres. Devant ça, Ratigan prit peur... Il avait un très mauvais pressentiment...

« Tu n'as vraiment aucune idée, Padraic...? Allons, réfléchis, tu ne peux quand même pas avoir déjà oublié... siffla-t-elle, ricanant.

J-Je ne vois pas de quoi tu parles... trembla son interlocuteur, craignant de plus en plus le pire.

C-Chéri, d-de quoi parle-t-elle...? s'inquiéta Brisby, commençant à réellement avoir peur.

Ooooh, ton fiancé ne t'a pas dit...? continua Ali de manière cruelle. Remarque, cela se comprend, il n'allait pas gâcher ce mariage pathétique avec nos histoires, hehehe... »

Prise de violents tremblements, la souris passa son regard de son fiancé à son amie, les yeux vitreux. La façon dont elle parlait de leur mariage... Cela ne pouvait pas être la Ali qu'elle connaissait... C'était impossible... Et... Leurs histoires...?

« Padraic... Je t'en supplie... Dis-moi la vérité... Q-Qu'est-ce qui se passe...?

Mais il n'y a aucune vérité, AUCUNE ! hurla-t-il, pris de panique. Tu vas te taire, espèce de salope !

Oh non, mon chou, oh non... rit-elle machiavéliquement, assez fort pour que tout le monde l'entende. Pas tant que tes compagnons ne sauront pas la vérité... »

Ratigan, les yeux fous, n'avait qu'une envie : la tuer sur le champ ! Mais cela reviendrait à remontrer à nouveau sa véritable nature, et ça, il le refusait ! Mais s'il ne faisait rien, leur couple serait encore en danger ! Il ne voulait pas la reperdre à nouveau ! Comment avait-il pu tomber sous le charme de cette garce ! Elle qui faisait tout, à l'instant, pour gâcher leur mariage ! Et voir Brisby épouvantée le tuait intérieurement... Il voyait dans ses yeux qu'elle commençait à comprendre...

« NON ! Brisby, ne l'écoute pas, elle est folle ! Je t'en prie ! BRISBY ! cria-t-il, désespéré, les larmes montant à ses yeux.

Trop tard, mon mignon, le mal est fait ! Cria Ali encore plus fort, ravie de voir tout le mal qu'elle engendrait. Et oui, mes amis, votre camarade, le jour de son mariage, m'a sauté ! Bon sang, vous auriez du nous voir, c'était enflammé ! Me amore, j'ai juste adoré la façon dont tu as caressé mes seins, muahahahah !

ASSEZ ! hurla-t-il, prêt à lui sauter à la gorge.

NOOOOOOOON ! »

Anéantie, Brisby s'agenouilla, cachant son visage dans ses mains, pleurant comme jamais elle n'avait pleuré. Ratigan, le cœur déchiré, voulut la prendre dans ses bras, mais elle le repoussa violemment, hurlant d'une manière désespérée :

« Ne m'approche pas ! Ne me touche pas ! Tu n'es qu'un monstre ! Tu n'as pas changé, tu es toujours le même ! JE TE DETESTE ! Va-t-en de ma vie, POUR TOUJOURS !

NON ! supplia-t-il, se mettant à genoux, commençant aussi à pleurer. Pas encore ! Brisby, ma chérie, mon amour, je t'en supplie, pardonne-moi, PARDONNE-MOI !

VA-T-EN ! NE M'APPROCHE PAS ! finit-elle, la voix brisée. »

Effrayée et anéantie, la souris s'écarta de lui, se repliant sur elle-même, pleurant. La voir ainsi, et savoir que c'était la fin, fit craquer Ratigan. Les yeux vides, il contempla l'assemblée, qui le scrutait avec horreur, silencieux. Même la petite Cynthia le regardait avec incompréhension... et peur... La pluie choisit bien son moment pour tomber, rendant l'atmosphère encore pesante... C'était... fini...

« Ooooh, allons, ce n'est pas grave ! Ricana joyeusement Ali. Comme on dit, une de perdue, dix de retrouvée ! T'inquiète pas mon mignon, je saurais te faire oublier cette mésaventure, mmm... »

Cette fois-ci, c'en était trop... A cause de celle en qui il avait confiance... A cause de celle qu'il avait même aimé... Son bel idylle venait de s'achever... Il aurait du continuer à se méfier... Elle allait payer... Les yeux remplis de la même rage meurtrière sur sur Big-Ben, il montra ses crocs, sortit ses griffes, et s'apprêta à bondir sur elle... Mais le jeune Martin fut le premier à réagir ! Pleurant, il s'approcha d'Ali en tremblant, criant entre deux « Sniff » :

« Pourquoi vous avez fait ça ! On vous aimait, nous, et vous avez tout gâché ! Vous êtes méchante, je vous déteste, je vous dé... »

Le garçon n'eût pas le temps de répliquer... Les yeux noirs, la jeune souris l'envoya s'écraser quelques mètres plus loin, d'une violente claque au visage.

« Je ne supporte pas les sales gosses... grogna-t-elle.

MARTIN ! hurlèrent de peur Brisby et Ratigan. »

Celui-ci, évanoui, respirait faiblement et bougeait très peu. Hors de lui, le rat voulut la tuer sur place, mais il fut... bloqué ? Ses jambes ne lui répondaient plus ! Comment était-ce possible !

« Sois sage mon chou, pendant que je vous donne la surprise que je vous avais promis, hehehe... »

Il n'arrivait pas à le croire... C'était elle qui était à l'origine de sa paralysie ! Impossible ! Ce fut dans l'incapacité de bouger que Ratigan observa Ali, accomplissant son horrible dessein...

Elle n'épargna rien... Riant de manière maléfique, la jeune femme balançait violemment les invités au sol, contre les arbres, sur les tables, dans le buffet, etc... provoquant ainsi des blessés plus ou moins grave. Elle sortit même un poignard de sa poche, qu'elle planta plusieurs fois dans les pattes des de ces derniers, les faisant hurler de douleur. Elle détruisait tout, et n'épargnait rien, ni personne... Même les enfants ne furent pas mis de côté, et reçurent de vilains coups ! C'était une vraie scène apocalyptique, de pure horreur... Partout, des objets cassés, de la nourriture gâchée, du sang, des blessés, des hurlements, etc... Le mariage s'était transformé en un véritable cauchemar...

Cela dura au moins dix minutes, avant qu'il ne reste plus grand chose à se mettre sous la langue. Ali, en extase, regarda autour d'elle avec satisfaction, puis porta son attention sur l'ancien couple, ricanant. Ratigan la fixait avec haine, tandis que Brisby, ayant subi le même sort que Ratigan, la contemplait avec épouvante, ne la reconnaissait plus. Gracieuse, malgré la poussière et le sang qu'elle avait sur sa robe, elle s'approcha du rat, caressa son visage de manière sensuelle, les yeux pétillants.

« Tous mes vœux de bonheur, mes mignons... »

Et sans lui laisser le temps de réagir, elle l'embrassa fougueusement, n'hésitant pas à pénétrer sa bouche de sa langue, voulant les achever. Puis, leur faisant un clin d'œil mauvais, elle se retourna, et s'enfuit en riant méchamment, disparaissant dans les hautes herbes.

Le cœur déchiré par la tristesse et la haine, Ratigan sentit que le sort d'immobilisation s'estompait peu à peu. Il regarda autour de lui, choqué : comment tout cela était-il arrivé...? C'était... de sa faute... S'il n'avait pas embrassé Ali, rien de toute cela ne serait arrivé... Les yeux larmoyants, il regarda l'amour de sa vie, qui, pleurant, courait s'occuper de ses enfants, ne lui accordant pas un seul regard. Par chance, tous allaient bien malgré leurs blessures... Seul Ratigan était mortellement blessé... Il avait, à nouveau, tout perdu, et cette fois-ci pour de bon... Il voulut leur dire quelque chose, mais il savait que cela ne servirait à rien... Tout était fini...

La rage recommença à prendra petit à petit le dessus sur sa raison... Ali... devait... payer... Elle avait tout gâché... Il se délecterait de son sang... De la vision d'elle agonisant... Son instinct de rat prit le dessus... Ses yeux jaunes devenant rouges de colère, et ses crocs et griffes sortis, il se lança à la poursuite de la souris.

Il criait... Vengeance...

Près du cours d'eau, Ali... pleurait... De désespoir... De dégoût... de peur... Elle n'en revenait pas... Elle n'en revenait pas que l'Ange Noir puisse être aussi cruelle... Elle n'en revenait pas que, malgré tout son amour pour cette famille, elle ait pu se laisser contrôler aussi facilement... Elle n'en revenait pas qu'elle avait absolument tout gâché... Elle se détestait, et n'arrivait pas à s'ôter de l'esprit le regard tueur de Ratigan, et les yeux désespérés de Brisby... Comment avait-elle pu les trahir, eux qui avaient tant fait pour elle...? Jamais elle ne pourrait se le pardonner... Jamais...

Pleurant comme jamais, elle ne faisait pas attention à son reflet, qui montrait la démone, sous sa forme de souris. Celle-ci, pour une fois, ne riait pas de son état, ne souriait pas méchamment... Seuls ses yeux étincelaient de méchanceté... Cette idiote avait osé lui désobéir, en refusant d'achever elle-même le couple... Elle avait du faire le sale boulot à sa place (Malgré tout le plaisir qu'elle en avait tiré)... Elle ne pouvait plus compter sur elle... Pendant un temps, il était marrant de prendre le contrôle de cette faible pour lui faire accomplir des atrocités... Aujourd'hui, elle ne valait plus rien... L'Ange Noir avait besoin d'un nouveau corps, beaucoup plus puissant, beaucoup plus mauvais et, surtout, beaucoup moins sentimental... Et pour cela, il n'y avait qu'un moyen... Un unique moyen pour la libérer... Mais avant, elle avait une vengeance à obtenir...

Grognant, elle fronça les sourcils, et dit d'une voix dégoûtée :

« Tu n'es rien, Ali... Rien de plus qu'un déchet... Tu me fais pitié, tu me dégoûtes... Tu n'es personne, tu ne mérites pas de vivre... Tu n'as plus rien... »

Ali n'eût pas le courage de répliquer, continuant de verser des larmes. Elle avait parfaitement raison... Elle n'avait plus de famille... Humains comme animaux la détestaient... Celle qu'elle voyait comme sa seconde famille la haïssait... Et l'homme qu'elle aimait voulait sa mort... Après tout le mal qu'elle avait causé au cours de sa vie, elle ne méritait qu'une seule chose... Mourir...

« Je... t'en... prie... chuchota-t-elle, brisée. Tue... moi... Ne... me fais... plus... souffrir... A... Achève... moi...

Oh, mais je vais le faire, petite idiote... ricana l'Ange Noir, souriant méchamment. Mais, vois-tu, tu m'as énormément déçu, et toutes les personnes qui me déçoivent le payent forcément... Tu n'y feras pas exception... Tu as déjà subi la sentence première, la souffrance mentale... Passons à la seconde étape... »

Ali savait de quoi elle parlait, mais elle ne dit rien, acceptant son sort. Oui... Qu'elle souffre, comme elle les avait fait souffrir... Elle avait peur... Mais elle ne méritait que ça...

Reprenant le contrôle de son corps, tout en la laissant consciente, l'Ange Noir lui fit prendre son poignard dans son décolleté, lui fit tendre son bras, et déchira petit à petit le tissu de sa peau, enfonçant de plus en plus la lame dans sa chair. Elle se contreficha des cris de douleur que poussa la jeune femme, se délectant juste avec plaisir du sang qui coulait des plaies... Il n'y avait rien de mieux que la torture physique...

Voulant l'achever, elle la força à lécher avidement son liquide vital, tandis qu'elle rit machiavéliquement dans sa tête :

« Tu vas souffrir, c'est moi qui te le garantis, petite idiote... »

Fermant les yeux, Ali laissa ses larmes couler abondamment, priant pour que cette torture cesse rapidement.

« Ma vie... va enfin... s'achever... songea-t-elle avec douleur... Padraic... Je te demande pardon... »

Ratigan, rageant, courait à en perdre haleine à travers la plaine, utilisant tous ses sens pour dénicher le monstre qu'il traquait. Cette sale petite schizophrène ne tarderait pas à payer tout le mal qu'elle avait engendré... Elle allait mourir de la même manière que Fidget... Étranglée ! Quoique... Non, c'était trop gentil, en comparaison à tout ce qu'elle avait fait... Elle subirait bien pire, il y réfléchirait une fois qu'il la trouverait...

Il s'arrêta soudain, tendit l'oreille et humant l'air. Cela sentait... l'odeur de... mort...? Fronçant les sourcils, il ralentit son allure, regardant tous les recoins et les cachettes possibles. Elle n'était pas loin, il le sentait... Mais c'était étrange... Quelque chose ne tournait pas rond... Il eut un mauvais pressentiment...

Il entendit alors de l'eau couler. Il n'était pas loin du cours d'eau, à moins que ce n'était la pluie battante. Grognant, il quitta les herbes hautes, et marcha dans la boue, fusillant les alentours du regard.

« Où es-tu, petite conne...? Je sais que tu es là... Montre-toi... »

Oui, il sentait de plus en plus le parfum de la jeune femme... L'heure était venue... Sortant ses griffes, il s'apprêta à tout fouiller avec haine, quand une vision effroyable s'offrit à lui, à ses pieds. Il voyait des traces de pas... mélangées à... du sang... Beaucoup de sang... La pluie n'était pas parvenue à l'effacer... D'un coup, il craint le pire... La haine qu'il ressentait à cet instant-là... se transforma en peur...

« A... Ali...? fit-il, la voix tremblante. »

Pas de réponse... Plus il avançait, plus il voyait de sang par terre, et sur les troncs d'arbre... Son sang...? Mais ce ne fut pas le pire... Une véritable vision cauchemardesque s'offrit devant lui...

Elle était là... Au-dessus de lui... Bras, jambes, ventre et cou en sang... Sa superbe robe de soirée était coupée de partout... Ses yeux à demi-clos, encore mouillés par toutes les larmes qu'elle avait versé, paraissaient le regarder avec toute la peine du monde... Elle ne bougeait pas... Ne parlait pas... Ne respirait pas...

« Non... Non... »

Il ne put s'empêcher de tomber à genoux, commençant à verser des larmes. Devant cette vision, il ne parvenait plus à la détester... Elle était... pendue... Pendue à une petite liane...

« Ali... ALI ! NOOOOOOOON ! hurla-t-il, ne pouvant croire qu'elle était morte. »

Tout ça était de sa faute... S'il n'avait pas craqué... Ali n'aurait pas tout gâché... Brisby et lui se seraient mariés... Et elle serait encore vivante... Pleurant comme jamais, il contempla la pendue avec désespoir, tremblant.

« Je regrette tant... Je ne suis qu'un parfait salaud... Oh bon sang... C'est moi qui devrais être à ta place... Pourquoi... POURQUOI ! »

Fracassant le sol boueux de ses pattes serrées, il se recroquevilla sur lui-même, tremblant. Il n'avait... absolument... plus rien...

Bien plus loin de cette scène de désespoir, une forme sombre volait à travers les hautes herbes de la prairie. Une forme sombre, qui rappelait celle d'une femme... Ce n'était qu'en regardant de plus près qu'on s'apercevait qu'il s'agissait bien d'une ravissante créature aux longs cheveux rouges, et aux regards plus noirs que les ténèbres elle-même...

L'Ange Noir exaltait... Enfin, elle était libre... Libre de trouver un nouveau corps, pour conquérir et détruire... Quand elle y pensait, elle aurait du tuer cette petite idiote depuis longtemps... Mais cela aurait été trop facile. Ce jour avait été parfait pour sa mort : elle avait trahi toute sa petite « famille », et en était, en quelque sorte, morte de chagrin. La démone avait pris tellement de plaisir à la blesser, et à la pendre... Elle n'avait pas souffert, bien sûr, mais Ali...

Ricanant, elle redevint sérieuse. Oui, elle était libre, mais il lui fallait absolument trouver un nouveau corps avant le coucher du soleil. Elle savait que toutes les âmes noires comme la sienne ne supportait pas le contact du soleil, en qu'elle risquait de disparaître pour toujours si elle était en contact avec. Heureusement qu'il pleuvait...

Ce ne fut qu'après une bonne dizaine de minutes qu'elle trouva quelque chose d'intéressant... et de particulièrement immonde ! Un cadavre en putréfaction, perdu au beau milieu de la broussaille. D'après sa rapide analyse, c'était un rat, bien habillé d'après les restes qu'il portait, mort il y a quelques années déjà à la suite de nombreuses blessures, en particulier d'un coup porté au crâne.

« Tsss... siffla-t-elle. A quoi me servirait un cadavre...? »

Pourtant, elle ne s'en alla pas, contemplant le macchabée avec attention. Et si... Haussant un sourcil, elle se concentra, et utilisa le reste d'aura qu'il possédait pour voir son passé. A cette vision, elle ne put s'empêcher d'avoir un mauvaise sourire : ce rat, appelé Jenner, était un assassin, un violeur, un être cruel, fourbe et manipulateur, etc... La liste serait trop longue à faire. Et, surtout, il semblait posséder une puissance assez importante. Combinée à la sienne et à ses pouvoirs, ils seraient... invincibles... Oui, c'était un rat, mais elle avait toujours la possibilité, après quelques temps, de le transformer en humain pour gouverner le monde et imposer le chaos...

Souriant à cette idée, elle prit sa décision, et pénétra à l'intérieur du cadavre en décomposition. Au début, rien ne se passa... Mais, petit à petit, le cadavre de Jenner commença à bouger, malgré qu'il était sur le point de tombe en poussière. Avec difficultés, le corps, toujours en putréfaction, se leva, retrouvant petit à petit des parties de son physique qu'il avait perdu. Jenner était de retour, sous une forme de zombie...

L'Ange Noir était « aux anges ». Jenner, zombie, était incapable de prendre ses propres décisions, le rendant encore plus facile à manipuler. Pourtant, en intégrant son corps, sa puissance physique avait décuplé ! Qui plus est, en contrôlant un mort, il était d'autant plus facile pour elle d'utiliser ses pouvoirs, même s'ils n'étaient pas encore totalement opérationnels. Elle eût un rire mauvais, et dit d'une voix sortie d'outre-tombe :

« Magnifique ! Ce corps est juste parfait ! Bientôt, le chaos régnera en maitre ! Hehehe... Et je sais par où commencer... »

Ricanant, le cadavre, étrangement très agile, disparut dans les fourrés...

Un silence de mort s'était installé sur le lieu du mariage... Rien n'avait été rangé, car le choc était encore bien présent dans l'esprit de toutes les invités... Mr Age et Justin s'occupaient du mieux qu'ils le pouvaient des blessés... Tatie Musaraigne, emportée par la colère, se plaignait auprès des cinq rats du comportement immonde d'Ali et de Ratigan... Et Brisby tentait de réconforter au maximum ses enfants... Ces derniers n'avaient pas prononcé un mot depuis l'évènement tragique... Leur mère non plus, d'ailleurs... Les uns étaient trop choqués... L'autre trop anéantie...

Ayant besoin d'être seule un moment, la souris s'éloigna du lieu du mariage, les yeux dans le vague, marchant telle une zombie. Cette journée avait été la pire de sa vie... Ratigan, celle en qui elle avait à nouveau confiance, l'amour de sa vie, l'avait encore trahi... Et celle qu'elle voyait comme sa fille n'était qu'une schizophrène voleuse de fiancés... Le cœur brisé, elle laissa ses larmes tomber en abondance le long de ses joues. Jamais plus elle n'accorderait sa confiance à quelqu'un... Jamais plus elle ne se laisserait prendre au piège... Jamais plus elle n'aimerait quelqu'un d'autre autre que ses enfants et ses amis les plus proches...

Elle ne remarqua pas qu'elle s'éloignait de plus en plus de tous ses compagnons... Elle ne remarqua pas les yeux maléfiques qui l'observaient en cachette dans les fourrés... Elle était trop plongée dans son désespoir pour y faire attention... Mais, par contre, elle entendit cette voix inhumaine :

« Oooh, pauvre petite souris... C'est juste abominable de faire pleurer une dame aussi ravissante... Mais rassurez-vous, mon amie... Je saurais vous faire oublier votre mésaventure... »

Apeurée, Brisby regarda autour d'elle, le cœur battant. Elle finit par voir quelqu'un caché dans les fourrés. Danger... Se sentant menacée, elle fit demi-tour, et commença à courir, respirant avec difficultés.

« Elle court elle court, la souris, la souris du bois mesdames... continua la voix d'outre-tombe. »

Affolée, elle ne remarqua pas que l'ombre menaçante venait d'apparaitre d'elle ne savait où, et rentra violemment dedans. Ce fut d'abord l'odeur atroce qu'elle dégageait qui lui fit froid dans le dos : une odeur... de putréfaction ! Mais ce fut quand elle s'aperçut de l'identité de son agresseur qu'elle hurla fortement ; son cri retentit à travers toute la plaine, mais ce fut trop tard...

Quand Justin et les autres arrivèrent quelques minutes plus tard... Il n'y avait plus aucune trace de Brisby... Elle avait... disparu...