Chapitre 7 : Adieux

par Cellenia

Lorsqu'elle ouvrit ses yeux, Ali crut tout d'abord qu'elle se trouvait au Paradis. Ratigan était penché sur elle, et la regardait avec bienveillance, après l'avoir doucement embrassé... Mais souffrait-on encore lorsqu'on était un ange...? Car à l'instant où elle se réveilla, une douleur insupportable s'empara de tout son corps, en particulier ses bras, ses jambes et son cou. Gémissant, elle dit :

« Bon sang... Mais qu'est-ce qui s'est passé...? »

A l'instant où elle vit le sang séché sur ses pattes, une peur immense l'envahit, et tout lui revint en mémoire... L'Ange Noir qui s'était emparée de son corps pour détruire le mariage de ses amis... Puis sa mort... Une mort très douloureuse... De violents tremblements lui prirent tout le corps, tandis qu'elle contemplait avec frayeur Brisby et Ratigan, qui la contemplaient... les yeux brillants...?

Si elle était en état de marcher, elle se serait sauvée à toute jambe. A tout moment, la souris allait lui en vouloir d'avoir brisé son couple, et Ratigan allait lui sauter à la gorge. Quelle ne fut pas sa surprise quand, en pleurs, la mère se jeta sur elle, l'enlaçant avec toute la compassion dont elle pouvait faire preuve.

« Mon Dieu, Ali ! J'ai eu si peur ! J'ai bien cru t'avoir perdu pour toujours ! »

Les yeux écarquillés, Ali contempla avec incompréhension sa camarade, puis regarda le rat. Celui-ci, un doux sourire aux lèvres, restait silencieux, et semblait tout aussi serein que son... ex-fiancée... La voix tremblante, l'ex-humaine demanda :

« Brisby, je... J'ai absolument tout gâché... Le mariage... Votre couple... J'ai même blessé tes enfants... Alors... Pourquoi ne me détestes-tu pas...?

Ali, tout cela n'est que le passé. Je suis certaine qu'au fond de toi, tu ne voulais pas tout ça. Sourit Ratigan, paraissant oublier ce qui s'était passé entre eux. »

Et pour prouver ses bonnes paroles, il enlaça tendrement sa dulcinée, qui ne le repoussa pas, bien au contraire. Ali avait du mal à comprendre... Que s'était-il passé...? Sans qu'elle ait besoin de demander, Brisby lui raconta alors toutes leurs mésaventures. D'un coup, tout devint clair... L'Ange Noir avait pris possession du corps de ce Jenner, et utilisé ses souvenirs pour nuire au couple... Mais, désormais, ni l'un, ni l'autre, n'était plus, et Ratigan et Brisby étaient toujours aussi amoureux l'un de l'autre...

Elle aurait pu s'en réjouir... Elle était désormais libre de vivre sa nouvelle vie de souris... Elle n'avait pas brisé ce si beau idylle... Alors... Pourquoi se sentait-elle si triste...? Si vide... Son regard se posa sur le rat... Maintenant, elle le savait, elle en avait la certitude... Elle était tombée amoureuse de lui... Pas parce que l'Ange Noir lui avait donné l'ordre de le séduire... Mais parce qu'il avait su lui donner, ne serait-ce que pendant une minute, de l'amour... Un amour qu'elle n'avait plus reçu pendant des années... Et le voir dans les bras d'une autre lui brisait le cœur... Elle n'aurait su dire si elle était heureuse pour eux... Ou brisée...

Le rat le remarqua bien vite, et sentit sa gorge se nouer... Il aimait beaucoup Ali, et la voyait désormais comme sa meilleure amie... Il était amoureux de Brisby, et de personne d'autre... Mais il savait qu'à cause des sentiments qu'elle éprouvait pour lui, elle allait en souffrir... Il se sentait coupable... Se mordant les lèvres, il se pencha sur elle, et remonta son visage vers le sien de son doigt, susurrant :

« Ali... Je t'aime beaucoup... Mais c'est de Brisby que je suis amoureux... Je... je suis désolé, mais... Ce qui s'est passé n'était qu'un accident... Et... Je...

N'en dis pas plus, Padraic... répondit-elle d'une voix tremblante, reculant, les larmes lui montant aux yeux. Je le sais... C'est impossible... Et... Je ne veux que ton bonheur... Votre bonheur... »

Brisby la fixa avec émotion, couvrant sa bouche, pleurant silencieusement. Elle aimait Ali comme une fille, et la voir souffrir ainsi lui brisait le cœur. Elle aurait tant voulu que cela se passe autrement, qu'elle ne voit en lui qu'un simple ami...

« Ali... Je...

Brisby... Tu as été pour moi comme une mère... continua Ali, commençant à pleurer. Jamais je ne pourrai suffisamment te remercier pour tout ce que tu as fait pour moi... Je regrette... pour tout le mal... que j'ai pu causer... »

Elle ne pouvait en dire plus... Les poings serrés, Ali se releva avec beaucoup de difficultés, et chercha à s'enfuir. Mais Ratigan la bloqua de son corps, la prenant dans ses bras et la fixant avec sérieux, s'écriant :

« NON ! Je ne veux pas que tu partes ! Ali, tu es pour nous un membre à part entière de la famille, cela nous briserait le cœur si tu venais à partir ! Je...

Mais tu ne comprends pas ! hurla-t-elle. JE T'AIME, PADRAIC RATIGAN ! Si je venais à rester, un nouveau malheur pourrait arriver, et cela pourrait aller bien plus loin ! Tu veux vraiment ça ! »

Cette fois-ci, il ne put rien répliquer, baissant le regard, anxieux. Elle contempla Brisby, blessée, et vit très bien qu'elle partageait la même crainte. Ali le savait... Au plus profond d'elle, elle savait que, si elle restait, l'un d'eux finirait tôt ou tard par craquer... Ou bien ils ressentiraient l'un ou l'autre du remord, et cela se répercuterait sur la vie de famille... Et leurs proches, d'ailleurs...? Ils ne pourraient pas pardonner à Ratigan ce qu'ELLE avait fait... Et les enfants la détesteraient... Jamais elle ne pourrait supporter une pareille situation... Jamais plus elle ne voulait les blesser... Si seulement ils parvenaient à... l'oublier...

Comme en réponse à sa demande, une douce chaleur, faible, mais bien présente, se fit dans son cœur. Elle avait déjà ressenti ce genre de sensations, sauf que c'était beaucoup plus froid... Elle avait ressenti ça... quand l'Ange Noir utilisait sa magie... Cela voulait-il dire... qu'une trace de magie était encore présente en elle...? Pouvait-elle... l'utiliser...? Les yeux brillants de tristesse, elle contempla ses amis. Elle voyait très bien l'hésitation et le désespoir dans leurs regards... Elle savait qu'à cause d'elle, jamais plus leurs vies ne seraient comme avant... Il n'y avait qu'un moyen d'arranger tout cela...

Elle recula doucement, arborant un tendre sourire. Puis, d'une voix douce, elle dit :

« Padraic... Brisby... Merci... Merci de tout cœur... Jamais je ne pourrai vous oublier... Jamais...

A-Ali...? s'inquiéta Brisby, s'approchant doucement d'elle.

Soyez heureux... Vous le méritez... Vous êtes, à mes yeux, le plus beau couple que la Terre ait pu faire naitre... Je suis ravie... et honorée... d'avoir fait votre connaissance...

A-Ali, q-qu'est-ce que tu nous caches...? trembla Ratigan, s'approchant également. »

Pour la dernière fois, Ali regarda le rat, avec tout l'amour dont elle était capable. Elle n'arrivait pas à s'arrêter de pleurer, et son cœur saignait... Elle allait souffrir jusqu'à sa mort... Mais, au moins, eux seraient heureux...

« Je vous aime... Adieu... Mes amis... »

Les deux rongeurs n'eurent pas le temps de hurler... Car le Temps lui-même joua en leur défaveur... Utilisant la dernière trace de magie en elle, Ali frappa absolument toute la prairie de son pouvoir... S'ôtant ainsi de leurs mémoires... A tous...

Soudain, la musique commença à se faire entendre et, le souffle court, tout le monde observa les hautes herbes derrière eux, recherchant du regard la mariée... Qui ne mit pas longtemps à les rejoindre... Lorsqu'il la contempla, Ratigan crut qu'il allait défaillir... Brisby semblait juste... tombée du ciel... Une jolie robe blanche courte, en dentelles, mettait en valeur ses formes superbes, et elle avait attaché un voile en magnifique toile d'araignée à ses cheveux, qui resplendissait au soleil avec les fils. Elle était... parfaite...

Pour la seconde fois, il retomba amoureux d'elle, et sentit son cœur battre la chamade dans sa poitrine. Il ne voyait plus que Brisby... Plus que sa fiancée... Plus que sa future femme... Leurs regards se croisèrent, et un sourire amoureux vint percer leur visage, déjà débordant de bonheur.

Quand elle arriva aux côtés de son fiancé, elle lui lança un sourire parfait, qui le fit encore plus fondre. Magnifique... Le vieux prêtre, affichant un sourire attendri, commença :

« Mes biens chères sœurs, mes biens chers frères... Nous sommes réunis ici aujourd'hui pour célébrer l'union de deux êtres partagés par le même amour... Amour qui... »

Les deux tourtereaux entendaient à moitié ses paroles, ne cessant de se lancer des regards amoureux et des sourires complices. N'y tenant plus, Ratigan se pencha vers elle, et murmura à son oreille :

Soleil de mes jours

Lune de mes nuits

A jamais je te donne mon amour

Belle reine, je t'en prie, dis-moi oui

A son tour, la souris crut qu'elle allait défaillir. Des larmes de pure joie montèrent à ses yeux, tandis qu'elle scrutait avec tout l'amour qu'elle pouvait son cher et tendre. Si cela n'avait tenu qu'à elle, elle aurait dit « Oui » tout de suite, mais elle se devait d'attendre.

« Si quelqu'un dans l'assemblée désire rajouter quelque chose avant qu'ils ne prononcent leurs promesses, qu'il parle maintenant ou se taise à jamais. »

Évidemment, personne n'eût l'idée de dire la moindre chose, au plus grand soulagement des futurs mariés. Un doux sourire aux lèvres, le prêtre demanda :

« Padraic Ratigan, souhaitez-vous prendre pour épouse Brisby, jusqu'à ce que la mort vous sépare...?

Je le veux, de tout mon cœur... annonça-t-il, tout sourire.

Mme Brisby, souhaitez-vous prendre pour époux Padraic Ratigan, jusqu'à ce que la mort vous sépare...?

Oui... put-elle seulement dire, au bord des larmes.

Je vous déclare, à présent, mari et femme... acheva-t-il tendrement. Vous pouvez embrasser la mariée... »

Ça y était... Enfin... Le bonheur des deux êtres atteignirent enfin leur apogée... Ils étaient unis pour la vie, et plus rien, ni personne, ne pourrait briser leur joie... Le cœur battant, Ratigan releva délicatement le visage de sa bien-aimée, lui souriant amoureusement, les yeux brillants et s'approchant de plus en plus. Ne pouvant les retenir plus longtemps, Brisby versa des larmes de joie quand, enfin, leurs lèvres se touchèrent. Elle avait tant attendu ce moment... Jamais, plus jamais, ils ne seraient séparés...

Un tonnerre d'applaudissements, de pleurs et de rires vinrent accueillir le jeune couple. Tous étaient ravis de cette union. Tous... Même la jeune souris, cachée dans les fourrés un peu plus loin...

Le sort avait parfaitement fonctionné... Non seulement elle avait pu remonter le temps, mais, en plus, plus personne n'avait le moindre souvenir d'elle... Elle était inexistante pour eux, le mal qu'elle avait causé n'était plus... Et c'était tant mieux... pour eux...

Un sourire triste aux lèvres, la petite souris brune se détourna, et disparut dans les fourrés... pleurant... Elle était désormais libre... Mais restait malheureuse... L'unique homme qu'elle n'avait jamais aimé était marié, et l'avait oublié... C'était la meilleure chose à faire, mais cela ne l'empêchait pas de souffrir... Elle savait qu'elle ne pourrait jamais l'oublier (Et elle ne le souhaitait pas...), et que ce corps de souris (Qu'elle n'avait pas pu transformer) lui rappellerait toujours les moments qu'ils avaient passé ensemble... Cette famille qu'elle avait chéri... Cette adoration...